Archives de catégorie : Le soleil-lion

Jour d’orage

La montagne flamboie. Le temps est à l’orage,
Et sur les hauts sommets un voile de vapeur
Flotte tel un rideau. Serait-ce point la peur
Qui m’oppresse  si fort ? Il y a un mirage

Au-dessus de l’Ubaye, qui irise ses eaux
D’un halo de couleurs. Et cette onde si fraîche
Dévalant de là-haut dicte à ma bouche sèche
Un désir de sorbet… Plus aucun chant d’oiseaux :

L’orage est imminent, et c’est sûr qu’ils se cachent
Avant que ne fulgure un tout premier éclair.
Là-bas, vers Entrevaux, le ciel est encor clair,
Mais avec à l’Ouest une traînée qui tache

Son bleu couleur d’été d’un long dégueulis roux.
La montagne se tait et le ciel lourd suffoque ;
Tout semble pétrifié, quand les nues se disloquent
En fragments lumineux. Brusquement, d’un seul coup !

Le ciel déverse enfin un déluge de pluie,
Cette pluie le gonflant depuis début juillet.
L’on respire bien mieux, et de l’humus mouillé
Suinte une fade odeur. La chaleur s’est enfuie…

La montagne rutile et brille sous le soleil.
On la dirait repeinte à grands coups de pinceau
D’émeraude et d’or frais ruisselant à pleins seaux.
L’astre-roi redéploie son gros disque vermeil.

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Complainte

Je m’en vais vous conter un bien triste destin,
Mais je vous en préviens  : ma tragique complainte
Est un vrai requiem, tout sanglots, toutes plaintes,
A vous faire pleurer dès le petit matin…

C’était l’été dernier ; je m’en souviens fort bien.
Le ciel était très bleu – de bien mauvais augure ?
Mais après tout un tas de sombres aventures
Dues à des coups de vent, vécues non loin d’Amiens,

J’étais fort satisfait de venir en Provence.
Pas un nuage au ciel, un azur vraiment bleu !
Oubliées les nuées se suivant queue leu leu
Que j’avais supportées dans le nord de la France !

J’étais un compagnon pour ma propriétaire
Dont je sauvegardais les beaux cheveux bouclés
Et les fards parfaisant un joli teint de lait.
Je la suivais partout, témoin prioritaire

De la moindre sortie, de toute promenade.
Toujours en exercice. Un bosseur, je vous dis !
Je l’aidais tous les jours, mais pas le mercredi :
Elle était professeur. Un jour pour moi maussade…

Et puis on est venus s’établir à Marseille.
Au début, c’était cool : il n’y pleuvait jamais !
Je restais dans ma housse. Enfin de vrais congés,
Des vacances super. Délices et merveilles…

A Marseille, Elodie se passait bien de moi
Et j’étais enchanté de n’avoir rien à faire !
Je ne détectais point l’ambiance mortifère
Qui pourtant aurait dû provoquer mon émoi

Quand un jour je compris que je n’existais plus…
Ma toile chiffonnée n’était plus dépliée,
Mes ressorts étaient mous, mes baleines rouillées.
Depuis notre arrivée, il n’avait jamais plu !

Je croyais que le sort m’avait vraiment souri
Et je ne rêve plus que d’un climat pourri !

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L’appel du Sud

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

La voix de certains de mes amis, là-haut …

Quatre ou cinq mois encore, et l’on va redescendre
Comme tous les étés, en quête d’un soleil
Bien trop rare chez nous. Tous les ans, c’est pareil !
Et tout émoustillés, n’en pouvant plus d’attendre

L’époque des congés, l’on projette déjà
De faire les lézards allongés sur le sable,
De barboter tout doux dans une mer aimable
Sans aucune marée. Quand on sera là-bas,

L’on oubliera le froid, et le gris, et la pluie…
La lumière aimant mieux le Sud et la Provence
Revitalisera nos corps tout en souffrance.
Car qui préférerait un ciel couleur de suie

Comme celui qu’on voit trop souvent par chez nous ?
Soit béni chaque année ce Midi de la France
Nous accueillant chez lui ! Et malgré cette outrance
Du soleil et du vent bien souvent au mois d’août,

Nous revenons toujours y passer nos vacances.
Les cigales sont là, dans les pins embaumés
Par la résine chaude, et qui n’oublient jamais
De louer sans arrêt et avec éloquence

Le bleu constant du ciel, la chaleur, la lumière
Du pays de Mistral, de Pagnol, de Giono.
Où le soleil brasille et ruisselle a giorno
Presque à longueur de temps et en avant-première.

 

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Petit matin d’été à Marseille

De grands gabians braillards strient le ciel doré
De leur flottille grise, importunant Marseille
A force de longs cris. Le matin ensoleille
Leurs ailes éployées de chauds reflets cuivrés.

Le soleil se réveille, encor un peu pâlot,
Mais il blondit déjà l’immense Bonne Mère
Et son bébé divin… Un nuage éphémère
A fondu brusquement, juste au-dessus d’Allauch,

Et Marseille en a eu un tout petit écho
Qui n’a rien résolu. Une ondée passagère,
Une simili-pluie, même pas messagère
D’un bon coup de tabac ! Un ratage, un fiasco…

Mais c’est déjà fini : un orage d’été
Local et spontané, avec toute la grâce
Des faits presque imprévus, dont déjà toute trace
S’est effacée au sol aussitôt asséché.

Un matin marseillais, un matin de juillet !
Il va faire très chaud, mais la mer semble fraîche
Sous son friselis bleu. Un grand mistral dessèche
Les fleurs de Borély : le parc est assoiffé

Car ça fait trente jours qu’ici il n’a pas plu
Si ce n’est tout à l’heure, une ou deux ou trois gouttes !
Le grand jardin frémit. Un mimosa s’égoutte
Sur le sentier pierreux ne fumant déjà plus.

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La fin d’un monde

Sous le ciel où dansent trois nuages,
La mer bat comme un cœur cadencé.
Elle semble ainsi se balancer
De Marseille à l’incertain rivage

Du Couchant à l’azur enflammé.
La mer bat telle une grosse artère
Engorgée du sang roux de la Terre…
L’astre-roi est un lion affamé

Dont les crocs aiguisés dilacèrent
Le ciel bleu accablant de l’été.
Tout là-bas, l’horizon est flouté,
Avec des rais d’argent qui éclairent

La tour ronde imprécise d’un phare
Insensible aux gifles de la mer
Qui se mêle intimement à l’air
Pour lui faire larguer ses amarres.

La mer bat comme une grosse caisse
Pulsant fort sous les horions du vent,
Gigantesque et tout aussi vivant
Que les flots qui montent, qui s’abaissent.

Le ciel bleu peu à peu s’obscurcit ;
L’eau foncée maintenant semble épaisse
Comme la lave brune que laisse
Les volcans dans ces lointains pays

Où nues et mer semblent se confondre.
Le ciel fond, le vent crie, la mer bat.
Monstrueux ils mêlent leurs ébats
Au-dessus d’un monde qui s’effondre.

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Mauvaise foi

Le vieux chat se sent seul. Autour de lui Marseille
Dodeline tout doux en crevant de chaleur.
Le jardin est exsangue, et trois ultimes fleurs
Essaient de résister à l’anhydrie vermeille

D’un été enfiévré qui surchauffe la ville.
Ses maîtres sont partis chercher de la fraîcheur
Tout là-haut, en Ubaye. Deux immondes lâcheurs
Sachant pourtant qu’un chat n’est pas bête servile…

Mais Tom a le cœur gros. Tout près de lui la caisse
Dont il s’est échappé pour ne point voyager.
Il y a son pot d’eau et de quoi bien manger…
Pourquoi donc ressent-il cette infâme faiblesse

Qui le fait défaillir quand il pense à ses maîtres ?
C’est vrai qu’ils l’ont cherché jusque sur le Prado,
Sans oublier plus tard nourriture et plein d’eau…
Mais croyaient-ils vraiment qu’il allait se soumettre ?

Un chat n’obéit pas. Ce n’est point sa nature
De changer sans arrêt ainsi de domicile.
Les deux autres, là-haut ? Ce sont deux imbéciles.
Laisser seul son matou, n’est-ce point immature ?

Le vieux Tom se sent seul ; il part à la dérive,
Il est tout angoissé. Il ne comprend pas trop
Ce qui le gêne ainsi. Le fait qu’il fasse chaud ?
Et pourquoi attend-il qu’une voiture arrive

Dans la rue, au-dessous ? Pourquoi a-t-il envie
D’entendre leur deux voix clamer soudain son nom ?
Il n’a pas besoin d’eux ! Pas du tout ! Non non non…
Il est chat, il est libre, il veut vivre sa vie

Sans câlins, sans chichis, sans leur sollicitude…
Mais il faut constater qu’ils lui sont dévoués !
Et Tom exaspéré doit enfin s’avouer
Qu’il n’aime vraiment pas, oh non ! la solitude…

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L’été des vieux amants

couple-chemins

Quand l’été fanera, ils partiront ensemble
Vers ce pays d’Ailleurs où l’on ne connaît pas
De temps calamiteux, si ce n’est quelquefois
Une ondée bienvenue, une pluie fraîche où tremble

L’ombre d’un grand soleil déclinant peu à peu.
Ils cueilleront des fruits et des fleurs, par brassées,
Et leur parfum sourdra de leurs mains embrassées
Jointes sur des bouquets émaillés de lys bleus.

Quand l’été reviendra ? Mais ils y sont déjà,
Dans ce pays d’ici où les fontaines chantent
La saison bienvenue et chaude dont s’enchantent
Leurs corps souvent frileux et courbés sous le poids

De nombreuses années, de multiples saisons.
Jouissant pleinement de la chaleur ambiante
Qui bien souvent paraît aux autres trop prégnante,
Ils en tirent profit contre toute raison :

Ils ont souvent si froid ! Ils aiment le soleil,
Son feu si éloigné de tout ce qui est mièvre,
Suggérant une vie brûlée d’ultimes fièvres,
Pas encor résignés à l’éternel sommeil !

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Le soleil à midi

soleil-en-montagne

La montagne est pointue. Posé sur son sommet,
Le soleil vocifère, et des torrents de feu
Dévalent en grondant les pentes du Cimet.
Mais le ciel de l’été est sereinement bleu,

Calme et imperméable aux frasques de l’étoile
Gigantesque et furieuse incluse dans son sein ;
Car à midi passé elle mettra les voiles
Pour tenter d’embraser d’autres pitons lointains.

Pour l’instant la montagne est gorgée de lumière.
Elle est blanche, elle est bleue, et un feston ocré
Ourle son haut sommet dont la pointe de verre
Dessine sur l’azur un triangle doré.

Cependant le soleil se déchaîne et tempête,
Bombardant le roc noir d’étincelants rayons.
La lumière mugit, la lumière est en fête,
Qui danse et qui explose en milliards de protons…

Mais le Cimet blasé demeure indifférent
Au mitraillage fou de l’astre déchaîné
Qui doit l’abandonner ! Car poussé par le Temps
L’emportant en roulant, il va être entraîné

Vers l’horizon courbé, encor clair et si nu ;
Vers l’Ouest tout là-bas, un Midi inconnu…

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L’orage

 

maisonnette

Le ciel lourd est très noir, posé comme un couvercle
Sur le village gris où rien ne bouge plus.
Pas un souffle de vent sous le terrible cercle
Sombre comme la nuit, là-haut, juste au-dessus

Des vieux toits bien serrés les uns contre les autres.
Leurs pans tout biscornus sont secs depuis juillet
Et leurs tuiles roussies. Quelques matous s’y vautrent,
Les seuls à apprécier la touffeur de l’été.

La ligne d’horizon est curieusement claire,
Car autour du couvercle un cerne de ciel bleu
Emet étrangement un halo de lumière.
Mais la nuit vainc le jour, le gomme peu à peu,

Bien que des éclairs blancs lient le ciel à la terre.
Un réseau électrique au rythme grésillant
Strie les nues sans arrêt. Une pluie salutaire
Serait la bienvenue ! Tout le monde l’attend

Sous la coupole noire où stagne la tempête.
On a tous l’impression que l’éther est pesant,
Qu’un glaive est suspendu au-dessus de nos têtes,
Qu’il va bientôt tomber, nous anéantissant.

Le dôme du ciel lourd pèse comme un couvercle
Sur Jausiers accablé. Les oiseaux se sont tus.
L’orage qui grossit peu à peu nous encercle ;
Un éclair a frôlé le haut clocher pointu.

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Le Panier en été

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Poème illustré par une peinture de :

Vincent Honnoré
honnore-peintre.com

Partout des escaliers ! L’on monte et l’on descend.
Les gens du Panier* vont, les gens du Panier viennent
Dans des rues tout en pente où l’ombre est d’obsidienne,
D’un pas vif et alerte – un pas qui va dansant !

Le quartier est abrupt, penché vers le Vieux Port,
Abondamment pourvu d’indénombrables marches.
Attention à la glisse ! Ajustez votre marche,
Faites bien attention à ce coquin de sort

Qui pourrait vous pousser du haut jusques en bas !
Les venelles en biais redescendent, remontent.
Prenez l’air détaché pour effacer la honte
D’être désorienté : dans presque tous les cas,

Vous vous égarerez ! Repartez à l’envers
Par les ruelles bleues où sont posées des jarres
Toutes empanachées. Quand vous en aurez marre
D’errer de-ci de-là, fiez-vous à l’homme en vert

Qui arrose en sifflant ses fleurs sur le trottoir
Et qui vous montrera le bon itinéraire ;
Il a l’air tout heureux, il est à son affaire
Car il peut cultiver selon son bon vouloir

Trois pots devant chez lui ! La Mairie le permet…
Les rues sont désormais des calades fleuries,
Parées comme il le faut de mille poteries
Qui ont accru leur charme… Il a suffi d’un rien

Pour faire du quartier un endroit enchanteur
Tout parfumé d’été, où des pots en goguette
Ont donné à l’asphalte un petit air de fête :
Tout le monde a le droit d’y planter quelques fleurs…

L’on monte et l’on descend en été au Panier ;
Les rues sont tachées d’or, et malgré leur part d’ombre,
Rafraîchies à souhait et divinement sombres…
Un quartier tout en fleurs et tout en escaliers.

* Un vieux quartier pittoresque de Marseille

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La résistante

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La mer berce Marseille, et le port affalé
Sous le soleil ardent, fourbu, se laisse aller.
L’air est si suffocant que la ville soupire
Tant elle est harassée. Une fleur qui transpire

Son haleine embaumée au cœur bleu d’un jardin
Penche vers le sol dur son cœur incarnadin,
Soudainement fanée par l’étuve étouffante
Qui engourdit les rues. L’atmosphère pesante

Accablant le Vieux Port l’a quasi endormi.
Les pointus* dodeline(nt) sur le clapotis gris,
Et leurs mâts oscillant à un rythme hypnotique
Griffent le ciel saphir d’un fin réseau graphique.

Marseille est assoupi. Il fait chaud, bien trop chaud,
Quand soudain, branle-bas ! L’avenue du Prado
Se met à résonner d’un surprenant tapage,
Tout aussi inouï que l’est un beau mirage :

Marchant en sautillant, c’est une fille en fleur
Qui va telle une eau vive ignorant la chaleur,
Qui paraît ignorer la touffeur accablante,
Dont le pas fait vibrer la chaussée somnolente.

Son teint si délicat, indemne de sueur,
Est semblable à la soie. Son exquise fraîcheur
N’est absolument pas sensible à cette étuve
Coagulant la mer, dont les moites effluves

Empèguent l’air brûlant. La belle marche au pas,
Au rythme cadencé d’un bon petit soldat
Sur lequel l’ennemi n’aurait aucune prise.
L’on dirait même bien que la chaleur la grise…

Elle avance gaiement, en fille du Midi
Narguant allégrement le soleil qui rugit.
Il fait chaud, bien trop chaud… Mais la belle trottine,
Effrontément nimbée de lumière argentine.

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Par un jour accablant…

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A Marseille, aujourd’hui, il fait tellement chaud
Que la ville apeurée paraît entrée en transe.
La mer voudrait l’aider, mais le calme tempo
Des longues vagues bleues qui ondoient et qui dansent

Ne peut pas juguler l’effroyable chaleur
Qui va la consumer. Le soleil implacable
Darde au long de ses rues des rais impitoyables
Et tellement ardents que la ville prend peur,

Confrontée à ce feu semblant né de l’enfer.
La lumière outrancière est vraiment anormale
Pour la ville qui n’a jamais encor souffert
D’occuper dans le Sud sa latitude australe !

La mer essaye en vain de la lécher tout doux
Pour revivifier ses quais poisseux et tièdes,
Mais aucun clapotis : ses vagues sont trop raides !
L’été halluciné paraît devenu fou

Sans les lois bien réglées de tout mois de juillet…
Tout semble donc perdu, mais Marseille en a marre
De devoir supporter cet effarant brasier ;
Il se décide alors à larguer les amarres

Pour aller s’installer loin de l’été dément
Au centre de la mer en Méditerranée,
Là où il fait plus frais. La ville malmenée
Par l’étrange fournaise sort de l’abattement

Où elle se mourait, en retrouvant le goût
De son sourire inné, de sa vie un peu dingue.
C’est désormais une île, et, se moquant de tout,
Pour une ultime fois Marseille se distingue…

Tout au Sud de la France il y a un grand trou,
Et la vie alentour peu à peu se déglingue…

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Grognitude

déjeuner au jardin

Lou déjeune souvent très tôt sur la terrasse
Quand y clique léger un tout premier soleil
Encor un peu dolent ; quand ses rayons vermeils
Ne criblent point encor la Provence un peu lasse

Des excès de l’été au mitan de juillet.
Tout au fond du jardin chante une tourterelle
Affamée de sa mie qu’amoureuse elle appelle…
Marc le rejoint plus tard, les yeux encor brouillés

Des rêves de la nuit, barbe et cheveux hirsutes,
Tout affamé de thé, de pain frais et de miel,
Avec au fond des yeux des bribes d’arc-en-ciel.
Il n’est pas vraiment là ! Pas question qu’on discute !

Lou attend qu’il échappe aux rêves de sa nuit
Pour l’aborder de front. Silencieux il grignote
Un morceau de jambon et un bout de biscotte,
Encor tout engourdi et réfractaire au bruit…

Le jardin est semblable à lui quand il s’éveille
A la vie des longs jours embrasés de juillet.
Sur son feuillage bleu encor ensommeillé
Et tout étincelé de lumière vermeille,

Des gouttes de rosée fondent tout doucement.
Tout n’est que calme et paix. Seule la tourterelle
Continue sa chanson pour appeler sa belle.
Patiemment Lou attend l’éveil de son amant…

Il boit un peu de thé, puis enfin il renaît,
Lui sourit tendrement et le prend par le cou.
La tourterelle en joie fredonne son roucou.
Le jardin resplendit. Lou est rasséréné…

*Dédié à deux amis qui se reconnaîtront

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Petit matin d’été

Petit matin

Oh, ce petit matin ! La fragrance des fleurs
Enivre les oiseaux qui pépient à tue-tête  !
Je sens vibrer en moi les frissons du bonheur,
Et j’aspire assoiffée les ondes guillerettes

Sourdant avec vigueur du soleil roux qui clique…
Il est vraiment très tôt ; je n’ai pu résister
Aux tout premiers rayons cuivrés et féeriques
Qui ont frôlé le lit pour mieux m’en arracher,

Après s’être glissés entre les deux volets…
Le monde est rénové, il est comme une épure.
Le ciel d’un bleu terni vient d’être ravalé
Par un pinceau géant. L’atmosphère est si pure

Qu’il se pourrait très bien que soudain elle tinte !
Tous est calme alentour, il fait encor bien frais.
Au-dessus du toit bleu la lune s’est éteinte,
Ne laissant dans le ciel qu’un soupçon de regret.

Je suis seule au jardin ; toi tu es endormi,
La peau tout embuée de moiteur estivale.
Ne peux-tu t’éveiller ? J’aimerais tant, ami,
Que tu sois près de moi… Oh, le soleil avale

Le tout dernier lambeau de la lune mourante !
Encore demi-sphère, il est juste posé
Sur l’horizon à l’Est. Et la mer amarante
Double comme un miroir le ciel vaste et rosé.

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Trois perles de cristal…

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Il y a sur son front trois perles de cristal
Qui roulent lentement. Commence-t-elle à fondre ?
Ne va-t-on retrouver de la belle Chantal
Qu’une flaque dorée qui s’en va se confondre

Avec les vagues bleues s’abattant sur la plage ?
Il fait tellement lourd que même au bord de l’eau
Elle espère ardemment le gigantesque orage
Rafraîchissant soudain un temps beaucoup trop chaud.

Car Chantal n’en peut plus et vit dans le Midi,
Depuis la mi-juillet, un été effroyable.
Tout huilé de sueur, son épiderme luit :
Il n’est plus une peau satinée, désirable,

Préparée pour l’amour, faite pour les caresses,
Semblable à un velours aux chauds reflets ambrés,
Mais un étui suant qu’agresse avec rudesse
Ce soleil carnassier indûment adoré.

Il fait vraiment trop chaud ! Nul n’y résiste plus,
Même les abonnés des plages de Marseille,
Qui y passent leur temps et qui y vivent nus
A longueur de journée ! Cet été les effraye ;

Il est trop agressif depuis quelques années…
Il faut partir ailleurs. Chantal se lève enfin
Pour fuir le bord de mer, rouge et congestionnée.
Le sable de la plage est divinement fin…

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