Archives de catégorie : Le soleil-lion

La pluie tant attendue

La voici donc enfin cette pluie bienfaisante
Qui vient purger le ciel de l’énorme chaleur
Paralysant la vie ; qui remet des couleurs
Au paysage blanc pétrifié dans l’attente

D’un zeste de fraîcheur, depuis de si longs jours !
Elle tombe, appliquée, sur les fleurs et les plantes
Que l’été torturait ; et le jardin s’enchante
De retrouver enfin son aspect de toujours.

Image depuis peu de la garrigue sèche
Entourant la maison, sa flore semblait morte !
Elle avait l’air plantée aux entours de la porte
D’un désert oriental. Et la moindre flammèche

Aurait pu l’enflammer comme un tas d’amadou…
Mais la pluie tombe dru. Elle floque, elle flaque
Sur le sol assoiffé, et une énorme flaque
S’étend jusqu’au portail. Il fait beaucoup plus doux,

L’on ne suffoque plus et la maison respire,
La pluie repeint de frais les murs dégoulinants
Et absorbe l’ardeur du soleil triomphant ;
Un été aussi chaud ? Jamais l’on n’en vit pire !

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Déchéance

La mer sale et brouillée sent le poisson pourri.
Battant infiniment juste au pied de l’usine,
La Méditerranée où le fuel noir dessine
De jolis arc-en-ciel  n’est plus qu’un pot-pourri

De papiers, de rebuts : un nauséeux crottoir !
La chaleur accentue l’odeur nauséabonde
Des eaux déshonorées par cette fange immonde
Qui a fait de la mer un vaste dépotoir.

Bouteilles en plastique, immondices, fétus .
De toutes les couleurs : on ne voit plus qu’à peine
Le sable du rivage où une vieille benne
Achève de rouiller parmi les détritus.

Au milieu des déchets bougent quelques poissons.
Sont-il vivants ou morts ? Ils flottent dans l’eau chaude
A l’odeur faisandée, où la lumière brode
Sur les flots irisés des dessins qui ne sont

Que les reflets dorés de cette corruption.
Affalés pas bien loin, ignorant cette merde,
Des touristes naïfs et inconscients ne perdent
Pas un rai du soleil. Toute leur attention

Est fixée sur un point, là-bas, à l’horizon :
Un bateau qui bondit sur les vagues violettes.
Des rêves colorés leur passent par la tête,
Leur faisant oublier toute cette abjection.

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Referme bien la porte…

 

Poème illustre par un tableau de
Vincent Van Gogh
(1853-1890)

Referme bien la porte, il fait si chaud dehors !
Il y a bien trois jours que cette canicule
S’est abattue sur nous, du Sud jusques au Nord.
L’on est anéantis. Même ici l’on recule

Dès qu’il faut se résoudre à aller au village.
Il fait si bon dedans où le ventilateur
Ronronne tant et plus comme un gros chat bien sage !
Il y a au frigo un rosé tentateur

Où vont dans un instant cliqueter des glaçons :
Ce serait indécent de commencer à geindre…
Les cigales dehors crissent à l’unisson,
Seules petites vies à ne jamais se plaindre

Quand il fait vraiment chaud. Minuscules prêtresses
De l’été triomphant et du soleil radieux,
Elles font vibrer l’air en criquant d’allégresse
Pour fêter l’apogée de leur terrible dieu.

Oh, qu’on est bien dedans ! Le Bandol est parfait,
Qui nous oint le gosier de sa fraîcheur exquise ;
Si léger, gouleyant… Et nos corps assoiffés
Enfin désaltérés vont pouvoir lâcher prise.

Mais le jardin a soif et il est lamentable.
Il va falloir quand même un peu se secouer
Pour aller l’arroser ! Aspersion secourable
Car cet été brûlant le frappe de plein fouet.

L’on ira tout à l’heure… Oh, trente-huit degrés !
Et si l’on s’allongeait tout nus sur le dallage ?
Délicieuse impression avec un seul regret :
Y penser bien trop tard tant ce contact soulage 

Nos corps déshydratés et notre peau qui brûle.
Oh, qu’on est bien dedans ! Le jardin attendra
Qu’on daigne enfin sortir de notre chère bulle :
Notre maison fermée à cet août scélérat.

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Noyade

Le soleil s’est noyé au large de Marseille.
Comme il avait trop chaud, il voulait rafraîchir
Ses rayons hérissés et sa face vermeille
Dans l’eau que l’aube argent commençait à blanchir.

La Méditerranée tellement attirante
Lui a ouvert ses flots ; le soleil a plongé,
Car comment résister à la fraîcheur tentante
De ce fluide indigo pouvant le soulager

De ce feu consumant sa divine matière
Et dont il était las ? Il a sauté du ciel.
Son plongeon  rugissant comme un coup de tonnerre
A fait bouillir les vague(s) ; un geyser torrentiel

A balayé la mer, escaladant les nues,
Et l’eau a bouillonné au loin jusqu’à Niollon.
Mais il s’en est voulu de l’idée saugrenue
Qui l’avait fait plonger, pesant comme du plomb,

Car la mer l’a étreint de ses noirs tentacules
Et, ne pouvant flotter, le soleil a coulé…
Depuis nous souffrons tous de ce saut ridicule
Et nous crevons de froid. En plein mois de juillet

Nous vivons un enfer. Il fait noir, tout est sombre ;
La glace envahit tout, mais la mer bout toujours !
Le grand ciel de l’été est dévoré par l’ombre.
Notre bon vieux soleil renaîtra-t-il un jour ?

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Un ruisseau de montagne

C’est un petit ruisseau qui coule tout là-haut,
Un tout petit ruisseau fait de trois gouttes d’eau ;
Un filet de cristal, une onde transparente
Sautillant hardiment en dévalant la pente

Et qui se prend vraiment, parfois, pour un torrent
Quant une grosse pluie renforce son courant.
Il est vraiment heureux dès qu’elle tambourine
Sur les prés verdoyants des pentes subalpines :

Elle le fortifie, c’est pour lui un nectar,
Elixir bienfaisant le boostant à l’instar
D’un vrai philtre magique. Il bouillonne et il mousse,
Gicle et crache à tous vents, accélère sa course

Pour rattraper en bas bien d’autres ruisselets,
Excités et cinglés comme lui même l’est,
Déboulant de concert de la Haute Provence
Pour retrouver enfin leur mère la Durance.

Mais dès juin, il est maigre et fait de gros efforts
Pour descendre la pente un peu plus loin encor,
Et encore et encor, car il est optimiste,
Attendant un gros grain pour se remettre en piste.

Pourtant le plus souvent c’est un tout petit ru
Qui joue en attendant une prochaine crue,
Minuscule rigole où flottent des brindilles,
Des brins d’herbe dansant sur son eau qui scintille.

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Le ventilateur assassiné

Depuis presque trois jours tout là-haut en Ubaye,
La canicule est là et nous allons craquer
Tant la chaleur nous tue ! Tout prêts à suffoquer !
Même le soir venu la chaleur nous assaille

Et nous n’en pouvons plus. La nuit va refroidir
La montagne qui cuit mais , hélas ! notre chambre
Est juste sous le toit et l’on y va souffrir,
Bien qu’on l’ait isolée dès le mois de septembre

Car elle semble un four sous les lauzes des combles.
Nous avons donc acquis un grand ventilateur,
Succédané de vent et buveur de sueur,
Pour rafraîchir nos peaux, nos corps de fond en comble…

Nous avons encor chaud mais c’est bon d’être nus
Blottis l’un contre l’autre. Un frisson, de l’ivresse…
Nous en remercierions l’été d’être venu
Redonner à nos corps un surcroît d’allégresse !

Bien douces sont tes mains, et j’en oublierais presque
Que dehors c’est l’enfer, que l’air est un brûlot*.
Tiens, tu as renversé le pauvre ventilo !
Oh, que c’est bon, l’amour… Sortir serait grotesque !

Peu importe après tout ces jours de canicule
Car nous brûlons sans elle ! Et le ventilateur
Ne saurait pas vraiment engourdir notre ardeur,
Nos épidermes joints, nos corps qui s’articulent

En un rythme parfait… Cette étuve estivale,
Excessive en montagne, est devenue désir.
Le ventilo mourant a poussé un soupir.
Canicule en Ubaye ? Canicule idéale…

* je sais que je n’emploie pas ce mot selon sa définition « officielle » ! Mais permettez-moi de lui donner un troisième sens ( brasier ) : ça lui va tellement bien ici ! Et la rime n’est-elle pas parfaite ?

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Là-haut sur la montagne…

« Là-haut sur la montagne il est un vieux chalet ».
Connais-tu la chanson ? On la chantait petits,
Bien avant que le temps n’ait tout anéanti
De ces burons anciens maintenant affalés

Comme des tas de pierre encombrant les alpages.
Pas seulement le temps ! Les Humains et l’oubli ;
L’oubli des traditions, d’un passé aboli
Par un progrès captieux et son mauvais usage…

Au printemps, les bergers venaient s’y réfugier
En compagnie d’un chien pour garder leurs brebis.
Ils restaient là des mois. Un long exil subi,
Mais telle était leur vie. Sans jamais sourciller.

En hiver, recouverts par un monceau de neige,
Ces burons sommeillaient, tout encapuchonnés ;
Et le gros édredon boursouflé leur donnait
L’aspect d’igloos d’ailleurs, là où le ciel est beige

Presque en toute saison. Mais l’été les pastours
Dormaient tout habillés sous le ciel étoilé,
La tête sur leur chien ; et le pâle reflet
De la lune éclairait les pâtis alentour.

C’étaient des temps anciens. Et la plupart du temps,
Les burons aujourd’hui ne sont plus que décombres
Fréquentés par le vent et les très vieilles ombres
Diaphanes et fanées des pastoureaux d’antan.

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