Archives pour la catégorie “Questions ?”

Ralentie par le poids de sa pauvre carcasse
Si lasse et engourdie par la fin de sa vie,
Une dame trottine, et ses pas tout petits
Laissent sur le chemin la dérisoire trace

D’un destin minuscule. Elle n’est plus grand’chose ;
Elle est seule, elle est vieille, et semble n’avoir plus
Aucune identité. Comme vivent les roses,
Elle fut éphémère ; elle n’a rien vécu.

Appuyée sur sa canne, elle va lentement
Et la foule l’évite en respectant son âge.
Le temps a dilué les traits de son visage,
Sa joliesse d’antan a fui avec les ans.

Un destin anodin, pas grand’chose à conter !
Une petite vie sans beaucoup d’importance
Qui ne laissera rien. Ni excès ni outrances,
Et des jours tous pareils au long de tant d’années…

C’est pourtant une étoile issue du vaste ciel ;
Un lumignon léger tout aussi important
Pour le Destin humain que d’immenses talents ;
Une existence rare et portée par les ailes

De la vie qui palpite au sein de l’Univers…
La vieille dame va, suivant comme elle doit
Le reste du chemin. Elle n’a pas le choix,
Mais sent qu’elle est menée vers l’ultime lumière.

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Auguste Renoir
(1841-1919)

C’était un homme heureux sans tourments ni soucis,
Qui croyait ordinaire et normale sa vie ;
Il ne profitait pas assez de sa famille,
Son épouse Laura et ses petites filles.

Peut-être son travail avait-il plus d’attraits ?
Tout au moins jusqu’au jour où tout s’est effondré
Dans une horreur sans fond vraiment imprévisible.
De beaux jours fracassés culbutant dans l’horrible…

Il s’en est fallu juste d’un petit moment ;
Quelques mètres de plus, et ce camion dément
N’aurait pas écrasé la petite voiture :
Un grand choc, un fracas, mille déchiquetures…

Le Hasard a soudain baissé l’interrupteur
Qui régit chaque vie. On/off… Et le malheur
A sitôt chamboulé des destins bien réglés ;
En un infime instant son monde a basculé ;

Il s’est retrouvé seul, passant du blanc au noir,
Dévoré du regret de n’avoir pas su bien voir
Que sa simple existence était un paradis.
Il cherche maintenant un vrai but à sa vie…

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Guesmaz 

Monstres dégingandés égratignant le ciel
Et buildings élancés oscillant dans le vent,
C’est une ville-pieuvre qui croît en détruisant
La campagne blessée à coups de tracto-pelles.

Elle est faite de traits verticaux et de tours
Raides dans leurs carcans opaques et lustrés
Et reflètant un ciel âpre et désespéré.
Tout n’est plus que béton à des mille alentour.

Elle a jailli un jour avalant la lumière,
Amas de blocs hideux et de gros parpaings gris
Qui penchent de guingois sur l’eau terne et pourrie
Où du fuel irisé empègue la rivière.

Mais parfois l’arc-en-ciel se déploie sur les rives
Et l’eau miroite au pied des grands vaisseaux d’acier.
Le port ressemble alors au monde enluminé
D’avant ce monde fou qui vogue à la dérive.

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Depuis une semaine elle était épuisée ;
Elle n’en pouvait plus de son corps ravagé
Quand après une sieste, ayant ouvert les yeux,
Elle se retrouva en un étrange lieu :

C’était un corridor tout lambrissé de gris
Filant à l’infini, dont Ariane comprit
Qu’il lui faudrait le suivre en dépit de sa peur…
C’est ce qu’elle faisait depuis de longues heures

Sans savoir ni saisir où cela la menait,
Quand elle eut l’impression que son pas s’allégeait,
Qu’elle se sentait mieux qu’au début du chemin :
Son dos se redressait, et la peau de ses mains

Recouvrait peu à peu sa blancheur juvénile.
Son vieux corps oubliait ce long hiver sénile
Où il se morfondait depuis bien trop longtemps ;
L’air qu’elle respirait avait goût de printemps…

Elle allait d’un bon pas, vigoureuse et accorte,
Quand elle entr’aperçut enfin une grand’porte
Tout au fond du couloir : auréolée d’argent,
Peinte comme un nuage et d’un blanc éclatant.

Quand elle la poussa, elle fut aveuglée
Pendant un court instant. Puis ses yeux désillés
Entrevirent plus loin un merveilleux jardin
Et une allée fleurie où s’avançaient les Siens,

Ces gens partis trop tôt qui venaient la chercher,
Avec ses douze chiens, ses six chats, son furet
Qui lui faisaient la fête et dansaient autour d’elle…
Bonheur à l’état pur et joie à tire d’aile !

Ses Invisibles, là, enfin réincarnés
Dans cet Ailleurs parfait dont elle avait rêvé !
Elle comprit alors qu’elle était vraiment morte
Et poussant un soupir, referma bien la Porte…

 

 

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Eugène Brouillard
(1870-1950)

Il est des jours très gris où le coeur est morose,
Où l’on ne pense plus qu’à la noirceur des choses
Qui affligent la vie ou qui l’ont attristée ;
Où l’on ne peut plus fuir les brumes du passé.

Ce sont ces jours de blues où l’on se sent soudain
Seul et comme étouffé par un morne chagrin ;
Un temps mélancolique où traîne la tristesse,
Tel un brouillard amer après un soir d’ivresse,

Où l’on ne songe plus qu’à la brièveté
De la vie d’êtres chers qui se sont en allés
Vers un monde lointain auquel on voudrait croire,
Et sans plus remâcher moultes idées trop noires.

Ce sont ces jours chagrins d’un triste temps qui passe,
Avec ces moments gris où toujours l’on ressasse
Des regrets, des remords, de défuntes envies…
C’est ce spleen entachant l’automne de la vie.

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www.leonor.unblog.fr

Viens ! Entre à la maison car elle est grande ouverte
A tous les coeurs en berne et tous les éclopés,
A tous ces chiens perdus qui errent sans collier,
Que leur maître a jetés par la porte entr’ouverte

D’une auto en maraude, et qui s’est éclipsé.
Viens ! Entre donc chez nous : il y a une place
Qui t’attend au logis. Ce n’est pas un palace
Mais on se serrera ! On saura bien t’aimer

Et te faire oublier le malheur qui t’accable.
Allons dans le jardin : le pot de l’amitié
Nous attend sous le pin. Tu vois, tout y est prêt
Car tu dois le savoir : le coeur est innombrable !

Nous parlerons de toi et de tous tes problèmes !
Le soleil revenu te fera chaud au coeur
Et nous pourrons parler d’espoir et de bonheur!
Mais il faut avant tout que tu saches qu’on t’aime.

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Si l’on pouvait un jour se nicher dans la poche
D’un kangourou géant, l’on pourrait oublier
Cette vie embrouillée qui est parfois si moche !
Redevenir petit et pouvoir se cacher

Non loin de son gros coeur, pour se laisser bercer
Au rythme de ses pas, au tempo de ses sauts,
Même s’ils sont brutaux, parfois désordonnés ;
Se savoir protégé dans un lieu doux et chaud,

Partout enveloppé d’une douce fourrure ;
Ressentir de très loin les bonds incohérents
D’une existence folle et quelquefois si dure ;
Etre bien cajolé, se sentir pleinement

Pris en charge et aimé comme un petit enfant ;
Etre un kangourounet tout au fond d’un pochon,
S’y sentir à l’abri de ces désagréments
Qui pourrissent l’Ici ! Comme dans un cocon,

Ignorant que la vie est pavée de misères !
Oh ! Combien sont heureux les petits kangourous
Plongeant sans coup férir la tête la première
Au creux de leur maman qui pare tous les coups.

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Des valves en plastique ; un morceau de tuyau
Rabouté à l’aorte : et pourtant tout ça bat
Et palpite et frémit et fait même des sauts
Quand l’émotion l’emporte ! Un coeur tout raplapla

Devenu un champion tant il remarche bien !
Un coeur fort mal en point qu’on a raccommodé ;
Un coeur au bout du bout qui ne demandait rien
Qu’a vivre encor un peu et à continuer…

Mais quel drôle d’effet cela peut-il bien faire
De se dire qu’on a, niché dans la poitrine,
Un truc rapetassé ? Quelle curieuse affaire !
Un coeur rafistolé qui peut tomber en ruines

Si ces bouts de rilsan ont été mal cousus !
Enfin… c’est ça, la vie ! Advienne que pourra !
Est-ce vrai qu’il était vraiment si mal fichu,
Ce coeur à l’agonie? Pour le moment il bat…

Oh ! Regardez dehors ce frelon qui lutine
Une fleur toute neuve ! Il y a des brins verts
Qui piquettent le sol. Et un oiseau tintine
Dans le figuier, là-bas…Voici le grand mystère

De la vie qui renaît. Et le coeur rapiécé
A mis au diapason ses nouveaux battements ;
Reparti pour un tour, il est tout requinqué !
Renouveau au jardin et printemps au dedans…

« Bonjour,
Nous vous remercions
d’une part de l’intérêt que vous portez à la Fédération Française de Cardiologie
et d’autre part pour votre beau poème, qui est un hymne à la
vie.
Bien
cordialement, »

Frédéric
Dubus Duparloir (au nom de toute
l’équipe)
Maison du Coeur
Fédération Française de
Cardiologie

 

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Poème illustré par une photo de :

Yann Lecomte
www.yannlecomte.over-blog.com

C’est vraiment curieux de se dire
Qu’il ne reste plus devant soi
Que le temps d’un souffle, un soupir !
Peut-être même pas… cent mois

Et, au bout, la mort qui attend…
Oh ! Il n’est vraiment rien, le temps
D’une si courte vie humaine !
Combien folle et combien est vaine

Cette quête insensée de biens
Dont il ne vous restera rien…
Et comment laisser une trace
Tout au long de ces jours qui passent ?

Oubliez donc le mot : « toujours » !
Des souvenirs, un peu d’amour
Et quelques photos qui sourient…
Où est donc passée votre vie ?

Si Dieu le veut, demain peut-être
Ou même avant… Oh ! pourquoi naître
Si c’est pour s’en aller aussi ?
Peut-être est-ce bien mieux ainsi ?

C’est vraiment curieux de se dire
Qu’il ne reste plus devant soi
Que le temps d’un souffle, un soupir…
Et si c’était l’ultime fois ?

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Jean-Jacques Henner
(1829-1905)

C’est le temps de l’Après. Ce temps triste et très doux
Où novembre commence ; où les arbres sont roux
Avec parfois des jours ressemblant au printemps.
C’est le temps de l’Après… Comment était-ce, avant,

Quand vous viviez encor, mes amis disparus ?
L’automne est languissant ; le temps d’antan n’est plus
Où nous étions heureux, et à vivre, et à rire…
Le printemps et l’été ne sont que des soupirs,

Et l’on comprend soudain que les jours ont passé.
C’est si court, une vie ! L’été s’en est allé
Sans qu’on sache comment ; le temps va bien plus vite
Quand on est tout au bout, et personne n’évite

Que sa fin délabrée passe si tristement.
L’automne va couler… Peut-être qu’un printemps
Refleurira encor une dernière fois ?
Mais c’est, hélas ! l’Ailleurs qui impose sa loi…

 

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Le Caravage
(1573-1610)

Combien d’étés, dis-moi, as-tu donc vu s’éteindre ?
Une vie, c’est si court ! Et pourquoi toujours feindre
Que n’est pas important ce maudit temps qui passe ?
Les jours sont des éclairs, et peu à peu la trace

Des anciens jours heureux s’efface lentement.
Te souviens-tu encor du nom de tes amants?
Le soleil fond en pluie, et ta vie se délite ;
Les jours après les nuits vont de plus en plus vite ;

Et tu redoutes tant l’éclosion de l’hiver
Que tu voudrais t’enfuir aux pays toujours verts
Où l’on ignore tout de la male saison.
Mais ne te mens donc pas ! Là n’est pas la raison

De ce curieux mal-être qui ronge ton coeur.
C’est le fait d’être vieux qui forge ton malheur
Et l’automne qui vient l’accentue plus encore !
Ce qui te ronge ainsi, c’est l’idée de ta mort…

 

 

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Parfois le coeur me point quand je songe à ce temps
D’il y a bien longtemps où j’étais jeune et belle.
Ma jeunesse-printemps a fui à tire-d’aile,
Emportant à jamais ma joliesse d’antan.

Le doux temps des beaux jours est si court, jeune femme !
Détruisant lentement ta beauté si fragile,
Les années en passant vont éroder ton âme
A force d’amertume. Oh ! Pourquoi tant soigner

Ton teint si velouté et un peu duveté,
Tel les pétales blancs des roses du jardin ?
Efforts tellement vains pour fuir et retarder
De ta grande beauté l’inéluctable fin !

Le printemps s’est enfui. Vient l’été, puis l’automne ;
Des replis parcheminent ta peau fraîche et fine
Dont l’ivoire nacré vire au gris puis au jaune,
Et le premier soleil te donne triste mine…

Une seule équité entre belles et laides :
A un certain moment le temps te défigure,
Quoi que tu veuilles faire ! Et toute beauté cède
A l’âge qui s’en vient : point de demi-mesure !

 

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« Qu’est-ce qui s’est passé ? » a demandé Julie
En montrant son portrait à Marie, sa grand’mère,
Du temps où celle-ci était fraîche et jolie :
Joli teint de velours irisé de lumière,

Cheveux blonds tout bouclés et sourire éclatant…
Même femme, vraiment ? Comment est-ce possible ?
Où s’est évanouie cette image d’antan ?
Et comment rendre compte de l’irréversible

A un petit enfant ignorant la vieillesse ?
Cette dégradation gagnant de jour en jour,
Ce corps qui se flétrit, ce manque de sveltesse…
Comment lui dire enfin qu’il n’est pas de : « Toujours » !

Ces cheveux grisonnants et secs comme du foin,
Ce visage défait et qui fond en bajoues,
Et cet âge maudit avec tout son tintouin
De petits maux divers ! Là, Marie se l’avoue,

C’est bien trop difficile… Et elle va tenter
D’éluder le sujet… Un manque de courage
Qu’après-demain, demain, elle va regretter…
« Et si nous allions faire un tour dans le village ? »

 

 

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C’est un vaisseau de pierre ; un édifice immense
Si grave et solennel qu’il en est presque triste ;
La Major, la si belle ; une nef où subsistent
L’écho des oraisons, des effluves d’encens.

Chaque pierre a une âme, et elle est imprégnée
Par la sérénité qui sanctifie les lieux
En vous serrant la gorge, en humectant vos yeux
Tant vous êtes émus par cette étrangeté :

Il n’y a aucun bruit. Dehors Marseille bout,
Fébrile et agitée par une frénésie
Qui paraît insensée aux fidèles qui prient,
Engloutis tout au fond de leur quête où se joue

Leur avenir au Ciel. Le silence est total.
Il est comme habité, généré par la Foi
De tous ces gens unis par une seule loi :
Celle offerte autrefois par un Dieu amical.

De la voûte et des murs sourd comme un grand mystère,
Celui de l’amour fou qui a fait se dresser
Sur le ciel de Marseille un prodige insensé,
Mais où vit pour toujours l’espoir de la lumière…

 

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Poème illustré par :

Louis Aston Knight
(1873-1948)

www.louisastonknight.com

Dans le jardin les fleurs se fanent peu à peu
Et, à les voir mourir, la mélancolie point
En vous serrant le coeur. Verra-t-on l’an prochain
Leurs délicats boutons déployer sous nos yeux

Leurs si jolis pétal(es) ? Le ciel d’un gris passé
Délave la couleur des roses près du puits.
Au loin Salon s’endort. Le soleil assoupi
Pose sur les toits roux un reflet mordoré.

Le plumbago n’est plus, ni les gueules de loup…
Les jarres dégoulinent de tiges jaunies.
Il faudra tout couper puisque tout est fini…
Et l’automne est si long qui va détruire tout !

Mais pourquoi nous sommes-nous donné tant de mal
A faire ainsi pousser des plantes qui se meurent ?
Si nous devions compter cette peine et ces heures,
Nous n’en finirions plus ! Le fond de l’air est sale.

C’est sûr : il va pleuvoir ! Mais à quoi va servir
Cette pluie dégouttant des cheneaux encombrés
Par les premières feuill(es) ? Le ciel gris est plombé…
L’été n’aura duré que le temps d’un soupir.

 

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