Archives pour la catégorie “Méditerranée”

A la surface de la mer,
Un oiseau cendré se balance
Sur l’eau qui clapote et qui danse ;
Un oiseau insoucieux de l’air
Qui seul devrait être son monde !
L’eau le soulève et, à son gré,
Le fait descendre et remonter ;
Oiseau des airs, oiseau de l’onde,
Tu vas me donner le tournis !
N’as-tu donc aucune nausée
A te laisser ainsi bercer
Par le tangage ou le roulis ?
La Méditerranée l’endort !
Ces moutons sont des vaguelettes
Faites pour bercer les mouettes
Aux yeux cernés d’un cercle d’or.
On dirait un léger yo-yo
Montant et descendant sans cesse :
Une mouette qui paresse
Loin des lourdes nuées, sur l’eau…
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Sur la mer irisée, flamboyant, un trois-mâts
Navigue triomphant, rutilant au soleil.
Dans son ventre pansu il y a des merveilles :
Tissus de soie brodée, étoffes d’apparat…
Claquant au vent ses voiles gonflées de lumière
En font un grand oiseau qui bondit sur les flots.
Il s’en vient de Syrie et il porte très haut
La fierté de son nom florissant et prospère.
Cependant un souci gêne son capitaine !
Oh ! Un tout petit rien : l’un des marins est mort
Ce matin brusquement ; et il revoit encor
Sa mâchoire crispée hurlant à perdre haleine…
La vigie crie : « Marseille » ! On va y débarquer
Toute la cargaison pour des milliers d’écus !
Allons, plus de tracas ! Foin des sous-entendus…
Profits mirobolants et fortune assurée !
Mais au fond de la cale un bacille tueur,
La peste aux crocs d’acier, se tient prêt à tuer.
Année mil sept cent vingt : on est le vingt-cinq mai !
Le vaisseau couve en lui un Alien ravageur*…
*Cette épidémie de peste fit près de 200000 victimes en Provence
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Poème illustré par un tableau de :
Edgar Degas
(1834-1917)
Mon Dieu, quelle douleur ! Qu’elle est dure la vie
De cette pauvre femme assise sur un banc
Du square Borély ; seuls quatre garnements
Y jouent malgré le froid en poussant de grands cris.
Son regard creux est vide et ses traits sont rongés
Par tous ces jours passés à errer dans les rues.
Elle est vieille, elle est seule ; elle n’est guère plus
Qu’un corps mou ballotté au gré de la pitié.
Marseille est fort morose en cet hiver précoce
Qui la rend toute grise et inhospitalière ;
Le mistral accentue le froid et ses misères.
La femme n’en peut plus de cette vie atroce !
Un peu plus loin la plage et la mer qui oscille…
Elle se lève enfin, avec autour du cou
Un vieux sac en faux cuir qu’elle traîne partout.
Elle est un peu courbée et son pas lourd vacille.
Elle est entrée dans l’eau qui clapotait. Touchée,
La Méditerranée l’a bercée un moment
Avant de l’emporter au loin vers le Couchant.
Sur la plage un soulier et un sac effrangé…
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Poème illustré par un tableau de :
Pascal Baudot
www.galerie-com.com
Les barques sont parées, et les jouteurs aussi,
Debout sur leur teinteine au-dessus de la mer,
Le pied gauche en avant et le droit en arrière.
Le public estaquais les acclame à grands cris
Car tels des chevaliers, ils vont s’éperonner
Avec leur longue lanc(e) pour se flanquer à l’eau.
Leur écu ? Un plastron. Portant un numéro
Sur leur gros bras musclé, ils sont prêts… Zou, partez !
C’est l’équipe du cru que les gens plébiscitent.
La foule chante et crie, l’ambiance est survoltée ;
On acclame surtout le champion, Honoré,
Dont l’immense talent n’a aucune limite !
Ses six rameurs courbés poussent comme des fous
Sur leurs rames de bois tant ils veulent l’aider.
Quant au bel Estaquais, il vient de se jeter
Sur l’adversaire en fac(e) sans se soucier des coups…
Mais il a mal visé, il est désarçonné !
C’est lui qui se retrouve à nager tout honteux
Dans les remous qui puent… L’Estaque vergogneux,
Déçu et dépité étrangement se tait.
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Publié par Vette dans Méditerranée

Poème illustré par un tableau de :
Claude Théberge
www.claudethéberge.com
Nous allons partir tous les deux,
Naviguant vers un monde bleu,
Un univers inappréciable…
Au fond de la mer insondable
Flottent des voiles de couleur ;
Des poissons en forme de fleur
Viennent affleurer la surface.
Tu en as l’ineffable grâce
Et la souplesse déliée…
Embarque donc, ma bien-aimée ;
Pauvre petit être aux abois,
Viens te serrer tout contre moi ;
Nous allons partir tout là-bas,
Vers l’autre rive où il n’y a
Que des rêves et des chimères :
Le monde irisé de la mer.
Pourquoi attendre et qu’espérer ?
La brise en Méditerranée
Fait voguer les barques fragiles
Et favorise les idylles
Comme la nôtre. N’aie plus peur :
La maladie fit une erreur
En décidant de t’emporter !
Mais nous allons la devancer
En partant pour ce long voyage.
Anticiper est bien plus sage…
Partons donc pour cette croisière
D’au delà des confins des terres
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Poème illustré par un tableau de :
Monique Jullien
www.arts-programme.com
Mon Dieu, qu’il est joli, le nom de cette ville !
Il craque sous la dent comme la chair d’un fruit
Un peu ferme et croquant. Et la mer qui oscille
Lui donne son odeur. C’est un mot du Midi
Dont le beau E final n’est pas muet du tout !
Agaves et palmiers, pins et bougainvillées
L’enclosent de parfums et lui donnent le goût
D’un paradis perdu sous son haut pic des Fées :
Car c’est ainsi qu’on nomme son Observatoire
Sur le mont des Oiseaux. Rien que des mots magiques !
Et face aux îles d’Or, Carqueiranne* le soir
Etale sous la lune un site féérique
De plages argentées, de villas embrasées
Par le soleil couchant. La mer tout alanguie,
Qui lèche en roucoulant le sable festonné,
Parle d’éternité dans le temps relenti.
*Poème offert à la ville de Carqueiranne
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Dans toute bouillabaisse, on doit mettre un saint-pierre
Que Messieurs les savants nomment le « Zeus faber ».
Voudriez-vous savoir pourquoi ce gros poisson
Porte sur les côtés un macule bien rond ?
Saint Pierre était pêcheur ; il prit dans son filet
Un grand et gras poisson qui se mit… à grogner !
L’apôtre abasourdi saisit donc le râleur
Entre pouce et index et le jeta sur l’heure !
C’est depuis ce jour-là qu’il y a ces deux taches
Sur le dos du poisson, qui porte avec panache
Le sceau des doigts sacrés, imprimé sur ses flancs
Lorsqu’il se fit la belle il y a deux mille ans.
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Savez-vous qu’autrefois il y eut à Marseille
Le seul téléphérique immergé par le monde ?
Et l’on peut toujours voir, mangée par le soleil,
Abandonnée de tous, inconnue à la ronde,
Sa gare de départ aux quatre roues rouillées
Par la mer et le sel, la lumière et le vent.
En contrebas du vieux sentier des douaniers,
Tout démantibulé, attendant vainement,
L’engin a fait son temps malgré son grand succès
Lors de sa construction. Car pour un simple tour
D’un tout petit quart d’heure, on s’y précipitait :
Quel ébahissement en voyant tout autour
De la cabine jaun(e) le monde sous-marin !
Et les six voyageurs d’alors se rengorger,
Conquérants esquichés* surmontant un ravin
De dix mètres de fond : de vrais aventuriers !
Joie pour les Marseillais, trente mille billets
Vendus en dix huit mois! Incroyable sortie
Où l’on s’émerveillait pour dix francs le trajet :
Le prix du cinéma, celui de deux pastis!
Puis sans savoir pourquoi, il n’a plus fonctionné :
Disparu corps et biens après soixante-huit
Et laissant tous ses fans déçus et dépités.
C’était si rigolo : réparez-le nous vite !
*Trop serrés les uns contre les autres !
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On était le vingt juin, au début de l’été.
Avec Aude et Martin on avait décidé
D’aller pique-niquer plage de Samena.
Je sais, c’est interdit : ne le dites donc pas !
L’accès en est ardu. Mais fort heureusement
Nos sacs étaient légers et nous avions vingt ans !
Et nous y étions seuls. Les autres Marseillais
Devaient être au Prado, en foule et entassés !
Des rochers tout en vrac, une plage de sable !
Nous avons déballé, nous sommes mis à table,
Tout heureux d’être seuls face à tant de beauté.
Et seulement pour nous, la Méditerranée !
Le temps nous paraissait très sûr et sans problèmes.
N’était-ce pas l’été , et tout neuf, du jour même ?
Bien sûr le ciel au Sud était taché de roux,
Mais nous n’y songions pas, inconscients, un peu fous…
C’est arrivé d’un coup et sans aucun présage :
Un vent soudain furieux ! Un gigantesque orage
Se déversant en trombe au-dessus de nos têtes !
Et le sauve-qui-peut, la poudre d’escampette
Devant des flots hurlants, déchaînés, en troupeau !
Nous avons dû filer pour sauver notre peau :
Le temps d’escalader – Oh ! nos pauvres mollets…
De glisser, déraper, et nous étions trempés,
Sans sac, sans clés, sans sous, et pratiquement nus :
Arrivés tout en haut, nous avions tout perdu !
Nous avons dû rentrer en stop et en maillot
Sous une pluie battante et le coeur vraiment gros…
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Lorsque je partirai, loin – de l’autre côté -
Et si Dieu me demande où je m’en veux aller,
Je ferai allusion à l’Ailleurs sous la mer
Pour y flotter enfin, bulle bleue et légère
Comme un Esprit des eaux détaché de ce monde.
La Méditerranée de ses eaux bleues et blondes
M’intégrera en elle au pays des poissons
Et je n’y serai plus qu’un infime frisson.
Je m’en pourrai voguer au fin-fond des eaux noires
Dans de sombres canyons où des formes ivoire
Ne ressemblant à rien du monde d’au-dessus
Flottent au sombre coeur de continents perdus :
Au plus profond de tout, où aucune lueur
Ne s’en vient transpercer l’ultime profondeur
De lieux inexplorés et inconnus des Hommes !
Où d’étroites vallées sinuent, étranges comme
La Terre du début et sa désolation.
Puis je remonterai, et tout à ma passion,
Je m’assimilerai au monde sous-marin
Dont le ciel est fait d’eau. Toujours calme et serein,
Détaché d’un vieux corps si pesant à porter,
Je ne serai qu’un rien en ce monde indompté
Encor vierge, innocent. Loin de la terre grise
Et de l’Humanité que l’inutile grise…
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Poème illustré par une aquarelle de :
Armand Feldmann
www.armandfeldmann.com
C’est la morne saison de bien belles amours
Et la fin de l’été. On s’était dit « Toujours ! » ;
Puis elle est repartie ; et bien seul sur la plage,
Je subis du mois d’août les énormes outrages
Du soleil, de la mer que j’aimais tant avant.
On n’est plus bien ici ; il y a trop de vent…
Je voudrais remonter vers Paris, la revoir…
Mais n’était-ce vraiment qu’un réel « Au revoir »
Que ces derniers baisers ? Et si c’était « Adieu » ?
Non, ce n’est pas fini ! Impossible… Oh ! mon Dieu,
Qu’elle ne m’oublie pas ! C’est vrai que Cavalaire
Est vraiment ravissant, ruisselant de lumière
Et du bleu transparent d’un ciel clair sans nuages.
Mais elle n’y est plus, je suis là, et j’enrage
Que mes parents s’obstin(ent) à y vouloir rester !
Moi j’attends le départ et la fin de l’été…
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Poème illustré par un tableau de :
Jean Potvin
www.jeanpotvin.com
Le vent n’en revient pas : c’est sa fête aujourd’hui !
Ces Marseillais sont fous ! Pourtant il les ennuie
Plus souvent qu’à son tour quand il souffle en tempête !
Ma foi ! Tant pis pour eux, et il serait bien bête
De ne pas apprécier tout l’honneur qu’ils lui font
Avec ces cerfs-volants – Fanfares et flonflons !
Certains sont étonnants et d’autres magnifiques ;
On compte donc sur lui et il faut qu’il s’applique
Pour emporter tout ça jusqu’en haut des nuages.
Il va privilégier un pitchounet bien sage
Qui tient un bel engin de ses deux mains serrées
En n’ayant qu’une peur : le laisser s’échapper
Si le vent est trop fort ! Le mistral a pitié,
Il retient donc son souffle et se fait tout léger,
S’orientant comme il faut pour aider le petit…
Etonné par l’enfant tout le monde applaudit ;
Pour la première fois le vent se sent aimé.
Il se gonfle de joie et fait tourbillonner
Au dessus du Prado l’image du bonheur :
Le joli cerf-volant est en forme de coeur.
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Poème inspiré par un tableau de :
Xavier Alzuria
www.didier-leveille.zevillage.org
C’est un enfant tout blond qui écope la mer :
A un petit garçon il n’est rien d’impossible !
Il est très sûr de lui et se croit infaillible,
Malgré les moqueries cruelles de son frère !
Pour jeter l’eau du seau, il a creusé un trou
Avalant goulûment la mer vague après vague.
Et même si sa soeur affirme qu’il divague,
Il n’en veut pas démordre et sait qu’il n’est pas fou
Car c’est ce qu’il a fait un jour à la Toussaint
Pas bien loin du Touquet. Il a tant travaillé
Qu’on ne voyait plus l’eau ! La mer était vidée :
Il avait réussi, il l’a su au matin.
Cet été, c’est à Cann(e)s qu’il s’est mis à creuser
A longueur de journée, et encore, et encore…
Mais il existe un fait que le pitchoun ignore :
En Méditerranée il n’y a pas de marée…
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Du zénith a plongé un vaste goéland
Aux ailes étalées comme d’immenses voiles
Dans le ciel bleu du Sud. C’était un vaisseau blanc
Voguant sous le soleil, les myriades d’étoiles ;
Un oiseau déployé qui glissait dans la grise
Lumière du matin éclaboussé d’argent ;
Un oiseau qui planait emporté par la brise,
Dans l’air un peu brumeux d’un tout nouveau printemps ;
Un oiseau libre, énorme au-dessus de la mer
Encor pâle et tachée d’une ombre bleu foncé ;
Un goéland d’argent ruisselant de lumière
Qui fondait sur le Port : un éclair en piqué.
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Poème illustré par un tableau de :
Guillaume Barazer
www.farea.com
Hululant sa complainte et courbant les cyprès,
Le mistral accouru de la vallée du Rhône
En lavant le ciel bleu de ses nuages jaunes
Assaille fou furieux la Méditerranée.
Il déchiquète l’eau à grands coups de rafales
Et en jette l’écume au-delà des rochers
Luisants et englués d’un magma verglacé.
Il fonce droit devant, tout comme une cavale
Jaillie de l’enfer glauque où se terre l’hiver.
Il érafle les flots de son souffle glacé
Et givre le pont gris des bateaux amarrés
En pétrifiant de froid et la terre et la mer.
C’est un vent déchaîné, comme souvent ici
Au coeur noir de l’hiver. Un tourbillon énorme,
Hors de toute raison et hors de toute norme.
C’est un vent terrifiant ; c’est le vent du Midi !
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