Archives de catégorie : Méditerranée

Marseille fait la gueule…

Marseille fait la gueule, elle a mal à sa mer :
La Méditerranée, sa maîtresse, sa reine
Qui depuis deux mille ans la garde et la parraine…
La ville a depuis peu le sentiment amer

De ne plus l’estimer, en la déshonorant ;
Si au premier regard c’est vraiment impossible
De prédire pour elle un avenir horrible,
L’eau claire est polluée, et son léger courant

Transporte en clapotant tout un monde pourri :
Déchets désagrégés et ordures chimiques
Diluées en son sein ; détritus organiques
Qu’on ne voit même plus, non ! mais dont se nourrit

Sans s’en douter du tout le monde sous-marin.
Dégradant peu à peu et la faune et la flore,
Insidieusement le fléau détériore
La pureté de l’eau de ce monde serein

Qu’on croyait préservé pour une éternité.
La Méditerranée n’est plus impérissable
Et Marseille le sait. Ce monde inébranlable
Qui paraissait si sûr pourrait bien s’effriter

Et mourir lentement… Le va-et-vient des flots
Effleure doucement les plages de la ville.
Le mouvement de l’eau paraît doux et tranquille,
Mais le bruit du ressac ressemble à un sanglot.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Marseille, Méditerranée, Questions ? | Laisser un commentaire

Mais à quoi sert ce temps qui passe ?

Mais à quoi sert ce Temps qui passe,
Auquel on ne peut s’accrocher ?
Les souvenirs ? Des ricochets
Ne laissant que bien peu de traces

Sur la mémoire où tout s’efface ;
Rien ne sert même d’en parler…
Le Temps ressemble à un reflet
Ephémère dans une glace.

Il passe, il court, il nous entraîne…
Oh, le figer dans les moments
De pur bonheur ! Mais l’on se ment
A croire ces instants pérennes

Puisqu’on glisse sur une pente.
Pourquoi donc même regretter,
Et s’agripper pour résister
A cette implacable descente ?

Passé fini, présent fugace,
Avenir vraiment incertain :
Tout projet est un baratin,
La mort est toujours sur nos traces

Et toute fuite est impossible.
Est-ce utile de l’affronter,
De protester ou d’insister ?
Sa puissance est irrésistible.

Seule la mer semble immuable,
Toujours pareille et toujours là,
Insensible au grand pugilat.
Mais elle efface sur le sable

Toute empreinte de pas humains.
De quoi sera donc fait demain ?

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Méditerranée, Questions ? | Laisser un commentaire

Noyade

Le soleil s’est noyé au large de Marseille.
Comme il avait trop chaud, il voulait rafraîchir
Ses rayons hérissés et sa face vermeille
Dans l’eau que l’aube argent commençait à blanchir.

La Méditerranée tellement attirante
Lui a ouvert ses flots ; le soleil a plongé,
Car comment résister à la fraîcheur tentante
De ce fluide indigo pouvant le soulager

De ce feu consumant sa divine matière
Et dont il était las ? Il a sauté du ciel.
Son plongeon  rugissant comme un coup de tonnerre
A fait bouillir les vague(s) ; un geyser torrentiel

A balayé la mer, escaladant les nues,
Et l’eau a bouillonné au loin jusqu’à Niollon.
Mais il s’en est voulu de l’idée saugrenue
Qui l’avait fait plonger, pesant comme du plomb,

Car la mer l’a étreint de ses noirs tentacules
Et, ne pouvant flotter, le soleil a coulé…
Depuis nous souffrons tous de ce saut ridicule
Et nous crevons de froid. En plein mois de juillet

Nous vivons un enfer. Il fait noir, tout est sombre ;
La glace envahit tout, mais la mer bout toujours !
Le grand ciel de l’été est dévoré par l’ombre.
Notre bon vieux soleil renaîtra-t-il un jour ?

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Contes, Le soleil-lion, Méditerranée, Printemps | Laisser un commentaire

L’arrivée

Dodelinant tout doux, la Méditerranée
Ressemble à un grand lac sous le ciel indigo ;
Un grand lac sans reflets, comme ces marigots
Du fin fond de l’Afrique aux vastes eaux fanées.

Elle est terne aujourd’hui, sans ces vives couleurs
Que lui donne l’été. Un temps sans fantaisie
L’a repeinte de gris, calmant la frénésie
De ses eaux endeuillées où couve le malheur,

Le malheur de ces gens perdus et qui divaguent
Sur des coques de noix, bravant l’immensité.
Elle est calme aujourd’hui, car elle a su dompter
La folie meurtrière engendrée par ses vagues,

Mais demain ? C’est l’hiver. Un mistral fou furieux
Peut bientôt se lever et soulever la houle
En maelström géant ; et la barque qui roule
Tendre soudain sa quille inversée vers les cieux.

Pour le moment, ça va. La mer est bien tranquille
Et là-bas plus au Nord clignotent des lueurs.
Sur l’esquif maintenant l’on a beaucoup moins peur.
Serait-ce l’arrivée ? Peut-être est-ce une ville…

Les flots sous le bateau sont toujours endormis.
Dans le cœur des migrants une énorme espérance
Commence à s’éveiller. Est-ce donc la Provence
Qu’on entrevoit au loin, comme c’était promis ?

Tout est empreint de paix. La côte se rapproche
Et les gens rassurés se sont pris par la main.
Ils ne savent pas trop ce que sera demain
Mais l’espoir est bien là, il faut qu’ils s’y raccrochent.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Hiver, La Provence au coeur, Méditerranée, Questions ? | Un commentaire

Sale hiver…

Sale hiver, con d’hiver ! Je te déteste autant
Qu’un malade chronique honnit sa maladie,
D’autant que tu surgis après la mélodie
D’un automne très doux semblable à un printemps.

L’on t’avait oublié, mais c’était une ruse
Car tu t’étais tapi dans un repli du Temps
Pour en mieux rebondir en te catapultant
D’un océan glacé où poussent des méduses.

Tu as jeté sur nous tes tentacules froids
De pluie, de vent, de gel, de verglas et de neige,
Avec un soleil gris perdu dans un ciel beige
Que nous redécouvrons avec pas mal d’effroi.

La lumière est éteinte au-dessus de Marseille.
La mer que j’aime tant est grise, et le mistral
La creuse en la giflant, impérieux, magistral,
Comme il l’est quelquefois quand son souffle balaye

Les vagues déchaînées sans cesser de mugir.
Oui, l’Hiver, je te hais. Par bonheur j’ai la chance
De vivre en un pays merveilleux, la Provence,
Que tu n’apprécies pas. Mais où tu vas surgir

Car cela t’est dicté, tu dois suivre la règle
Faire subir à tous ton horrible carcan.
Non, non, jamais le temps ne se vend à l’encan :
Le code est imposé – même s’il se dérègle !

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Hiver, Marseille, Méditerranée | Laisser un commentaire

Adèle sur la plage

Poème inspiré par un tableau de :
Nicolas Odinet

Marseille dort encor. Adèle est sur la plage
Pour la première fois depuis l’été dernier.
La mer en roucoulant vient lui lécher les pieds ;
La belle a un  sursaut tant le dur becquetage

Des vagues sur sa peau est mordant et glacé.
Mais c’est insignifiant : c’est le plaisir qui gagne
Sur le désagrément, même s’il s’accompagne
De picots turgescents sur son corps violacé.

Souple comme un ressort, la délicieuse Adèle
Qui bondit ça et là ressemble à un cabri
Venant juste de naître. Elle danse, elle rit,
Hurlant à pleine voix une gaie ritournelle

Des années quatre-vingt qui passe à la radio.
L’on y parle d’amour, du soleil de Provence,
D’un homme séduisant, – autant que l’est Maxence,
Son dernier compagnon. Mais en sautant dans l’eau,

Elle perturbe un peu la mer qu’elle courrouce :
Braillant à pleine voix et trillant bien trop haut,
Elle croit l’encenser… mais elle chante faux !
Lors, outrée, une vague énorme l’éclabousse…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Les gens, Marseille, Méditerranée | Un commentaire

Le vieux chien sur la plage

La Méditerranée musarde sur la plage,
Sereine et bleu marine, aussi calme qu’un lac.
Mousseux et argenté, c’est tout un entrelacs
De légers cheveux d’ange, un lacis de nuages

Qui flotte dans le ciel : on dirait un tableau !
Il est vraiment très tôt et il n’y a personne,
Sauf un gros chien pelé dont les abois résonnent
Dans le petit matin, presque jusqu’au Prado.

Il se traîne, épuisé, sur la plage déserte.
Qui a abandonné ce malheureux clébard
Sur la grève à Marseille ? Il faut être un connard
Pour l’y avoir laissé ! Tous les sens en alerte,

Il aboie, mais en vain. Il a soif, il a faim…
Toute cette eau à boire… et pourtant imbuvable !
Son sort est si cruel, tellement pitoyable,
Qu’il vous ferait douter de tout le genre humain !

Il ne sait où aller, mais il vaut mieux peut-être
Qu’il erre sur la plage : il n’y redoute rien
Du trafic matinal, de tout ce va-et-vient
Des gens et des autos. Peut-être que son maître

Se morfond lui aussi, seul et désespéré
D’avoir perdu son chien ? Qui dit qu’une bêtise
Ne l’a pas fait sortir sans qu’on l’y autorise ?
On ne l’a pas laissé ! Ce ne peut être vrai !

Haletant et à bout, le vieux corniaud s’allonge
Près de l’eau bleue qui bat, diffusant sa fraîcheur
Au sable humide et dur. Avec moulte douceur,
La Méditerranée qui le lèche le plonge

Dans un profond sommeil enfin réparateur.
Et bercé par l’eau bleue qui clapote et balance,
Le pauvre chien perdu sent sa vie en souffrance
S’envoler doucement vers un monde meilleur.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Contes, Marseille, Méditerranée, Zooland | Laisser un commentaire