Archives de catégorie : Marseille

Le dôme bleu

Le ciel est comme un dôme, un dôme bleu qui pèse
Lourdement sur Marseille étouffé par l’été ;
Un ciel que les gabians, de leur vol ouaté,
Strient à grands coups d’aile. Un gros soleil obèse

Darde ses longs rayons sur le port accablé.
L’on a chaud, bien trop chaud. Des filles presque nues
Attendent patiemment la fraîcheur bienvenue
Qui devrait apaiser leur teint caramélé

En fin d’après-midi. Allongées sur la plage
Tout comme des statues, elles dorent en choeur
Sans souci pour leur peau. Et le soleil vainqueur,
Fignolant en sournois leur pernicieux bronzage,

Y sème patiemment des graines de cancer.
Mais juillet est brûlant ; et tout au bord de l’eau
Nul ne pourrait sentir à quel point il fait chaud.
Seul paraît bien vivant l’immuable concert

Des cigales crissant dans la cité éteinte.
Le ciel est comme un dôme, et son bleu outremer
Pèse massivement sur la Terre et la Mer
Imbriquées l’une en l’autre en une immense étreinte…

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Meeting


Poème inspiré il y a cinq minutes par le meeting de Jean-Luc Mélenchon. Un simple tableau, pas forcément prosélyte !!!

La Méditerranée dodeline et soupire
Car la plage est bien vide : où sont-ils tous partis ?
Il fait pourtant bien chaud et le soleil rôtit
Le sable incandescent où le soleil se mire…

Du côté du Vieux Port, on entend de grands cris,
Des hourra ! des chansons. Marseille semble en fête,
Et la ville excitée vocifère à tue-tête
Sous le vaste ciel bleu qui scintille et qui rit.

Debout sur un podium au milieu de la foule,
Un homme tonitrue en agitant les bras
Face à la Canebière. Et, du haut jusqu’en bas,
Oscillant en tanguant comme une grande houle,

Le public applaudit le tribun en hurlant.
L’homme, dos à la mer, salue les drapeaux rouges ;
Et, agitant les bras, sa grande ombre qui bouge
Se détach(e) sur le bleu où moutonne du blanc…

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Le vent d’hiver est fou…

Le vent d’hiver est fou, qui hurle à perdre haleine,
Qui s’échine à briser les grands arbres penchés.
Le vent d’hiver est fou, qui depuis deux semaines
Fait suffoquer le Sud à souffle déployé.

Le vent d’hiver est fou, qui casse les antennes,
Qui arrache le linge étendu à sécher.
Le vent d’hiver est fou, qui rudoie et malmène
Les portes des maisons de ses coups de bélier.

Les faisant tressauter tout comme les mouettes
Dodelinant sur l’eau mousseuse qu’il fouette,
Il secoue les pointus* amarrés au Vieux Port,

Les ballant en cadence. Et les petits bateaux,
Qu’on dirait remontés sur de joyeux ressorts,
Dansent tels des canards se dandinant sur l’eau.

*Petit bateau caractéristique de Marseille

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Complainte

Je m’en vais vous conter un bien triste destin,
Mais je vous en préviens  : ma tragique complainte
Est un vrai requiem, tout sanglots, toutes plaintes,
A vous faire pleurer dès le petit matin…

C’était l’été dernier ; je m’en souviens fort bien.
Le ciel était très bleu – de bien mauvais augure ?
Mais après tout un tas de sombres aventures
Dues à des coups de vent, vécues non loin d’Amiens,

J’étais fort satisfait de venir en Provence.
Pas un nuage au ciel, un azur vraiment bleu !
Oubliées les nuées se suivant queue leu leu
Que j’avais supportées dans le nord de la France !

J’étais un compagnon pour ma propriétaire
Dont je sauvegardais les beaux cheveux bouclés
Et les fards parfaisant un joli teint de lait.
Je la suivais partout, témoin prioritaire

De la moindre sortie, de toute promenade.
Toujours en exercice. Un bosseur, je vous dis !
Je l’aidais tous les jours, mais pas le mercredi :
Elle était professeur. Un jour pour moi maussade…

Et puis on est venus s’établir à Marseille.
Au début, c’était cool : il n’y pleuvait jamais !
Je restais dans ma housse. Enfin de vrais congés,
Des vacances super. Délices et merveilles…

A Marseille, Elodie se passait bien de moi
Et j’étais enchanté de n’avoir rien à faire !
Je ne détectais point l’ambiance mortifère
Qui pourtant aurait dû provoquer mon émoi

Quand un jour je compris que je n’existais plus…
Ma toile chiffonnée n’était plus dépliée,
Mes ressorts étaient mous, mes baleines rouillées.
Depuis notre arrivée, il n’avait jamais plu !

Je croyais que le sort m’avait vraiment souri
Et je ne rêve plus que d’un climat pourri !

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Un coup de vent d’automne…

Un coup de vent d’automne a emporté son cœur
Au-delà de la mer, au-delà de Marseille.
Coup de tabac dément, bourrasque sans pareille
Venue d’on ne sait où pour répandre la peur !

Il l’avait rencontrée depuis trois jours à peine
Quand ce mistral cinglé a soudain déboulé.
Elle s’est affolée : il fallait s’en aller
Pour fuir cette région à la louche dégaine,

Où le vent tempêtait tout comme un ouragan.
Elle y était venue en pleine confiance,
Avec des rêves fous de soleil en Provence ;
Et sans ce coup de vent vraiment extravagant,

Elle y serait restée, déjà presque amoureuse.
Marseille lui plaisait, et le jeune homme aussi.
Sans ce foutu mistral, il aurait réussi
A garder près de lui la jolie visiteuse !

Mais elle est repartie, emportée par le vent.
Il est resté tout seul, et le spleen de septembre
Rend encor bien plus dur le vide de sa chambre.
Depuis ce coup de chien, plus rien n’est comme avant…

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Petit matin d’été à Marseille

De grands gabians braillards strient le ciel doré
De leur flottille grise, importunant Marseille
A force de longs cris. Le matin ensoleille
Leurs ailes éployées de chauds reflets cuivrés.

Le soleil se réveille, encor un peu pâlot,
Mais il blondit déjà l’immense Bonne Mère
Et son bébé divin… Un nuage éphémère
A fondu brusquement, juste au-dessus d’Allauch,

Et Marseille en a eu un tout petit écho
Qui n’a rien résolu. Une ondée passagère,
Une simili-pluie, même pas messagère
D’un bon coup de tabac ! Un ratage, un fiasco…

Mais c’est déjà fini : un orage d’été
Local et spontané, avec toute la grâce
Des faits presque imprévus, dont déjà toute trace
S’est effacée au sol aussitôt asséché.

Un matin marseillais, un matin de juillet !
Il va faire très chaud, mais la mer semble fraîche
Sous son friselis bleu. Un grand mistral dessèche
Les fleurs de Borély : le parc est assoiffé

Car ça fait trente jours qu’ici il n’a pas plu
Si ce n’est tout à l’heure, une ou deux ou trois gouttes !
Le grand jardin frémit. Un mimosa s’égoutte
Sur le sentier pierreux ne fumant déjà plus.

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La fin d’un monde

Sous le ciel où dansent trois nuages,
La mer bat comme un cœur cadencé.
Elle semble ainsi se balancer
De Marseille à l’incertain rivage

Du Couchant à l’azur enflammé.
La mer bat telle une grosse artère
Engorgée du sang roux de la Terre…
L’astre-roi est un lion affamé

Dont les crocs aiguisés dilacèrent
Le ciel bleu accablant de l’été.
Tout là-bas, l’horizon est flouté,
Avec des rais d’argent qui éclairent

La tour ronde imprécise d’un phare
Insensible aux gifles de la mer
Qui se mêle intimement à l’air
Pour lui faire larguer ses amarres.

La mer bat comme une grosse caisse
Pulsant fort sous les horions du vent,
Gigantesque et tout aussi vivant
Que les flots qui montent, qui s’abaissent.

Le ciel bleu peu à peu s’obscurcit ;
L’eau foncée maintenant semble épaisse
Comme la lave brune que laisse
Les volcans dans ces lointains pays

Où nues et mer semblent se confondre.
Le ciel fond, le vent crie, la mer bat.
Monstrueux ils mêlent leurs ébats
Au-dessus d’un monde qui s’effondre.

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Mauvaise foi

Le vieux chat se sent seul. Autour de lui Marseille
Dodeline tout doux en crevant de chaleur.
Le jardin est exsangue, et trois ultimes fleurs
Essaient de résister à l’anhydrie vermeille

D’un été enfiévré qui surchauffe la ville.
Ses maîtres sont partis chercher de la fraîcheur
Tout là-haut, en Ubaye. Deux immondes lâcheurs
Sachant pourtant qu’un chat n’est pas bête servile…

Mais Tom a le cœur gros. Tout près de lui la caisse
Dont il s’est échappé pour ne point voyager.
Il y a son pot d’eau et de quoi bien manger…
Pourquoi donc ressent-il cette infâme faiblesse

Qui le fait défaillir quand il pense à ses maîtres ?
C’est vrai qu’ils l’ont cherché jusque sur le Prado,
Sans oublier plus tard nourriture et plein d’eau…
Mais croyaient-ils vraiment qu’il allait se soumettre ?

Un chat n’obéit pas. Ce n’est point sa nature
De changer sans arrêt ainsi de domicile.
Les deux autres, là-haut ? Ce sont deux imbéciles.
Laisser seul son matou, n’est-ce point immature ?

Le vieux Tom se sent seul ; il part à la dérive,
Il est tout angoissé. Il ne comprend pas trop
Ce qui le gêne ainsi. Le fait qu’il fasse chaud ?
Et pourquoi attend-il qu’une voiture arrive

Dans la rue, au-dessous ? Pourquoi a-t-il envie
D’entendre leur deux voix clamer soudain son nom ?
Il n’a pas besoin d’eux ! Pas du tout ! Non non non…
Il est chat, il est libre, il veut vivre sa vie

Sans câlins, sans chichis, sans leur sollicitude…
Mais il faut constater qu’ils lui sont dévoués !
Et Tom exaspéré doit enfin s’avouer
Qu’il n’aime vraiment pas, oh non ! la solitude…

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Pollution

couple

L’on dirait que Marseille est sous un capuchon.
Son azur cristallin semble moins transparent
Et son ciel infini est bloqué par l’écran
D’un mystérieux brouillard. Là-haut, le cabochon

De la lune imprévue, dépourvue de limites,
Est encor bien présent malgré le grand soleil.
La ville est mal à l’aise, et depuis son réveil
Respire vraiment mal. Même ceux qui habitent

Non loin du littoral ont l’horrible impression
D’étouffer peu à peu sous l’étreinte invisible
D’êtres lilliputiens, malfaisants et nuisibles
Qui insidieusement en prennent possession !

Particules souillées, corpuscules de suie,
Atomes polluants à l’âcre couleur miel
Et à l’amère odeur vont polluer le ciel
Jusqu’à ce qu’un grand vent nettoyeur les essuie.

En attendant, Marseille est pris dans un filet
Enserrant de ses rets et la mer et la ville.
Il attend patiemment, étonnamment docile,
Que le mistral s’en vienne enfin l’éparpiller.

Nous étions si contents que le printemps arrive,
Et sa lumière bleue et son grand ciel si clair !
Plus petites nos fleurs ? Bien plus âcre notre air ?
La Provence elle aussi s’en va à la dérive…

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A Marseille, au printemps…

jeunes-filles-sur-la-plage

A Marseille, au printemps, les filles sont jolies
Avec leur teint nacré parfois éclaboussé
De taches de rousseur, et leur corps élancé
Recherchant le soleil avec gloutonnerie.

A Marseille, au printemps, les filles d’opaline
Dénudent leurs mollets que le soleil oblong
Va colorer tout doux au fil des jours plus longs
Pour les repeindre d’or, comme des nectarines.

A Marseille, au printemps, les filles encor pâles
Exposent leurs bras nus aux tout premiers rayons
Qui s’en vont les bronzer tout comme des brugnons.
Les filles au printemps ont une peau d’opale

Délicate et rosée, encor fragile et tendre :
Un satin velouté, un velours sans défaut…
En juin elles seront dorées comme il le faut,
Et c’est à ce moment qu’il leur faudrait entendre,

En tentant de ne pas paraître trop moqueuses,
Les conseils judicieux et doctes des aînés
Leur prônant de couvrir leur joli petit nez :
Mais les fill(es) du Midi ne sont pas bien sérieuses !

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La mer infiniment…

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Poème illustré par un tableau de :
Joseph Bayol

www.josephbayol.com

La mer infiniment dodeline et soupire
Au-delà du Pharo, de ses roches d’argent.
La mer-éternité brimbale immensément,
Et ses flots cognent dur la côte que déchire

Le temps démesuré qui sait prendre son temps.
La mer martèle fort les grandes pierres grises
Qu’elle rompt, qu’elle mord, qu’elle broie, qu’elle brise
En tout petits fragments avalés goulûment.

Sans jamais se lasser la mer frappe la ville,
Arrachant des éclats aux plages et aux ports ;
Les vagues tambourine(nt) et des bribes de mort
Voltigent dans l’écume où le soleil vacille

Avant de s’enfoncer derrière l’horizon.
Insidieusement la mer corrode et ronge
Marseille l’insolent qui croit en son mensonge
Et se pense éternel avec peu de raison.

La Méditerranée s’en moque et le dévore
A petites bouchées, sans trop de branle-bas.
Elle sait qu’elle est forte et que rien ici-bas
N’est bâti pour durer ! Que le temps omnivore

Est comme elle un tueur parfaitement normal…
Elle effrite le roc, elle érode la côte.
Infiniment patiente, elle use, elle grignote
La ville qui se meurt en ignorant son mal.

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De partout, à Marseille…

liisa-corbiere

Poème illustré par un tableau de :
Liisa Corbière

www.carredartistes.com/

De partout, à Marseille, on voit la Bonne mère ;
Et de la basilique on aperçoit la mer
Multiforme, irisée, toujours recommencée.
La statue immuable et l’onde ressassée

Sont là, où qu’on se tourne. Et l’immense ciel bleu
Surplombant la cité les tient bien dans le creux
De son éther léger. D’où qu’on soit à Marseille,
On voit la Bonne Mère et la mer qu’ensoleille

Le grand ciel invariable où dansent des mouettes !
Parfois du gris d’ailleurs vient comme un trouble-fête
Embarbouiller le bleu intense de l’azur,
Et un brouillard épais se dresse comme un mur

Entre la terre et l’eau. Mais ce n’est pas souvent
Qu’on a du mauvais temps, et un souffle de vent
S’en vient vite chasser toute idée de nuages,
Qui ne sont par ici que rêves et mirages….

Bien sûr, me direz-vous, je suis bien peu critique !
Mais laissons, voulez-vous, toute autre polémique
Et venez avec moi, suivez-moi tout là-haut,
Là-haut sur la colline entre le ciel et l’eau…

Juste au-dessus de nous, il y a Notre Dame
Et l’enfant dans ses bras, auréolé des flammes
Du soleil en exergue. Et là-bas, sur la mer,
Le soleil s’enfonçant dans les flots outremer…

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Le Panier en été

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Poème illustré par une peinture de :

Vincent Honnoré
honnore-peintre.com

Partout des escaliers ! L’on monte et l’on descend.
Les gens du Panier* vont, les gens du Panier viennent
Dans des rues tout en pente où l’ombre est d’obsidienne,
D’un pas vif et alerte – un pas qui va dansant !

Le quartier est abrupt, penché vers le Vieux Port,
Abondamment pourvu d’indénombrables marches.
Attention à la glisse ! Ajustez votre marche,
Faites bien attention à ce coquin de sort

Qui pourrait vous pousser du haut jusques en bas !
Les venelles en biais redescendent, remontent.
Prenez l’air détaché pour effacer la honte
D’être désorienté : dans presque tous les cas,

Vous vous égarerez ! Repartez à l’envers
Par les ruelles bleues où sont posées des jarres
Toutes empanachées. Quand vous en aurez marre
D’errer de-ci de-là, fiez-vous à l’homme en vert

Qui arrose en sifflant ses fleurs sur le trottoir
Et qui vous montrera le bon itinéraire ;
Il a l’air tout heureux, il est à son affaire
Car il peut cultiver selon son bon vouloir

Trois pots devant chez lui ! La Mairie le permet…
Les rues sont désormais des calades fleuries,
Parées comme il le faut de mille poteries
Qui ont accru leur charme… Il a suffi d’un rien

Pour faire du quartier un endroit enchanteur
Tout parfumé d’été, où des pots en goguette
Ont donné à l’asphalte un petit air de fête :
Tout le monde a le droit d’y planter quelques fleurs…

L’on monte et l’on descend en été au Panier ;
Les rues sont tachées d’or, et malgré leur part d’ombre,
Rafraîchies à souhait et divinement sombres…
Un quartier tout en fleurs et tout en escaliers.

* Un vieux quartier pittoresque de Marseille

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La résistante

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La mer berce Marseille, et le port affalé
Sous le soleil ardent, fourbu, se laisse aller.
L’air est si suffocant que la ville soupire
Tant elle est harassée. Une fleur qui transpire

Son haleine embaumée au cœur bleu d’un jardin
Penche vers le sol dur son cœur incarnadin,
Soudainement fanée par l’étuve étouffante
Qui engourdit les rues. L’atmosphère pesante

Accablant le Vieux Port l’a quasi endormi.
Les pointus* dodeline(nt) sur le clapotis gris,
Et leurs mâts oscillant à un rythme hypnotique
Griffent le ciel saphir d’un fin réseau graphique.

Marseille est assoupi. Il fait chaud, bien trop chaud,
Quand soudain, branle-bas ! L’avenue du Prado
Se met à résonner d’un surprenant tapage,
Tout aussi inouï que l’est un beau mirage :

Marchant en sautillant, c’est une fille en fleur
Qui va telle une eau vive ignorant la chaleur,
Qui paraît ignorer la touffeur accablante,
Dont le pas fait vibrer la chaussée somnolente.

Son teint si délicat, indemne de sueur,
Est semblable à la soie. Son exquise fraîcheur
N’est absolument pas sensible à cette étuve
Coagulant la mer, dont les moites effluves

Empèguent l’air brûlant. La belle marche au pas,
Au rythme cadencé d’un bon petit soldat
Sur lequel l’ennemi n’aurait aucune prise.
L’on dirait même bien que la chaleur la grise…

Elle avance gaiement, en fille du Midi
Narguant allégrement le soleil qui rugit.
Il fait chaud, bien trop chaud… Mais la belle trottine,
Effrontément nimbée de lumière argentine.

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Par un jour accablant…

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A Marseille, aujourd’hui, il fait tellement chaud
Que la ville apeurée paraît entrée en transe.
La mer voudrait l’aider, mais le calme tempo
Des longues vagues bleues qui ondoient et qui dansent

Ne peut pas juguler l’effroyable chaleur
Qui va la consumer. Le soleil implacable
Darde au long de ses rues des rais impitoyables
Et tellement ardents que la ville prend peur,

Confrontée à ce feu semblant né de l’enfer.
La lumière outrancière est vraiment anormale
Pour la ville qui n’a jamais encor souffert
D’occuper dans le Sud sa latitude australe !

La mer essaye en vain de la lécher tout doux
Pour revivifier ses quais poisseux et tièdes,
Mais aucun clapotis : ses vagues sont trop raides !
L’été halluciné paraît devenu fou

Sans les lois bien réglées de tout mois de juillet…
Tout semble donc perdu, mais Marseille en a marre
De devoir supporter cet effarant brasier ;
Il se décide alors à larguer les amarres

Pour aller s’installer loin de l’été dément
Au centre de la mer en Méditerranée,
Là où il fait plus frais. La ville malmenée
Par l’étrange fournaise sort de l’abattement

Où elle se mourait, en retrouvant le goût
De son sourire inné, de sa vie un peu dingue.
C’est désormais une île, et, se moquant de tout,
Pour une ultime fois Marseille se distingue…

Tout au Sud de la France il y a un grand trou,
Et la vie alentour peu à peu se déglingue…

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