Archives de l’auteur : Vette de Fonclare

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.

Porcelaine

Lina-Ptits

Si soyeuse est sa peau qu’une pêche au jardin
S’en est plaint au soleil. Une peau veloutée,
Se refusant pourtant à être dégustée
Par les nombreux gourmets à l’esprit libertin

Gravitant autour d’elle. Elle est comme un verger
Qui sent bon les fruits mûrs, et son teint ensoleille
Oraison* assoupi. Porcelaine vermeille,
Sa peau si translucide est un piège à baisers,

La main qui la caresse en est électrisée :
Velouté du satin, incroyable douceur
Qui la fait frissonner, transmettant jusqu’au coeur
De fortes émotions. Main tellement grisée

Par ce tendre contact qu’elle en tremble
Et tressaille. Azalée a frémi,
Puis elle a frissonné ; mais le doux friselis
De son teint de velours n’enlaidit point l’ensemble

De son corps si parfait. Et sa fraîche couleur
Est celle d’une rose ou bien de l’églantine
Poussant sur le chemin où le muguet tintinne,
Car la peau d’Azalée est comme un nom de fleur.

Elle est belle, c’est vrai, mais c’est sa carnation
Qui la rend si jolie. C’est une enchanteresse
Dont la peau pure et tiède appelle des caresses
Offrant au bout des doigts d’exquises sensations.

*Petite ville des Alpes de Haute Provence

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Conseils à un coeur rafistolé

Eté brûlant

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni
www.bruni-gallery.com

L’été épanoui, criquetant de cigales,
Peut être meurtrier quand il est vraiment chaud :
Son soleil triomphant sait être un vrai salaud
Et même un assassin pour un coeur en cristal

Qu’on a rafistolé ! « Oh, l’ami, reste froid :
Surtout prends bien ton temps car on n’est pas aux pièces…
Rafraîchis l’air brûlant, et surtout ne le laisse
Point trop te disloquer quand il pénètre en toi.

Il faut te ménager : tu es vraiment fragile !
Pauvre coeur réparé, vis à un bon tempo :
Tu sais bien qu’il suffit de pencher vers le trop
Pour que l’opération subie ne s’annihile !

Fais gaffe à tes tuyaux ! Tout doux, tout doux, l’ami :
Avance au ralenti et sois bien raisonnable !
Pour que notre boulot puisse être perdurable,
Tu dois te reposer, éviter tout ennui…

Plus d’amour, plus d’orgasme et plus de bonne chère,
Plus d’excès, plus de sport – ou un sport soft et mou,
Plus de tabac non plus, et plus d’alcool du tout… »
Le coeur a entrevu une vie bien amère :

« Eh, stop, a-t-il hurlé : ça suffit ! Je m’en fous !
Moi j’aime le mois d’août et ses heures ardentes,
Les plaisirs, le bon temps et une vie planante…
Je préfère être mort que ne plus être fou ! »

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Prière à un oiseau bleu

Je m’en viens te prier, Toi,  mon bel oiseau bleu
Virevoltant partout dans le ciel de Provence
Pour boire le soleil lors d’érotiques jeux.
Re-siffle donc pour moi ta charmante romance

Du début du printemps. Haussant vers l’infini
Ta tête minuscule et sans trop de cervelle,
Petit mésangeau bleu émergé de la nuit,
Re-chante encor pour moi ta tendre ritournelle.

Bien plus ébouriffé que bogue de marron,
Oiselet délicat léger comme tes plumes,
Chante-moi, chante-moi ta si jolie chanson
Du moment lumineux où le soleil s’allume.

Tu y parles de vie, du printemps, d’un amour
Qui ne saurait mourir. D’un fol amour qui dure,
Rimant évidemment avec le mot : « Toujours ».
Miniature jolie dont la voix est si pure

Qu’elle est faite de ciel, claire telle un cristal,
Rechante donc pour moi ta gaie chanson qui vole
Tout comme un papillon porté par ce mistral
Dont tu crains pour ton nid les folles caramboles.

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La longue vague

RozenJelka_LaVague

Poème illustré par un tableau de :

Rozen Jelka

Sur l’autre rive, au Sud, et pas bien loin d’Alger,
Une onde s’est formée, presqu’une vaguelette :
Une ondulation bleue, sans vraiment queue ni tête,
Qu’un coup de sirocco s’est mis à malmener ;

En la brutalisant, il l’a crêtée d’écume
Et l’a fait tournoyer jusqu’aux confins du jour ;
Tout étincelé d’or, de moire et de velours,
Un clapotis très fort comme frangé de plumes.

Puis la vague a grossi. Enorme, elle a gagné
Ce large fascinant où vivent les sirènes
Qui montent quelquefois des abysses d’ébène
Pour louer le soleil et mieux le contempler.

Elle a filé tout droit, toujours plus écrasante.
Infini flot sans borne, apte à submerger tout,
Chahutant au passage, aussi pervers que fou,
Une barque chargée de familles errantes…

Puis lassée d’elle-même, elle a enfin faibli ;
Scintillant au soleil, elle s’est étalée,
Entraînant dans son flot une horde irisée
De poissons pétillants vers notre chaud Midi.

Un immense courant, une vague géante
Partie de l’Algérie, s’affalant doucement
Sur le sable doré, plage des Catalans :
Une lame inouïe… terrassée par la pente

Pourtant si faible ici, pas bien loin du Vieux Port.
Il n’en subsiste plus qu’une légère houle
Qui s’en vient caresser une innombrable foule
De corps si avachis qu’ils en paraissent morts.

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Impossible !

Brume d'hiver

Comment imaginer qu’existe une saison
Où le ciel est de plomb, où la terre est grisâtre ?
Où un tout petit feu qui crépite dans l’âtre
Fait friseler la peau d’érotiques frissons ?

Comment imaginer que les fleurs du jardin
Peuvent mourir un jour ? Qu’il n’y a plus de feuilles
Sur les arbres là-bas ? Que l’aster ne recueille
Plus sa rosée-cristal dès le petit matin

Sur ses fleurs en étoile, et que le plumbago
Peut éteindre son bleu ? Comment est-il possible
Qu’il existe un hiver ? Questions presque risibles,
Puisque notre soleil, au zénith, tout là-haut,

S’accroche au firmament de ses griffes pointues.
Comment donc pourrait-il exister un hiver ?
On l’a bouté très loin et au diable-vauvert…
Refermées chaque soir, les fleurs bientôt déchues

Renaissent au matin pour notre bon plaisir !
Affreux épouvantail, l’hiver est un mirage
Qu’on voudrait irréel ! Et son horrible image
Ne peut nous apporter qu’énorme déplaisir…

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Le mot-scorpion

haine

Elle est noire, elle est dure. Elle est cristallisée
Dans les tréfonds du coeur en tout petits cailloux
Aux faces hérissées de pointes aiguisées,
Des dards empoisonnés dont le venin rend fou :

Des gravillons rugueux et si lourds ! Dont le poids
Entrave le tempo du gros muscle qui lutte
Pour garder son débit… Puis elle se déploie,
Entraînant tout le corps dans une atroce chute

Dont il sort estropié. Car elle est meurtrière,
Capable de tuer. Son pouvoir est dément
Et pourrait embraser la terre toute entière,
En en éliminant le mot même d’amants.

Acide destructeur, sentiment corrosif
Et dont on peut crever : terrible est la géhenne* !
Comment peut-on subir un chagrin aussi vif ?
Comment peut-on haïr beaucoup plus que l’on aime ?

Vous laissant le coeur nu, mutilé par la peine,
C’est un trouble insensé et qui ravage tout.
Qu’y a-t-il donc de pis sur Terre que la haine
Qui annihile l’âme en y forant ses trous ?

* Géhenne : torture

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Tout doucement…

Doux automne

J’aime bien quand l’automne assourdit le tintouin
De l’été qui délire, et quand le ciel estompe
Son bleu bien trop brutal. Avant que ne se rompe
Le plaisir fabuleux de dîner au jardin.

C’est bien quand la chaleur se dilue peu à peu
Pour devenir fraîcheur au petit matin blême :
Ces petits matins clairs et frisquets où l’on aime
Marcher allégrement sous le soleil tout bleu ;

Quand la lumière est tiède et qu’il fait encore bon,
Juste au juste milieu : un temps si agréable
Qu’il vous rendrait la vie de chaque jour aimable,
Malgré tous ces soucis qui la rendent si con !

J’aime bien quand l’automne adoucit les couleurs
Fortes en gueule et drues de l’été tintamarre ;
Quand la garrigue nue doucement se prépare
A avoir un peu froid le matin de bonne heure.

Tout doux et en douceur : doucement, la Nature !
Nous voulons être prêts à passer en hiver
Sans stress et sans douleur, ni autres maux pervers !
Il est vrai que jamais rien ici-bas ne dure…

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