Archives pour la catégorie “Marseille”

Goyo-Dominguez
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Non loin de la Major vivent trois jeunes filles,
Trois soeurs telles des fleurs et qui sont si jolies
Que même le soleil en est fou amoureux.
L’on en dit à Marseille que sera bienheureux

Qui les épousera tant elles sont parfaites.
Rousses toutes les trois et la tête bien faite :
On dirait trois Printemps sages et raisonnables ;
En sus de leur beauté elles sont fort aimables

Et vous laissent pantois dès que vous les voyez.
Nul ne saurait donc dire quelle est sa préférée !
Mais c’est là que le bât blesse et leur fait du tort
Car comment donc choisir ? Il faudrait être fort

Pour ne pas hésiter devant tant de beauté,
De grâce et de douceur par trois multipliées !
Aussi les demoiselles sont-elles solitaires
Et malgré leurs vertus toujours célibataires !

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Pas bien loin du Jarret vit un très vieux bonhomme
Qu’on appelle Marius : il ressemble à Fresnay,
Un acteur d’autrefois – bien oublié en somme !
Il parle bien souvent du temps où le quartier

Etait une campagne avec une rivière
Claire comme le ciel qui venait s’y mirer.
Et il galège à peine ! Pétillant de lumière
Et longeant des prés verts roucoulait le Jarret

Qu’un jour on a couvert. Depuis il est aveugle
Et va en tâtonnant sous de grands boulevards
Où grouillent des vélos, des voitures qui beuglent,
Des taxis, des cinglés, des gens et des motards…

Mais bien que souterrain, enserré dans la pierre,
Le Jarret continue à couler droit devant
Jusqu’à la belle Huveaune, oubliant ses misères,
Roulant un peu plus fort pour rejoindre le vent.

Et Marius dit qu’un jour il se révoltera,
Qu’un orage insensé viendra le délivrer
De son corset de pierre et qu’il explosera
Pour retrouver l’air pur dont l’Homme l’a privé.

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Elle est pas mal fanée et c’est près du Vieux Port
Qu’elle erre tous les soirs. Car elle plaît encor
A quelques déjantés qui traînent dans la rue :
Une pauvre puta qu’on y a toujours vue !

Son visage fardé est semblable à un masque
Et ses cheveux laqués qui forment comme un casque
Sont posés sur son crâne ainsi qu’un nid d’oiseau.
Une pauvre puta semblable à un roseau

Ondoyant sous les coups d’une bien triste vie.
Rares sont les passants qui ont encor envie
De son corps épaissi par l’âge et la boisson.
Une pauvre puta flasque comme un poisson !

Elle ose quelquefois aller vers la lumière,
Arpenter les trottoirs de notre Canebière.
Mais les ruelles sombres lui conviennent mieux :
Une pauvre puta pour des cacous miteux !

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Paul Cézanne

Face à la mer chuintant sa lente mélopée ,
La Plage du Prophète. Elle est tout encombrée
De corps rouges, suintants et striés de rayures,
Etendus touche-touche. Ils sont à point, bien mûrs

Pour des coups de soleil et de grandes douleurs.
On est le premier août, les aoûtiens sont là !
On peut les reconnaître à leur piètre couleur
Et leur teint rose et blanc. C’est un gai brouhaha,

On ne voit plus le sable ; et la mer encombrée
Par de bruyants baigneurs bouillonne, bout, pétille :
Mais elle est hypocrite et fait l’apprivoisée,
Se moquant de la foi de tous ces joyeux drilles !

Peut-être quelque jour va-t-elle se fâcher
En montrant à ces fous qui est le maître ici ?
Mais pour l’instant en paix la Méditerranée
Est comme un lac bénin aux flots bleus assoupis.

Au milieu du tintouin,quelques vrais Marseillais
Bronzés de haut en bas se moquent, indulgents
Pour ces envahisseurs fadas et agités
Leur polluant la plage : eux, ils ont tout leur temps …

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Depuis hier matin une morne torpeur
Fait flipper tristement bien des gens du quartier :
Leurs murs sages et gris se sont illuminés
D’incroyables tableaux aux foldingues couleurs,

Oeuvres enluminées enfantées dans la nuit
Par des artistes fous, en quête d’un support
Aussi démesuré que leur âme et leur corps,
Peignant leur conception d’une tout autre vie !

Les tags abominés par moults bien-pensants
Flashent insolemment sur les tristes façades
Flamboyant de peinture. Et paraissent bien fades
Les parois préservées ! Ignorés des passants,

Semblant encor plus gris que les gris autres jours,
Ce ne sont que des murs sans autre poésie
Que celle des carreaux qui reflètent la vie.
Ailleurs les tags flamboient et l’on y lit « Amour ! »

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Au quatrième siècle avant l’ère chrétienne
Vivait à Massalia un affamé du monde ;
Par ses ombres portées, son gnomon d’obsidienne
Lui avait révélé que la Terre était ronde !

Il était astronome et pauvre, et désirait
S’en aller vers l’Ouest pour y quêter l’étain
Et l’ambre dont la ville et son peuple manquaient.
Les sages en riaient mais leur rire était vain :

Avec vingt compagnons il frêta « l’Artémis »
Financé par les dons de sa belle Cité,
Puis il pria les Dieux pour un vent plus propice,
Profitant de l’hiver pour bien se préparer :

Il emplit son vaisseau presque jusqu’à ras bords
De vivres et de troc pour les lointains Barbares
Puis on partit enfin et l’on quitta le port,
Assurés et farauds, solides à la barre…

Plus tard on traversa les Colonnes d’Hercule
Qu’on nomme Gibraltar, et lors on découvrit
Que l’eau de l’océan avance et puis recule !
Mais plus tard, le contant, l’on resta incompris.

Et ce fut l’Armorique et puis la Britannie :
Pythéas négociait, il en parlait la langue.
Ensuite l’on s’en fut à Thulé où la nuit
Dure indéfiniment, où le jour est exsangue ;

Et puis l’on arriva à l’endroit où la glace
Respirant doucement ressemble à un poumon.
Quand il le raconta, le marin Pythéas
Fut lorgné de travers, tant paraissaient abscons

Les récits insensés qu’il faisait du voyage.
Mais quand il eut longé les côtes de Baltique,
Il s’en revint enfin avec dans ses bagages
Un trésor qui cloua le bec aux plus sceptiques

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Vincent Honnoré
http://www.honnore.peintre.free.fr

Ce matin l’on a décidé
De monter hardiment à pied
Jusqu’à la Dame de La Garde ;
Et nous, les énormes flemmardes,

Ne nous sommes pas rendu compte
Qu’il faudrait boire notre honte
Jusqu’à la lie : c’est en suant,
En râlant et en haletant

Que nous allions gravir la côte !
Devant notre peu de jugeotte
La Bonne Mère et son Minot
Devaient bien se moquer, là-haut !

Mais l’on est enfin arrivé
Et piteux l’on s’est effondré
Sur le sol nu. Nous suffoquions
Bouche bée comme des poissons

Jetés tout vifs hors des filets ;
Puis nous nous sommes requinquées …
Et merveilleuse récompense,
Une vue sublime et immense

A nos pieds. Un site inouï :
Marseille et la mer infinie,
Et les couleurs, et la lumière
Ruisselant des cieux vers la terre.

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Holig
www.holig.artblog.fr

Un bien curieux objet s’est posé sur Marseille,
Venu d’un univers lointain, illimité.
Une sorte de bulle irradiée de soleil
Recouvrant le béton d’une brume irisée

Dans un monde obscurci, boucané, étouffant.
Elle y a atterri en toute transparence
Et en ensorcelant brutalement les gens
Elle en a fait des dieux subitement en transes :

Autour d’eux les parois s’étaient évanouies,
Dissoutes et baignées d’une étrange lumière.
Ils ont aimé leurs jours sombres comme la nuit,
Et leur ciel enfumé est redevenu clair.

La lumière a fusé dans toute la région,
Jaillissant en faisceaux des murs gris et des toits
Et la foule joyeuse a surgi des maisons,
Rameutant les voisins avec des cris de joie.

Leurs yeux s’étaient ouverts sur un tout nouveau monde,
Comme s’ils renaissaient nimbés d’un nouveau jour.
Plus rien n’était pareil, leur vie était féconde :
La bulle inexplicable était faite d’amour.

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Pour Nicolas Vadelorge

Savez-vous qu’à Paris est né un grand scandale,
Insensé, inouï, et qui déjà régale
La Presse nationale ? Et même universelle :
Il ne reste qu’un trou en lieu de Tour Eiffel !

Car très tôt ce matin l’on a bien dû admettre
Que dans le monde entier tous allaient se repaître
De la triste nouvelle : la France avait perdu
Son plus beau monument. Disons ! le plus connu …

On a cherché partout en pensant qu’on rêvait !
Comment un tel prodige était-il arrivé
Dans un monde blasé, sans grande fantaisie ?
Où donc était passée la folle du logis …

Jusqu’à ce ce que le Maire de notre Marseille,
Modulant son accent coloré de soleil,
Révèle enfin à tous l’étrange vérité :
La belle était ici, on l’avait retrouvée

Les pieds dans le Vieux Port en train de prendre un bain !
En ayant eu assez du ciel gris, du tintouin
De Paris et du Nord, elle avait décidé
De tenter une fugue et prendre ses congés

Au soleil du Midi… Et depuis l’on essaie
De la persuader : elle doit remonter
Vers sa ville natale. Il en va de l’honneur
De Paris, de la France et même du bonheur

De tous les Parisiens ! Mais la Tour Eiffel rit,
Dit qu’on verra plus tard, promet puis se dédit ;
Elle prends du bon temps et n’en fait qu’à sa tête ;
Elle a même investi la plage du Prophète.

 

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Claude-Max Lochu
www.lochu.com

L’un est passé au vert et l’autre au rouge clair :
C’est ainsi qu’on conduit dans les rues de Marseille !
L’un d’eux avait raison et sa juste colère
Coquericocotait et vrillait les oreilles

Des badauds accourus pour jouir du spectacle.
Mais jamais le chauffard n’avouerait - non jamais !
Qu’il était dans son tort. Comment un tel obstacle
Avait-il ainsi pu s’en venir le heurter ?

Son énorme béhème avait un gros coquard,
L’autre un plus gros encor. Chacun s’égosillait,
Reprochant à autrui son probable retard,
Qui pour un rendez-vous et qui pour travailler !

Le ton montait, montait : des jurons, des injures
Ponctués de soupirs et tout ensoleillés
Par l’accent du Midi, le plus beau, le plus pur :
La quintessence même de l’accent Marseillais !

Puis ils se sont calmés, soudain raccommodés
Comme par un miracle. Au moins en apparence …
Ils ont baissé le ton car un flic approchait,
Mais tout s’est terminé par une contredanse !

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Jean-Paul Courchia
www.galerie-aleph.com

Cette nuit un trois-mâts est entré dans le Port,
Tout aussi palpitant sous ses immenses voiles
Qu’un cygne sur la mer. Et des ocelles d’or
Scintillaient sur ses mâts accrochés aux étoiles.

Un trois-mât d’autrefois, comme aux temps bourlingueurs
Où les bateaux partaient pour des terres lointaines,
Où les marins tournés vers l’heur ou le malheur
Entonnaient sur le pont de bien tristes rengaines.

Il est resté trois jours, toutes voiles ferlées,
Redonnant au Vieux-Port son panache d’antan ;
Puis s’en est reparti les ailes déployées
Pour s’en aller se perdre au loin vers le Couchant.

Et l’on est resté là, les yeux tout embrumés
A chercher à l’Ouest le grand oiseau des mers.
Avant de l’engloutir l’horizon enflammé
L’a comme auréolé d’un halo de lumière.

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Le soleil du mois d’août est si fort aujourd’hui
Que la plage est déserte, car il n’est pas un fou
Qui en s’y baladant veuille y risquer sa vie !
Seuls quelques acharnés rôtissent à feu doux

En changeant de côté comme biftecks au grill.
Le ciel blanc qui brasille est prêt à tout brûler,
Aucune précaution ne peut le juguler
Et pas un seul baigneur n’est venu de la ville !

D’habitude les bus déversent des Quartiers
Des hordes de minots se ruant sur la plage
Qui permet d’oublier ce si beau mot : « Voyage »
- Un mot très mystérieux où ils n’ont pas accès.

 Mais aujourd’hui personne : on est tout désoeuvré,
Occupé seulement à rechercher de l’ombre.
On sortira plus tard. Et plongeant dans l’eau sombre,
On s’en délectera : elle est fraîche à hurler …

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Vincent Honnoré
http://honnore.peintre.free.fr

C’était autrefois une Halle :
L’on n’y vendait que du poisson ;
Mais le poisson s’y vendant mal,
La Halle devint la maison

Du Théâtre au coeur de Marseille.
Melpomène et Thalie, les Muses,
Soeurs de la lune et du soleil
Chaque soir y jouent et s’amusent

A ressusciter du Passé
La Tragédie, la Comédie ;
Et des bluettes démodées,
Les drames du présent, la vie

Viennent aussi s’y inviter.
Marseille y rit, Marseille y pleure :
Le Théâtre de la Criée
Peint le monde en noir, en couleurs.

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C’est tôt le matin qu’Isabelle
Vend son poisson sur le Vieux Port.
Sa voix lumineuse interpelle
Les chalands. Le « Roucaou d’or »,

Le « pointu » de son compagnon,
Est rentré depuis moins d’une heure
Et dans les bacs bleus les poissons
Sont tout frétillants de fraîcheur ;

Grouillant dans la vieille barcasse,
Les pagres, les loups, les dorades,
Les sars, les vives, les rascasses
Ont été pêchés dans la Rade

Ou près du Frioul. Mais demain,
Il va souffler un grand mistral
Et c’est l’ennemi de Germain
Qui grommelle, tempête, râle …

Mais Isabelle n’en a cure !
Souriante, aimable toujours,
Elle sait que le vent ne dure
Rarement plus que quelques jours.

Elle étête, vide et écaille,
Plaisante un peu et gentiment,
Se démenant vaille que vaille,
Donne une recette au client.

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Au Dock des Suds, c’est la Fiesta
Qui tourne la tête à Marseille.
Frénésie, danses et merveilles,
Chants , hurlements et brouhaha,

Tout est chamboulé dans la ville.
Tous les pays du Sud sont là !
Délire, rythme et bamboula,
Musique dingue qui titille

Les oreilles bien au delà
Du supportable et de l’audible !
La folie tourne à l’indicible :
C’est la fête, c’est la Fiesta !

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