Archives pour la catégorie “Méditerranée”

Hiératique, un chat noir médite sous la lune
Accrochée au ciel bleu où clignent trois étoiles.
Par moments, tiède et douce, une brise importune
S’en vient briser son rêve, ébouriffant son poil

De mille friselis qui le font frissonner.
Il ne bouge pas plus qu’une statue d’ébène,
Surplombant sans la voir la Méditerranée,
Ne se sentant soumis qu’à la lune, sa reine

Qui le fascine tant qu’il en perd le sommeil.
L’horizon lumineux crépite sur la mer
En des millions de feux, parcelles de soleil
Oubliées par le jour. Les fragments de lumière

Ont tant charmé le chat qu’il est ensorcelé,
Vrombissant de ronrons. Ses très longues moustaches
Aiguës et argentées vibrent énamourées,
Et il miaule à la lune, la queue en panache.

 

 

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Le soleil vertical au-dessus de la plage
Darde ses rayons fous sur les corps allongés.
C’est un ogre affamé qui, dans son apogée,
Déverse sa touffeur et son énorme rage

Sur Marseille alanguie au creuset de l’été.
Sa lumière est platine, et si éblouissante
Qu’elle mange les yeux des belles adorantes
Qui osent le braver, offrant leur nudité

A ses rayons d’acier. C’est un monstre éructant,
Dont la noire arrogance et la voracité
Ravagent la région depuis un mois entier.
Soleil vertigineux encore plus ardent

Que les autres années où pourtant il progresse,
Il est aussi brûlant qu’en ces lointains pays
Rongés par le désert. Et, maître du Midi
Qu’il assaille à grands coups de flèches vengeresses,

Il semble pour toujours ancré dans le ciel bleu.
Il est omnipotent et paraît immuable,
Bombardant sans arrêt de rayons implacables
L’indolente apathie de la Provence en feu.

 

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Au royaume marin où flottent les méduses
Vit un très vieil Ondin oublié de ses pairs ;
Un antique Génie hébergé par la mer,
La Méditerranée qui tourmente et qui use

Au gré de ses flots bleus son vieux corps délabré
Aux écailles flétries. Esprit noir des abysses,
Il hante le trois-mâts qu’il fit sombrer jadis,
Le guidant par son chant charmeur jusqu’aux rochers.

Mi-homme, mi-poisson, il n’est plus bon à rien
Qu’à y vivre en reclus depuis qu’il fit naufrage.
Il est le capitaine, et pour tout équipage,
N’a plus que les squelettes blanchis des marins

Erodés par le sel. Il ne peut plus quitter
L’épave disloquée aux tréfonds des eaux noires
Tant il s’est attaché aux ossements ivoire
D’une belle noyée qui l’a ensorcelé.

Il la tient dans ses bras depuis le jour fatal
Où le vaisseau sombra. Il la berce et il chante,
Fou et désespéré… Et depuis lors il hante
Le vieux bâteau maudit, en sinistre féal

D’une carcasse morte. Il s’en va rester là
Jusqu’au jour fort lointain où il n’aura plus rien
Qu’un peu de boue blanchâtre éparse entre les mains…
La cloche du trois-mâts vibre en sonnant le glas

Pour mieux accompagner sa funèbre tristesse.
Le sombre carillon vole au-dessus des flots,
Portant lugubrement au loin jusqu’au Pharo
Le chant noir du malheur, d’une infinie détresse.

 

 

 

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Le ciel est terne et doux. Mais où sont donc passées
Les violentes couleurs des terres provençales ?
Une brume cendrée s’est tout entrelacée
Aux branches du cyprès dont parfois elle avale

La pointe suraiguë. Il n’a plus de sommet
Et sa cime estompée se perd dans le ciel gris.
Est-ce bien le printemps que ce temps délavé ?
Un paisible oiseau gris flotte sur le roulis

De la mer argentée flasque comme de l’huile
Et qui lèche en douceur les digues de la ville.
Léthargie vraiment rare en Méditerranée !

Le brouillard étouffant qui envahit les rues
Absorbe tous les bruits sous son voile ouaté.
Où s’en est donc allé le printemps revenu ?

 

 

 

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Là-bas sur l’horizon glisse un paquebot blanc :
Un prodige marin quasiment aussi grand
Qu’un énorme building. C’est un phénoménal
M’as-tu vu chamarré comme le général

D’un pays d’opérette ; une sorte de ville
Flottant sur l’eau bonace ; un monstre bien tranquille
Ayant tout oublié des dangers de la mer
Et tout pétaradant de bruit et de lumière.

On n’y songe qu’à rire et à bien profiter
Des multiples plaisirs et des nombreux attraits
Qu’offre la vie moderne : ébats dans la piscine,
Bains de soleil et flirt, délicieuse cuisine !

La croisière s’amus(e), la fête bat son plein…
Au grand dam de Neptune. Aussi le dieu marin
Vient-il de décider d’y mettre le holà :
Il va se divertir et ça leur apprendra !

Rameutant à grands cris le vent et le tonnerre,
Le monstre se déchaîne et fait vivre un enfer
Aux pauvres malheureux qui croyaient oublier
Que la vie n’est qu’ennuis dans un monde bien laid…

L’énorme paquebot n’est plus sur la mer folle
Qu’une sorte d’esquif qui saute et cabriole
Comme coquille de noix ! Chacun n’est plus qu’effroi
Et admet humblement que seul Neptune est roi,

Le priant ardemment de sauver le bateau.
Magnanime, il écoute et maîtrise les flots
Qui baissent le museau. Quant aux gens, ils sont verts,
Mais ils ont bien compris ce qu’est vraiment la mer.

 

 

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C’est l’heure fugitive où le soleil descend :
Rétractant ses rayons, il n’est plus qu’une boule
Enorme et rouge vif sur le ciel. Puis il coule
Derrière l’horizon barbouillé de safran.

Il est vite avalé ; l’on peut enfin souffler.
Une brise d’été relativement fraîche
Caresse en l’effleurant notre peau, et y sèche
De son souffle ténu une sueur salée

Où est resté collé le sable de la plage.
L’horizon qui n’est plus qu’une ligne légère
Disparaît peu à peu ; sa lueur éphémère
Se dissipe à l’ouest, là-bas, dans un orage

Qui gronde sourdement du côté de Carry.
Il fait un peu plus frais et l’on se sent bien mieux.
Le soir qui met le feu à des étoiles bleues
Est même un peu frisquet sous leur doux clignotis.

 

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poème illustré par un tableau de :

Vera Pagava
(1907-1988)

Je suis doux et bouclé comme un tendre mouton
Et j’aime m’enrouler autour du corps bien rond
De ma jolie Emma. Quand elle sent le sel,
Juste après la baignade ! Elle essuie ses aisselles,

Ses jambes et ses bras… d’autres choses encore !
J’ai, comme dirait l’autre, une fonction en or !
Et puis elle m’étend sur le sable doré
Et se couche sur moi. Mon Dieu ! si vous saviez…

Voici bien des années que je vis ce servage
Et je vieillis pas mal, malgré tous les lavages.
J’étais bleu outremer, mais ma teinte qui passe
Est un brin délavée. Si ma couleur la lasse,

J’ai peur qu’elle me jette. Et le qu’en dira-ton
Dit que je pourrais bien me muer… en chiffon !
L’usure me détruit, j’ai du mal à survivre,
Mais vous m’imaginez, faisant briller les cuivres ?

Enfin, ça va encor : Emma n’est pas bêcheuse.
Elle aime ma douceur, la texture moelleuse
De mon coton épais. On va continuer
A aller à la mer pour s’y faire bronzer…

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Laurence Malherbe
www.gecko-rouge.net

L’été est revenu et ses jours lumineux
Nous paraissent sans fin ; immuablement bleu,
Le ciel a oublié ce qu’était un nuage
Et l’on est tout content d’avoir tourné la page.

Il faudrait maintenant que notre cher soleil
Fasse de gros efforts : depuis peu à Marseille,
On recommence à voir des baigneurs sur les plages
Qui mettent à bronzer autant force que rage,

Car  ici nul n’a honte de trop dénuder
Son corps parfois bien fait, mais souvent trop replet ;
Et ces seins tout flapis, ces bedons étalés
Seraient bien plus jolis s’ils étaient mordorés !

L’astre-roi ne sait plus où donner de la tête ;
Il est si fatigué qu’une bonne trempette
Lui ferait un bien fou ! Mais ce n’est qu’à neuf heures
Qu’il pourra se plonger, pour son plus grand bonheur,

Tout là-bas, à l’ouest, derrière l’horizon.
Pour le moment, c’est vrai, ils perdent la raison,
Tous ces gens ne rêvant que d’être bien grillés,
Barbecuetés et frits, boucanés, rissolés !

Mais pour notre glouton, c’est un fameux festin
Que l’épiderme blanc de ces pauvres crétins
Qui vont vite saisir qu’à s’exposer ainsi
Ils jouent avec leur peau de joyeux ahuris !

Souffrir pour être beau, ruisseler de sueur,
Et rester immobile et des heure(s) et des heures…
Il est vrai qu’à Marseille on va devoir peler
Pour être enfin admis dans le Club des bronzés !

 

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Poème illustré par un tableau de :

Jacques Testa
www.tableaux-testa.net

J’ai besoin de soleil et j’ai soif de lumière !
Où pourrais-je en trouver autant que par ici
Quand s’annonce l’été ? Et quand enfin la mer
Transforme sa clameur en un doux clapotis.

Et ce bleu infini du ciel interminable
Quand les jours sont si longs ? En est-il de plus pur ?
Cette tiédeur de l’eau, cette chaleur du sable
Qui font monter en vous comme un goût de luxure,

En quelle autre région pourrait-on les trouver ?
Le soleil et la mer, la lumière et le ciel
Incroyablement bleu si souvent dans l’année !
Ce pays est béni et vous donne des ailes

Car l’âme est plus légère au cours de ces longs jours
Immuablement clairs. Pas trop chaud, pas trop frais :
Ce temps presque parfait devrait durer toujours !
Provence-paradis dès le début de mai !

 

 

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Sonnet illustré par un tableau de :

Ivan Aïvazovski
(1817-1900)

La Méditerranée clapote au clair de lune ;
La brise virevolte et des bribes d’écume
Volettent ça et là sur les vagues marine
Ourlées d’un lé d’argent. La mer qui dodeline

Oscille en soupirant sous le ciel lumineux
D’une nuit du mois d’août. La nue est encor bleue,
Et la côte au lointain la hachure de noir.
Pas encore la nuit, plus tout à fait le soir :

C’est l’heure délicieuse où il fait enfin frais.
Plaqué au firmament, le visage de craie
De la planète éteinte est celui d’un Pierrot.

La Méditerranée qui reflète sa face
Ondoie infiniment. La vibration de l’eau
Ronfle sous le ciel clair, comme une contrebasse.

 

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Poème illustré par un tableau de :

Man Ray
(1890-1976)

Honoré le pêcheur vivait au Lavandou.
Honoré ? Il l’était ! Car notre pescadou
Etait le géniteur de quatre jolies filles :
Madelon, Magali, Marguerite et Camille.

Camille était bizarre : elle adorait nager
En ces temps où la mer suggérait le danger !
Sujette émerveillée d’une étrange passion,
Elle aimait plus que tout l’univers des poissons.

Mais ce qu’on ignorait, c’était que la donzelle
Cachait farouchement un don exceptionnel :
Quand elle était sous l’eau, elle y pouvait rester
Tout comme les tritons, sans devoir respirer !

Pratiqué chaque jour et quel que soit le temps,
Ce rite paraissait tout de même inquiétant…
Et quand cette manie tourna à l’obsession,
Honoré le pêcheur, se posant des questions,

Ordonna à ses soeurs de la mieux surveiller :
Il leur fallut deux jours pour trouver son secret…
Et à lui un instant pour enjoindre à sa fille
D’en faire profiter sa nombreuse famille :

Camille irait nager aux tréfonds des grands fonds
Pour rabattre vers lui ces énormes poissons
Nombreux comme, dit-on, grains de sable à l’Anglade :
La fortune assurée contre une promenade !

Sous les yeux sidérés de toute la tribu,
Elle se rebiffa, outrée et fort émue :
« Père, je suis marrie de vous désobéir ;
Mais jamais, mes amis, ne pourrai les occire ! »

Et puis elle plongea définitivement
Au sein de cette mer aimée passionnément :
La Méditerranée devenue son royaume
Qui lui fit oublier l’indignité des Hommes.

Elle y vit désormais comme une vraie poissonne,
Ne devant rendre compte à rien ni à personne.

 

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Au creux de l’onde noire, une ombrelle nacrée
Se gonfle et se dégonfle au gré du courant chaud.
Un dôme iridescent, transparent et léger ;
Hémisphère diaphane ondoyant sous les eaux.

Dans son sillage traînent des filaments bleus,
Comme une chevelure étrange et sinueuse
Ondulant sous la mer ; flagelles vénéneux
D’une ombelle irisée, délicate et gracieuse !

Mais bientôt le courant la pousse vers la plage,
La posant sur le sable avec tact, en douceur ;
Et le temps insidieux se met vite à l’ouvrage,
Asséchant sa beauté d’un souffle destructeur.

Bientôt ne reste plus de la bulle moirée
Qu’une bouse malsaine, un petit tas bourbeux !
Elle était arc-en-ciel en Méditerranée
Et n’est plus maintenant qu’un immondice honteux.

 

 

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Un gros soleil tout rond darde partout en France
Ses longs rayons d’argent. Ils sont un peu usés
Mais encor très ardents ; et même la Provence
N’en revient toujours pas de cet ultime été.

On est le six octobre : il fait trente degrés ;
Tout aussi chaud, vraiment, qu’en plein coeur du mois d’août !
Les gens en sont ravis, et les plages bondées
Comme lors des beaux jours ! Il ne fait aucun doute

Que ce n’est qu’un sursis ; alors profitons-en…
Même si les marchands d’habits font grise mine
Car ils n’ont pas prévu que ces maudites gens
Se croiraient en été. Ils râlent et fulminent

Devant bottes, bonnets, manteaux matelassés
Très inutilement présents à l’étalage.
Ils les vendront plus tard ! Et nous, les Marseillais,
Nous nous délectons tous, avec force, avec rage,

De la chance inouïe qu’est pour nous ce miracle :
L’été au mois d’octobre et la plage en automne !
Le Prophète assailli, le soleil au pinacle !
Il paraît qu’au Prado un platane bourgeonne…

 

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Jean-Marc Janiaczyk
jean-marc.janiaczyk.pagesperso-orange.fr

Une harmonie parfaite et le juste milieu !
Le ciel est bleu layette, éclairant Mandelieu
De la lumière tendre du nouveau printemps.
La Méditerranée cligne et l’horizon s’étend

Jusqu’aux lointains confins d’un monde inachevé…
La mer est comme un songe, et l’on pourrait rêver
Qu’elle baigne là-bas des côtes inconnues
Avec les mêmes flots, existant à l’insu

Des Hommes de chez nous. Il fait très doux ce soir
Et les premières fleurs embaument l’air ivoire.
Brise molle agitant les plumes d’un palmier,
Le vent emporte au loin l’odeur des orangers

Qui fleurissent déjà sur les rives australes.
La côte y est d’azur et le temps idéal,
Juste comme il faudrait qu’il soit infiniment.
Les mimosas dorés chuchotent doucement…

 

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Poème illustré par un tableau de :

Catherine Thivrier-Forestier
www.livegalerie.com

Je hais le vent d’hiver et ces longs beuglements
Qu’il pousse à la folie quand il est déchaîné ;
Quand il se rue du Nord vers le Midi pelé
Par le gel de décembre. Il est le vent dément

Qu’on appelle mistral au pays de Provence.
Il est le vent d’hiver, dont les hululements
D’animal pris au piège et né du Léviathan
Font trembler les maisons et leurs toits en souffrance

Sous ses coups de boutoir. Il est un monstre froid
Ne sachant que souffler haine et grand’démesure ;
Torturant les bateaux, déchirant les voilures,
Il n’aime qu’engendrer la tourmente et l’effroi.

Il ne craint que la pluie : c’est elle qui le vainc
De ses longs doigts glacés et qui le paralysent.
Il se calme soudain et la mer devient grise
Sous le doux clapotis. Le mistral fou qui geint

S’effondre sur lui-même en devenant soupir ;
Et puis il disparaît, soufflé comme la flamme
D’une simple bougie dont on a éteint l’âme.
La Méditerranée peut enfin s’assoupir…

 

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