Archives pour la catégorie “Zooland”

Un oiseau turlutute en haut du cerisier :
Un oiseau minuscule et pas plus grand qu’un pouce,
Avec une queue bleue et des ailes si rousses,
Si tachetées de feu qu’elles semblent flamber.
Un oiseau minuscule et pas plus grand qu’un pouce,
Mais qui fait un raffût capable d’éveiller
Tout ce qui dort encor à l’entour du verger ;
Un petit rien du tout, avec une frimousse
Percée d’yeux scintillants comme des grains de jais
Qui brillent au soleil de ce début d’avril.
Un oiseau chantant faux, dont le chant horripile,
Mais que nous ne saurions faire taire ou chasser
Tant il est enivré par le nouveau printemps
Dont on n’espérait plus qu’il reviendrait un jour…
Peut-être, titoiseau, est-ce ton chant d’amour
Que cet air tout rouillé qui couine en grinçant ?
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Portée par l’Ubayette, une flèche d’argent
File comme un éclair entre les pierres grises :
Un monstre tavelé qui glisse en descendant
Le fil pur du courant qui bouillonne et qui frise,
Glacé et rebroussé par le souffle du vent.
C’est une énorme truite aux flancs couleur d’étain,
Qu’on implanta jadis dans le lac tout là-haut
Avec d’autres poissons. Mais pas un seul Humain
Ne pourrait l’attraper, même quand le niveau
Est si faible en été qu’il faut pour s’y cacher
La ruse et l’expérience exercée d’un vieillard !
Truite-mathusalem et tellement âgée
Qu’aucun pêcheur sensé ne voudrait jamais croire
A son âge incroyable ! On l’a déjà pêchée
Il y a bien longtemps ; elle était trop petite
- Alevin minuscule – et on l’a rejetée :
Poids bien trop exigu et taille trop réduite !
Elle ricanerait si les poissons riaient…
Elle va vers l’Ubaye. Sa large bouche bée,
Toute pavée de dents aiguës comme harpons.
Un requin de torrent tout prêt à avaler
N’importe quelle proie ! Mais pas cet hameçon
Entortillé d’un vif qui ose la narguer…
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Poème illustré par un tableau de :
Lilian Angelin
http://www.lilianangelin.wordpress.com
L’aurore aux doigts d’argent a posé sur l’étang
Des reflets irisés. Il est vraiment très tôt,
Et l’on entend encor coasser un crapaud
Amoureux de la lune amincie en croissant
De presque rien du tout. Il a la voix cassée
A force de beugler son amour à tous vents
Et fait un bruit d’enfer. Sa grand’bouche qui bée
Emet des sons affreux dans le matin naissant.
L’été est tout nouveau ; les nuits sont toujours fraîches
Et piquetées d’étoiles clignant sur le ciel
Comme les yeux d’Argos. La terre déjà sèche
Exsude des odeurs de cédrat et de miel
Dans les petits jardins fleuris comme l’Eden.
Le soleil imprécis flouté par de la brume
Envahit la grand’rue qui dort à Ventabren
Et en boute en vainqueur tous les rayons de lune.
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Poème illustré par un tableau de :
Amedeo Modigliani
(1884-1920)
La rousseur lui va bien, et son teint piqueté
D’éphélides dorées a la blancheur du lait.
Visage auréolé d’une rouge crinière,
Et longs yeux d’ambre blond tacheté de lumière,
Elle est la plus jolie des filles de Venelles,
Mais paraît ignorer à quel point elle est belle
Car sa beauté n’est pas celle des filles d’ici :
La rousseur ne sied point au soleil du Midi
Qui rayonne trop fort pour sa délicatesse.
Toujours accompagnée par sa chatte Caresse
Aussi auburne qu’elle, elle fuit les humains.
D’allure un peu furtive, on dirait qu’elle craint
Quelque chose ou quelqu’un ! Car elle a tellement
Essuyé de lazzi quand elle était enfant
Qu’elle ne se lie pas. Sa chatte est son amie :
Aussi rouquine qu’elle et tout aussi jolie,
Elle est parfaitement sa réplique animale.
Caresse et Coralie : sous le ciel provençal,
Deux êtres de lumière et roux comme le feu,
Accordés et amis par la grâce des dieux.
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Poème inspiré par une idée de :
Karine Szczepaniak
(voir dans les Liens)
Faustine la sardine a des peines de coeur !
Joli fuseau d’étain identique à ses soeurs,
Elle vit en famille en Méditerranée,
Mais l’élu de son coeur ne peut la remarquer
Car elle n’est qu’un rien parmi ses congénères !
Errant deçà-delà au sein bleu de la mer,
Elle a parfois le blues : petit poisson infime
Juste bon à nager, tellement anonyme…
Mais elle réagit ! Et pour tout oublier,
Elle entraîne son banc en un bal effréné
Tourbillonnant en mer, tel un vol d’étourneaux
Dans le ciel du Midi. Comme un poisson-oiseau,
Faustine consolée mène la sarabande ;
Et tel un long foulard, l’ondoyante guirlande
De sa communauté se déploie et divague
En arabesque argent qui valse au creux des vagues.
Le long banc de poissons danse en virevoltant,
Volte-face par-ci, demi-tours en virant !
Faustine la sardine a retrouvé la pêche…
Avant qu’un malotru marseillais ne la pêche !
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Chaque année, début juin, il revient à Lambesc,
Comme s’il lui avait fixé un rendez-vous
Pour y passer l’été. Avec son chapeau mou,
Son éternel tee-shirt gribouillé d’arabesques,
Ses baskets éculées et son vieux jean usé,
Il est toujours pareil ! Est-ce bien son vrai nom ?
Il veut que tout le monde l’appelle Léon,
Plaisante tout le temps et ne se plaint jamais.
Chaque année, début juin, nous le retrouvons là,
Assis devant l’église sur son bout de tapis
A mendier quelques sous, son chien auprès de lui.
A bien l’examiner, sa vie ne varie pas,
Sa vie de SDF si étrange pour nous.
Nous n’avons jamais su où il passe l’hiver,
L’automne ou le printemps. Toujours gai, toujours vert,
Avec pour seul ami son énorme chien-loup.
C’est par un beau matin clair et ensoleillé
Qu’on a trouvé Léon couché sur son tapis,
Le chien pelotonné contre son corps raidi ;
Et certains parmi nous se sont mis à pleurer.
Il était très très vieux ; cela nous l’ignorions.
Le beau temps semblait vain ; l’homme allait nous manquer !
Nous aimions bien son chien ; nous l’avons adopté
Pour pouvoir honorer son curieux compagnon.
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ll est né dans les fleurs au début du printemps :
Un très joli cabri, farfadet bondissant
Et monté sur ressorts tout comme un automate.
Il est tellement vif que son ardeur épate
Même ses compagnons et compagnes d’herbage.
Un feu follet tout blanc qui dévale l’alpage
Tel un pitre excité aux mille pirouettes.
Il est très jeune encor et sur sa jolie tête
Deux embryons cornus pointent timidement.
C’est un chevreau coquin, un petit insolent
Que nul ne peut gronder quand il fait des bêtises,
Laissant le berger coi, même quand il s’avise
A exciter les chiens à force d’impudence.
Biquet cabriolant dans un pré de Provence,
Et grimpant et courant partout dans les rochers,
Il ne se sent content que quand il est perché…
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Une pluie fraîche et drue et qui tintinnabule
Vient soudain titiller les tout premiers bourgeons.
Une pluie musicale et qui sème des bulles
Sur l’eau de la fontaine où tournent trois poissons
Attendant une ondée comme tout le village,
Assoiffé lui aussi depuis fin-février.
Joli sanglot d’argent qui pleure des nuages,
L’eau qui tombe du ciel crépite sur Peynier
Et remplit la fontaine à demi asséchée.
C’est la fête aux poissons ; et la fête des plantes
Recouvrant leurs couleurs, comme lavées de frais.
Une pluie de printemps, toute pétaradante
Qui crible le bassin de milliers d’étincelles,
De cercles argentins. De grandes giclées d’eau
Affolent les poissons qui tournoient de plus belle
Sous la pluie cristalline au clair pizzicato.
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Au Sauze, tous les soirs, dans la rue du village,
Se déroule un spectacle vraiment inouï :
Goupil le chapardeur, au culot infini,
Continue* son manège effronté et peu sage
En s’empiffrant gratis dans la grande poubelle.
Oui, en pleine saison ! On aurait pu penser
Que tout ce va-et-vient l’aurait rendu sensé,
Qu’il prendrait ses quartiers, fuirait à tire d’aile
Dès les congés d’hiver. Bernique, point du tout !
Malgré tous les fêtards qui rentrent dans la nuit,
Le joli renard roux, impassible, poursuit
Son souper délicieux : réveillon de minuit
Tous les soirs que Dieu fait, sous les yeux effarés
Des vacanciers surpris qui n’en croient pas leurs yeux !
Pourvu, petit renard, qu’un immonde vicieux
Ne tire pas parti de ta naïveté
Et n’en profite pas pour venir te tuer !
Que le bon Dieu te garde, adorable bestiole !
Continue tes festins ; gave-toi, batifole ;
Et viens t’en chaque soir pour mieux nous amuser…
Tu n’as pas peur de nous : n’est-ce pas merveilleux ?
On ne t’a donc pas dit trop de mal des Humains
Dans ton monde animal ? Alors va ton chemin
De joyeux resquilleur roublard et facétieux…
* Voir le poème du 13 novembre : « Grivèlerie »
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Un tout petit oiseau qui sifflote sans trêve
Sur l’arbre de la cour est venu me conter
Que sous le sol durci la terre boursouflée
Est prête à éclater, toute gorgée de sève.
Peut-être dit-il vrai, car il y a dans l’air
Comme un je-ne-sais-quoi d’aimable et guilleret ;
Le mistral assagi s’est fait bien plus léger
Depuis la saint Joseph. Du chiendent dur et vert
Commence à transpercer le gravier du chemin
Stérile et desséché ; c’est de la vie qui naît
Et renaît constamment, costaude et obstinée
Depuis l’aube des temps, dans ce bout de jardin.
Les bourgeons sont gonflés, sur le point d’exploser.
Cette fois, ça y est : c’est vraiment le printemps
Qui s’en vient tout booster avec son joli temps !
Le tout petit oiseau ne m’avait pas trompée !
Plus loin dans un berceau un autre gazouillis :
Un enfançon baigné par le nouveau soleil,
Tout-petit de trois mois, gigote et s’émerveille.
Un oiseau, un bébé, qui tous les deux pépient…
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Souples comme les algues qui sont leur berceau,
Ils tournent, virent, vont dans les eaux cristallines
De la mer qui balance. Et leur ombre arlequine
Virevolte en dansant, tout comme les oiseaux
Dans l’ailleurs bleu, là-haut. Eux aussi ont des ailes :
Leurs nageoires aiguës dans l’onde frémissante
Chauffée par le soleil de l’aube renaissante
Qui transperce la mer et qui tombe du ciel.
Rayurés de doré, d’indigo et de gris,
Ils tournoient tous ensemble et nagent sous l’eau bleue ;
Ils forment un ballet en valsant, queue leu leu,
Pivotant en cadence, et puis soudain s’enfuient,
Comme ça, sans raison ! Ils sont déconcertants ;
De bien jolis poissons aux couleurs arc-en ciel,
Si joliment striés qu’ils semblent irréels,
Menant leur farandole au fil clair du courant.
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Peluche de Folkmanis
Le petit Alexis a un joli doudou,
Un très joli renard à la douce fourrure ;
Peluche dorlotée qu’il emporte partout,
Qu’il aime tendrement, presqu’avec démesure !
C’est un curieux pastiche, un parfait faux-semblant
Que ce gentil goupil qui a tout à fait l’air
D’un animal réel. Et peu chaut à l’enfant
Son immobilité qui n’est qu’imaginaire
Puisqu’il est un secret qu’ignorent tous les grands :
Le doudou peut parler et se mettre à bouger
Dès qu’ils sont tous les deux ! Le renard est vivant
Malgré son inertie ; seul Alexis le sait !
Et quand la lune est là, au mitan de la nuit,
La peluche et l’enfant s’en vont se promener
Dans la lande endormie sous l’astre bleu qui rit
De les voir si heureux… Comment donc s’étonner
Que le vilain pitchoun ne puisse se lever
Pour aller à l’écol(e) comme tous les enfants ?
Qu’il s’y ennuie si fort, impatient de rentrer
Pour pouvoir retrouver son goupil qui l’attend ?
Car le monde d’Alex est tellement plus vrai
Que le monde réel ! Il aura bien le temps
De tout prendre au sérieux… Puisse-t-il donc rêver
Encor à la folie puisqu’il n’a que quatre ans !
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Alpos et Astreos, deux monstrueux molosses,
Regardaient s’affairer les boueux du Sausset,
Quand, tombant de la benne, un énorme nonosse
S’en vint doucettement rouler jusqu’à leurs pieds.
D’un bond prodigieux, les deux dogues sautèrent,
Enragés de désir, sur la proie convoitée.
Goinfres devenus fous, bientôt ils s’acharnèrent
A se cogner dessus ; et ils se castagnaient
Comme deux forcenés quand un chien bien normal,
Un bon bougre de chien et qui passait par là,
Vit l’objet du litige : une aubaine, un régal
Qu’il saisit aussitôt, pas si bête que ça !
Il repartit faraud, nonosse dans la gueule,
Pendant que les crétins continuaient leur guerre !
Voilà ce qui arrive à quiconque s’engueule
Pour avoir le pouvoir ! Pas idiot le pépère
Qui sut bien profiter de leur stupidité !
Le nonosse tomba tout rôti dans son bec
Sans qu’il ait rien à faire que le ramasser…
Ne connaissez-vous pas de célèbres blancs-becs*
Qui à se battre ainsi ont un jour tout perdu ?
Que la poisse balaie de tels hurluberlus !
*Ca ne vous rappelle rien ?
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Poème illustré par un tableau de :
Coralie Zabo
www.galerie-creation.com
J’aimerais bien un jour devenir un oiseau,
Un bel oiseau d’avril qui va s’égosillant
De toitures en bois et d’arbre en arbrisseau ;
Un bel oiseau tout neuf, né du nouveau printemps,
Qui saurait apprécier avec ses yeux tout neufs
Les jardins colorés par mille fleurs nouvelles.
Egrillard et coquin sitôt sorti de l’oeuf,
Je ne songerais plus qu’à trouver une oiselle
Voletant et chantant de garrigue en côteau,
Plumes ébouriffées et couleur arc-en-ciel.
Je serais amoureux, et monterais là-haut,
Jusqu’au faîte du ciel, dansant à tire d’aile,
Léger comme une bulle et pétillant de vie ;
Puis plongerais soudain, les ailes écartées
Et le jabot gonflé pour épater ma mie.
Point besoin d’être humain pour bien fanfaronner !
J’aimerais bien un jour renaître en oiselet,
Si le Ciel me permet une seconde chance !
Une grive, un moineau ou même un roitelet…
Pourvu qu’On me renvoie quelque part en Provence !
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Il y a un renard, rouquin et tout dodu,
Qui s’en vient tous les soirs manger dans la poubelle.
Il a un toupet fou, et fait un tel raffût
Qu’il pourrait rameuter tous les gens de l’hôtel…
S’il y avait quelqu’un ! Mais il n’y a personne :
Il est encor trop tôt, les pistes sont fermées,
Et c’est du black-out que le Sauze résonne !
Car la neige attendue n’est pas encor tombée.
Il y a cependant quelques sacs dans la benne :
C’est assez pour Goupil qui se remplit la panse
En venant chaque nuit jouir de cette aubaine.
Goinfre, goulu, glouton sous la lune qui danse
Entre les nues cuivrées, agitées par l’automne,
C’est un bel animal au pelage châtain,
Avec une lueur au fond de ses yeux jaunes :
Le reflet du bien-être d’un ventre bien plein ?
Profites-en, bonhomme ! Il n’est pas loin l’hiver
Et les hordes du ski vont bientôt déferler !
Oseras-tu encor profiter en pépère
De toutes ces denrées saturées de danger ?
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