Le cochon d’Antonin

Antonin acheta au marché de Coudoux
Un joli porcelet tout rose et tout dodu :
Un tout petit bébé, avec un nez pointu
Comme un nez parisien, bien retroussé du bout.

Tout d’abord le cochon pensa qu’on l’adorait
Car il était traité comme un roi : des patates,
Des choux et de la viande, et des restes de pâtes…
Il n’était pas nourri, non ! Il était gavé.

Il devint plantureux et tout bardé de lard,
Tant qu’on venait le voir de tous les alentours.
L’Antonin le palpait et lui faisait la cour
Avec beaucoup de soin, le couvant du regard…

Un jour que le cochon savourait son bonheur,
Il vit soudain son maître entrer dans son enclos,
Ecumant comme un fou, brandissant un couteau.
Il y avait dans l’air comme un goût de malheur !

Affolé, acculé face à l’infâme brute,
Le porc terrorisé s’élança vers le mur
Où son nez s’écrasa ! Mon Dieu que c’était dur !
Il s’ensuivit alors une terrible lutte…

Mais le cochon gagna et il prit le maquis,
Une épaisse garrigue où il vécut longtemps
Marié à une laie. Mais hélas ! ses enfants
Furent les héritiers de son nez aplati…

Tous les porcs ont depuis cette étrange figure,
A cause d’Antonin et de sa cruauté :
Vouloir ainsi changer un ami en pâté !
Puisse le Ciel un jour punir la forfaiture…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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