La fausse morte

 

Rose de Pézenas* venait de se marier
A tout juste vingt ans. Elle aimait son mari,
En était fort heureuse, attendait un bébé,
Jusqu’au jour où la Mort, se trompant, la saisit :

La belle dégustait un fruit – un abricot,
Quand elle devint bleue, gémit et s’écroula,
Etouffée bêtement par l’énorme noyau.
Monsieur de Pézenas assommé s’effondra

Dévoré de douleur. Puis revenant à lui,
Il demanda sitôt que la charmante morte
Qu’il aimait tendrement soit lors ensevelie
Dans sa plus belle robe. Et aussi qu’elle porte

Le collier somptueux qu’il lui avait offert.
La famille éplorée s’en vint pour l’enterrer
Et on la conduisit au triste cimetière,
Fraîche comme une fleur en robe de mariée.

Mais l’on avait appris que la belle comtesse
Portait autour du cou sa plus jolie parure
Enchâssée de cailloux de la plus belle espèce :
D’énormes diamants bleus sertis dans de l’or pur…

Quelques heures plus tard, Jacques le fossoyeur
Profanait le tombeau pour le cambrioler.
Il volait le collier quand Rose par bonheur
Sortit de pâmoison tant il la malmenait ;

Recrachant le noyau, elle se réveilla :
L’homme en la rudoyant l’avait ressuscitée…
Elle eut un bel enfant que chacun appela :
« Le pitchoun qui mourut avant que d’être né »

* On peut voir sa tombe au cimetière de La Seyne-sur-Mer

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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