Archives de catégorie : Le soleil-lion

Le four

Poème illustré par un tableau de :
Vincent Honnoré

L’on dirait qu’est ouverte la porte d’un four :
Dès qu’on sort, l’air ardent nous chope et nous assaille
En nous coupant le souffle. Et notre cœur tressaille
Sous cet assaut brûlant! Ça fait déjà trois jours

Qu’on n’ose plus flâner tellement il fait chaud.
Et sitôt qu’on le fait, sitôt on le regrette
Tant l’énorme étouffoir nous fait tourner la tête.
Marseille est maintenant un énorme réchaud,

Qui va, c’est évident, commencer à bouillir
Si le soleil poursuit ce maudit badinage
Où il se rit de nous, exerçant ses ravages
Sur notre pauvre corps tout prêt à défaillir.

En ville, il fait trop chaud ! Partons donc pour l’Ubaye,
Il fait bon tout là-haut : peut-être y fait-il frais ?
L’on pourrait se baigner dans le Lac, et errer
Sur ses rives fleuries. Oublions le travail

Et la ville oppressée qui se meurt peu à peu.
Lâchons tout et fuyons vers la Haute-Provence,
Ses versants verdoyants, la fraîche transparence
De son ciel lumineux et certainement bleu…

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Caprice

Le soleil reposait là-haut sur la montagne,
Heureux d’y être à l’aise et de ne plus bouger.
Il était bien ainsi, assis sur un léger
Nuage rondouillet. Tout en bas la campagne

Grésillait sous ses rais un peu tonitruants.
Quelle idée s’en vint lors lui déranger la tête ?
Une idée de voyou, une idée malhonnête
Envahit son esprit, et comme un vrai truant

Sans parole ni foi, oubliant ses principes,
Il pensa qu’il pourrait toujours demeurer là.
Bourlinguer dans le ciel ? Il en était fort las.
Il ne bougea donc plus, comme un gnard s’émancipe

Du joug de ses parents, contre toute raison.
Au soir du premier jour, les gens s’en étonnèrent ;
Et puis la peur s’en vint, et tous se récrièrent
Contre l’astre incivil aux si piètres façons.

Il s’en fichait pas mal, resta sur son nuage
Jusqu’à ce qu’il ait chaud, bien trop chaud à son gré,
Et bouillonne en son jus, ses millions de degrés.
Au bout de quatre jours il rêvait de la plage,

De la mer tout en bas… Oh, se plonger dans l’eau !
Alors, n’en pouvant plus, il quitta la montagne
Et s’en fut s’immerger au pays de Cocagne,
Une plage isolée posée sur un îlot.

Les gens débarrassés de son omniprésence
En furent fous de joie. Son éclat trop pesant
Les anéantissait. Le jour s’éternisant
Refit place à la nuit dans toute la Provence,

Et le soleil reprit son trajet éternel.
Le temps reprit son cours, et la raison aussi.
Le soleil oublia s’être un beau jour assis
Sur une grosse nue somnolant dans le ciel.

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Le Tour

Poème illustré par un tableau de :
Josette Mercier-Kornmayer

Le Tour est à Marseille. Une énorme pagaille
A envahi la ville. Et il y a partout,
De la Gare au Prado, un encombrement fou.
Comme tout est fermé, les Marseillais rouscaillent,

Car ils ne peuvent plus rejoindre leur demeure.
Et comme la plupart adore le boxon,
Ils l’accentuent encor à grands coups de klaxon ;
Mais ne vous y fiez pas : leur ire n’est qu’un leurre,

Au fond ils sont contents ! Et les embouteillages,
Cet énorme tintouin, ils connaissent fort bien…
Ils sont habitués, il n’y a presque rien
Qui les ravisse autant que les grands cafouillages.

Mais aujourd’hui, c’est sûr, avec la Caravane,
Les autos, les vélos, les coureurs et le bruit,
C’est vraiment le bouquet, et ce n’est point le fruit
Comme les autres jours de leurs propres arcanes.

Mais les gens aiment ça : c’est un « contre la montre » !
Ils vont ainsi pouvoir apprécier les coureurs
En les identifiant. Et s’ils font une erreur,
De joyeux quolibets pleuvront à leur encontre,

Les Marseillais ayant la moquerie facile.
Tout le monde est joyeux, l’on s’agite partout ;
Le Tour et son foutoir révolutionnent tout !
Un joyeux brouhaha tourneboule la ville.

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La liseuse

Poème illustré par un tableau de :
Auguste Renoir
(1841-1919)

Une goutte est tombée sur son livre entr’ouvert.
Il fait tellement chaud que sur peau très blanche
Suinte de la sueur. Un bosquet encor vert
Malgré le manque d’eau protège de ses branches

Sa beauté délicate. Elle s’y est cachée
Pour tenter d’échapper à l’énorme chaleur
De ce terrible été. La pelouse asséchée
N’est plus qu’un paillasson sans aucune couleur.

Elle a choisi Rimbaud, pour oublier un peu
Cette énorme touffeur où le Sud est plongé
Depuis quelque deux mois. Mais personne ne peut
Vivre dans cet enfer sans en être enragé !

Pourtant, s’y essayant, elle voudrait bien lire
Selon son rituel dans ce coin du jardin
Que l’atroce chaleur l’a poussée à élire
Car il est plus ombreux ; un pied de lavandin

Y distille une odeur d’ineffable fraîcheur.
Mais c’est une illusion, la chaleur est atroce ;
Elle se sent gagnée par la molle torpeur
Distillée peu à peu par le soleil féroce

Qui voudrait l’écarter de son terrain de chasse :
Le jardin pantelant qui se meurt sous ses coups.
Elle, elle a l’impression que de grands coups de masse
Lui martèlent le front. Des perles sur son cou

Coulent tout doucement en mince ruisselet,
Comme sur ses sourcils, son ventre blanc, même entre
Les globes de ses seins aussi blancs que du lait.
Le soleil a gagné et il faut qu’elle rentre…

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Ce serait bien qu’il pleuve…

Poème illustré par un tableau de :
Daniel Sannier

Ce serait bien qu’il pleuve. Il y a dans le ciel
D’orageuses nuées traînant leur boursouflure
Au-dessus du Midi. Mais l’été démentiel
Enragé de lumière empêche leur rupture

Au-dessus de la ville accablée de chaleur.
L’on désirerait tant qu’une averse bruyante
Suivie d’un arc-en-ciel rutilant de couleurs
Crépite sur le toit en pluie pétaradante !

Oui, mais pas une goutte au-dessus du jardin
Haletant, desséché depuis moultes semaines !
Les nuages là-haut toisent avec dédain
Les plantes assoiffées, malgré toute la peine

Qu’on se donne à l’envi pour bien les abreuver.
Elles baissent la tête et la terre craquelle
Comme une peau ridée. L’on voudrait retrouver
Le bruit de l’eau qui bat, qui gargouille et ruisselle

Tout au long des allées fumant sous le torrent !
Le ciel couleur de suie où les nuages gonflent
Se tord en un ballet étrange et délirant.
Mais toujours pas de pluie, bien qu’un orage ronfle

A l’Ouest  au lointain, au-dessus de Salon…
Puis soudain le prodige, et les nuées s’éclairent ;
La pluie crépite dru en noyant le vallon !
La Nature est vraiment un énorme mystère…

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Insatisfaction

L’on est en plein brasier : la chaleur infernale
Du soleil provençal au mitan de l’été !
Sensation d’étouffer, malaise exacerbé
Par un temps aussi chaud qu’en terre tropicale…

L’on se plaint, l’on gémit, l’on n’en peut vraiment plus
Et l’on songe à novembre, à sa fraîcheur hiémale.
L’on rêve de glaçons, de gelées maximales
Et de ce jour béni où par chance il a plu

Une grêle glacée qui brouillait l’atmosphère.
Puis on pense à la neige, à sa fraîche saveur,
A ces flocons piquants cueillis avec ferveur
Par le bout de la langue, et où l’hiver s’affaire

A saupoudrer d’argent les pistes de Praloup…
Mais cette chaleur d’août est tellement pénible
Qu’il faut faire un effort pour que semblent crédibles
Le froid gris de l’hiver, les contours un peu flous

Des monts sur l’horizon saupoudré de cristal.
Puis le gel pétrifiant, la brume enveloppante
Et l’étrange impression que l’air sibérien tente
D’envahir nos poumons de son souffle glacial

Nous fait vite aspirer à l’enfer de l’été…
Les Provençaux parfois sont des gens insatiables ;
Ils possèdent l’endroit ? L’envers leur semble aimable !
Toujours insatisfaits, tels des enfants gâtés…

« I can’t get no satisfaction, hey, hey, hey, hey… »

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Eclosion

Poème illustré par un tableau de :
Daniel Sannier

Les cigales sont presque mûres
Au pied des pins, dont la ramure
Va bientôt crisser de leur chant.
Elles s’en vont surgir des champs

Et des sous-bois, de cette terre
Tout emplie du vaste mystère
De la vie qui renaît toujours
Dès que reviennent les beaux jours.

Juste encor un peu de lumière
Fusant même au travers des pierres
Et du roc d’un âpre Midi
Pour qu’elles sortent de leur nid !

Elles vont déplisser leurs ailes
Toutes fripées, mais en rebelles
Ne s’en serviront pas beaucoup,
Juste pour un petit coucou

A l’Autre qui attend là-bas
Pour de trop rapides ébats.
Mais elles ont encore à faire
Au fin-fond de leur noir repaire :

Se gonfler d’un chant lumineux
Pour en emplir notre ciel bleu !
Car sans elles notre Provence
Serait privé de la jouvence

Et des agréments de l’été
Qui avec elles va, forte*,
Vibrer de cette âpre chaleur
Qui en est l’essence et le cœur.

*Prononcer : Forté !

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Il y eut un été…

Oh, laissez-moi dormir ! C’est si bon, c’est si doux
D’être ainsi englouti au plus profond d’un rêve
Semblable à un Eden perpétué sans trêve…
C’est le monde réel qui est cruel et fou !

Il me faut effacer cet incroyable été,
Cet amour passager, car c’était sur du sable
Qu’il était imprimé. Amour aussi friable
Qu’un coquillage mort, terne et inhabité !

J’y ai cru fermement quand on s’est rencontrés
Au tout petit matin sur la plage encor vide.
Il faisait presque froid, le ciel était livide,
Et il marchait tout seul, avec pour seul attrait

De très longs cheveux roux noués en catogan…
Et pourtant aussitôt je fus comme envoûtée.
Il n’y a qu’en dormant que je peux oublier
Ma trop grande candeur face au charme arrogant

Et au cynisme froid de cet homme inconnu.
J’y ai cru tout à fait et fus bien trop naïve,
Seule depuis deux ans et l’âme à la dérive ;
Ma grande solitude et mon cœur mis à nu

N’ont pas su résister à ce plagiat d’amour…
Nous fûmes très heureux, fîmes souvent la fête.
Des rires plein la tête et le cœur en goguette,
Je croyais que l’été allait durer toujours…

Un jour il s’est enfui sans me dire au revoir.
Oh, laissez-moi dormir au creux de mes nuages,
Ces longs jours et ces nuits ne furent que mirage…
L’été s’en est allé et le ciel est tout noir.

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Un été si lointain

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni

Il y a, paraît-il, une jolie saison
Où badent en riant des filles court vêtues
Que des cacous bronzés et dragueurs s’évertuent
A draguer, tels des chats qui ont perdu raison.

Il y a, paraît-il, un temps nommé l’Eté,
Où le soleil furieux suffoque de lumière,
Un soleil si brûlant qu’il dessèche la terre
Au point qu’elle se fend sous ses rais excités.

Il y a, paraît-il, un mois nommé Juillet
Avec de très longs jours fleurant bon la lavande ;
Un mois resplendissant où les filles se rendent
A la plage en flânant et dès potron-minet.

Il y a paraît-il, un mois appelé Août
Où l’on a quelquefois l’impression de boire
Un feu jailli d’ailleurs, où la lumière noire
Vous grille à petit feu et et vous met knock-out.

Il y a, paraît-il… Mais pourquoi donc mentir ?
Ce temps n’existe plus ; ce n’est guère qu’un conte,
Un récit merveilleux, des bobards que racontent
Des vieillards tout chenus, et dont les souvenirs

S’effilochent au fur, à mesure du temps !
Y eut-il des saisons avant le grand désastre
Qui ravagea la Terre ? Et avant qu’un autre astre
Ne détruise à jamais les chauds étés d’antan ?

Il y eut, paraît-il, une chaude saison
Où les filles badaient, à moitié dévêtues,
Dévalant en riant les ruelles pentues…
Où le Temps jouissait de toute sa raison !

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Le dôme bleu

Le ciel est comme un dôme, un dôme bleu qui pèse
Lourdement sur Marseille étouffé par l’été ;
Un ciel que les gabians, de leur vol ouaté,
Strient à grands coups d’aile. Un gros soleil obèse

Darde ses longs rayons sur le port accablé.
L’on a chaud, bien trop chaud. Des filles presque nues
Attendent patiemment la fraîcheur bienvenue
Qui devrait apaiser leur teint caramélé

En fin d’après-midi. Allongées sur la plage
Tout comme des statues, elles dorent en choeur
Sans souci pour leur peau. Et le soleil vainqueur,
Fignolant en sournois leur pernicieux bronzage,

Y sème patiemment des graines de cancer.
Mais juillet est brûlant ; et tout au bord de l’eau
Nul ne pourrait sentir à quel point il fait chaud.
Seul paraît bien vivant l’immuable concert

Des cigales crissant dans la cité éteinte.
Le ciel est comme un dôme, et son bleu outremer
Pèse massivement sur la Terre et la Mer
Imbriquées l’une en l’autre en une immense étreinte…

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Jour d’orage

La montagne flamboie. Le temps est à l’orage,
Et sur les hauts sommets un voile de vapeur
Flotte tel un rideau. Serait-ce point la peur
Qui m’oppresse  si fort ? Il y a un mirage

Au-dessus de l’Ubaye, qui irise ses eaux
D’un halo de couleurs. Et cette onde si fraîche
Dévalant de là-haut dicte à ma bouche sèche
Un désir de sorbet… Plus aucun chant d’oiseaux :

L’orage est imminent, et c’est sûr qu’ils se cachent
Avant que ne fulgure un tout premier éclair.
Là-bas, vers Entrevaux, le ciel est encor clair,
Mais avec à l’Ouest une traînée qui tache

Son bleu couleur d’été d’un long dégueulis roux.
La montagne se tait et le ciel lourd suffoque ;
Tout semble pétrifié, quand les nues se disloquent
En fragments lumineux. Brusquement, d’un seul coup !

Le ciel déverse enfin un déluge de pluie,
Cette pluie le gonflant depuis début juillet.
L’on respire bien mieux, et de l’humus mouillé
Suinte une fade odeur. La chaleur s’est enfuie…

La montagne rutile et brille sous le soleil.
On la dirait repeinte à grands coups de pinceau
D’émeraude et d’or frais ruisselant à pleins seaux.
L’astre-roi redéploie son gros disque vermeil.

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Complainte

Je m’en vais vous conter un bien triste destin,
Mais je vous en préviens  : ma tragique complainte
Est un vrai requiem, tout sanglots, toutes plaintes,
A vous faire pleurer dès le petit matin…

C’était l’été dernier ; je m’en souviens fort bien.
Le ciel était très bleu – de bien mauvais augure ?
Mais après tout un tas de sombres aventures
Dues à des coups de vent, vécues non loin d’Amiens,

J’étais fort satisfait de venir en Provence.
Pas un nuage au ciel, un azur vraiment bleu !
Oubliées les nuées se suivant queue leu leu
Que j’avais supportées dans le nord de la France !

J’étais un compagnon pour ma propriétaire
Dont je sauvegardais les beaux cheveux bouclés
Et les fards parfaisant un joli teint de lait.
Je la suivais partout, témoin prioritaire

De la moindre sortie, de toute promenade.
Toujours en exercice. Un bosseur, je vous dis !
Je l’aidais tous les jours, mais pas le mercredi :
Elle était professeur. Un jour pour moi maussade…

Et puis on est venus s’établir à Marseille.
Au début, c’était cool : il n’y pleuvait jamais !
Je restais dans ma housse. Enfin de vrais congés,
Des vacances super. Délices et merveilles…

A Marseille, Elodie se passait bien de moi
Et j’étais enchanté de n’avoir rien à faire !
Je ne détectais point l’ambiance mortifère
Qui pourtant aurait dû provoquer mon émoi

Quand un jour je compris que je n’existais plus…
Ma toile chiffonnée n’était plus dépliée,
Mes ressorts étaient mous, mes baleines rouillées.
Depuis notre arrivée, il n’avait jamais plu !

Je croyais que le sort m’avait vraiment souri
Et je ne rêve plus que d’un climat pourri !

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L’appel du Sud

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

La voix de certains de mes amis, là-haut …

Quatre ou cinq mois encore, et l’on va redescendre
Comme tous les étés, en quête d’un soleil
Bien trop rare chez nous. Tous les ans, c’est pareil !
Et tout émoustillés, n’en pouvant plus d’attendre

L’époque des congés, l’on projette déjà
De faire les lézards allongés sur le sable,
De barboter tout doux dans une mer aimable
Sans aucune marée. Quand on sera là-bas,

L’on oubliera le froid, et le gris, et la pluie…
La lumière aimant mieux le Sud et la Provence
Revitalisera nos corps tout en souffrance.
Car qui préférerait un ciel couleur de suie

Comme celui qu’on voit trop souvent par chez nous ?
Soit béni chaque année ce Midi de la France
Nous accueillant chez lui ! Et malgré cette outrance
Du soleil et du vent bien souvent au mois d’août,

Nous revenons toujours y passer nos vacances.
Les cigales sont là, dans les pins embaumés
Par la résine chaude, et qui n’oublient jamais
De louer sans arrêt et avec éloquence

Le bleu constant du ciel, la chaleur, la lumière
Du pays de Mistral, de Pagnol, de Giono.
Où le soleil brasille et ruisselle a giorno
Presque à longueur de temps et en avant-première.

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Petit matin d’été à Marseille

De grands gabians braillards strient le ciel doré
De leur flottille grise, importunant Marseille
A force de longs cris. Le matin ensoleille
Leurs ailes éployées de chauds reflets cuivrés.

Le soleil se réveille, encor un peu pâlot,
Mais il blondit déjà l’immense Bonne Mère
Et son bébé divin… Un nuage éphémère
A fondu brusquement, juste au-dessus d’Allauch,

Et Marseille en a eu un tout petit écho
Qui n’a rien résolu. Une ondée passagère,
Une simili-pluie, même pas messagère
D’un bon coup de tabac ! Un ratage, un fiasco…

Mais c’est déjà fini : un orage d’été
Local et spontané, avec toute la grâce
Des faits presque imprévus, dont déjà toute trace
S’est effacée au sol aussitôt asséché.

Un matin marseillais, un matin de juillet !
Il va faire très chaud, mais la mer semble fraîche
Sous son friselis bleu. Un grand mistral dessèche
Les fleurs de Borély : le parc est assoiffé

Car ça fait trente jours qu’ici il n’a pas plu
Si ce n’est tout à l’heure, une ou deux ou trois gouttes !
Le grand jardin frémit. Un mimosa s’égoutte
Sur le sentier pierreux ne fumant déjà plus.

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La fin d’un monde

Sous le ciel où dansent trois nuages,
La mer bat comme un cœur cadencé.
Elle semble ainsi se balancer
De Marseille à l’incertain rivage

Du Couchant à l’azur enflammé.
La mer bat telle une grosse artère
Engorgée du sang roux de la Terre…
L’astre-roi est un lion affamé

Dont les crocs aiguisés dilacèrent
Le ciel bleu accablant de l’été.
Tout là-bas, l’horizon est flouté,
Avec des rais d’argent qui éclairent

La tour ronde imprécise d’un phare
Insensible aux gifles de la mer
Qui se mêle intimement à l’air
Pour lui faire larguer ses amarres.

La mer bat comme une grosse caisse
Pulsant fort sous les horions du vent,
Gigantesque et tout aussi vivant
Que les flots qui montent, qui s’abaissent.

Le ciel bleu peu à peu s’obscurcit ;
L’eau foncée maintenant semble épaisse
Comme la lave brune que laisse
Les volcans dans ces lointains pays

Où nues et mer semblent se confondre.
Le ciel fond, le vent crie, la mer bat.
Monstrueux ils mêlent leurs ébats
Au-dessus d’un monde qui s’effondre.

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