Archives pour la catégorie “Zooland”
Publié par Vette dans Zooland

Alain Calbo a écrit :
« Madame,
Je suis l’animateur du site lettres de l’académie de Reims ; une équipe d’enseignantes ont élaboré une séance de travail avec des élèves de sixième sur votre calligramme L’Autruche. La mise en ligne de cette séance pédagogique nécessiterait la publication de votre poème : pour cela nous avons besoin de votre accord.
Dans l’attente d’une réponse positive de votre part, je vous prie de croire à mes sentiments les meilleurs.
Alain Calbo »
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Magali Donnadieu, qui vivait à Marseille,
Partageait son logis avec un bel ara,
Un joyeux compagnon qu’elle appelait Soleil.
Mais un beau jour d’été son oiseau se sauva :
Comme on disait qu’ailleurs l’herbe était bien plus verte,
Attiré au-dehors par la curiosité
L’ingrat se faufila par la fenêtre ouverte.
Tout d’abord Magali pensa qu’il reviendrait,
Et puis le temps passant, elle se résigna ;
Mais elle était si triste et tellement touchée
Qu’à force de chagrin la pauvre déprima,
Essayant, mais en vain, de ne pas trop pleurer.
La voyant si seulette en sa grande maison,
Son fils décida donc de lui faire un cadeau :
Un autre perroquet, qu’elle nomma Gaston,
Et auquel elle apprit, détachant bien les mots,
Un tout petit discours rabâché chaque jour…
Une année se passa… Puis tout comme Soleil,
Le second perroquet s’escapa à son tour !
Mais Magali croyait au monde des merveilles,
La foi en son oiseau étant beaucoup plus forte
Que la première fois ! Et elle avait raison,
Puisque deux jours plus tard l’on sonna à sa porte :
C’était un policier qui lui tendit… Gaston !
« Madame, lui dit-il, on vient de retrouver
Ce bougre de pépère à la Vieille-Chapelle.
Oh boudiou ! Qué lascar ! On a bien rigolé !
Il nous renseignés ! Ouais : comment il s’appelle,
Et même son adresse ! « Dou-ze-Rue-Pa-ra-dis -
Ma-da-me-Don-na-dieu ». Un sacré numéro
Que votre perroquet, madame Magali !
Et un vrai phénomène! Au revoir ! A bientôt… »
Il ne se trompait pas : Gaston était futé
Et il récidiva. Mais grâce à son adresse,
Chaque fois qu’il fuguait, il était ramené
Confus et déconfit à sa chère maîtresse…
Ils vécurent ainsi de fort longues années,
L’oiseau aventurier et la vieille mamé…
*Inspiré par un fait divers… japonais !
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Il fait encore nuit quand Magali s’éveille.
Elle n’allume pas pour protéger ses yeux
De l’éblouissement. Au dehors le soleil
Affûte avec ardeur ses premiers rayons bleus
Avant de se lever, car il a décidé
Que pour lui aujourd’hui serait un jour de gloire.
Mais c’est encor trop tôt. Cinq heure(s) à vue de nez !
Il n’est pas encor temps de fêter sa victoire.
Il fait même un peu frais et Magali remet
Sur ses épaules nues sa couette de coton.
Elle a dû s’agiter : son drap est chiffonné,
Froissé par le chagrin. Des rêves à la con ?
Elle a tout oublié; elle veut oublier ;
Oublier qu’elle est seule au milieu de son lit.
Mais son grand regard bleu se met à larmoyer :
Est-il vrai qu’il existe un mot nommé « oubli » ?
Les pleurs ne sont pas loin quand Magali tressaille :
Un petit corps bien chaud vient de se faufiler
Entre jambes et drap. C’est son chat qui l’assaille
Avec moults câlins pour la réconforter.
Il s’est glissé tout doux jusqu’au creux de l’épaule ;
Son petit crâne rond posé contre sa joue,
Il la lèche en ronflant. Adorable bestiole
Qui n’a que son amour pour effacer sa moue !
Sourire revenu, émue par sa tendresse,
Elle le pousse un peu tant sa langue est râpeuse ;
Lové contre le coeur si chaud de sa maîtresse,
Il ronronne si fort que peu à peu son stress
Se fait moins angoissant. Et bientôt elle rit
Quand sa moustache aiguë en vibrant la chatouille.
Lors, passant son index sur le pelage gris
De son ventre soyeux, Magali le grattouille.
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Marius était heureux. A toute heure du jour,
Notre homme souriait ; et satisfait, toujours,
Il ne laissait jamais les soucis le ronger :
Il savait où dormir, il avait à manger !
C’était un vieux pêcheur avec sur son épaule
Un bien curieux oiseau qu’il appelait Popaul,
Fait de bric et de broc. Peut-être un perroquet ?
Ca portait un plumage et ça ne lui parlait
Qu’une fois chaque jour, et toujours le matin ;
Mais après son discours, le vieux était serein…
Un beau jour de juillet, Marius s’était assis
Sur le pas de sa porte, au coeur du vieux Cassis,
Quand son meilleur ami s’en vint lui demander
Quel était son secret, ce que Popaul disait,
Sans manquer un seul jour, au creux de son oreille ;
Quel était la recette à nulle autre pareille
Qui le rendait heureux . Le vieux se mit à rire
Et fit cette réponse à son cher Honorat :
« Les villageois t’envoient ? Tu vas pouvoir leur dire
Que Popaul me répète : « A minuit, tu mourras ! »
Dès que je me réveille ! Il me prévient ainsi
Que bien courts sont les jours, que fugace est la vie.
Car c’est ça, le bonheur : profiter de l’instant
Puisque tout doit cesser irrémédiablement… »
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Hiératique, un chat noir médite sous la lune
Accrochée au ciel bleu où clignent trois étoiles.
Par moments, tiède et douce, une brise importune
S’en vient briser son rêve, ébouriffant son poil
De mille friselis qui le font frissonner.
Il ne bouge pas plus qu’une statue d’ébène,
Surplombant sans la voir la Méditerranée,
Ne se sentant soumis qu’à la lune, sa reine
Qui le fascine tant qu’il en perd le sommeil.
L’horizon lumineux crépite sur la mer
En des millions de feux, parcelles de soleil
Oubliées par le jour. Les fragments de lumière
Ont tant charmé le chat qu’il est ensorcelé,
Vrombissant de ronrons. Ses très longues moustaches
Aiguës et argentées vibrent énamourées,
Et il miaule à la lune, la queue en panache.
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C’est le temps des oiseaux qui clament à tue-tête
Que ce maudit hiver est enfin aux abois.
Ils s’égosillent tous par les vaux et les bois
A chanter la douceur du beau temps qui s’entête
A s’arrimer enfin en terre de Provence.
Au creux des sentiers noirs tout tachetés de blanc,
Et de rose, et de vert, c’est enfin le printemps
Rattrapant son retard avec exubérance.
Les infimes chanteurs n’osent pas trop y croire !
Ce fut tellement dur au mois de février :
Parsemée d’oisillons tout recroquevillés,
La garrigue glacée n’était plus qu’un mouroir
Et nul n’aurait pu dir(e) qu’une semaine après
Le printemps serait là, fou et carillonnant !
Trillez donc, les petits, car c’est un vrai beau temps
Vibrionnant de vie qui vient de s’installer.
Et ça chante, et ça piaille et, dès potron-minet,
Ca s’égosille tant qu’on a le coeur joyeux !
Battant bien la mesure, un soleil plantureux
Galvanise le choeur des boules emplumées.
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Publié par Vette dans Zooland

Oh ! mes pauvres amis, c’est la première fois
Que sans le faire exprès je vous fais du chagrin !
Je vous vois tous pleurer*, et mon âme de chien
Est vraiment tourmentée par votre désarroi.
Mais j’avais dix-sept ans et j’étais si usé
Que la Mort m’attendait depuis des mois déjà.
Ce n’était pas sérieux d’aller plus au-delà !
J’étais un grand vieillard que le Temps délabrait,
Me rendant sourd, aveugle ; et mes vieux os craquaient
De multiples douleurs qui me faisaient gémir ;
J’étais incontinent, et bien las de souffrir
De ma vieille carcasse usée et dégradée !
Mon corps se délitait d’une telle façon
Qu’il était vraiment temps que je me laisse aller.
Le chagrin vous déchire et j’en suis si navré
Que je vais sans tarder prendre une décision :
Mon âme va rester parmi vos Invisibles.
Je serai toujours là, discret et effacé ;
Comme vos dieux d’antan, je vais vous protéger
En restant au foyer sans y être visible.
Je serai près de vous. Et toujours généreux,
Mon bon gros coeur de chien débordant de bonté
Vous gardera sans cesse sans être intéressé.
Mon seul but maintenant c’est vous savoir heureux…
* Le 10 février 2012 – 10h30
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A Pierrelatte, il est un lieu
Tel une jungle sous les cieux
De la Provence. Un monde clos
Aux airs trompeurs de pays chaud.
Y gisent les corps immobiles
De mastodontes-crocodiles,
Comme des rochers monstrueux ;
D’énormes sauriens écailleux
Qui pas une patte ne bougent
Dans la vague lumière rouge
D’une aube de début du monde
Sous une fausse lune ronde.
Ils sont ainsi plusieurs centaines,
Pitoyables croquemitaines
Parqués là pour être exposés
A la vaine curiosité
De gens tout heureux de frémir
Et contempler ainsi gésir
Ces reptiles issus des Ages.
Un effroyable et beau mirage,
Un spectacle du fond des temps
Et qui ramène aux jours d’antan
L’Humain pitoyable et fragile
Qui ne se sait que fait d’argile…
Soudain, étonnamment véloce,
Un monstre plonge dans la fosse
Bouillonnant comme un vrai maëlstrom :
Il fait hurler les petits d’Homme,
Puis ils applaudissent ravis
Et s’esbaudissent à grands cris…
*26270 Pierrelatte
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Nous sommes en janvier. Où est passé l’hiver ?
Il fait tellement beau qu’il se peut que la terre
Ignore cette année qu’existent les gelées,
La neige, le verglas : toutes joyeusetés
Que la rude saison aime nous concocter !
Mais il semblerait bien qu’on nous ait oubliés…
La Nature divague d’erreur en erreur,
Tellement perturbée qu’il n’y a pas deux heures
Un oiseau farfelu et un brin insouciant
S’est mis à entonner une trille de printemps !
Un mirage emplumé, un joli mésangeau
Qui s’essayait au chant, perché sur un rameau
Pointillé de bourgeons tout aussi optimistes ;
Car je pourrais ici amorcer une liste
De signes printaniers, tous bien trop en avance.
Petit écervelé, tu n’as pas une chance !
Retourne te cacher, nous sommes en hiver !
Même si le Midi semble se mettre au vert,
Il peut soudain geler et tu prends de grands risques !
Il reste trois longs mois ! Regarde donc le disque
Du soleil hivernal, si net, si gros, si rouge :
C’est le signe absolu qu’il faut que tu te bouges
Pour aller te cacher dans un trou bien douillet.
L’hiver est encor là, le froid est aux aguets…
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Si l’on pouvait un jour se nicher dans la poche
D’un kangourou géant, l’on pourrait oublier
Cette vie embrouillée qui est parfois si moche !
Redevenir petit et pouvoir se cacher
Non loin de son gros coeur, pour se laisser bercer
Au rythme de ses pas, au tempo de ses sauts,
Même s’ils sont brutaux, parfois désordonnés ;
Se savoir protégé dans un lieu doux et chaud,
Partout enveloppé d’une douce fourrure ;
Ressentir de très loin les bonds incohérents
D’une existence folle et quelquefois si dure ;
Etre bien cajolé, se sentir pleinement
Pris en charge et aimé comme un petit enfant ;
Etre un kangourounet tout au fond d’un pochon,
S’y sentir à l’abri de ces désagréments
Qui pourrissent l’Ici ! Comme dans un cocon,
Ignorant que la vie est pavée de misères !
Oh ! Combien sont heureux les petits kangourous
Plongeant sans coup férir la tête la première
Au creux de leur maman qui pare tous les coups.
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Publié par Vette dans Zooland

Au Zoo de la Barben, il est une girafe
Aux grands yeux d’odalisque et au regard très doux ;
Une bête dolente et dont le fort long cou
Dessine sur le ciel un joli calligraphe.
Elle passe souvent au dessus du grillage
Son museau en triangle aux naseaux de velours,
Et sa tête penchée semble un fardeau trop lourd
Tant la dame africaine est affaiblie par l’âge.
On l’appelle Sophie comme son avatar,
Le jouet de latex qu’adorent les enfants ;
Tachée de blanc sur brun – ou bien de brun sur blanc !
Le curieux animal retient et accapare
L’attention de ses fans qui viennent pour la voir
De Salon, d’Avignon ou de plus loin encore.
Elle s’en moque bien, et de ses grands yeux d’or
Méprise ces humains violant son territoire.
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Publié par Vette dans Zooland

Poème illustré par un tableau de :
Jocelyne Rochefort Simard
www.eco-art.ca
Sur le bord de l’étang, affalée sur la rive,
Une pauvre bestiole. Oh ! pas bien agressive…
Un pingouin grassouillet qui va mourir de chaud !
Ses bras tout courtichons en font un vrai manchot,
Le gênant sûrement pour se débrouiller seul,
Et cette eau peu salée peut être son linceul !
Mon Dieu ! Qu’il est pataud, lourdaud et maladroit !
Pataugeant dans la boue, il a l’air à l’étroit
Dans son habit du soir ; jabotant, trébuchant,
Egaré, affolé, tremblant et pantelant,
C’est un jouet branlant comme un gros culbuto !
Peut-être faudrait-il qu’on le rejette à l’eau ?
Que fait-il donc ici ? D’où s’est-il échappé ?
Il est en grand danger, et l’on va appeler
SPA ou pompiers pour le remettre au frais !
Un pingouin par chez nous ? Mais quel est le cinglé
Qui pourrait accepter une semblable histoire ?
Les gens sollicités n’ont pas voulu nous croire…
Ne sachant plus que faire et poussés par la peur,
Nous allions donc le mettre… au réfrigérateur
Quand le patron d’un cirque, enfin mis au courant,
A pu récupérer sa vedette – Fernand -
Qui s’était fait la belle un beau soir de juillet.
Un pingouin romantique un brin aventurier !
Tout est bien qui finit pour le mieux ! Le compère
N’ayant pas d’avenir sur notre étang de Berre…
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Au creux de l’onde noire, une ombrelle nacrée
Se gonfle et se dégonfle au gré du courant chaud.
Un dôme iridescent, transparent et léger ;
Hémisphère diaphane ondoyant sous les eaux.
Dans son sillage traînent des filaments bleus,
Comme une chevelure étrange et sinueuse
Ondulant sous la mer ; flagelles vénéneux
D’une ombelle irisée, délicate et gracieuse !
Mais bientôt le courant la pousse vers la plage,
La posant sur le sable avec tact, en douceur ;
Et le temps insidieux se met vite à l’ouvrage,
Asséchant sa beauté d’un souffle destructeur.
Bientôt ne reste plus de la bulle moirée
Qu’une bouse malsaine, un petit tas bourbeux !
Elle était arc-en-ciel en Méditerranée
Et n’est plus maintenant qu’un immondice honteux.
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Tout au fond des tréfonds des bas-fonds de Marseille
Vivaient deux frères rats. L’un était gros et gras,
Bedonnant et aimable avec des joues vermeilles.
L’autre était bien plus maigre et se faufilait là
Où personne jamais ne pouvait se glisser,
Dans des caves bien closes et au coeur d’entrepôts
Pourtant cadenassés. Il avait amassé
Un trésor fabuleux qu’il se gardait au chaud.
L’autre rat, qui régnait sur le monde d’en-bas,
Préférait ignorer les méfaits de son frère
Tout en en profitant ; mais un jour le malfrat
Se trouva bêtement pris dans une ratière.
Il poussa de hauts cris. L’autre ferma les yeux.
Reculant pour n’avoir point à le secourir,
Il s’emmêla les pieds dans une corde à noeuds
Qui traînait sur le sol. Ce n’était pas le pire :
Le peuple des bas-fonds aussitôt accouru
Prévint le chat des docks lui servant de police.
Le félin prit les rats, les avala tout crus :
Un moyen comme un autr(e) de rendre la justice !
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Au coeur de Mollégès, non loin du vieux lavoir,
Un grand cheval dressé. Douze tonnes de pierre
Sculptée en muscles durs. Cheval dont la matière
Correspond tout à fait à ce qu’on y veut voir :
Une masse solide, épaisse et obstinée
Arrachant ses sabots au marécage humide
Engluant le maquis sous le grand ciel livide.
Le symbole parfait des vieux chevaux de trait
Permettant aux humains de tirer du néant
Les paluds nauséeux des bords de la Durance ;
Les fidèles amis des hommes de Provence
Extirpant leurs jardins de ce bourbier puant.
Un cheval de labour d’une curieuse espèce ;
Une vaste statue, lourde et presqu’incarnée
Dans ces muscles de pierre. Un cheval encensé
Pour sa fidélité, sa rude robustesse :
Tel est l’animal-roi régnant sur Mollégès.
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