Archives de catégorie : Zooland

Oh, mon Dieu, qu’il fait froid…

Oh, mon Dieu, qu’il fait froid ! Je me recroqueville
Comme un fœtus caché au sein de sa coquille
Dans un ventre moelleux où il est bien au chaud.
Habits superposés ! Mais vraiment peu me chaut

De ressembler ainsi à un épouvantail !
La neige s’est hissée jusqu’en haut du portail.
On n’a jamais vu ça : un temps épouvantable,
Qui rend cette saison encor plus détestable

En me bloquant chez moi. La ville est silencieuse,
Comme étouffée, noyée par cette pernicieuse
Vague de froid bizarre et qu’on n’attendait pas
Car on n’est qu’en novembre. Un mois pas très sympa !

Dans l’allée du jardin gît un petit oiseau,
Minuscule cadavre aux pattes en ciseaux
Tendues vers le ciel gris. Pathétique victime
D’un hiver assassin multipliant les crimes

Depuis quelque huit jours ! C’est inimaginable :
Il y a peu encor, tout était agréable
Et l’on en oubliait qu’on était en hiver.
Tout était peint de bleu, de lumière et de vert…

Oh, mon Dieu, qu’il fait froid ! De la glace craquille
Sous mes pas au jardin que l’hiver remaquille
De noir, de gris, de blanc, en chassant les couleurs.
Sur mes vitres le gel a dessiné des fleurs.

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Les voyageuses…

Sur la Touloubre en crue trois feuilles dodelinent,
Trois bateaux si légers qu’il paraît inouï
Que les eaux agitées n’aient point anéanti
Leur gracile châssis. L’une d’elles est violine,

La seconde orangée, la troisième incarnat :
Un fort joli trio qui descend la rivière
Dont les flots agités brimbalent la lumière
D’un été qui s’éteint. Non loin de Saint-Cannat,

Le ruisseau fait un coude et le flot ralentit.
En profitant alors, trois hôtes intrépides
Abordent les esquifs. Insectes trop stupides
Pour prévoir l’accident qui leur est garanti

Si le courant s’accroît ? Ce sont trois coccinelles
Du début de l’automne, et leur probable fin
Ne leur a point ôté cette éternelle faim
D’un Ailleurs inconnu. Leurs obscures ocelles

Bougent fort joliment au rythme fou de l’eau.
Vont-elles s’envoler de leur barque fragile,
S’estimant tout à coup beaucoup trop malhabiles
Pour rester accrochées à ce frêle rafiot ?

A l’entour de la mort, les feuilles ont senti
Qu’elles portaient la vie. Elles gagnent la rive,
Y déposent leur faix, puis filent sur l’eau vive,
Voguant vers le destin  leur étant imparti.

Posées sur un roseau, les jolies coccinelles
Se sont figées un temps juste au-dessus de l’eau
A contempler les feuilles voguant sur les flots
Qu’un ultime soleil émaille d’étincelles.

Puis, prenant leur envol, elles ont regagné
Ce monde merveilleux qui leur est assigné.

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L’au revoir à Lucas

Il était vif et gai comme un air de printemps.
Un gentil trublion, un petit chien si tendre
Qu’il captait  votre cœur ; qu’on ne pouvait prétendre
Echapper à son charme et sa grâce, d’autant

Que c’était un charmeur et qu’il savait y faire !
Minuscule coquin qui n’arrêtait jamais
De gambader partout, il savait enflammer
La maison la plus calme avec un bruit d’enfer.

Il était vif et gai comme un chien-libellule,
Essayant d’attraper au ciel un papillon,
Une feuille d’automne, un insecte, un rayon,
Un rien qui voletait, sa balle ou une bulle…

Et puis, devenu vieux, il a désiré voir
Comment était construit l’arrière de la lune.
Il a donc profité d’une chance opportune
Pour monter tout là-haut, après un au revoir

A celle qu’il aimait, sa si chère maîtresse.
Il craint qu’elle ne pleure : ils s’entendaient si bien !
Mais là-haut c’est un rêve, au Paradis des chiens…
Puisse cette pensée adoucir sa tristesse !

Dans le bout de jardin où il aimait courir
Les roses tristement ont pleuré leurs pétales.*
Bien qu’on soit au printemps le soleil est bien pâle…
Comment, un jour si gai, a-t-il donc pu mourir ?*

**Ces vers sont de Denis, qui s’associe au chagrin de Francine.

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Trois oiseaux sont posés…

Trois oiseaux sont posés sur un fil électrique,
Trois tout petits oiseaux légers comme trois plumes ;
Des plumes colorées où le couchant allume
En pétillement d’or des flammes symétriques.

Et puis en voici d’autres venant se percher
Sur le fil du dessous. Leur petit corps habile
Reste pour le moment tout aussi immobile
Que celui des premiers, fermement accrochés

A ce curieux perchoir, alignés bien en ordre
Sur les fils bien tendus. D’innombrables  amis
Ralliant leurs commensaux qu’on dirait endormis
Tant ils semblent passifs, ignorants du désordre

Qui secoue la grand’ville houleuse en contrebas.
Le long réseau des fils dessine une portée
Sur le ciel marseillais. La troupe déportée
Du fond de l’horizon qui rougeoie tout là-bas

Pépie à qui mieux mieux la chanson dessinée
En notes emplumées par tous les petits corps ;
Un chant revigorant faisant fi de la mort
A l’affût sur la voie qui leur est destinée

Pour rejoindre le Sud. De tout petits oiseaux
Obligés par l’automne à bientôt s’envoler :
Une partition vive et gaie pour survoler
Une mer redoutée aux dangereuses eaux.

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Massacre

Poème illustré par un tableau de :
Annie Rivière

Ces foutus Saints de glace ont flingué mon jardin !
S’éveillant en fanfare avec moult allégresse,
Mes roses ranimées tendaient avec ivresse
Leurs tout premiers bourgeons au soleil du matin

Quand soudain, patatras ! Leur feuillage pendouille,
Et mes autres semis n’ont plus très fière allure
Après ce coup de gel, tout comme la ramure
Du vieux micocoulier. Les trois vieilles fripouilles

N’ont pas raté leur coup en visant ma maison
Egayée par ces fleurs dont elle était si fière
Et qui gommait son air de vieille douairière !
A cause de ce froid qui n’est pas de saison,

Redevenue guindée, avec son air austère
De couvent buriné par la pluie et les ans,
Il a suffi du gel et d’un grand coup de vent
Pour ruiner tout ce qui la rendait moins sévère

Et moins assujettie à l’usure du temps.
Il va falloir trier, ou replanter des plantes
Pour tout recommencer. Qu’elle se ré-enchante
D’être ainsi rajeunie par l’éclat du printemps.

Mais c’est sûr que bientôt elle s’en va renaître ;
Sous la poutre du toit, le nid des hirondeaux
Est prêt à accueillir de tout nouveaux oiseaux.
Lundi, mardi, demain ? Ou bien jeudi, peut-être…

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L’ami-miniature

Un jour, j’ai ramassé dans le fond du jardin
Un minuscule oiseau. Il battait dans ma main
Comme un cœur délicat ; le petit cœur tout chaud
D’une vie bien fragile. Un tout petit moineau

Touchant comme un sanglot, qui n’était plus qu’un souffle.
Un destin sur sa fin, une vie qui s’essouffle
Et qui, sans un soupir, commençait à mourir.
Il fallait tout d’abord tenter de le nourrir !

J’ai mis à détremper du pain frais dans du lait,
Lui ai mis dans le bec : il a tout avalé !
Puis un léger frisson a hérissé ses plumes.
Un souffle qui renaît, la vie qui se rallume…

Je l’ai rentré au chaud, l’ai mis dans une boîte
Pas plus grosse qu’un doigt, jusqu’à ce qu’il s’ébatte
En tentant de tester ses deux esquisses d’ailes.
Je l’ai gardé un temps pour qu’il se remodèle

Un petit corps tout rond, juste un peu plus costaud.
Mais il lui fallait bien s’en retourner là-haut!
Alors je l’ai lâché d’un geste solennel
Pour qu’il rejoigne enfin les confins de son ciel.

Se souvient-il de moi ? S’il revient, je suis sûre
Que mon petit ami – mon ami-miniature !
Me flûtera sitôt une douce chanson ;
Et nous la sifflerons tous deux à l’unisson.

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Le vieux chien sur la plage

La Méditerranée musarde sur la plage,
Sereine et bleu marine, aussi calme qu’un lac.
Mousseux et argenté, c’est tout un entrelacs
De légers cheveux d’ange, un lacis de nuages

Qui flotte dans le ciel : on dirait un tableau !
Il est vraiment très tôt et il n’y a personne,
Sauf un gros chien pelé dont les abois résonnent
Dans le petit matin, presque jusqu’au Prado.

Il se traîne, épuisé, sur la plage déserte.
Qui a abandonné ce malheureux clébard
Sur la grève à Marseille ? Il faut être un connard
Pour l’y avoir laissé ! Tous les sens en alerte,

Il aboie, mais en vain. Il a soif, il a faim…
Toute cette eau à boire… et pourtant imbuvable !
Son sort est si cruel, tellement pitoyable,
Qu’il vous ferait douter de tout le genre humain !

Il ne sait où aller, mais il vaut mieux peut-être
Qu’il erre sur la plage : il n’y redoute rien
Du trafic matinal, de tout ce va-et-vient
Des gens et des autos. Peut-être que son maître

Se morfond lui aussi, seul et désespéré
D’avoir perdu son chien ? Qui dit qu’une bêtise
Ne l’a pas fait sortir sans qu’on l’y autorise ?
On ne l’a pas laissé ! Ce ne peut être vrai !

Haletant et à bout, le vieux corniaud s’allonge
Près de l’eau bleue qui bat, diffusant sa fraîcheur
Au sable humide et dur. Avec moulte douceur,
La Méditerranée qui le lèche le plonge

Dans un profond sommeil enfin réparateur.
Et bercé par l’eau bleue qui clapote et balance,
Le pauvre chien perdu sent sa vie en souffrance
S’envoler doucement vers un monde meilleur.

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