Archives pour la catégorie “Cités provençales”

Poème illustré par :

Lionel Spani
www.lionel-spani.com

Haut les coeurs, mes amis ! Oui, le printemps est là :
Le soleil requinqué s’en vient sonner le glas
De tous ces jours si gris et mornes de l’hiver ;
On a le coeur en liesse et la tête à l’envers !

A Salon* les terrasses sont prises d’assaut :
On veut en profiter ! Cours Gimon, les badauds
Hument à pleins poumons l’air tiède et presque pur
De la rue bourdonnante, oubliant leur voiture

Qui gît abandonnée aux tréfonds de la ville.
On ralentit son pas, on a le coeur futile
Et l’on se sourit tous, l’âme un peu en goguette ;
La cité s’est parée de sa tenue de fête,

Les parterres de fleurs sont tout neufs ; et le vent
Délicat et léger les caresse en valsant,
Tout en faisant ployer avec grâce le stipe
Un peu raide pourtant des premières tulipes.

Place des Centuries l’on bade, l’on paresse
En prenant le soleil : tout va bien, rien ne presse !
Au-dessus, l’Empéri dresse ses murs austères ;
Même le vieux château ruisselle de lumière !

*Poème offert à Salon

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Les jours sont vraiment courts ; le soleil est très bas,
Posé sur l’horizon comme une balle rouge,
Et décembre est très long qui va cahin-caha.
Oh ! Revienne la vie qui flamboie et qui bouge !

Le fond de l’air est gris, et Vernègues qui dort
Se morfond dans le froid un peu mou de l’hiver.
On s’ennuie, on somnole ; il faut attendre encore
Des jours et puis des jours pour que deviennent verts

Les champs tout hérissés de chaumes desséchés.
Le village ruiné posé sur la colline
Egratigne le ciel de ses sinistres traits,
Et les hameaux trop neufs n’ont pas très bonne mine

Sous les nuages bas salissant l’horizon.
Vernègues se calfeutre : on n’a pas l’habitude !
Le temps est infini, les jours tournent en rond,
Et du village sourd une morne hébétude.

Poème dédié au village de Vernègues

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Poème illustré par :

Patrice Skrabal
www.art-pistache.com

A Callian* les ruelles montent en spirale
Vers un très beau château qui possède deux tours
Dont celle de l’Horloge, loin d’être banale ;
Je m’en vais vous conter quel est le bruit qui court :

A sa base une porte au linteau décoré
D’une extraordinaire tête de cochon.
Son groin est rutilant, poli par des milliers
De mains qui l’ont frotté depuis moultes saisons,

Car la légende dit que quiconque l’astique
Fait le plein de bonheur pendant toute une année.
Il est curieux de voir comme chacun le brique,
Crédule tout au fond, mais avec l’air blasé !

Or il y a quelqu’un que cela fit bien rire :
C’est soeur Emmanuell(e) qui termina ses jours
Dans le joli village en forme de sourire.
Son âme y flotte encor, toute grâce et amour.

*Poème dédié à Callian et…Soeur Emmanuelle

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Monaco, très chère voisine
Ruisselant d’or insolemment,
Tu es un peu notre cousine,
Construite presqu’effrontément

Sur un grand rocher impérieux.
Nous nous partageons le soleil,
Le même ciel d’un même bleu !
Mêmes amours, mêmes merveilles…

Mais tu vis somptueusement :
Pour être invité à ton bord,
On doit être cousu d’argent…
Qu’est ton emblème ? Est-ce un  veau d’or ?

D’accord ! Mais quand on a gravi
Tes rudes rues si escarpées,
On s’arrête tout ébahi,
Oubliant tout, estomaqué :

Peu importent banques et fric,
Casino, intérêt, affaires…
A perte de vue, mirifique,
L’énorme beauté de la mer !

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Poème illustré par :

Tony Wahlander
www.artony.eu

Au coeur d’une forêt d’antiques chênes verts,
Un gros bourg édifié au pied du Bessillon :
C’est Barjols le joli, ruisselant de lumière,
Niché au creux des monts, pas bien loin du Verdon.

Un village qui vit de l’eau en escapade
De ses douze lavoirs, de ses trente fontaines !
L’Argens, le Fauvery, l’Eau Salée, des cascades…
C’est si rare chez nous ! Quel bonheur, quelle veine

D’être ainsi irrigué dans le Var, en Provence !
On le comprit très vite, et moultes tanneries
Profitèrent bientôt de cette énorme chance…
Mais le temps a passé, et l’époque est finie

Où Barjols était lors capitale du cuir.
Les ateliers muets se seraient vite tus
Si d’aucuns n’avaient su qu’ils pouvaient resservir :
Des peintres, des sculpteurs, en voici, en veux-tu…

Plus prosaïquement, quand c’est la Saint Marcel,
La fête des « Tripett(es) » réunit chaque année
Tambourins, galoubets, flûtiaux et crécelles :
Et tous les Barjolais de danser, de danser…

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Poème illustré par :

Martine Tron
www.mm-saudade.com

Si le vieux Guy Lestrousse est très fier de l’armoire
Trônant majestueuse au milieu du séjour,
Il déteste conter que c’est un jour sans gloire
Que sa famille l’acquit en de très anciens jours…

Au dessus de Mison se dresse un grand rocher
Circulaire et très haut, et qui surplombe à pic
Le Buëch et sa région ; un mur déchiqueté
Où l’on avait construit un château hiératique

Qui protégeait la ville au fond de la vallée :
Un énorme gardien soucieux de sa quiétude,
De sa sérénité, un bon millier d’années…
A la Révolution il fut brisé, broyé !

Avant de le livrer stupidement aux flammes,
On se départagea vaisselle et mobilier.
Rendus fous par la haine, enfants, hommes et femmes,
Se démenèrent tous pour le mieux disloquer,

Puis l’on jeta au Buëch les tous derniers morceaux !
Le vieux Guy n’est pas fier face à tant de sottise,
Celle de ses aïeux ! Mais le meuble est si beau
Qu’il ravale sa honte et oublie leur bêtise…

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On y est sept, pas trop tassés !
Moyen de transport fort commode,
Elle fait son petit effet
Sur les touristes incommodes

Qui grognent pourtant trop souvent.
Un joli train-tram électrique
Qui va roulant en cliquetant
De rues en ruelle(s) éclectiques.

On l’arrête en faisant un signe
Et un sourire au conducteur
Qui péniblement s’esbigne
Dans une Avignon aux couleurs

Ocrées comme soleil couchant.
La Baladine se faufile
Agilement en s’immisçant
Dans les venelles de la ville.

Elle est d’un beau vert écolo,
Ignore ce qu’est la vitesse.
Petit train-tram tout rigolo
Silencieux et anti-stress…

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Illustration du poème trouvée sur :

http://macha-club.blogspot.com

Dans le Var, on est hébété
Face aux incroyables ravages
Qui laissent chacun dévasté.
Le fléau, la mort : un orage !

Angelo est désespéré
Car ses vignes sont gorgées d’eau !
Tant de travail et tant d’années
Qui s’en sont allés à vau-l’eau !

Il a peur que ça recommence…
Ceux qui croient prient, les autres pleurent,
D’autres maudissent la malchance !
Tout s’est passé en moins d’une heure…

Et tant de gens ont disparu,
Noyés hier à Draguignan,
Emportés par l’immense flux,
Par cette vague déferlant

Qui se ruait sur les villages :
Le Luc, le Muy, les Arcs, la Motte
Et Roquebrune… Enorme orage,
Enorme pluie, énorme faute

D’un mois de juin devenu fou !
Dans les rues, des autos en tas !
La désolation est partout.
Y a t-il eu un attentat ?

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Autrefois à Riez au temps de Pentecôte
Avait lieu au village une fête guerrière :
Simulacre couru par la région entière
Vaguement au courant d’une histoire vieillotte

Presqu’oubliée de tous mais à commémorer.
Après avoir construit une sorte de Fort,
On formait donc deux camps : les Chrétiens et les Maures ;
Les bourgeois du pays jouaient les chevaliers ;

Quant aux faux Sarrazins portant une cocarde,
Ils y étaient parqués pour subir les assauts
Des autres villageois. Cachés par des rameaux,
Ils s’y tenaient terrés pour la grande Bravade.

La poudre tonnait donc à pleins barils entiers ;
Tous les belligérants y allaient de bon coeur,
Evitant cependant l’abominable erreur
De blesser ou tuer un autre… « pour de vrai » !

Quand le Fort était pris, on y mettait le feu ;
Puis les Maures vaincus étaient faits prisonniers
Et menés à grands cris harnachés et liés
Jusqu’au coeur de Riez, déconfits et honteux,

Et tout se terminait par un joyeux banquet …
On montait le lundi auprès de saint Maxime
Pour le remercier d’être aussi magnanime
Et d’avoir évité que quelqu’un fût blessé.

En lui couvrant le chef de son propre bonnet,
Le Commandant d’alors nommait son successeur ;
Si l’homme était d’accord, il tirait plein d’ardeur
Un grand coup de fusil qu’on appelait : « le pet » !

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Poème illustré par :

Patricia Grandin
www.arts-web-gallery.com

Le soleil est moins jaune et moins rond et moins chaud
Que dans notre Algérie *: il fallait bien s’y faire !
Nous avons dû apprendre au mitan de l’hiver
Que le Français d’ici se parle avec des mots

Parfois bien différents de ceux de par-chez nous.
Comme on n’avait plus rien que nos mains dans nos poches,
Qu’on voulait nous parquer dans des endroits très moches,
Nous avons fait fissa d’un tout petit Carnoux

Notre ville pied-noir d’au-delà de la mer.
Des pionniers marocains nous avaient précédés
Dans la garrigue grise et avaient commencé
A édifier Carnoux sur quelques tas de pierres :

Nous avons poursuivi l’oeuvre de nos Anciens
Et rebâti ici le monde d’autrefois.
Tout au moins essayé ! Même si quelquefois
Nous avons l’impression qu’on ne nous comprend pas !

Mais nous sommes bien vieux ! Et la jeune relève
Est vraiment francaoui : tant mieux au moins pour elle
Car c’est vrai qu’à Carnoux la vie peut-être belle.
Notre Algérie à nous fut sans doute un beau rêve…

*Poème offert à la municipalité de Carnoux

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Dans les années 500, Draguignan s’élevait
Au milieu de marais noirs et pestilentiels.
La ville était prospère, accueillante et fort belle
Mais l’on en avait peur et chacun la fuyait

Car pour y accéder, il fallait traverser
Les tristes marécages fumants et gluants
Encerclant les hauts murs de leur miasmes puants !
Bien rares étaient ceux qui osaient s’y risquer

Tant on craignait le Drac tapi sous les roseaux :
Le prince de ces lieux, dragon abominé,
Tout prêt à dévorer qui s’y aventurait…
La cité était morne, on s’y sentait enclos !

On fit alors appel au bon sieur Hermentaire,
Saint évêque d’Antibe(s) et dont on connaissait
Le courage inouï et l’immense bonté.
Il s’en vint aussitôt, abandonnant ses terres

Pour ce qui lui parut alors l’essentiel…
Comment fit-il ensuite ? On ne saurait le dire !
Mais ce que chacun croit, c’est que pour mieux détruire
Le monstre abominable, il fit appel au Ciel !

Le combat fut affreux, mais l’évêque gagna.
Le Bien contre le Mal ! Draguignan délivrée
Du dragon fabuleux put enfin respirer.
Et le Saint repartit croulant sous les « hourrah ! »…

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Brignole(s) est une ville où rôdent des histoires
Pittoresquement drôles. Les vieilles cités
Ont ainsi tout un lot de légendes pipées
Et je vais vous conter l’une des plus notoires :

Dans la rue des Lanciers une vieille maison
Abritait autrefois la Garde, et quelques hommes
Y vivaient constamment. Une caserne en somme,
Occupée nuit et jour et en toutes saisons !

Sur la façade ocrée deux pierres à crochets :
Les soldats qui rentraient, non sans désinvolture,
Laissaient leur lance en bas debout contre le mur,
Ainsi moins empêtrés pour monter l’escalier !

Arrivés au premier, penchés à la fenêtre,
Ils saisissaient leur arme et puis ils la posaient
A plat sur les crochets. Ils s’endormaient en paix
Puis reprenaient l’objet quand ils quittaient les êtres…

Rares sont ceux sachant à quoi pouvaient servir
Ces pierres à crochets ! Quelques vieux Brignolais ?
La Provence est ainsi, qui bruisse de secrets
Qu’il ne faut oublier ni ne laisser mourir…

Poème offert à la ville de Brignoles

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Cannes et Nice ont eu peur et se sont rappelé
Que leur mer calme et bleue aux reflets de saphir
Etait un monstre froid capable d’exploser,
De les terroriser, de les anéantir

Quand elle a déferlé le quatre mai dernier :
Une vague si haute et si ahurissante
Qu’on crut au tsunami ! Un mur démesuré
D’eau, de sable et de vent ! Une vague démente

S’écroulant sur la ville où des gens affairés
Aménageaient la plage en songeant à l’afflux
Des futurs estivants du tout nouvel été :
Rêves habituels, catastrophe imprévue !

Les quais bien policés de Cannes submergés :
Et le Grand Festival ? Qu’allait-on pouvoir faire ?
Nice aux millions de fleurs bombardée de galets !
Deux villes haut de gamme et vivant un enfer…

La vague est repartie juste après le carnage :
Restaient larmes et boue ! Un travail de titans
Pour vite réparer les effets de la rage
Méditerranéenne. Et ce déchaînement

Presqu’inimaginable chez nous en Provence
A laissé tous ces gens las et anéantis,
Désenchantés, inquiets. Comment avoir confiance
En cette mer aimée qui leur a tant menti ?

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Poème illustré par :

T.Fauquenoy
www.art-et-peinture.fr

Posé sur la colline un château tout cassé
Qu’on s’acharna toujours à démantibuler
Domine Cadenet. Des ruelles ocrées
Gravissent la colline en venelles serrées

Et fortement pentues. C’est un joli village
Qui mène calmement son existence sage
Au coeur bleu du Vaucluse et bien loin du tintouin
De la plaine floutée qui s’étend au lointain.

Tous les lundis matins, c’est le jour du Marché
Depuis que Charles IX le lui a accordé ;
Chaque semaine ainsi tout Cadenet s’éveille :
Un marché provençal bruissant au grand soleil,

Non loin de la Durance qui longtemps lui offrit
Tout l’osier désiré pour moultes vanneries
Tressées agilement par toutes ces fillettes
Aux cheveux bien nattés en fines… cadenettes.

En portait-il aussi, ce jeune André Etienne
Qui battit du tambour un jour à perdre haleine
Devant le pont d’Arcole pour entraîner la troupe ?
C’est devant sa statue que chaque jour s’attroupent

Des touristes badauds visitant la Provence
Et Cadenet tranquille au Midi de la France.
La vie y coule douce au pied du Lubéron
Que la lumière ambrée du soir teinte de blond.

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Poème illustré par :

Léon Engelen
www.engelen.com

A Tende le 15 août on fête saint Eloi
Par une cavalcade issue d’un Autrefois
Qui nous paraît lointain, mais nous dit qu’en son temps
Eloi surpassait tous les maréchaux-ferrants.

Enfin, pas tout à fait ! Un jour il fut défié
Par un vieil inconnu s’engageant à ferrer
Bien plus vite que lui.  » Tu n’es vraiment qu’un fat !  »
Dit Eloi en riant. Puis  le jeu s’engagea  !

Après avoir tranché le jarret d’un cheval
Comme si c’eut été un geste machinal,
L’homme rogna, tailla le pied sur l’établi
Et quand il fut ferré, promptement le remit !

Eloi piqué au vif voulut en faire autant.
Il prit un autre pied, le trancha bonnement ;
Ses amis assemblés hurlaient déjà de joie
Lorsque le sang gicla ! Et la bête rua

Hennissant de douleur… Eloi vert de dépit
Dut ravaler sa honte et son immodestie
Alors que le vieillard réparait sa bêtise.
Le Saint  fort déconfit  ruminait sa sottise

Et son trop grand orgueil quand l’autre disparut !
Et le Saint tout penaud lors se sentit déchu
De sa réputation ; et puis il s’amenda,
Attentif au défi lancé par l’Au-delà !

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