Saint Arnoux

Ecoutez bien l’histoire étrange et horrifique
Dont on nous a juré qu’elle était véridique :
Du pauvre comte Arnoux que prient les Hauts-Alpins
Un affront fallacieux  fit autrefois un Saint.

Il était amoureux de sa femme, si belle
Qu’à sa pure beauté ne manquaient que des ailes
Pour être le portrait d’un ange du Bon Dieu.
Mais las ! Le pauvre Arnoux était parfois odieux

Tant il était jaloux de chacun sur ses terres …
Il s’en fut un matin fort loin pour ses affaires ;
Sitôt la jeune femme invita ses parents
Pour ne point se sentir trop seule en l’attendant.

Par infini respect  leur offrit donc le lit
Confortable et douillet où elle et son mari
S’endormaient chaque soir. Mais son époux rentra
Bien plus tôt qu’attendu, et il vit dans le noir

Deux silhouettes nues étendues sur sa couche.
Bâillonnant de la main leurs misérables bouches,
A grands coups de rapière il les clouait au lit
Quand sa femme accourut en poussant de hauts cris :

Les prenant pour sa femme et un beau chevalier,
C’est son père et sa mère qu’ils avait trucidés
Et tous deux égorgés comme des animaux !
Il se rua dehors sans proférer un mot

Et depuis lors vécut tout seul dans la montagne,
Suppliant le Seigneur de pardonner sa hargne ;
Dans les gorges du Loup, tout au fond d’une grotte
Qui s’entr’ouvrit à lui et dont il devint l’hôte

Il vécut en reclus tout au long de ses jours
En prodiguant à tous ses soins et son amour.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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