Archives pour la catégorie “Méditerranée”

Tout au bord de l’abyss(e), sur des collines bleues,
Sont posés des palais de marbre et de porphyre
Qui semblent onduler dans les remous saphir.
La Méditerranée délite peu à peu
Les arcades blanchies par le temps de la mer,
Ce long temps immuable érodant et creusant
Les façades rongées tels des squelettes blancs.
C’est un monde blafard, où même la lumière
N’est plus qu’une pénombre où flottent des poissons
Rassemblés en essaims comme vols d’étourneaux.
Des statues écroulées gisent dans les coraux,
Et leurs énormes yeux ouverts sur les grands fonds
Sont emplis de varech, de boue, de tentacules
Qui les font palpiter comme s’ils regardaient
Un abîme inconnu aux gouffres insondés,
Un vide terrifiant grouillant d’animalcules .
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Publié par Vette dans Méditerranée

Poème illustré par un tableau de :
Alexis Ruyer dit Ruyal
www.ruyal.com
Inclinant sous le ciel son horizon qui penche,
La Méditerranée dodeline en clignant.
Elle est bleu émeraude et son écume blanche
Surfile chaque vague d’un feston d’argent.
Le bateau se balance, et son roulis qui dure
Nous révulse le coeur d’une énorme nausée
Et du dégoût de tout. La mer qui n’en a cure
Oscille en basculant, heureuse de valser.
Oh ! que la côte est loin ! Et maudit soit ce jour
Où nous avons rêvé d’acheter un bateau !
Ce voyage infernal va-t-il durer toujours ?
Nous sommes des poissons suffoquant hors de l’eau…
La mer tout de guingois mène sa sarabande
Et tourne autour de nous : elle est entrée en transes.
Et plus qu’à demi-morts nous lui faisons l’offrande
Du champagne avalé avant qu’elle ne danse…
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Poème illustré par un tableau de :
Christian Bligny
www.christian-bligny.overblog.com
Tout était bien trop sec car il n’avait pas plu
Depuis des jours, des mois… Même pas un orage !
Puis le vent s’est levé. Ce n’était guère plus
Qu’un bon coup de mistral ! Mais le feu a fait rage…
Une odeur âcre et forte est toujours en suspens
Au-dessus de la mer. Un voile de fumée
Ternit le ciel trop bleu ; des rafales de vent
Secouent encor les pins aux formes torturées.
Pas bien loin la forêt morte n’est plus qu’espars :
Les ombres des géants dénudés par les flammes.
Le feu est passé vite en laissant les fûts noirs
Dressés et dépouillés, ravagés jusqu’à l’âme.
Le mistral meurtrier ondoie, et il enroule
Une brume puante autour des troncs noircis.
La forêt des Cabros n’est plus. Tout près la houle
Fait cascader la mer sur les grands rochers gris.
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Publié par Vette dans Méditerranée

Un petit port serein sur la Côte d’Azur :
La vie y est clémente et coule doucement…
Mais au large sous l’eau qui nous semble si pure
Un prodige sournois naît indidieusement :
Le sol bouge et frémit imperceptiblement
Dans les grands fonds ingrats dénués de lumière.
Il gonfle lentement comme un être vivant
Soulevant son échine. Et le sable et la pierre
S’effondrent peu à peu le long d’une fissure
Craquelant le rocher qui va bientôt céder.
Le fond noir de la mer au bord de la rupture
Va sans doute se rompre avant la mi-juillet…
La côte est rouge clair ; et elle est si fleurie
Que l’air est parfumé jusqu’à l’horizon bleu.
Mais sous l’onde foncée se cache un ennemi :
Un dragon assoupi qui entr’ouvre les yeux…
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Depuis combien de temps n’avions-nous donc pas vu
Martigues sous la neige ? Et la mer encombrée
De glaçons qui flottaient : la Baltique à Turku ?
Ce n’était vraiment plus la Méditerranée !
Notre port réputé pour l’extrême douceur
De son climat si doux était transfiguré.
Il régnait sur la ville une étrange torpeur
Et les vieux Martégaux, émus et sidérés,
Criaient au cataclysme et à la fin des temps.
De grands pans de banquise au Sud, dans le Midi !
La glace sur l’eau noire éclatait en craquant,
Enserrant les pointus dans un magma tout gris.
Stalactites d’argent ourlant les ponts blanchis
Et chenal grumeleux comme du lait caillé :
Plus rien n’était pareil, on n’était plus ici,
Mais sur l’autre versant d’un monde halluciné.
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Poème illustré par un tableau de :
Jacques Testa
www.tableaux-testa.net
Le soleil-lion se lève au dessus de la mer.
Sa crinière enflammée est tout échevelée
Sur le Frioul doré liseré de lumière.
Voici que s’illumine un beau matin d’été
Où il fait déjà chaud. Agrippée à un pin
D’où sourd une résine odorante et gluante,
Une cigale crique. Et au fond du ravin
De la calanque bleue la mer est ondoyante.
Les rayons étoilés sont encor supportables ;
Tout en bas sur la plage un ado silencieux
Est tel une statue, pétrifié sur le sable
Pétillant sous le ciel immuablement bleu.
Soudain un geste sec, et il lève son fil
Avec au bout du scion un trait d’argent qui bouge :
Un poisson qu’il décroche avec ses doigts agiles
Et rend aux flots marine étincelés de rouge.
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Tout autour du grand pré où paissent les taureaux,
Les gardians se rassemblent dans le bouvao.
Ce sont huit cavaliers formant l’abrivado,
Un triangle vivant poussant les animaux
Vers l’arène, là-bas, par les rues du village…
De jeunes Camarguais jouent à les ralentir
Et à les effrayer : un jeu à leur image
Où tout est toléré. Véritable délire
Avec jets de pétards, de feu et de farine !
On sort de nulle part pour exciter les bêtes
Et si quelqu’un trébuch(e), les bêtes le piétinent.
Mais l’on s’en soucie peu car c’est là qu’est la fête.
L’abrivado résiste et tient bon malgré tout ;
Les chevaux sont costauds, les cavaliers agiles,
Et malgré les folies des jeunes casse-cous,
On mène le troupeau jusqu’au coeur de la ville.
*En Camargue, aux Saintes Maries de la Mer
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Poème illustré par un tableau de :
A.B Gertz
www.expressions.over-blog.fr
Le Port en perdition est mornement figé
Dans une longue attente, et depuis des semaines
Les quais inoccupés s’ennuient à perdre haleine :
Le virus de la grèv(e) vient encor de frapper !
A Marseille on sait bien qu’une poignée de gens
En sclérosant le Port assassinent la ville.
Ils ne font pas de bruit et semblent bien tranquilles,
Mais peu à peu la tuent insidieusement.
Marseille est aux abois et le monde ironique
La voit se déliter et se décomposer
Sous son ciel toujours bleu. Un port n’est-il pas fait
Pour travailler encor et toujours ? Les cyniques
Cruels et amusés le voient gémir en vain,
Entraînant dans sa chute la ville angoissée.
Marseille ne sait plus comment se redresser :
Son grand Port désoeuvré la mène à son déclin.
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Le soleil est énorme et il fond goutte à goutte
Sur la surface acier de la mer immobile.
La Méditerranée, lisse comme de l’huile,
Oscille lentement. Des traces de mazout
L’irisent joliment. Il y a mille oiseaux
Qui plongent vers les flots en hurlant à grands cris,
Rayant le ciel foncé de leurs maigres corps gris.
Mais comment font-il donc pour n’avoir jamais chaud
Quand ils mènent ainsi leur incessant manège ?
Sur l’horizon crayeux Marseilleveyre est beige
Et ses pentes pelées brûlent infiniment.
Ce mois d’août est très dur. Il est comme un fléau
Qui consume Marseille. Il n’y a pas de vent,
Si ce n’est par moments un coup de sirocco.
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Poème illustré par un tableau de :
Laurent Moulinat
www.dessin-sweetness.blogspot.com
Le ciel est vaporeux et posé en résille
Sur l’horizon brumeux aux contours incertains.
Un léger brouillard bleu en s’égouttant pointille
L’herbe morte qui plie sur le bord des chemins.
Il fait juste un peu frais mais l’été est fini.
Il n’y a plus au loin de lignes bien précises ;
Tout est informe et mou, insipide, un peu gris,
Même l’aube qui point semble fort indécise
A venir se poser sur la ville endormie.
Le ciel est brumasseux et si près des maisons
Qu’il pose sur les toits humides de Carry.
La mer semble étouffée par un voile en coton
Et fume étrangement, tels ces lointains marais
S’étendant aux confins inconnus de la Terre.
Un ciel vraiment bizarre à l’horizon brouillé
Etouffe le Midi frustré de sa lumière.
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A la surface de la mer,
Un oiseau cendré se balance
Sur l’eau qui clapote et qui danse ;
Un oiseau insoucieux de l’air
Qui seul devrait être son monde !
L’eau le soulève et, à son gré,
Le fait descendre et remonter ;
Oiseau des airs, oiseau de l’onde,
Tu vas me donner le tournis !
N’as-tu donc aucune nausée
A te laisser ainsi bercer
Par le tangage ou le roulis ?
La Méditerranée l’endort !
Ces moutons sont des vaguelettes
Faites pour bercer les mouettes
Aux yeux cernés d’un cercle d’or.
On dirait un léger yo-yo
Montant et descendant sans cesse :
Une mouette qui paresse
Loin des lourdes nuées, sur l’eau…
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Sur la mer irisée, flamboyant, un trois-mâts
Navigue triomphant, rutilant au soleil.
Dans son ventre pansu il y a des merveilles :
Tissus de soie brodée, étoffes d’apparat…
Claquant au vent ses voiles gonflées de lumière
En font un grand oiseau qui bondit sur les flots.
Il s’en vient de Syrie et il porte très haut
La fierté de son nom florissant et prospère.
Cependant un souci gêne son capitaine !
Oh ! Un tout petit rien : l’un des marins est mort
Ce matin brusquement ; et il revoit encor
Sa mâchoire crispée hurlant à perdre haleine…
La vigie crie : « Marseille » ! On va y débarquer
Toute la cargaison pour des milliers d’écus !
Allons, plus de tracas ! Foin des sous-entendus…
Profits mirobolants et fortune assurée !
Mais au fond de la cale un bacille tueur,
La peste aux crocs d’acier, se tient prêt à tuer.
Année mil sept cent vingt : on est le vingt-cinq mai !
Le vaisseau couve en lui un Alien ravageur*…
*Cette épidémie de peste fit près de 200000 victimes en Provence
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Poème illustré par un tableau de :
Edgar Degas
(1834-1917)
Mon Dieu, quelle douleur ! Qu’elle est dure la vie
De cette pauvre femme assise sur un banc
Du square Borély ; seuls quatre garnements
Y jouent malgré le froid en poussant de grands cris.
Son regard creux est vide et ses traits sont rongés
Par tous ces jours passés à errer dans les rues.
Elle est vieille, elle est seule ; elle n’est guère plus
Qu’un corps mou ballotté au gré de la pitié.
Marseille est fort morose en cet hiver précoce
Qui la rend toute grise et inhospitalière ;
Le mistral accentue le froid et ses misères.
La femme n’en peut plus de cette vie atroce !
Un peu plus loin la plage et la mer qui oscille…
Elle se lève enfin, avec autour du cou
Un vieux sac en faux cuir qu’elle traîne partout.
Elle est un peu courbée et son pas lourd vacille.
Elle est entrée dans l’eau qui clapotait. Touchée,
La Méditerranée l’a bercée un moment
Avant de l’emporter au loin vers le Couchant.
Sur la plage un soulier et un sac effrangé…
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Poème illustré par un tableau de :
Pascal Baudot
www.galerie-com.com
Les barques sont parées, et les jouteurs aussi,
Debout sur leur teinteine au-dessus de la mer,
Le pied gauche en avant et le droit en arrière.
Le public estaquais les acclame à grands cris
Car tels des chevaliers, ils vont s’éperonner
Avec leur longue lanc(e) pour se flanquer à l’eau.
Leur écu ? Un plastron. Portant un numéro
Sur leur gros bras musclé, ils sont prêts… Zou, partez !
C’est l’équipe du cru que les gens plébiscitent.
La foule chante et crie, l’ambiance est survoltée ;
On acclame surtout le champion, Honoré,
Dont l’immense talent n’a aucune limite !
Ses six rameurs courbés poussent comme des fous
Sur leurs rames de bois tant ils veulent l’aider.
Quant au bel Estaquais, il vient de se jeter
Sur l’adversaire en fac(e) sans se soucier des coups…
Mais il a mal visé, il est désarçonné !
C’est lui qui se retrouve à nager tout honteux
Dans les remous qui puent… L’Estaque vergogneux,
Déçu et dépité étrangement se tait.
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Publié par Vette dans Méditerranée

Poème illustré par un tableau de :
Claude Théberge
www.claudethéberge.com
Nous allons partir tous les deux,
Naviguant vers un monde bleu,
Un univers inappréciable…
Au fond de la mer insondable
Flottent des voiles de couleur ;
Des poissons en forme de fleur
Viennent affleurer la surface.
Tu en as l’ineffable grâce
Et la souplesse déliée…
Embarque donc, ma bien-aimée ;
Pauvre petit être aux abois,
Viens te serrer tout contre moi ;
Nous allons partir tout là-bas,
Vers l’autre rive où il n’y a
Que des rêves et des chimères :
Le monde irisé de la mer.
Pourquoi attendre et qu’espérer ?
La brise en Méditerranée
Fait voguer les barques fragiles
Et favorise les idylles
Comme la nôtre. N’aie plus peur :
La maladie fit une erreur
En décidant de t’emporter !
Mais nous allons la devancer
En partant pour ce long voyage.
Anticiper est bien plus sage…
Partons donc pour cette croisière
D’au delà des confins des terres
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