Le miracle

Janvier avait été terrifiant en Provence ;
Il avait tout détruit, et le mistral en transes
Venu à la rescousse l’y avait bien aidé.
Les plantes de l’été saccagées, dévastées !

Dans une plate-bande un bâton biscornu ;
Un tortoir maigrichon piqué dans le sol nu
Desséché par l’hiver de mon pauvre jardin ;
Le gel étant passé, il n’y restait plus rien

Que ce machin tout sec. Un bout de bois minable,
Un piquet disgracieux tout à fait méprisable.
Qui l’avait planté là ? Je ne m’en souviens plus !
Un bâton inutile et sans plus de vertu

Qu’une pierre stérile. Et j’allais l’extirper
De méchante façon quand j’en fus empêchée :
Sur l’écorce verdâtre, un léger renflement !
Je n’y touchai donc plus car j’avais bien le temps…

Deux ou trois jours après naissait un gros bouton !
Je n’osai pas penser que c’était un bourgeon !
Comment aurait-il pu…? Mais si ! C’était bien vrai
Car il poussa, poussa, sous mes yeux effarés…

A la fin-février, c’était un arbrisseau
Fleuri à la folie, et où tous les oiseaux
Du canton gazouillaient avec force babil !
Le printemps triomphant né d’un bâton stérile !

Depuis c’est un gros arbre où fourmille la vie
Et qui n’a pas de nom, mais qu’on appelle : « Ami » !

 

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits « classiques », pratiquement tous voués à la Provence.

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