Archives de catégorie : Méditerranée

Le printemps en mer

Le mistral aujourd’hui a-t-il perdu son souffle ?
Il n’est plus qu’un zéphir sur les flots dodinant
Sous l’azur bleu cobalt. Mais là-bas le Ponant
Est encor un peu gris sous le ciel que boursouflent

Des nuages légers tout comme des ombrelles.
La Méditerranée froufroute doucement
Jusqu’à l’horizon bleu qui ondoie lentement,
Aussi calme qu’un lac aspergé par la grêle

Des rayons printaniers qui pleuvent sur ses vagues.
A l’Est, Marseille est roux et toujours endormi
Comme un gros animal qu’on a enfin soumis,
Bien qu’encor agité de rêves qui divaguent.

Au large du Frioul ont jailli des courbettes
Toutes synchronisées : les ricochets mouillés
D’un groupe de dauphins. Sont-ils émoustillés
Par l’appel du printemps comme les autres bêtes 

Ou vraiment étrangers aux phases saisonnières ?
Sous leurs corps fuselés, l’eau est violet foncé.
Ils stridulent encor, avant de s’enfoncer
Dans l’abîme béant où même la lumière

Ne peut plus pénétrer. Là-haut, à la surface,
La mer chauffe ses flots à grands coups de soleil.
Un tout jeune gabian péniblement s’essaye
A monter vers l’azur, exempt de cette grâce

Inhérente aux oiseaux et à ses congénères.
Tirant vers les nuées ses ailes de velours,
Volant toujours plus haut, il est désormais lourd
D’un défi insensé : atteindre la lumière 

Du soleil qui renaît pour la saison nouvelle
Et gicle du ciel pur en millions d’étincelles.

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Erosion

Avec délicatesse et en catimini,
La Méditerranée, lovée contre Marseille,
Le grignote tout doux. Marseille s’émerveille,
Mais il n’a pas compris qu’elle est un ennemi

Car c’est traîtreusement qu’elle l’use et l’érode :
Un petit bout par-là, un petit bout par-ci !
Paraissant ignorer qu’il en sera ainsi
Tout au long fil du temps, la ville s’accommode

De perdre à chaque instant des bribes de sa côte.
La mer en s’y glissant la lèche tendrement
De ses vagues salées ; et c’est tout doucement
Que l’autre s’affaiblit quand les vagues baisotent

Ses plages et ses rocs avec force patience.
La mer n’est pas pressée car elle a tout son temps :
Des milliers d’années, peut-être plus, d’autant
Que le nouveau climat accentue sa puissance.

Elle va, elle vient, elle frôle, caresse
Le sable, les rochers, de son flot alangui ;
Parfois un coup de chien, quand elle se languit
De voir le processus qui traîne et qui paresse…

Et puis elle reprend l’inlassable labeur
Que lui a destiné sa mère la Nature
Dont le but avéré est que nul ne perdure.
Marseille périra, car de tout tel est l’heur…

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La Fête

Il faudrait qu’un beau jour, à l’orée du printemps,
L’on fasse la fiesta pour oublier le temps
Du ciel bas sur la mer tristement cotonneuse.
Effacer tout souci de l’âme cafardeuse

Que nous donnent le froid et le gris de l’hiver !
L’on devrait tous s’unir pour repeindre la ville
De toutes les couleurs. Même les bidonvilles !
Nous masquerions leurs plaies en forçant sur le vert ;

Du jaune et puis du bleu sur les quartiers lépreux,
Et de l’or en pagaille au fond de tous les yeux.
Nous mettrions au ciel quelques nuages roses
Pour faire plus joli ; ferions pousser des roses

Et des milliers de fleurs dans le moindre recoin.
Plus chouette qu’à Rio, bien plus beau qu’à Venise !
Non, pas un Carnaval : une fête qui grise
Tous les gens de Marseille. Et qu’à brûle-pourpoint

Chacun cherche chez lui de quoi se déguiser
En grand n’importe quoi. Et qu’on danse, et qu’on chante ;
Qu’on soit surtout heureux, tous les sens aiguisés
Par le bonheur de vivre. Et que tous on s’enchante

De ce nouveau printemps s’ouvrant sur tant d’espoir.
Nous irions nous baigner. La Méditerranée
Se ferait toute douce ; et comme chaque année
Au mitan de l’été, du matin jusqu’au soir,

Nous en savourerions l’agréable tiédeur
Bien qu’on ne soit qu’en mars. Gigantesque trempette
De tous les Marseillais chantant avec ardeur
Sous le soleil ravi de se joindre à tue-tête

A l’énorme, homérique et incroyable fête !

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Apaisement

Il y a dans le ciel des coulures laiteuses
Qui en souillent le bleu aussi pur que tes yeux.
Et là-bas plus au Sud, des nuages crayeux
Posant sur l’horizon des macules douteuses.

Car c’est fini, ma belle ! Il faut bien t’y résoudre :
Rien ne sert de pleurer les beaux jours disparus !
Le temps s’est déglingué. Mais l’automne encouru
Prépare ses pinceaux et commence à dissoudre

Ses plus riches pigments pour en peindre les arbres.
Ne pense qu’à son Art ! Aux sublimes couleurs
Qu’il va élaborer pour en teinter ces fleurs
Qu’on ne voit qu’en novembre,  et qui ornent le marbre

Des mausolées gisant au fond des cimetières.
Il s’essaiera aussi, plus tard, à l’aquarelle
Et repeindra la mer de coloris pastel
Pour gommer les excès de sa beauté altière.

Enfin ! S’il a le droit, car la belle est violente…
Mais c’est un créateur qui n’hésitera pas
A poser sur les flots des tons plus délicats
Qu’au temps tonitruant où la chaleur pesante

Peignait l’onde bleu-nuit de couleurs trop criardes.
L’automne sait user du charme mesuré
De son pinceau qu’il sait freiner et modérer…
N’aie plus de préjugés, ma belle, et ne regarde

Que ses jolis aspects, sa douceur raisonnable,
Ses dons de créateur aux talents étonnants.
Plus d’été bigarré au charme détonant,
Mais simplement l’automne, en paix et si aimable !

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La tueuse

Attention, gens du Sud ! Ne pensez surtout pas
Qu’elle est calme et sereine ! Il ne faut pas la croire
Telle qu’elle apparaît : lisse comme l’ivoire,
Simplement friselée. Une mer bien sympa

A l’air tranquille et doux d’un grand lac innocent ?
La Méditerranée est une vraie tueuse
Cherchant à dévorer toute voile hasardeuse
Osant s’aventurer sur ses vagues de sang

Pour fuir d’autres dangers et d’atroces bourreaux.
Elle est plate souvent comme une énorme mare
Oscillant doucement sans autre tintamarre
Que le chant harmonieux, modulé, de ses eaux

Turquoise, or et saphir. Belle incroyablement
Et cachant bien son jeu, comme cette déesse
Ordonnant froidement à de jeunes prêtresses
De l’approvisionner en repas, en amants.

Elle sait se parer d’attraits et de douceur,
Bien que souventefois sa nature profonde
Ressurgisse soudain, que ses immenses ondes
Se muent en gouffres noirs engendrant la terreur

En quiconque y navigue, inconscient, innocent.
Lorsqu’elle hurle sa rage, attaque et se déchaîne
Contre les malheureux poursuivis par sa haine,
Elle les fait baller sur son bouillon dansant

Où ils roulent meurtris par ses assauts furieux.
Car cette mer si douce est une meurtrière
Qui ne sait point dompter ses instincts de guerrière
S’avérant chaque jour toujours plus impérieux.

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Marseille dans la brume

Marseille est ouaté d’une brume maussade.
Octobre l’éteignoir crie à la cantonade
Que c’en est bien fini des excès de l’été
Et de ces jours si doux dont le temps arrêté

Nous offrait ces plaisirs qui font aimer la vie !
Dans nos cœurs attristés monte déjà l’envie
De revoir le printemps, de bien vite oublier
Ces moments rabat-joie où l’on vit replié

Sur sa petite vie et ses petits soucis…
La brume estompe tout de son voile, adoucit
La raideur des murs gris et râpés de la ville.
Il y règne à présent une torpeur tranquille

Seulement perturbée par les cris des gabians
Point trop désarçonnés par ce brouillard ambiant
Semblable à un rideau de mousseline grise.
Il n’y a pas de vent. Non ! Pas même une brise

Qui ferait vivre un peu l’eau morte et sans replis.
Aucune ondulation, pas même un friselis…
La mer décolorée génère de la brume
Où des étoiles bleues de temps en temps s’allument

Comme ces feux follets qu’on voit au cimetière.
Un voile suffocant couvre la ville entière
Etonnée de subir ce temps extravagant
Qui s’avère à Marseille un prodige intrigant

Suscitant le cafard et un brin d’inquiétude…
Notre azur est si pur qu’on n’a pas l’habitude
De le voir engoncé dans un manteau brumeux !
Marseille est silencieux sous son ciel cotonneux.

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Disgrâce

Une course ? Impossible  de l’envisager,
Car ces yachts du Vieux Port ont perdu leur allure
De conquérants des mers. Et malgré leur voilure,
Etouffé tout espoir de jamais voyager.

Certains ne savent plus ce qu’est la haute mer !
Exposés pour montrer fortune et réussite,
Peut-être souffrent-ils d’un chagrin que suscitent
La mer tellement proche et ses relents amers ?

Ils tanguent juste un peu quand le vent souffle fort,
Qui pourrait abîmer l’opulente richesse
De leur coque vernie, sans leur donner l’ivresse
De bondir sur les flots en s’enfuyant du Port,

De goûter pour de vrai ce qu’est la liberté.
Marseille les enserre, et le bruit de la ville
Est le seul qui parvient jusqu’à leur pont tranquille
Où parfois un marin d’opérette est posté.

Rutilants de couleurs, tellement beaux à voir,
Ils ressemblent un peu à ces tristes maquettes
Dormant à tout jamais derrière une étiquette
Au fond d’une vitrine éteinte dès le soir

Quand le gardien s’en va. Ils n’existent pas plus !
Ils sont beaux, luxueux, ils suscitent l’envie,
Ignorant à jamais ce qu’est vraiment la vie,
Et contemplant de haut les modestes pointus*

Impatients de pêcher dès le lever du jour ;
Sautillant sur les flots, ivres d’impertinence
Et de témérité, et dont l’irrévérence
D’impudents moussaillons leur rappelle l’amour

Qu’ils avaient pour la mer quand ils furent conçus…
Les yachts huppés du Port doucement dodelinent,
Comme certains bourgeois parvenus se dandinent
Pour montrer à autrui leur triomphe cossu.

* Petits bateaux de pêche typiques de Marseille

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La sirène du château d’If

Savez-vous qu’autrefois, non loin du château d’If,
Vivait avec les siens en ce monde agressif
Qu’est la mer, si féconde en secrets, en tempêtes,
Un être merveilleux, mi-femme et demi-bête ?

Ce fut un Marseillais qui pécha la sirène
S’ébrouant dans la mer avec thons et murènes.
Emberlificotée telle un banal poisson,
Elle entonna alors une étrange chanson.

Le pécheur aurait dû être terrorisé.
Oh, mais non, pas du tout ! Au contraire il prisait
Cette occasion rêvée d’enfin faire fortune
En vendant hors de prix cette pèche opportune.

Il vira donc de bord pour regagner Marseille,
Et, sans plus s’étonner de l’étrange merveille
Qui par un coup du sort venait de lui échoir,
Il cingla vers le port dans la fraîcheur du soir.

La sirène empêtrée dans les plis du filet
Hurlait toujours son chant étrange et modulé
De notes suraiguës, des sons insupportables
Pour un humain normal. Mais l’homme imperméable

A tout vrai sentiment continuait sa route,
Insensible à la grâce, à la pitié, au doute,
Et sans même un regard pour cet être inouï
Qui gisait à ses pieds et poussait de hauts cris

Appelant au secours le vieux Poséidon.
Le Dieu somma sitôt l’un de ses espadons
D’attaquer le bateau pour délivrer sa fille,
En usant pour le mieux de cette banderille

Qui ornait son museau de chimère aquatique :
Le bateau martelé de charges fantastiques
Transperçant le bois dur fut bien vite détruit
Et coulé dans les flots où las ! il s’engloutit.

La sirène aurait pu avoir de la rancoeur,
Et s’en prendre au pécheur. Mais elle avait bon cœur !
Elle le mena donc gentiment sur la plage…
Où elle en fit sitôt un fort plaisant usage.

Oui, vous avez bien lu ! Cette histoire est coquine,
Tout comme la sirène ; et l’horrible taquine
Profita du pécheur autant qu’elle le put..
L’histoire le laissa satisfait et repu :

Il ne s’en plaignit point, personne ne le sut !

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Il y eut un été…

Oh, laissez-moi dormir ! C’est si bon, c’est si doux
D’être ainsi englouti au plus profond d’un rêve
Semblable à un Eden perpétué sans trêve…
C’est le monde réel qui est cruel et fou !

Il me faut effacer cet incroyable été,
Cet amour passager, car c’était sur du sable
Qu’il était imprimé. Amour aussi friable
Qu’un coquillage mort, terne et inhabité !

J’y ai cru fermement quand on s’est rencontrés
Au tout petit matin sur la plage encor vide.
Il faisait presque froid, le ciel était livide,
Et il marchait tout seul, avec pour seul attrait

De très longs cheveux roux noués en catogan…
Et pourtant aussitôt je fus comme envoûtée.
Il n’y a qu’en dormant que je peux oublier
Ma trop grande candeur face au charme arrogant

Et au cynisme froid de cet homme inconnu.
J’y ai cru tout à fait et fus bien trop naïve,
Seule depuis deux ans et l’âme à la dérive ;
Ma grande solitude et mon cœur mis à nu

N’ont pas su résister à ce plagiat d’amour…
Nous fûmes très heureux, fîmes souvent la fête.
Des rires plein la tête et le cœur en goguette,
Je croyais que l’été allait durer toujours…

Un jour il s’est enfui sans me dire au revoir.
Oh, laissez-moi dormir au creux de mes nuages,
Ces longs jours et ces nuits ne furent que mirage…
L’été s’en est allé et le ciel est tout noir.

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Le dôme bleu

Le ciel est comme un dôme, un dôme bleu qui pèse
Lourdement sur Marseille étouffé par l’été ;
Un ciel que les gabians, de leur vol ouaté,
Strient à grands coups d’aile. Un gros soleil obèse

Darde ses longs rayons sur le port accablé.
L’on a chaud, bien trop chaud. Des filles presque nues
Attendent patiemment la fraîcheur bienvenue
Qui devrait apaiser leur teint caramélé

En fin d’après-midi. Allongées sur la plage
Tout comme des statues, elles dorent en choeur
Sans souci pour leur peau. Et le soleil vainqueur,
Fignolant en sournois leur pernicieux bronzage,

Y sème patiemment des graines de cancer.
Mais juillet est brûlant ; et tout au bord de l’eau
Nul ne pourrait sentir à quel point il fait chaud.
Seul paraît bien vivant l’immuable concert

Des cigales crissant dans la cité éteinte.
Le ciel est comme un dôme, et son bleu outremer
Pèse massivement sur la Terre et la Mer
Imbriquées l’une en l’autre en une immense étreinte…

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Meeting


Poème inspiré il y a cinq minutes par le meeting de Jean-Luc Mélenchon. Un simple tableau, pas forcément prosélyte !!!

La Méditerranée dodeline et soupire
Car la plage est bien vide : où sont-ils tous partis ?
Il fait pourtant bien chaud et le soleil rôtit
Le sable incandescent où le soleil se mire…

Du côté du Vieux Port, on entend de grands cris,
Des hourra ! des chansons. Marseille semble en fête,
Et la ville excitée vocifère à tue-tête
Sous le vaste ciel bleu qui scintille et qui rit.

Debout sur un podium au milieu de la foule,
Un homme tonitrue en agitant les bras
Face à la Canebière. Et, du haut jusqu’en bas,
Oscillant en tanguant comme une grande houle,

Le public applaudit le tribun en hurlant.
L’homme, dos à la mer, salue les drapeaux rouges ;
Et, agitant les bras, sa grande ombre qui bouge
Ressort bien sur le bleu où moutonne du blanc…

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Le vent d’hiver est fou…

Le vent d’hiver est fou, qui hurle à perdre haleine,
Qui s’échine à briser les grands arbres penchés.
Le vent d’hiver est fou, qui depuis deux semaines
Fait suffoquer le Sud à souffle déployé.

Le vent d’hiver est fou, qui casse les antennes,
Qui arrache le linge étendu à sécher.
Le vent d’hiver est fou, qui rudoie et malmène
Les portes des maisons de ses coups de bélier.

Les faisant tressauter tout comme les mouettes
Dodelinant sur l’eau mousseuse qu’il fouette,
Il secoue les pointus* amarrés au Vieux Port,

Les ballant en cadence. Et les petits bateaux,
Qu’on dirait remontés sur de joyeux ressorts,
Dansent tels des canards se dandinant sur l’eau.

*Petit bateau caractéristique de Marseille

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L’ogresse

Elle était ce jour-là d’une humeur effroyable.
Le mistral l’y aidait car, en la flagellant,
Il la déchiquetait en spumeux lambeaux blancs.
Elle avait ce jour-là l’appétit insatiable

D’une ogresse gloutonne et capable de tout.
Sautant jusqu’au zénith pour broyer les nuages,
Se jetant sur la côte où des Humains peu sages
L’admiraient de trop près, elle était telle un loup

Tout prêt à avaler les proies à sa portée.
Extravagante mer ! Charmés par sa fureur
Et sa folle violence, oubliant leur terreur,
Ils se sont rapprochés de la belle indomptée

Qui lors a généré du fin-fond de son sein
Un rouleau monstrueux, énorme et bondissant…
Il les a tous happés sur le rocher glissant
Pour les lui apporter, comme un vil assassin

Procure son butin à son commanditaire.
Et comme d’habitude, elle a gardé leurs corps
Au fond d’un grand trou noir, parmi les autres morts
Arrachés tout comme eux à leur mère, la Terre…

Puis elle a retrouvé son aspect séduisant
Et presque inoffensif. Méditerranée douce
Au tendre clapotis, dont l’eau claire éclabousse
Sur les plages dorées de tout petits enfants…

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Les complices

Poème illustré par un tableau de :

Michel Le Dret
mledret.free.fr/

Fouettée par le mistral, la Méditerranée
Monte à l’assaut du ciel dont le bleu indigo
Tout bigarré d’éclairs se mélange à ses eaux.
C ‘est le tohu-bohu de forces déchaînées

Agissant de concert pour convulser le monde ;
Trois monstres forcenés unis par l’ouragan,
En quête d’une proie, tout comme trois brigands
Chercheraient une prise apeurée à la ronde.

Du bout de l’horizon déchiré par les vagues
Arrive justement un tout petit bateau
Luttant contre les flots ; ça va faire bientôt
Trois heures qu’il bondit, cabriole et divague

Sur la mer ennemie qui voudrait le détruire.
Il a l’air d’un jouet, le bateau d’un minot
Jouant dans sa baignoire à être matelot.
Mais les trois éléments qui cherchent à lui nuire

Ne sont pas des enfants : ils veulent un désastre
Et la mort est en eux… Le petit bateau bleu
Est bien près de sa fin, il tangue, et d’ici peu
Il n’y aura plus rien sous la lueur des astres

Que les débris piteux d’une pauvre existence…
Le vent, le ciel et l’eau ont eu ce qu’ils voulaient :
Un dernier craquement, le bateau a coulé.
La mer va digérer sa bien maigre pitance.

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La fin d’un monde

Sous le ciel où dansent trois nuages,
La mer bat comme un cœur cadencé.
Elle semble ainsi se balancer
De Marseille à l’incertain rivage

Du Couchant à l’azur enflammé.
La mer bat telle une grosse artère
Engorgée du sang roux de la Terre…
L’astre-roi est un lion affamé

Dont les crocs aiguisés dilacèrent
Le ciel bleu accablant de l’été.
Tout là-bas, l’horizon est flouté,
Avec des rais d’argent qui éclairent

La tour ronde imprécise d’un phare
Insensible aux gifles de la mer
Qui se mêle intimement à l’air
Pour lui faire larguer ses amarres.

La mer bat comme une grosse caisse
Pulsant fort sous les horions du vent,
Gigantesque et tout aussi vivant
Que les flots qui montent, qui s’abaissent.

Le ciel bleu peu à peu s’obscurcit ;
L’eau foncée maintenant semble épaisse
Comme la lave brune que laisse
Les volcans dans ces lointains pays

Où nues et mer semblent se confondre.
Le ciel fond, le vent crie, la mer bat.
Monstrueux ils mêlent leurs ébats
Au-dessus d’un monde qui s’effondre.

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