Archives de catégorie : Le soleil-lion

Le soleil mandarine

Chevauchant l’horizon, un soleil mandarine
S’abîme lentement dans le sein de la mer :
La Méditerranée dont les flots dodelinent
Sous le grand ciel brûlant engendré par l’enfer
D’un été bien trop chaud que la brise marine

Ne peut plus juguler tant il est effroyable.
Peut-être que l’eau bleue va se mettre à bouillir
En buvant goulûment ce brasier redoutable !
A moins que le brouillard ne s’en vienne adoucir
Cette horrible chaleur à l’ardeur indomptable ?

Dévorant peu à peu l’énorme boule rouge
Qui sombre dans les flots, la mer bat comme un cœur.
Le vent s’est consumé, il n’y a rien qui bouge,
Même plus les oiseaux ; l’exécrable touffeur
A tout paralysé après les coups de vouge*

D’un été belliqueux tailladant l’atmosphère
D’énormes éclairs bleus. Maintenant c’est fini,
Tout est presque trop calme. La sublime lumière
Disparaît dans les eaux jusqu’à cet Infini
De mondes inversés rehaussés de mystère.

* Vouge : épieu à fer large du Moyen-Age

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Echouage

La Méditerranée, bleue jusqu’à l’infini,
Se love sur la côte en caressant le sable ;
Elle murmure et chuinte, apaisée, si aimable
Avec son clapotis. Pas un seul autre bruit

Qui s’en vienne troubler la plage du Prophète
Et les quais désertés ! La grand’ville qui dort
Est lovée comme un chat dans la poussière d’or
Du chaud soleil levant, préparée pour la fête

D’un long jour de juillet au grand ciel indigo
Epuré par la brise. Et sous la voûte immense,
C’est un lent va-et-vient de l’eau rythmée qui danse,
Avançant, reculant comme pour un tango.

Il y a des baigneurs étendus sur le sable,
Quelques lève-très tôt qui désirent la paix,
Insouciants du soleil qui déjà se repaît
De leur peau blanche et nue, pour lui si délectable.

Tout est calme et serein… jusqu’à ce qu’une boule
Apparaisse au lointain, dansant au fil de l’eau.
Une épave ? Un paquet ? Un étrange ballot
Posé sur une vague en berceau qui chamboule

Cette chose incroyable ! On dirait une tête,
Grosse comme deux poings, attachée à un corps
Semblable à un pantin. Est-ce un enfant qui dort ?
Les gens se sont levés. Et toute vie s’arrête

En ce jour si douillet quand ils voient à leurs pieds
Un bébé tout chétif que la mer triomphante
A posé sur la plage heureuse et insouciante.
Alors prenant contre elle le tout petit noyé

Venu de l’horizon où son bateau coulé
S’enfonce peu à peu sous les vastes eaux claires,
Une femme rugit sa peine et sa colère.
Les autres restent cois, le cœur coagulé…

Mais la mer continue son ballet incessant.
Le soleil s’est levé. Un peu plus loin Marseille
Ignorant le malheur tout doucement s’éveille.
Malheur, pour les cœurs secs, de plus en plus lassant…

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Dormir au bord de l’eau…

Poème illustré par une peinture de :
Immagine Correlata

Dormir au bord de l’eau quand le soleil hardi
Commence à picoter de ses millions d’aiguilles
Une peau blanche encor, quand on se déshabille
Voluptueusement ; supporter à midi

D’être sans vêtements sur la plage encor vide ;
Profiter pleinement de la prime chaleur
Point encor trop ardente et dont on n’a pas peur
Tant elle est attendue ; redécouvrir, avide,

La douceur, la lumière et des jours bien plus longs ;
Attendre de la vie tout un tas de surprises,
Comme celle incongrue de s’être ainsi éprise
D’un parfait étranger, dont les larges yeux blonds

Paraissent contenir tous les plaisirs du monde ;
Se sentir en osmose avec cet inconnu,
Avoir le sentiment de l’avoir reconnu
Et de l’avoir trouvé à des mille à la ronde ;

Jouir de ce bonheur en ne pensant qu’à lui,
Isolée sur la plage encor abandonnée ;
Rêver intensément à cette randonnée
Qu’on va tenter ensemble au long cours de la vie ;

Puis se plonger enfin dans cette eau encor fraîche
N’appartenant qu’à soi dans le petit matin ;
Essuyer en riant le délicat satin
D’une peau dénudée où le mistral assèche

Le sel un peu poisseux déposé par la mer ;
Aimer passionnément cette saison nouvelle
Où de joyeux projets naissent en ribambelle ;
Oublier au plus vite un passé trop amer…

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Emporte-moi, le Vent

Poème illustré par un tableau de :
Ivan Aïvazovski
(1817-1900)

Emporte-moi, le Vent, au delà de la ville,
Au fin fond du ciel bleu où volent les gabians
Se ruant vers les flots agités, criaillant
Tout comme le feraient de simples volatiles.

Emporte-moi, le Vent, au delà de Marseille,
Au-dessus de la mer avec les grands oiseaux
Discordants et rieurs qui plongent vers les flots
Tout tachetés d’or roux que l’été ensoleille.

Emporte-moi, le Vent, au delà de la côte,
Au delà de la France, au delà du Midi
Pour me dépayser. L’habitude affadit
Même les paradis, et donne la bougeotte

A quelques farfelus, bien qu’ils soient en Provence.
Emporte-moi, le Vent, peut-être vers l’Enfer,
Là où des rêves fous pourraient bien m’être offerts
Sans sitôt susciter malaise et méfiance.

Emporte-moi, le Vent, vers d’incroyables terres
Où les mois de l’été ne sont point trop brûlants,
Sans soif ni sécheresse. Où le temps se fait lent
Pour mieux sauvegarder certains jours salutaires

A la sérénité de mon âme, et transporte
Mon vieux corps ralenti par tant de temps passé,
Un temps qui m’affaiblit. Peut-être outrepassé ?
Emmène-moi, le Vent, au-delà de la Porte…

Ou la seconde version :

Garde-moi bien, le Vent, éloigné de la Porte…

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Si chaud, déjà si chaud…

Si chaud, déjà si chaud… Cet été est affreux
Et nous n’en pouvons plus ! Une étuve infernale
Où de pauvres Humains cuisent à petit feu
A fait de la Provence une terre létale.

Un terme hyperbolique? A peine exagéré !
La plage est embrasée, et la mer est si chaude
Qu’on a en s’immergeant la sensation d’entrer
Dans un bouillon brûlant! Quiconque baguenaude

Sur le sable a sitôt un brasier sous les pieds !
Que sera-ce en juillet, le mois caniculaire,
Et sous le soleil d’août ? Nous faudra-t-il prier,
Pour être pardonnés, tous ces dieux en colère

Qui vengent la Nature en nous faisant cramer ?
Oh, Seigneur, qu’il fait chaud ! Nous sommes tous en nage
Dès le petit matin déjà tout enflammé
Par un soleil dément. Il serait bien plus sage

De se terrer chez soi et de n’en plus bouger !
Mais la vie continue ; la routine nous pousse
A agir comme on doit… Alors, déménager ?
Pour aller où, bon sang ? La Provence si douce

A nos cœurs angoissés n’est pas pire qu’ailleurs!
Car il fait chaud partout, partout la canicule…
L’on ne peut qu’espérer bientôt des jours meilleurs
S’il en existe encor… Que ce temps re-bascule

Dans l’Enfer d’où il vient ! Il fait tellement chaud
Qu’hyper déshydratés, l’on ne sait plus que boire :
Du pastis et du vin… et quelquefois de l’eau !
Mais ceci n’est-il point le pire des déboires ?

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La corvée

Poème illustré par un tableau de :
Suzanne Bourdet

L’été est vraiment sec par ici ! L’on ne peut
Oublier, fût-ce un jour, la corvée d’arrosage,
Car sécheresse et fleurs ne font point bon ménage !
Il faudrait remercier pour les jours où il pleut

En août et en juillet : ça confine au  miracle…
Depuis quelques années, le ciel s’est asséché
Et la chaleur a crû. Nos jardins bien léchés
Nous offrent, désolés, un affligeant spectacle

Si l’on omet un soir de les pourvoir en eau !
Telles des chiffons mous, les feuilles qui pendouillent
Leur donnent sur le champ une bien triste bouille ;
Et les écervelés se sentent tout penauds

De n’avoir point prévu cette déconfiture.
Pour les roses ça va : tempérament costaud !
Mais ce n’est pas le cas de tous ces végétaux,
Donnant à nos édens une aimable figure

Si en contrepartie on les abreuve bien :
Il faut les arroser chaque jour, chaque soir !
Voyez-les frétiller dès qu’ils voient l’arrosoir,
Tout prêts à recevoir le jet d’eau magicien

Qui les embellira et les fera revivre !
Les pivoines flamboient en gonflant leur jabot,
Les zinnias, les dahlias, les lys, le plumbago
Se gorgent goulûment de l’eau qui les enivre :

Le jardin qui revit est de plus en plus vert
Après avoir subi les affres de l’enfer…

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La magicienne

La pluie qui flique et floque est froide sur le Brec,
Un Brec sinistre et noir avec ses flancs pelés,
Dévorés par le feu au mitan de juillet.
L’eau dévale en chuintant du ciel beaucoup trop sec

Depuis des mois entiers, obscurcissant encor
Les prairies calcinées par ce fléau si rare
Dans les monts de l’Ubaye, et dont le jeu barbare
A rasé la montagne. On dirait que la mort

A posé sur la pente un grand suaire noir.
Même le doux automne aux doigts multicolores
N’a pas su redonner à la faune et la flore
Un semblant de couleur ou même un peu d’espoir.

La prairie est grillée des vallons au sommet
Car l’herbe s’est muée en des milliers de mèches
Qui ont bouté le feu à la montagne sèche
Comme de l’amadou. Et tout s’est consumé…

La pluie qui flique et floque est un déluge froid
Persistant et glacé… Mais voici que tout change,
Que se produit enfin un imprévu étrange !
Il est bien terminé, ce grain vraiment pervers

Qui mettait en relief les ravages du feu !
La pluie s’est transformée en millions de houppettes
Virevoltant partout en moultes galipettes :
Des flocons-papillons effaçant peu à peu

D’un voile immaculé les stigmates obscurs
Du cataclysme noir. Soudain illuminée
Par ce tapis tout blanc, la montagne renaît
Sous le ciel ranimé où ressurgit l’azur.

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