Archives pour la catégorie “Le soleil-lion”

Un bouquet de poissons de toutes les couleurs
Virevolte en valsant autour d’un rocher bleu :
Des bijoux ciselés pour le plaisir des yeux,
Mais que seuls quelques uns ont la fortune et l’heur

De voir ainsi tourner dans un monde enchanté.
Viens avec moi, Phyllis ! Allons donc faire un tour
Là où l’été brûlant n’est plus qu’un demi-jour.
Suis moi et n’aie pas peur car nous allons plonger…

Nous sommes devenus des bulles si légères
Que nous devons lutter pour rester tout au fond.
Ton visage est très pâle et tes yeux sont tout ronds
Derrière le hublot. Devenus des chimères,

Nous flottons, ondoyant comme les algues rouges
Où se faufile et danse un étrange ballet :
A rayures, à pois, bariolés, chamarrés,
Les poissons ballotés par l’eau grise qui bouge

S’abandonnent tout doux. Puis soudain ils s’enfuient
Sans aucune raison pour revenir bientôt ;
Baguenaudant sans but et frôlant notre peau,
Ils sont immatériels : tout juste un friselis

De vie calme et tranquille aux tréfonds de la mer.
Sous nos palmes le sable est comme rayuré
Par des vagues dorées. Le soleil est gommé,
Réduit par l’ombre ocrée à un jeu de lumières.

 

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Poème illustré par un tableau de :

Luce B.
www.luceb.canalblog.com

Même la nuit ne dissout pas
L’énorme chaleur de la veille…
Ou à peine ! Et nous sommes las
Des excès déments du soleil.

Mais il est cependant une heure
Où l’on peut savourer l’été
En n’en goûtant que les bonheurs :
Quand l’aube encor ensommeillée

N’est guère plus qu’une lueur.
C’est alors si bon d’inhaler
Cette exhalaison des senteurs
Du jardin encor tout mouillé

Par l’arrosage de la veille.
Ca sent bon le vert et le frais,
Et le raisin bleu de la treille,
La menthe, l’ail, les roses-thé…

C’est un joli matin d’été,
Revigoré et rafraîchi
Par les perles de la rosée
Qui ont goutté toute la nuit.

 

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Poème inspiré par un tableau de :

Marc Chagall
(1887-1985)

C’est le temps des vacances ; il fait trop chaud chez nous :
Ce féroce mois d’août est fait pour les touristes.
Nous allons donc partir vers un hâvre plus doux…
Mais rien que d’y songer, nous sommes soudain tristes

De devoir délaisser notre charmant village.
Dilemme terrifiant… quand une idée nous vient :
Et si nous allions là-haut nicher dans un nuage ?
Pour qu’il demeure ici, nous l’amarrerions bien

Au-dessus de Lambesc ! Sitôt dit, sitôt fait :
Oubliant pour un temps notre esprit prosaïque,
Nous nous somm(es) envolés tendrement enlacés
Au-dessus des humains en leur faisant la nique !

Le nuage est moelleux et l’on y est au doux.
Tout en bas le Midi grille sous le soleil.
Un seul nuage au ciel qui n’est là que pour nous :
Un songe calme et frais au pays des merveilles…

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Poème illustré par un tableau de :

Gabriel Calef
www.gabrielcalef.com

Le soleil est un ogre. Hypocrite en hiver,
Il fait le bon apôtre car ses dents sont usées
Par ses frasques d’été. Il doit donc les laisser
Repousser pour avril. Mais dès juin – ô misère !

Quand il se sent puissant et de nouveau armé,
Il se jette sur nous pour faire un grand festin.
Il n’y a guère donc qu’au tout petit matin
Où il repose encor qu’on peut lui échapper.

Tout d’abord il nous lèche et l’on devient tout rose.
Ses rayons sont aigus comme des traits de feu ;
Il nous fait rissoler, l’on cuit, et peu à peu
L’on tourne à l’écrevisse. Il faut marquer la pause

Et pour lui échapper rechercher un coin frais,
Si l’on ne veut rôtir et y laisser sa peau.
Qui fait le fanfaron pour paraître plus beau
Se retrouve le soir avec le cuir pelé !

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Sonnet illustré par un tableau de :

Gilbert Abric
www.gilbert-abric.com

Le pavé bleu des rues est encor tout luisant
Car un torrent de pluie vient de le lessiver.
La lune est revenue, qui s’était bien cachée
Dès l’orage crevé au fond du firmament.

Quelle chance pour nous que ce soit juste avant
Le début du concert ! Le soir rasséréné
Est tiède comme il faut ; rien ne vient plus troubler
Ce moment fabuleux. Pas un souffle de vent,

Ni un chant de grillons ! Se sont-ils tous noyés ?
La musique sautille au-dessus de la place :
Le flonflon d’instruments pas très bien accordés

Mais vibrant cependant d’une certaine grâce.
Tout le village est là, écoutant subjugué
Une valse à trois temps chantant l’été qui passe…

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Poème illustré par un tableau de :

Christian Bligny
www.christian-bligny.overblog.com

Tout était bien trop sec car il n’avait pas plu
Depuis des jours, des mois… Même pas un orage !
Puis le vent s’est levé. Ce n’était guère plus
Qu’un bon coup de mistral ! Mais le feu a fait rage…

Une odeur âcre et forte est toujours en suspens
Au-dessus de la mer. Un voile de fumée
Ternit le ciel trop bleu ; des rafales de vent
Secouent encor les pins aux formes torturées.

Pas bien loin la forêt morte n’est plus qu’espars :
Les ombres des géants dénudés par les flammes.
Le feu est passé vite en laissant les fûts noirs
Dressés et dépouillés, ravagés jusqu’à l’âme.

Le mistral meurtrier ondoie, et il enroule
Une brume puante autour des troncs noircis.
La forêt des Cabros n’est plus. Tout près la houle
Fait cascader la mer sur les grands rochers gris.

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Sonnet illustré par un tableau de :

Vilhelm Hammershoi
(1864-1916)

Il fait tellement chaud qu’on a moitié-fermé
Les volets pour se protéger de la chaleur.
C’est l’habitude ici, et c’est un vrai bonheur
D’être dans la pénombre. Illusion d’être au frais

Et de ne plus subir l’agression de l’été !
Ce demi-jour apporte une extrême douceur
A nos corps fatigués par l’indomptable ardeur
Du soleil du mois d’août. Et dans l’obscurité,

Nous nous sentons revivre… Il fait vraiment très chaud !
Le soleil se faufile entre les deux vantaux
Comme une écharpe bleue striée de traits d’argent.

Des corpuscules d’or dansent dans la lumière
Et ces rais transversaux où vibre la poussière
Dessinent sur le sol des lignes au cordeau.

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Poème illustré par un tableau de :

Daniel Sannier
www.danielsannier.com

Hirsutes buissons gris, cailloutis et rocaille,
Chaos de galets blancs et rochers dénudés
Sous le grand soleil fou qui cure et qui fouaille
De ses rayons d’acier les plantes assoiffées :

C’est un monde très sec où la pierre étincelle,
Cinglé par le mistral, ravagé de lumière ;
Un monde à la beauté primitive et austère,
Engourdi sous la voûte marine du ciel.

Monde aride et brûlant mais jamais silencieux,
Car inlassablement les cigales y criquent.
Univers gris et blanc sous un ciel toujours bleu ;
Un monde sans douceur aux accents archaïques

Du tout-début des temps. Les fleurs y sentent bon,
Comme si leur parfum pouvait les protéger
Contre l’excès en tout. Et leur exhalaison
Flotte dans l’air limpide en effluves légers.

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Poème illustré par un tableau de :

Jacques Testa
www.tableaux-testa.net

Le soleil-lion se lève au dessus de la mer.
Sa crinière enflammée est tout échevelée
Sur le Frioul doré liseré de lumière.
Voici que s’illumine un beau matin d’été

Où il fait déjà chaud. Agrippée à un pin
D’où sourd une résine odorante et gluante,
Une cigale crique. Et au fond du ravin
De la calanque bleue la mer est ondoyante.

Les rayons étoilés sont encor supportables ;
Tout en bas sur la plage un ado silencieux
Est tel une statue, pétrifié sur le sable
Pétillant sous le ciel immuablement bleu.

Soudain un geste sec, et il lève son fil
Avec au bout du scion un trait d’argent qui bouge :
Un poisson qu’il décroche avec ses doigts agiles
Et rend aux flots marine étincelés de rouge.

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Mon Dieu ! Qu’il fait donc chaud ! Quand arriverons-nous ?
Pourquoi n’avons-nous pu démarrer de bonne heure,
Nous arracher du lit à l’aube dès six heures ?
Promesse non tenue tous les ans au mois d’août !

Capot presque collé au pot d’échappement
D’un tacot crachotant suivi depuis Paris,
Nous sommes abrutis par le chahut, le bruit
Que font derrière nous le chien et les enfants.

On ruisselle, on a soif, et la voiture avance
A quelques dix à l’heure. On n’en peut vraiment plus
De subir chaque année l’incroyable cohue
De ces foutus départs ! Pourquoi donc la Provence

N’est-elle pas plus près du reste de la France ?
Et pourquoi son soleil, son ciel bleu et sa mer
Sont-il aussi lointains ? Quel est donc ce mystère
Qui nous pousse à ainsi y passer nos vacances ?

Tous les ans c’est pareil : on n’y échappe pas !
Il y a un aimant qui là-bas nous attire.
Provence séductrice à l’éternel sourire,
Nous succombons toujours à tes maudits appas…

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Le soleil au zénith pleut sur la plaine rousse
Grillée par la chaleur intense de l’été ;
Ses rayons verticaux et aigus éclaboussent
D’une lumière drue la garrigue embaumée

Par des buissons trop secs de thym et de lavande.
Car ici le mois d’août est un mois incendiaire
Où le feu embusqué dans les bois et la lande
Peut soudain s’éveiller : un monstre délétère

Capable en un instant d’engloutir le maquis !
Pour le moment il dort… Le chant paroxystique
Des cigales mussées fait vibrer le Midi
Sans jamais ralentir son rythme frénétique.

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Le soleil est énorme et il fond goutte à goutte
Sur la surface acier de la mer immobile.
La Méditerranée, lisse comme de l’huile,
Oscille lentement. Des traces de mazout

L’irisent joliment. Il y a mille oiseaux
Qui plongent vers les flots en hurlant à grands cris,
Rayant le ciel foncé de leurs maigres corps gris.
Mais comment font-il donc pour n’avoir jamais chaud

Quand ils mènent ainsi leur incessant manège ?
Sur l’horizon crayeux Marseilleveyre est beige
Et ses pentes pelées brûlent infiniment.

Ce mois d’août est très dur. Il est comme un fléau
Qui consume Marseille. Il n’y a pas de vent,
Si ce n’est par moments un coup de sirocco.

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Poème illustré par un tableau de :

F.Claire

Pardonne-moi, Soleil, parfois je t’injurie !
Et pourtant n’es-tu pas un symbole de vie
Pour nous pauvres Terriens au fond de l’Univers ?
Sans toi rien d’autre ici qu’un éternel hiver !

Il est vrai que chez nous par moments tu galèges
Quand nous mourons de chaud, que nos yeux parpalègent
Tant tu les fais ciller à grands coups de rayons !
Mais certains aiment ça, et ils sont des millions

A se précipiter sur nos plages brûl antes !
Tu les foudroies alors de tes nuées ardentes
Mais ils s’en fichent bien ! Rôtissant peu à peu,
Leur peau part en lambeaux ! Leur détruis-tu les yeux ?

Ils s’en moquent pas mal… Nous, nous t’aimons surtout
Pour ta douce lumière et la tendre chaleur
Du printemps revenu qui te tire du nid.
Parfois un peu cruel, tu peux être un ami,

Car ici l’on sait bien comment on doit user
De tes bienfaits, Soleil ! Et puisses-tu rester
Avec nous pour le reste des temps en Provence…
Sans trop d’excès pourtant, et sans trop de violence !

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Le soleil s’est paré d’oripeaux flamboyants
Tel un énergumène, un flambeur, un rufian
Ne songeant qu’à brûler les terres de Provence
Avec cet appêtit, cette ardeur, cette outrance

Qu’on ne voit qu’en Afrique ou au sein de l’Enfer !
Le soleil au mois d’août est comme un Lucifer
Impossible à mater, horrible à supporter !
Mais comment donc faisions-nous les autres années ?

Au fond de l’horizon, un tout petit nuage
- Un minuscule cercle et peut-être un mirage -
Rit dans sa barbichette : un petit rien du tout,
Joli grain de beauté posé sur une joue !

Mais il cache son jeu : mine de rien il gonfle
Dans le ciel bleu marine ; et alors que ronfle
Au loin comme un bruit sourd, très subrepticement
Il enfle peu à peu. Puis soudain bien plus grand

Que le soleil dément il le gomme d’un coup :
Eteint le grand bravache, effacé par un fou
Petit nuage rond qui osa l’affronter
Malgré son handicap ! Un culot insensé…

Et maintenant il pleut : un orage maison !
Le soleil dépité refourbit ses rayons
Pour revenir demain plus faraud que jamais.
La Provence est sa chose au pays de l’été !

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Poème illustré par un tableau de :

Dominique Guilloineau
www.dominique-guilloineau.fr

Implacable et laiteux le soleil est penché
Au-dessus des marais accablés de chaleur.
Cet été est si chaud, son éclat si outré
Que tout semble endormi ! Une morne torpeur

Engloutit la région dans des flots de silence…
La Camargue suffoque, et l’astre triomphant
L’inonde de lumière. Le grand ciel est pesant,
Insupportable ici comme ailleurs en Provence,

Car cet été torride a pris dans ses filets
Tout le Sud épuisé par un feu harassant
Qui l’éreinte et le mine inexorablement.
La Camargue elle-même est muette et se tait.

Mais où sont ses oiseaux aux ailes colorées
De rose et d’orangé ? Et les grands taureaux noirs
Paissant les roseaux bleus dans la brise du soir ?
La Camargue a trop chaud et semble inhabitée.

Le mistral s’est éteint, soufflé par la tornade
De l’ouragan de feu d’un mois d’août démentiel.
En se vaporisant l’eau s’amalgame au ciel….
Vers Aimargues au lointain se traîne une manade.

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