Archives pour la catégorie “Zooland”

A Pierrelatte, il est un lieu
Tel une jungle sous les cieux
De la Provence. Un monde clos
Aux airs trompeurs de pays chaud.

Y gisent les corps immobiles
De mastodontes-crocodiles,
Comme des rochers monstrueux ;
D’énormes sauriens écailleux

Qui pas une patte ne bougent
Dans la vague lumière rouge
D’une aube de début du monde
Sous une fausse lune ronde.

Ils sont ainsi plusieurs centaines,
Pitoyables croquemitaines
Parqués là pour être exposés
A la vaine curiosité

De gens tout heureux de frémir
Et contempler ainsi gésir
Ces reptiles issus des Ages.
Un effroyable et beau mirage,

Un spectacle du fond des temps
Et qui ramène aux jours d’antan
L’Humain pitoyable et fragile
Qui ne se sait que fait d’argile…

Soudain, étonnamment véloce,
Un monstre plonge dans la fosse
Bouillonnant comme un vrai maëlstrom :
Il fait hurler les petits d’Homme,

Puis ils applaudissent ravis
Et s’esbaudissent à grands cris…

*26270 Pierrelatte

 

 

 

Comments Pas de commentaire »

Nous sommes en janvier. Où est passé l’hiver ?
Il fait tellement beau qu’il se peut que la terre
Ignore cette année qu’existent les gelées,
La neige, le verglas : toutes joyeusetés

Que la rude saison aime nous concocter !
Mais il semblerait bien qu’on nous ait oubliés…
La Nature divague d’erreur en erreur,
Tellement perturbée qu’il n’y a pas deux heures

Un oiseau farfelu et un brin insouciant
S’est mis à entonner une trille de printemps !
Un mirage emplumé, un joli mésangeau
Qui s’essayait au chant, perché sur un rameau

Pointillé de bourgeons tout aussi optimistes ;
Car je pourrais ici amorcer une liste
De signes printaniers, tous bien trop en avance.
Petit écervelé, tu n’as pas une chance !

Retourne te cacher, nous sommes en hiver !
Même si le Midi semble se mettre au vert,
Il peut soudain geler et tu prends de grands risques !
Il reste trois longs mois ! Regarde donc le disque

Du soleil hivernal, si net, si gros, si rouge :
C’est le signe absolu qu’il faut que tu te bouges
Pour aller te cacher dans un trou bien douillet.
L’hiver est encor là, le froid est aux aguets…

Comments Pas de commentaire »

Si l’on pouvait un jour se nicher dans la poche
D’un kangourou géant, l’on pourrait oublier
Cette vie embrouillée qui est parfois si moche !
Redevenir petit et pouvoir se cacher

Non loin de son gros coeur, pour se laisser bercer
Au rythme de ses pas, au tempo de ses sauts,
Même s’ils sont brutaux, parfois désordonnés ;
Se savoir protégé dans un lieu doux et chaud,

Partout enveloppé d’une douce fourrure ;
Ressentir de très loin les bonds incohérents
D’une existence folle et quelquefois si dure ;
Etre bien cajolé, se sentir pleinement

Pris en charge et aimé comme un petit enfant ;
Etre un kangourounet tout au fond d’un pochon,
S’y sentir à l’abri de ces désagréments
Qui pourrissent l’Ici ! Comme dans un cocon,

Ignorant que la vie est pavée de misères !
Oh ! Combien sont heureux les petits kangourous
Plongeant sans coup férir la tête la première
Au creux de leur maman qui pare tous les coups.

Comments Pas de commentaire »

Au Zoo de la Barben, il est une girafe
Aux grands yeux d’odalisque et au regard très doux ;
Une bête dolente et dont le fort long cou
Dessine sur le ciel un joli calligraphe.

Elle passe souvent au dessus du grillage
Son museau en triangle aux naseaux de velours,
Et sa tête penchée semble un fardeau trop lourd
Tant la dame africaine est affaiblie par l’âge.

On l’appelle Sophie comme son avatar,
Le jouet de latex qu’adorent les enfants ;
Tachée de blanc sur brun – ou bien de brun sur blanc !
Le curieux animal retient et accapare

L’attention de ses fans qui viennent pour la voir
De Salon, d’Avignon ou de plus loin encore.
Elle s’en moque bien, et de ses grands yeux d’or
Méprise ces humains violant son territoire.

 

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Jocelyne Rochefort Simard
www.eco-art.ca

Sur le bord de l’étang, affalée sur la rive,
Une pauvre bestiole. Oh ! pas bien agressive…
Un pingouin grassouillet qui va mourir de chaud !
Ses bras tout courtichons en font un vrai manchot,

Le gênant sûrement pour se débrouiller seul,
Et cette eau peu salée peut être son linceul !
Mon Dieu ! Qu’il est pataud, lourdaud et maladroit !
Pataugeant dans la boue, il a l’air à l’étroit

Dans son habit du soir ; jabotant, trébuchant,
Egaré, affolé, tremblant et pantelant,
C’est un jouet branlant comme un gros culbuto !
Peut-être faudrait-il qu’on le rejette à l’eau ?

Que fait-il donc ici ? D’où s’est-il échappé ?
Il est en grand danger, et l’on va appeler
SPA ou pompiers pour le remettre au frais !
Un pingouin par chez nous ? Mais quel est le cinglé

Qui pourrait accepter une semblable histoire ?
Les gens sollicités n’ont pas voulu nous croire…
Ne sachant plus que faire et poussés par la peur,
Nous allions donc le mettre… au réfrigérateur

Quand le patron d’un cirque, enfin mis au courant,
A pu récupérer sa vedette – Fernand -
Qui s’était fait la belle un beau soir de juillet.
Un pingouin romantique un brin aventurier !

Tout est bien qui finit pour le mieux ! Le compère
N’ayant pas d’avenir sur notre étang de Berre…

 

Comments Pas de commentaire »

Au creux de l’onde noire, une ombrelle nacrée
Se gonfle et se dégonfle au gré du courant chaud.
Un dôme iridescent, transparent et léger ;
Hémisphère diaphane ondoyant sous les eaux.

Dans son sillage traînent des filaments bleus,
Comme une chevelure étrange et sinueuse
Ondulant sous la mer ; flagelles vénéneux
D’une ombelle irisée, délicate et gracieuse !

Mais bientôt le courant la pousse vers la plage,
La posant sur le sable avec tact, en douceur ;
Et le temps insidieux se met vite à l’ouvrage,
Asséchant sa beauté d’un souffle destructeur.

Bientôt ne reste plus de la bulle moirée
Qu’une bouse malsaine, un petit tas bourbeux !
Elle était arc-en-ciel en Méditerranée
Et n’est plus maintenant qu’un immondice honteux.

 

 

Comments Pas de commentaire »

Tout au fond des tréfonds des bas-fonds de Marseille
Vivaient deux frères rats. L’un était gros et gras,
Bedonnant et aimable avec des joues vermeilles.
L’autre était bien plus maigre et se faufilait là

Où personne jamais ne pouvait se glisser,
Dans des caves bien closes et au coeur d’entrepôts
Pourtant cadenassés. Il avait amassé
Un trésor fabuleux qu’il se gardait au chaud.

L’autre rat, qui régnait sur le monde d’en-bas,
Préférait ignorer les méfaits de son frère
Tout en en profitant ; mais un jour le malfrat
Se trouva bêtement pris dans une ratière.

Il poussa de hauts cris. L’autre ferma les yeux.
Reculant pour n’avoir point à le secourir,
Il s’emmêla les pieds dans une corde à noeuds
Qui traînait sur le sol. Ce n’était pas le pire :

Le peuple des bas-fonds aussitôt accouru
Prévint le chat des docks lui servant de police.
Le félin prit les rats, les avala tout crus :
Un moyen comme un autr(e) de rendre la justice !

 

 

 

 

Comments Pas de commentaire »

Au coeur de Mollégès, non loin du vieux lavoir,
Un grand cheval dressé. Douze tonnes de pierre
Sculptée en muscles durs. Cheval dont la matière
Correspond tout à fait à ce qu’on y veut voir :

Une masse solide, épaisse et obstinée
Arrachant ses sabots au marécage humide
Engluant le maquis sous le grand ciel livide.
Le symbole parfait des vieux chevaux de trait

Permettant aux humains de tirer du néant
Les paluds nauséeux des bords de la Durance ;
Les fidèles amis des hommes de Provence
Extirpant leurs jardins de ce bourbier puant.

Un cheval de labour d’une curieuse espèce ;
Une vaste statue, lourde et presqu’incarnée
Dans ces muscles de pierre. Un cheval encensé
Pour sa fidélité, sa rude robustesse :

Tel est l’animal-roi régnant sur Mollégès.

 

Comments Pas de commentaire »

Au-dessus de l’Ubaye vole un aigle royal
Aux contours acérés sur l’horizon tout bleu
Haché par les pics noirs des Alpes provençales.
L’oiseau géant qui plane égratigne les cieux ;

Ses ailes déployées propulsées par la mort
En font un grand planeur que les ailes du vent
Soutiennent par-dessous, au moment où l’aurore
Pose sur les sommets un entrelacs d’argent.

En bas dans la vallée, c’est la vie qui s’éveille :
Un matin de printemps oublieux du danger,
Renaissant lentement sous le premier soleil…
Un lapin étourdi va se faire piéger

Quand un gros marmotton, voyant l’ombre cruelle,
S’évertue à siffler : c’est une débandade !
Pour les oiseaux aussi, qui fuient à tire-d’aile
Oubliant pour un temps leur amoureuse aubade…

L’aigle qui a plongé remonte au haut du ciel,
Mécanique inlassable et faite pour tuer.
Son immense ombre noire est comme une parcelle
De l’implacable loi régissant la vallée…

 

Comments Pas de commentaire »

Les hurlements du vent qui secoue l’olivier
Dans le fond du jardin ravivent ma mémoire
Car il beuglait ainsi quand, par un triste soir,
Notre vieux chien Pollux est mort dans son panier.

Il fait tout aussi froid, et depuis quelques jours
Le mistral déchaîné échevèle la mer.
C’était le même temps, un rude temps d’hiver
Pétrifiant la Provence… Il était presque sourd

Et vieux, tellement vieux… Le canal est gelé
Et l’eau comme un miroir reflète le ciel gris…
Lui, ses yeux étaient bleus ; c’était un vieil husky
Peu fait pour vivre à Aix. A la fin, tout pelé,

Il avait l’air minable, usé d’un vieux tapis.
Il avait souvent froid et se pelotonnait
Comme un chaton frileux près de la cheminée.
On n’a pas oublié… Quand il s’est endormi,

Le mistral fou furieux qui hurlait en dément
Secouait la maison avec un bruit d’enfer.
Alors sa très vieille âme épuisée par l’hiver
S’est laissé emporter par les ailes du vent…

 

Comments Pas de commentaire »

Un chaton minuscule, et si frêle qu’il tient
Comme un joli jouet dans le creux de la main.
Il a vingt-quatre jours et il est si craquant
Qu’on est tout attendri rien qu’en le regardant.

Est-il fille ou garçon ? On ne peut pas le dire !
C’est si petit, tout ça ! Un bébé qui respire
A grands soupirs de chat ! Son souffle est si ténu,
Si fragile et si fort qu’on en est tout ému,

Vraiment bouleversé. Eh bien voilà, chaton…
Il nous va donc falloir te trouver un prénom !
Et te voici lâché dans toute une existence
De quelque vingt années, associé à la danse

Des chattes, des matous ! En attendant ronronne,
Jolie boule de poils ! Que ta mère te donne
Son trop-plein de tendresse avant de te jeter.
Car ainsi va la vie, mon bel ébouriffé…

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Christian Guinet
www.peintre-couleur.com

Cigales du silence, avez-vous oublié
Que c’est le pein été et qu’il n’est pas fini ?
Ou êtes-vous passées ? Etes-vous endormies ?
Vous ne criquetez plus depuis la fin juillet !

Nous sommes le six août : on ne vous entend plus !
Vous avez peu chanté, cette année, toutes belles !
Il a fait bien trop frais ; cet été est rebelle
Et bien trop fainéant ! Il faut qu’il se remue

Et nous procure encor quelques jours de chaleur.
Quant au vent, qu’il s’en aille ! Il lui faut réserver
Sa hargne et son ardeur pour le prochain hiver !
Cigales, mes amies, vous aimez la torpeur

De ces jours bien trop chauds qui nous anéantissent
Et sans un souffle d’air, dévalant du ciel bleu.
Ne vous endormez pas, restez encor un peu !
Il me semble en effet que je sens les prémisses

D’un véritable été ! Il serait enfin temps…
Ne partez surtout pas ! Vous allez reconnaître
Ce pays de Provence qui vous y a vu naître…
Et si vous y restiez au moins jusqu’au printemps ?

 

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Vincent Van Gogh

(1853-1890)

Fermez-la ! les cigale(s), car on ne s’entend plus
Ronfloter doucement pendant qu’on se repose
Après le déjeuner ! Marquez donc une pause
A l’heure de la sieste ! Nous sommes tous perclus

D’un grand coup de bambou tant l’été est torride.
Et cricri, et cricri, et cricri, et cricri…
Votre chant monocorde est à crever d’ennui
Et nous use les nerfs de son rythme torpide !

Et pourtant l’on se plaint quand vous n’êtes pas là
Dès le vingt et un juin, le grand jour de l’été !
Que de gémissements si vous nous oubliiez
Et n’acceptiez plus de venir au gala

Offert pour la mi-juin : la fête du Retour…
Mais au bout de deux mois nous en avons assez
De votre crissement ! Ne pourriez-vous changer
Parfois votre tempo au fil de ces longs jours ?

Mais ne vous vexez pas : c’est juste pour la sieste
Qu’on vient vous demander de vous calmer un peu !
Nous sommes malheureux quand vous nous dit(es) : « Adieu » !
Ne soyez pas marries si l’on vous admoneste !

 

Comments Un commentaire »

Le sourire du chat, c’est son ronronnement ;
Quant à celui du chien, c’est sa queue qui remue !
Ils nous aiment tous deux à grand coeur que veux-tu,
Mais son attachement est vraiment un penchant

Pour le chien si fleur bleue : un vrai coeur d’artichaut !
Le chat est bien plus fier : c’est lui qui vous choisit
Si vous le méritez ! Quelle moue de mépris
Si vous le décevez ou lui demandez trop ;

Car c’est lui le seigneur, qui décide à pas d’heure
De venir vous trouver pour faire un gros câlin !
Il mène par le nez ces stupides humains
Qui ne comprennent pas que c’est lui le meneur !

 

Comments Pas de commentaire »

Un bouquet de poissons de toutes les couleurs
Virevolte en valsant autour d’un rocher bleu :
Des bijoux ciselés pour le plaisir des yeux,
Mais que seuls quelques uns ont la fortune et l’heur

De voir ainsi tourner dans un monde enchanté.
Viens avec moi, Phyllis ! Allons donc faire un tour
Là où l’été brûlant n’est plus qu’un demi-jour.
Suis moi et n’aie pas peur car nous allons plonger…

Nous sommes devenus des bulles si légères
Que nous devons lutter pour rester tout au fond.
Ton visage est très pâle et tes yeux sont tout ronds
Derrière le hublot. Devenus des chimères,

Nous flottons, ondoyant comme les algues rouges
Où se faufile et danse un étrange ballet :
A rayures, à pois, bariolés, chamarrés,
Les poissons ballotés par l’eau grise qui bouge

S’abandonnent tout doux. Puis soudain ils s’enfuient
Sans aucune raison pour revenir bientôt ;
Baguenaudant sans but et frôlant notre peau,
Ils sont immatériels : tout juste un friselis

De vie calme et tranquille aux tréfonds de la mer.
Sous nos palmes le sable est comme rayuré
Par des vagues dorées. Le soleil est gommé,
Réduit par l’ombre ocrée à un jeu de lumières.

 

Comments Pas de commentaire »