La complainte des pierres

Chalet

Perdu dans la montagne, il est un très vieux mas
Qui geint et qui se plaint dès que souffle le vent.
On n’y voit plus personne, jamais, et pourtant…
Tout berger en Ubaye et tout homme qui passe

Non loin de la bâtisse peuvent ouïr son chant
Quand la bise secoue ses vieux murs de guingois :
L’étrange psalmodie d’un pauvre être aux abois,
Une triste cantate aux soupirs se mêlant

Aux hurlements du vent hululant sur la lande.
Interminablement, la pauvre voix brisée
Aux accents déchirants ne cesse de pleurer
Pendant que l’ouragan mène sa sarabande.

En-bas dans la vallée, on dit que c’est un vieux
Qui y vivrait tout seul, sans parents ni amis ;
Que c’est sa vieille voix qui ronchonne et qui crie
Qu’il n’a besoin de rien, pas même du Bon Dieu.

Jusqu’à ce que Constant, un berger du Lauzet,
Indigné et outré par tant d’indifférence
Et malgré ses amis lui prônant la prudence,
Ait voulu en avoir le coeur net et chercher !

Il n’a pas hésité à sonder, démonter
Les vieux murs écroulés depuis des décennies…
Pour enfin retrouver un cadavre jauni
Sous des poutres moussues qui s’étaient effondrées.

On a donc enterré le vieillard oublié,
Le coeur plein de remords… La bâtisse s’est tue,
Calme et rassérénée ; elle est redevenue
Une simple demeure, un modeste mazet

Dont Constant fort patient remonte chaque pierre.
Il a repeint les murs d’un joli jaune ocré
Pour les laver de tout, ouvert de grandes baies
Afin qu’y entre à flots un torrent de lumière…

Puis il s’est installé avec femme et enfants.
Le mas a retrouvé ses jolis jours d’antan…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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