Archives de catégorie : Le début de l’été

Emporte-moi, le Vent

Poème illustré par un tableau de :
Ivan Aïvazovski
(1817-1900)

Emporte-moi, le Vent, au delà de la ville,
Au fin fond du ciel bleu où volent les gabians
Se ruant vers les flots agités, criaillant
Tout comme le feraient de banals volatiles.

Emporte-moi, le Vent, au delà de Marseille,
Au-dessus de la mer avec les grands oiseaux
Discordants et rieurs qui plongent vers les flots
Tout tachetés d’or roux que l’été ensoleille.

Emporte-moi, le Vent, au delà de la côte,
Au delà de la France, au delà du Midi
Pour me dépayser. L’habitude affadit
Même les paradis, et donne la bougeotte

A quelques farfelus, bien qu’ils soient en Provence.
Emporte-moi, le Vent, peut-être vers l’Enfer,
Là où des rêves fous pourraient bien m’être offerts
Sans sitôt susciter malaise et méfiance.

Emporte-moi, le Vent, vers d’incroyables terres
Où les mois de l’été ne sont point trop brûlants,
Sans soif ni sécheresse. Où le temps se fait lent
Pour mieux sauvegarder certains jours salutaires

A la sérénité de mon âme, et transporte
Mon vieux corps ralenti par tant de temps passé,
Un temps qui m’affaiblit. Peut-être outrepassé ?
Emmène-moi, le Vent, au-delà de la Porte…

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Si chaud, déjà si chaud…

Si chaud, déjà si chaud… Cet été est affreux
Et nous n’en pouvons plus ! Une étuve infernale
Où de pauvres Humains cuisent à petit feu
A fait de la Provence une terre létale.

Un terme hyperbolique? A peine exagéré !
La plage est embrasée, et la mer est si chaude
Qu’on a en s’immergeant la sensation d’entrer
Dans un bouillon brûlant! Quiconque baguenaude

Sur le sable a sitôt un brasier sous les pieds !
Que sera-ce en juillet, le mois caniculaire,
Et sous le soleil d’août ? Nous faudra-t-il prier,
Pour être pardonnés, tous ces dieux en colère

Qui vengent la Nature en nous faisant cramer ?
Oh, Seigneur, qu’il fait chaud ! Nous sommes tous en nage
Dès le petit matin déjà tout enflammé
Par un soleil dément. Il serait bien plus sage

De se terrer chez soi et de n’en plus bouger !
Mais la vie continue ; la routine nous pousse
A agir comme on doit… Alors, déménager ?
Pour aller où, bon sang ? La Provence si douce

A nos cœurs angoissés n’est pas pire qu’ailleurs!
Car il fait chaud partout, partout la canicule…
L’on ne peut qu’espérer bientôt des jours meilleurs
S’il en existe encor… Que ce temps re-bascule

Dans l’Enfer d’où il vient ! Il fait tellement chaud
Qu’hyper déshydratés, l’on ne sait plus que boire :
Du pastis et du vin… et quelquefois de l’eau !
Mais ceci n’est-il point le pire des déboires ?

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La corvée

Poème illustré par un tableau de :
Suzanne Bourdet

L’été est vraiment sec par ici ! L’on ne peut
Oublier, fût-ce un jour, la corvée d’arrosage,
Car sécheresse et fleurs ne font point bon ménage !
Il faudrait remercier pour les jours où il pleut

En août et en juillet : ça confine au  miracle…
Depuis quelques années, le ciel s’est asséché
Et la chaleur a crû. Nos jardins bien léchés
Nous offrent, désolés, un affligeant spectacle

Si l’on omet un soir de les pourvoir en eau !
Telles des chiffons mous, les feuilles qui pendouillent
Leur donnent sur le champ une bien triste bouille ;
Et les écervelés se sentent tout penauds

De n’avoir point prévu cette déconfiture.
Pour les roses ça va : tempérament costaud !
Mais ce n’est pas le cas de tous ces végétaux,
Donnant à nos édens une aimable figure

Si en contrepartie on les abreuve bien :
Il faut les arroser chaque jour, chaque soir !
Voyez-les frétiller dès qu’ils voient l’arrosoir,
Tout prêts à recevoir le jet d’eau magicien

Qui les embellira et les fera revivre !
Les pivoines flamboient en gonflant leur jabot,
Les zinnias, les dahlias, les lys, le plumbago
Se gorgent goulûment de l’eau qui les enivre :

Le jardin qui revit est de plus en plus vert
Après avoir subi les affres de l’enfer…

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La magicienne

La pluie qui flique et floque est froide sur le Brec,
Un Brec sinistre et noir avec ses flancs pelés,
Dévorés par le feu au mitan de juillet.
L’eau dévale en chuintant du ciel beaucoup trop sec

Depuis des mois entiers, obscurcissant encor
Les prairies calcinées par ce fléau si rare
Dans les monts de l’Ubaye, et dont le jeu barbare
A rasé la montagne. On dirait que la mort

A posé sur la pente un grand suaire noir.
Même le doux automne aux doigts multicolores
N’a pas su redonner à la faune et la flore
Un semblant de couleur ou même un peu d’espoir.

La prairie est grillée des vallons au sommet
Car l’herbe s’est muée en des milliers de mèches
Qui ont bouté le feu à la montagne sèche
Comme de l’amadou. Et tout s’est consumé…

La pluie qui flique et floque est un déluge froid
Persistant et glacé… Mais voici que tout change,
Que se produit enfin un imprévu étrange !
Il est bien terminé, ce grain vraiment pervers

Qui mettait en relief les ravages du feu !
La pluie s’est transformée en millions de houppettes
Virevoltant partout en moultes galipettes :
Des flocons-papillons effaçant peu à peu

D’un voile immaculé les stigmates obscurs
Du cataclysme noir. Soudain illuminée
Par ce tapis tout blanc, la montagne renaît
Sous le ciel ranimé où ressurgit l’azur.

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Il fait déjà trop chaud…

Ce début de juillet s’annonce redoutable.
Il fait déjà trop chaud. L’on a clos la maison
Comme un vrai château-fort, volets clos. La saison
Estivale est précoce ; et bien peu acceptable

Le fait de se terrer comme des animaux.
Le mois de juin déjà presque caniculaire
Nous a anéantis. Prodige séculaire,
Nous ont dit les experts avec leurs jolis mots !

Dedans, il fait bien frais. Mais aussitôt qu’on ouvre,
Un déluge de feu s’engouffre à l’intérieur.
En sera-t-il ainsi en des temps ultérieurs ?
Quel est donc ce démon qui peu à peu entr’ouvre

Les portes de l’Enfer pour nous faire cramer
Avec force fournaise et autre canicule ?
Bien calfeutré chez soi, l’on se sent ridicule
De n’oser affronter le soleil affamé

Qui se tient aux aguets, là, derrière la porte,
Tout prêt à nous griller, pauvres petits humains !
Quel sera l’avenir, que sera donc demain ?
Quand on voit les dégâts que ce temps fou apporte

Et ses calamités, l’on ne peut que frémir…
Mais ne résistons plus à la molle torpeur
Nous isolant du monde. Oublions cette peur
Qui nous saisit le coeur. Il vaudrait mieux dormir…

Prenons un thé glacé. La maison est bien fraîche.
Les cigales dehors fêtent cette chaleur
Qui leur est idéale et qui nous est douleur…
La sueur distillée par ta peau un peu rêche

Me saoule et m’ensorcelle irrésistiblement.
L’on s’aime et l’on est bien. Un ventilateur tourne.
Que notre amour-passion pour un temps nous détourne
D’idées trop compliquées pour soucier deux amants !

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Le four

Poème illustré par un tableau de :
Vincent Honnoré

L’on dirait qu’est ouverte la porte d’un four :
Dès qu’on sort, l’air ardent nous chope et nous assaille
En nous coupant le souffle. Et notre cœur tressaille
Sous cet assaut brûlant! Ça fait déjà trois jours

Qu’on n’ose plus flâner tellement il fait chaud.
Et sitôt qu’on le fait, sitôt on le regrette
Tant l’énorme étouffoir nous fait tourner la tête.
Marseille est maintenant un énorme réchaud,

Qui va, c’est évident, commencer à bouillir
Si le soleil poursuit ce maudit badinage
Où il se rit de nous, exerçant ses ravages
Sur notre pauvre corps tout prêt à défaillir.

En ville, il fait trop chaud ! Partons donc pour l’Ubaye,
Il fait bon tout là-haut : peut-être y fait-il frais ?
L’on pourrait se baigner dans le Lac, et errer
Sur ses rives fleuries. Oublions le travail

Et la ville oppressée qui se meurt peu à peu.
Lâchons tout et fuyons vers la Haute-Provence,
Ses versants verdoyants, la fraîche transparence
De son ciel lumineux et certainement bleu…

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Caprice

Le soleil reposait là-haut sur la montagne,
Heureux d’y être à l’aise et de ne plus bouger.
Il était bien ainsi, assis sur un léger
Nuage rondouillet. Tout en bas la campagne

Grésillait sous ses rais un peu tonitruants.
Quelle idée s’en vint lors lui déranger la tête ?
Une idée de voyou, une idée malhonnête
Envahit son esprit, et comme un vrai truant

Sans parole ni foi, oubliant ses principes,
Il pensa qu’il pourrait toujours demeurer là.
Bourlinguer dans le ciel ? Il en était fort las.
Il ne bougea donc plus, comme un gnard s’émancipe

Du joug de ses parents, contre toute raison.
Au soir du premier jour, les gens s’en étonnèrent ;
Et puis la peur s’en vint, et tous se récrièrent
Contre l’astre incivil aux si piètres façons.

Il s’en fichait pas mal, resta sur son nuage
Jusqu’à ce qu’il ait chaud, bien trop chaud à son gré,
Et bouillonne en son jus, ses millions de degrés.
Au bout de quatre jours il rêvait de la plage,

De la mer tout en bas… Oh, se plonger dans l’eau !
Alors, n’en pouvant plus, il quitta la montagne
Et s’en fut s’immerger au pays de Cocagne,
Une plage isolée posée sur un îlot.

Les gens débarrassés de son omniprésence
En furent fous de joie. Son éclat trop pesant
Les anéantissait. Le jour s’éternisant
Refit place à la nuit dans toute la Provence,

Et le soleil reprit son trajet éternel.
Le temps reprit son cours, et la raison aussi.
Le soleil oublia s’être un beau jour assis
Sur une grosse nue somnolant dans le ciel.

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Un miracle au jardin

Descendant l’escalier pour aller au jardin
Dans le petit matin, je me suis arrêtée
Tant j’étais stupéfaite : alors qu’il végétait
Encor la veille au soir, ses fleurs avaient atteint

Leur taille maximale en à peine dix heures,
Et nous n’étions pourtant qu’au début de l’été !
Il était surfleuri. Toutes les variétés
Et tous les spécimens d’une vie antérieure

Perdue depuis longtemps par la faute d’Adam
Etaient représentés ! Véritable prodige
De fleurs épanouies, dont les milliers de tiges
Escaladaient le ciel de juin en cascadant.

Beauté à l’état pur ! Parfums inoubliables
Fusionnés l’un en l’autre en spirales d’odeurs :
Senteurs opiacées mêlées à la verdeur
De parfums bien plus frais tout aussi agréables…

Des couleurs, des couleurs, et encor des couleurs !
Une soirée d’été en forme de miracle :
Mon modeste jardin se donnant en spectacle,
Mon jardin devenu le Paradis des Fleurs !

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Impatiente

Perçois-tu, comme moi, un cliquetis rythmé ?
Serait-ce un faux espoir? Entend-on les cigales ?
Mais c’est une illusion : les bruyantes cymbales
Des mâles déchaînés ne se mettraient jamais

A cliquer aussi tôt ! Je suis trop impatiente.
Et pourtant… Et pourtant… L’on dirait bien, pourtant,
Même si c’est inouï… L’incroyable beau temps
De cette fin de mai, ces journées si clémentes

Pourraient justifier qu’elles soient déjà là !
A cette simple idée, l’on a le cœur en fête :
Enfin ressuscitées et déjà en goguette…
Oh, nous les aurions donc pour plus de quatre mois ?

La Provence n’est rien sans ses menues prêtresses !
Encore un crissement… et puis deux… et puis trois !
Dame Nature est-elle en un si grand arroi
Qu’elle emmêle les mois? Pourtant rien ne la presse,

Elle a encor du temps pour les faire jaillir
De leur nid enfoui tout au fond de la terre !
Encore un criquement… C’est vraiment un mystère !
Mais notre ouïe ne peut à ce point nous mentir :

C’est bien vous, mes amies, qui crissez à tue-tête !
Rien ne peut arrêter votre joyeux tchi-tchi ;
Et oubliant déjà le squelette blanchi
Qui vous emprisonnait avant cette grand’fête

Des beaux jours revenus où vous vous éclatez,
Vous attendez l’amour. Criquez donc, les cigales !
Chantez passionnément votre immense fringale
D’encenser le soleil avant le plein été !

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Transition…

Poème illustré par un tableau de :
Eric Espigarres

C’est la fin du printemps, le début de l’été :
Ces jours miraculeux où le temps fort aimable,
Idéal en tous points, apporte sa clarté
Au jardin qui revit, dont les fleurs innombrables

Poussent dans tous les coins sans qu’on en prenne soin !
Le soleil ranimé est-il un peu blanchâtre ?
Nous l’aimons bien ainsi ! Et l’on n’a pas besoin
De fuir pour le moment les assauts du bellâtre

Adorant se gonfler d’un fulgurant éclat
Quand son temps est venu. Fignolant sa lumière
Pour un été glorieux, il a sonné le glas
Des jours gris et pluvieux ; son but prioritaire

Est bien d’exterminer tout fichu mauvais temps.
Juin est donc enfin là, modéré et affable,
Nous faisant souvenir qu’on va pour quelque temps
Profiter de ses jours toujours si agréables.

Ma maison a repeint ses volets pour fêter
Ces beaux jours revenus d’un joli bleu pervenche ;
Elle s’est pour l’été refait une beauté
Avec ces bouts de ciel sur sa façade blanche

Qu’on dirait parsemée de jolis regards bleus.
Elle est pimpante et gaie, et sous ses tuiles rousses
Bat un bonheur tranquille ; où même quand il pleut
Ou quand il fait plus gris, la vie s’écoule douce…

C’est la fin du printemps, le début de l’été :
Des jours miraculeux tellement délectables.
Un temps presque idéal, un Midi en beauté !
Le jardin qui revit n’en peut plus d’être aimable…

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Eclosion

Poème illustré par un tableau de :
Daniel Sannier

Les cigales sont presque mûres
Au pied des pins, dont la ramure
Va bientôt crisser de leur chant.
Elles s’en vont surgir des champs

Et des sous-bois, de cette terre
Tout emplie du vaste mystère
De la vie qui renaît toujours
Dès que reviennent les beaux jours.

Juste encor un peu de lumière
Fusant même au travers des pierres
Et du roc d’un âpre Midi
Pour qu’elles sortent de leur nid !

Elles vont déplisser leurs ailes
Toutes fripées, mais en rebelles
Ne s’en serviront pas beaucoup,
Juste pour un petit coucou

A l’Autre qui attend là-bas
Pour de trop rapides ébats.
Mais elles ont encore à faire
Au fin-fond de leur noir repaire :

Se gonfler d’un chant lumineux
Pour en emplir notre ciel bleu !
Car sans elles notre Provence
Serait privé de la jouvence

Et des agréments de l’été
Qui avec elles va, forte*,
Vibrer de cette âpre chaleur
Qui en est l’essence et le cœur.

*Prononcer : Forté !

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Il y eut un été…

Oh, laissez-moi dormir ! C’est si bon, c’est si doux
D’être ainsi englouti au plus profond d’un rêve
Semblable à un Eden perpétué sans trêve…
C’est le monde réel qui est cruel et fou !

Il me faut effacer cet incroyable été,
Cet amour passager, car c’était sur du sable
Qu’il était imprimé. Amour aussi friable
Qu’un coquillage mort, terne et inhabité !

J’y ai cru fermement quand on s’est rencontrés
Au tout petit matin sur la plage encor vide.
Il faisait presque froid, le ciel était livide,
Et il marchait tout seul, avec pour seul attrait

De très longs cheveux roux noués en catogan…
Et pourtant aussitôt je fus comme envoûtée.
Il n’y a qu’en dormant que je peux oublier
Ma trop grande candeur face au charme arrogant

Et au cynisme froid de cet homme inconnu.
J’y ai cru tout à fait et fus bien trop naïve,
Seule depuis deux ans et l’âme à la dérive ;
Ma grande solitude et mon cœur mis à nu

N’ont pas su résister à ce plagiat d’amour…
Nous fûmes très heureux, fîmes souvent la fête.
Des rires plein la tête et le cœur en goguette,
Je croyais que l’été allait durer toujours…

Un jour il s’est enfui sans me dire au revoir.
Oh, laissez-moi dormir au creux de mes nuages,
Ces longs jours et ces nuits ne furent que mirage…
L’été s’en est allé et le ciel est tout noir.

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Un été si lointain

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni

Il y a, paraît-il, une jolie saison
Où badent en riant des filles court vêtues
Que des cacous bronzés et dragueurs s’évertuent
A draguer, tels des chats qui ont perdu raison.

Il y a, paraît-il, un temps nommé l’Eté,
Où le soleil furieux suffoque de lumière,
Un soleil si brûlant qu’il dessèche la terre
Au point qu’elle se fend sous ses rais excités.

Il y a, paraît-il, un mois nommé Juillet
Avec de très longs jours fleurant bon la lavande ;
Un mois resplendissant où les filles se rendent
A la plage en flânant et dès potron-minet.

Il y a paraît-il, un mois appelé Août
Où l’on a quelquefois l’impression de boire
Un feu jailli d’ailleurs, où la lumière noire
Vous grille à petit feu et et vous met knock-out.

Il y a, paraît-il… Mais pourquoi donc mentir ?
Ce temps n’existe plus ; ce n’est guère qu’un conte,
Un récit merveilleux, des bobards que racontent
Des vieillards tout chenus, et dont les souvenirs

S’effilochent au fur, à mesure du temps !
Y eut-il des saisons avant le grand désastre
Qui ravagea la Terre ? Et avant qu’un autre astre
Ne détruise à jamais les chauds étés d’antan ?

Il y eut, paraît-il, une chaude saison
Où les filles badaient, à moitié dévêtues,
Dévalant en riant les ruelles pentues…
Où le Temps jouissait de toute sa raison !

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Le dôme bleu

Le ciel est comme un dôme, un dôme bleu qui pèse
Lourdement sur Marseille étouffé par l’été ;
Un ciel que les gabians, de leur vol ouaté,
Strient à grands coups d’aile. Un gros soleil obèse

Darde ses longs rayons sur le port accablé.
L’on a chaud, bien trop chaud. Des filles presque nues
Attendent patiemment la fraîcheur bienvenue
Qui devrait apaiser leur teint caramélé

En fin d’après-midi. Allongées sur la plage
Tout comme des statues, elles dorent en choeur
Sans souci pour leur peau. Et le soleil vainqueur,
Fignolant en sournois leur pernicieux bronzage,

Y sème patiemment des graines de cancer.
Mais juillet est brûlant ; et tout au bord de l’eau
Nul ne pourrait sentir à quel point il fait chaud.
Seul paraît bien vivant l’immuable concert

Des cigales crissant dans la cité éteinte.
Le ciel est comme un dôme, et son bleu outremer
Pèse massivement sur la Terre et la Mer
Imbriquées l’une en l’autre en une immense étreinte…

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Jour d’orage

La montagne flamboie. Le temps est à l’orage,
Et sur les hauts sommets un voile de vapeur
Flotte tel un rideau. Serait-ce point la peur
Qui m’oppresse  si fort ? Il y a un mirage

Au-dessus de l’Ubaye, qui irise ses eaux
D’un halo de couleurs. Et cette onde si fraîche
Dévalant de là-haut dicte à ma bouche sèche
Un désir de sorbet… Plus aucun chant d’oiseaux :

L’orage est imminent, et c’est sûr qu’ils se cachent
Avant que ne fulgure un tout premier éclair.
Là-bas, vers Entrevaux, le ciel est encor clair,
Mais avec à l’Ouest une traînée qui tache

Son bleu couleur d’été d’un long dégueulis roux.
La montagne se tait et le ciel lourd suffoque ;
Tout semble pétrifié, quand les nues se disloquent
En fragments lumineux. Brusquement, d’un seul coup !

Le ciel déverse enfin un déluge de pluie,
Cette pluie le gonflant depuis début juillet.
L’on respire bien mieux, et de l’humus mouillé
Suinte une fade odeur. La chaleur s’est enfuie…

La montagne rutile et brille sous le soleil.
On la dirait repeinte à grands coups de pinceau
D’émeraude et d’or frais ruisselant à pleins seaux.
L’astre-roi redéploie son gros disque vermeil.

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