Archives de catégorie : Marseille

Sale hiver…

Sale hiver, con d’hiver ! Je te déteste autant
Qu’un malade chronique honnit sa maladie,
D’autant que tu surgis après la mélodie
D’un automne très doux semblable à un printemps.

L’on t’avait oublié, mais c’était une ruse
Car tu t’étais tapi dans un repli du Temps
Pour en mieux rebondir en te catapultant
D’un océan glacé où poussent des méduses.

Tu as jeté sur nous tes tentacules froids
De pluie, de vent, de gel, de verglas et de neige,
Avec un soleil gris perdu dans un ciel beige
Que nous redécouvrons avec pas mal d’effroi.

La lumière est éteinte au-dessus de Marseille.
La mer que j’aime tant est grise, et le mistral
La creuse en la giflant, impérieux, magistral,
Comme il l’est quelquefois quand son souffle balaye

Les vagues déchaînées sans cesser de mugir.
Oui, l’Hiver, je te hais. Par bonheur j’ai la chance
De vivre en un pays merveilleux, la Provence,
Que tu n’apprécies pas. Mais où tu vas surgir

Car cela t’est dicté, tu dois suivre la règle
Faire subir à tous ton horrible carcan.
Non, non, jamais le temps ne se vend à l’encan :
Le code est imposé – même s’il se dérègle !

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Trois oiseaux sont posés…

Trois oiseaux sont posés sur un fil électrique,
Trois tout petits oiseaux légers comme trois plumes ;
Des plumes colorées où le couchant allume
En pétillement d’or des flammes symétriques.

En voici cinq en plus qui viennent se percher
Sur le fil du dessous. Leur petit corps habile
Reste pour le moment tout aussi immobile
Que celui des premiers, fermement accrochés

A ce curieux perchoir, alignés bien en ordre
Sur les fils bien tendus. Puis de nombreux amis
Rallient leurs commensaux qu’on dirait endormis
Tant ils semblent passifs, ignorants du désordre

Qui secoue la grand’ville houleuse en contrebas.
Le long réseau des fils dessine une portée
Sur le ciel marseillais. La troupe déportée
Du fond de l’horizon qui rougeoie tout là-bas

Pépie à qui mieux mieux la chanson dessinée
En notes emplumées par tous les petits corps ;
Un chant revigorant faisant fi de la mort
A l’affût sur la voie qui leur est destinée

Pour rejoindre le Sud. De tout petits oiseaux
Obligés par l’automne à bientôt s’envoler :
Une partition vive et gaie pour survoler
Des terres redoutées et de lointaines eaux.

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Adèle sur la plage

Poème inspiré par un tableau de :
Nicolas Odinet

Marseille dort encor. Adèle est sur la plage
Pour la première fois depuis l’été dernier.
La mer en roucoulant vient lui lécher les pieds ;
La belle a un  sursaut tant le dur becquetage

Des vagues sur sa peau est mordant et glacé.
Mais c’est insignifiant : c’est le plaisir qui gagne
Sur le désagrément, même s’il s’accompagne
De picots turgescents sur son corps violacé.

Souple comme un ressort, la délicieuse Adèle
Qui bondit ça et là ressemble à un cabri
Venant juste de naître. Elle danse, elle rit,
Hurlant à pleine voix une gaie ritournelle

Des années quatre-vingt qui passe à la radio.
L’on y parle d’amour, du soleil de Provence,
D’un homme séduisant, – autant que l’est Maxence,
Son dernier compagnon. Mais en sautant dans l’eau,

Elle perturbe un peu la mer qu’elle courrouce :
Braillant à pleine voix et trillant bien trop haut,
Elle croit l’encenser… mais elle chante faux !
Lors, outrée, une vague énorme l’éclabousse…

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Le vieux chien sur la plage

La Méditerranée musarde sur la plage,
Sereine et bleu marine, aussi calme qu’un lac.
Mousseux et argenté, c’est tout un entrelacs
De légers cheveux d’ange, un lacis de nuages

Qui flotte dans le ciel : on dirait un tableau !
Il est vraiment très tôt et il n’y a personne,
Sauf un gros chien pelé dont les abois résonnent
Dans le petit matin, presque jusqu’au Prado.

Il se traîne, épuisé, sur la plage déserte.
Qui a abandonné ce malheureux clébard
Sur la grève à Marseille ? Il faut être un connard
Pour l’y avoir laissé ! Tous les sens en alerte,

Il aboie, mais en vain. Il a soif, il a faim…
Toute cette eau à boire… et pourtant imbuvable !
Son sort est si cruel, tellement pitoyable,
Qu’il vous ferait douter de tout le genre humain !

Il ne sait où aller, mais il vaut mieux peut-être
Qu’il erre sur la plage : il n’y redoute rien
Du trafic matinal, de tout ce va-et-vient
Des gens et des autos. Peut-être que son maître

Se morfond lui aussi, seul et désespéré
D’avoir perdu son chien ? Qui dit qu’une bêtise
Ne l’a pas fait sortir sans qu’on l’y autorise ?
On ne l’a pas laissé ! Ce ne peut être vrai !

Haletant et à bout, le vieux corniaud s’allonge
Près de l’eau bleue qui bat, diffusant sa fraîcheur
Au sable humide et dur. Avec moulte douceur,
La Méditerranée qui le lèche le plonge

Dans un profond sommeil enfin réparateur.
Et bercé par l’eau bleue qui clapote et balance,
Le pauvre chien perdu sent sa vie en souffrance
S’envoler doucement vers un monde meilleur.

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La seconde fois

Il n’a pas bien compris  pourquoi il était là,
Mais peu lui importait : la vie semblait si belle.
Quel destin merveilleux ! Cette aurore nouvelle
Lui étant accordée une seconde fois,

Il ne savait comment il avait eu la chance
Qu’on la lui ait donnée ! Pour humer à nouveau
L’air pur de sa Provence, en éternel dévot,
Y chanter son amour et sa reconnaissance ?

Il a pourtant bientôt tristement déchanté
Quand il a retrouvé un Marseille angoissant :
Ce n’était plus la ville à l’ineffable  accent
Qui, quand il y vivait, l’avait tant enchanté,

Mais un monde sévère aux rues inexpressives,
Des femmes empêtrées dans de très longs manteaux,
Suivies par des barbus arriérés et brutaux.
Calme presque anormal, discrétion excessive…

Sur la ville pesait un ciel couleur de poix
L’enveloppant du gris d’un voile de tristesse.
Marseille avait perdu cette aura d’allégresse
Qu’il avait tant aimée quand il était en bas.

Un monde sans couleurs et une ville morne
Qui ne savait plus rire, hurler ou s’engueuler.
Un Marseille trop sage, abruti, esseulé,
Semblant s’abandonner à un malheur sans bornes.

Il ne savait plus trop si c’était le Midi,
Sa Provence d’antan inondée de lumière.
Tout y semblait figé, son ciel était de pierre
Et le bonheur humain semblait s’en être enfui.

Alors l’Homme a eu peur. Il s’est mis à genoux
« Mon Dieu, a-t-il prié, ramène-moi chez Nous ! »

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Accablement

Marseille est accablé par l’énorme chaleur
L’enfermant depuis peu sous un pesant couvercle.
On dirait qu’un brasier l’emprisonne et l’encercle,
L’encageant en enfer pour son plus grand malheur.

On étouffe partout : pas un souffle de vent !
L’on a beau tout ouvrir, pas même une bouffée !
La brise s’est éteinte, à coup sûr étouffée
Au-dessus de la mer par le grand soleil blanc

Qui assiège la ville et qui l’anéantit.
Hier on a constaté qu’il faisait plus de trente
Tard dans l’après-midi ! Une touffeur démente
Paralyse la ville. Il n’y a aucun bruit

Car tous les Marseillais, pourtant habitués,
Gisent dans leur maison, d’autant qu’on est dimanche.
Le Vieux-Port est prostré sous la lumière blanche
Qui pleut sur les bateaux qu’on dirait désertés.

Les flèches d’or fondant du ciel bleu outremer
Vont-elles calciner la ville languissante ?
La Méditerranée aux vastes eaux dormantes
N’a plus l’aspect fougueux d’une authentique mer,

Mais d’une étendue plate. Elle a l’aspect poisseux
D’un marécage huileux, inerte, dont les vagues
Auraient été figées. Le soleil extravague,
Qui explose en brasier sur l’horizon pisseux.

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A Marseille, l’automne

Poème illustré par un tableau de :
Josette Esnard

L’automne déambule en repeignant les feuilles
A grands coups de pinceau dégoulinant de roux.
Lui emboîtant le pas avec force frous-frous,
Le mistral veut l’aider, mais balourd il effeuille

Les micocouliers gris ombrageant le Prado.
Incurvé en coupole au-dessus de Marseille,
L’air est si cristallin que tous s’en émerveillent !
L’on en a oublié qu’une pluie en rideau

Le flagellait hier avec tant de violence
Qu’on ne pouvait sortir. Aujourd’hui il fait beau,
Un temps limpide et doux, juste comme il le faut !
Un soleil tamisé, pas encore en dormance,

Réchauffe avec amour le Vieux Port et les quais.
La mer bat doucement, bien qu’elle se prépare
Aux grands coups de boutoir et au grand tintamarre
Des tempêtes d’hiver. Mais pourquoi paniquer

Puisqu’on n’est qu’en octobre et que la ville est belle
Sous la lumière ambrée des tout derniers beaux jours ?
Les rues se sont fardées. Un vent léger y court,
Qui fait danser les feuill(es) en folles ribambelles…

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