Archives pour la catégorie “Marseille”
 
L’heure de l’apéro, c’est sacré à Marseille,
Surtout dès les beaux jours, à l’heure où le soleil
Descend sur l’horizon. On s’installe au jardin
Avec un bon pastis, pour ne faire plus rien.
Ah, mais si ! Tout de même ! On ne peut oublier
Qu’on s’est donné du mal pour bien vous préparer
Quelques amuse-gueule, avec une anchoïade.
En voici la recette de tatie Bertrade :
Vous prenez un peu d’ail, des anchois et des câpres,
Et de l’huile d’olive, au goût vert un peu âpre.
Vous écrasez le tout pour faire une purée,
Mais surtout pas trop fine ; ceci fait, vous coupez
Quelques lesques de pain – du gros pain de ménage !
Vous les faites griller comme le veut l’usage
Et vous les tartinez de la bonne pommade
Qu’ici dans la région on appelle anchoïade.
Et vous vous régalez pendant que les grillons
Entonnent dans le soir une brave chanson.
L’heure de l’apéro ? Le Paradis sur terre
Pour les épicuriens qui savent ne rien faire.
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Publié par Vette dans Marseille

Poème illustré par une oeuvre de :
Pierre Rodin
(1840-1917)
Savez-vous qu’en tous temps les cacous marseillais
Se sont enorgueilli de leur virilité ?
Qu’ils ont un tas de mots* pour parler de leurs… choses ?
On va vous les citer… si tout au moins l’on ose :
Aliboffi, couioun, bassaquèti, bassi ;
Roubignoli, dati, rompadoun et glori ;
Roustambofi, rougnoun, roustoun, roustibèli;
Roustaillons, roustaioun… et tutti… et quanti…
Quel patois délicieux que celui de Marseille,
Apre, rude et brutal, mais que le grand soleil
Essaie d’édulcorer et de rendre civil !
Quel beau parler fleuri, à l’instar de sa ville…
Existe-t-il ailleurs de plus charmants vocables,
De termes plus précis et de mots plus aimables
Que ceux utilisés par moults Marseillais
Pour parler aussi net de leurs plus chers attraits ?
*Termes trouvés dans : « Quand Marseille parlait marseillais ».
Pierre Blasi (chez Edisud)
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Poème illustré par un tableau de :
Laurence Malherbe
www.gecko-rouge.net
L’été est revenu et ses jours lumineux
Nous paraissent sans fin ; immuablement bleu,
Le ciel a oublié ce qu’était un nuage
Et l’on est tout content d’avoir tourné la page.
Il faudrait maintenant que notre cher soleil
Fasse de gros efforts : depuis peu à Marseille,
On recommence à voir des baigneurs sur les plages
Qui mettent à bronzer autant force que rage,
Car ici nul n’a honte de trop dénuder
Son corps parfois bien fait, mais souvent trop replet ;
Et ces seins tout flapis, ces bedons étalés
Seraient bien plus jolis s’ils étaient mordorés !
L’astre-roi ne sait plus où donner de la tête ;
Il est si fatigué qu’une bonne trempette
Lui ferait un bien fou ! Mais ce n’est qu’à neuf heures
Qu’il pourra se plonger, pour son plus grand bonheur,
Tout là-bas, à l’ouest, derrière l’horizon.
Pour le moment, c’est vrai, ils perdent la raison,
Tous ces gens ne rêvant que d’être bien grillés,
Barbecuetés et frits, boucanés, rissolés !
Mais pour notre glouton, c’est un fameux festin
Que l’épiderme blanc de ces pauvres crétins
Qui vont vite saisir qu’à s’exposer ainsi
Ils jouent avec leur peau de joyeux ahuris !
Souffrir pour être beau, ruisseler de sueur,
Et rester immobile et des heure(s) et des heures…
Il est vrai qu’à Marseille on va devoir peler
Pour être enfin admis dans le Club des bronzés !
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Poème illustré par une aquarelle de :
Roger Gobron
(1899-1985)
Passer du gris au noir : il faut s’y résigner
Pour glisser lentement de l’automne à l’hiver.
Quelles tristes saisons ! Et qu’il est loin l’été,
Cet été à venir et cet été d’hier…
Les nuits sont infinies ; l’horizon est voilé
Et souvent le brouillard rend les lignes au loin
Indécises et floues. Tout est comme estompé.
Qu’il est morne ce temps où le ciel est conjoint
A la terre embrumée par une bande grise !
Virant de l’ocre au noir, les couleurs sont éteintes.
Tout est démesuré, le vent n’est plus que bise
Et les futurs beaux jours semblent être hors d’atteinte.
La Provence assoupie qui cherche son soleil
A perdu ses couleurs éclatantes et drues.
Un ciel opaque et gris est posé sur Marseille
Encor plus défraîchie quand le beau temps n’est plus.
Il lui faut de la vie, une intense lumière
Qui la pare et la baigne de vives couleurs.
Le printemps et l’été sont ses cache-misère.
Oh ! Revienne le temps qui rallonge les heures…
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Combien de fois, dis-moi ! l’ai-je donc parcourue
Cette rue de Marseille ? Une rue si pentue
Qu’elle est un escalier ! Nous, nous n’en souffrons plus,
Bien qu’avec ces années qui nous laissent perclus,
Elle soit parfois rude à monter et descendre.
Est-elle donc plus raide qu’en notre âge tendre
Où nous la gravissions vent debout, en courant ?
Mon Dieu, quelle grimpette ! On dirait que le temps
L’a rendue vertical(e) ! Si dure qu’elle essouffle
Les touristes flapis et presqu’à bout de souffle
Qui gravissent la pente en agrippant la rampe.
Certains s’asseoient en haut, et, tout noués de crampes,
Ils se promettent bien de n’y plus revenir.
Cette rue trop pentue, c’est la rue des soupirs !
Une rue de Provence, une rue de Marseille
Aux maisons balafrées par des rais de soleil…
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Il aime sa maison sur les hauts de Marseille,
Dans cette rue étroite où même le soleil
A du mal à passer. Mais il y fait bien frais
Quand l’été forcené commence à tout griller.
Elle est vraiment modeste avec ses deux étages
Et son architecture pensée par un sage :
Façade aux tons fanés léchée par la lumière,
Petite cour devant et jardin à l’arrière ;
Un jardinet, plutôt, mais qui lui suffit bien
Pour y faire pousser un pied de romarin,
Tomates et poivrons, thym, fleurs, courgette(s) oblongues…
Il y peut mettre aussi sa chère chaise longue
Où il médite en sage aux tourments de la vie ;
Il médite souvent ! tourné vers l’infini
D’un ciel moultes fois bleu… Il remercie sa ville
De cacher en son coeur des coins aussi tranquilles
Qu’ici, à Saint Julien. Il aime ce quartier
Où les gens n’ont pas l’air d’être trop angoissés,
Et leur voix rocailleuse épicée de soleil.
Antonin aime vivre au coeur de son Marseille.
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Tout au fond des tréfonds des bas-fonds de Marseille
Vivaient deux frères rats. L’un était gros et gras,
Bedonnant et aimable avec des joues vermeilles.
L’autre était bien plus maigre et se faufilait là
Où personne jamais ne pouvait se glisser,
Dans des caves bien closes et au coeur d’entrepôts
Pourtant cadenassés. Il avait amassé
Un trésor fabuleux qu’il se gardait au chaud.
L’autre rat, qui régnait sur le monde d’en-bas,
Préférait ignorer les méfaits de son frère
Tout en en profitant ; mais un jour le malfrat
Se trouva bêtement pris dans une ratière.
Il poussa de hauts cris. L’autre ferma les yeux.
Reculant pour n’avoir point à le secourir,
Il s’emmêla les pieds dans une corde à noeuds
Qui traînait sur le sol. Ce n’était pas le pire :
Le peuple des bas-fonds aussitôt accouru
Prévint le chat des docks lui servant de police.
Le félin prit les rats, les avala tout crus :
Un moyen comme un autr(e) de rendre la justice !
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Poème illustré par une oeuvre de :
Guillermo Forchino
www.forchino.com
Panne ? Accident ou grève ? Ou manifestation ?
Dans la rue Paradis, un grand embouteillage
Paralyse Marseille.Un énorme bouchon
Fait subir à la ville l’un de ces outrages
Dont elle est coutumière. Un ouaille pas possible !
Les gens sont fous furieux, ça commence à chauffer…
Panique incontrôlée, pagaille incoercible,
Casse-tête homérique impossible à régler
Car la rue est barrée et tout y est bloqué ;
On apprend qu’un chauffard a grillé un feu rouge
Et qu’il a enfoncé l’avant d’un gros camion !
On a beau s’agiter, klaxonner, rien ne bouge ;
Comment un dépanneur pourrait-il se glisser
Au milieu de ce cirque ? Il lui faudrait des ailes !
Les gens agglutinés ne font que s’insulter
En se traitant de tout. Peut-être qu’à Noël
Y seront-ils encor car c’est inextricable !
Un bordel incroyable, un vrai ouaille dément !
Et deux flics accourus, prenant un air aimable,
Se mettent à prier silencieusement…
* Soyons francs ! A Marseille , le ouaille, c’est… le bordel !
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Un gros soleil tout rond darde partout en France
Ses longs rayons d’argent. Ils sont un peu usés
Mais encor très ardents ; et même la Provence
N’en revient toujours pas de cet ultime été.
On est le six octobre : il fait trente degrés ;
Tout aussi chaud, vraiment, qu’en plein coeur du mois d’août !
Les gens en sont ravis, et les plages bondées
Comme lors des beaux jours ! Il ne fait aucun doute
Que ce n’est qu’un sursis ; alors profitons-en…
Même si les marchands d’habits font grise mine
Car ils n’ont pas prévu que ces maudites gens
Se croiraient en été. Ils râlent et fulminent
Devant bottes, bonnets, manteaux matelassés
Très inutilement présents à l’étalage.
Ils les vendront plus tard ! Et nous, les Marseillais,
Nous nous délectons tous, avec force, avec rage,
De la chance inouïe qu’est pour nous ce miracle :
L’été au mois d’octobre et la plage en automne !
Le Prophète assailli, le soleil au pinacle !
Il paraît qu’au Prado un platane bourgeonne…
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Publié par Vette dans Marseille

Une si jolie ville, avec tous les atouts
D’un bien-être parfait : ciel bleu presqu’immuable,
Panorama unique à se mettre à genoux
Et Méditerranée le plus souvent aimable…
Mais pourquoi faut-il donc qu’un cartel de voyous
S’en vienne tout gâcher avec ses exactions ?
Des vols à l’arraché au racket, ils font tout
Pour dégoûter les gens ! Un tas de petits cons
Qui vous donnent parfois envie de repartir
Et de quitter Marseille où vous seriez si bien
Sans ces foutus loubards qui vous le font haïr !
Si cela continue, ils vont rompre le lien
Qui unit la grand’ville avec les Marseillais…
Elle est pourtant si belle au coucher du soleil
Plongeant au creux de l’eau par un beau soir d’été !
Vermeille au crépuscule et ville des merveilles
Qui pourrait sur la Terre être un vrai paradis !
Il faudrait la laver à grande eau et au jet
Pour emporter en mer ces bougres de bandits !
Marseille immaculé, honnête et bien propret ?
P’têt ben koui, p’têt ben knon ! On peut toujours rêver…
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C’est un vaisseau de pierre ; un édifice immense
Si grave et solennel qu’il en est presque triste ;
La Major, la si belle ; une nef où subsistent
L’écho des oraisons, des effluves d’encens.
Chaque pierre a une âme, et elle est imprégnée
Par la sérénité qui sanctifie les lieux
En vous serrant la gorge, en humectant vos yeux
Tant vous êtes émus par cette étrangeté :
Il n’y a aucun bruit. Dehors Marseille bout,
Fébrile et agitée par une frénésie
Qui paraît insensée aux fidèles qui prient,
Engloutis tout au fond de leur quête où se joue
Leur avenir au Ciel. Le silence est total.
Il est comme habité, généré par la Foi
De tous ces gens unis par une seule loi :
Celle offerte autrefois par un Dieu amical.
De la voûte et des murs sourd comme un grand mystère,
Celui de l’amour fou qui a fait se dresser
Sur le ciel de Marseille un prodige insensé,
Mais où vit pour toujours l’espoir de la lumière…
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Publié par Vette dans Marseille

Oh mon Dieu ! Que c’est lourd ! Oh mon pauvre vieux dos…
Mes épaules aussi ! A force de porter
Ce satané balcon, je ne sens plus mes os…
On dit que c’est Portal, élève de Puget,
Qui nous a fait sculpter, moi et mon compagnon.
Nos deux amis les Sphinx ont beaucoup plus de chance ;
Car mollement couchés au-dessus du fronton,
Ils y sont allongés avec grand’nonchalance.
C’est un riche banquier, de surcroît italien,
Qui fit édifier l’Hôtel des Cariatides.
Ce nom nous a vexés – d’ailleurs on le voit bien !
Nous sommes des Atlante(s) ! Quel est donc le stupide
Qui nous priva ainsi de notre identité ?
Moi, je suis le costaud qui protège ses yeux
De l’ardeur du soleil avec son bras plié.
Mais vraiment je commence à me faire bien vieux ;
Et mon copain aussi, qui se tient le côté
Avec un grand rictus car il a une crampe.
Nous sommes fatigués. On en a plus qu’assez
De tenir ce balcon ! Il faudrait qu’on décampe…
* 1 Rue Nationale dans le 1° Arrondissement
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Publié par Vette dans Marseille

Poème illustré par un tableau de :
Emile Bouvier
www.inter-coproprietes.com/jeditoo/france/Paca
Quelle drôle de ville ! Et quel étrange endroit
Que ce Marseille triste et rieur à la fois
Qui peut souvent le mieux, mais peut aussi le pire !
Une cité légère et faite pour le rire,
Mais qui parfois surjoue, en arrivant au drame.
La ville du soleil, portant en oriflamme
Une intense lumière et parfois pas mal d’ombre :
Un monde lumineux, mais dont les tréfonds sombres
Recèlent des secrets qu’il vaut mieux ignorer.
La mer y est très claire et semble la bercer,
Ondoyant lentement tout autour de la rade.
Mais sous les eaux très bleues les hauts fonds se dégradent,
Rongés par la gangrène et par la pollution…
Quelle drôle de ville, et dont la séduction
Ne peut jamais laisser quiconque indifférent.
Mais gare au malheureux qui devient son amant !
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Publié par Vette dans Marseille

Il fait encore nuit, il est presque cinq heures
Et à l’Est, vers Allauch, s’allume la lueur
Qui va embraser l’aube. Antonin entre en danse
Pour ce fichu moment où son travail commence.
Le camion-benne est prêt et les copains aussi,
Pour bosser tous en choeur jusqu’à midi et d(e)mi ;
Enfin… normalement ! Mais en se dépêchant,
On peut avoir fini et partir bien avant !
C’est à qui videra les boîtes le plus vite :
Une corvée bâclée où les hommes évitent
De jeter un regard sérieux sur les côtés
Pour devoir ramasser ne fût-ce qu’un papier.
Parce que trop rapide, un boulot salopé !
On ne se baisse pas, on laisse des déchets
Sur les trottoirs crasseux de la pauvre grand’ville.
Et l’on se moque bien de l’avis des édiles
Courroucés et furax qui fulminent sans trêve ;
Il suffit vite fait de promettre une grève…
Et puis il est dix heur(es) ! Antonin part en douce…
Une douche, un morceau à manger sur le pouce,
Une petite sieste et il est reparti
Pour un boulot au noir. Bien, le fini-parti…
Marseille est dégueulasse ? Il n’en a rien à faire
Car mieux vaut s’occuper de ses propres affaires !
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Publié par Vette dans Marseille

Poème illustré par un tableau de :
Pascal Giroud
www.pgiroud.com
Cher Peter, je t’envoie cette carte postale
Du Midi de la France : le Vieux Port de Marseille ;
Un endroit merveilleux tout baigné de soleil
En Méditerranée. La mer y est étale
Et bleue comme tes yeux, avec des reflets gris.
Marseille – hélas ! est sale, et c’est vraiment dommage
Sous ce ciel flamboyant et toujours sans nuages.
Tu crois que j’y vais fort ? C’est ce qu’on dit ici…
La ville est surplombée par une Bonne Mère
Qui porte sur son bras un immense bébé.
C’est étrange, vraiment, car comment ces Français
Tellement cartésiens peuvent-ils donc s’y faire ?
Tu aurais dû venir ! Ces gens si volubiles,
Criards et agités, cette foule brouillonne
Dans ces rues colorées où tant de vie bouillonne…
On en a le tournis ! Mais comment une ville
Peut-elle être aussi folle et aussi attachante ?
Je ne m’en lasse pas et j’en suis amoureux.
Allons, je dois penser à tes charmants yeux bleus,
A Boston qui m’attend : c’est demain que je rentre…
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