Archives de catégorie : Méditerranée

Accablement

Marseille est accablé par l’énorme chaleur
L’enfermant depuis peu sous un pesant couvercle.
On dirait qu’un brasier l’emprisonne et l’encercle,
L’encageant en enfer pour son plus grand malheur.

On étouffe partout : pas un souffle de vent !
L’on a beau tout ouvrir, pas même une bouffée !
La brise s’est éteinte, à coup sûr étouffée
Au-dessus de la mer par le grand soleil blanc

Qui assiège la ville et qui l’anéantit.
Hier on a constaté qu’il faisait plus de trente
Tard dans l’après-midi ! Une touffeur démente
Paralyse la ville. Il n’y a aucun bruit

Car tous les Marseillais, pourtant habitués,
Gisent dans leur maison, d’autant qu’on est dimanche.
Le Vieux-Port est prostré sous la lumière blanche
Qui pleut sur les bateaux qu’on dirait désertés.

Les flèches d’or fondant du ciel bleu outremer
Vont-elles calciner la ville languissante ?
La Méditerranée aux vastes eaux dormantes
N’a plus l’aspect fougueux d’une authentique mer,

Mais d’une étendue plate. Elle a l’aspect poisseux
D’un marécage huileux, inerte, dont les vagues
Auraient été figées. Le soleil extravague,
Qui explose en brasier sur l’horizon pisseux.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Le début de l'été, Le soleil-lion, Marseille, Méditerranée | Laisser un commentaire

A Marseille, l’automne

Poème illustré par un tableau de :
Josette Esnard

L’automne déambule en repeignant les feuilles
A grands coups de pinceau dégoulinant de roux.
Lui emboîtant le pas avec force frous-frous,
Le mistral veut l’aider, mais balourd il effeuille

Les micocouliers gris ombrageant le Prado.
Incurvé en coupole au-dessus de Marseille,
L’air est si cristallin que tous s’en émerveillent !
L’on en a oublié qu’une pluie en rideau

Le flagellait hier avec tant de violence
Qu’on ne pouvait sortir. Aujourd’hui il fait beau,
Un temps limpide et doux, juste comme il le faut !
Un soleil tamisé, pas encore en dormance,

Réchauffe avec amour le Vieux Port et les quais.
La mer bat doucement, bien qu’elle se prépare
Aux grands coups de boutoir et au grand tintamarre
Des tempêtes d’hiver. Mais pourquoi paniquer

Puisqu’on n’est qu’en octobre et que la ville est belle
Sous la lumière ambrée des tout derniers beaux jours ?
Les rues se sont fardées. Un vent léger y court,
Qui fait danser les feuill(es) en folles ribambelles…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Automne, Marseille, Méditerranée | Laisser un commentaire

Métamorphose

Poème illustré par un tableau de :
Jacques Peyrelevade

Marseille frissonnant sous une pluie glacée
S’est recroquevillé, grelottant tant et plus.
Mais l’on en est content car il n’y a pas plu
Depuis quelque trois mois ! Les rues sont vernissées,

Comme cirées par l’eau. Cependant, s’il fait froid,
L’on se dit que la pluie est une bonne chose,
Et l’on est fort nombreux à défendre sa cause,
Même si  le soleil à Marseille est un roi !

Comment imaginer pourtant ce qui s’y passe ?
De cette énorme pluie, certains avaient pensé
Qu’elle pourrait fort bien se métamorphoser,
Bien qu’on soit au printemps, en averse de glace !

Or, ils se sont trompés, car – oui ! c’est de la neige
Qui tombe à gros flocons sur Marseille effaré !
La neige ? Au mois de mai ? Incroyable ! Il paraît
Qu’on n’a jamais vu ça… Pourtant elle s’agrège

Dans les rues, sur les quais et le toit des maisons :
Marseille est devenu une station alpestre !
Etre un jour envahi par des extraterrestres
Semblerait tout autant dénué de raison !

Mais tout est si joli ! La couette immaculée
A tout emmitouflé d’un manteau duveteux.
Les pointus* recouverts d’un édredon laiteux
Dodelinent tout doux sur l’eau coagulée.

Et comme il reste en nous un coeur de vieil enfant,
Nous sommes tout heureux d’applaudir ce miracle,
Tout prêts, dans notre émoi, à porter au pinacle
Ce prodige inouï, rarissime et… bluffant !

*Barques de pêche marseillaises

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Marseille, Méditerranée, Printemps | Laisser un commentaire

Le soleil mandarine

Chevauchant l’horizon, un soleil mandarine
S’abîme lentement dans le sein de la mer :
La Méditerranée dont les flots dodelinent
Sous le grand ciel brûlant engendré par l’enfer
D’un été bien trop chaud que la brise marine

Ne peut plus juguler tant il est effroyable.
Peut-être que l’eau bleue va se mettre à bouillir
En buvant goulûment ce brasier redoutable !
A moins que le brouillard ne s’en vienne adoucir
Cette horrible chaleur à l’ardeur indomptable ?

Dévorant peu à peu l’énorme boule rouge
Qui sombre dans les flots, la mer bat comme un cœur.
Le vent s’est consumé, il n’y a rien qui bouge,
Même plus les oiseaux ; l’exécrable touffeur
A tout paralysé après les coups de vouge*

D’un été belliqueux tailladant l’atmosphère
D’énormes éclairs bleus. Maintenant c’est fini,
Tout est presque trop calme. La sublime lumière
Disparaît dans les eaux jusqu’à cet Infini
De mondes inversés rehaussés de mystère.

* Vouge : épieu à fer large du Moyen-Age

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Le début de l'été, Le soleil-lion, Méditerranée | Laisser un commentaire

L’angoissée

Poème illustré par un tableau de :

Gustave Caillebotte
(1848-1894)

Elle est à sa fenêtre, anxieuse, et elle attend
Qu’il rentre à la maison. Une terrible angoisse
Commence à la hanter. Depuis combien de temps,
La ronge ce souci ? Elle a peur qu’il ne croisse

Tant qu’ils vivront ici, dans cet appartement…
Et pourtant quelle joie quand un  beau jour Marseille
A ouvert grands ses bras à la jeune maman
Echouée dans la ville étalée au soleil…

Et puis son vieux mari, fatigué, se lassant
De devoir supporter un travail difficile,
Est retourné au bled un soir en la laissant
S’occuper des enfants parfois si difficiles !

On n’est pas mal ici. Au loin, l’on voit la mer.
Beaucoup voudraient avoir une aussi jolie vue !
Mais ces soucis rampants rendent son cœur amer.
Où est donc la vie douce et tranquille prévue

Avant de traverser ? Son fils qui a vingt ans
Déraille depuis peu. Minée par l’inquiétude,
Elle voit qu’il se perd, l’idiot, en fréquentant
Une bande de fous qui siègent d’habitude

Au pied de leur immeuble. Là, elle a vraiment peur,
Il devrait être là, elle se sent malade,
Sa tête est envahie par d’étranges vapeurs…
Il va lui raconter tout un tas de salades,

Mais elle n’en peut plus de faire la leçon.
« On vient de retrouver deux corps dans la garrigue »,
Dit-on à la radio. Pas lui, pas son garçon…
Son cœur tout affolé bat aussitôt la gigue.

Oh non, non, par pitié ! Car c’est ce qu’elle craint :
Qu’il aille un peu trop loin et se fasse descendre
Par l’un ou l’autre camp, parce qu’il a enfreint
Leurs terrifiantes lois. N’en pouvant plus d’attendre,

Elle va malgré tout préparer le dîner
Quand elle entend soudain une clé dans la porte.
« Salut, M’man ! M’en veux pas, mais j’étais au ciné. »
Elle voudrait parfois que le diable l’emporte…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Marseille, Méditerranée, Questions ? | 2 commentaires

Echouage

La Méditerranée, bleue jusqu’à l’infini,
Se love sur la côte en caressant le sable ;
Elle murmure et chuinte, apaisée, si aimable
Avec son clapotis. Pas un seul autre bruit

Qui s’en vienne troubler la plage du Prophète
Et les quais désertés ! La grand’ville qui dort
Est lovée comme un chat dans la poussière d’or
Du chaud soleil levant, préparée pour la fête

D’un long jour de juillet au grand ciel indigo
Epuré par la brise. Et sous la voûte immense,
C’est un lent va-et-vient de l’eau rythmée qui danse,
Avançant, reculant comme pour un tango.

Il y a des baigneurs étendus sur le sable,
Quelques lève-très tôt qui désirent la paix,
Insouciants du soleil qui déjà se repaît
De leur peau blanche et nue, pour lui si délectable.

Tout est calme et serein… jusqu’à ce qu’une boule
Apparaisse au lointain, dansant au fil de l’eau.
Une épave ? Un paquet ? Un étrange ballot
Posé sur une vague en berceau qui chamboule

Cette chose incroyable ! On dirait une tête,
Grosse comme deux poings, attachée à un corps
Semblable à un pantin. Est-ce un enfant qui dort ?
Les gens se sont levés. Et toute vie s’arrête

En ce jour si douillet quand ils voient à leurs pieds
Un bébé tout chétif que la mer triomphante
A posé sur la plage heureuse et insouciante.
Alors prenant contre elle le tout petit noyé

Venu de l’horizon où son bateau coulé
S’enfonce peu à peu sous les vastes eaux claires,
Une femme rugit sa peine et sa colère.
Les autres restent cois, le cœur coagulé…

Mais la mer continue son ballet incessant.
Le soleil s’est levé. Un peu plus loin Marseille
Ignorant le malheur tout doucement s’éveille.
Malheur, pour les cœurs secs, de plus en plus lassant…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Contes, Le début de l'été, Le soleil-lion, Marseille, Méditerranée, Questions ? | Laisser un commentaire

La sentinelle

Mais quel est donc cet homme assis au bord de l’eau ?
On dirait qu’il attend. Patiemment il regarde
L’horizon embrumé où s’attarde une harde
De grands nuages gris flottant au ras des flots.

Un homme? On ne sait pas ! Non… Plutôt une femme
Qui n’a point de visage et qui tourne le dos !
Le ciel d’orage est noir, la pluie tombe en rideau
Mais ça lui est égal, même quand une flamme

Comme un zigzag bleuté enflamme ses cheveux.
Elle attend patiemment, tenace et immobile,
Semblable à un guetteur. Un oiseau malhabile
Qui tangue non loin d’elle est soudain si nerveux

Qu’il retourne planer là-haut dans les nuées…
L’ombre a dressé la tête : elle a vu tout au loin
Un esquif délabré. Elle lève le poing
Vers le ciel qui mugit, et la barque chargée

D’hommes en perdition chavire sur le champ.
L’être étrange sourit de sa bouche édentée
Qui n’est plus qu’un  trou noir. Et la mer excitée
D’être sollicitée avale goulûment

Ces humains se noyant, épouvantés, qui crient.
Le spectre se rassoit, car il voudrait encor
Quelques souffre-douleur. Il se nomme la Mort,
Qui n’écoute jamais quiconque la supplie…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Contes, Méditerranée | Laisser un commentaire