Archives pour la catégorie “Questions ?”

Ombres

Robert est très âgé. La foule autour de lui
De plus en plus nombreuse est chaque jour plus dense :
Des parents, des voisins, de simples connaissances
Qui se sont en allés, dont les ombres amies

Semblent lui signaler qu’il va finir son temps.
Leurs formes au début étaient très imprécises,
Mais la fuite des jours peu à peu les précise
Et il reconnaît mieux le visage des gens.

Cerné par les Anciens, il ne résiste pas,
Car ils ont l’air heureux et tout à fait serein,
Comme pour démontrer que l’Ailleurs est un bien.
Il est tellement vieux, il est tellement las !

Toujours plus convaincants, chaque jour bien plus près,
Ils sont pleins de douceur et lui tendent les mains.
A quoi bon désirer encor un lendemain ?
Robert ferme les yeux et se laisse emporter…

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Couple

Poème illustré par un tableau de :

François-Xavier de Boissoudy
www.agoravox.fr

Je n’aime pas aimer : c’est un trop grand souci !
Je préférais l’avant, quand j’étais encor seul,
Ne vivant que pour moi, ne pensant qu’à ma gueule
Et ne m’intéressant qu’à mes propres ennuis.

Oh, combien j’étais libre et maître de moi-même
Quand je ne t’avais pas ! Et combien je regrette
Mon statut antérieur ! Mais las, ma pauvre tête
Est serve de mon coeur. Et depuis que je t’aime,

Tu es l’arrière-plan, tu es le filigrane
Inséré dans ma vie, constamment, nuit et jour ;
Cette flamme inouïe qu’on appelle l’amour
Est l’énorme soleil qui éclaire mon âme.

Il faudra bien m’y faire, être terrorrisé
A l’idée de te perdre ! J’aimais être égoïste
Et ne penser qu’à moi. Je me découvre altruiste,
Ne songeant qu’à t’offrir cet amour insensé !

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Jardin d'automne

Sonnet

Le temps qui passe en douce arrache peu à peu
Quelques bribes de ci, quelques fragments de ça
A la vie de chacun, l’entraînant pas à pas
Vers cet étrange Ailleurs qu’on voudrait être Dieu !

Il nous faut bien pourtant accepter d’être vieux.
La liste des amis diminue. Pourquoi pas
Aller au cimetière, avec quelques dahlias
Pour égayer un peu les tombes de leur feu

Et prouver aux Anciens combien nous les aimions ?
La vie d’un être humain est telle un papillon,
Ballotée follement de bonheur en malheur

Comme par un vent fou, sans pouvoir rien y faire.
Le temps est sans pitié, nous usant d’heure en heure,
Qui nous pousse cruel vers notre ultime hiver.

 

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Pierre-Auguste Renoir

Poème illustré par un tableau de :

Auguste Renoir
(1841-1919)

Chaque mois de novembre, il revient au pays :
Où qu’il soit, quoi qu’il fasse, il s’arrange toujours
Pour retrouver la source de toute sa vie
Et l’endroit où naquit son tout premier amour…

Et là où il mourut : car il y a connu
L’incroyable douleur d’un tout jeune garçon
Arraché par la Mort à l’amour absolu
Le liant pour toujours à la jolie Manon

Qui  sera à jamais éternellement belle
Puisqu’à jamais âgée d’à peine dix-huit ans…
C’est un vieux cimetière au pied de l’Estérel
Tout fleuri de cyprès. Il y vient tous les ans

Lui offrir un bouquet et lui dire qu’il l’aime,
Malgré sa vie houleuse et le fil noir du temps.
Le jardin chatoyant de mille chrysanthèmes
N’est pas triste du tout. Il s’y sent si vivant

Qu’il en a presque honte ! Il parle à son amie,
Enlève de sa tombe une ou deux herbes folles,
Evoque leur passé et retourne chez lui,
Après avoir donné à l’amour son obole…

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Ados

Une vérité fulgurante :
Une sorte de découverte,
Une interrogation ouverte
Sur une acception évidente !

C’est aérien comme une plume
Qui frémirait au moindre souffle ;
Ces mots timides qui s’essoufflent
Aux premiers rayons de la lune ?

Amour encor à fleur de peau…
Effleurements très délicats
De la pulpe du bout des doigts ;
Baisers comme des gouttes d’eau

Fraîches et pures et ardentes ;
Peur de la moindre maladresse ;
Délicatesse des caresses :
Frêles amours adolescentes.

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Sonnet

Une année s’est enfuie et une autre commence
Qui va passer aussi, en laissant peu de chance
Aux humains de jouir des plaisirs de la vie :
Juste à peine un clin d’oeil, tout est déjà fini !

Et pourtant c’est très bien que puissent s’envoler
Les funestes moments où l’on se sent couler :
Le temps devient alors un ami qui efface
De multiples douleurs les indicibles traces.

Serait-il un bienfait, ce lancinant mystère
Ponctuant chaque instant, chaque heure sur la terre
De son rythme angoissant ? Sablier infini

Crachant obstinément nos minutes de vie,
Le temps ne peut jamais remonter en arrière.
Voici donc l’an nouveau. L’an dernier est fini…

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On voudrait quelquefois se cramponner au temps,
L’empêcher de passer inexorablement
Quand le bonheur est là ! S’y tenir agrippé
Comme un jeune nageur s’accroche à sa bouée…

C’est un beau jour d’été. On est bien tous les deux
Allongés sur la plage ; et le ciel est si bleu
Qu’il paraît impossible à qualifier d’un mot…
Le soleil peint en rose le haut de ton dos :

Attention, mon amour, car il est redoutable !
On est si bien tous deux affalés sur le sable,
Nous sentant si heureux que notre coeur s’emballe
A battre un peu trop fort… Ce bonheur anormal

Tant il est inouï nous fait rire de rien…
On se lève d’un bond, et la main dans la main,
Nous courons en riant, tentant de galoper
Dans le sable qui crisse en voulant nous freiner,

Jeunes comme des dieux, beaux comme des arbres…
Mais pourquoi donc le temps n’est-il pas fait de marbre,
Insensible au futur, à l’âge et à l’usure ?
Aucune rémission, pas de demi-mesure…

Les beaux jours sont enfuis et me voici bien vieux,
Et bien seul, et bien las… C’était bien d’être deux,
Mais l’on était hier, et le temps a passé.
Un nageur fatigué a lâché sa bouée…

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Alpos et Astreos, deux monstrueux molosses,
Regardaient s’affairer les boueux du Sausset,
Quand, tombant de la benne, un énorme nonosse
S’en vint doucettement rouler jusqu’à leurs pieds.

D’un bond prodigieux, les deux dogues sautèrent,
Enragés de désir, sur la proie convoitée.
Goinfres devenus fous, bientôt ils s’acharnèrent
A se cogner dessus ; et ils se castagnaient

Comme deux forcenés quand un chien bien normal,
Un bon bougre de chien et qui passait par là,
Vit l’objet du litige : une aubaine, un régal
Qu’il saisit aussitôt, pas si bête que ça !

Il repartit faraud, nonosse dans la gueule,
Pendant que les crétins continuaient leur guerre !
Voilà ce qui arrive à quiconque s’engueule
Pour avoir le pouvoir ! Pas idiot le pépère

Qui sut bien profiter de leur stupidité !
Le nonosse tomba tout rôti dans son bec
Sans qu’il ait rien à faire que le ramasser…
Ne connaissez-vous pas de célèbres blancs-becs*

Qui à se battre ainsi ont un jour tout perdu ?
Que la poisse balaie de tels hurluberlus !

*Ca ne vous rappelle rien ? 

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Puissiez-vous ne jamais connaître la passion
Qui viendrait vous briser et le corps et le coeur !
Synonyme au début d’ineffable bonheur,
Elle n’est plus un jour que peine et obsession.

En vous sélectionnant, Eros vous a maudit,
Car cruels sont ses traits toujours empoisonnés :
Il est bien trop violent pour pouvoir perdurer,
Ce fléau qui vous point comme une maladie !

L’Autre vous semble alors avoir un tel éclat
Qu’aucun être sensé ne le reconnaîtrait ;
Et ces attraits fatals dont vous l’avez paré
Sont fausses qualités qu’il ne possède pas :

C’est un être normal dont vous fîtes un dieu
Irréel, idéal ; et toutes vos pensées
Encensent un humain qui n’a jamais été
Tel que vous le pensiez… Gare au jour où vos yeux

Las ! se désilleront ! Car quand vous comprendrez
Que votre amour parfait n’était qu’une utopie
Et votre exaltation une douce folie,
C’est votre ingénuité qui sera fracassée.

Prenez garde à l’amour s’il est trop absolu !
La passion est un mal qui  vous peut dévaster,
Sournois et ravageur ! Mieux vaut ne pas aimer
Que d’être ainsi mué en amant éperdu…

*Décriée à la façon du XVIII° siècle !

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Pourquoi est-on si laid quand on devient très vieux ?
L’automne des humains n’est pas bien beau à voir !
Le temps qui se consume est comme un éteignoir
Qui souffle la beauté ! Oh, tous ces pauvres yeux

Devenus trop petits, auréolés de rides,
Et cette peau striée, grise et ratatinée…
Le temps en s’écoulant amenuise et défait :
Il est impitoyable et tellement avide

D’user et de flétrir au monde toutes choses !
Seule dame Nature devient bien plus belle
Au temps roux de l’automne ardent qui étincelle
De splendides couleurs en son apothéose.

L’automne des humains les éteint peu à peu,
Tels de vieilles bougies consumées par les ans.
Ils fanent lentement, car l’usure du temps
Ronge leurs corps fripés ; et tout précautionneux,

Ils marchent doucement à petits pas légers,
En oubliant qu’ils furent de belles personnes
Au temps de leur jeunesse ; et chaque heure qui sonne
Les enlaidit encor en saccageant leurs traits.

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Poème illustré par un tableau de :

Martine Schnoering
www.martineschnoering.com

Quelle est cette folie poussant les commerçants
A promouvoir Noël dès le milieu d’octobre
Quand il fait encor beau : leurs étals rutilants
Sont déjà installés ! Soyez couverts d’opprobre,

Mesdames et Messieurs ! Voyons, rappelez-vous
Qu’il reste au moins trois mois pour songer à la Fête !
Il flotte encor dans l’air un peu du soleil d’août
Et vous nous imposez vos vues bien tristounettes !

C’est tout à fait absurde et trop anticipé !
Vous êtes quelquefois vraiment par trop… comptables !
Comment donc les enfants vont-ils pouvoir rêver,
Eux qui trouvent déjà le temps interminable ?

Allons, réfléchissez : il n’est rien en Provence
Qui évoque Noël au début de l’automne !
Il fait déjà bien gris peut-être ailleurs en France,
Mais regardez chez nous ce bon gros astre jaune

Qui scintille et flamboie comme au coeur de juillet !
Ne pensez-vous jamais qu’à compter votre argent ?
Vos étalages fous ont tous l’éclat doré
D’un commerce effréné qui appâte les gens…

 

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Poème illustré par un tableau de :

Jean-Antoine Théodore Gudin -1828
www.galerie-pluskwa.com

Marseille a le coeur gros car la voilà encore
Mise bien malgré elle au-devant de la scène !
La revoici souillée par des énergumènes
Pratiquant le trafic comme d’autres le sport !

Elle croyait pourtant en eux, obstinément,
Même si on l’avait quelque peu prévenue.
Mais elle avait confiance et s’était abstenue
D’avoir quelque soupçon, grâce à leur nom ronflant :

Té, anti-criminels ? Mais de qui parles-tu ?
Magouille et compagnie ! Et à qui donc te fier,
Marseille mon amie, toujours éclaboussée
Par un tas de mafieux et tous ces trous du cul

Qui te salissent tant qu’on en a la nausée !
Tu faisais des efforts en tentant d’embellir
Ton Vieux Port et tes rues, pour y mieux accueillir
Un tas de visiteurs venus du monde entier.

Et voilà ! Patatras, tout est remis en cause…
Réputation salie par ces voyous ripoux !
Le temps de tes espoirs si suave et si doux
N’aurait-il donc duré que le temps d’une rose ?

Mais courage, ma belle : essaie encor un peu
De te sortir du trou ! Garde ta dignité !
Et relève le front pour tous ces Marseillais
Qui t’estiment toujours… en faisant de leur mieux.

 

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Je déteste rêver car je rêve toujours
D’une grande maison, nue et emplie de vide ;
Presque-ruine chenue dont les pierres livides
S’effritent sous un ciel lisse comme un velours.

Partout environné d’un néant silencieux,
C’est un austère bloc, sans beaucoup d’ouvertures,
Aux murs frôlant le ciel et dont la démesure
N’est pas de notre monde. Un lieu honni des Dieux !.

C’est pourtant le Midi tel qu’il est en hiver
Au fin-fond du maquis, pelé et verglassé.
Mais ce mas,  je le sens, est un monde glacé
Et  je crois y sentir la morsure de l’air

Qui me fait frissonner quand j’en franchis le seuil.
Tout est blanc, aveuglant, sans un souffle de vie ;
Sans doute inhabité depuis des décennies,
Il est monumental. Un immense cercueil !

Il n’y a pas un meuble et tout y est si nu
Qu’on y entend l’écho de mon coeur qui y bat.
Sur le sol poussiéreux, la trace de mes pas
Laisse comme un chemin sur la terre battue.

Ma solitude alors est si insupportable
Que je m’éveille enfin, pétrifiée de terreur,
Et je reste longtemps submergée par l’horreur,
Comme si j’avais vu un monde abominable…

 

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Il s’attache à nos pas, ne nous quitte jamais :
Un comparse furtif, toujours à nos côtés,
Qui insidieusement vient effacer les traces
Du printemps de la vie. Et jamais rien ne lasse

Ce monstre qui nous mène : au fur à mesure
Qu’il nous entraîne au loin, accélèrant l’allure,
Il flétrit un peu plus chaque jour notre aspect.
Impossible avec lui de pouvoir s’arrêter :

Qui qu’on soit, l’on doit suivre et aller de l’avant,
Soumis comme une feuille à l’allure du vent.
On ne peut rien y faire, on ne peut résister
A ses assauts brutaux. Il est vain de lutter

Contre l’ogre glouton qui boit notre substance
Et notre dernier âge, avec une constance
Que personne, jamais, ne put anéantir.
Il nous force à toujours marcher vers l’Avenir ;

Avenir et Passé, mais jamais de Présent !
Le Présent est Futur, inéluctablement,
Filant entre les doigts comme l’eau ou le sable.
On ne peut qu’approcher du but inexorable

Pendant que ce barbare exerce ses ravages
En marquant notre corps de ses maudits outrages.
Il nous entraîne tous vers l’ultime moment.
Ce monstre, c’est le maître et l’ennemi : le Temps !

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Quand je loue le Midi, c’est en alexandrins !
Il sonne dans mon coeur un étrange tocsin
Qui me crie casse-cou s’il y manque un seul pied !
Une étrange contrainte et un curieux hochet

Que cette passion à tout écrire en vers
Réguliers et rythmés. Un besoin nécessaire !
Il manquerait vraiment quelque chose à ma vie
Si je ne pouvais plus satisfaire à l’envie

Partout et en tous lieux de pondre des poèmes
Comme un oiseau des oeufs ! Comment dire qu’on aime
La Provence et son ciel, son mistral, sa lumière
Autrement qu’en rimant, de toute autre manière ?

Moi, je ne pourrais pas ! Ce curieux phénomène
Est-il depuis toujours implanté dans mes gènes ?
Ou bien m’est-il venu depuis que ce pays
M’a domptée, et séduite, et enchaînée à lui

Par les liens d’un amour exclusif et si fort ?
Il est doux à mon coeur, et c’est jusqu’à ma mort
Que je le chanterai comme le fit Mistral…
Avec moins de talent ! Mais cela m’est égal…

 

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