Archives pour la catégorie “Automne”

Il va vraiment falloir que nous calfeutrions
Le dessous de la porte : un petit vent coulis
S’acharne à pénétrer au coeur de la maison
Par ce point faible au Nord… Une source d’ennuis !

C’est un tout petit vent, pas encor le mistral ;
Un souffle bien léger et encor un peu mou
Qui ondule en douceur sur les herbes du val…
Mais au mois de novembre il faut s’attendre à tout

Car le vent de l’automne a l’âme d’un squatteur :
Dès qu’on ouvre la porte, il se rue au logis,
S’enroule autour de vous et détruit la chaleur
Engrangée patiemment. Oui ! C’est un vrai souci

Que ce maudit voyou qu’est ce sacré mistral !
Il faut s’en protéger en bouchant tous les trous
Par où peut s’immiscer son haleine infernale.
On va faire un boudin en mettant bout à bout

Des pièces bigarrées de tissu provençal
Qu’on va bourrer de thym, de son, de romarin !
Nous voici protégés – et ce n’est pas sans mal !
Le vent peut s’acharner à hululer en vain…

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Poème illustré par un tableau de :

Martine Tron-Marchal
www.saudade.unblog.fr

Sur le visage clair du bébé blond qui dort
Est posé un sourire. Un rayon de soleil
Joue sur son front bien lisse en le tachetant d’or ;
Ses cheveux si légers ont des reflets vermeils.

Le sourire frémit comme un gai papillon
Sur la bouche entr’ouverte où quatre dents de lait
Viennent juste de poindre. Un sourire-ludion
Qui s’envole soudain pour aller se poser

Un peu plus loin, là-bas, sur un nounours obèse ;
Sourire baladeur ne songeant qu’à jouer !
Un sourire-dessert, un sourire à la fraise
Parfumé au yaourt que Lou vient de manger.

Le sourire repart, voltigeant dans la chambre
Comme un spot lumineux égayant chaque chose.
Dehors, c’est la froideur du jardin de novembre
Où le mistral impie tue les dernières roses…

Mais le joli sourire en a vraiment assez
Car il est fatigué par sa folle balade :
Réintégrant la bouche il revient l’éclairer
De son joli mystère en forme d’escapade…

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C’est un vaste jardin abondamment fleuri.
L’on n’y entend jamais que le vent qui gémit
Ou le pas assourdi de quelques promeneurs.
Tout n’y est que silence et n’y est que douceur.

Novembre l’embellit, au moment où les arbres
Ombrageant la pelouse et les plaques de marbre
Virent au roux, au feu : les couleurs de la vie
Qui rayonne et foisonne au delà, loin d’ici…

Il est tranquille et doux ; l’automne s’y attarde
En passant lentement. Et même la Camarde
N’y semble pas chez elle : elle y est déplacée
Tant ce parc idyllique est serein, oublié

Des tracas et du bruit d’un monde trépidant.
La mort en fait un lieu épargné par le Temps.
Fleuri toute l’année et sentant bon la terre
Qu’on retourne souvent, d’abord un peu austère,

Il est toute douceur, tout n’y est que silence :
Jamais d’éclats de voix, jamais d’enfants qui dansent
Aux abords du chemin, au détour d’un bosquet…
C’est un hâvre de paix pour tous les En-Allés.

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Oui, ma douce, c’est bien l’automne !
Il neige, il gèle, il pleut, il tonne :
Le ciel semble devenu fou !
Il paraît même qu’à Coudoux

Il faisait si sombre à midi
Qu’on se croyait en pleine nuit ;
Puis il est tombé des grêlons
Presqu’aussi gros que des melons

Peut-être bien qu’on exagère ?
Mais reconnaissons – bonne Mère !
Que le temps est tout détraqué.
On en est tous estomaqués

Car on n’a jamais vu ici
Un novembre aussi inouï !
Et c’est pareil partout en France !
Mais comme toujours, en Provence,

Nous supportons moins de misères !
L’automne se prend pour l’hiver,
Mais un hiver exacerbé :
Que sera-ce au mois de janvier ?

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Poème illustré par un tableau de :

André Blavier
www.andreblavier.be

Je n’aime pas novembre, et novembre est haï
Par la plupart des gens. C’est un mois terne et gris
Juste au milieu du temps de l’automne hivernal.
La lumière y est grise et les nuits maximales.

Novembre sent la mort, l’humide et le moisi ;
Même s’il est moins lourd chez nous dans le Midi
Que là-haut dans le Nord, il est trop étranger
Aux jours cléments et doux qui nous sont familiers !

C’est la clé de l’hiver : c’est par lui qu’on pénétre
Au royaume du froid. Derrière la fenêtre,
On peut le voir tapi dans l’ombre du jardin
Qui détrousse les fleurs et qui secoue les pins.

Je déteste novembre ; il est mou et pluvieux,
Nébuleux, endormi, brumasseux et venteux :
Sa grisaille en a fait un triste repoussoir ;
C’est un mois accablant aquarellé de noir.

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Poème illustré par un tableau de :

Germaine Rees
www.germainerees.com

Le mistral affaibli par un temps bien trop doux
Secoue languissamment les branches du vieux pin.
L’automne vient de naître, et les arbres sont roux,
Qui ploient tout en douceur sous le ciel opalin.

Le vent geint doucement : il ne peut exprimer
La force qui le gonfle d’un torrent furieux.
Ses plaintes sont le chant encor bien timoré
De l’hiver à l’affût. Et là-haut, or et bleu,

Un nuage fait voile ainsi qu’un grand navire.
Le vent gémit et pleure, aussi mou que le temps,
Et ne peut plus hurler, ni crier, ni mugir,
Faible comme un colosse eunuque ou impuissant.

Il chouine dans les feuilles roussies par l’automne
Et court sur la garrigue ainsi qu’un feu-follet ;
Soulevant en soufflant une poussière jaune,
Le vent geignard pleurniche en frappant aux volets.

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Poème illustré par un tableau de :

Albert Anker
(1831-1910)

Debout devant le portillon,
La petite fille de novembre
Est revenue à la maison
Et elle n’en peut plus d’attendre…

On dirait qu’il n’y a personne
Pour l’accueillir. Et c’est en vain,
Qu’elle sonne et sonne et resonne :
Mais nul n’entend, et le jardin

Dont elle traverse la porte
Est sale et grisailleux, jonché
D’un fatras gris de plantes mortes,
Mortes comme elle fin juillet.

Tout y est triste à en mourir,
Complètement à l’abandon.
Alors poussant un grand soupir,
Elle sait enfin où ils sont :

Partis sans doute au Grand Saint Jean*
Sans deviner qu’elle est Ailleurs,
Sa soeur, son frère et ses parents
Anéantis par la douleur…

La petite fille de novembre
Se met à caresser son chat
De sa main transparente et tendre,
Devinant que lui seul saura

Qu’elle est rentrée à la maison.
Sa robe rose est défraîchie
Et délavée par les saisons,
Mais maintenant qu’elle est ici,

Sa petite ombre inconsistante
Va tout ramener à la vie
De sa présence bienfaisante ;
Et l’on serait vraiment surpris

De savoir qu’elle est toujours là.
Seul un sage le sait : son chat !

* Cimetière paysagé près d’Aix

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Poème illustré par un tableau de :

Mikhaïl Konchalovsky
www.votreforum.net

Installé à l’orée du bois de Cabrières,
Sa palette couverte de touches ocrées,
L’automne tout jeunet encor vêtu de vert
Vient de peindre un tableau absolument parfait.

Il n’a pas lésiné sur le beige et le roux,
Couvrant tous les taillis de couleurs délicates,
Avec par-ci par là quelques macules fous
Tant ils sont excessifs, mais qui montrent la patte

D’un artiste doué plus que tous sur la Terre :
Des arbres sont en feu, d’autres ternes et pâles,
Ici une ombre brune et là une lumière
Changeant en paradis un monde végétal…

L’automne est un grand peintre, et son père le Temps
Le sait qui lui permet ainsi de tout repeindre
Deux, trois mois dans l’année. Et tous en sont contents
Car son art leur permet de bien moins se complaindre

A l’approche du froid. La Provence est si belle
Toute repeinte ainsi d’un camaïeu doré !
Le soleil la caresse et le vent, de son aile,
Fait vibrer ses couleurs sous le ciel bleu foncé.

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Poème illustré par un tableau de :

Jean-Pierre Rouart
www.encadreurdart.com/jean_pierre_rouart

Le brouillard délavé qui flotte sur la plaine,
- Une brumasse tiède et fade qui dilue
Le paysage plat – Nébuleuse malsaine !
Pèse sur le décor impersonnel et nu.

L’air pue intensément et il stagne sur Berre,
S’imprégnant peu à peu de lourdes particules
Car Fos n’est pas bien loin ! La brume délétère
Pèse de tout son poids sur l’étang en recul

S’enlisant lentement dans sa gadoue pâteuse.
L’air est lourd et nocif, jauni par des fumées
De soufre ocre et de suie pour le moins vénéneuses ;
Mais il efface au moins les hautes cheminées !

On se sent tout poisseux et l’on respire mal
Car la chape chimique est très lourde à porter.
Le brouillard délavé qui monte du canal
Nous oppresse et nous tue : il va nous asphyxier !

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Poème illustré par un tableau de :

William Turner
(1775-1851)

Un jour clair, un jour gris ! Du soleil à Marseille,
De la grêle à Lambesc ! Des orages, du vent
Et des salves de froid ! Des trombes de soleil
Avec des jours si chauds qu’ils paraissent déments

Pour une fin novembre : certains ont ressorti
Leurs tee-shirts d’été et d’autres leur manteau !
L’automne est détraqué ! Pour nous dans le Midi,
Ces changements de temps sont vraiment trop brutaux !

Des arbres sont encor couverts d’or et de roux
Et d’autres dénudés depuis des jours déjà !
Sur la Côte d’Azur des gens sont assez fous
Pour toujours se baigner ! On ne sait où l’on va

Et l’on voudrait enfin savoir d’où donc provient
Ce temps qui rend maboul tant il est anormal.
«  C’est bien fait ! dit un vieux. C’est un temps de païens… » 
Tantôt chaud, tantôt froid, tantôt pluie ou mistral,

Pour lui, c’est un effet de l’ire du Bon Dieu !
Mais qu’importent vraiment ces interrogations !
Un bien curieux effet de la rage des cieux ?
C’est pour nous tous un temps en points d’exclamation !

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Les mélèzes sont roux sur les pentes à pic
Où les hauts résineux enflamment les versants
De leur feuillage rouge. Et le soleil couchant
Accentue leur éclat de sa lumière oblique.

Les arbres exacerbent leur rousseur dorée
Avant que le vent fou bientôt ne les dénude ;
Car l’automne est cruel et la nature est rude
Qui va les dévêtir pour mieux les humilier.

Ils sont vraiment les seuls parmi les résineux
A perdre leurs épines. Mais leur différence
En fait les rois d’octobre. Et toute la Provence
Applaudit leur beauté qui enchante ces lieux

Où serpente l’Ubaye et gronde la Durance.
Les grands mélèzes droits, surplombant les rochers
D’où tombent des torrents aux eaux bleues forcenées,
Recouvrent les monts noirs de leurs forêts garance.

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Poème illustré par un tableau de :

David Fridrich Caspar
(1774-1840)
http://masmoulin.blog.lemonde.fr

On a tagué le cimetière.
Rassemblant alors leur poussière,
Les Morts outragés ont surgi
De leur linceul et de l’oubli

Où les a relégués le temps.
Ombres livides, corps d’antan
Couverts de hardes poussiéreuses,
Ils sont là sous la lune ombreuse,

Attendant l’imbécile impie
Qui inconscient a tout détruit.
Il reviendra, c’est obligé !
Et la foule des En-Allés,

Silencieuse et pâle cohorte,
S’est massée derrière la porte
De la nécropole endormie,
Guettant l’irresponsable qui

A profané le lieu sacré.
Elle a le temps, l’éternité
Pour rendre enfin son jugement.
La meute est là et elle attend…

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Poème illustré par un tableau de :

Giséle Hagmann
www.artmajeur.com

L’arbre au fond du jardin a changé de couleur
Sous les rayons plus courts du soleil assoupi.
Il jaunit un peu plus et roussit d’heure en heure,
Dénudé peu à peu par la brise alanguie.

Sa sève ralentit dans ses branches de verre ;
Il s’endort lentement et va défier la mort
Postée en sentinelle aux abords de l’hiver
Pour dévorer le jour, et encor et encore…

Mais recroquevillé sous son écorce grise,
Toute vie engourdie jusqu’au prochain printemps,
L’arbre au fond du jardin ne lui donne pas prise :
C’est vrai qu’il est costaud puisqu’il n’a que cent ans !

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Poème illustré par un tableau de :

Denis Gingras
www.dgingras-artist.com

Le ciel bleu est foncé et la forêt si rousse
Qu’on dirait qu’une étoile est tombée sur la terre,
Faisant jaillir des bois des bribes de lumière ;
Le ciel bleu est marine et l’atmosphère est douce.

Et si nous allions tous cueillir des champignons ?
Anne, prends un panier où mettre la cueillette
Car tu t’y connais bien ! Et nous ne risquerons
Rien avec tes conseils. Une belle omelette

Conclura la journée : un plat vraiment goûteux,
Odorant, parfumé par de friands lactaires
Délicieux, bien en chair… Ah ! Nous n’avons plus d’oeufs ?
Nous nous contenterons simplement de les faire

Griller sur des sarments… Oh ! Mon Dieu qu’il fait bon
Sous l’ombre effilochée des grands pins qui ondoient
Agités par le vent ; mais le ciel bleu déploie
Sur la forêt qui bruit un gros nuage rond.

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Poème illustré par un tableau-peinture de :

Eric Bruni
www.liensutiles.org/ebruni.htm

Le soleil carnassier est mangé peu à peu
Par le mois de septembre ; et son spectre tout rond
S’enfonce lentement au fond de l’horizon
Chaque soir bien plus tôt. Le ciel est bien moins bleu,

D’un bleu moins soutenu. Quelquefois des nuages
Le tachent et le strient de manière incongrue ;
On dirait qu’on s’en va vers un monde inconnu,
Un rivage automnal qui n’est plus un mirage.

On a parfois très chaud, puis il fait presque frais ;
Rester tard au jardin n’est plus très agréable
Et la brise du soir n’est vraiment plus aimable !
Qui aime bien l’été doit vite en profiter

Car l’automne s’en vient qui s’en va le pousser
En dehors du circuit jusqu’à l’année prochaine.
Et le grand soleil fou maintenant à la traîne
S’est enfin apaisé : c’est la fin de l’été !

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