Archives pour la catégorie “Questions ?”

Botticelli
Sur un joli visage une bouche tachée
Par le suc vermillon d’une cerise rouge :
Sur des mots cristallins, des quenottes de lait,
Deux lèvres de velours qui sourient et qui bougent.
La lèvre supérieure a un arc prononcé
Comme il l’est bien souvent sur les bouches d’enfants.
Les commissures rient, légèrement plissées
Par la joie, le printemps et presque dix-huit ans.
Une bouche très jeune, une bouche parfaite
Où les rides des vieux n’ont pas encor brodé
Leurs petits plis rageurs creusés par les défaites,
Les fêtes, le chagrin, la mauvaise santé,
Et surtout par le Temps abîmant toute chose.
Une bouche entr’ouverte et doublée de vermeil !
Toute fraîche et gonflée, elle est telle une rose
Humide de rosée luisant sous le soleil.
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Publié par Vette dans Questions ?

Un oiseau vif et enjoué
Enfermé au creux d’une cage :
Il peut chanter, ne peut voler,
Et ne doit plus qu’être très sage
Entre les barreaux qui l’enserrent.
Et le pire au fil des années,
C’est que cet étau se resserre :
Il va finir par le broyer.
Heureusement son chant est clair,
- C’est tout ce dont il est capable -
Son esprit vif comme naguère ;
Les jeunes le trouvent aimable
Et il ne doit pas trop se plaindre
De ses maux ni de ces outrages
Faits à son corps. Il pourrait craindre
Le sort d’autres vieux de son âge !
Même s’il se heurte aux barreaux,
Son intellect n’est pas touché.
Autour de lui de vieux oiseaux
Ne chantent plus et sont prostrés
Dans une infâme déchéance :
Plus d’âme, plus de corps, plus rien !
Lors il se dit qu’il a la chance
D’être encor quelqu’un de très bien !
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Marion Warren
http://www.marion-warren.rmc.fr
Le soleil est entré dans la pièce et se tient
Derrière elle au moment où elle se maquille.
Son éclat est très vif et ne lui cache rien
Des atteintes du Temps : elle est partie en vrille,
Cette extrême beauté dont elle était si fière !
Les années ont brouillé l’ovale du visage ;
Sa peau est ravinée par l’excès de lumière
Accentuant ses traits. Et ces rudes ravages,
Stigmates du soleil, du temps et du tabac,
Sont cruels et lui font une piètre figure.
Une existence dure et d’énormes tracas :
C’est fou ce qu’un corps las peut subir et endure !
Mais pourquoi les journées passent-elles si vite ?
Pourquoi devient-on vieux avant d’avoir vécu ?
Pourquoi ne comprend-on quelles sont ses limites
Qu’à l’ultime moment ? Tous ces rêves perdus !
Elle est désabusée et reprend son ouvrage
- Du fond de teint par là et de la crème ici -
Pour tenter d’effacer les énormes outrages
Dont le Temps en passant a maculé sa vie.
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Raymond Peynet
Profitez-en, les amoureux,
Car il est bien rare que dure
Le bel amour – amour heureux !
L’amour est tout aussi peu sûr
Que la constance du beau temps
Et il se fane vraiment vite
Comme les bouquets du printemps.
Oh ! ma tendre Juliette, évite
La rouge morsure cruelle
Et les innombrables tourments
D’un premier amour. Jouvencelle,
Fuis l’aubade de ton amant !
Mais c’est trop tard ! Tu es atteinte
Par le doux mal qui point le coeur
Et tes joues arrondies sont teintes
Par une rosée de bonheur…
Profitez-en, les amoureux,
Votre extase va refroidir :
Il ne restera de ce feu
Que les cendres du souvenir !
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Publié par Vette dans Questions ?

Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com
Les mots sont des joyaux enchâssés dans les livres
Où je viens chaque jour glaner de tels trésors
Que je m’y sens plus riche ; où la vie et la mort
Trament leur comédie, en acteurs un peu ivres
D’existences rêvées tracées sur du papier :
Ecriture-folie, livres de déraison
Où le bon-sens éclate, où l’on perd vite pied ;
Livres clairs et sensés, livres où la raison
S’infiltre dans l’esprit en rendant tout plus sage ;
Livres tout en couleurs ou bien en noir et blanc,
Livres tout en douceur ou zébrés des orages
D’insidieuses idées s’immisçant lentement
Pour façonner un coeur dont on ne voudrait pas ;
Puissance d’un récit, étrangeté parfois
D’une histoire insolite ; patati patata
De bluettes sans goût à l’insipide voix :
Mais lire incessamment, et découvrir des mondes
Où l’on n’ira jamais ! Rêves insoupçonnés
Où le ciel devient plat, la Terre n’est plus ronde !
Vies d’où l’on sort hagard, ébahi et sonné !
Dehors le mistral hurle et secoue la maison.
Blottie dans mon fauteuil je le nargue en lisant,
Immergée aux tréfonds d’une imagination
Tout autre que la mienne. Le silence est de plomb
Et dans la cheminée le feu cliquète et geint.
Mais je ne suis plus là, je ne suis plus sensible
Au bon goût qu’a la vie et plus rien ne m’atteint :
Je suis au coeur d’un livre et presqu’inaccessible.
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Annie Rivière
http://atelieriviere.canalblog.com
Expatrié pour son travail,
Un jour il est tombé malade
D’un fléau noir en embuscade.
Et depuis lors, vaille que vaille,
Quand son coeur est trop amoché,
Quand survivre est vraiment trop dur,
Il se souvient du ciel si pur
Couvrant sa Méditerranée
Comme une cloche de cristal.
Et en évoquant son enfance
Au tout fin-fond de la Provence,
Il en oublie parfois son mal !
Il se rappelle les cyprès
En flèches bleues sur l’horizon,
Le mistral fou, le carillon
Des cigales cliquant l’été ;
Et le soleil tourbillonnant
Aspirant la rosée des fleurs,
L’énorme chape de chaleur
Et l’air brûlant, vibrionnant.
Alors il s’accroche à la vie
Toujours décidé à lutter,
A se battre et se redresser
Malgré sa souffrance infinie
Car il reverra le pays,
Aix la Royale et ses fontaines :
Malgré le Crabe et sa grand’peine
Il ne saurait mourir ici !
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Année belle et année douce,
L’année qui vient de passer
Nouvellement fleuronnée
De fraîches et jeunes pousses ;
Année triste et année dure,
L’année qui vient de passer
Et bien loin a emporté
De très anciennes ramures.
Les années du temps qui passe
Se poussent les unes l’autre :
Inutiles patenôtres !
C’est la vie qui va. Tout casse !
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Jean-Jacques Henner (1829-1905)
S’il vous plaît, donnez-moi la main
Car je suis tombée dans un trou.
Je m’avançais sur un chemin
Pavé du doré et du roux
De l’automne aux doux reflets blonds
Sans savoir que mon sort déjà
Etait scellé. Je suis au fond !
S’il vous plaît, ne me laissez pas,
J’ai besoin qu’une main amie
Se tende vers moi. La lumière
Est si loin ! Et je suis ici
Entourée d’ombre et de chimères :
La maladie, le froid, la peur
Sont aux aguets, en tapinois.
Tout auréolée de terreur,
La mort germe peut-être en moi.
S’il vous plaît, j’ai besoin de vous,
De votre amitié chaude et douce.
Ne me laissez pas dans mon trou
Et venez vite à ma rescousse …
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Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com
Dans le ciel marine où flotte un nuage
Passe un grand oiseau pour elle inconnu.
Un ongle pointu inscrit sur la plage
Le nom d’un amant trop tôt disparu ;
Le sable est encor vierge de tout pas
Car on est en juin. Le doigt y dessine
Les lettres sacrées : un E puis un A,
Un B puis un L … La paume assassine
Supprime soudain le mot trop aimé :
Le prénom de l’être parti trop tôt
Qui lui a menti et qui l’a quittée.
Et la mer qui roule efface bientôt
Les derniers vestiges d’un fol amour.
Car tout est mouvant, bientôt effrité
Par le temps qui va, emportant toujours
Au fil de la vie les joies du Passé.
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Jean-Paul Courchia
http://www.courchia.com
Ne cherchez pas le grand bonheur,
Je pense qu’il n’existe pas !
Constitué de non-malheurs,
Il avance à tout petits pas
Au fil des minuscules choses
Qui font la saveur de la vie :
Un oiseau, les premières roses
De ce printemps encor flapi …
N’est-ce pas une exquise joie
De goûter au premier soleil ?
Et de humer entre ses doigts
Les nouveaux bourgeons de la treille
Qui va bientôt nous ombrager
Sur la terrasse aux volets bleus ?
Et tous ces petits-déjeuners
Pris sur la table aux pieds boiteux ?
Petits bonheurs, petites joies
Nous laissant tant de souvenirs !
Ils furent nos premiers émois
Et ne pourront jamais mourir.
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Gilbert Thomas
www.gilbthomas.blogspot.com
Ils avaient décidé de gravir la montagne
Car ils étaient en forme et il faisait beau temps !
L’escalade était rude et telles des aragnes
Au bout de leur filin, ils s’accrochaient au flanc
Basaltique et rugueux où le vent les plaquait …
Puis ce fut le sommet. Impression de victoire :
Etre les fils du vent et de la liberté !
L’horizon était rose et les monts étaient noirs,
Et leur coeur épuisé battait de gratitude ;
Etonnement total face à l’immense beauté
D’un monde fait pour l’air et pour la solitude ;
Silence impressionnant montant de la vallée !
Mais on dut redescendre et ce fut bien plus dur :
Partout des éboulis, des pierres effritées,
Des cailloux éclatant comme des fruits trop mûrs
Et d’énormes rochers se mettant à rouler …
Puis l’orage éclata, énorme, hallucinant.
Pris dans ses tourbillons, ne sachant plus que faire,
Ils étaient désarmés tels des petits enfants
Soudain plongés tout vifs au centre de l’enfer.
II
L’Humain est ainsi fait : il croît continûment !
Puéril amoureux des robots qu’il invente,
Il croit ne pouvoir vivre et n’être qu’en montant !
A jamais arrogant, il conquiert une pente
Qu’il veut escalader. Il veut tout dévorer !
Mais son intelligence a pourtant des limites
Et le Ciel ne peut plus perdre ni tolérer
D’être indéfiniment acculé à la fuite.
Parvenu bien trop haut, l’Homme va s’écrouler.
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La rousseur mordorée de novembre parfume
Le sous-bois flamboyant de ce beau mois d’automne.
Le soleil s’est éteint. Une lumière jaune
Pleut en rayons dorés du croissant de la lune.
Le sol couvert de feuilles en est capitonné,
Et l’on y a creusé un nid bien dérisoire
Au fin-fond des buissons où la brise du soir
Agite la lavande et la fait frissonner.
Dans son berceau en terre un petit enfant dort,
La bouche un peu souillée par des aiguilles de pin ;
Une petite fille dont les petites mains
Serrent farouchement un nounours. Et la mort
A mis sur sa figure un masque trop figé
Qui lui donne indûment les traits d’une poupée.
Pour Typhaine
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Publié par Vette dans Questions ?

Josette Mercier
www.josettemercier.ch
Des mondes étranges, des mondes fous
Confinant au Ciel se cachent en nous,
Enfantant parfois des faits inouïs.
De Dieux inconnus serions-nous le fruit ?
Des faits incongrus émergent parfois,
Bizarres, déments, et bien que l’on croit
Agir en suivant notre seul vouloir.
Croyant tout soumis à notre pouvoir
Nous ne voulons pas entendre raison.
Et l’irrationnel, puis la déraison,
La vie d’au-delà et celle d’ailleurs,
Nous les rejetons presqu’avec horreur.
Mais au fond de nous, tout ce qui subsiste
De nos coeurs d’enfants, cette longue liste
De sujets tabous se fraie un chemin :
Un monde inconnu nous prend par la main.
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Publié par Vette dans Questions ?
Josette Mercier
www.josettemercier.ch
Depuis combien de temps nous as-tu donc laissés ?
Un mois, deux mois , trois mois … ou ce laps de temps gris
Que chacun ici-bas nomme l’éternité ?
On se sent un peu seuls, pourquoi es-tu partie ?
On va comme toujours, et pourtant il est vrai
Que le ciel est pâlot, la vie tout appauvrie.
Quant au printemps nouveau qui se met à germer,
Il fait éclore en nous chagrin et nostalgie.
Il ne fait pas bien beau, et comme à l’unisson
Passe sur le jardin un bien morne frisson,
Celui du triste hiver où tu t’en es allée.
Mais peut-être ris-tu de notre peine étrange,
Et avec ton ardeur et ta folle gaieté
Joues-tu à t’envoler avec tes ailes d’ange ?
Pour Gisèle
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Ne vous figurez pas que dans notre Midi
Le temps est sans accrocs, comme on le croit souvent
Au delà du Lyonnais ! Car quelquefois ici
Le ciel placide et clair peut gonfler sur le champ
Et accoucher alors d’un prodige effrayant.
Un mistral déchaîné, des murailles de pluie !
Notre Provence est douce, son climat avenant,
Mais il faut se méfier : il est comme la vie
Le plus souvent paisible et dénuée d’à-coups !
Le temps méridional est si bénin et doux
Qu’habituellement l’on n’est pas suspicieux :
Il peut faire un peu gris et parfois même il pleut !
Puis soudain sans prélude et sans aucun présage,
Tout est anéanti par un énorme orage.
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