Archives de catégorie : Le soleil-lion

Accablement

Marseille est accablé par l’énorme chaleur
L’enfermant depuis peu sous un pesant couvercle.
On dirait qu’un brasier l’emprisonne et l’encercle,
L’encageant en enfer pour son plus grand malheur.

On étouffe partout : pas un souffle de vent !
L’on a beau tout ouvrir, pas même une bouffée !
La brise s’est éteinte, à coup sûr étouffée
Au-dessus de la mer par le grand soleil blanc

Qui assiège la ville et qui l’anéantit.
Hier on a constaté qu’il faisait plus de trente
Tard dans l’après-midi ! Une touffeur démente
Paralyse la ville. Il n’y a aucun bruit

Car tous les Marseillais, pourtant habitués,
Gisent dans leur maison, d’autant qu’on est dimanche.
Le Vieux-Port est prostré sous la lumière blanche
Qui pleut sur les bateaux qu’on dirait désertés.

Les flèches d’or fondant du ciel bleu outremer
Vont-elles calciner la ville languissante ?
La Méditerranée aux vastes eaux dormantes
N’a plus l’aspect fougueux d’une authentique mer,

Mais d’une étendue plate. Elle a l’aspect poisseux
D’un marécage huileux, inerte, dont les vagues
Auraient été figées. Le soleil extravague,
Qui explose en brasier sur l’horizon pisseux.

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Assis sur la montagne…

Assis sur la montagne il y a un nuage.
Un nuage tout rond, gigantesque ballon
Tout boursouflé de pluie. Un nuage marron
Retenant tant qu’il peut un formidable orage.

Il est très bien ainsi, il flotte et se repose
A l’aplomb d’un grand lac où nagent des canards.
Il s’y sent très à l’aise et somnole, peinard,
Même si tout en bas l’on voudrait qu’il explose

En longs éclairs zébrés purifiant l’atmosphère
Car le temps est si chaud qu’on en est étourdi.
L’on étouffe et l’on brûle ; il est presque midi
Et depuis ce matin l’on ne peut plus rien faire

Tant on est harassé par cette canicule.
Le nuage n’entend point du tout éclater
Ni se répandre en pluie ! Mais ses flancs dilatés
Sont tellement gonflés que l’eau s’y accumule

Et qu’il peut déflagrer en un orage énorme
D’une minute à l’autre. Il se dilate encor,
Fusant inconsciemment en longues flèches d’or
Dans le ciel obscurci où le vent le déforme,

L’étalant maintenant en une immense masse.
Il ne peut désormais plus du tout contenir
Cette eau qui le distend : n’y pouvant plus tenir,
Il éclate soudain, et des billes de glace

Comme un torrent furieux dégringolent la pente.
Là, c’est peut-être trop ! Mais l’air soudain plus frais
Et bien plus supportable nous fait vite oublier
Les excès d’un temps fou. L’atmosphère pesante

S’est enfin allégée. C’en est fait du nuage !
Il s’est changé en pluie qui, dévalant à fond,
Se mélange à l’Ubaye tout au creux du vallon.
Le nuage n’est plus, ce n’est plus qu’un mirage…

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Laisser son temps au temps !

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

On ne peut le nier, cet été est pourri :
Chaque soir un orage après une journée
Poisseuse et étouffante ! Une curieuse année
Nous laissant déroutés, où nous avons compris

Sans aucune illusion ce que l’on nous rabâche
Depuis des décennies : oui, le temps a changé !
Fort étranges saisons où tout est mélangé,
Où il semble parfois que la raison nous lâche…

Nature, s’il te plaît, laisse son temps au temps :
Canicule en été, même déraisonnable,
Et frimas en hiver ! Que nous soyons capables
De dire quand on est ! Tout comme lorsque, antan,

Avril était douceur avec ses fleurs naissantes,
Et juillet canicule avec tous les excès
D’une extrême chaleur. Il n’y a plus assez
De ces jours bien marqués par des saisons prégnantes !

L’on dirait que le temps est devenu tout mou,
Mais avec des sursauts, des spasmes d’impatience
Vraiment fort inquiétants sans qu’on en ait conscience…
Tiens, il fait presque froid ! Cet été vraiment fou

Perd indéniablement toute juste mesure !
L’horizon est voilé, le soleil bien pâlot,
Et des pans de brouillard virevoltent sur l’eau.
L’apéro au jardin ? Douteuse conjecture !

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Le soleil mandarine

Chevauchant l’horizon, un soleil mandarine
S’abîme lentement dans le sein de la mer :
La Méditerranée dont les flots dodelinent
Sous le grand ciel brûlant engendré par l’enfer
D’un été bien trop chaud que la brise marine

Ne peut plus juguler tant il est effroyable.
Peut-être que l’eau bleue va se mettre à bouillir
En buvant goulûment ce brasier redoutable !
A moins que le brouillard ne s’en vienne adoucir
Cette horrible chaleur à l’ardeur indomptable ?

Dévorant peu à peu l’énorme boule rouge
Qui sombre dans les flots, la mer bat comme un cœur.
Le vent s’est consumé, il n’y a rien qui bouge,
Même plus les oiseaux ; l’exécrable touffeur
A tout paralysé après les coups de vouge*

D’un été belliqueux tailladant l’atmosphère
D’énormes éclairs bleus. Maintenant c’est fini,
Tout est presque trop calme. La sublime lumière
Disparaît dans les eaux jusqu’à cet Infini
De mondes inversés rehaussés de mystère.

* Vouge : épieu à fer large du Moyen-Age

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Echouage

La Méditerranée, bleue jusqu’à l’infini,
Se love sur la côte en caressant le sable ;
Elle murmure et chuinte, apaisée, si aimable
Avec son clapotis. Pas un seul autre bruit

Qui s’en vienne troubler la plage du Prophète
Et les quais désertés ! La grand’ville qui dort
Est lovée comme un chat dans la poussière d’or
Du chaud soleil levant, préparée pour la fête

D’un long jour de juillet au grand ciel indigo
Epuré par la brise. Et sous la voûte immense,
C’est un lent va-et-vient de l’eau rythmée qui danse,
Avançant, reculant comme pour un tango.

Il y a des baigneurs étendus sur le sable,
Quelques lève-très tôt qui désirent la paix,
Insouciants du soleil qui déjà se repaît
De leur peau blanche et nue, pour lui si délectable.

Tout est calme et serein… jusqu’à ce qu’une boule
Apparaisse au lointain, dansant au fil de l’eau.
Une épave ? Un paquet ? Un étrange ballot
Posé sur une vague en berceau qui chamboule

Cette chose incroyable ! On dirait une tête,
Grosse comme deux poings, attachée à un corps
Semblable à un pantin. Est-ce un enfant qui dort ?
Les gens se sont levés. Et toute vie s’arrête

En ce jour si douillet quand ils voient à leurs pieds
Un bébé tout chétif que la mer triomphante
A posé sur la plage heureuse et insouciante.
Alors prenant contre elle le tout petit noyé

Venu de l’horizon où son bateau coulé
S’enfonce peu à peu sous les vastes eaux claires,
Une femme rugit sa peine et sa colère.
Les autres restent cois, le cœur coagulé…

Mais la mer continue son ballet incessant.
Le soleil s’est levé. Un peu plus loin Marseille
Ignorant le malheur tout doucement s’éveille.
Malheur, pour les cœurs secs, de plus en plus lassant…

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Dormir au bord de l’eau…

Poème illustré par une peinture de :
Immagine Correlata

Dormir au bord de l’eau quand le soleil hardi
Commence à picoter de ses millions d’aiguilles
Une peau blanche encor, quand on se déshabille
Voluptueusement ; supporter à midi

D’être sans vêtements sur la plage encor vide ;
Profiter pleinement de la prime chaleur
Point encor trop ardente et dont on n’a pas peur
Tant elle est attendue ; redécouvrir, avide,

La douceur, la lumière et des jours bien plus longs ;
Attendre de la vie tout un tas de surprises,
Comme celle incongrue de s’être ainsi éprise
D’un parfait étranger, dont les larges yeux blonds

Paraissent contenir tous les plaisirs du monde ;
Se sentir en osmose avec cet inconnu,
Avoir le sentiment de l’avoir reconnu
Et de l’avoir trouvé à des mille à la ronde ;

Jouir de ce bonheur en ne pensant qu’à lui,
Isolée sur la plage encor abandonnée ;
Rêver intensément à cette randonnée
Qu’on va tenter ensemble au long cours de la vie ;

Puis se plonger enfin dans cette eau encor fraîche
N’appartenant qu’à soi dans le petit matin ;
Essuyer en riant le délicat satin
D’une peau dénudée où le mistral assèche

Le sel un peu poisseux déposé par la mer ;
Aimer passionnément cette saison nouvelle
Où de joyeux projets naissent en ribambelle ;
Oublier au plus vite un passé trop amer…

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Emporte-moi, le Vent

Poème illustré par un tableau de :
Ivan Aïvazovski
(1817-1900)

Emporte-moi, le Vent, au delà de la ville,
Au fin fond du ciel bleu où volent les gabians
Se ruant vers les flots agités, criaillant
Tout comme le feraient de simples volatiles.

Emporte-moi, le Vent, au delà de Marseille,
Au-dessus de la mer avec les grands oiseaux
Discordants et rieurs qui plongent vers les flots
Tout tachetés d’or roux que l’été ensoleille.

Emporte-moi, le Vent, au delà de la côte,
Au delà de la France, au delà du Midi
Pour me dépayser. L’habitude affadit
Même les paradis, et donne la bougeotte

A quelques farfelus, bien qu’ils soient en Provence.
Emporte-moi, le Vent, peut-être vers l’Enfer,
Là où des rêves fous pourraient bien m’être offerts
Sans sitôt susciter malaise et méfiance.

Emporte-moi, le Vent, vers d’incroyables terres
Où les mois de l’été ne sont point trop brûlants,
Sans soif ni sécheresse. Où le temps se fait lent
Pour mieux sauvegarder certains jours salutaires

A la sérénité de mon âme, et transporte
Mon vieux corps ralenti par tant de temps passé,
Un temps qui m’affaiblit. Peut-être outrepassé ?
Emmène-moi, le Vent, au-delà de la Porte…

Ou la seconde version :

Garde-moi bien, le Vent, éloigné de la Porte…

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