Archives pour la catégorie “Marseille”

Magali Donnadieu, qui vivait à Marseille,
Partageait son logis avec un bel ara,
Un joyeux compagnon qu’elle appelait Soleil.
Mais un beau jour d’été son oiseau se sauva :

Comme on disait qu’ailleurs l’herbe était bien plus verte,
Attiré au-dehors par la curiosité
L’ingrat se faufila par la fenêtre ouverte.
Tout d’abord Magali pensa qu’il reviendrait,

Et puis le temps passant, elle se résigna ;
Mais elle était si triste et tellement touchée
Qu’à force de chagrin la pauvre déprima,
Essayant, mais en vain, de ne pas trop pleurer.

La voyant si seulette en sa grande maison,
Son fils décida donc de lui faire un cadeau :
Un autre perroquet, qu’elle nomma Gaston,
Et auquel elle apprit, détachant bien les mots,

Un tout petit discours rabâché chaque jour…
Une année se passa… Puis tout comme Soleil,
Le second perroquet s’escapa à son tour !
Mais Magali croyait au monde des merveilles,

La foi en son oiseau étant beaucoup plus forte
Que la première fois ! Et elle avait raison,
Puisque deux jours plus tard l’on sonna à sa porte :
C’était un policier qui lui tendit… Gaston !

«  Madame, lui dit-il, on vient de retrouver
Ce bougre de pépère à la Vieille-Chapelle.
Oh boudiou ! Qué lascar ! On a bien rigolé !
Il nous renseignés ! Ouais : comment il s’appelle,

Et même son adresse ! « Dou-ze-Rue-Pa-ra-dis -
Ma-da-me-Don-na-dieu ». Un sacré numéro
Que votre perroquet, madame Magali !
Et un vrai phénomène! Au revoir ! A bientôt… »

Il ne se trompait pas : Gaston était futé
Et il récidiva. Mais grâce à son adresse,
Chaque fois qu’il fuguait, il était ramené
Confus et déconfit à sa chère maîtresse…

Ils vécurent ainsi de fort longues années,
L’oiseau aventurier et la vieille mamé…

*Inspiré par un fait divers… japonais !

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Diego Forlan
www.arts-reproductions.com

Oh là là ! Mes amis… Qui dois-je donc choisir ?
C’est un choix cornélien ! Devrais-je m’esbaubir
Que *l’OM ait gagné, que Nancy ait perdu ?
Je suis tourneboulée ! Vraiment je ne sais plus

Où mon coeur doit aller ! La ville où je suis née
Ou celle de mon choix ? Car Marseille a gagné
Et Nancy a perdu. Après tant de défaites
L’Om va donc enfin pouvoir faire la fête,

Retrouver son honneur… Eh oui ! Dois-je être heureuse
D’avoir choisi mon camp ? Et devrais-je être honteuse
D’être ainsi renégate et de prendre parti…
Car l’Om a gagné et je m’en  réjouis

Comme on se réjouit de voir un malheureux
Sortir du maëlstrom d’un sort ignominieux !
Alors, vas-y, l’Om ! Reprends le droit chemin :
Nous comptons tous sur toi pour te reprendre en main…

*OM : 1 – Nancy ( où je suis née) : 0

 

Comments Pas de commentaire »

David n’en revient pas : le Prado est bloqué
Du haut jusques en bas ! Tout un flot d’excités,
Drapeau rouge à la main, déferlent dans la rue
Et l’on est sidérés : jamais l’on n’avait vu

Autant de Marseillais assemblés sur la plage !
Et pas pour se baigner, comme c’en est l’usage,
Mais pour venir ouïr le discours enflammé
D’un homme de Paris qui les a subjugués.

Il rugit et il jure, il éructe et il tonne,
Prédisant le beau temps après tous ces automnes
Où la France a fléchi sous le poids de ses dettes ;
Il leur promet à tous d’être un vrai trouble-fête

Et un vrai justicier. Tout le monde est ravi,
D’autant plus qu’on sait bien, comme on le dit ici,
Que promesse engagée ne mange pas de pain.
On hurle donc de joie, acclamant le tribun

Qui se voit arrivé au sommet de sa gloire
Et croit sans en démordre en sa proche victoire…
Puis la foule enchantée repart de bonne humeur :
Ce fut un bon moment qui réchauffa les coeurs,

Même si l’on sait bien que c’est vraiment facile
De promettre et promettre… Et peu à peu la ville
Retrouve son train-train, avec tous les soucis
Troublant son quotidien et émaillant sa vie.

 

 

 

 

 

Comments Pas de commentaire »

www.arts-reproduction.com

Le ciel bleu paraît gris. C’est la dégringolade !
L’OM est effondré. Une telle cagade
Ne peut vraiment venir que du délaissement
Par le Ciel marseillais de ses propres enfants !

On perd et on reperd : cela n’a plus de fin !
Bonne Mère, pitié ! car le match de demain*
Est primordial pour nous: il faut vraiment gagner !
Ces Niçois de malheur qu’on va escagasser

Vont devoir repartir la queue entre les jambes !
Pas d’autre solution car il faut que reflambent
Notre réputation et notre honneur perdu !
OM, tu dois gagner car nous n’en pouvons plus…

On est là, on attend, on a le coeur qui bat…
Vite, un petit « Ave » pour ces onze beaux gars
Qui ont au bout des pieds tout l’honneur de Marseille !
S’il te plaît, Bonne Mère : il faut qu’ils se réveillent !

* Résultat du match : 1-1 !
« Un bandage sur une hémorragie », dixit Didier Deschamps

 

Comments Pas de commentaire »

Au royaume marin où flottent les méduses
Vit un très vieil Ondin oublié de ses pairs ;
Un antique Génie hébergé par la mer,
La Méditerranée qui tourmente et qui use

Au gré de ses flots bleus son vieux corps délabré
Aux écailles flétries. Esprit noir des abysses,
Il hante le trois-mâts qu’il fit sombrer jadis,
Le guidant par son chant charmeur jusqu’aux rochers.

Mi-homme, mi-poisson, il n’est plus bon à rien
Qu’à y vivre en reclus depuis qu’il fit naufrage.
Il est le capitaine, et pour tout équipage,
N’a plus que les squelettes blanchis des marins

Erodés par le sel. Il ne peut plus quitter
L’épave disloquée aux tréfonds des eaux noires
Tant il s’est attaché aux ossements ivoire
D’une belle noyée qui l’a ensorcelé.

Il la tient dans ses bras depuis le jour fatal
Où le vaisseau sombra. Il la berce et il chante,
Fou et désespéré… Et depuis lors il hante
Le vieux bâteau maudit, en sinistre féal

D’une carcasse morte. Il s’en va rester là
Jusqu’au jour fort lointain où il n’aura plus rien
Qu’un peu de boue blanchâtre éparse entre les mains…
La cloche du trois-mâts vibre en sonnant le glas

Pour mieux accompagner sa funèbre tristesse.
Le sombre carillon vole au-dessus des flots,
Portant lugubrement au loin jusqu’au Pharo
Le chant noir du malheur, d’une infinie détresse.

 

 

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Guesmaz 

Monstres dégingandés égratignant le ciel
Et buildings élancés oscillant dans le vent,
C’est une ville-pieuvre qui croît en détruisant
La campagne blessée à coups de tracto-pelles.

Elle est faite de traits verticaux et de tours
Raides dans leurs carcans opaques et lustrés
Et reflètant un ciel âpre et désespéré.
Tout n’est plus que béton à des mille alentour.

Elle a jailli un jour avalant la lumière,
Amas de blocs hideux et de gros parpaings gris
Qui penchent de guingois sur l’eau terne et pourrie
Où du fuel irisé empègue la rivière.

Mais parfois l’arc-en-ciel se déploie sur les rives
Et l’eau miroite au pied des grands vaisseaux d’acier.
Le port ressemble alors au monde enluminé
D’avant ce monde fou qui vogue à la dérive.

Comments Pas de commentaire »

Heureux celui qui a un cafoutche* chez lui
Car il peut se targuer d’avoir beaucoup de chance !
C’est ce que, dans le Nord, on nomme cagibi,
Ou réduit… ou placard… Partout ailleurs en France

On pourrait s’en passer. Oui ! mais pas à Marseille
Où l’on y range tout ce qui pourrait traîner.
Tenez : j’y garde même un morceau du soleil
Perdu par l’astre-roi au mitan de juillet !

Mais ne le dites pas ! Je le ressortirai
Quand l’hiver reviendra investir notre ville !
Pour l’instant il y dort avec un tas d’objets
Tout de bric et de broc… Bric à brac qui s’empile

Dans ce désordre fou qu’on appelle un foutoir :
Vivres, malles, outils, meubles dépareillés,
Bouteilles de bon vin… Un énorme bazar
Dont on dit chaque jour qu’il faudrait le ranger !

C’est un cafoutche, quoi ! la pièce préférée
De moults Marseillais. Un vrai capharnaüm
Pour y mettre au rencart ce qu’on ne peut caser !
Savez-vous que le mien sent le cuir et les pommes ?

*Ce mot est passé dans le vocabulaire courant partout en Provence

 

 

Comments Pas de commentaire »

L’heure de l’apéro, c’est sacré à Marseille,
Surtout dès les beaux jours, à l’heure où le soleil
Descend sur l’horizon. On s’installe au jardin
Avec un bon pastis, pour ne faire plus rien.

Ah, mais si ! Tout de même ! On ne peut oublier
Qu’on s’est donné du mal pour bien vous préparer
Quelques amuse-gueule, avec une anchoïade.
En voici la recette de tatie Bertrade :

Vous prenez un peu d’ail, des anchois et des câpres,
Et de l’huile d’olive, au goût vert un peu âpre.
Vous écrasez le tout pour faire une purée,
Mais surtout pas trop fine ; ceci fait, vous coupez

Quelques lesques de pain – du gros pain de ménage !
Vous les faites griller comme le veut l’usage
Et vous les tartinez de la bonne pommade
Qu’ici dans la région on appelle anchoïade.

Et vous vous régalez pendant que les grillons
Entonnent dans le soir une brave chanson.
L’heure de l’apéro ? Le Paradis sur terre
Pour les épicuriens qui savent ne rien faire.

Comments Pas de commentaire »

Poème… un peu coquin, illustré par une oeuvre de :

Pierre Rodin
(1840-1917)

Savez-vous qu’en tous temps les cacous marseillais
Se sont enorgueilli de leur virilité ?
Qu’ils ont un tas de mots* pour parler de leurs… choses ?
On va vous les citer… si tout au moins l’on ose :

Aliboffi, couioun, bassaquèti, bassi ;
Roubignoli, dati, rompadoun et glori ;
Roustambofi, rougnoun, roustoun, roustibèli;
Roustaillons, roustaioun… et tutti… et quanti…

Quel patois délicieux que celui de Marseille,
Apre, rude et brutal, mais que le grand soleil
Essaie d’édulcorer et de rendre civil !
Quel beau parler fleuri, à l’instar de sa ville…

Existe-t-il ailleurs de plus charmants vocables,
De termes plus précis et de mots plus aimables
Que ceux utilisés par moults Marseillais
Pour parler aussi net de leurs plus chers attraits ?

*Termes trouvés dans : « Quand Marseille parlait marseillais ».
 Pierre Blasi (chez Edisud)

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Laurence Malherbe
www.gecko-rouge.net

L’été est revenu et ses jours lumineux
Nous paraissent sans fin ; immuablement bleu,
Le ciel a oublié ce qu’était un nuage
Et l’on est tout content d’avoir tourné la page.

Il faudrait maintenant que notre cher soleil
Fasse de gros efforts : depuis peu à Marseille,
On recommence à voir des baigneurs sur les plages
Qui mettent à bronzer autant force que rage,

Car  ici nul n’a honte de trop dénuder
Son corps parfois bien fait, mais souvent trop replet ;
Et ces seins tout flapis, ces bedons étalés
Seraient bien plus jolis s’ils étaient mordorés !

L’astre-roi ne sait plus où donner de la tête ;
Il est si fatigué qu’une bonne trempette
Lui ferait un bien fou ! Mais ce n’est qu’à neuf heures
Qu’il pourra se plonger, pour son plus grand bonheur,

Tout là-bas, à l’ouest, derrière l’horizon.
Pour le moment, c’est vrai, ils perdent la raison,
Tous ces gens ne rêvant que d’être bien grillés,
Barbecuetés et frits, boucanés, rissolés !

Mais pour notre glouton, c’est un fameux festin
Que l’épiderme blanc de ces pauvres crétins
Qui vont vite saisir qu’à s’exposer ainsi
Ils jouent avec leur peau de joyeux ahuris !

Souffrir pour être beau, ruisseler de sueur,
Et rester immobile et des heure(s) et des heures…
Il est vrai qu’à Marseille on va devoir peler
Pour être enfin admis dans le Club des bronzés !

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par une aquarelle de :

Roger Gobron
(1899-1985)

Passer du gris au noir : il faut s’y résigner
Pour glisser lentement de l’automne à l’hiver.
Quelles tristes saisons ! Et qu’il est loin l’été,
Cet été à venir et cet été d’hier…

Les nuits sont infinies ; l’horizon est voilé
Et souvent le brouillard rend les lignes au loin
Indécises et floues. Tout est comme estompé.
Qu’il est morne ce temps où le ciel est conjoint

A la terre embrumée par une bande grise !
Virant de l’ocre au noir, les couleurs sont éteintes.
Tout est démesuré, le vent n’est plus que bise
Et les futurs beaux jours semblent être hors d’atteinte.

La Provence assoupie qui cherche son soleil
A perdu ses couleurs éclatantes et drues.
Un ciel opaque et gris est posé sur Marseille
Encor plus défraîchie quand le beau temps n’est plus.

Il lui faut de la vie, une intense lumière
Qui la pare et la baigne de vives couleurs.
Le printemps et l’été sont ses cache-misère.
Oh ! Revienne le temps qui rallonge les heures…

Comments Pas de commentaire »

Combien de fois, dis-moi ! l’ai-je donc parcourue
Cette rue de Marseille ? Une rue si pentue
Qu’elle est un escalier ! Nous, nous n’en souffrons plus,
Bien qu’avec ces années qui nous laissent perclus,

Elle soit parfois rude à monter et descendre.
Est-elle donc plus raide qu’en notre âge tendre
Où nous la gravissions vent debout, en courant ?
Mon Dieu, quelle grimpette ! On dirait que le temps

L’a rendue vertical(e) ! Si dure qu’elle essouffle
Les touristes flapis et presqu’à bout de souffle
Qui gravissent la pente en agrippant la rampe.
Certains s’asseoient en haut, et, tout noués de crampes,

Ils se promettent bien de n’y plus revenir.
Cette rue trop pentue, c’est la rue des soupirs !
Une rue de Provence, une rue de Marseille
Aux maisons balafrées par des rais de soleil…

 

 

Comments Pas de commentaire »

Il aime sa maison sur les hauts de Marseille,
Dans cette rue étroite où même le soleil
A du mal à passer. Mais il y fait bien frais
Quand l’été forcené commence à tout griller.

Elle est vraiment modeste avec ses deux étages
Et son architecture pensée par un sage :
Façade aux tons fanés léchée par la lumière,
Petite cour devant et jardin à l’arrière ;

Un jardinet, plutôt, mais qui lui suffit bien
Pour y faire pousser un pied de romarin,
Tomates et poivrons, thym, fleurs, courgette(s) oblongues…
Il y peut mettre aussi sa chère chaise longue

Où il médite en sage aux tourments de la vie ;
Il médite souvent ! tourné vers l’infini
D’un ciel moultes fois bleu… Il remercie sa ville
De cacher en son coeur des coins aussi tranquilles

Qu’ici, à Saint Julien. Il aime ce quartier
Où les gens n’ont pas l’air d’être trop angoissés,
Et leur voix rocailleuse épicée de soleil.
Antonin aime vivre au coeur de son Marseille.

 

Comments Pas de commentaire »

Tout au fond des tréfonds des bas-fonds de Marseille
Vivaient deux frères rats. L’un était gros et gras,
Bedonnant et aimable avec des joues vermeilles.
L’autre était bien plus maigre et se faufilait là

Où personne jamais ne pouvait se glisser,
Dans des caves bien closes et au coeur d’entrepôts
Pourtant cadenassés. Il avait amassé
Un trésor fabuleux qu’il se gardait au chaud.

L’autre rat, qui régnait sur le monde d’en-bas,
Préférait ignorer les méfaits de son frère
Tout en en profitant ; mais un jour le malfrat
Se trouva bêtement pris dans une ratière.

Il poussa de hauts cris. L’autre ferma les yeux.
Reculant pour n’avoir point à le secourir,
Il s’emmêla les pieds dans une corde à noeuds
Qui traînait sur le sol. Ce n’était pas le pire :

Le peuple des bas-fonds aussitôt accouru
Prévint le chat des docks lui servant de police.
Le félin prit les rats, les avala tout crus :
Un moyen comme un autr(e) de rendre la justice !

 

 

 

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par une oeuvre de :

Guillermo Forchino
www.forchino.com

Panne ? Accident ou grève ? Ou manifestation ?
Dans la rue Paradis, un grand embouteillage
Paralyse Marseille.Un énorme bouchon
Fait subir à la ville l’un de ces outrages

Dont elle est coutumière. Un ouaille pas possible !
Les gens sont fous furieux, ça commence à chauffer…
Panique incontrôlée, pagaille incoercible,
Casse-tête homérique impossible à régler

Car la rue est barrée et tout y est bloqué ;
On apprend qu’un chauffard a grillé un feu rouge
Et qu’il a enfoncé l’avant d’un gros camion !
On a beau s’agiter, klaxonner, rien ne bouge ;

Comment un dépanneur pourrait-il se glisser
Au milieu de ce cirque ? Il lui faudrait des ailes !
Les gens agglutinés ne font que s’insulter
En se traitant de tout. Peut-être qu’à Noël

Y seront-ils encor car c’est inextricable !
Un bordel incroyable, un vrai ouaille dément !
Et deux flics accourus, prenant un air aimable,
Se mettent à prier silencieusement…

Soyons francs ! A Marseille , le ouaille, c’est… le bordel !

 

 

Comments Pas de commentaire »