Archives pour la catégorie “Marseille”
Publié par Vette dans Marseille

J’étais à Saint-Joseph quand soudain, interdit,
J’ai vu sur la colline un Bouddah tout doré
Tout près d’une pagode au toit rouge effilé !
Quartier de la Savine, un Bouddah… inédit !
Il surplombe la route et vous attend serein :
Son beau visage rond n’est que béatitude ;
Et autour dans le parc une douce quiétude,
Toute tranquillité, vous gagne et vous étreint.
Partout disséminées, des statues du Bouddah
Jalonnent le jardin, contant sa destinée ;
Derrière la pagod(e), mollement allongée,
Une statue couchée invite au nirvana.
*Poème offert au moine Tich Tien Dinh
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Publié par Vette dans Marseille

Poème illustré par :
Vincent Honnoré
http://honnore.peintre.free.fr
Il y a vingt-cinq ans, en découvrant Marseille,
Martin l’a détestée car tout y était … « trop » !
Trop de vent, trop de bruit et bien trop de soleil,
Trop de cris, de rumeurs … Oui ! Tout lui semblait faux,
Sans aucune mesure et trop exagéré !
Tout paraissait partout multiplié par mille !
Grande gueule et vulgair(e), rebelle et distinguée !
L’outrance et la fureur : la folie faite ville !
Et puis il a aimé ce cosmopolitisme,
Ces gens si différents et cette mixité,
Ce côté pas très clair frôlant le banditisme ;
Les couleurs de la mer, le chahut, la gaieté,
Les maisons entassées en ruelles-grimpettes,
Les places de province endormies au soleil,
Et ce grand brouhaha à en perdre la tête :
Ce bleu, ce noir, ce blanc, cet ocre et ce vermeil …
Il a été conquis par cette agitation
Grouillant sur les quais bleus de la mer infinie.
Une ville construite en points d’exclamation !
Il s’est abandonné car il était séduit…
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Poème illustré par :
John Walker
www.bimago.fr
Viens ! Nous allons marcher tout au long de la mer
Où l’eau encor glacée va nous mordre les pieds ;
Je crois qu’il est trop tôt pour pouvoir nous baigner,
Mais nous allons goûter comme en avant-première
Cette fraîche trempette à faire frissonner.
La grève est solitaire, et nous sommes les seuls
A y marcher ainsi sur le sable tilleul
Qui résiste à nos pas, consistant et mouillé.
Six heures du matin ! Le soleil encor sage
Qui vient de se lever est une boule orange.
Sa lumière ourlée d’or met des reflets étranges
Sur l’eau bleue du Prophète. Il est bien loin l’orage
Qui grondait cette nuit en me faisant si peur !
Tout est calme et serein, il fait même un peu frais ;
Le ciel est bien lavé, et nous allons rentrer
Avant le grand afflux des premiers promeneurs.
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Publié par Vette dans Marseille

Savez-vous qu’autrefois les femmes de Marseille,
Dès qu’elles épargnaient quelques sous sur leur paye,
Ne les dissimulaient pas sous un matelas
Ni ne les camouflaient sous des piles de draps ?
Non ! Elles acquéraient de menues perles d’or
Tout de suite enfilées, bien minime trésor !
Sur un fil de lin noir qu’elles gardaient au cou :
C’était là leur fortune, envers et contre tout…
Comme le fil cassait pour la moindre broutille,
Elles grognaient, juraient, courant après les billes !
C’est une Magali qui eut la bonne idée :
Des maillons d’or, tressés pour tout consolider !
Le collier était né, la tradition aussi !
Car le jour où naissait une petite fille,
Une première boule amorçait son bijou…
Et ainsi chaque année. Et il n’ornait le cou
De la jolie enfant que lors de ses seize ans.
La tradition persiste encore maintenant,
Où certains bijoutiers du fin-fond de Marseille
Font toujours des colliers de ronds petits soleils.
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Poème illustré par :
Augustin Fleury
(1833-1875)
www.cmo-antiquites.com
Les étoiles gelées par le froid de l’hiver
Sont piquées sur le ciel et ne clignotent plus ;
La nue noire est figée au-dessus de la mer,
La Méditerranée comme éteinte s’est tue.
Tout est inanimé, plus aucun mouvement
Pour agiter les flots ! L’eau livide et caillée
Ne frémit même plus. C’est un immense étang
Dans la nuit immobile et comme pétrifiée.
Pas un souffle de vent ! Décembre s’est posé
Comme un grand oiseau noir sur la côte ; et Marseille,
Attaquée par l’hiver, s’est recroquevillée
Sous le froid qui la mord pendant son long sommeil.
Seul vit le Canoubier dont la tourelle éclaire
Les confins de l’eau sombre où a sombré le vent.
Le port est silencieux : trop paisible ! Et la terre
Dure comme l’acier se meurt tout doucement.
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Poème illustré par :
Félix Valotton
(1865-1925)
Elle est sculpturale et gainée
Dans un superbe maillot blanc :
Une statue tout embrasée
Par l’éclat du soleil couchant
Et qui se baigne chaque soir
A la même heure au Roucas Blanc.
Chacun se réjouit de voir
Plonger son corps souple et puissant
Qui s’enfonce au fil bleu de l’eau,
Parmi les algues qui ondoient
Et frôlent doucement sa peau
Couleur de miel, trame de soie.
Quand elle sort, elle ruisselle
De nacre blonde et d’eau cuivrée
Qui roule, scintille et emperle
Son corps potelé, mais parfait.
Même si elle est un fantasme
Pour d’innombrables Marseillais,
Elle n’essuie aucun sarcasme
Et nul n’ose aucun quolibet
Envers cette naïade blonde,
Toute harmonie et vénusté,
Sortant illuminée de l’onde.
Car on respecte la Beauté…
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Publié par Vette dans Marseille

Poème illustré par :
Josette Esnard
www.inter-coproprietes.com
Marseille est une succession
De cent onze petits villages !
Mais comment pourraient être sages
Toutes ces zones rassemblées
Malgré leur esprit de clocher ?
De Sainte Anne ou de Saint Julien,
Saint Loup, Saint Just, ou Saint… ou Saint…
On est avant tout d’un quartier
Collé à un autre quartier.
Rue principale, église, place…
Ils ont tous l’attrait et la grâce
De villages particuliers.
Moi je suis de Saint Barnabé
Et toi tu es né à la Rose :
Mais on ne peut être en symbiose
Car tu es presqu’un estranger !
Marseille est formée de villages
Qui ont été juxtaposés
En se voulant tous Marseillais :
C’est du moins ce que veut l’usage !
Mais l’on est d’abord d’un quartier !
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Publié par Vette dans Marseille

Illustré par :
Vincent Honnoré
http://honnore.peintre.free.fr
Marseille est terrassée par un été trop chaud
Mais le port est actif : un énorme bateau
Vient juste de vomir un grand flot de touristes.
Marseille entr’ouvre un oeil, prête à se mettre en piste
Car elle a reniflé l’odeur d’un bon argent…
Les étrangers sont là, foulant le quai brûlant
Où ils sont pris en charge, accueillis comme proies
Qu’on va bien chouchouter, tels des princes, des rois !
Et l’on fourbit ses armes de bric et de broc,
Sortant des affûtiaux, toutes les pendeloques
Qui tentent de cacher tout un tas de misères !
Or elles sont bien là, avec tags et poussière…
Mais Marseille est maligne : elle sait bien y faire
Et vend tout son fourbi, des horreurs dont l’Enfer
Ne s’encombrerait pas, même pour un tas d’or !
Marseille tond les gens, les trompe et les endort
Car elle est astucieuse et sait donner le change !
Les intrus sont contents et, ce qui est étrange,
C’est qu’ils ont l’air ravi d’avoir été roulés…
On peut se rendormir : tout a été parfait.
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Poème illustré par :
Philippe Paquet
www.expo.artactif.com
Des milliers de pieds piétinent en cadence :
Un ballet agité, une sorte de danse
Autour des treize mille et quatorze joueurs !
De la folie furieuse et une énorme ardeur
Pour la sérieuse et gaie Marseillaise à pétanque !
Délaissés les cafés, les plages, les calanques :
Un troupeau bon enfant de familles, d’amis
Se dirige en riant vers le parc Borély
Où cinq bons jours durant, du matin jusqu’au soir,
On s’en va communier en une grande foire !
Lancer le cochonnet, et pointer, et tirer :
Oui, monsieur ! C’est un sport ! Vous pouvez rigoler…
Quatre mille trois cent et soixant(e) huit équipes :
On est heureux déjà quand on y participe
Même si l’on est sûr d’en être blackboulé
Le temps d’une partie ! L’important, c’est d’aimer…
Quarante neuf années qu’on se passionne autant
Pour des boules d’acier, Et l’on est bien content
Que ça se passe ainsi au début de juillet :
L’un des premiers signaux du retour de l’été !
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Poème illustré par :
Baldix
http://baldix.over-blog.com
Deux joggers trottinaient par un matin d’avril
Fleurissant le ciel bleu de nuées de couleur ;
Courant à petits pas, tout luisants de sueur,
Ils ne se lassaient pas des trottoirs de leur ville,
Du moins ceux du huitième et des plus beaux quartiers !
Eve était lumineuse ainsi qu’un clair soleil,
Tandis qu’il arborait le teint vif et vermeil
Des blonds dans le Midi, cuits dès le mois de mai !
Lui venait du Prado, ell(e) de la rue Vernet :
Cheminant en trottant en ce printemps si doux
Qu’il les rendait rêveurs, distraits et un peu saouls,
Ils se sont percutés juste quand il tournait
Au coin de l’avenue pour retourner chez lui.
Ils en ont tous deux vu trois cent mille chandelles !
Adam s’est effondré, tandis que la donzelle
S’étalait fers en l’air en poussant un grand cri…
Ensuite ils sont restés bêtement sur leur cul,
Hébétés par le choc et s’excusant tous deux
De leur étourderie. Et puis, s’observant mieux,
Ils se sont regardés et ils se sont bien plu…
Et une année plus tard naissait bébé Abel !
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Poème illustré par :
Jacques Muller
www.jacquesmuller.be/images/peinture
Vite, rentrer à la maison
Quand on est las de tout ce bruit,
Et quand doucettement la nuit
Subreptice prend position
Dans les rues sombres du village !
Rentrer au nid et se lover
Dans le vieux fauteuil tout cassé ;
Ne plus penser qu’à être sage
Et à enfin se reposer !
Marseille est folle et remue trop :
Le tramway, les gens, le métro…
Ca n’arrête pas de bouger,
De crier et de s’agiter :
On en a la tête qui danse !
Nous sommes pourtant en Provence.
Mais même ici l’on est fêlé !
Cette vie est trop trépidante
Et il faut savoir s’arrêter,
Prendre un peu le temps de souffler
Car Marseille bout, trop ardente,
Comme les trop grandes cités.
Allez ! viens, nous allons rentrer
Pour mieux nous désintoxiquer
En retrouvant notre Rousset…
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Publié par Vette dans Marseille

C’est la Fête de la Musique
Et le plus long jour de l’année.
Marseille va se démener
Et devenir presqu’hystérique
A danser, hurler et chanter ;
Car chacun déjà s’émerveille
De tout ce qui flatte l’oreille !
On n’en pourra plus d’écouter
Folk, country, reggae et ska…
Musique classique et moderne,
Le mistral, le froid ? Balivernes…
On s’en moque, on ne les sent pas !
Place Bargemon ? Du violon !
Une fanfare à Bonneveine
Et du rock sur le cours d’Estienne…
Partout on joue, sans unisson,
Mais peu importe : on est gâté
Car on a le choix : du meilleur
A des canards venus d’ailleurs !
En plus aujourd’hui c’est l’été !
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Faites de rochers gris soutachés d’ombre claire,
Réceptacles d’argent irradiant la lumière,
Les îles du Frioul se dressent au Couchant
Sous le vol saccadé de vastes oiseaux blancs.
Il y fait toujours sec et quelques pins tordus
Se sont enracinés dans la caillasse nue
Comme les Forts d’antan d’où partait la mitraille.
Iles arides, nues : royaume de pierraille !
Autrefois Ratonneau servait de quarantaine
Aux marins-voyageurs venus d’îles lointaines
Et peut-être porteurs d’atroces maladies.
Aujourd’hui, peu de gens ! Solitude infinie
De terres isolées en face de Marseille
Dont un djinn m’a conté qu’un jour – grande merveille !
Elles furents plantées en Méditerranée
Pour un Dieu saharien qui ne buvait jamais !
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Publié par Vette dans Marseille

Marseille croit parfois vivre encor en ces jours
D’après la Grande Guerre, où la mort faisait rage
A tous les coins de rue. Une époque où l’amour
Des armes et du sang vous servait d’apanage
Quand vous étiez un dur. Est-elle enfuie l’époque
Où les petits truands faisaient toujours la loi ?
Cette loi amoindrie dont ricanent, se moquent
Quelques dingues fêlés pour le moins… discourtois !
C’est au coin d’une rue une moto tueuse
Qui s’en vient mitrailler un voyou oublieux
De quelques règles d’or : audace peu glorieuse
De minables tueurs inconscients et vicieux !
Ou bien c’est un fourgon qui se fait attaquer
Au centre de la ville en milieu de journée
Par cinq ou six braqueurs se mettant à tirer
En plein après-midi, sans craindre de tuer
Des passants innocents promenant leurs minos ;
Des car-jackings par ci, des braquages par là ;
Ou des sacs arrachés, un hold-up au Prado ;
Cambriolages fous, quelques assassinats…
Bien triste litanie qui nous mène bien bas !
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Publié par Vette dans Marseille

Poème illustré par :
Anabelle Fulchiron
www.anabellefulchiron.com
Assis sur un nuage, un ange contemplait
La folie déferlant en-bas sur le Vieux Port.
Il en était ravi, mais un peu désolé
De n’y pas être aussi ! Il est vrai que la Mort
Lui avait, en été, joué un sale tour,
L’empêchant de cueillir les fruits de ses efforts !
Mais bah ! Pas de tristesse ! Il n’était plus qu’amour,
Heureux de s’esbaudir devant tous ces records :
L’OM avait gagné, raflé et ramassé
Tout ce qui pouvait l’être ! Prenant un air martial
Les Marseillais criaient, vociféraient, chantaient,
Se ruant au-devant des bus à impériale
Où les joueurs riaient, auréolés de gloire.
L’homme du Ciel aussi encensait ses champions ;
C’était lui le fauteur de toute cette histoire
Et il était heureux que certains crient son nom…
Poème en hommage à Robert-Louis Dreyfus
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