Archives pour la catégorie “Printemps”

L’horizon est frangé d’un mauve délicat
Sous le ciel transparent, lumineux, presque blanc.
Les ruines du château, sur leur tas de gravats,
Sont empourprées de feu par le soleil levant

Avant de recouvrer leur bien triste grisaille
De pierres corrodées par le temps qui délave…
Citadelle orangée où erre la gueusaille
Des ombres oubliées, lamentables épaves

D’un lointain Autrefois maintenant effacé.
Mais le jour qui éclôt les a fait disparaître,
Et la lumière crue d’un beau matin de mai
Dissout l’ombre effrayante, en y faisant renaître

Des scintillements d’or comme des fleurs nouvelles.
Mison la médiévale est encor endormie
Au creux de son lacis de rues et de venelles
Et le jour qui s’en vient l’a lavée de sa nuit.

Sur le haut du beffroi, deux jolies tourterelles
Dorment encor, serrées en un frou-frou de plumes.
Mais il faut s’éveiller : à grands coups d’étincelles,
Le soleil triomphant vient de chasser la lune.

 

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Poème illustré par un tableau de :

Joseph Hurard
(1887-1956)

On a l’âme qui chante et l’on se sent si bien
Que tout est transformé : le monde est enchanté ;
La terre fatiguée semble réinventée
Et comme rajeunie. Le printemps qui revient

Sème au bord des chemins les milliers de fleurettes
Conçues par le soleil. L’hiver a trépassé ;
La lande desséchée est tout éclaboussée
De boutons d’or bien drus, de frêles pâquerettes.

La garrigue se hâte de faire le plein
De vert et de fraîcheur pour un été très dur
Le ciel est mordoré et le soleil  bien mûr
Posé comme un fruit d’or sur la cime d’un pin.

La chanson du printemps vole sur les collines,
Une chanson d’amour faite pour les oiseaux,
Pour les jardins en fleurs et pour les damoiseaux
Dont le coeur en souffrance explose et dodeline

A force d’aimer trop. Chanson irrésistible
Qui court à travers champs portée par le beau temps !
La sève est comme folle : elle monte et s’épand
Dans toute la nature en onde irrépressible.

 

 

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Il faut me retenir ou je fais un malheur :
Il fait tellement beau, j’ai tant envie de fleurs
Qu’on doit me rappeler qu’il est encor trop tôt
Pour penser jardinage ! Oublions donc terreau,

Rempotage et semis… Il faut attendre avril,
Un peu plus de chaleur, même si le babil
Des oiseaux amoureux me chante le contraire :
« Laisse-toi donc tenter ! ». Et c’est vrai que la terre

Toute gorgée de sève a l’air bien avenant…
Depuis bientôt un mois il n’y a pas de vent :
Le mistral aurait-il oublié la Provence ?
Il fait tellement doux… Quelle incroyable chance

Que ce printemps hâtif qui sent bon le bonheur !
Mais je dois résister, ce n’est pas encor l’heure !
Le mauvais temps sans doute embusqué dans un coin,
Qui peut-être ne veut que flinguer mon jardin,

Est prêt à dégainer : gare au maudit coquin !
Ne nous pressons pas trop… C’est vrai que le matin,
Il fait encor très frais, que le Midi frissonne,
Même si le printemps me fait signe et fredonne

Sa petite chanson. Mais je reste stoïque,
Et si je veux avoir un jardin mirifique,
Il me faut juguler ce désir de planter.
Il est encore trop tôt ! Je vais aller rêver…

 

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Poème illustré par un tableau de :

Vincent Van Gogh
(1853-1890)

Par chez nous, le printemps, c’est le temps de la pluie :
Une pluie forte et drue aux flèches acérées
Ricochant sur le sol, et zébrant de ses traits
Le ciel rageur roulant de gros nuages gris.

C’est le temps de la grêle et le temps des tempêtes
Où soudain le mistral semble devenu fou.
Un temps capricieux passant du tout au tout,
D’un macabre sinistre à une immense fête.

Et c’est aussi le temps du soleil idéal,
Juste chaud comme il faut pour éveiller les fleurs
Encore corsetées par la froide torpeur
De l’hiver qui languit. C’est l’ancien germinal

Qui emplit les greniers de l’antique Provence ;
Ce sont des jours plus longs entrecoupés d’orages,
Pleuvant en ruisselant sur les toits du village ;
Une lumière neuve et qui cligne et qui danse…

Le printemps, par chez nous ? Du bonheur crescendo
Qui met un arc-en-ciel dans l’âme des oiseaux.

 

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C’est le temps des oiseaux qui clament à tue-tête
Que ce maudit hiver est enfin aux abois.
Ils s’égosillent tous par les vaux et les bois
A chanter la douceur du beau temps qui s’entête

A s’arrimer enfin en terre de Provence.
Au creux des sentiers noirs tout tachetés de blanc,
Et de rose, et de vert, c’est enfin le printemps
Rattrapant son retard avec exubérance.

Les infimes chanteurs n’osent pas trop y croire !
Ce fut tellement dur au mois de février :
Parsemée d’oisillons tout recroquevillés,
La garrigue glacée n’était plus qu’un mouroir

Et nul n’aurait pu dir(e) qu’une semaine après
Le printemps serait là, fou et carillonnant !
Trillez donc, les petits, car c’est un vrai beau temps
Vibrionnant de vie qui vient de s’installer.

Et ça chante, et ça piaille et, dès potron-minet,
Ca s’égosille tant qu’on a le coeur joyeux !
Battant bien la mesure, un soleil plantureux
Galvanise le choeur des boules emplumées.

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Pierre Bonnard
(1867-1947)

Tout au fond du jardin il est un amandier
Las et désabusé qui ne veut plus fleurir !
Il est vrai qu’il est vieux, que le moindre soupir
De la bise d’hiver semble le fatiguer.

Mais il n’a plus envie de se donner du mal
A recréer des fleurs ! L’air est trop pollué,
L’atmosphère alentour lui paraît trop viciée
Et le ciel de Provence est de plus en plus sale.

L’amandier tout tordu a vraiment le cafard.
Peut-être a-t-il besoin d’un bon litre d’engrais
Ou de quelques baisers sur son vieux tronc rapé ?
On a besoin de lui, mais  n’est-il pas trop tard

Pour le voir s’éveiller en sa belle livrée ?
Le soleil s’y est mis : bombardant à foison
Notre récalcitrant de millions de rayons,
Il l’a encouragé et l’a réconforté.

Aujourd’hui le vieil arbre est le roi du jardin !
Une pure merveille, une boule de fleurs
Délicates et drues qui nous chauffent le coeur.
Voilé de blanc rosé, éclairant le matin,

Il a caché à tous ses branches dénudées
En les dissimulant sous ses légers pétales.
Il semble rajeuni au soleil qui s’étale
Et croît de jour en jour dans le ciel délavé.

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Le ciel est terne et doux. Mais où sont donc passées
Les violentes couleurs des terres provençales ?
Une brume cendrée s’est tout entrelacée
Aux branches du cyprès dont parfois elle avale

La pointe suraiguë. Il n’a plus de sommet
Et sa cime estompée se perd dans le ciel gris.
Est-ce bien le printemps que ce temps délavé ?
Un paisible oiseau gris flotte sur le roulis

De la mer argentée flasque comme de l’huile
Et qui lèche en douceur les digues de la ville.
Léthargie vraiment rare en Méditerranée !

Le brouillard étouffant qui envahit les rues
Absorbe tous les bruits sous son voile ouaté.
Où s’en est donc allé le printemps revenu ?

 

 

 

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Nous sommes en janvier. Où est passé l’hiver ?
Il fait tellement beau qu’il se peut que la terre
Ignore cette année qu’existent les gelées,
La neige, le verglas : toutes joyeusetés

Que la rude saison aime nous concocter !
Mais il semblerait bien qu’on nous ait oubliés…
La Nature divague d’erreur en erreur,
Tellement perturbée qu’il n’y a pas deux heures

Un oiseau farfelu et un brin insouciant
S’est mis à entonner une trille de printemps !
Un mirage emplumé, un joli mésangeau
Qui s’essayait au chant, perché sur un rameau

Pointillé de bourgeons tout aussi optimistes ;
Car je pourrais ici amorcer une liste
De signes printaniers, tous bien trop en avance.
Petit écervelé, tu n’as pas une chance !

Retourne te cacher, nous sommes en hiver !
Même si le Midi semble se mettre au vert,
Il peut soudain geler et tu prends de grands risques !
Il reste trois longs mois ! Regarde donc le disque

Du soleil hivernal, si net, si gros, si rouge :
C’est le signe absolu qu’il faut que tu te bouges
Pour aller te cacher dans un trou bien douillet.
L’hiver est encor là, le froid est aux aguets…

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C’est une ville-charme et un peu surannée,
Dont l’accent est chantant et dont, toute l’année,
On vante la douceur. Mais sa grâce d’antan
S’y exprime surtout dès le premier printemps

Quand tout y est fleuri partout en abondance :
Balcons en fer forgé ; fontaines où l’eau danse
Et gicle en gazouillant ; calades biscornues
Aux vieux pavés disjoints. La moindre de ses rues

Ruisselle de bouquets et d’odeurs printanières
Qui ravissent les sens ; et la Mairie espère
Obtenir du Jury sa quatrième fleur
Tant chacun dans la vill(e) s’emploie avec ardeur

A fleurir ardemment les plus lépreux des murs :
Il n’est pas une brèche et pas une fissure
Où ne pousse un buisson de fleurs multicolores.
Il faudrait inventer au moins cinq fleurons d’Or

Pour la jolie cité dont la seule bataille
Est le plaisir des yeux. Qui sait ? Vaille que vaille,
Peut-être le village sera-t-il en Provence
Le plus joli de tous ! Peut-être même en France !

 

 

 

 

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Poème illustré par un dessin de :

Raymond Peynet
(1908-1999)

C’est un coeur d’artichaut, si chaud et si sensible
Qu’il se sent tout benêt dès que passe une belle ;
Les mélodies d’amour, les tendres ritournelles
L’émeuvent malgré lui ; c’en est presque risible !

C’est depuis ce printemps qu’il ne résiste pas
A l’invincible attrait d’un trop joli visage.
Les filles le perturb(ent), il ne peut rester sage
Tant elles ont pour lui de délicieux appâts.

Aujourd’hui, c’est Manon : il la trouve adorable,
Songe même à mourir pour lui prouver sa flamme
En lui sacrifiant tout : son coeur, sa vie, son âme…
Mais qu’au moins une fois elle le trouve aimable

Et le remarque enfin ! Puis s’en vient Magali…
Il oublie la blondeur de son autre promise
Et ne voit plus soudain que la bouche en cerise
De la brune Arlésienne. Oh, qu’elle est donc jolie

Avec ses longs yeux noirs et ses boucles d’ébène !
Il a le coeur qui fond… Mais voici Marion
Qui pousse son vélo, ahanant tout au long
De la rue Bénezet. Sitôt il se démène

Pour l’aider de son mieux. De longs cheveux d’argent,
Des yeux couleur de mer, un derrière dodu :
Le voici de nouveau tous sens dessous dessus…
Il faut dire qu’Axel a tout juste quinze ans !

 

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Des valves en plastique ; un morceau de tuyau
Rabouté à l’aorte : et pourtant tout ça bat
Et palpite et frémit et fait même des sauts
Quand l’émotion l’emporte ! Un coeur tout raplapla

Devenu un champion tant il remarche bien !
Un coeur fort mal en point qu’on a raccommodé ;
Un coeur au bout du bout qui ne demandait rien
Qu’a vivre encor un peu et à continuer…

Mais quel drôle d’effet cela peut-il bien faire
De se dire qu’on a, niché dans la poitrine,
Un truc rapetassé ? Quelle curieuse affaire !
Un coeur rafistolé qui peut tomber en ruines

Si ces bouts de rilsan ont été mal cousus !
Enfin… c’est ça, la vie ! Advienne que pourra !
Est-ce vrai qu’il était vraiment si mal fichu,
Ce coeur à l’agonie? Pour le moment il bat…

Oh ! Regardez dehors ce frelon qui lutine
Une fleur toute neuve ! Il y a des brins verts
Qui piquettent le sol. Et un oiseau tintine
Dans le figuier, là-bas…Voici le grand mystère

De la vie qui renaît. Et le coeur rapiécé
A mis au diapason ses nouveaux battements ;
Reparti pour un tour, il est tout requinqué !
Renouveau au jardin et printemps au dedans…

« Bonjour,
Nous vous remercions
d’une part de l’intérêt que vous portez à la Fédération Française de Cardiologie
et d’autre part pour votre beau poème, qui est un hymne à la
vie.
Bien
cordialement, »

Frédéric
Dubus Duparloir (au nom de toute
l’équipe)
Maison du Coeur
Fédération Française de
Cardiologie

 

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Poème illustré par un tableau de :

Jacques Testa
www.tableaux-testa.net

On n’a pas l’habitude ! Il a tellement plu
Depuis le mois de mars que chez nous tout est vert.
L’eau cascade partout et des rious en crue
Inondent la garrigue en détrempant la terre.

Ceci n’est pas du tout une pluie provençale !
Ca tombe incessamment et opiniâtrement
En traits bien réguliers : un rideau vertical
Qui n’arrête jamais et chuinte doucement.

Le terrain est spongieux : c’est inhabituel
En ce coin du Midi si sec et si aride !
Une gadoue collante et gluante où ruisselle
L’eau ininterrompue ; et une odeur fétide

De boue nauséabonde envahit les sous-bois.
Depuis combien de jours, depuis combien de nuits
Pleut-il ainsi, dis-moi ? La Provence aux abois,
Toute grise et mouillée sous son ciel alangui,

Se pose des questions : est-ce un nouveau déluge
Envoyé par le Ciel pour lui faire payer
Trop de douceur de vivre ? Elle était un refuge
Avec son doux climat, et on nous l’a noyée…

 

 

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Des fontaines qui coulent en toutes saisons !
Le pays est à sec, mais pas notre Provence
Malgré son sol ingrat. Qui y a souvenance
D’un temps de pénurie où l’eau lui fit faux bond ?

C’est grâce à la montagne, à ses neiges d’hiver
Qui fondent au printemps, et s’en viennent gonfler
Les sources, tout là-haut, dont les eaux boursouflées
Irriguent la Provence où lors tout devient vert.

Sur les pentes à pic, ce ne sont que cascades
Se déversant en pluie dans des torrents grondants
Coulant avec fracas vers le Sud, y portant
La force du printemps. Sorte de cavalcade

D’eau noire et d’alluvions qui le gorgent de vie
Et dévale à grand bruit, nous portant l’onde claire
Qui glougloute et jaillit des tréfonds de la terre ;
Un nectar ruisselant qui vient du Haut-Pays,

Abreuvant les fontaines partout sur les places,
Décorant joliment nos villes du Midi,
Que nul n’a jamais vues asséchées ou taries.
Remercions en les Alp(e)s par mille et mille grâces…

 

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Janvier avait été terrifiant en Provence ;
Il avait tout détruit, et le mistral en transes
Venu à la rescousse l’y avait bien aidé.
Les plantes de l’été saccagées, dévastées !

Dans une plate-bande un bâton biscornu ;
Un tortoir maigrichon piqué dans le sol nu
Desséché par l’hiver de mon pauvre jardin ;
Le gel étant passé, il n’y restait plus rien

Que ce machin tout sec. Un bout de bois minable,
Un piquet disgracieux tout à fait méprisable.
Qui l’avait planté là ? Je ne m’en souviens plus !
Un bâton inutile et sans plus de vertu

Qu’une pierre stérile. Et j’allais l’extirper
De méchante façon quand j’en fus empêchée :
Sur l’écorce verdâtre, un léger renflement !
Je n’y touchai donc plus car j’avais bien le temps…

Deux ou trois jours après naissait un gros bouton !
Je n’osai pas penser que c’était un bourgeon !
Comment aurait-il pu…? Mais si ! C’était bien vrai
Car il poussa, poussa, sous mes yeux effarés…

A la fin-février, c’était un arbrisseau
Fleuri à la folie, et où tous les oiseaux
Du canton gazouillaient avec force babil !
Le printemps triomphant né d’un bâton stérile !

Depuis c’est un gros arbre où fourmille la vie
Et qui n’a pas de nom, mais qu’on appelle : « Ami » !

 

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Du printemps à l’automne un joli plumbago
Fleurit dans mon jardin : une bribe de ciel
Accrochée au grillage. Ou les plumes des ailes
De l’oiseau enchanté de Charles de Perrault ?

Ses grappes sont si bleues, son feuillage est si vert
Que l’arbuste en paraît quelquefois irréel.
Il va fleurir ainsi jusqu’au seuil de l’hiver
Où il mourra peut-être, amoindri par le gel…

Mais chez moi, protégé par un vieux mur en pierre,
Il résiste au mistral et s’accroche à la vie.
Il sait bien profiter de la moindre lumière
Pour renaître au printemps, quoiqu’un peu rabougri !

Ca n’a pas d’importance ! Tirant de sa ramure
Asséchée, biscornue, sa sève nourricière,
Il refait son feuillage et ses boutons d’azur
Pour reconstruire enfin ses grappes printanières.

 

 

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