L’exclus

J’ai eu un coup de griffe un peu malencontreux !
On m’a flanqué dehors, et depuis je me traîne
Au fin-fond du village où je miaule ma peine,
Vieux matou délabré tellement malheureux.

Je ne méritais pas d’être ainsi éjecté
Par Bastien dans la rue. C’est sa petite fille
Qui m’a importuné du bout de son aiguille
Pour me faire bisquer ! Et moi j’ai riposté ;

La gamine a hurlé, mon maître m’a viré
Malgré mon repentir. Depuis je vagabonde,
Il n’y a pas un chat à des lieux à la ronde…
Je suis désespéré, je voudrais tant rentrer !

Le Sauze est déserté, ce n’est pas la Saison.
Les chalets sont fermés, pas une porte ouverte
Par où me faufiler. Quelle cruelle perte…
Je suis seul et perdu sans aucune raison

Car je n’avais pas tort ! J’ai faim et il fait froid,
J’erre dans la Station. Et ce n’est pas le pire
De tout mes maux présents car j’ai entendu dire
Qu’on y a vu un loup… Vous voyez mon effroi ?

Etre mangé tout cru, sans compter l’abandon !
Dieu des Chats, je t’en prie, donne-moi une idée !
La jeune Stéphanie  va peut-être m’aider,
Demander au Papet un ultime pardon ?

Je vais aller la voir, miauler tragiquement,
Boiter et grelotter afin que la fillette
Me prenne en grand’pitié et sur le champ regrette
De m’avoir fait chasser aussi injustement.

Le vieux Bastien ne peut jamais lui refuser
L’une de ses lubies ! Oui, l’on va me reprendre.
Et si l’on ne veut pas, eh bien, j’irai me pendre !
Le suicide d’un chat ? Un scoop télévisé…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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