Le nez dans le guidon

Poème illustré par un dessin de :
Honoré Daumier
(1808-1879)

Il existe chez nous des hommes politiques
Ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez !
Et ce n’est point du tout pour notre République
Qu’ils recherchent nos voix, mais pour nous amener

Là où ça les arrange, eux seuls, en tout premier !
Dans leur propre intérêt ! Dénués d’expérience,
La vie publique étant leur unique métier,
Ils savent malgré tout déjouer la méfiance

De leurs chers électeurs – ces benêts à berner –
Bien qu’ils soient maintes fois en parfait décalage
Avec nous, les Français, sots embobelinés
Jugés bien trop obtus pour voir les fricotages

Dont ils usent toujours fort astucieusement.
Ils n’ont vraiment en vue que le tout prochain vote,
La prochaine échéance, et malhonnêtement,
Nous font ingurgiter mille faux antidotes

Dont nous pensons à tort qu’ils pourraient nous guérir.
Si trop souvent, pour nous, leurs faits sont illicites,
Leurs abus, leurs excès ne sauraient les noircir
Puisqu’ils votent les lois ! Et ils se félicitent

De notre ingénuité : nous les réélisons !
Si nous sommes cocus, c’est vraiment notre faute !
Ces malfrats patentés ont tout à fait raison
De couillonner ainsi leurs chers compatriotes

Qui pourraient les virer s’ils le voulaient vraiment !
Sommes-nous des sujets quasiment invisibles
Pour ces individus? Bien sûr, évidemment !
Mais c’est notre confiance en eux qui est risible…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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