Archives de catégorie : Le début de l’été

Le ventilateur assassiné

Depuis presque trois jours, tout là-haut en Ubaye,
La canicule est là et nous allons craquer
Tant la chaleur nous tue ! Tout prêts à suffoquer !
Même le soir venu, la chaleur nous assaille

Et nous n’en pouvons plus. La nuit va refroidir
La montagne qui cuit mais , hélas ! notre chambre
Est juste sous le toit et l’on y va souffrir,
Bien qu’on l’ait isolée dès le mois de septembre,

Car elle semble un four sous les lauzes des combles.
Nous avons donc acquis un grand ventilateur,
Succédané de vent et buveur de sueur,
Pour rafraîchir nos peaux, nos corps, de fond en comble…

Nous avons encor chaud, mais c’est bon d’être nus
Blottis l’un contre l’autre. Un frisson, de l’ivresse…
Nous en remercierions l’été d’être venu
Redonner à nos corps un surcroît d’allégresse !

Bien douces sont tes mains, et j’en oublierais presque
Que dehors c’est l’enfer, que l’air est un brûlot*.
Tiens, tu as renversé le pauvre ventilo !
Oh, que c’est bon, l’amour… Sortir serait grotesque !

Peut importe après tout ces jours de canicule :
Nous brûlerions sans elle ! Et le ventilateur
Ne saurait pas vraiment engourdir notre ardeur,
Nos épidermes joints, nos corps qui s’articulent

En un rythme parfait… Cette étuve estivale,
Excessive en montagne, est devenue désir.
Le ventilo mourant a poussé un soupir.
Canicule en Ubaye ? Canicule idéale…

* je sais que je n’emploie pas ce mot selon sa définition « officielle » ! Mais permettez-moi de lui donner un troisième sens ( brasier ) : ça lui va tellement bien ici ! Et la rime n’est-elle pas parfaite ?

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans A la maison, Amours, La Haute Provence, Le début de l'été, Le soleil-lion, Les gens | Laisser un commentaire

L’escalier buissonnier

Dans la maison de Jean, un très vieil escalier
S’échine vaillamment à monter et descendre
Depuis cent cinquante ans. Fait d’un pin un peu tendre,
Il a été foulé par des milliers de pieds

Et en garde la marque incrustée dans son bois.
Un escalier tournant, dit « en colimaçon »,
Qui tournicote ainsi dans la vieille maison
Sans jamais s’arrêter, jusqu’en dessous du toit.

Vous allez m’avancer ( je vous entends déjà !)
Que, non, ce n’est pas lui qui se fatigue ainsi,
Que c’est Jean et les siens ! N’oubliez pas ceci :
Dans les vieilles maisons comme ce très vieux mas,

L’on entend tout craquer : meubles, sol et plancher ;
Tout comme l’escalier qu’on oblige à subir
Ces millions de pas ; qui souffre, sans mentir,
Tout comme s’il montait, descendait, remontait…

Car tout a bien une âme, et Jean s’en aperçut
Un soir du mois de juin. L’air était si cuisant
Sous le vieux toit bancal qu’il ouvrit largement,
Pour pouvoir respirer, la lucarne au-dessus

De l’escalier ravi, qui lors en profita
Pour se carapater et filer vers le ciel,
Y rejoignant enfin un très bel arc-en-ciel
L’attendant patiemment depuis plus de deux mois.

Bien que remis de tout, Jean se mit à crier.
Il fallut le treuiller, puisqu’il était en haut,
Jusqu’au rez-de-chaussée. Il en resta idiot
Sans pouvoir dire un mot pendant des jours entiers.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans A la maison, Contes, Le début de l'été, Les gens | Laisser un commentaire

La maison du plateau

Là-haut sur le Plateau, j’ai construit ma maison,
Pas bien loin de Gréoux. Près d’un champ de lavande
Qui l’embaume l’été quand le vent sarabande,
L’emmitouflant d’air chaud du sol jusqu’au pignon.

Un grand pin parasol incline sa ramure
Au-dessus de son toit, l’abritant du soleil
Dont l’embrasement d’or tout crépitant balaye
Ses façades ocrées. Et sa verte palmure

La garde du brasier sous sa large ombre fraîche,
Quand l’été pèse lourd sur les bois et les champs
Accablés de chaleur ; quand le chant roucoulant
Des colombes parcourt la garrigue trop sèche.

Une jolie maison, peut-être trop jolie !
Un nuage en passant l’a vue dans le vallon,
Blottie sous le soleil dont les longs rayons blonds
Parent d’or et de feu ses pierres bien polies.

Charmé par sa joliesse et par cette harmonie,
Le nuage surpris a alors décidé
De rester au-dessus pour mieux la contempler,
Semant vite chez nous pas mal d’acrimonie

Envers ce malotru qui nous faisait de l’ombre.
Bien trop à notre goût, car ici à Gréoux
L’on n’aime pas du tout, mais alors pas du tout,
Que le ciel en été vire au gris et au sombre !

Mais tout a bien changé quand on s’est rendu compte
Que les gens enchantés venaient à la maison
Pour nous y saluer bien plus que de raison :
Il y faisait si frais ! Et nous avons eu honte

De notre déplaisir et de notre colère
Envers ce gros nimbus tellement discourtois
Qui s’était installé juste à l’aplomb du toit,
Mais dont l’ombre portée faisait bien notre affaire…

Et il est resté là, joli, frais et aimable,
Tout au long de l’été, juste au-dessus de nous.
Mais un très gros orage a éclaté fin août
Et nous avons perdu… la star de cette fable !

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans A la maison, Contes, La Haute Provence, Le début de l'été, Le soleil-lion | Laisser un commentaire

Un mas nommé lumière

Le soleil de juillet éclabousse de blanc
Les murs de la maison. Tellement éclatant
Qu’il poignarde les yeux, et sa folle lumière
Tombant tout droit des nues fait ciller les paupières.

La maison resplendit sous ces traits lumineux
Déversés par le ciel ; effet vertigineux
Des rayons verticaux pilonnant la Provence
Que la chaleur outrée plonge dans la dormance,

Mais que le mas subit sans en être affecté.
Il y a si longtemps qu’être ainsi impacté
Par le soleil brûlant est dans ses habitudes !
Il subit la chaleur sans trop de lassitude,

Silencieux et serein, même un peu embelli
Par cet embrasement violent qui abolit
Les griffures du temps sur sa vieille carcasse.
Il étincelle tant qu’on n’y voit plus les traces

De l’eau dégoulinant du toit un peu branlant
Dès que s’en vient l’automne au temps brinquebalant .
Le soleil en folie bombarde la garrigue
Où le mas est ancré. Aucun écran n’endigue

Cette extrême fureur naissant aux mois d’été
Sur le plateau trop chaud qui rampe jusqu’au pied
De la montagne bleue où pousse la lavande,
Où de joyeux criquets dansent la sarabande.

Le mas dort au soleil du mitan de l’été
Où le temps étouffant semble s’être arrêté.
Ses vieux murs tout pelés et penchés étincellent
Comme ceux des palais arrogants qui ruissellent

D’or et de pierreries dans les contes d’antan.
Il sait contrecarrer la corrosion du temps,
Tenant tête au soleil insensé qui l’attaque !
Rien ne viendra à bout de l’antique baraque.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans A la maison, La Haute Provence, La Provence au coeur, Le début de l'été, Le soleil-lion | Laisser un commentaire

Accablement

Marseille est accablé par l’énorme chaleur
L’enfermant depuis peu sous un pesant couvercle.
On dirait qu’un brasier l’emprisonne et l’encercle,
L’encageant en enfer pour son plus grand malheur.

On étouffe partout : pas un souffle de vent !
L’on a beau tout ouvrir, pas même une bouffée !
La brise s’est éteinte, à coup sûr étouffée
Au-dessus de la mer par le grand soleil blanc

Qui assiège la ville et qui l’anéantit.
Hier on a constaté qu’il faisait plus de trente
Tard dans l’après-midi ! Une touffeur démente
Paralyse la ville. Il n’y a aucun bruit

Car tous les Marseillais, pourtant habitués,
Gisent dans leur maison, d’autant qu’on est dimanche.
Le Vieux-Port est prostré sous la lumière blanche
Qui pleut sur les bateaux qu’on dirait désertés.

Les flèches d’or fondant du ciel bleu outremer
Vont-elles calciner la ville languissante ?
La Méditerranée aux vastes eaux dormantes
N’a plus l’aspect fougueux d’une authentique mer,

Mais d’une étendue plate. Elle a l’aspect poisseux
D’un marécage huileux, inerte, dont les vagues
Auraient été figées. Le soleil extravague,
Qui explose en brasier sur l’horizon pisseux.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Le début de l'été, Le soleil-lion, Marseille, Méditerranée | Laisser un commentaire

La dernière semaine

Il fait vraiment très chaud. Les têtes dodelinent,
On clignote des yeux car on a trop sommeil.
C’est heureux que là-haut un petit rond vermeil
Saute sur le plafond ! Autrement Caroline

S’endormirait, c’est sûr ! La voix de la maîtresse,
Monocorde et aiguë, lui parvient vaguement
Comme au fond d’un tunnel, et depuis un moment
L’enfant est envahie par l’énorme détresse

De qui ne peut lutter contre ce cataclysme
Où nul ne peut gagner : s’empêcher de dormir !
Quand un mot magicien fait soudain tressaillir
Son cerveau obscurci par tout ce verbalisme ;

Sitôt elle s’éveille, on parle de « vacances » !
Oh ! Quelques jours encore et l’on sera bien loin.
La vie est magnifique, on est à la fin juin
Et l’on va oublier une année de souffrances.

Car la petite fille, une « mauvaise élève »,
Vit dans un autre monde où les arbres sont bleus,
Où les animaux rient, où les fleurs ont des yeux…
Un monde merveilleux où le soleil se lève

Même quand il pleut fort, quand on le lui demande.
Bientôt elle pourra s’amuser au jardin
A longueur de journée ; humer les lavandins,
S’enivrer de l’odeur du thym, de la lavande.

Encore une semaine, et elle sera libre
De dédaigner ces cours où l’on est disputé
Parce qu’on ne peut pas tout le temps écouter ;
De pouvoir lire, enfin, pour de bon, les vrais livres…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Le début de l'été | Laisser un commentaire

Laisser son temps au temps !

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

On ne peut le nier, cet été est pourri :
Chaque soir un orage après une journée
Poisseuse et étouffante ! Une curieuse année
Nous laissant déroutés, où nous avons compris

Sans aucune illusion ce que l’on nous rabâche
Depuis des décennies : oui, le temps a changé !
Fort étranges saisons où tout est mélangé,
Où il semble parfois que la raison nous lâche…

Nature, s’il te plaît, laisse son temps au temps :
Canicule en été, même déraisonnable,
Et frimas en hiver ! Que nous soyons capables
De dire quand on est ! Tout comme lorsque, antan,

Avril était douceur avec ses fleurs naissantes,
Et juillet canicule avec tous les excès
D’une extrême chaleur. Il n’y a plus assez
De ces jours bien marqués par des saisons prégnantes !

L’on dirait que le temps est devenu tout mou,
Mais avec des sursauts, des spasmes d’impatience
Vraiment fort inquiétants sans qu’on en ait conscience…
Tiens, il fait presque froid ! Cet été vraiment fou

Perd indéniablement toute juste mesure !
L’horizon est voilé, le soleil bien pâlot,
Et des pans de brouillard virevoltent sur l’eau.
L’apéro au jardin ? Douteuse conjecture !

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Le début de l'été, Le soleil-lion | Laisser un commentaire