Archives de catégorie : Cités provençales

L’hiver en embuscade

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Il n’est pas encor là, mais on le sent déjà !
Ici l’on n’aime point l’importune présence
De la pluie et du froid, ni l’anormale absence
Du soleil triomphant dont on ne comprend pas

Qu’il soit parfois ailleurs, éloigné de chez nous.
Les jours diminués s’enfuient en débandade.
Caché dans le brouillard, l’hiver en embuscade
A fixé à Lambesc son prochain rendez-vous.

L’on sent un changement, l’on frissonne et l’on sait.
Il y a des signaux, oh ! presque insaisissables :
Une impression de froid ; un mal-être impalpable ;
L’arbre au fond du jardin qu’on retrouve pelé…

Sur l’étang embrumé flotte un léger bateau :
Un squelette de feuille en lambeaux, une esquisse
De ce qui fut la vie, un fantôme qui glisse
Sous un souffle de vent, ridant à peine l’eau.

La lumière faiblit, le soleil est ouaté.
Un brouillard aérien flotte sur le village,
Aussi flou dans le soir qu’un vaporeux mirage
Où pleureraient tout doux les soupirs de l’été.

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La première neige

Chalet sous la neige

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni
http://www.bruni-gallery.com

La montagne est dodue et boursouflée de neige.
Un manteau rebondi et pas encor souillé
Pare les flancs du Brec, qui paraît si douillet
Qu’on dirait du coton. Mille flocons s’agrègent

Peu à peu sur la pente encor vierge de traces
Qui blanchit lentement. Les Sauzois angoissés,
Que de faux pronostics avaient pas mal stressés,
Sont soudain plus confiants : la dameuse qui passe

Pour aller préparer les pistes les apaise.
Un piquetis d’argent étoile le ciel bleu
De millions de points. L’on en est très heureux
Pour tous ces gens d’ailleurs qui vont skier à l’aise

En se riant du froid. Les flocons tourbillonnent,
Petits lutins flânant avant de se poser
Car ils vont prendre au sol l’aspect trop empesé
D’un bitume tout blanc. La dameuse sillonne

Les coteaux camouflés peu à peu, et la neige
Arrondit doucement l’abrupte pente noire,
Lui donnant la patine écrue d’un vieil ivoire.
Le jour qui naît à l’Est a peint le Sauze en beige

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Le vieux mas et le vent

Mas dans la garrigue

Il est comme un fortin ancré dans la garrigue,
Un vieux mas chavirant au souffle du mistral
Qui tournoie follement en entamant sa gigue,
Donnant au ciel cobalt l’éclat pur du cristal.

Les murs tout de guingois ont des teintes d’automne,
Et la lumière y pose un doux chatoiement roux
Alors que le soleil, tel un grand dahlia jaune,
Se fane à l’horizon du côté de Coudoux

Où s’éteignent les feux de la vie quotidienne.
Le mas est isolé ; on le dirait perdu
Dans la lande pelée aux teintes d’obsidienne ;
De son toit quelquefois un grand vol éperdu

De tout petits oiseaux jaillit comme une trombe
Sans qu’on sache pourquoi ni comment ils sont là :
Eclos au creux des murs ? Le mas, tel une tombe,
Semble pourtant sans vie. Le vent a cappella

Soudain pris de folie hurle son chant de mort
Et heurte à l’huis moisi comme s’il désirait
Entrer à l’intérieur de la maison qui dort.
S’élevant dans le soir comme un temple doré,

Le mas résiste à tout… Le mistral tourbillonne
Tout autour du bastion. Il beugle et il gémit
Bien inutilement : il n’y a plus personne
Dans la vieille bastide avalée par la nuit.

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L’hiver mélancolique

Matin de neige. Michèle Ratel

Poème illustré par un tableau de :

Michèle Ratel
www.mratel.fr

Il a neigé au cours de ces deux derniers jours,
Mais – las ! tout a fondu ; le triste paysage
A l’aspect fantomal qu’il a presque toujours
Aux confins de janvier, la saison sans visage.

Il reste un peu de glace aux marches du sentier
Descendant vers Peyruis ; dure comme la croûte
Craquant bizarrement sous le poids de nos pieds
Qui foulent prudemment l’asphalte de la route

Où les autos au pas vont à la queue leu leu,
Oubliant pour un temps leur vitesse outrancière.
Car l’on n’y voit pas bien : un épais brouillard bleu
A rendu notre Sud presque crépusculaire

A tout juste midi. L’on est comme piégé
Et bien mal dans sa peau, avec le souffle court…
Est-ce cet air pesant ? Va-t-il encor neiger ?
L’effet du ciel trop bas et de ce contre-jour ?

Ah, voici qu’il reneige en gros flocons barbus
S’accrochant à nos cils et à notre figure !
Ils tracent des ronds blancs, ravissants attributs
D’un ciel laiteux et bas de fort mauvais augure…

Flocons tissés d’eau froide et de mélancolie,
De souvenirs enfuis ; flocons qui tombent blancs
Mais qui virent au gris, et bouillasse amollie
Dès qu’ils touchent le sol à leur rythme si lent….

Un petit capuchon a recouvert la tête
Des oliviers tordus en forme de chagrin.
Sous le ciel endormi les flocons qui volettent
Sont de légers bijoux. L’hiver est leur écrin.

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La belle cantinière

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Poème illustré par un tableau de :

Frédéric Baqué
www.fredericbaque.com

Te souviens-tu du soir où nous avons dîné
Dans ce petit resto sur la route d’Aureille ?
C’était au mois de juin. Bistro moche et bondé,
Impropre à conforter un amour qui s’éveille,

Empli de gens braillards qui nous cassaient la tête !
Et cette viande dure à nous briser les dents ?
Tu trouvas même un poil au cœur de ta paupiette…
Mais nous étions si bien : bonheur outrecuidant !

Ce qui nous arriva, nul ne peut l’inventer :
Un teckel turbulent lâché sur la terrasse
S’en vint pisser gaîment sur l’un de mes souliers…
Mais tu n’étais, Julie, que joliesse et grâce,

Tellement éloignée de cette clientèle
Bruyante et affamée… Le serveur énervé
Renversa du coulis sur ta gorge, si belle
Qu’elle l’avait sans doute un peu trop excité ;

Mais nous nous en fichions ! Et cet affreux troquet,
Nous l’aurions sur le champ doté de Trois Etoiles
Tant nous étions heureux en ce premier été
Semblable à un voilier, qui déployait ses voiles

Pour nous mener tous deux vers le pays des rêves…
C’était une gargote au frichti filandreux,
Dont l’addition salée s’abattit comme un glaive
Sur mon maigre budget de jeune homme amoureux,

Mais où je me perdis dans le bleu de tes yeux…
Tes cheveux scintillaient et captaient la lumière
Qui tombait du ciel noir. Quel endroit merveilleux !
Il s’appelait, mais oui ! « La belle cantinière »…

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Le village-mirage

Village englouti

La brise s’est levée et l’eau terne frémit.
Sous sa surface grise, un antique village
Se délite et s’efface. Un village-mirage,
Un village-illusion qu’on a enseveli

Sous l’épais linceul noir d’un grand lac assassin.
Alentour la montagne est infiniment triste :
Grisaille de la pierre infertile ou du schiste
Aux feuillets poussiéreux surplombant le bassin ?

L’automne est à l’affût sur les monts embrumés
Dont les vagues sommets ont des formes spectrales.
Un léger crachin pleut des nuées atonales
Où le soleil falot tente de s’allumer.

Il n’y a pas un bruit, mais parfois sourd de l’eau
Le son d’un carillon. C’est celui de l’église
Submergée autrefois dans cette fosse grise
Où elle est engloutie. Un infime grelot

Qui tinte au fond du lac ! Et peut-être activé
Par le fantôme las d’un Ancien du village
Qui n’a pas supporté l’innommable naufrage
De la terre bénie qu’il n’a pas su sauver ?

La surface de l’eau, couleur de vieil étain,
S’est maintenant figée. La cloche s’y est tue.
Il fait froid, il fait gris. La montagne pointue
Avale peu à peu le soleil presque éteint.

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Alchimie

Lavandes

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni
www.bruni-gallery.com

A La Fuste, les fleurs font bien triste figure.
Il va falloir penser à bien les arroser,
A les presque noyer ! Le ciel ankylosé
Par l’ardente chaleur, et que ne défigure

Pas l’ombre d’une nue pèse sur le Plateau
Comme un dôme cobalt, figé, hémisphérique.
Premier coup de chaleur sur le sol couleur brique,
Cassé et fendillé. Un tout petit peu tôt

Pour un premier assaut : l’on n’est pourtant qu’en mai !
Mais le printemps est las et l’été s’impatiente ;
Tout comme le soleil, sa puissance asphyxiante
Et son fardeau pesant accablant les sommets.

La lavande éblouie fignole son odeur
Et peaufine ses fleurs. La grand’lumière jaune
Est à son apogée. Le Plateau s’abandonne
Et se laisse asservir par l’indomptable ardeur

De l’astre suspendu à l’aplomb de la Terre.
Les rangées de fleurs bleues se gavent de soleil,
Extorquant leur parfum à ses rayons vermeils :
Partenariat subtil, alchimie et mystère…

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Le silence blanc

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Effleurant la montagne, une lumière pâle
Sourd de l’horizon bleu. Le tout petit matin
Fait luire doucement la neige de satin
Que n’a encor souillé rien d’impur ni de sale.

Le soleil gris n’émet qu’une faible lueur.
Il n’a pas mangé l’ombre emplissant la vallée,
Tapissée elle aussi de neige immaculée
Tombée pendant la nuit. Des traînées de vapeur

Sont accrochées aux toits enneigés du village
Si lourdement chargés qu’ils semblent sur le point
De ployer sous le poids d’un épais embonpoint,
Et leur faîte estompé frémit comme un mirage.

Perché sur le clocher, un énorme choucas
Tout aussi saugrenu qu’une sombre gargouille
Est sorti de l’enfer. Immobile, il bredouille
Un noir coassement, sonnant comme fracas

Dans le silence blanc pétrifiant Enchastrayes.
Le ciel est brumasseux. Le clocher gris pointu
Se mettant à sonner chasse l’oiseau tortu
Qui s’enfuit éperdu aux confins de l’Ubaye.

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L’ultime vengeance

Briard

www.etsy.com

Le vieux chien des Durand trotte tout essoufflé
Entre Rognes et Lambesc. Il a quitté la ferme
Où il a vu le jour, et vient de mettre un terme
A une vie pourrie. Tout effroi ravalé,

Il s’est enfin enfui ! Il s’est carapaté,
Tout de bon cette fois! Car si la pauvre bête
A tenté moultes fois la poudre d’escampette
Loin du vieux mas honni, ses essais ont raté

Et il s’est fait choper… Mais là, Thor est content,
D’autant plus qu’il a pris, l’emportant dans sa gueule,
Le gros trousseau des clés. Le père Durand gueule :
Il ne peut plus rentrer et sa télé l’attend !

Ce qu’il ignore encor, c’est que cette fois-ci,
Le vieux chien est certain de sa bonne fortune :
Profitant de la nuit, il marche au clair de lune,
Enivré de bonheur car il a réussi

A fuir loin de son joug, de ces affreux humains
Qui depuis des années le molestent en douce,
Protégés des « on-dit » au fond de leur cambrousse !
Il a su prendre enfin un tout autre chemin…

Il a chipé les clés – larcin enquiquinant !
Puis il s’est ensauvé avec la panse pleine
Du gros rôti bien gras que la grand’mère Irène
Tenait prêt pour le four. Et il va trottinant

Le long de la chaussée et vers la liberté !
Il a mis les Durand proprement à la porte
De leur propre maison ! Le Diable les emporte…
Les clés entre les dents, le briard enchanté

Est tout fier de son coup… Las ! Ce sot n’entend pas
Le grand coup de klaxon d’une grosse voiture
Qui l’écrabouille net. Finie, son aventure ?
Non ! L’âme du vieux chien, balancé comme un tas

Dans le fond d’un fossé, va juste s’envoler
Au Paradis canin, là où la mort est belle :
Os à moelle à foison, chiennes en ribambelles !
Et planqué sous son corps, le gros trousseau des clés…

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Il n’y a plus de ciel…

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Il n’y a plus de ciel, mais un voile très pâle
Posé comme un linceul sur les toits de la ville.
L’on n’entend aucun bruit, et un brouillard opale
En dilue les contours ; une brume immobile

Stagne depuis des jours au-dessus de Rousset.
L’on n’y comprend plus rien. L’on attend le mistral
Qui, s’il voulait souffler, pourrait nous libérer
De ce trouble qui point, nous sapant le moral.

La brume est jaune pâle et elle sent mauvais :
Senteur acide et crue comme une odeur de soufre
Qui nous pique le nez. Cette angoisse qui naît
Est le plus souvent tue, et les gens qui en souffrent

N’osent pas la montrer pour n’être point moqués ;
Mais l’on n’a jamais vu d’automne aussi bizarre,
Avec ce temps curieux, ce brouillard embusqué
Au-dessus de la ville. Impression illusoire

D’être coupés de tout, de ne plus rien gérer !
L’on se sent emmurés par un rempart de brume
Dont on est prisonnier, le cœur tout enserré
Par le stress et la peur dans Rousset où s’allume

Parfois une lueur qui clignote et qui bat.
L’on est vraiment inquiets, l’on n’a pas l’habitude
De ne plus rien y voir, même à quelque dix pas.
Sensation de danger, étrange lassitude…

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Niolon

Poème illustré par un tableau de :

Alain Demarte
www.chevaletsdeprovence.odexpo.com

C’est un tout petit port pas bien loin de Marseille :
Un abri exigu, infime bassin bleu
Dans sa crique étrécie, d’où quelquefois l’on peut,
Quand la vie alentour doucement s’ensommeille,

Ouïr tout étonné souffler un train qui passe,
Surplombé comme il l’est d’une gare-jouet.
C’est un tout petit port en forme de nouet
Où macère la mer calmée qui s’y délasse.

C’est un tout petit port appelé Niolon
Bien enclos par sa digue aux grosses pierres brunes,
Clignant de mille feux quand luit le clair de lune,
Où le vent chante et flûte ainsi qu’un violon.

C’est un tout petit port qui scintille au soleil,
Isolé en hiver de la ville qui gronde
Sur l’autre bord, là-bas. Bien protégé du monde
Et des flots importuns que le mistral balaye,

Il est comme un saphir enchâssé dans l’écrin
De son gros mur rugueux où se brisent les vagues.
Il est paisible et doux ; et la mer qui divague
Aime se reposer en son havre serein…
A Denis

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Rousseur d’automne

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La pluie s’est arrêtée ; le chemin est gorgé
D’étincelles et d’eau. Il luit sous les nuages
Qui roulent dans le ciel. Y gronde encor l’orage
Dont l’ultime fracas s’éloigne vers Puget.

La lumière est si rousse au-dessus du jardin
Qu’il pourrait s’enflammer. Et les feux de l’automne
Embrasent les allées, de l’ocre pâle au jaune.
Le feuillage frémit sous un vent anodin

Comme il l’est rarement au mitan de novembre,
Flambant à la folie sous les rais d’un soleil
Qui veut encor paraître avant son grand sommeil.
L’hiver s’en va l’éteindre, et le mois de décembre

Est déjà embusqué pour l’ultime curée.
Mais mieux vaut l’oublier, ne voir que la splendeur
De cet or en fusion ; l’inextinguible ardeur
De cet automne fou à la folle durée.

Comme il vient de pleuvoir, le sol phosphorescent
Scintille sous les nues, et sa couleur est rousse
Comme tout alentour. La lum(iè)re éclabousse
Le vieux banc délabré de jets luminescents…

Parfois un éclair fuse en un dernier éclat,
Accentuant encor les teintes mordorées.
Dans l’allée du jardin, la pluie évaporée
Flotte en voile argenté sur le sol chocolat.

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Un nuage est passé…

nuage

Un nuage est posté au-dessus de Quinson,
Tout gonflé jusqu’au cœur d’une pluie trépidante,
Automnale et tardive : une nuée ardente
Qui grésille d’éclairs et d’énormes grêlons.

Les gens tout affolés, effarés par le bruit,
Se sont mis à prier afin que le nuage
S’ensauve bien plus loin, au large du village.
Ils se fichent pas mal qu’il pleuve sur autrui,

Pourvu que la nuée épargne leur maison.
Il est juste midi, mais il fait vraiment sombre
Sous le grand cumulus. Née de l’Enfer, cette ombre
Noire comme la nuit défie toute raison !

Vaste nuage en cœur, mais saturé de peur :
Un nuage à tempête, un nuage à tornade…
Le cœur des Quinsonnais, qui bat fort la chamade,
Va se rompre tout net, brisé par la terreur

Car le nuage noir est vraiment monstrueux :
Posé sur l’azur clair, un ciel d’apocalypse
Qui prend en se vrillant la forme d’une ellipse !
Les gens épouvantés se sont terrés chez eux…

La prière a marché, et les gens de Quinson
Ont bien fait le boulot : la monstrueuse averse,
Prenant selon leur voeu un chemin de traverse,
Est allée ravager un quartier d’Esparron !

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Le vent d’automne

Vent d'automne

www.gvernassa.canalblog.com

Lugubrement plaintif, le vent geint monotone
En faisant onduler les champs déjà fanés
Par le soleil rouillé de ce début d’automne ;
Le vent d’automne pleure à s’en époumonner.

Traînant sur la garrigue une aile effilochée
Par le soleil d’été, le vent d’automne geint,
Entraînant dans son rush des nuées boulochées
Au-dessus de Salon et jusqu’à Saint-Martin.

Le vent d’automne pleure, et ses cris sont plaintifs
Comme ceux d’un enfant qui subit des misères ;
Assez mou, indolent, mais parfois réactif,
Avec de grands remous, des sursauts de colère

Qui soudain créent entour un grand remue-ménage,
Il lance vers le ciel d’énormes tourbillons,
En hurlant à longs cris, convulsionné de rage ;
Et puis soudain plus calme, il se fait le champion

D’un temps bien comme il faut et sans aucun excès :
Changeant comme son maître, il est imprévisible…
Lunatique et dolent, le vent d’automne sait
Qu’on voudrait tous sa peau car c’est un vrai nuisible !

S’il geint et s’il gémit, c’est qu’il a de la peine :
Etre aussi peu aimé brise son cœur de vent,
Et encor, mes amis, nous avons de la veine
Car il n’est plus, dit-on, aussi costaud qu’avant…

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Lamento

Ivan Eyre - Warm Wood Cloud - 1991

Poème illustré par un tableau de :

Ivan Eyre
www.gallery.ca

Divaguant à l’entour de la maison qui dort,
Le vent d’automne geint ; et une ribambelle
De feuilles dépecées danse sous la tonnelle
Séchée et dénudée sans ses lourds pampres d’or.

Le vent d’automne pleure, et le ciel est bien gris,
Qui court ennuagé au-dessus du village.
Saint-Cannat l’embrumé ressemble à un mirage
Tant la lumière est floue. Mon jardin défleuri

A vraiment l’air minable ; il est dépenaillé,
Vêtu de haillons gris. La maigre silhouette
De mon épouvantail n’a même plus de tête,
Ecimé par le vent qui l’a tout débraillé.

Le mistral se lamente, exsangue et pleurnichard,
Tournoyant sur lui-même en maigres pirouettes
Tristement essoufflées. Culbutes imparfaites
D’un vent à l’agonie dans un épais brouillard.

Tout est terne et bien gris. Mais où sont les couleurs,
Tous ces jaunes, ces roux irradiant la garrigue
De leur aura de feu ? Se mourant de fatigue,
Mon jardin brumasseux n’a plus aucune fleur…

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