Archives de catégorie : Printemps

Massacre

Poème illustré par un tableau de :
Annie Rivière

Ces foutus Saints de glace ont flingué mon jardin !
S’éveillant en fanfare avec moult allégresse,
Mes roses ranimées tendaient avec ivresse
Leurs tout premiers bourgeons au soleil du matin

Quand soudain, patatras ! Leur feuillage pendouille,
Et mes autres semis n’ont plus très fière allure
Après ce coup de gel, tout comme la ramure
Du vieux micocoulier. Les trois vieilles fripouilles

N’ont pas raté leur coup en visant ma maison
Egayée par ces fleurs dont elle était si fière
Et qui gommait son air de vieille douairière !
A cause de ce froid qui n’est pas de saison,

Redevenue guindée, avec son air austère
De couvent buriné par la pluie et les ans,
Il a suffi du gel et d’un grand coup de vent
Pour ruiner tout ce qui la rendait moins sévère

Et moins assujettie à l’usure du temps.
Il va falloir trier, ou replanter des plantes
Pour tout recommencer. Qu’elle se ré-enchante
D’être ainsi rajeunie par l’éclat du printemps.

Mais c’est sûr que bientôt elle s’en va renaître ;
Sous la poutre du toit, le nid des hirondeaux
Est prêt à accueillir de tout nouveaux oiseaux.
Lundi, mardi, demain ? Ou bien jeudi, peut-être…

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Là-haut sur la montagne…

« Là-haut sur la montagne il est un vieux chalet ».
Connais-tu la chanson ? On la chantait petits,
Bien avant que le temps n’ait tout anéanti
De ces burons anciens maintenant affalés

Comme des tas de pierre encombrant les alpages.
Pas seulement le temps ! Les Humains et l’oubli ;
L’oubli des traditions, d’un passé aboli
Par un progrès captieux et son mauvais usage…

Au printemps, les bergers venaient s’y réfugier
En compagnie d’un chien pour garder leurs brebis.
Ils restaient là des mois. Un long exil subi,
Mais telle était leur vie. Sans jamais sourciller.

En hiver, recouverts par un monceau de neige,
Ces burons sommeillaient, tout encapuchonnés ;
Et le gros édredon boursouflé leur donnait
L’aspect d’igloos d’ailleurs, là où le ciel est beige

Presque en toute saison. Mais l’été les pastours
Dormaient tout habillés sous le ciel étoilé,
La tête sur leur chien ; et le pâle reflet
De la lune éclairait les pâtis alentour.

C’étaient des temps anciens. Et la plupart du temps,
Les burons aujourd’hui ne sont plus que décombres
Fréquentés par le vent et les très vieilles ombres
Diaphanes et fanées des pastoureaux d’antan.

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Tristesse printanière

Le ciel est un peu gris avec des reflets jaunes.
On est au mois d’avril, et tout nous semble atone,
Insipide, engourdi comme un temps finissant :
Renouveau sans éclat aux accents languissants…

Pleuvrait-il en nos coeurs comme il pleut au jardin ?
Le printemps semble mou, sans cet esprit badin
De saison enjouée bariolée de teintes
Polychromes et gaies. Que des couleurs éteintes,

Un hiver attardé ne sachant pas mourir !
Un rayon de soleil ténu comme un soupir ?
Il est déjà fané… De nouveau la tristesse
Vient envahir nos coeurs désemparés que blessent

Les rires d’un passé semblant tout envahir.
On voudrait bien ta main pour pouvoir repartir,
Sentir qu’en d’autres lieux ta vie se renouvelle,
Qu’elle peut de nouveau voler à tire d’ailes…

Mais dans le ciel trop gris courent des reflets jaunes
Et le doux chant des fleurs nous semble monotone,
Tous les ans identique et même un peu lassant…
Un sombre violon grince un air angoissant

Tout au fond de nos âmes. Il faudrait que ta vie
Recommence à frémir…En aurais-tu envie ?
L’on va laisser le Temps ranger son triste archet
Et attendre la fin de ce morne couplet…

A notre Monique

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Le ciel incertain

Dans le ciel pommelé flottent de gros grumeaux
Comme du lait caillé. Pitoyables nuages,
Orbes blancs que le vent, sans une once de rage,
Ballotte mollement. Je ne sais pas un mot

Pour dire notre ennui et notre lassitude !
Car ce ciel-là n’est point notre ciel provençal :
Imprécision brouillée d’un ennui colossal
Et formes amollies. On n’a pas l’habitude,

Le nôtre est bien plus pur, surtout quand le mistral
Tonitrue, flagellant la garrigue alentour.
Ces nuages sont mous, ils n’ont pas de contours ;
Mais l’on doit supporter leur aspect automnal :

Notre monde est ainsi, l’on ne peut rien y faire !
Il faut subir son joug et ses intempéries
Même s’il apparaît qu’il y a tromperie
Sur la saison en cours, et que notre atmosphère

Est vraiment détraquée. La Nature en péril
Se trompe tout le temps… Oui, véritable automne
Avec un vent tout mou, de la pluie, un ciel jaune !
Bel automne vraiment, mais l’on est… en avril !

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Mourir au mois d’avril…

Poème illustré par un tableau de :

Eric Espigares
www.eric-espigares.com

Mourir un six avril, n’est-ce point incongru
Alors qu’autour de soi tout explose de vie
Et que la sève monte au coeur des arbres nus,
Alors que le soleil ressuscite à l’envi ?

Mourir à quarante ans au mitan de son temps,
Laisser anéantis tous les vivants qui restent,
Ouvrir au creux des coeurs l’énorme trou béant
D’un chagrin impossible à combler par les gestes

Tendres et impromptus de la tendresse humaine,
N’est-ce point malséant et même inconcevable ?
Laisser au fond des gens cette éternelle peine ?
Pour toi qui es parti est-ce même acceptable ?

Tous les avrils sont doux en Provence, et le vent
Redevient peu à peu cristallin  et léger.
Oui, mais toi tu es mort. Te souviens-tu d’antan
Avant que ton destin n’ait été abrégé ?

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Eh bien, oui, c’est l’hiver…

Poème illustré par un tableau de :
Yves Lallemand

Eh bien, oui, c’est l’hiver en ce jour de printemps !
La neige, le verglas et le froid s’y invitent
Bien qu’on soit le vingt mars ! Puisse le Temps très vite
Remettre un peu plus d’ordre dans ce dérèglement !

Les fleurs qui peaufinaient leur jolie collerette
Devraient se résigner, ou elle paieront cher
Leur manque de soupçons vis à vis de l’hiver
Qui, tapi dans un coin, n’a qu’une idée en tête :

Détruire toute vie qui a décidé d’être
Et de s’ouvrir au jour. Quant à vous, les bourgeons,
Bien recroquevillés et lovés tout au fond
De votre chaud cocon, mieux vaudrait ne point naître

Ou du moins, pas encor : la menace est énorme
Et le risque trop grand ; attendez un moment,
Le printemps reviendra ! Même si le Temps ment,
Il devra malgré tout se conformer aux normes…

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La bagarre

Un jour froid, l’autre chaud : c’est la grande bagarre
Entre un Printemps tout neuf et un trop vieil Hiver.
Choc des générations ? Une lutte bizarre
A grands coups de flocons, de bourgeons déjà verts,

De brise ou de mistral ! Une guerre éternelle…
On croyait pourtant bien que c’en était fini
De ce sinistre temps, quand ce vieux malappris
Est revenu chez nous pour y chercher querelle

Au printemps affairé à réchauffer la terre,
Défroisser les boutons, reverdir les scions
Et booster les épis dans le creux des sillons…
Ayant à la fin mars vraiment bien trop à faire

Pour le laisser ainsi saligoter sa tâche,
Le Printemps s’exaspère et ne supporte plus
Les procédés douteux de ce vieux malotru.
Aussi arrive-t-il que parfois il se fâche

Et déflagre soudain en un énorme orage :
Il hurle, il tonitrue, se déverse du ciel
En un rideau de pluie. Puis un grand arc-en-ciel
Reliant les coteaux fait qu’il oublie sa rage.

Il reprend son boulot, fier que son adversaire
Faiblisse toujours plus, très vite, chaque jour,
Car il sait qu’il ne peut, non plus, durer toujours !
Il lui reste deux mois, et le Temps est sévère…

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