Archives de catégorie : Le soleil-lion

Eclosion

Poème illustré par un tableau de :
Daniel Sannier

Les cigales sont presque mûres
Au pied des pins, dont la ramure
Va bientôt crisser de leur chant.
Elles s’en vont surgir des champs

Et des sous-bois, de cette terre
Tout emplie du vaste mystère
De la vie qui renaît toujours
Dès que reviennent les beaux jours.

Juste encor un peu de lumière
Fusant même au travers des pierres
Et du roc d’un âpre Midi
Pour qu’elles sortent de leur nid !

Elles vont déplisser leurs ailes
Toutes fripées, mais en rebelles
Ne s’en serviront pas beaucoup,
Juste pour un petit coucou

A l’Autre qui attend là-bas
Pour de trop rapides ébats.
Mais elles ont encore à faire
Au fin-fond de leur noir repaire :

Se gonfler d’un chant lumineux
Pour en emplir notre ciel bleu !
Car sans elles notre Provence
Serait privé de la jouvence

Et des agréments de l’été
Qui avec elles va, forte*,
Vibrer de cette âpre chaleur
Qui en est l’essence et le cœur.

*Prononcer : Forté !

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Il y eut un été…

Oh, laissez-moi dormir ! C’est si bon, c’est si doux
D’être ainsi englouti au plus profond d’un rêve
Semblable à un Eden perpétué sans trêve…
C’est le monde réel qui est cruel et fou !

Il me faut effacer cet incroyable été,
Cet amour passager, car c’était sur du sable
Qu’il était imprimé. Amour aussi friable
Qu’un coquillage mort, terne et inhabité !

J’y ai cru fermement quand on s’est rencontrés
Au tout petit matin sur la plage encor vide.
Il faisait presque froid, le ciel était livide,
Et il marchait tout seul, avec pour seul attrait

De très longs cheveux roux noués en catogan…
Et pourtant aussitôt je fus comme envoûtée.
Il n’y a qu’en dormant que je peux oublier
Ma trop grande candeur face au charme arrogant

Et au cynisme froid de cet homme inconnu.
J’y ai cru tout à fait et fus bien trop naïve,
Seule depuis deux ans et l’âme à la dérive ;
Ma grande solitude et mon cœur mis à nu

N’ont pas su résister à ce plagiat d’amour…
Nous fûmes très heureux, fîmes souvent la fête.
Des rires plein la tête et le cœur en goguette,
Je croyais que l’été allait durer toujours…

Un jour il s’est enfui sans me dire au revoir.
Oh, laissez-moi dormir au creux de mes nuages,
Ces longs jours et ces nuits ne furent que mirage…
L’été s’en est allé et le ciel est tout noir.

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Un été si lointain

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni

Il y a, paraît-il, une jolie saison
Où badent en riant des filles court vêtues
Que des cacous bronzés et dragueurs s’évertuent
A draguer, tels des chats qui ont perdu raison.

Il y a, paraît-il, un temps nommé l’Eté,
Où le soleil furieux suffoque de lumière,
Un soleil si brûlant qu’il dessèche la terre
Au point qu’elle se fend sous ses rais excités.

Il y a, paraît-il, un mois nommé Juillet
Avec de très longs jours fleurant bon la lavande ;
Un mois resplendissant où les filles se rendent
A la plage en flânant et dès potron-minet.

Il y a paraît-il, un mois appelé Août
Où l’on a quelquefois l’impression de boire
Un feu jailli d’ailleurs, où la lumière noire
Vous grille à petit feu et et vous met knock-out.

Il y a, paraît-il… Mais pourquoi donc mentir ?
Ce temps n’existe plus ; ce n’est guère qu’un conte,
Un récit merveilleux, des bobards que racontent
Des vieillards tout chenus, et dont les souvenirs

S’effilochent au fur, à mesure du temps !
Y eut-il des saisons avant le grand désastre
Qui ravagea la Terre ? Et avant qu’un autre astre
Ne détruise à jamais les chauds étés d’antan ?

Il y eut, paraît-il, une chaude saison
Où les filles badaient, à moitié dévêtues,
Dévalant en riant les ruelles pentues…
Où le Temps jouissait de toute sa raison !

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Le dôme bleu

Le ciel est comme un dôme, un dôme bleu qui pèse
Lourdement sur Marseille étouffé par l’été ;
Un ciel que les gabians, de leur vol ouaté,
Strient à grands coups d’aile. Un gros soleil obèse

Darde ses longs rayons sur le port accablé.
L’on a chaud, bien trop chaud. Des filles presque nues
Attendent patiemment la fraîcheur bienvenue
Qui devrait apaiser leur teint caramélé

En fin d’après-midi. Allongées sur la plage
Tout comme des statues, elles dorent en choeur
Sans souci pour leur peau. Et le soleil vainqueur,
Fignolant en sournois leur pernicieux bronzage,

Y sème patiemment des graines de cancer.
Mais juillet est brûlant ; et tout au bord de l’eau
Nul ne pourrait sentir à quel point il fait chaud.
Seul paraît bien vivant l’immuable concert

Des cigales crissant dans la cité éteinte.
Le ciel est comme un dôme, et son bleu outremer
Pèse massivement sur la Terre et la Mer
Imbriquées l’une en l’autre en une immense étreinte…

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Jour d’orage

La montagne flamboie. Le temps est à l’orage,
Et sur les hauts sommets un voile de vapeur
Flotte tel un rideau. Serait-ce point la peur
Qui m’oppresse  si fort ? Il y a un mirage

Au-dessus de l’Ubaye, qui irise ses eaux
D’un halo de couleurs. Et cette onde si fraîche
Dévalant de là-haut dicte à ma bouche sèche
Un désir de sorbet… Plus aucun chant d’oiseaux :

L’orage est imminent, et c’est sûr qu’ils se cachent
Avant que ne fulgure un tout premier éclair.
Là-bas, vers Entrevaux, le ciel est encor clair,
Mais avec à l’Ouest une traînée qui tache

Son bleu couleur d’été d’un long dégueulis roux.
La montagne se tait et le ciel lourd suffoque ;
Tout semble pétrifié, quand les nues se disloquent
En fragments lumineux. Brusquement, d’un seul coup !

Le ciel déverse enfin un déluge de pluie,
Cette pluie le gonflant depuis début juillet.
L’on respire bien mieux, et de l’humus mouillé
Suinte une fade odeur. La chaleur s’est enfuie…

La montagne rutile et brille sous le soleil.
On la dirait repeinte à grands coups de pinceau
D’émeraude et d’or frais ruisselant à pleins seaux.
L’astre-roi redéploie son gros disque vermeil.

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Complainte

Je m’en vais vous conter un bien triste destin,
Mais je vous en préviens  : ma tragique complainte
Est un vrai requiem, tout sanglots, toutes plaintes,
A vous faire pleurer dès le petit matin…

C’était l’été dernier ; je m’en souviens fort bien.
Le ciel était très bleu – de bien mauvais augure ?
Mais après tout un tas de sombres aventures
Dues à des coups de vent, vécues non loin d’Amiens,

J’étais fort satisfait de venir en Provence.
Pas un nuage au ciel, un azur vraiment bleu !
Oubliées les nuées se suivant queue leu leu
Que j’avais supportées dans le nord de la France !

J’étais un compagnon pour ma propriétaire
Dont je sauvegardais les beaux cheveux bouclés
Et les fards parfaisant un joli teint de lait.
Je la suivais partout, témoin prioritaire

De la moindre sortie, de toute promenade.
Toujours en exercice. Un bosseur, je vous dis !
Je l’aidais tous les jours, mais pas le mercredi :
Elle était professeur. Un jour pour moi maussade…

Et puis on est venus s’établir à Marseille.
Au début, c’était cool : il n’y pleuvait jamais !
Je restais dans ma housse. Enfin de vrais congés,
Des vacances super. Délices et merveilles…

A Marseille, Elodie se passait bien de moi
Et j’étais enchanté de n’avoir rien à faire !
Je ne détectais point l’ambiance mortifère
Qui pourtant aurait dû provoquer mon émoi

Quand un jour je compris que je n’existais plus…
Ma toile chiffonnée n’était plus dépliée,
Mes ressorts étaient mous, mes baleines rouillées.
Depuis notre arrivée, il n’avait jamais plu !

Je croyais que le sort m’avait vraiment souri
Et je ne rêve plus que d’un climat pourri !

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L’appel du Sud

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

La voix de certains de mes amis, là-haut …

Quatre ou cinq mois encore, et l’on va redescendre
Comme tous les étés, en quête d’un soleil
Bien trop rare chez nous. Tous les ans, c’est pareil !
Et tout émoustillés, n’en pouvant plus d’attendre

L’époque des congés, l’on projette déjà
De faire les lézards allongés sur le sable,
De barboter tout doux dans une mer aimable
Sans aucune marée. Quand on sera là-bas,

L’on oubliera le froid, et le gris, et la pluie…
La lumière aimant mieux le Sud et la Provence
Revitalisera nos corps tout en souffrance.
Car qui préférerait un ciel couleur de suie

Comme celui qu’on voit trop souvent par chez nous ?
Soit béni chaque année ce Midi de la France
Nous accueillant chez lui ! Et malgré cette outrance
Du soleil et du vent bien souvent au mois d’août,

Nous revenons toujours y passer nos vacances.
Les cigales sont là, dans les pins embaumés
Par la résine chaude, et qui n’oublient jamais
De louer sans arrêt et avec éloquence

Le bleu constant du ciel, la chaleur, la lumière
Du pays de Mistral, de Pagnol, de Giono.
Où le soleil brasille et ruisselle a giorno
Presque à longueur de temps et en avant-première.

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Petit matin d’été à Marseille

De grands gabians braillards strient le ciel doré
De leur flottille grise, importunant Marseille
A force de longs cris. Le matin ensoleille
Leurs ailes éployées de chauds reflets cuivrés.

Le soleil se réveille, encor un peu pâlot,
Mais il blondit déjà l’immense Bonne Mère
Et son bébé divin… Un nuage éphémère
A fondu brusquement, juste au-dessus d’Allauch,

Et Marseille en a eu un tout petit écho
Qui n’a rien résolu. Une ondée passagère,
Une simili-pluie, même pas messagère
D’un bon coup de tabac ! Un ratage, un fiasco…

Mais c’est déjà fini : un orage d’été
Local et spontané, avec toute la grâce
Des faits presque imprévus, dont déjà toute trace
S’est effacée au sol aussitôt asséché.

Un matin marseillais, un matin de juillet !
Il va faire très chaud, mais la mer semble fraîche
Sous son friselis bleu. Un grand mistral dessèche
Les fleurs de Borély : le parc est assoiffé

Car ça fait trente jours qu’ici il n’a pas plu
Si ce n’est tout à l’heure, une ou deux ou trois gouttes !
Le grand jardin frémit. Un mimosa s’égoutte
Sur le sentier pierreux ne fumant déjà plus.

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La fin d’un monde

Sous le ciel où dansent trois nuages,
La mer bat comme un cœur cadencé.
Elle semble ainsi se balancer
De Marseille à l’incertain rivage

Du Couchant à l’azur enflammé.
La mer bat telle une grosse artère
Engorgée du sang roux de la Terre…
L’astre-roi est un lion affamé

Dont les crocs aiguisés dilacèrent
Le ciel bleu accablant de l’été.
Tout là-bas, l’horizon est flouté,
Avec des rais d’argent qui éclairent

La tour ronde imprécise d’un phare
Insensible aux gifles de la mer
Qui se mêle intimement à l’air
Pour lui faire larguer ses amarres.

La mer bat comme une grosse caisse
Pulsant fort sous les horions du vent,
Gigantesque et tout aussi vivant
Que les flots qui montent, qui s’abaissent.

Le ciel bleu peu à peu s’obscurcit ;
L’eau foncée maintenant semble épaisse
Comme la lave brune que laisse
Les volcans dans ces lointains pays

Où nues et mer semblent se confondre.
Le ciel fond, le vent crie, la mer bat.
Monstrueux ils mêlent leurs ébats
Au-dessus d’un monde qui s’effondre.

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Mauvaise foi

Le vieux chat se sent seul. Autour de lui Marseille
Dodeline tout doux en crevant de chaleur.
Le jardin est exsangue, et trois ultimes fleurs
Essaient de résister à l’anhydrie vermeille

D’un été enfiévré qui surchauffe la ville.
Ses maîtres sont partis chercher de la fraîcheur
Tout là-haut, en Ubaye. Deux immondes lâcheurs
Sachant pourtant qu’un chat n’est pas bête servile…

Mais Tom a le cœur gros. Tout près de lui la caisse
Dont il s’est échappé pour ne point voyager.
Il y a son pot d’eau et de quoi bien manger…
Pourquoi donc ressent-il cette infâme faiblesse

Qui le fait défaillir quand il pense à ses maîtres ?
C’est vrai qu’ils l’ont cherché jusque sur le Prado,
Sans oublier plus tard nourriture et plein d’eau…
Mais croyaient-ils vraiment qu’il allait se soumettre ?

Un chat n’obéit pas. Ce n’est point sa nature
De changer sans arrêt ainsi de domicile.
Les deux autres, là-haut ? Ce sont deux imbéciles.
Laisser seul son matou, n’est-ce point immature ?

Le vieux Tom se sent seul ; il part à la dérive,
Il est tout angoissé. Il ne comprend pas trop
Ce qui le gêne ainsi. Le fait qu’il fasse chaud ?
Et pourquoi attend-il qu’une voiture arrive

Dans la rue, au-dessous ? Pourquoi a-t-il envie
D’entendre leur deux voix clamer soudain son nom ?
Il n’a pas besoin d’eux ! Pas du tout ! Non non non…
Il est chat, il est libre, il veut vivre sa vie

Sans câlins, sans chichis, sans leur sollicitude…
Mais il faut constater qu’ils lui sont dévoués !
Et Tom exaspéré doit enfin s’avouer
Qu’il n’aime vraiment pas, oh non ! la solitude…

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L’été des vieux amants

couple-chemins

Quand l’été fanera, ils partiront ensemble
Vers ce pays d’Ailleurs où l’on ne connaît pas
De temps calamiteux, si ce n’est quelquefois
Une ondée bienvenue, une pluie fraîche où tremble

L’ombre d’un grand soleil déclinant peu à peu.
Ils cueilleront des fruits et des fleurs, par brassées,
Et leur parfum sourdra de leurs mains embrassées
Jointes sur des bouquets émaillés de lys bleus.

Quand l’été reviendra ? Mais ils y sont déjà,
Dans ce pays d’ici où les fontaines chantent
La saison bienvenue et chaude dont s’enchantent
Leurs corps souvent frileux et courbés sous le poids

De nombreuses années, de multiples saisons.
Jouissant pleinement de la chaleur ambiante
Qui bien souvent paraît aux autres trop prégnante,
Ils en tirent profit contre toute raison :

Ils ont souvent si froid ! Ils aiment le soleil,
Son feu si éloigné de tout ce qui est mièvre,
Suggérant une vie brûlée d’ultimes fièvres,
Pas encor résignés à l’éternel sommeil !

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Le soleil à midi

soleil-en-montagne

La montagne est pointue. Posé sur son sommet,
Le soleil vocifère, et des torrents de feu
Dévalent en grondant les pentes du Cimet.
Mais le ciel de l’été est sereinement bleu,

Calme et imperméable aux frasques de l’étoile
Gigantesque et furieuse incluse dans son sein ;
Car à midi passé elle mettra les voiles
Pour tenter d’embraser d’autres pitons lointains.

Pour l’instant la montagne est gorgée de lumière.
Elle est blanche, elle est bleue, et un feston ocré
Ourle son haut sommet dont la pointe de verre
Dessine sur l’azur un triangle doré.

Cependant le soleil se déchaîne et tempête,
Bombardant le roc noir d’étincelants rayons.
La lumière mugit, la lumière est en fête,
Qui danse et qui explose en milliards de protons…

Mais le Cimet blasé demeure indifférent
Au mitraillage fou de l’astre déchaîné
Qui doit l’abandonner ! Car poussé par le Temps
L’emportant en roulant, il va être entraîné

Vers l’horizon courbé, encor clair et si nu ;
Vers l’Ouest tout là-bas, un Midi inconnu…

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L’orage

 

maisonnette

Le ciel lourd est très noir, posé comme un couvercle
Sur le village gris où rien ne bouge plus.
Pas un souffle de vent sous le terrible cercle
Sombre comme la nuit, là-haut, juste au-dessus

Des vieux toits bien serrés les uns contre les autres.
Leurs pans tout biscornus sont secs depuis juillet
Et leurs tuiles roussies. Quelques matous s’y vautrent,
Les seuls à apprécier la touffeur de l’été.

La ligne d’horizon est curieusement claire,
Car autour du couvercle un cerne de ciel bleu
Emet étrangement un halo de lumière.
Mais la nuit vainc le jour, le gomme peu à peu,

Bien que des éclairs blancs lient le ciel à la terre.
Un réseau électrique au rythme grésillant
Strie les nues sans arrêt. Une pluie salutaire
Serait la bienvenue ! Tout le monde l’attend

Sous la coupole noire où stagne la tempête.
On a tous l’impression que l’éther est pesant,
Qu’un glaive est suspendu au-dessus de nos têtes,
Qu’il va bientôt tomber, nous anéantissant.

Le dôme du ciel lourd pèse comme un couvercle
Sur Jausiers accablé. Les oiseaux se sont tus.
L’orage qui grossit peu à peu nous encercle ;
Un éclair a frôlé le haut clocher pointu.

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Le Panier en été

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Poème illustré par une peinture de :

Vincent Honnoré
honnore-peintre.com

Partout des escaliers ! L’on monte et l’on descend.
Les gens du Panier* vont, les gens du Panier viennent
Dans des rues tout en pente où l’ombre est d’obsidienne,
D’un pas vif et alerte – un pas qui va dansant !

Le quartier est abrupt, penché vers le Vieux Port,
Abondamment pourvu d’indénombrables marches.
Attention à la glisse ! Ajustez votre marche,
Faites bien attention à ce coquin de sort

Qui pourrait vous pousser du haut jusques en bas !
Les venelles en biais redescendent, remontent.
Prenez l’air détaché pour effacer la honte
D’être désorienté : dans presque tous les cas,

Vous vous égarerez ! Repartez à l’envers
Par les ruelles bleues où sont posées des jarres
Toutes empanachées. Quand vous en aurez marre
D’errer de-ci de-là, fiez-vous à l’homme en vert

Qui arrose en sifflant ses fleurs sur le trottoir
Et qui vous montrera le bon itinéraire ;
Il a l’air tout heureux, il est à son affaire
Car il peut cultiver selon son bon vouloir

Trois pots devant chez lui ! La Mairie le permet…
Les rues sont désormais des calades fleuries,
Parées comme il le faut de mille poteries
Qui ont accru leur charme… Il a suffi d’un rien

Pour faire du quartier un endroit enchanteur
Tout parfumé d’été, où des pots en goguette
Ont donné à l’asphalte un petit air de fête :
Tout le monde a le droit d’y planter quelques fleurs…

L’on monte et l’on descend en été au Panier ;
Les rues sont tachées d’or, et malgré leur part d’ombre,
Rafraîchies à souhait et divinement sombres…
Un quartier tout en fleurs et tout en escaliers.

* Un vieux quartier pittoresque de Marseille

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La résistante

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La mer berce Marseille, et le port affalé
Sous le soleil ardent, fourbu, se laisse aller.
L’air est si suffocant que la ville soupire
Tant elle est harassée. Une fleur qui transpire

Son haleine embaumée au cœur bleu d’un jardin
Penche vers le sol dur son cœur incarnadin,
Soudainement fanée par l’étuve étouffante
Qui engourdit les rues. L’atmosphère pesante

Accablant le Vieux Port l’a quasi endormi.
Les pointus* dodeline(nt) sur le clapotis gris,
Et leurs mâts oscillant à un rythme hypnotique
Griffent le ciel saphir d’un fin réseau graphique.

Marseille est assoupi. Il fait chaud, bien trop chaud,
Quand soudain, branle-bas ! L’avenue du Prado
Se met à résonner d’un surprenant tapage,
Tout aussi inouï que l’est un beau mirage :

Marchant en sautillant, c’est une fille en fleur
Qui va telle une eau vive ignorant la chaleur,
Qui paraît ignorer la touffeur accablante,
Dont le pas fait vibrer la chaussée somnolente.

Son teint si délicat, indemne de sueur,
Est semblable à la soie. Son exquise fraîcheur
N’est absolument pas sensible à cette étuve
Coagulant la mer, dont les moites effluves

Empèguent l’air brûlant. La belle marche au pas,
Au rythme cadencé d’un bon petit soldat
Sur lequel l’ennemi n’aurait aucune prise.
L’on dirait même bien que la chaleur la grise…

Elle avance gaiement, en fille du Midi
Narguant allégrement le soleil qui rugit.
Il fait chaud, bien trop chaud… Mais la belle trottine,
Effrontément nimbée de lumière argentine.

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