Archives de catégorie : Méditerranée

La sirène du château d’If

Savez-vous qu’autrefois, non loin du château d’If,
Vivait avec les siens en ce monde agressif
Qu’est la mer, si féconde en secrets, en tempêtes,
Un être merveilleux, mi-femme et demi-bête ?

Ce fut un Marseillais qui pécha la sirène
S’ébrouant dans la mer avec thons et murènes.
Emberlificotée telle un banal poisson,
Elle entonna alors une étrange chanson.

Le pécheur aurait dû être terrorisé.
Oh, mais non, pas du tout ! Au contraire il prisait
Cette occasion rêvée d’enfin faire fortune
En vendant hors de prix cette pèche opportune.

Il vira donc de bord pour regagner Marseille,
Et, sans plus s’étonner de l’étrange merveille
Qui par un coup du sort venait de lui échoir,
Il cingla vers le port dans la fraîcheur du soir.

La sirène empêtrée dans les plis du filet
Hurlait toujours son chant étrange et modulé
De notes suraiguës, des sons insupportables
Pour un humain normal. Mais l’homme imperméable

A tout vrai sentiment continuait sa route,
Insensible à la grâce, à la pitié, au doute,
Et sans même un regard pour cet être inouï
Qui gisait à ses pieds et poussait de hauts cris

Appelant au secours le vieux Poséidon.
Le Dieu somma sitôt l’un de ses espadons
D’attaquer le bateau pour délivrer sa fille,
En usant pour le mieux de cette banderille

Qui ornait son museau de chimère aquatique :
Le bateau martelé de charges fantastiques
Transperçant le bois dur fut bien vite détruit
Et coulé dans les flots où las ! il s’engloutit.

La sirène aurait pu avoir de la rancoeur,
Et s’en prendre au pécheur. Mais elle avait bon cœur !
Elle le mena donc gentiment sur la plage…
Où elle en fit sitôt un fort plaisant usage.

Oui, vous avez bien lu ! Cette histoire est coquine,
Tout comme la sirène ; et l’horrible taquine
Profita du pécheur autant qu’elle le put..
L’histoire le laissa satisfait et repu :

Il ne s’en plaignit point, personne ne le sut !

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Il y eut un été…

Oh, laissez-moi dormir ! C’est si bon, c’est si doux
D’être ainsi englouti au plus profond d’un rêve
Semblable à un Eden perpétué sans trêve…
C’est le monde réel qui est cruel et fou !

Il me faut effacer cet incroyable été,
Cet amour passager, car c’était sur du sable
Qu’il était imprimé. Amour aussi friable
Qu’un coquillage mort, terne et inhabité !

J’y ai cru fermement quand on s’est rencontrés
Au tout petit matin sur la plage encor vide.
Il faisait presque froid, le ciel était livide,
Et il marchait tout seul, avec pour seul attrait

De très longs cheveux roux noués en catogan…
Et pourtant aussitôt je fus comme envoûtée.
Il n’y a qu’en dormant que je peux oublier
Ma trop grande candeur face au charme arrogant

Et au cynisme froid de cet homme inconnu.
J’y ai cru tout à fait et fus bien trop naïve,
Seule depuis deux ans et l’âme à la dérive ;
Ma grande solitude et mon cœur mis à nu

N’ont pas su résister à ce plagiat d’amour…
Nous fûmes très heureux, fîmes souvent la fête.
Des rires plein la tête et le cœur en goguette,
Je croyais que l’été allait durer toujours…

Un jour il s’est enfui sans me dire au revoir.
Oh, laissez-moi dormir au creux de mes nuages,
Ces longs jours et ces nuits ne furent que mirage…
L’été s’en est allé et le ciel est tout noir.

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Le dôme bleu

Le ciel est comme un dôme, un dôme bleu qui pèse
Lourdement sur Marseille étouffé par l’été ;
Un ciel que les gabians, de leur vol ouaté,
Strient à grands coups d’aile. Un gros soleil obèse

Darde ses longs rayons sur le port accablé.
L’on a chaud, bien trop chaud. Des filles presque nues
Attendent patiemment la fraîcheur bienvenue
Qui devrait apaiser leur teint caramélé

En fin d’après-midi. Allongées sur la plage
Tout comme des statues, elles dorent en choeur
Sans souci pour leur peau. Et le soleil vainqueur,
Fignolant en sournois leur pernicieux bronzage,

Y sème patiemment des graines de cancer.
Mais juillet est brûlant ; et tout au bord de l’eau
Nul ne pourrait sentir à quel point il fait chaud.
Seul paraît bien vivant l’immuable concert

Des cigales crissant dans la cité éteinte.
Le ciel est comme un dôme, et son bleu outremer
Pèse massivement sur la Terre et la Mer
Imbriquées l’une en l’autre en une immense étreinte…

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Meeting


Poème inspiré il y a cinq minutes par le meeting de Jean-Luc Mélenchon. Un simple tableau, pas forcément prosélyte !!!

La Méditerranée dodeline et soupire
Car la plage est bien vide : où sont-ils tous partis ?
Il fait pourtant bien chaud et le soleil rôtit
Le sable incandescent où le soleil se mire…

Du côté du Vieux Port, on entend de grands cris,
Des hourra ! des chansons. Marseille semble en fête,
Et la ville excitée vocifère à tue-tête
Sous le vaste ciel bleu qui scintille et qui rit.

Debout sur un podium au milieu de la foule,
Un homme tonitrue en agitant les bras
Face à la Canebière. Et, du haut jusqu’en bas,
Oscillant en tanguant comme une grande houle,

Le public applaudit le tribun en hurlant.
L’homme, dos à la mer, salue les drapeaux rouges ;
Et, agitant les bras, sa grande ombre qui bouge
Se détach(e) sur le bleu où moutonne du blanc…

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Le vent d’hiver est fou…

Le vent d’hiver est fou, qui hurle à perdre haleine,
Qui s’échine à briser les grands arbres penchés.
Le vent d’hiver est fou, qui depuis deux semaines
Fait suffoquer le Sud à souffle déployé.

Le vent d’hiver est fou, qui casse les antennes,
Qui arrache le linge étendu à sécher.
Le vent d’hiver est fou, qui rudoie et malmène
Les portes des maisons de ses coups de bélier.

Les faisant tressauter tout comme les mouettes
Dodelinant sur l’eau mousseuse qu’il fouette,
Il secoue les pointus* amarrés au Vieux Port,

Les ballant en cadence. Et les petits bateaux,
Qu’on dirait remontés sur de joyeux ressorts,
Dansent tels des canards se dandinant sur l’eau.

*Petit bateau caractéristique de Marseille

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L’ogresse

Elle était ce jour-là d’une humeur effroyable.
Le mistral l’y aidait car, en la flagellant,
Il la déchiquetait en spumeux lambeaux blancs.
Elle avait ce jour-là l’appétit insatiable

D’une ogresse gloutonne et capable de tout.
Sautant jusqu’au zénith pour broyer les nuages,
Se jetant sur la côte où des Humains peu sages
L’admiraient de trop près, elle était telle un loup

Tout prêt à avaler les proies à sa portée.
Extravagante mer ! Charmés par sa fureur
Et sa folle violence, oubliant leur terreur,
Ils se sont rapprochés de la belle indomptée

Qui lors a généré du fin-fond de son sein
Un rouleau monstrueux, énorme et bondissant…
Il les a tous happés sur le rocher glissant
Pour les lui apporter, comme un vil assassin

Procure son butin à son commanditaire.
Et comme d’habitude, elle a gardé leurs corps
Au fond d’un grand trou noir, parmi les autres morts
Arrachés tout comme eux à leur mère, la Terre…

Puis elle a retrouvé son aspect séduisant
Et presque inoffensif. Méditerranée douce
Au tendre clapotis, dont l’eau claire éclabousse
Sur les plages dorées de tout petits enfants…

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Les complices

Poème illustré par un tableau de :

Michel Le Dret
mledret.free.fr/

Fouettée par le mistral, la Méditerranée
Monte à l’assaut du ciel dont le bleu indigo
Tout bigarré d’éclairs se mélange à ses eaux.
C ‘est le tohu-bohu de forces déchaînées

Agissant de concert pour convulser le monde ;
Trois monstres forcenés unis par l’ouragan,
En quête d’une proie, tout comme trois brigands
Chercheraient une prise apeurée à la ronde.

Du bout de l’horizon déchiré par les vagues
Arrive justement un tout petit bateau
Luttant contre les flots ; ça va faire bientôt
Trois heures qu’il bondit, cabriole et divague

Sur la mer ennemie qui voudrait le détruire.
Il a l’air d’un jouet, le bateau d’un minot
Jouant dans sa baignoire à être matelot.
Mais les trois éléments qui cherchent à lui nuire

Ne sont pas des enfants : ils veulent un désastre
Et la mort est en eux… Le petit bateau bleu
Est bien près de sa fin, il tangue, et d’ici peu
Il n’y aura plus rien sous la lueur des astres

Que les débris piteux d’une pauvre existence…
Le vent, le ciel et l’eau ont eu ce qu’ils voulaient :
Un dernier craquement, le bateau a coulé.
La mer va digérer sa bien maigre pitance.

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La fin d’un monde

Sous le ciel où dansent trois nuages,
La mer bat comme un cœur cadencé.
Elle semble ainsi se balancer
De Marseille à l’incertain rivage

Du Couchant à l’azur enflammé.
La mer bat telle une grosse artère
Engorgée du sang roux de la Terre…
L’astre-roi est un lion affamé

Dont les crocs aiguisés dilacèrent
Le ciel bleu accablant de l’été.
Tout là-bas, l’horizon est flouté,
Avec des rais d’argent qui éclairent

La tour ronde imprécise d’un phare
Insensible aux gifles de la mer
Qui se mêle intimement à l’air
Pour lui faire larguer ses amarres.

La mer bat comme une grosse caisse
Pulsant fort sous les horions du vent,
Gigantesque et tout aussi vivant
Que les flots qui montent, qui s’abaissent.

Le ciel bleu peu à peu s’obscurcit ;
L’eau foncée maintenant semble épaisse
Comme la lave brune que laisse
Les volcans dans ces lointains pays

Où nues et mer semblent se confondre.
Le ciel fond, le vent crie, la mer bat.
Monstrueux ils mêlent leurs ébats
Au-dessus d’un monde qui s’effondre.

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Pollution

couple

L’on dirait que Marseille est sous un capuchon.
Son azur cristallin semble moins transparent
Et son ciel infini est bloqué par l’écran
D’un mystérieux brouillard. Là-haut, le cabochon

De la lune imprévue, dépourvue de limites,
Est encor bien présent malgré le grand soleil.
La ville est mal à l’aise, et depuis son réveil
Respire vraiment mal. Même ceux qui habitent

Non loin du littoral ont l’horrible impression
D’étouffer peu à peu sous l’étreinte invisible
D’êtres lilliputiens, malfaisants et nuisibles
Qui insidieusement en prennent possession !

Particules souillées, corpuscules de suie,
Atomes polluants à l’âcre couleur miel
Et à l’amère odeur vont polluer le ciel
Jusqu’à ce qu’un grand vent nettoyeur les essuie.

En attendant, Marseille est pris dans un filet
Enserrant de ses rets et la mer et la ville.
Il attend patiemment, étonnamment docile,
Que le mistral s’en vienne enfin l’éparpiller.

Nous étions si contents que le printemps arrive,
Et sa lumière bleue et son grand ciel si clair !
Plus petites nos fleurs ? Bien plus âcre notre air ?
La Provence elle aussi s’en va à la dérive…

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Réconciliation

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La Méditerranée a la couleur de l’ambre ;
Elle effleure en douceur la plage délaissée
Depuis presque deux mois. Ses eaux se sont lassées
De ruer sans arrêt depuis la fin novembre

Et d’être malmenées par le vent rugissant.
Mais elle s’est calmée, quiète, tranquillisée,
Ballant tout doucement, enfin presque apaisée
Après tous ces assauts têtus et harassants.

La Méditerranée qui tangue dodeline ;
Ses vagues pacifiées semblent même danser
En abordant la côte, hier encor agressée.
Le vent est maintenant une brise câline

Qui n’a plus rien à voir avec ce qu’il était.
La mer range ses flots en longs plis parallèles,
Le mistral les défait d’un malicieux coup d’aile :
Collègues à nouveau , presque comme en été.

Palpitant de concert et valsant, ils tournoient ;
La Méditerranée et le vent emmêlés
Clapotent de concert sous le ciel aigrelet ;
L’horizon devient rose et le soleil s’y noie…

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L’artiste

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Un vent venu du Sud malmène les nuages,
Les chassant devant lui à grands coups de fouet ;
Et le ciel bleu foncé, secoué, bafoué,
Se pare peu à peu d’incroyables mirages.

Le vent s’est fait sculpteur et modèle les formes
Des nuées bousculées de son souffle effilé.
Il dépose à longs traits des filaments de lait
Sur le ciel indigo si souvent uniforme

Chez nous dans le Midi. Très vite il y dessine
Des plantes inconnues, des oiseaux et des fleurs
Se dissipant sitôt en longs traits de vapeur
Pour renaître plus loin sur la ligne argentine

De l’horizon marin.Le vent est un artiste ;
La mer sous son pinceau se farde de couleurs,
Comme le ciel là-haut, sous ses doigts cajoleurs
De peintre halluciné et de fin coloriste.

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La mer en hiver

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Poème illustré par un tableau de :
Katsushika Hokusaï
(1760-1849)

Est-ce Klein qui ce soir a colorié le ciel
Blafard depuis deux jours – Triste ciel de Provence !
D’un grand bleu d’outremer, à l’éclat si intense
Qu’il éteint peu à peu le discret arc-en-ciel

Posé sur l’horizon par un récent orage ?
La Méditerranée, peinte par Okusaï,
Se jette en galopant à l’assaut du Cap d’Ail,
Et ses flots insensés lancés à l’abordage

S’abattent bruyamment sur les hauts rochers gris.
C’est la mer en hiver, dont les eaux malmenées
Bousculent violemment la plage abandonnée.
Les mouettes là-haut ne sont plus qu’un long cri

Et plongent en hurlant vers les énormes vagues.
C’est la mer en hiver, qui n’a plus rien à voir
Avec cette douceur des longs jours et des soirs
De l’été flamboyant ! Les oiseaux qui divaguent

Dans le vent oscillant se laissent emporter
Au gré du mistral noir qui hérisse leurs plumes.
Le soleil a bondi, et sa lumière allume
Sur les flots en fureur des éclairs irisés.

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La mer infiniment…

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Poème illustré par un tableau de :
Joseph Bayol

www.josephbayol.com

La mer infiniment dodeline et soupire
Au-delà du Pharo, de ses roches d’argent.
La mer-éternité brimbale immensément,
Et ses flots cognent dur la côte que déchire

Le temps démesuré qui sait prendre son temps.
La mer martèle fort les grandes pierres grises
Qu’elle rompt, qu’elle mord, qu’elle broie, qu’elle brise
En tout petits fragments avalés goulûment.

Sans jamais se lasser la mer frappe la ville,
Arrachant des éclats aux plages et aux ports ;
Les vagues tambourine(nt) et des bribes de mort
Voltigent dans l’écume où le soleil vacille

Avant de s’enfoncer derrière l’horizon.
Insidieusement la mer corrode et ronge
Marseille l’insolent qui croit en son mensonge
Et se pense éternel avec peu de raison.

La Méditerranée s’en moque et le dévore
A petites bouchées, sans trop de branle-bas.
Elle sait qu’elle est forte et que rien ici-bas
N’est bâti pour durer ! Que le temps omnivore

Est comme elle un tueur parfaitement normal…
Elle effrite le roc, elle érode la côte.
Infiniment patiente, elle use, elle grignote
La ville qui se meurt en ignorant son mal.

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De partout, à Marseille…

liisa-corbiere

Poème illustré par un tableau de :
Liisa Corbière

www.carredartistes.com/

De partout, à Marseille, on voit la Bonne mère ;
Et de la basilique on aperçoit la mer
Multiforme, irisée, toujours recommencée.
La statue immuable et l’onde ressassée

Sont là, où qu’on se tourne. Et l’immense ciel bleu
Surplombant la cité les tient bien dans le creux
De son éther léger. D’où qu’on soit à Marseille,
On voit la Bonne Mère et la mer qu’ensoleille

Le grand ciel invariable où dansent des mouettes !
Parfois du gris d’ailleurs vient comme un trouble-fête
Embarbouiller le bleu intense de l’azur,
Et un brouillard épais se dresse comme un mur

Entre la terre et l’eau. Mais ce n’est pas souvent
Qu’on a du mauvais temps, et un souffle de vent
S’en vient vite chasser toute idée de nuages,
Qui ne sont par ici que rêves et mirages….

Bien sûr, me direz-vous, je suis bien peu critique !
Mais laissons, voulez-vous, toute autre polémique
Et venez avec moi, suivez-moi tout là-haut,
Là-haut sur la colline entre le ciel et l’eau…

Juste au-dessus de nous, il y a Notre Dame
Et l’enfant dans ses bras, auréolé des flammes
Du soleil en exergue. Et là-bas, sur la mer,
Le soleil s’enfonçant dans les flots outremer…

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Le Panier en été

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Poème illustré par une peinture de :

Vincent Honnoré
honnore-peintre.com

Partout des escaliers ! L’on monte et l’on descend.
Les gens du Panier* vont, les gens du Panier viennent
Dans des rues tout en pente où l’ombre est d’obsidienne,
D’un pas vif et alerte – un pas qui va dansant !

Le quartier est abrupt, penché vers le Vieux Port,
Abondamment pourvu d’indénombrables marches.
Attention à la glisse ! Ajustez votre marche,
Faites bien attention à ce coquin de sort

Qui pourrait vous pousser du haut jusques en bas !
Les venelles en biais redescendent, remontent.
Prenez l’air détaché pour effacer la honte
D’être désorienté : dans presque tous les cas,

Vous vous égarerez ! Repartez à l’envers
Par les ruelles bleues où sont posées des jarres
Toutes empanachées. Quand vous en aurez marre
D’errer de-ci de-là, fiez-vous à l’homme en vert

Qui arrose en sifflant ses fleurs sur le trottoir
Et qui vous montrera le bon itinéraire ;
Il a l’air tout heureux, il est à son affaire
Car il peut cultiver selon son bon vouloir

Trois pots devant chez lui ! La Mairie le permet…
Les rues sont désormais des calades fleuries,
Parées comme il le faut de mille poteries
Qui ont accru leur charme… Il a suffi d’un rien

Pour faire du quartier un endroit enchanteur
Tout parfumé d’été, où des pots en goguette
Ont donné à l’asphalte un petit air de fête :
Tout le monde a le droit d’y planter quelques fleurs…

L’on monte et l’on descend en été au Panier ;
Les rues sont tachées d’or, et malgré leur part d’ombre,
Rafraîchies à souhait et divinement sombres…
Un quartier tout en fleurs et tout en escaliers.

* Un vieux quartier pittoresque de Marseille

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