Archives de catégorie : Le début de l’été

Il fait déjà trop chaud…

Ce début de juillet s’annonce redoutable.
Il fait déjà trop chaud. L’on a clos la maison
Comme un vrai château-fort, volets clos. La saison
Estivale est précoce ; et bien peu acceptable

Le fait de se terrer comme des animaux.
Le mois de juin déjà presque caniculaire
Nous a anéantis. Prodige séculaire,
Nous ont dit les experts avec leurs jolis mots !

Dedans, il fait bien frais. Mais aussitôt qu’on ouvre,
Un déluge de feu s’engouffre à l’intérieur.
En sera-t-il ainsi en des temps ultérieurs ?
Quel est donc ce démon qui peu à peu entr’ouvre

Les portes de l’Enfer pour nous faire cramer
Avec force fournaise et autre canicule ?
Bien calfeutré chez soi, l’on se sent ridicule
De n’oser affronter le soleil affamé

Qui se tient aux aguets, là, derrière la porte,
Tout prêt à nous griller, pauvres petits humains !
Quel sera l’avenir, que sera donc demain ?
Quand on voit les dégâts que ce temps fou apporte

Et ses calamités, l’on ne peut que frémir…
Mais ne résistons plus à la molle torpeur
Nous isolant du monde. Oublions cette peur
Qui nous saisit le coeur. Il vaudrait mieux dormir…

Prenons un thé glacé. La maison est bien fraîche.
Les cigales dehors fêtent cette chaleur
Qui leur est idéale et qui nous est douleur…
La sueur distillée par ta peau un peu rêche

Me saoule et m’ensorcelle irrésistiblement.
L’on s’aime et l’on est bien. Un ventilateur tourne.
Que notre amour-passion pour un temps nous détourne
D’idées trop compliquées pour soucier deux amants !

Publié dans A la maison, Amours, Chez nous, Le début de l'été, Questions ? | Laisser un commentaire

Le four

Poème illustré par un tableau de :
Vincent Honnoré

L’on dirait qu’est ouverte la porte d’un four :
Dès qu’on sort, l’air ardent nous chope et nous assaille
En nous coupant le souffle. Et notre cœur tressaille
Sous cet assaut brûlant! Ça fait déjà trois jours

Qu’on n’ose plus flâner tellement il fait chaud.
Et sitôt qu’on le fait, sitôt on le regrette
Tant l’énorme étouffoir nous fait tourner la tête.
Marseille est maintenant un énorme réchaud,

Qui va, c’est évident, commencer à bouillir
Si le soleil poursuit ce maudit badinage
Où il se rit de nous, exerçant ses ravages
Sur notre pauvre corps tout prêt à défaillir.

En ville, il fait trop chaud ! Partons donc pour l’Ubaye,
Il fait bon tout là-haut : peut-être y fait-il frais ?
L’on pourrait se baigner dans le Lac, et errer
Sur ses rives fleuries. Oublions le travail

Et la ville oppressée qui se meurt peu à peu.
Lâchons tout et fuyons vers la Haute-Provence,
Ses versants verdoyants, la fraîche transparence
De son ciel lumineux et certainement bleu…

Publié dans Chez nous, La Haute Provence, La Provence au coeur, Le début de l'été, Le soleil-lion, Marseille | Laisser un commentaire

Caprice

Le soleil reposait là-haut sur la montagne,
Heureux d’y être à l’aise et de ne plus bouger.
Il était bien ainsi, assis sur un léger
Nuage rondouillet. Tout en bas la campagne

Grésillait sous ses rais un peu tonitruants.
Quelle idée s’en vint lors lui déranger la tête ?
Une idée de voyou, une idée malhonnête
Envahit son esprit, et comme un vrai truant

Sans parole ni foi, oubliant ses principes,
Il pensa qu’il pourrait toujours demeurer là.
Bourlinguer dans le ciel ? Il en était fort las.
Il ne bougea donc plus, comme un gnard s’émancipe

Du joug de ses parents, contre toute raison.
Au soir du premier jour, les gens s’en étonnèrent ;
Et puis la peur s’en vint, et tous se récrièrent
Contre l’astre incivil aux si piètres façons.

Il s’en fichait pas mal, resta sur son nuage
Jusqu’à ce qu’il ait chaud, bien trop chaud à son gré,
Et bouillonne en son jus, ses millions de degrés.
Au bout de quatre jours il rêvait de la plage,

De la mer tout en bas… Oh, se plonger dans l’eau !
Alors, n’en pouvant plus, il quitta la montagne
Et s’en fut s’immerger au pays de Cocagne,
Une plage isolée posée sur un îlot.

Les gens débarrassés de son omniprésence
En furent fous de joie. Son éclat trop pesant
Les anéantissait. Le jour s’éternisant
Refit place à la nuit dans toute la Provence,

Et le soleil reprit son trajet éternel.
Le temps reprit son cours, et la raison aussi.
Le soleil oublia s’être un beau jour assis
Sur une grosse nue somnolant dans le ciel.

Publié dans Contes, La Haute Provence, Le début de l'été, Le soleil-lion | Laisser un commentaire

Un miracle au jardin

Descendant l’escalier pour aller au jardin
Dans le petit matin, je me suis arrêtée
Tant j’étais stupéfaite : alors qu’il végétait
Encor la veille au soir, ses fleurs avaient atteint

Leur taille maximale en à peine dix heures,
Et nous n’étions pourtant qu’au début de l’été !
Il était surfleuri. Toutes les variétés
Et tous les spécimens d’une vie antérieure

Perdue depuis longtemps par la faute d’Adam
Etaient représentés ! Véritable prodige
De fleurs épanouies, dont les milliers de tiges
Escaladaient le ciel de juin en cascadant.

Beauté à l’état pur ! Parfums inoubliables
Fusionnés l’un en l’autre en spirales d’odeurs :
Senteurs opiacées mêlées à la verdeur
De parfums bien plus frais tout aussi agréables…

Des couleurs, des couleurs, et encor des couleurs !
Une soirée d’été en forme de miracle :
Mon modeste jardin se donnant en spectacle,
Mon jardin devenu le Paradis des Fleurs !

Publié dans Le début de l'été | Laisser un commentaire

Impatiente

Perçois-tu, comme moi, un cliquetis rythmé ?
Serait-ce un faux espoir? Entend-on les cigales ?
Mais c’est une illusion : les bruyantes cymbales
Des mâles déchaînés ne se mettraient jamais

A cliquer aussi tôt ! Je suis trop impatiente.
Et pourtant… Et pourtant… L’on dirait bien, pourtant,
Même si c’est inouï… L’incroyable beau temps
De cette fin de mai, ces journées si clémentes

Pourraient justifier qu’elles soient déjà là !
A cette simple idée, l’on a le cœur en fête :
Enfin ressuscitées et déjà en goguette…
Oh, nous les aurions donc pour plus de quatre mois ?

La Provence n’est rien sans ses menues prêtresses !
Encore un crissement… et puis deux… et puis trois !
Dame Nature est-elle en un si grand arroi
Qu’elle emmêle les mois? Pourtant rien ne la presse,

Elle a encor du temps pour les faire jaillir
De leur nid enfoui tout au fond de la terre !
Encore un criquement… C’est vraiment un mystère !
Mais notre ouïe ne peut à ce point nous mentir :

C’est bien vous, mes amies, qui crissez à tue-tête !
Rien ne peut arrêter votre joyeux tchi-tchi ;
Et oubliant déjà le squelette blanchi
Qui vous emprisonnait avant cette grand’fête

Des beaux jours revenus où vous vous éclatez,
Vous attendez l’amour. Criquez donc, les cigales !
Chantez passionnément votre immense fringale
D’encenser le soleil avant le plein été !

Publié dans Le début de l'été, Zooland | Laisser un commentaire

Transition…

Poème illustré par un tableau de :
Eric Espigarres

C’est la fin du printemps, le début de l’été :
Ces jours miraculeux où le temps fort aimable,
Idéal en tous points, apporte sa clarté
Au jardin qui revit, dont les fleurs innombrables

Poussent dans tous les coins sans qu’on en prenne soin !
Le soleil ranimé est-il un peu blanchâtre ?
Nous l’aimons bien ainsi ! Et l’on n’a pas besoin
De fuir pour le moment les assauts du bellâtre

Adorant se gonfler d’un fulgurant éclat
Quand son temps est venu. Fignolant sa lumière
Pour un été glorieux, il a sonné le glas
Des jours gris et pluvieux ; son but prioritaire

Est bien d’exterminer tout fichu mauvais temps.
Juin est donc enfin là, modéré et affable,
Nous faisant souvenir qu’on va pour quelque temps
Profiter de ses jours toujours si agréables.

Ma maison a repeint ses volets pour fêter
Ces beaux jours revenus d’un joli bleu pervenche ;
Elle s’est pour l’été refait une beauté
Avec ces bouts de ciel sur sa façade blanche

Qu’on dirait parsemée de jolis regards bleus.
Elle est pimpante et gaie, et sous ses tuiles rousses
Bat un bonheur tranquille ; où même quand il pleut
Ou quand il fait plus gris, la vie s’écoule douce…

C’est la fin du printemps, le début de l’été :
Des jours miraculeux tellement délectables.
Un temps presque idéal, un Midi en beauté !
Le jardin qui revit n’en peut plus d’être aimable…

Publié dans A la maison, La Provence au coeur, Le début de l'été, Printemps | Laisser un commentaire

Eclosion

Poème illustré par un tableau de :
Daniel Sannier

Les cigales sont presque mûres
Au pied des pins, dont la ramure
Va bientôt crisser de leur chant.
Elles s’en vont surgir des champs

Et des sous-bois, de cette terre
Tout emplie du vaste mystère
De la vie qui renaît toujours
Dès que reviennent les beaux jours.

Juste encor un peu de lumière
Fusant même au travers des pierres
Et du roc d’un âpre Midi
Pour qu’elles sortent de leur nid !

Elles vont déplisser leurs ailes
Toutes fripées, mais en rebelles
Ne s’en serviront pas beaucoup,
Juste pour un petit coucou

A l’Autre qui attend là-bas
Pour de trop rapides ébats.
Mais elles ont encore à faire
Au fin-fond de leur noir repaire :

Se gonfler d’un chant lumineux
Pour en emplir notre ciel bleu !
Car sans elles notre Provence
Serait privé de la jouvence

Et des agréments de l’été
Qui avec elles va, forte*,
Vibrer de cette âpre chaleur
Qui en est l’essence et le cœur.

*Prononcer : Forté !

Publié dans La Provence au coeur, Le début de l'été, Le soleil-lion, Zooland | Laisser un commentaire

Il y eut un été…

Oh, laissez-moi dormir ! C’est si bon, c’est si doux
D’être ainsi englouti au plus profond d’un rêve
Semblable à un Eden perpétué sans trêve…
C’est le monde réel qui est cruel et fou !

Il me faut effacer cet incroyable été,
Cet amour passager, car c’était sur du sable
Qu’il était imprimé. Amour aussi friable
Qu’un coquillage mort, terne et inhabité !

J’y ai cru fermement quand on s’est rencontrés
Au tout petit matin sur la plage encor vide.
Il faisait presque froid, le ciel était livide,
Et il marchait tout seul, avec pour seul attrait

De très longs cheveux roux noués en catogan…
Et pourtant aussitôt je fus comme envoûtée.
Il n’y a qu’en dormant que je peux oublier
Ma trop grande candeur face au charme arrogant

Et au cynisme froid de cet homme inconnu.
J’y ai cru tout à fait et fus bien trop naïve,
Seule depuis deux ans et l’âme à la dérive ;
Ma grande solitude et mon cœur mis à nu

N’ont pas su résister à ce plagiat d’amour…
Nous fûmes très heureux, fîmes souvent la fête.
Des rires plein la tête et le cœur en goguette,
Je croyais que l’été allait durer toujours…

Un jour il s’est enfui sans me dire au revoir.
Oh, laissez-moi dormir au creux de mes nuages,
Ces longs jours et ces nuits ne furent que mirage…
L’été s’en est allé et le ciel est tout noir.

Publié dans Amours, Le début de l'été, Le soleil-lion, Méditerranée | Laisser un commentaire

Un été si lointain

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni

Il y a, paraît-il, une jolie saison
Où badent en riant des filles court vêtues
Que des cacous bronzés et dragueurs s’évertuent
A draguer, tels des chats qui ont perdu raison.

Il y a, paraît-il, un temps nommé l’Eté,
Où le soleil furieux suffoque de lumière,
Un soleil si brûlant qu’il dessèche la terre
Au point qu’elle se fend sous ses rais excités.

Il y a, paraît-il, un mois nommé Juillet
Avec de très longs jours fleurant bon la lavande ;
Un mois resplendissant où les filles se rendent
A la plage en flânant et dès potron-minet.

Il y a paraît-il, un mois appelé Août
Où l’on a quelquefois l’impression de boire
Un feu jailli d’ailleurs, où la lumière noire
Vous grille à petit feu et et vous met knock-out.

Il y a, paraît-il… Mais pourquoi donc mentir ?
Ce temps n’existe plus ; ce n’est guère qu’un conte,
Un récit merveilleux, des bobards que racontent
Des vieillards tout chenus, et dont les souvenirs

S’effilochent au fur, à mesure du temps !
Y eut-il des saisons avant le grand désastre
Qui ravagea la Terre ? Et avant qu’un autre astre
Ne détruise à jamais les chauds étés d’antan ?

Il y eut, paraît-il, une chaude saison
Où les filles badaient, à moitié dévêtues,
Dévalant en riant les ruelles pentues…
Où le Temps jouissait de toute sa raison !

Publié dans Le début de l'été, Le soleil-lion | Laisser un commentaire

Le dôme bleu

Le ciel est comme un dôme, un dôme bleu qui pèse
Lourdement sur Marseille étouffé par l’été ;
Un ciel que les gabians, de leur vol ouaté,
Strient à grands coups d’aile. Un gros soleil obèse

Darde ses longs rayons sur le port accablé.
L’on a chaud, bien trop chaud. Des filles presque nues
Attendent patiemment la fraîcheur bienvenue
Qui devrait apaiser leur teint caramélé

En fin d’après-midi. Allongées sur la plage
Tout comme des statues, elles dorent en choeur
Sans souci pour leur peau. Et le soleil vainqueur,
Fignolant en sournois leur pernicieux bronzage,

Y sème patiemment des graines de cancer.
Mais juillet est brûlant ; et tout au bord de l’eau
Nul ne pourrait sentir à quel point il fait chaud.
Seul paraît bien vivant l’immuable concert

Des cigales crissant dans la cité éteinte.
Le ciel est comme un dôme, et son bleu outremer
Pèse massivement sur la Terre et la Mer
Imbriquées l’une en l’autre en une immense étreinte…

Publié dans Le début de l'été, Le soleil-lion, Marseille, Méditerranée, Questions ?, Zooland | Laisser un commentaire

Jour d’orage

La montagne flamboie. Le temps est à l’orage,
Et sur les hauts sommets un voile de vapeur
Flotte tel un rideau. Serait-ce point la peur
Qui m’oppresse  si fort ? Il y a un mirage

Au-dessus de l’Ubaye, qui irise ses eaux
D’un halo de couleurs. Et cette onde si fraîche
Dévalant de là-haut dicte à ma bouche sèche
Un désir de sorbet… Plus aucun chant d’oiseaux :

L’orage est imminent, et c’est sûr qu’ils se cachent
Avant que ne fulgure un tout premier éclair.
Là-bas, vers Entrevaux, le ciel est encor clair,
Mais avec à l’Ouest une traînée qui tache

Son bleu couleur d’été d’un long dégueulis roux.
La montagne se tait et le ciel lourd suffoque ;
Tout semble pétrifié, quand les nues se disloquent
En fragments lumineux. Brusquement, d’un seul coup !

Le ciel déverse enfin un déluge de pluie,
Cette pluie le gonflant depuis début juillet.
L’on respire bien mieux, et de l’humus mouillé
Suinte une fade odeur. La chaleur s’est enfuie…

La montagne rutile et brille sous le soleil.
On la dirait repeinte à grands coups de pinceau
D’émeraude et d’or frais ruisselant à pleins seaux.
L’astre-roi redéploie son gros disque vermeil.

Publié dans La Haute Provence, Le début de l'été, Le soleil-lion | Laisser un commentaire

Complainte

Je m’en vais vous conter un bien triste destin,
Mais je vous en préviens  : ma tragique complainte
Est un vrai requiem, tout sanglots, toutes plaintes,
A vous faire pleurer dès le petit matin…

C’était l’été dernier ; je m’en souviens fort bien.
Le ciel était très bleu – de bien mauvais augure ?
Mais après tout un tas de sombres aventures
Dues à des coups de vent, vécues non loin d’Amiens,

J’étais fort satisfait de venir en Provence.
Pas un nuage au ciel, un azur vraiment bleu !
Oubliées les nuées se suivant queue leu leu
Que j’avais supportées dans le nord de la France !

J’étais un compagnon pour ma propriétaire
Dont je sauvegardais les beaux cheveux bouclés
Et les fards parfaisant un joli teint de lait.
Je la suivais partout, témoin prioritaire

De la moindre sortie, de toute promenade.
Toujours en exercice. Un bosseur, je vous dis !
Je l’aidais tous les jours, mais pas le mercredi :
Elle était professeur. Un jour pour moi maussade…

Et puis on est venus s’établir à Marseille.
Au début, c’était cool : il n’y pleuvait jamais !
Je restais dans ma housse. Enfin de vrais congés,
Des vacances super. Délices et merveilles…

A Marseille, Elodie se passait bien de moi
Et j’étais enchanté de n’avoir rien à faire !
Je ne détectais point l’ambiance mortifère
Qui pourtant aurait dû provoquer mon émoi

Quand un jour je compris que je n’existais plus…
Ma toile chiffonnée n’était plus dépliée,
Mes ressorts étaient mous, mes baleines rouillées.
Depuis notre arrivée, il n’avait jamais plu !

Je croyais que le sort m’avait vraiment souri
Et je ne rêve plus que d’un climat pourri !

Publié dans Contes, Le début de l'été, Le soleil-lion, Marseille | Laisser un commentaire

L’appel du Sud

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

La voix de certains de mes amis, là-haut …

Quatre ou cinq mois encore, et l’on va redescendre
Comme tous les étés, en quête d’un soleil
Bien trop rare chez nous. Tous les ans, c’est pareil !
Et tout émoustillés, n’en pouvant plus d’attendre

L’époque des congés, l’on projette déjà
De faire les lézards allongés sur le sable,
De barboter tout doux dans une mer aimable
Sans aucune marée. Quand on sera là-bas,

L’on oubliera le froid, et le gris, et la pluie…
La lumière aimant mieux le Sud et la Provence
Revitalisera nos corps tout en souffrance.
Car qui préférerait un ciel couleur de suie

Comme celui qu’on voit trop souvent par chez nous ?
Soit béni chaque année ce Midi de la France
Nous accueillant chez lui ! Et malgré cette outrance
Du soleil et du vent bien souvent au mois d’août,

Nous revenons toujours y passer nos vacances.
Les cigales sont là, dans les pins embaumés
Par la résine chaude, et qui n’oublient jamais
De louer sans arrêt et avec éloquence

Le bleu constant du ciel, la chaleur, la lumière
Du pays de Mistral, de Pagnol, de Giono.
Où le soleil brasille et ruisselle a giorno
Presque à longueur de temps et en avant-première.

Publié dans La Provence au coeur, Le début de l'été, Le soleil-lion | Laisser un commentaire

Petit matin d’été à Marseille

De grands gabians braillards strient le ciel doré
De leur flottille grise, importunant Marseille
A force de longs cris. Le matin ensoleille
Leurs ailes éployées de chauds reflets cuivrés.

Le soleil se réveille, encor un peu pâlot,
Mais il blondit déjà l’immense Bonne Mère
Et son bébé divin… Un nuage éphémère
A fondu brusquement, juste au-dessus d’Allauch,

Et Marseille en a eu un tout petit écho
Qui n’a rien résolu. Une ondée passagère,
Une simili-pluie, même pas messagère
D’un bon coup de tabac ! Un ratage, un fiasco…

Mais c’est déjà fini : un orage d’été
Local et spontané, avec toute la grâce
Des faits presque imprévus, dont déjà toute trace
S’est effacée au sol aussitôt asséché.

Un matin marseillais, un matin de juillet !
Il va faire très chaud, mais la mer semble fraîche
Sous son friselis bleu. Un grand mistral dessèche
Les fleurs de Borély : le parc est assoiffé

Car ça fait trente jours qu’ici il n’a pas plu
Si ce n’est tout à l’heure, une ou deux ou trois gouttes !
Le grand jardin frémit. Un mimosa s’égoutte
Sur le sentier pierreux ne fumant déjà plus.

Publié dans La Provence au coeur, Le début de l'été, Le soleil-lion, Marseille | Laisser un commentaire

La fin d’un monde

Sous le ciel où dansent trois nuages,
La mer bat comme un cœur cadencé.
Elle semble ainsi se balancer
De Marseille à l’incertain rivage

Du Couchant à l’azur enflammé.
La mer bat telle une grosse artère
Engorgée du sang roux de la Terre…
L’astre-roi est un lion affamé

Dont les crocs aiguisés dilacèrent
Le ciel bleu accablant de l’été.
Tout là-bas, l’horizon est flouté,
Avec des rais d’argent qui éclairent

La tour ronde imprécise d’un phare
Insensible aux gifles de la mer
Qui se mêle intimement à l’air
Pour lui faire larguer ses amarres.

La mer bat comme une grosse caisse
Pulsant fort sous les horions du vent,
Gigantesque et tout aussi vivant
Que les flots qui montent, qui s’abaissent.

Le ciel bleu peu à peu s’obscurcit ;
L’eau foncée maintenant semble épaisse
Comme la lave brune que laisse
Les volcans dans ces lointains pays

Où nues et mer semblent se confondre.
Le ciel fond, le vent crie, la mer bat.
Monstrueux ils mêlent leurs ébats
Au-dessus d’un monde qui s’effondre.

Publié dans Le début de l'été, Le soleil-lion, Marseille, Méditerranée | Laisser un commentaire