Archives de catégorie : Zooland

Trois oiseaux sont posés…

Trois oiseaux sont posés sur un fil électrique,
Trois tout petits oiseaux légers comme trois plumes ;
Des plumes colorées où le couchant allume
En pétillement d’or des flammes symétriques.

En voici cinq en plus qui viennent se percher
Sur le fil du dessous. Leur petit corps habile
Reste pour le moment tout aussi immobile
Que celui des premiers, fermement accrochés

A ce curieux perchoir, alignés bien en ordre
Sur les fils bien tendus. Puis de nombreux amis
Rallient leurs commensaux qu’on dirait endormis
Tant ils semblent passifs, ignorants du désordre

Qui secoue la grand’ville houleuse en contrebas.
Le long réseau des fils dessine une portée
Sur le ciel marseillais. La troupe déportée
Du fond de l’horizon qui rougeoie tout là-bas

Pépie à qui mieux mieux la chanson dessinée
En notes emplumées par tous les petits corps ;
Un chant revigorant faisant fi de la mort
A l’affût sur la voie qui leur est destinée

Pour rejoindre le Sud. De tout petits oiseaux
Obligés par l’automne à bientôt s’envoler :
Une partition vive et gaie pour survoler
Des terres redoutées et de lointaines eaux.

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Massacre

Poème illustré par un tableau de :
Annie Rivière

Ces foutus Saints de glace ont flingué mon jardin !
S’éveillant en fanfare avec moult allégresse,
Mes roses ranimées tendaient avec ivresse
Leurs tout premiers bourgeons au soleil du matin

Quand soudain, patatras ! Leur feuillage pendouille,
Et mes autres semis n’ont plus très fière allure
Après ce coup de gel, tout comme la ramure
Du vieux micocoulier. Les trois vieilles fripouilles

N’ont pas raté leur coup en visant ma maison
Egayée par ces fleurs dont elle était si fière
Et qui gommait son air de vieille douairière !
A cause de ce froid qui n’est pas de saison,

Redevenue guindée, avec son air austère
De couvent buriné par la pluie et les ans,
Il a suffi du gel et d’un grand coup de vent
Pour ruiner tout ce qui la rendait moins sévère

Et moins assujettie à l’usure du temps.
Il va falloir trier, ou replanter des plantes
Pour tout recommencer. Qu’elle se ré-enchante
D’être ainsi rajeunie par l’éclat du printemps.

Mais c’est sûr que bientôt elle s’en va renaître ;
Sous la poutre du toit, le nid des hirondeaux
Est prêt à accueillir de tout nouveaux oiseaux.
Lundi, mardi, demain ? Ou bien jeudi, peut-être…

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L’ami-miniature

Un jour, j’ai ramassé dans le fond du jardin
Un minuscule oiseau. Il battait dans ma main
Comme un cœur délicat ; le petit cœur tout chaud
D’une vie bien fragile. Un tout petit moineau

Touchant comme un sanglot, qui n’était plus qu’un souffle.
Un destin sur sa fin, une vie qui s’essouffle
Et qui, sans un soupir, commençait à mourir.
Il fallait tout d’abord tenter de le nourrir !

J’ai mis à détremper du pain frais dans du lait,
Lui ai mis dans le bec : il a tout avalé !
Puis un léger frisson a hérissé ses plumes.
Un souffle qui renaît, la vie qui se rallume…

Je l’ai rentré au chaud, l’ai mis dans une boîte
Pas plus grosse qu’un doigt, jusqu’à ce qu’il s’ébatte
En tentant de tester ses deux esquisses d’ailes.
Je l’ai gardé un temps pour qu’il se remodèle

Un petit corps tout rond, juste un peu plus costaud.
Mais il lui fallait bien s’en retourner là-haut!
Alors je l’ai lâché d’un geste solennel
Pour qu’il rejoigne enfin les confins de son ciel.

Se souvient-il de moi ? S’il revient, je suis sûre
Que mon petit ami – mon ami-miniature !
Me flûtera sitôt une douce chanson ;
Et nous la sifflerons tous deux à l’unisson.

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Le vieux chien sur la plage

La Méditerranée musarde sur la plage,
Sereine et bleu marine, aussi calme qu’un lac.
Mousseux et argenté, c’est tout un entrelacs
De légers cheveux d’ange, un lacis de nuages

Qui flotte dans le ciel : on dirait un tableau !
Il est vraiment très tôt et il n’y a personne,
Sauf un gros chien pelé dont les abois résonnent
Dans le petit matin, presque jusqu’au Prado.

Il se traîne, épuisé, sur la plage déserte.
Qui a abandonné ce malheureux clébard
Sur la grève à Marseille ? Il faut être un connard
Pour l’y avoir laissé ! Tous les sens en alerte,

Il aboie, mais en vain. Il a soif, il a faim…
Toute cette eau à boire… et pourtant imbuvable !
Son sort est si cruel, tellement pitoyable,
Qu’il vous ferait douter de tout le genre humain !

Il ne sait où aller, mais il vaut mieux peut-être
Qu’il erre sur la plage : il n’y redoute rien
Du trafic matinal, de tout ce va-et-vient
Des gens et des autos. Peut-être que son maître

Se morfond lui aussi, seul et désespéré
D’avoir perdu son chien ? Qui dit qu’une bêtise
Ne l’a pas fait sortir sans qu’on l’y autorise ?
On ne l’a pas laissé ! Ce ne peut être vrai !

Haletant et à bout, le vieux corniaud s’allonge
Près de l’eau bleue qui bat, diffusant sa fraîcheur
Au sable humide et dur. Avec moulte douceur,
La Méditerranée qui le lèche le plonge

Dans un profond sommeil enfin réparateur.
Et bercé par l’eau bleue qui clapote et balance,
Le pauvre chien perdu sent sa vie en souffrance
S’envoler doucement vers un monde meilleur.

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Début d’automne au Sauze*

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

Au fond de la vallée un voile de brouillard
Palpite sur l’Ubaye. L’air sent déjà l’automne.
La montagne a roussi, et presque chaque soir
Sur ses pentes herbues de longues vapeurs jaunes
S’effilochent au vent sous un soleil blafard

Qui semble avoir compris que c’en est bien fini
De son règne estival et de sa prépotence.
La lumière s’accroche aux mélèzes jaunis
Plantés tout de guingois, et leurs hautes potences
Se détachent en noir sur le ciel infini

Où passent en criant des oiseaux inconnus.
Il fait un peu frisquet. Il n’y a plus personne
Dans les bois encor verts aux sentiers biscornus
Errant de-ci de-là. Et le torrent d’eau jaune
Bondissant jusqu’au bas de tristes rochers nus

N’est plus qu’un ruisselet tant il est maigrelet.
Les chalets délaissés n’ont plus l’air bien joyeux :
Les gens en s’en allant ont fermé leurs volets,
Et l’on dirait vraiment qu’ils leur ont clos les yeux,
Surtout quand il fait nuit, sous le ciel étoilé.

N’ayant plus à charmer, le village se tait.
Seul un renard** trottine au milieu de la rue,
Hantant avec confiance un Sauze* déserté
Où toute vie paraît tout à coup incongrue.
Tout le monde est parti, c’est la fin de l’été.

* Le Sauze : jolie station des Alpes de Haute-Provence
** C’est la mascotte du Sauze, dont il adore les poubelles

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La routinière

Dans le salon tic-taque une très vieille horloge.
Tout le monde est absent, il n’y a que ce bruit.
Le feu s’y est éteint, et seule une souris
Y baguenaude en paix, car nul ne l’en déloge

Du matin jusqu’au soir : les Camici travaillent.
L’on n’entend vraiment rien, hormis ce battement
Saccadé et rythmé qui fractionne le temps.
La souris court partout car la faim la tenaille,

Fouinant en tout lieu pour trouver une miette
Oubliée sur le sol ; le bruit très régulier
Du balancier qui bat ne peut pas l’effrayer :
Il fait partie d’un tout pour la petite bête !

Cependant, aujourd’hui, quelque chose est étrange :
Comme on était pressé, l’on en a oublié
De remonter l’horloge, et cet irrégulier
Tic-tac trop bien  heurté tourneboule et dérange

Le petit animal. Cadence distordue,
Chocs inaccoutumés comme lestés d’un frein
Pour le vieux balancier… L’habituel train-train
En est tout perturbé ! C’est la fuite éperdue

De la bête affolée et qui se précipite,
Vive comme un éclair, dans un sombre recoin.
Ce changement bizarre, elle n’y comprend rien !
Elle est terrorisée par ces sons insolites

Différents de ce bruit dont elle a l’habitude !
Il lui faudra du temps avant de ressortir,
D’autant que le tic-tac vient juste de mourir !
Une vie de souris, c’est parfois très très rude…

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Jalousie

Pourquoi donc cet intrus prend-il ma place au lit
Quand il vient voir Marion ? Pourquoi ces petits cris
Qu’elle pousse parfois pendant qu’il la câline
Alors que je suis seul, reclus dans la cuisine ?

Pourquoi met-il parfois sa tête dans son cou ?
C’est ma place attitrée et j’en souffre beaucoup
Car j’ai moins de bisous et bien moins de caresses
Quand cet hurluberlu s’en vient voir ma maîtresse !

Pourtant il m’aime bien, voudrait me le prouver
Par un tas de mamours. En chat bien élevé
Je tente d’accepter, mais vraiment, rien à faire !
Qu’il me fiche la paix, qu’il vaque à ses affaires,

S’en retourne chez lui ! N’a-t-il donc point de chat !
Pourquoi perturbe-t-il ma vie de vieux pacha ?
Le griffer et le mordre ? Oh, que ça me démange !
J’en ai la queue qui bat… Car est-ce qu’on dérange

Un couple chat-maîtresse, un merveilleux amour
Qui pour moi était fait pour perdurer toujours ?
Les hommes tels que lui sont une sale engeance…
Il me semble pourtant que je tiens ma vengeance :

Je viens juste à l’instant de prendre une souris
Et, par le Dieu des chats, la chance me sourit :
Il y a au salon l’une de ses chaussures
Où j’ai mis la bestiole. Une hypothèse sûre,

C’est qu’il va sûrement le prendre très très mal…
Eh oui ! Il a perdu l’arrogance du mâle :
En poussant de grands cris, il s’est rendu stupide
Aux yeux de ma maîtresse… Un dénouement rapide,

Elle a flanqué dehors le minable froussard
Aux airs de matamore. Elle l’a laissé choir
Dans la minute même, et j’ai repris ma place
Auprès de ma princesse ! Un roi dans son palace…

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