Le crapaud satisfait

Crapaud sous la lune

 

 

 

 

 

 

Dans le fond du jardin, il y a une mare
Peu profonde et moussue où je suis vraiment bien ;
Sachant me contenter de pratiquement rien,
Je mène volontiers la vie étrange et rare

D’un crapaud disgracieux aussi moche qu’un pou.
Je suis fort isolé ; si personne ne m’aime,
Mon attrait pour autrui est à peu près le même :
Je vis donc bien ainsi, peu me chaut ce dégoût !

Il y a très longtemps, au temps de ma jeunesse,
J’étais un fort bel homme et un prince charmant ;
Et seule une nana fort stupide et m’aimant
Assez pour m’embrasser chasserait ma détresse…

Mais je ne le veux point car ma vie me convient.
Quelques mouches par-ci, un moustique par-là,
Une dame crapaud pour de tendres ébats !
Que demander de plus ? Je suis un batracien

Et je m’en satisfais. Si je vois une femme
Rôder non loin d’ici, j’effectue un grand bond
Et me cache illico sous les rhododendrons.
Nul tourment, nul chagrin, nul embarras, nul drame !

Pourquoi donc changerais-je ? Où être mieux qu’ici ?
Qui croirait qu’un crapaud qui coasse à la lune
Puisse être aussi heureux sous la lumière brune ?
Je suis l’hôte enchanté d’un monde sans soucis…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
Ce contenu a été publié dans A la maison, Contes, Zooland. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire