Archives pour la catégorie “Méditerranée”

Poème illustré par :

John Walker
www.bimago.fr

Viens ! Nous allons marcher tout au long de la mer
Où l’eau encor glacée va nous mordre les pieds ;
Je crois qu’il est trop tôt pour pouvoir nous baigner,
Mais nous allons goûter comme en avant-première

Cette fraîche trempette à faire frissonner.
La grève est solitaire, et nous sommes les seuls
A y marcher ainsi sur le sable tilleul
Qui résiste à nos pas, consistant et mouillé.

Six heures du matin ! Le soleil encor sage
Qui vient de se lever est une boule orange.
Sa lumière ourlée d’or met des reflets étranges
Sur l’eau bleue du Prophète. Il est bien loin l’orage

Qui grondait cette nuit en me faisant si peur !
Tout est calme et serein, il fait même un peu frais ;
Le ciel est bien lavé, et nous allons rentrer
Avant le grand afflux des premiers promeneurs.

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Poème illustré par :

Valérie Molina
www.valerie-molina.com

Semblable au cheval brun d’un curieux jeu d’échecs,
Un drôle de poisson nage à la verticale,
Bien loin des profondeurs de ce monde abyssal
Qui bée très loin sous lui. Flottant dans le varech,

Accroché par la queue à une algue alanguie,
Le petit destrier à la rousse cuirasse
Se laisse balancer par les posidonies
Ondulant souplement dans l’eau tiède avec grâce.

Il suce et il aspire un peu de nourriture
De sa trompe allongée. Dans son ventre gonflé,
Bien que ce soit un mâle il porte ses bébés !
Bien étrange cavale… ou sa caricature !

Encor quatre semaines(s) : il pourra libérer
Ses petits bien formés en ce monde inconnu
Et grouillant de dangers : la Méditerranée.
Pour l’intant il ondoie en un calme absolu.

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Monaco, très chère voisine
Ruisselant d’or insolemment,
Tu es un peu notre cousine,
Construite presqu’effrontément

Sur un grand rocher impérieux.
Nous nous partageons le soleil,
Le même ciel d’un même bleu !
Mêmes amours, mêmes merveilles…

Mais tu vis somptueusement :
Pour être invité à ton bord,
On doit être cousu d’argent…
Qu’est ton emblème ? Est-ce un  veau d’or ?

D’accord ! Mais quand on a gravi
Tes rudes rues si escarpées,
On s’arrête tout ébahi,
Oubliant tout, estomaqué :

Peu importent banques et fric,
Casino, intérêt, affaires…
A perte de vue, mirifique,
L’énorme beauté de la mer !

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Poème illustré par :

Augustin Fleury
(1833-1875)
www.cmo-antiquites.com

Les étoiles gelées par le froid de l’hiver
Sont piquées sur le ciel et ne clignotent plus ;
La nue noire est figée au-dessus de la mer,
La Méditerranée comme éteinte s’est tue.

Tout est inanimé, plus aucun mouvement
Pour agiter les flots ! L’eau livide et caillée
Ne frémit même plus. C’est un immense étang
Dans la nuit immobile et comme pétrifiée.

Pas un souffle de vent ! Décembre s’est posé
Comme un grand oiseau noir sur la côte ; et Marseille,
Attaquée par l’hiver, s’est recroquevillée
Sous le froid qui la mord pendant son long sommeil.

Seul vit le Canoubier dont la tourelle éclaire
Les confins de l’eau sombre où a sombré le vent.
Le port est silencieux : trop paisible ! Et la terre
Dure comme l’acier se meurt tout doucement.

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Nous franchissons le seuil : une eau pure et limpide
Où il fait presque chaud… Et bientôt nous coulons,
Etrangers et intrus au pays d’Atlantide
Qui nous admet tous trois en son tiède giron.

Les algues y sont bleues et des poissons y volent,
Beaux oiseaux de couleur qui respirent de l’eau.
Un hippocampe roux serpente et caracole
Autour autour d’un rocher rouge incrusté de coraux.

Nous sommes aériens et nous ne sentons plus
Ce corps gauche et pesant qui nous encombre à terre.
Voici une actinie qui frémit et remue
Comme une fleur vivante, agitée et légère !

Des bonites rayées, des poulpes qui ondoient,
Une raie comme une aile au fil de l’eau qui danse !
La Méditerranée nous accueille tous trois
Comme des invités dignes de sa confiance.

Nous ondulons, valsons, et nous sommes des bulles
Dans le cristal liquide où flamboie le soleil.
Ses rayons percent l’eau et la lumière ondule
Sur le fond sablonneux en friselis vermeils.

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Poème illustré par :

Félix Valotton
(1865-1925)

Elle est sculpturale et gainée
Dans un superbe maillot blanc :
Une statue tout embrasée
Par l’éclat du soleil couchant

Et qui se baigne chaque soir
A la même heure au Roucas Blanc.
Chacun se réjouit de voir
Plonger son corps souple et puissant

Qui s’enfonce au fil bleu de l’eau,
Parmi les algues qui ondoient
Et frôlent doucement sa peau
Couleur de miel, trame de soie.

Quand elle sort, elle ruisselle
De nacre blonde et d’eau cuivrée
Qui roule, scintille et emperle
Son corps potelé, mais parfait.

Même si elle est un fantasme
Pour d’innombrables Marseillais,
Elle n’essuie aucun sarcasme
Et nul n’ose aucun quolibet

Envers cette naïade blonde,
Toute harmonie et vénusté,
Sortant illuminée de l’onde.
Car on respecte la Beauté…

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Poème illustré par :

Geneviève Lagarde
www.genevievelagarde.artblog.fr

On se sent tout content, le coeur empli d’étoiles :
Le tout nouveau printemps vient de mettre à la voile
Pour s’en venir mouiller pas bien loin de chez nous
Et l’on est si heureux qu’on en est presque fou !

On a le coeur content, une chanson aux lèvres,
Et si ça continue, on va comme les chèvres
Bondir un peu partout pour exprimer sa joie.
On a le coeur content et la tête en émoi

Car ce printemps tout neuf filant de port en port
S’en va vite flanquer le triste hiver dehors
Pour enfin débarquer, jetant l’ancre à Carry,
Peignant en rose et blanc ses ronds-points surfleuris !

Naviguant et voguant de Martigues à Cassis,
De ses doigts de velours il efface le gris
Qui barbouillait la côte et polluait le ciel.
Avril le bourlingueur a déployé en aile

Sa grand’voile de vent et de soleil mêlés.
On se sent tout content et, le coeur étoilé,
On fête le beau temps en dansant sur la plage,
Sous la nue pommelée de très légers nuages.

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Des algues bleues ondoient au fil du courant bleu,
Des algues friselant comme les longs cheveux
Des sirènes d’hier et dont le chant fatal
Attirait les marins voguant près du chenal.

Leurs volutes bouclées frémissent en dansant
Tout au long de la grève et au fil du courant
Qui va jusqu’au Cap Gris ; et des poissons d’argent
Pas plus grands que le doigt s’y faufilent en bans.

La Méditerranée qui oscille balance
Ses longues algues bleues aux flagelles qui dansent
Comme dansaient hier les sirènes létales
Attendant les marins noyés près du chenal.

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Poème illustré par :

Josette Mercier
www.josettemercier.ch

Sur la plage dorée des silhouettes noires :
Sombres centaures peints sur l’horizon en feu,
Elles vont vers l’Ouest, piétinant l’onde bleue
Frissonnante et plissée par la brise du soir.

Les chevaux* silencieux et las ne bronchent  pas
Dans le calme feutré de l’air lourd de l’été.
Ils marchent lentement sur le sable et leur pas
Concorde en harmonie ; ils semblent y danser.

Tout est paisible et doux ; seule la mer chuchote.
Les hommes se sont tus. Ils vont se balançant
Sans froisser les flots plats badigeonnés d’argent.
La Camargue s’endort sous le vent qui clapote.

Le crépuscule roux qui s’éteint peu à peu
Sombre au fond de la mer et les centaures fondent,
Dilués par la nuit et ses volutes bleues.
Le ciel est en velours et la lune y est ronde.

*Poème dédié à Jérôme Garcin

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Poème illustré par :

Aïvakovski
(1817-1900)

Un rouleau, deux rouleaux sur la plage qui dort ;
Deux rouleaux, trois rouleaux,  puis quatre frangés d’or
Sous les rayons aigus de la lune placide.
Il fait frisquet ce soir et la brise est acide.

C’est un lent va-et-vient sur le sable en béton
Que l’eau effrite à peine ; et quelques blancs moutons
Moussent en pétillant sur la grève d’argent.
C’est un lent va-et-vient, une valse à deux temps

Rythmés par un reflux mystérieux et secret.
Pas de marée ici, mais l’eau semble avancer
Pour s’en aller lécher l’escalier de la plage.
La lune toute ronde est semblable à l’image

Qu’en dessinent toujours les tout petits enfants.
Un flux et un reflux, une valse à deux temps
Sous l’astre de la nuit immobile et placide
Au-dessus de la mer ; le monde semble vide.

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Faites de rochers gris soutachés d’ombre claire,
Réceptacles d’argent irradiant la lumière,
Les îles du Frioul se dressent au Couchant
Sous le vol saccadé de vastes oiseaux blancs.

Il y fait toujours sec et quelques pins tordus
Se sont enracinés dans la caillasse nue
Comme les Forts d’antan d’où partait la mitraille.
Iles arides, nues : royaume de pierraille !

Autrefois Ratonneau servait de quarantaine
Aux marins-voyageurs venus d’îles lointaines
Et peut-être porteurs d’atroces maladies.
Aujourd’hui, peu de gens ! Solitude infinie

De terres isolées en face de Marseille
Dont un djinn m’a conté qu’un jour – grande merveille !
Elles furents plantées en Méditerranée
Pour un Dieu saharien qui ne buvait jamais !

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Poème illustré par :

Annemeraude
http://annerevesdefees.blogspot.com
La sirène Anima qui n’avait pas d’enfant
Gémissait longuement les soirs de pleine lune
Quand le coeur lui poignait, lorsque le ciel s’allume
De millions de points dorés et clignotants

Car ils lui rappelaient tous ces légers esprits
En peine de naissance. Et son monde si beau
Lui semblait vain et gris au creux bleu de ses eaux
Sans un bébé triton à qui donner la vie.

Un jour au-dessus d’elle elle vit un bateau
Où grouillaient des Humains submergés par la peur.
Puis la barque craqua et, hurlant de terreur,
Il sombrèrent bientôt au coeur sombre des flots

Pour mourir sur le champ : c’étaient des hommes noirs
Qui ne connaissaient pas la mer et ses mirages.
La sirène nageant au milieu de l’orage
Vit un bébé flotter accroché aux espars.

Tout d’abord elle fut submergée de bonheur :
Elle allait le garder et en faire un triton,
L’emporter dans la mer parmi ses compagnons…
Puis elle refléchit et comprit son erreur

Car le bébé perdu n’était pas un poisson !
Elle devait le rendre à sa famille humaine !
Alors au prix très lourd de son énorme peine
Elle alla le poser sur les quais à Toulon…

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Pendant dix heures, vingt pompiers
Se sont escrimés sur la plage
A un laborieux renflouage,
Applaudis et encouragés

Par une foule de badauds :
Ils ont lutté dans l’eau glacée,
Ahané pour y rejeter
Un pitoyable baleineau,

Et risqué eux-mêmes la mort
Pour sauver l’énorme bestiau
Battu par le sable et les flots.
Piquetés d’ambre, tachés d’or,

Ses petits yeux étaient ouverts
Sur un monde impossible à voir,
Et tout emplis du désespoir
Presque-frère d’un mammifère !

Mais à force de batailler,
Les vingt hommes sont parvenus
A rejeter le gros corps nu
Dans les flots bleus qui bouillonnaient

Soudain miséricordieux.
Il a enfin rejoint  sa mère
Au sein déchaîné de la mer
Et nous leur avons dit : « A Dieu… »

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Poème inspiré par :

D.Lebas
Mon Dieu, quelle douleur ! Mais quel bonheur aussi
D’ainsi se souvenir de ces amours anciennes
Embuées de regrets qui vont et puis qui viennent
Et que le temps qui passe a un peu adoucis !

C’était au temps précieux des premières amours
Au bord bleu de la mer. A Sanary peut-être ?
En cet âge si tendre où l’été semblait être
Eternellement lent, fait pour durer toujours.

Nous dansions chaque soir et nous étions si beaux
Que tout autour de nous les autres se taisaient
Tant était magnifique ce couple parfait
Que nous formions alors : immuable duo !

Mais la mort était là qui nous a séparés…
Mon Dieu, quelle douleur et que la vie est longue !
La mer n’a pas changé ; l’horizon est oblongue
Où plonge lentement le soleil orangé…

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Cannes et Nice ont eu peur et se sont rappelé
Que leur mer calme et bleue aux reflets de saphir
Etait un monstre froid capable d’exploser,
De les terroriser, de les anéantir

Quand elle a déferlé le quatre mai dernier :
Une vague si haute et si ahurissante
Qu’on crut au tsunami ! Un mur démesuré
D’eau, de sable et de vent ! Une vague démente

S’écroulant sur la ville où des gens affairés
Aménageaient la plage en songeant à l’afflux
Des futurs estivants du tout nouvel été :
Rêves habituels, catastrophe imprévue !

Les quais bien policés de Cannes submergés :
Et le Grand Festival ? Qu’allait-on pouvoir faire ?
Nice aux millions de fleurs bombardée de galets !
Deux villes haut de gamme et vivant un enfer…

La vague est repartie juste après le carnage :
Restaient larmes et boue ! Un travail de titans
Pour vite réparer les effets de la rage
Méditerranéenne. Et ce déchaînement

Presqu’inimaginable chez nous en Provence
A laissé tous ces gens las et anéantis,
Désenchantés, inquiets. Comment avoir confiance
En cette mer aimée qui leur a tant menti ?

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