Archives pour la catégorie “Le début de l'été”

Claude Feuillet
http://www.claudefeuillet.com

A Aix, et à Marseille, et en bien d’autres villes,
Ils sont des milliers de jeunes angoissés
Qui viennent de subir ce qu’ils croient inutile :
Ce Bac si nécessaire et si dur à passer !

Faisant les fanfarons, ils n’en mènent pas large
Et manient l’ironie, se moquant en riant
Du premier passeport pour monter sur la barge
Qui va les amener sur la rive des Grands.

Ils attendent patients ou perturbés, selon
Leur nature profonde et leur confiance en eux.
Ont-ils bien su répondre ? Etaient-ils nuls ou bons ?
Ont-ils bien expliqué que 1+1 font deux ?

Ils sont là, bras ballants, ayant l’air de bader,
Mais leur coeur défaillant bat très fort la chamade.
Bientôt les résultats qu’il faudra regarder
Sans perdre contenance auprès des camarades !

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On a déjà passé le solstice d’été :
Les jours vont raccourcir ! On a le coeur serré
En pensant que le Temps inexorablement
Va de nouveau pencher vers ses excès : le vent,

Le ciel gris, les nuit longues, le froid de l’hiver…
Mais il faut l’oublier ! Une énorme lumière
Inonde le Midi et voici la Saint-Jean,
La promesse assurée des truculents moments

De ce vingt-quatre juin. On va faire les fous !
La Provence délire d’Allauch à Coudoux
Pour louer le soleil, et la nuit enfiévrée
Par les chants et l’alcool va vite s’embraser

Des grands feux allumés partout dans les villages.
En sautant par-dessus oublions d’être sages
Et jouons aux sorciers, cueillant dans les collines
Les plantes des Anciens dont les bienfaits culminent

Aux entours du solstice : herbes aromatiques
Aux vertus ancestrales et thérapeutiques
Qui embaument la terre au mitan de la nuit.
C’est la folle Saint-Jean empreinte de magie.

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Abbot Fuller Graves

Le jardin étincelle. Il n’a jamais été
Aussi dru, aussi beau qu’en ce doux mois de mai
Où les fleurs sont au top de leur exubérance.
Pas d’excès du soleil et encor moins d’outrance :

Il contient sa fureur, il dompte sa folie
Pour ce mois raisonnable et tellement joli
Qu’on y songe toujours quand on pense au bonheur.
Le bel été nouveau enluminé de fleurs

Fleure bon ! Les oiseaux ont trouvé leur oiselle ;
Ils sont attendrissants, serrés aile contre aile
Tout au long des longs jours qui n’en finissent plus,

Leur chant allant se perdre au creux de la Roubine.
Et si parfois la pluie gicle à eau que veux-tu,
C’est pour laver les fleurs, de plaines en collines.

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Il fait un temps superbe et le ciel est tout bleu ;
Le long tapis flamboie. Les badauds sont curieux
De voir de presque près leurs idoles aimées.
Le temps est merveilleux : pas trop chaud, pas trop frais !

Stars à tête gonflée, vedettes de toujours,
Humains encor normaux, vedettes d’un seul jour,
Montent d’un pas glorieux le grandiose escalier.
Tout est donc pour le mieux, le spectacle est parfait.

Oui ! Mais à l’horizon un tout petit nuage
A des vélléités de jouer à l’orage
Et il s’est mis en tête un coupable projet…
Il enfle peu à peu pour venir se placer

Au-dessus du décor. Et soudain il explose,
Il éructe, il fulmine en une apothéose
De pluie et de grêlons, de hurlements d’effroi,
Et dans leur robe nue les starlettes ont froid !

On fuit de tous côtés, partout c’est la panique !
Un désastre pour l’art cinématographique !
Vas-t-en, odieux nuage, tu peux bien ricaner :
Tu n’es qu’un vil coquin car tu as tout gâché !

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Théo Azambre
www.galerie-creation.com

Encore une semaine et l’école est finie.
Paul a le coeur bien gros : il va déménager
Et adieu les copains, sa rue et Amélie,
Sa plus proche voisine aux yeux tout étirés,

D’un joli jaune ambré comme des yeux de chat.
Il ne la verra plus. Finis les apartés
Le soir sur le muret bien loin du brouhaha
Que faisaient leurs amis  en train de s’amuser !

Il va falloir partir pour rejoindre son père,
Les abandonner tous et laisser la Provence
Où il est né un jour au pays de sa mère.
Tout quitter dès lundi pour le Nord de la France.

Paul a le coeur bien gros. Il pourrait se cacher ?
S’enfuir dans la garrigue en attendant qu’ils partent ?
Il se sent ridicule, a envie de pleurer.
« Mon Chéri ? crie Maman. Voudrais-tu de la tarte ? »

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Ah ! Enfin nous l’avons cette belle piscine
Dont nous avons rêvé des mois et des années :
De faux airs de lagon et une eau azurine
Où nous pourrons sans doute rester immergés

Des heures sans bouger, légers comme des bulles !
Nous sommes des nababs et attendons juillet
Qui peut s’il le désire être une canicule :
Peut nous chaut après tout, nous allons nous baigner,

Et nager et plonger et vivre dans cette eau
Si rare par chez nous et donc d’autant plus chère !
Lors oublions  le chlore et son coût, le fardeau
Du temps qu’il faut donner pour qu’elle reste claire,

Et pensons aux soirées ronronnant de moustiques
Passées au bord de l’eau à manger des merguez,
A flotter dans le bleu bercés par la musique
Des grillons stridulant dans les chênes kermès.

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Régis Sibra
http://pagesperso-orange.fr/regis.sibra

Assis sur le côteau, nous sommes bien serrés
Dans les bras l’un de l’autre, et la lune étalée
Ressemble sur le ciel à un gros jaune d’oeuf ;
L’Ouest est bleu foncé et cet été tout neuf .

A l’Est subsiste encore une large bavure
Mauve tachée de roux. La nuit est presque mûre,
Les criquets forcenés se sont mis à chanter :
Les cigalons sont cois, on prend donc le relais.

On est si bien ce soir tout au fond du jardin !
Un crapaud esseulé sous le buisson de thym
Coasse incessamment pour trouver sa crapaude.
Les bulles de son chant volètent en maraude

Jusqu’au fin-fond des bois, rauques et monotones.
Au clocher du village une prière sonne
Pour nous dire combien la vie peut être belle.
La nuit est orangée au-dessus de Venelles.

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Jean-Paul Courchia
www.courchia.com

On a sorti la grande table
A l’ombre du micocoulier.
La chaleur est très tolérable,
L’endroit nous sied pour déjeuner

Même si l’on est en juillet ;
Et c’est tellement agréable,
L’été est si bon à croquer
Quand le soleil insupportable

Fait des efforts et se tient bien !
Aurait-il enfin du maintien ?
Le mistral qui joue à la brise

Soulève la nappe soyeuse
En coton brodé de cerises.
La vie est vraiment très goûteuse …

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Il était vraiment très très tôt.
Nous sommes partis sac au dos
Pour baguenauder nez au vent
Sur les versants du Garlaban.

Le temps était bénin et doux :
Pas la furie du grand mois d’août
Qui vous dévore en quelques heures,
Mais la joliesse et la douceur

D’un encor printemps presqu’été.
Ca sentait bon, on avançait
En faisant craquer sur la pente
Des plantes sèches odorantes.

Ca montait et ça descendait,
L’on se sentait dans les mollets
Une bienheureuse fatigue.
Parfois l’on mangeait quelques figues

Ou une poignée de pruneaux.
On était bien, il faisait beau …
A midi l’on s’est arrêté
Sous un grand pin empanaché

D’ombre et d’épines déjà sèches.
Quelques bouchées de tomme fraîche,
Sur du pain encor tendre et frais
Et quelques fruits couleur d’été,

Puis la sieste au creux d’un sillon.
On était bien, il faisait bon …
Et c’est alors, grande merveille !
Qu’émoustillée par le soleil

Une cigale a entonné
Son tout premier chant de l’été.

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Dubois-Gérard
www.dubois-gerard.com

Dans le ciel marine où flotte un nuage
Passe un grand oiseau pour elle inconnu.
Un ongle pointu inscrit sur la plage
Le nom d’un amant trop tôt disparu ;

Le sable est encor vierge de tout pas
Car on est en juin. Le doigt y dessine
Les lettres sacrées : un E puis un A,
Un B puis un L … La paume assassine

Supprime soudain le mot trop aimé :
Le prénom de l’être parti trop tôt
Qui lui a menti et qui l’a quittée.
Et la mer qui roule efface bientôt

Les derniers vestiges d’un fol amour.
Car tout est mouvant, bientôt effrité
Par le temps qui va, emportant toujours
Au fil de la vie les joies du Passé.

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Jean-Paul Courchia
http://www.courchia.com

La terrasse est tigrée par l’ombre et le soleil.
Mais est-ce la lumière ou bien l’ombre qui raie
La table de bois brun sous les cannisses rousses ?
Il est encor très tôt et la chaleur est douce,

Qui flotte autour de nous avec légèreté.
Sous la pluie rayurée, tu es toute zébrée
Comme un joli tamia par les stries bleues qui pleuvent.
Le soleil est nouveau et la lumière est neuve

Sous les roseaux tout blonds nouvellement posés.
Il fait bon, il fait doux ; on sent déjà l’été
Qui palpite et frémit dans les rayures d’or

Traversant les cannisses. On est si bien dehors
Dans la cour bigarrée par l’ombre et la lumière !
Connais-tu la saison qu’on appelle l’hiver ?

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Lionel Spani
www.lionel-spani.com

On est bien Rue Mistral dans le petit matin !
Jean Fauré s’est assis sur son vieil escalier,
Attendant patiemment les gens qui vont passer
Dans la ruelle bleue des premiers jours de juin.

Il est vraiment très tôt mais c’est l’heure qu’il aime :
L’instant ensoleillé où la lumière fond
En léger ruisseau blond du soleil encor rond
Comme une bulle d’or. Le vieux gorgé de flemme

Ferme à demi les yeux pour pouvoir savourer
Ce moment délicieux fleurant bon le café,
Les tartines grillées, les fleurs enchifrenées
Nouvellement écloses en ce nouvel été.

Mais Mathilde l’appelle : il lui faut décoincer
Ses vieux os tout rouillés pour sortir la Jeannette !
Car sa chêvre l’attend, et la brave biquette
Attend son picotin : fini de rêvasser !

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Annie Rivière
http://atelieriviere.canalblog.com

Tout nouveau mois de Juin commençant à chanter
Quand éclot sur un pin la première cigale,
Cher joli mois-soleil qui te mets à brûler
La garrigue asséchée par le vent en rafales,

Mi-figue mi-raisin sur quel pied danses-tu ?
Es-tu un gai printemps ou l’été revenu ?
Mais tes soirs sont si longs qu’on t’aime tendrement :
Tu es le mois des fleurs et celui des amants.

On peut dans le jardin longuement s’attarder
Car tes soirs sont si longs qu’on ne pourrait dormir !
Tes fleurs sentent si bon qu’on en est enivré :
En tendant bien l’oreille, on entend leurs soupirs …

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Lionel Spani
www.lionel-spani.com

Il est midi passé, les rues sont déjà vides,
Mais quelques étrangers qui flânent en traînant
Déambulent encor dans la chaleur torride,
Cherchant, qui un coin d’ombre et qui un restaurant.

Ils semblent ignorer qu’au coeur du plein été
L’heure du déjeuner est sacrée en Provence !
On ne s’agite plus, et c’est une évidence
Qu’il y fait bien trop chaud pour pouvoir se bouger.

Puis après le repas la sieste indispensable
Vous interdit encor de divaguer dehors.
Il faut se requinquer. Le villageois à table
Va bientôt se muer en villageois qui dort !

C’est étrange un village endormi au soleil,
Avec ces rues vidées où l’ombre et la lumière
Se disputent les lieux comme deux adversaires.
Mais il est presqu’une heure et seuls quelques chats veillent.

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www.ossiane.blog.lemonde.fr

Plaquée sur le ciel noir une pastille d’or
Eclaire le maquis de sa lumière blonde.
C’est la lune de juin, une lune bien ronde
Qui baigne de fraîcheur le jardin qui s’endort.

Les cyprès éclairés comme en après-midi
Se découpent aigus sur la nue bleu-marine,
Et la brise chantant au flanc de la colline
Les balance et les berce au tempo de la nuit.

La lune est plate et bleue comme une face blanche
Avec des traits brouillés. Triste caricature !
Pierrot désabusé à la pâle figure,
Tu éclaires la nue et ton ombre se penche

Sur Eguilles assoupi s’enfonçant lentement
Dans un profond sommeil. Ta lumière livide
Entrant par la fenêtre est si froide et si vide
Qu’elle va rendormir la Belle au Bois Dormant.

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