Archives de catégorie : Questions ?

Le ciel devenu fou

Le ciel du mois de juin est devenu cinglé,
Il gronde tous les jours presque partout en France.
L’on n’a jamais vu ça, comme ici en Provence
Qu’on ne reconnaît plus tant tout est déréglé !

Tous les soirs un orage : on se dirait vraiment
Transporté depuis peu là-bas sous les Tropiques !
Le soleil de l’été en devient pathétique,
Qui essaie de défier ces maudits éléments

Déchaînés contre lui : grêle, éclairs, pluie et vent !
Le temps est maintenant un grand imbroglio
Où tout est embrouillé en un méli-mélo
Impossible à prévoir. Un temps fort éprouvant

Pour nous qui attendions l’été impatiemment,
Un temps inqualifiable, un temps de fin du monde !
La Terre à bout de souffle est-elle toujours ronde ?
Nous qui en sommes tous par force les amants

Devrions désormais prudemment y veiller
Tant elle est en colère, et le Temps avec elle.
Il n’y a cette année presque pas d’hirondelles…
Peut-être faudrait-il vraiment nous réveiller ?

En attendant, le ciel est furieux chaque soir.
Nous devons essuyer moult et moultes tempêtes ;
Alors que tout devrait n’être que ris* et fêtes,
Ce début de l’été semble être un repoussoir.

Peut-être faudrait-t-il ne plus tant déconner ?
L’explosion de la foudre ébranle le village…
Alors déferle en nous, venu du fond des âges,
Sans qu’on n’y puisse rien, un trouble irraisonné.

* ris = rires, en vieux François !

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Le début de l'été, Questions ? | Laisser un commentaire

L’arrivée

Dodelinant tout doux, la Méditerranée
Ressemble à un grand lac sous le ciel indigo ;
Un grand lac sans reflets, comme ces marigots
Du fin fond de l’Afrique aux vastes eaux fanées.

Elle est terne aujourd’hui, sans ces vives couleurs
Que lui donne l’été. Un temps sans fantaisie
L’a repeinte de gris, calmant la frénésie
De ses eaux endeuillées où couve le malheur,

Le malheur de ces gens perdus et qui divaguent
Sur des coques de noix, bravant l’immensité.
Elle est calme aujourd’hui, car elle a su dompter
La folie meurtrière engendrée par ses vagues,

Mais demain ? C’est l’hiver. Un mistral fou furieux
Peut bientôt se lever et soulever la houle
En maelström géant ; et la barque qui roule
Tendre soudain sa quille inversée vers les cieux.

Pour le moment, ça va. La mer est bien tranquille
Et là-bas plus au Nord clignotent des lueurs.
Sur l’esquif maintenant l’on a beaucoup moins peur.
Serait-ce l’arrivée ? Peut-être est-ce une ville…

Les flots sous le bateau sont toujours endormis.
Dans le cœur des migrants une énorme espérance
Commence à s’éveiller. Est-ce donc la Provence
Qu’on entrevoit au loin, comme c’était promis ?

Tout est empreint de paix. La côte se rapproche
Et les gens rassurés se sont pris par la main.
Ils ne savent pas trop ce que sera demain
Mais l’espoir est bien là, il faut qu’ils s’y raccrochent.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Hiver, La Provence au coeur, Méditerranée, Questions ? | Un commentaire

Accords

Poème illustré par une aquarelle de :
Armand Feldmann

La nature est en feu et je n’ai pour la peindre
Que ces mots qu’il vous faut entendre avec les yeux !
Un spectacle inouï que je risque d’éteindre
En le dépeignant mal. Un monde merveilleux

Qu’il me faut vous décrire avec de simples noms
L’évoquant tout autant que si vous le voyiez !
Oreilles, yeux et nez… Ce sont tous les chaînons
D’un ressenti profond prêt à les apparier.

L’automne est bientôt là. Regardez tournoyer
Le souffle du mistral arrachant des rameaux
Aux arbres du jardin. Ecoutez le noyer
Qui gémit et se ploie, tout comme les ormeaux

Dont les troncs craquent trop sous les assauts du vent.
Humez bien le soleil qui va bientôt devoir
Subir le mauvais temps, bien plus qu’auparavant,
Quand le ciel clair et bleu ne virait point au noir.

L’automne peint les feuilles d’un roux mordoré ;
Je les entends chanter un bien triste arioso
Car elles vont mourir. Et leur parfum ocré
Se mêle à profusion aux soupirs des oiseaux.

Le poète l’a dit : les couleurs et les sons
Se répondent toujours ! Nos sens sont associés,
Plus féconds quand alliés ainsi à l’unisson,
Ils louent le Créateur pour mieux le remercier.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Automne, Chez nous, Questions ? | Laisser un commentaire

Les roitelets

Poème illustré par un tableau de :
Lucie Allard

Alentour, là dehors, coexistent le monde,
La Provence, le ciel et la Terre bien ronde
Gravitant dans les nues. Et pourtant, tel un roi,
– Microbe minuscule, exempt de tout effroi –

L’on se croit essentiel. Bien que l’on n’y occupe
Qu’une place congrue, tous les Hommes sont dupes
D’un rêve merveilleux : se croire indispensables !
Idée qui les séduit ! Fable déraisonnable :

Nous sommes tous mortels, éminemment fragiles,
Et ne sommes qu’un rien. Statuettes d’argile
Au creux de l’Univers, nous prenant pour des dieux,
Nous voulons oublier qu’il nous faut dire adieu

N’importe où, quel qu’on soit, à n’importe quel âge,
Tout petits, si petits, négligeant les ravages
Du Temps qui passe et fuit tout en nous emportant…
Mais Toi, qui es-tu donc pour te croire important ?

C’est comme la Provence : elle semble éternelle,
Hiératique, figée dans la sempiternelle
Dégradation de tout. Et pourtant elle aussi
S’érode peu à peu ; elle est à la merci

Du Temps inassouvi, mais sur une autre échelle.
Ma Provence jolie qui te crois immortelle,
Tu ne l’es guère plus que tous ces roitelets,
Eux-mêmes aussi chétifs que certains oiselets

Agrippés mordicus à leur petite vie.
Pourtant nous restons là, et n’avons qu’une envie :
Poursuivre très longtemps ce dérisoire tour
Sur le manège fou et incertain qui court

Vers l’implacable fin, nous croyant des titans,
Alors que notre vie n’est qu’un fort bref instant.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans La Provence au coeur, Les gens, Questions ? | Laisser un commentaire

Tristesse printanière

Le ciel est un peu gris avec des reflets jaunes.
On est au mois d’avril, et tout nous semble atone,
Insipide, engourdi comme un temps finissant :
Renouveau sans éclat aux accents languissants…

Pleuvrait-il en nos coeurs comme il pleut au jardin ?
Le printemps semble mou, sans cet esprit badin
De saison enjouée bariolée de teintes
Polychromes et gaies. Que des couleurs éteintes,

Un hiver attardé ne sachant pas mourir !
Un rayon de soleil ténu comme un soupir ?
Il est déjà fané… De nouveau la tristesse
Vient envahir nos coeurs désemparés que blessent

Les rires d’un passé semblant tout envahir.
On voudrait bien ta main pour pouvoir repartir,
Sentir qu’en d’autres lieux ta vie se renouvelle,
Qu’elle peut de nouveau voler à tire d’ailes…

Mais dans le ciel trop gris courent des reflets jaunes
Et le doux chant des fleurs nous semble monotone,
Tous les ans identique et même un peu lassant…
Un sombre violon grince un air angoissant

Tout au fond de nos âmes. Il faudrait que ta vie
Recommence à frémir…En aurais-tu envie ?
L’on va laisser le Temps ranger son triste archet
Et attendre la fin de ce morne couplet…

A notre Monique

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Amours, Printemps, Questions ? | Laisser un commentaire

Mourir au mois d’avril…

Poème illustré par un tableau de :

Eric Espigares
www.eric-espigares.com

Mourir un six avril, n’est-ce point incongru
Alors qu’autour de soi tout explose de vie
Et que la sève monte au coeur des arbres nus,
Alors que le soleil ressuscite à l’envi ?

Mourir à quarante ans au mitan de son temps,
Laisser anéantis tous les vivants qui restent,
Ouvrir au creux des coeurs l’énorme trou béant
D’un chagrin impossible à combler par les gestes

Tendres et impromptus de la tendresse humaine,
N’est-ce point malséant et même inconcevable ?
Laisser au fond des gens cette éternelle peine ?
Pour toi qui es parti est-ce même acceptable ?

Tous les avrils sont doux en Provence, et le vent
Redevient peu à peu cristallin  et léger.
Oui, mais toi tu es mort. Te souviens-tu d’antan
Avant que ton destin n’ait été abrégé ?

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Amours, Printemps, Questions ? | 2 commentaires

La seconde fois

Il n’a pas bien compris  pourquoi il était là,
Mais peu lui importait : la vie semblait si belle.
Quel destin merveilleux ! Cette aurore nouvelle
Lui étant accordée une seconde fois,

Il ne savait comment il avait eu la chance
Qu’on la lui ait donnée ! Pour humer à nouveau
L’air pur de sa Provence, en éternel dévot,
Y chanter son amour et sa reconnaissance ?

Il a pourtant bientôt tristement déchanté
Quand il a retrouvé un Marseille angoissant :
Ce n’était plus la ville à l’ineffable  accent
Qui, quand il y vivait, l’avait tant enchanté,

Mais un monde sévère aux rues inexpressives,
Des femmes empêtrées dans de très longs manteaux,
Suivies par des barbus arriérés et brutaux.
Calme presque anormal, discrétion excessive…

Sur la ville pesait un ciel couleur de poix
L’enveloppant du gris d’un voile de tristesse.
Marseille avait perdu cette aura d’allégresse
Qu’il avait tant aimée quand il était en bas.

Un monde sans couleurs et une ville morne
Qui ne savait plus rire, hurler ou s’engueuler.
Un Marseille trop sage, abruti, esseulé,
Semblant s’abandonner à un malheur sans bornes.

Il ne savait plus trop si c’était le Midi,
Sa Provence d’antan inondée de lumière.
Tout y semblait figé, son ciel était de pierre
Et le bonheur humain semblait s’en être enfui.

Alors l’Homme a eu peur. Il s’est mis à genoux
« Mon Dieu, a-t-il prié, ramène-moi chez Nous ! »

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Contes, Les gens, Marseille, Questions ? | Laisser un commentaire