Archives de catégorie : Zooland

Eclosion

Poème illustré par un tableau de :
Daniel Sannier

Les cigales sont presque mûres
Au pied des pins, dont la ramure
Va bientôt crisser de leur chant.
Elles s’en vont surgir des champs

Et des sous-bois, de cette terre
Tout emplie du vaste mystère
De la vie qui renaît toujours
Dès que reviennent les beaux jours.

Juste encor un peu de lumière
Fusant même au travers des pierres
Et du roc d’un âpre Midi
Pour qu’elles sortent de leur nid !

Elles vont déplisser leurs ailes
Toutes fripées, mais en rebelles
Ne s’en serviront pas beaucoup,
Juste pour un petit coucou

A l’Autre qui attend là-bas
Pour de trop rapides ébats.
Mais elles ont encore à faire
Au fin-fond de leur noir repaire :

Se gonfler d’un chant lumineux
Pour en emplir notre ciel bleu !
Car sans elles notre Provence
Serait privé de la jouvence

Et des agréments de l’été
Qui avec elles va, forte*,
Vibrer de cette âpre chaleur
Qui en est l’essence et le cœur.

*Prononcer : Forté !

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L’oiseau-majuscule

Un oiseau s’est posé là-haut sur la Chalanche.
Il a fait tant d’efforts qu’il se sent tout recru
D’une énorme fatigue. Il n’aurait jamais cru
Y parvenir un jour ! Mais dans l’aurore blanche

Il se sent sublimé, comme le roi d’un monde ;
Un monde désolé, un univers de pierre
Mais d’où, auréolé d’un halo de lumière,
Il peut tout dominer à des lieues à la ronde.

En bas, tout est petit, incertain, minuscule
Comme lui ce matin, quand il n’était qu’un rien,
Rien qu’un souffle emplumé, un minus aérien.
Il se sent désormais un oiseau-majuscule

Perché sur un piton. Tout enflé de gloriole,
Il surplombe le monde en s’en croyant le roi…
Pauvre petit oiseau ! Quel serait son effroi
S’il savait qu’il n’est rien qu’une pauvre bestiole

Qu’un aigle vient de voir du côté de l’adret :
Une bouchée dodue ! Sauve-toi, tout-petit ;
Soustrais-toi sur le champ au sauvage appétit
De l’énorme rapace aux griffes acérées !

Regarde vers le ciel, lève un plus peu la tête.
Tu peux avoir le temps de vite t’envoler
Vers ce creux, là, tout près, pour y dégringoler ;
Ne point être avalé par la funeste bête…

Je n’en dirai pas plus : selon votre nature
– Un pessimisme noir, un optimisme né –
Vous pouvez le sauver ou bien le condamner !
Imaginez tout seul la fin de l’aventure…

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Le dôme bleu

Le ciel est comme un dôme, un dôme bleu qui pèse
Lourdement sur Marseille étouffé par l’été ;
Un ciel que les gabians, de leur vol ouaté,
Strient à grands coups d’aile. Un gros soleil obèse

Darde ses longs rayons sur le port accablé.
L’on a chaud, bien trop chaud. Des filles presque nues
Attendent patiemment la fraîcheur bienvenue
Qui devrait apaiser leur teint caramélé

En fin d’après-midi. Allongées sur la plage
Tout comme des statues, elles dorent en choeur
Sans souci pour leur peau. Et le soleil vainqueur,
Fignolant en sournois leur pernicieux bronzage,

Y sème patiemment des graines de cancer.
Mais juillet est brûlant ; et tout au bord de l’eau
Nul ne pourrait sentir à quel point il fait chaud.
Seul paraît bien vivant l’immuable concert

Des cigales crissant dans la cité éteinte.
Le ciel est comme un dôme, et son bleu outremer
Pèse massivement sur la Terre et la Mer
Imbriquées l’une en l’autre en une immense étreinte…

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Langueur d’automne

Dodelinant tout doux, tout doux la balancelle
Tangue dans le jardin – jardin brun, jardin gris
Qu’une prime fraîcheur a brusquement surpris.
Un friselis de vent… Des feuilles s’amoncellent

Sur l’allée de gravier qu’on ne ratisse plus.
La balancelle va, s’en vient, revient encore,
Inlassablement mue par le vent. Et l’aurore
Nimbe d’un halo blanc le Cupidon joufflu

Qui s’ennuie dans un coin. Une feuille d’érable
S’est posée sur sa tête en lui cachant un œil :
Manque de courtoisie ! Plus loin, un écureuil
Se sachant à l’abri grignote sur la table

Les miettes moisies d’un très ancien repas.
L’été est terminé. Il n’y a plus personne.
Dans le jardin qui meurt, le silence résonne,
Et septembre en douceur transforme pas à pas

Sa quiétude tranquille en tristesse infinie.
La balancelle va, vient encor, et revient…
Posé sur la terrasse, un vase péruvien
Assourdit ses couleurs. La fête est bien finie…

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Le vent d’hiver est fou…

Le vent d’hiver est fou, qui hurle à perdre haleine,
Qui s’échine à briser les grands arbres penchés.
Le vent d’hiver est fou, qui depuis deux semaines
Fait suffoquer le Sud à souffle déployé.

Le vent d’hiver est fou, qui casse les antennes,
Qui arrache le linge étendu à sécher.
Le vent d’hiver est fou, qui rudoie et malmène
Les portes des maisons de ses coups de bélier.

Les faisant tressauter tout comme les mouettes
Dodelinant sur l’eau mousseuse qu’il fouette,
Il secoue les pointus* amarrés au Vieux Port,

Les ballant en cadence. Et les petits bateaux,
Qu’on dirait remontés sur de joyeux ressorts,
Dansent tels des canards se dandinant sur l’eau.

*Petit bateau caractéristique de Marseille

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Redoux

Entends-tu sous le toit la charpente qui craque ?
Le chalet comme un chat qui s’étire au réveil
Fait grincer sa carcasse au tout premier soleil,
Etirant ses cloisons de très vieille baraque,

Bâtie tout de guingois, dans la prime chaleur.
Du fond de la vallée une brume irisée
S’élève lentement, et la ligne brisée
De la montagne bleue se moire de couleurs.

Entends-tu ce roucou dans le fond du jardin ?
C’est la première fois qu’un chant de tourterelle
Annonce le printemps. Pour trouver une belle
Ou fêter le beau temps qui s’immisce soudain

Au cœur de la montagne après un rude hiver ?
La neige fond tout doux. De l’eau glacée ruisselle
Sur la façade en bois que de gaies étincelles
Eclaboussent de roux. Quelques touches de vert

Commencent à pointer au creux des jardinières,
Et des colchiques bleus pointillent les versants
Où le premier soleil s’éclate en déversant
A clarté que veux-tu de longs rais de lumière.

La montagne revit. Un oiseau cabriole
Tout en haut d’un mélèze encor un peu pouilleux
Sans son feuillage vert. Un zéphyr délicieux
Fait onduler l’Ubaye au souffle de sa viole.

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Un drôle d’animal*

Au zoo de La Barben est arrivé hier
Un animal bizarre à la bouille marrante :
Un nez en caoutchouc, de gros yeux amarante,
Tout au moins roux foncé dans le soleil d’hiver ;

Et trois griffes aiguës au bout de chaque patte,
Ressemblant tout à fait aux serres d’un oiseau.
Très vite devenu la vedette du Zoo,
Ce drôle d’animal depuis lors nous épate

Par sa lenteur extrême et son flegme étonnant.
Toujours la tête en bas, il pendouille d’un arbre,
Tellement pétrifié qu’on le dirait de marbre,
Mais du marbre en peluche. Un bestiau détonnant

Parmi ses compagnons beaucoup plus vraisemblables.
Son pelage est verdâtre – ainsi le voit-on moins
Dans sa forêt d’ailleurs ! Il va au petit coin
Tous les sept ou huit jours. C’est inimaginable,

Mais faut voir ce qu’il mange : un amas filandreux
De feuilles en béton ! Enfin… tout aussi dures !
« Paresseux » est son nom. Pendu à sa ramure,
Son inactivité semble le rendre heureux…

L’on devrait le copier et rester immobile.
Non pas la tête en bas,  mais au creux de son lit.
Se détacher de tout. Aller jusqu’à l’oubli
Total et délicieux au cœur de la grand’ville.

Faire le paresseux et ne penser à rien.
Ne plus bouger du tout, captif de sa paresse.
Ne plus rien ressentir, ni plaisir, ni tristesse.
Être seul, apathique, égoïste. Etre bien…*

*Appelé aussi : un « aï « 

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Les oiseaux de saison

Poème illustré par un tableau de :
Virginie Trabaud

C’est un oiseau d’hiver aux tristes plumes grises,
Un pauvre freluquet qu’ébouriffe la bise
Soufflant du Nord givré par le froid et le gel ;
Petit piaf étréci au corps immatériel

Et tout empli de faim, qui cherche sa pitance :
Juste un tout petit rien, un soupçon de bectance
Pour subsister encor, au moins jusqu’aux beaux jours,
Et s’adonner enfin aux plaisirs de l’amour…

Un oiseau de printemps volette dans le ciel,
En quête d’une amie, la gorge emplie de miel
Pour mieux vocaliser, la trouver au plus vite ;
Il est si guilleret qu’il plane et qu’il lévite

Au-dessus du jardin comme une libellule.
Il est bien, il est gai, les insectes pullulent !
Un tout petit oiseau, c’est fait pour le printemps,
C’est fait pour glorifier les broderies du Temps…

C’est un oiseau d’été volant dans le soleil,
Affriolé des baies et des gros fruits vermeils
Poussant dans les vergers tout partout en Provence ;
Un oiseau ébloui qui voltige et qui danse

Au-dessus des blés murs, des lavandins si bleus
Sous l’azur de juillet où le soleil en feu
Crépitant de chaleur dégueule sa lumière ;
Virevolter au ciel est sa fonction première…

Un oiseau en automne, un peu plus assagi
Et qui chante un peu moins dans le jardin rougi
Par le déclin du temps. Un oiseau moins agile,
Moins vif et moins piaillard, dont le vol moins habile

Semble un peu s’alourdir au fil des jours plus courts.
Un oiseau prévoyant picorant dans la cour
Des bribes, des fragments… En vue d’une disette ?
Un piaf se préparant à une vie d’ascète…

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Quelques grammes de vie…

C’est un petit oiseau, un doux bouquet de plumes.
Quelques grammes, pas plus ! Un minuscule oiseau
Fait d’une once de chair et de tout petits os.
Quelques grammes de vie, de sang, mais qui s’allument

Dans le ciel du printemps en milliers d’étincelles
Quand il vole en dansant au-dessus du jardin.
Le soleil resplendit, la lumière ruisselle
Sur son tout petit corps et sur les lavandins

Embaumant le Midi. C’est une miniature,
Un petit rien du tout, une bulle de vent ;
Un joyau emplumé qu’un beau jour la Nature
A fait naître au jardin tout en l’enjolivant.

Dans le monde animal il est comme un sourire.
Insouciant et joyeux, il trille tout le jour.
Mais comme il est bruyant, il est le point de mire
Du vieux chat Mistigri rêvant depuis toujours

De sentir sous ses crocs l’adorable bestiole.
P’tit oiseau, sois sérieux, et fais bien attention :
Fais gaffe au monstre roux pendant tes cabrioles,
Ne te pose au jardin qu’avec circonspection…

Valse encor dans le ciel pur et inaccessible,
Partition myosotis et dont tu es l’archet ;
Le ciel clair du printemps dont il est impossible
Qu’un chat même malin puisse te décrocher.

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Mauvaise foi

Le vieux chat se sent seul. Autour de lui Marseille
Dodeline tout doux en crevant de chaleur.
Le jardin est exsangue, et trois ultimes fleurs
Essaient de résister à l’anhydrie vermeille

D’un été enfiévré qui surchauffe la ville.
Ses maîtres sont partis chercher de la fraîcheur
Tout là-haut, en Ubaye. Deux immondes lâcheurs
Sachant pourtant qu’un chat n’est pas bête servile…

Mais Tom a le cœur gros. Tout près de lui la caisse
Dont il s’est échappé pour ne point voyager.
Il y a son pot d’eau et de quoi bien manger…
Pourquoi donc ressent-il cette infâme faiblesse

Qui le fait défaillir quand il pense à ses maîtres ?
C’est vrai qu’ils l’ont cherché jusque sur le Prado,
Sans oublier plus tard nourriture et plein d’eau…
Mais croyaient-ils vraiment qu’il allait se soumettre ?

Un chat n’obéit pas. Ce n’est point sa nature
De changer sans arrêt ainsi de domicile.
Les deux autres, là-haut ? Ce sont deux imbéciles.
Laisser seul son matou, n’est-ce point immature ?

Le vieux Tom se sent seul ; il part à la dérive,
Il est tout angoissé. Il ne comprend pas trop
Ce qui le gêne ainsi. Le fait qu’il fasse chaud ?
Et pourquoi attend-il qu’une voiture arrive

Dans la rue, au-dessous ? Pourquoi a-t-il envie
D’entendre leur deux voix clamer soudain son nom ?
Il n’a pas besoin d’eux ! Pas du tout ! Non non non…
Il est chat, il est libre, il veut vivre sa vie

Sans câlins, sans chichis, sans leur sollicitude…
Mais il faut constater qu’ils lui sont dévoués !
Et Tom exaspéré doit enfin s’avouer
Qu’il n’aime vraiment pas, oh non ! la solitude…

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Eveil

Chalet sous la neige

Sous son duvet gonflé au galbe immaculé,
Le chalet dort encor. Seul un léger filet
De fumée s’éparpille au-dessus du toit blanc
Où vient de se poser un énorme milan

Sombre comme la nuit qui obscurcit toujours
Les pentes du Cimet. Les plumes du vautour
Sont tout ensanglantées, mais le sang rouge est noir
Tant l’ombre l’obscurcit, et nul ne pourrait voir

Qu’il est l’incarnation d’un monde sans pitié.
Sous son toit rebondi, le chalet qui dormait
Commence à s’éveiller sous le prime soleil
Dont l’éclat adouci favorise l’éveil

Des gens de la maison. Alors l’oiseau s’enfuit,
Emportant dans son vol des lambeaux de la nuit.
Ne reste sur le toit qu’une traînée de sang,
Souillant pour quelques jours l’édredon innocent.

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La mer en hiver

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Poème illustré par un tableau de :
Katsushika Hokusaï
(1760-1849)

Est-ce Klein qui ce soir a colorié le ciel
Blafard depuis deux jours – Triste ciel de Provence !
D’un grand bleu d’outremer, à l’éclat si intense
Qu’il éteint peu à peu le discret arc-en-ciel

Posé sur l’horizon par un récent orage ?
La Méditerranée, peinte par Okusaï,
Se jette en galopant à l’assaut du Cap d’Ail,
Et ses flots insensés lancés à l’abordage

S’abattent bruyamment sur les hauts rochers gris.
C’est la mer en hiver, dont les eaux malmenées
Bousculent violemment la plage abandonnée.
Les mouettes là-haut ne sont plus qu’un long cri

Et plongent en hurlant vers les énormes vagues.
C’est la mer en hiver, qui n’a plus rien à voir
Avec cette douceur des longs jours et des soirs
De l’été flamboyant ! Les oiseaux qui divaguent

Dans le vent oscillant se laissent emporter
Au gré du mistral noir qui hérisse leurs plumes.
Le soleil a bondi, et sa lumière allume
Sur les flots en fureur des éclairs irisés.

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L’orage

 

maisonnette

Le ciel lourd est très noir, posé comme un couvercle
Sur le village gris où rien ne bouge plus.
Pas un souffle de vent sous le terrible cercle
Sombre comme la nuit, là-haut, juste au-dessus

Des vieux toits bien serrés les uns contre les autres.
Leurs pans tout biscornus sont secs depuis juillet
Et leurs tuiles roussies. Quelques matous s’y vautrent,
Les seuls à apprécier la touffeur de l’été.

La ligne d’horizon est curieusement claire,
Car autour du couvercle un cerne de ciel bleu
Emet étrangement un halo de lumière.
Mais la nuit vainc le jour, le gomme peu à peu,

Bien que des éclairs blancs lient le ciel à la terre.
Un réseau électrique au rythme grésillant
Strie les nues sans arrêt. Une pluie salutaire
Serait la bienvenue ! Tout le monde l’attend

Sous la coupole noire où stagne la tempête.
On a tous l’impression que l’éther est pesant,
Qu’un glaive est suspendu au-dessus de nos têtes,
Qu’il va bientôt tomber, nous anéantissant.

Le dôme du ciel lourd pèse comme un couvercle
Sur Jausiers accablé. Les oiseaux se sont tus.
L’orage qui grossit peu à peu nous encercle ;
Un éclair a frôlé le haut clocher pointu.

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L’embobineur

chat-curieux

Issu de cet Ailleurs que seuls les chats connaissent,
Il est venu chez moi, tout petit rien du tout
Certainement perdu, un minable matou.
Voulant faire de moi son esclave-maîtresse,

Il a tout fait bientôt pour investir la place :
Il l’avait décidé, je n’y pouvais plus rien !
Et réussissant même à séduire mon chien,
Il a su déployer tant d’atours et de grâce

Qu’il a gagné mon coeur. Bien vite sous le charme,
Je n’ai plus alors su le rejeter dehors.
Car c’est ainsi, un chat : sous un fragile abord,
Un vrai ensorceleur ! Vous n’avez aucune arme

Pour lutter contre lui, contre ses sortilèges.
Il a tous les atouts, c’est un grand séducteur,
Sachant ouvrir pour vous le domaine enchanteur
D’un monde énigmatique, avec tout un cortège

De signes mystérieux, de tendresse donnée
Seulement s’il le veut ! Petit sphinx sibyllin
Et terrible enjôleur, le tout petit félin
M’a mise sous sa coupe et m’a embobinée !

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Le cadeau de Mimi

Chat

Ma maîtresse exagère. Et bien mal m’en a pris
De lui faire un présent ! Car elle vient encore
De remettre dehors la minable souris
Attrapée au jardin près de la mandragore

Pour la lui apporter avec moulte tendresse
Et la mettre à ses pieds avec beaucoup d’amour.
Elle a poussé un cri, et puis – oh, la traîtresse !
M’a reclus au cellier fermé à double tour.

Pas la première fois que je me fais avoir !
Elle a pris un balai pour chasser la bestiole…
Rien qu’en fermant les yeux, il me semble la voir
La pousser dans la cour pour qu’elle batifole

En se foutant de moi, bien loin de mes sévices
Et de ma cruauté. Après, décolérant,
Elle n’y verra plus qu’une sorte de vice
Envers lequel il faut être un peu tolérant,

Et me fera sortir ! Mais j’aurais bien mieux fait
De croquer mon butin ! Ma maîtresse est bizarre,
Qui mange du poulet et de l’agneau de lait
Sans se considérer comme un monstre barbare !

Et moi, pour un mulot, tel un croquemitaine,
J’aurai été parqué au fond d’une prison…
Lors d’une autre battue que j’espère prochaine,
Je commettrai mon coup bien loin de la maison !

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