Archives de catégorie : Printemps

Noyade

Le soleil s’est noyé au large de Marseille.
Comme il avait trop chaud, il voulait rafraîchir
Ses rayons hérissés et sa face vermeille
Dans l’eau que l’aube argent commençait à blanchir.

La Méditerranée tellement attirante
Lui a ouvert ses flots ; le soleil a plongé,
Car comment résister à la fraîcheur tentante
De ce fluide indigo pouvant le soulager

De ce feu consumant sa divine matière
Et dont il était las ? Il a sauté du ciel.
Son plongeon  rugissant comme un coup de tonnerre
A fait bouillir les vague(s) ; un geyser torrentiel

A balayé la mer, escaladant les nues,
Et l’eau a bouillonné au loin jusqu’à Niollon.
Mais il s’en est voulu de l’idée saugrenue
Qui l’avait fait plonger, pesant comme du plomb,

Car la mer l’a étreint de ses noirs tentacules
Et, ne pouvant flotter, le soleil a coulé…
Depuis nous souffrons tous de ce saut ridicule
Et nous crevons de froid. En plein mois de juillet

Nous vivons un enfer. Il fait noir, tout est sombre ;
La glace envahit tout, mais la mer bout toujours !
Le grand ciel de l’été est dévoré par l’ombre.
Notre bon vieux soleil renaîtra-t-il un jour ?

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L’au revoir à Lucas

Il était vif et gai comme un air de printemps.
Un gentil trublion, un petit chien si tendre
Qu’il captait  votre cœur ; qu’on ne pouvait prétendre
Echapper à son charme et sa grâce, d’autant

Que c’était un charmeur et qu’il savait y faire !
Minuscule coquin qui n’arrêtait jamais
De gambader partout, il savait enflammer
La maison la plus calme avec un bruit d’enfer.

Il était vif et gai comme un chien-libellule,
Essayant d’attraper au ciel un papillon,
Une feuille d’automne, un insecte, un rayon,
Un rien qui voletait, sa balle ou une bulle…

Et puis, devenu vieux, il a désiré voir
Comment était construit l’arrière de la lune.
Il a donc profité d’une chance opportune
Pour monter tout là-haut, après un au revoir

A celle qu’il aimait, sa si chère maîtresse.
Il craint qu’elle ne pleure : ils s’entendaient si bien !
Mais là-haut c’est un rêve, au Paradis des chiens…
Puisse cette pensée adoucir sa tristesse !

Dans le bout de jardin où il aimait courir
Les roses tristement ont pleuré leurs pétales.*
Bien qu’on soit au printemps le soleil est bien pâle…
Comment, un jour si gai, a-t-il donc pu mourir ?*

**Ces vers sont de Denis, qui s’associe au chagrin de Francine.

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Massacre

Poème illustré par un tableau de :
Annie Rivière

Ces foutus Saints de glace ont flingué mon jardin !
S’éveillant en fanfare avec moult allégresse,
Mes roses ranimées tendaient avec ivresse
Leurs tout premiers bourgeons au soleil du matin

Quand soudain, patatras ! Leur feuillage pendouille,
Et mes autres semis n’ont plus très fière allure
Après ce coup de gel, tout comme la ramure
Du vieux micocoulier. Les trois vieilles fripouilles

N’ont pas raté leur coup en visant ma maison
Egayée par ces fleurs dont elle était si fière
Et qui gommait son air de vieille douairière !
A cause de ce froid qui n’est pas de saison,

Redevenue guindée, avec son air austère
De couvent buriné par la pluie et les ans,
Il a suffi du gel et d’un grand coup de vent
Pour ruiner tout ce qui la rendait moins sévère

Et moins assujettie à l’usure du temps.
Il va falloir trier, ou replanter des plantes
Pour tout recommencer. Qu’elle se ré-enchante
D’être ainsi rajeunie par l’éclat du printemps.

Mais c’est sûr que bientôt elle s’en va renaître ;
Sous la poutre du toit, le nid des hirondeaux
Est prêt à accueillir de tout nouveaux oiseaux.
Lundi, mardi, demain ? Ou bien jeudi, peut-être…

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Là-haut sur la montagne…

« Là-haut sur la montagne il est un vieux chalet ».
Connais-tu la chanson ? On la chantait petits,
Bien avant que le temps n’ait tout anéanti
De ces burons anciens maintenant affalés

Comme des tas de pierre encombrant les alpages.
Pas seulement le temps ! Les Humains et l’oubli ;
L’oubli des traditions, d’un passé aboli
Par un progrès captieux et son mauvais usage…

Au printemps, les bergers venaient s’y réfugier
En compagnie d’un chien pour garder leurs brebis.
Ils restaient là des mois. Un long exil subi,
Mais telle était leur vie. Sans jamais sourciller.

En hiver, recouverts par un monceau de neige,
Ces burons sommeillaient, tout encapuchonnés ;
Et le gros édredon boursouflé leur donnait
L’aspect d’igloos d’ailleurs, là où le ciel est beige

Presque en toute saison. Mais l’été les pastours
Dormaient tout habillés sous le ciel étoilé,
La tête sur leur chien ; et le pâle reflet
De la lune éclairait les pâtis alentour.

C’étaient des temps anciens. Et la plupart du temps,
Les burons aujourd’hui ne sont plus que décombres
Fréquentés par le vent et les très vieilles ombres
Diaphanes et fanées des pastoureaux d’antan.

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Tristesse printanière

Le ciel est un peu gris avec des reflets jaunes.
On est au mois d’avril, et tout nous semble atone,
Insipide, engourdi comme un temps finissant :
Renouveau sans éclat aux accents languissants…

Pleuvrait-il en nos coeurs comme il pleut au jardin ?
Le printemps semble mou, sans cet esprit badin
De saison enjouée bariolée de teintes
Polychromes et gaies. Que des couleurs éteintes,

Un hiver attardé ne sachant pas mourir !
Un rayon de soleil ténu comme un soupir ?
Il est déjà fané… De nouveau la tristesse
Vient envahir nos coeurs désemparés que blessent

Les rires d’un passé semblant tout envahir.
On voudrait bien ta main pour pouvoir repartir,
Sentir qu’en d’autres lieux ta vie se renouvelle,
Qu’elle peut de nouveau voler à tire d’ailes…

Mais dans le ciel trop gris courent des reflets jaunes
Et le doux chant des fleurs nous semble monotone,
Tous les ans identique et même un peu lassant…
Un sombre violon grince un air angoissant

Tout au fond de nos âmes. Il faudrait que ta vie
Recommence à frémir…En aurais-tu envie ?
L’on va laisser le Temps ranger son triste archet
Et attendre la fin de ce morne couplet…

A notre Monique

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Le ciel incertain

Dans le ciel pommelé flottent de gros grumeaux
Comme du lait caillé. Pitoyables nuages,
Orbes blancs que le vent, sans une once de rage,
Ballotte mollement. Je ne sais pas un mot

Pour dire notre ennui et notre lassitude !
Car ce ciel-là n’est point notre ciel provençal :
Imprécision brouillée d’un ennui colossal
Et formes amollies. On n’a pas l’habitude,

Le nôtre est bien plus pur, surtout quand le mistral
Tonitrue, flagellant la garrigue alentour.
Ces nuages sont mous, ils n’ont pas de contours ;
Mais l’on doit supporter leur aspect automnal :

Notre monde est ainsi, l’on ne peut rien y faire !
Il faut subir son joug et ses intempéries
Même s’il apparaît qu’il y a tromperie
Sur la saison en cours, et que notre atmosphère

Est vraiment détraquée. La Nature en péril
Se trompe tout le temps… Oui, véritable automne
Avec un vent tout mou, de la pluie, un ciel jaune !
Bel automne vraiment, mais l’on est… en avril !

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Mourir au mois d’avril…

Poème illustré par un tableau de :

Eric Espigares
www.eric-espigares.com

Mourir un six avril, n’est-ce point incongru
Alors qu’autour de soi tout explose de vie
Et que la sève monte au coeur des arbres nus,
Alors que le soleil ressuscite à l’envi ?

Mourir à quarante ans au mitan de son temps,
Laisser anéantis tous les vivants qui restent,
Ouvrir au creux des coeurs l’énorme trou béant
D’un chagrin impossible à combler par les gestes

Tendres et impromptus de la tendresse humaine,
N’est-ce point malséant et même inconcevable ?
Laisser au fond des gens cette éternelle peine ?
Pour toi qui es parti est-ce même acceptable ?

Tous les avrils sont doux en Provence, et le vent
Redevient peu à peu cristallin  et léger.
Oui, mais toi tu es mort. Te souviens-tu d’antan
Avant que ton destin n’ait été abrégé ?

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