Archives pour la catégorie “Cités provençales”

Claire Espana
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Un village perché sur son piton rocheux :
Au coeur du Lubéron, c’est l’antique Bonnieux
Qui verrouille la combe allant à Lourmarin ;
Il y fut érigé en ces temps fort anciens
Où l’Homme d’autrefois se sédentarisait.
Un village typique et un site parfait
Pour qui veut d’un coup d’oeil voir la magnificence
De ce vieux pays d’Oc au coeur de la Provence :
Plaine du Calavon ; au loin le mont Ventoux
Et les monts du Vaucluse au profil bien plus doux.
Paysage idéal pour qui aime le Sud !
Et vous êtes payés de votre lassitude
Quand vous avez franchi de rugueuses calades
Et quatre-vingt six marches ! Une rude escalade
Pour atteindre essoufflé, recru, la Haute Eglise
Que le soleil couchant noie d’une ombre cerise.
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Michel Dumontet
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A Sault, tous les quinze août, c’est la fête au village,
Fête de la lavande et fête-canicule
Où le beau temps culmine, où le soleil fait rage
Sur le Plateau vibrant des senteurs qu’il stimule.
Quelques gaillards sont prêts pour le concours de coupe
Dans les champs odorants ; leur faucille aiguisée
Doit être la plus vive : impossible qu’ils loupent
Un trophée attendu tout au long de l’année !
Mon Dieu ! Que ça sent bon … Les badauds s’émerveillent
De la vélocité des coupeurs déchaînés
Malgré l’enfer brutal, la folie du soleil.
Jetant les longs brins bleus dans leur sacoche enflée,
Ils ont l’air de robots. La folie mécanique
De leur geste en saccades stupéfie les gens
Qui rient ensorcelés par cette odeur qui pique
Et tremblote autour d’eux dans la lumière argent.
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Armand Feldmann
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Chez nous quand midi carillonne,
Les rues sont vides. L’heure sonne
Sur un monde d’indifférence :
C’est souvent ainsi en Provence,
Surtout dans ce village clos
Tapi au pied de son coteau
Et ne pensant plus qu’à « dîner ».
La vie s’est soudain enfermée
A l’intérieur des maisons fraîches ;
Et les rues ne sont plus que sèches
Venelles sans vie et sans heurts ;
Le déjeuner gomme deux heures
Du temps rétréci pour un temps.
Les rues sont vides comme antan,
Aux jours des anciennes chansons
Des troubadours du vieux Quinson.
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Il fait un temps superbe et le ciel est tout bleu ;
Le long tapis flamboie. Les badauds sont curieux
De voir de presque près leurs idoles aimées.
Le temps est merveilleux : pas trop chaud, pas trop frais !
Stars à tête gonflée, vedettes de toujours,
Humains encor normaux, vedettes d’un seul jour,
Montent d’un pas glorieux le grandiose escalier.
Tout est donc pour le mieux, le spectacle est parfait.
Oui ! Mais à l’horizon un tout petit nuage
A des vélléités de jouer à l’orage
Et il s’est mis en tête un coupable projet…
Il enfle peu à peu pour venir se placer
Au-dessus du décor. Et soudain il explose,
Il éructe, il fulmine en une apothéose
De pluie et de grêlons, de hurlements d’effroi,
Et dans leur robe nue les starlettes ont froid !
On fuit de tous côtés, partout c’est la panique !
Un désastre pour l’art cinématographique !
Vas-t-en, odieux nuage, tu peux bien ricaner :
Tu n’es qu’un vil coquin car tu as tout gâché !
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Claude-Max Lochu
www.lochu.com
Surplombant Barbentane une colline bleue
Avec deux grandes croix, où de nombreux fidèles
Affluaient pour prier. Pas beaucoup de messieurs !
A la croix Saint Julien, c’étaient des damoiselles
Au coeur pur et confiant qui cherchaient un mari ;
Elles pélerinaient , priant toutes en choeur
Pour être tout là-haut quand sonnerait midi :
Foncière condition pour trouver l’âme soeur.
Mais la croix de Jeunesse était beaucoup plus sombre.
N’y venaient à minuit que de mauvaises femmes
Aux horribles pensées et qui rôdaient dans l’ombre
Pour y perdre sans foi et leur coeur et leur âme
Car elles désiraient que mourût leur époux !
Si elles parvenaient à en toucher le bois
Alors que résonnait le tout douzième coup,
Leur voeu était sitôt exaucé par la croix
Qu’on appelle aujourd’hui encor la croix des Veuves !
Près de la Montagnette on conte maintenant
Que pas mal de nos soeurs lassées par les épreuves
Imposées par leur homme en feraient bien autant !
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Sur les rives de l’Arc un jour un chevalier
Rencontra une belle et il en devint fou,
Tellement qu’il voulut sur le champ devenir son époux,
Bien qu’il fût avant tout le Seigneur de Rousset.
Elle accorda sa main, mais à une condition :
Nul ne la devait voir pendant ses ablutions !
Il sourit, lui promit et lors il l’épousa,
Puis sur son cheval blanc aussitôt l’emporta.
Et les années passèrent, douces et heureuses
Avec leur quatre enfants d’une infinie beauté …
Mais un jour le pauvre homme eut l’idée malheureuse
D’entrer dans le local où elle se lavait :
Un immonde serpent grouillait dans le bassin !
Il poussa un grand cri – hurlement assassin
Car le monstre surpris s’enfuit à tout jamais
Pour aller se cacher tout au fond des marais.
Elle ne revint plus, errant à tout jamais
Et gémissant parfois comme femme en gésine.
Jamais le chevelier n’oublia qu’il l’aimait.
Il s’appelait Raymond et elle Mélusine
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Zarfin
www.zarfin.com
Ecoutez bien l’histoire étrange et horrifique
Dont on nous a juré qu’elle était véridique :
Du pauvre comte Arnoux que prient les Hauts-Alpins
Une aventure affreuse fit autrefois un Saint.
Il était amoureux de sa femme, si belle
Qu’à sa pure beauté ne manquaient que des ailes
Pour être le portrait d’un ange du Bon Dieu.
Mais las ! Le pauvre Arnoux était parfois odieux
Tant il était jaloux de chacun sur ses terres …
Il s’en fut un matin fort loin pour ses affaires ;
Sitôt la jeune femme invita ses parents
Pour ne point se sentir trop seule en l’attendant.
Par infini respect leur offrit donc le lit
Confortable et douillet où elle et son mari
S’endormaient chaque soir. Mais son époux rentra
Bien plus tôt qu’attendu, et il vit dans le noir
Deux silhouettes nues étendues sur sa couche.
Bâillonnant de la main leurs misérables bouches,
A grands coups de couteau il les clouait au lit
Quand sa femme accourut en poussant de hauts cris :
Les prenant pour sa femme et un beau chevalier,
C’est son père et sa mère qu’ils avait trucidés
Et tous deux égorgés comme des animaux !
Il se rua dehors sans proférer un mot
Et depuis lors vécut tout seul dans la montagne,
Suppliant le Seigneur de pardonner sa hargne ;
Dans les gorges du Loup, tout au fond d’une grotte
Qui s’entr’ouvrit à lui et dont il devint l’hôte
Il vécut en reclus tout au long de ses jours
En prodiguant à tous ses soins et son amour.
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Rodrigue Daigle
www.rodriguedaigle.com
En son centre un torrent assagi sous son pont
Aux arcades ocrées qui date des Romains ;
Des venelles usées et d’antiques maisons
Sentant bon l’encaustique aux effluves de pin ;
Des fleurs dégoulinant de jarres rebondies
Et le linge-étendard à jamais suspendu ;
Le lourd silence épais pesant l’après-midi
Comme une chape bleue au plus profond des rues ;
Des fenêtres fermées au grand soleil d’ici ;
Des volets entr’ouverts badigeonnés de bleu
Pour mieux en éloigner les insectes honnis ,
Les mouches vrombissant qui infestent les lieux ;
Des calades tordues pavées de pierres rousses
Dévalant la colline à marches que veux-tu ;
Les ruines d’un château tout mangé par la mousse
D’où le regard se perd jusqu’à perte de vue :
Voyez comme je vois ma cité provençale,
A peine enjolivée et presque réaliste
Dont certains me diront qu’elle est trop idéale.
Mais c’est ainsi qu’elle est au coeur de maints artistes.
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En haut de la colline on peut voir un village
Tout démantibulé et que le fil des âges
Délite chaque jour un peu plus. Et le temps
Pour l’user plus encor s’est associé au vent.
Car il n’en reste plus que quelques pans de murs
Déchirés et béants : les dépouilles obscures
D’une église écroulée, les ruines d’un hameau,
Les douves asséchées d’un antique château.
Tout fut abandonné il y a bien cent ans
Quand un séisme fou chassa les habitants
Plus bas dans la vallée. Et depuis n’y subsistent
Que des ruines rongées envahies par les cistes.
Le tremblement de terre a tout anéanti.
Plus un souffle vivant, plus une seule vie
Si ce n’est le mistral qui fait vibrer parfois
Une pierre ébranlée et toute de guingois.
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Hyères chevelue, jolie Hyères ,
Petite ville ébouriffée
D’éventails orientaux et verts,
Tu es comme un rêve d’été
Pour y installer nos pénates,
Y oublier ce sale hiver,
Ce décembre traîne-savates
Qui nous met la vie à l’envers !
Tout hérissée de tes palmiers
En forme de plumeaux magiques,
Tu es un paradis bien quiet
Et légèrement nostalgique
Des années de fric et de frac
Où des retraités argentés
Venaient pour casser la baraque !
Mais s’est enfui le temps doré
De la Côte si opulente.
Je crois que je vais t’appeler
Hyères la Belle et la Dormante,
Ma douce Hyères-les-Palmiers.
Pour Brigitte Morosoli
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Sous le vieux pont romain où trépignent encore
Les millions de pas des antiques passants
Passe la douce Ouvèze : on dirait qu’elle dort
Tant son flot est placide et son rythme apaisant.
Mais a-t-on oublié que la tendre rivière
Peut soudain écumer et devenir démone
En se travestissant en folle meurtrière ?
Qu’elle fit un enfer d’un beau soir de l’automne ?
Elle ravagea tout mais le pont résista,
Fort de ses deux mille ans et de l’art des Romains,
Et la rage de l’eau furieuse emporta
Sur sa crête hérissée des débris, des humains …
Le temps a dilué le chagrin et la mort.
La ville médiévale est si belle au printemps
Avec cette lumière striant de rayons d’or
Les maisons cabossées par l’usure du temps !
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Elisabeth Fourcade
www.elisabeth-fourcade.net
Un village en Provence, un village tranquille.
Gros village endormi ou bien petite ville ?
Tranquille et endormi ? Oh ! Certainement pas !
On ne pourrait ainsi qualifier Saint-Cannat
Car il est traversé par une Nationale
Qui lui gâche ses jours et lui mange ses nuits :
La Nationale 7, où tanguent et dévalent
Depuis moultes années, depuis des décennies,
Des monstres de métal pourrissant ses attraits
De cité provençale en plein coeur du Midi.
Solution ? Déviation ! On ne fait qu’en parler
Depuis plus de trente ans : c’est un temps infini
Pour attendre qu’un jour la grand’rue principale
En vienne à oublier ces camions en rafales
Qui vibrent tant et plus en empestant l’essence !
Le petit Saint-Cannat ne vit que d’espérance !
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Louis Del Bianco
www.farea.com
A Forcalquier quand se promènent
La nuit venue les quatre reines, (1)
Filles de Raimond Béranger,
La ville dort et tout se tait
Alors que les jeunes filles brunes
Glissent doucement sous la lune
Dans des rues pour elles inconnues
Puisque n’y sont jamais venues !
Leur père marche derrière elles
Et en suivant les damoiselles,
Il soupire : il est fort marri
Qu’elles aient suivi leur mari,
Ignorant où elles sont nées,
La capitale du Comté
Jugulant la Haute Provence.
Tout là-haut la lune qui danse
Eclaire ses vieilles ruelles,
Ses calades et ses venelles …
Mais les cinq ombres du Passé
Se sont en allées en fumée
Car de la montagne de Lure
Des rayons d’or à toute allure
Effacent la nuit et ses ombres.
Le soleil chasse la pénombre.
1- Chacune des quatre filles du comte Raimond Béranger IV épousa un roi.
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Barbiche en éventail et les deux mains croisées
Sur son gros ventre mou qu’il appelle un giron,
Il est la coqueluche de tout Tarascon.
Et il faut voir rouler les yeux ronds effarés
Des badauds étonnés par le combat sanglant
Qu’il mena contre un lion, là-bas, en Algérie,
Son récit délirant les laissant esbaubis !
Alors l’homme en rajoute et se croit un géant …
Si l’on savait, pourtant, la vraie vérité vraie :
Que le grand Tartarin est vraiment un minable !
Aveugle et sympathique et vraiment très affable,
Son grand fauve abattu était apprivoisé !
Et si l’on apprenait qu’au milieu du désert,
Le seul vrai compagnon fidèle au demi-dieu,
Le collant pas à pas en le couvant des yeux,
C’est ce chameau idiot qui le suivit en mer …
Mais personne ne sait ou ne veut le savoir
Car notre Tartarin se doit d’être un héros.
Si l’homme est un benêt, il porte vraiment beau
Pour les Tarasconnais épris de ses histoires.
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Autrefois à Montbrun vivait un vieux lutin
Tout perclus de douleurs : ses articulations
Faisaient un bruit d’enfer à chaque contorsion.
Or un lutin normal doit sauter sur les mains,
Virevolter partout comme un gai papillon …
Il était donc honteux et vraiment malheureux
D’être gourd, d’être laid, en un mot d’être vieux,
Et se cachait souvent dans le creux d’un vallon
Pour y pleurer sans cesse au long de ses journées.
Tant et si bien qu’un jour ses larmes drues formèrent
Un ruisselet charmant mais aux eaux bien amères
Qu’il goûta néanmoins étant tout assoiffé.
Et ce fut le miracle : il était tout léger !
Il se vautra dans l’eau, nagea, y pataugea
De plus en plus gaillard et de moins en moins las !
Quand ce fut terminé, il était dérouillé !
Depuis il vit heureux, aussi vif qu’un gamin.
Il s’est même marié avec une lutine
De cent trente ans passés : une presque-gamine !
Quand il se sent tordu, il va reprendre un bain …
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