Archives de catégorie : La Haute Provence

Un ruisseau de montagne

C’est un petit ruisseau qui coule tout là-haut,
Un tout petit ruisseau fait de trois gouttes d’eau ;
Un filet de cristal, une onde transparente
Sautillant hardiment en dévalant la pente

Et qui se prend vraiment, parfois, pour un torrent
Quant une grosse pluie renforce son courant.
Il est vraiment heureux dès qu’elle tambourine
Sur les prés verdoyants des pentes subalpines :

Elle le fortifie, c’est pour lui un nectar,
Elixir bienfaisant le boostant à l’instar
D’un vrai philtre magique. Il bouillonne et il mousse,
Gicle et crache à tous vents, accélère sa course

Pour rattraper en bas bien d’autres ruisselets,
Excités et cinglés comme lui même l’est,
Déboulant de concert de la Haute Provence
Pour retrouver enfin leur mère la Durance.

Mais dès juin, il est maigre et fait de gros efforts
Pour descendre la pente un peu plus loin encor,
Et encore et encor, car il est optimiste,
Attendant un orage pour se remettre en piste.

Pourtant le plus souvent c’est un tout petit ru
Qui joue en attendant une prochaine crue,
Minuscule rigole où flottent des brindilles,
Des brins d’herbe dansant sur son eau qui scintille.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans La Haute Provence, La Provence au coeur, Le début de l'été, Le soleil-lion | Laisser un commentaire

Le ventilateur assassiné

Depuis presque trois jours tout là-haut en Ubaye,
La canicule est là et nous allons craquer
Tant la chaleur nous tue ! Tout prêts à suffoquer !
Même le soir venu la chaleur nous assaille

Et nous n’en pouvons plus. La nuit va refroidir
La montagne qui cuit mais , hélas ! notre chambre
Est juste sous le toit et l’on y va souffrir,
Bien qu’on l’ait isolée dès le mois de septembre

Car elle semble un four sous les lauzes des combles.
Nous avons donc acquis un grand ventilateur,
Succédané de vent et buveur de sueur,
Pour rafraîchir nos peaux, nos corps de fond en comble…

Nous avons encor chaud mais c’est bon d’être nus
Blottis l’un contre l’autre. Un frisson, de l’ivresse…
Nous en remercierions l’été d’être venu
Redonner à nos corps un surcroît d’allégresse !

Bien douces sont tes mains, et j’en oublierais presque
Que dehors c’est l’enfer, que l’air est un brûlot*.
Tiens, tu as renversé le pauvre ventilo !
Oh, que c’est bon, l’amour… Sortir serait grotesque !

Peu importe après tout ces jours de canicule
Car nous brûlons sans elle ! Et le ventilateur
Ne saurait pas vraiment engourdir notre ardeur,
Nos épidermes joints, nos corps qui s’articulent

En un rythme parfait… Cette étuve estivale,
Excessive en montagne, est devenue désir.
Le ventilo mourant a poussé un soupir.
Canicule en Ubaye ? Canicule idéale…

* je sais que je n’emploie pas ce mot selon sa définition « officielle » ! Mais permettez-moi de lui donner un troisième sens ( brasier ) : ça lui va tellement bien ici ! Et la rime n’est-elle pas parfaite ?

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans A la maison, Amours, La Haute Provence, Le début de l'été, Le soleil-lion, Les gens | Laisser un commentaire

Là-haut sur la montagne…

« Là-haut sur la montagne il est un vieux chalet ».
Connais-tu la chanson ? On la chantait petits,
Bien avant que le temps n’ait tout anéanti
De ces burons anciens maintenant affalés

Comme des tas de pierre encombrant les alpages.
Pas seulement le temps ! Les Humains et l’oubli ;
L’oubli des traditions, d’un passé aboli
Par un progrès captieux et son mauvais usage…

Au printemps, les bergers venaient s’y réfugier
En compagnie d’un chien pour garder leurs brebis.
Ils restaient là des mois. Un long exil subi,
Mais telle était leur vie. Sans jamais sourciller.

En hiver, recouverts par un monceau de neige,
Ces burons sommeillaient, tout encapuchonnés ;
Et le gros édredon boursouflé leur donnait
L’aspect d’igloos d’ailleurs, là où le ciel est beige

Presque en toute saison. Mais l’été les pastours
Dormaient tout habillés sous le ciel étoilé,
La tête sur leur chien ; et le pâle reflet
De la lune éclairait les pâtis alentour.

C’étaient des temps anciens. Et la plupart du temps,
Les burons aujourd’hui ne sont plus que décombres
Fréquentés par le vent et les très vieilles ombres
Diaphanes et fanées des pastoureaux d’antan.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Hiver, La Haute Provence, Le soleil-lion, Printemps | Laisser un commentaire

La maison du plateau

Là-haut sur le Plateau, j’ai construit ma maison,
Pas bien loin de Gréoux. Près d’un champ de lavande
Qui l’embaume l’été quand le vent sarabande,
L’emmitouflant d’air chaud du sol jusqu’au pignon.

Un grand pin parasol incline sa ramure
Au-dessus de son toit, l’abritant du soleil
Dont l’embrasement d’or tout crépitant balaye
Ses façades ocrées. Et sa verte palmure

La garde du brasier sous sa large ombre fraîche,
Quand l’été pèse lourd sur les bois et les champs
Accablés de chaleur ; quand le chant roucoulant
Des colombes parcourt la garrigue trop sèche.

Une jolie maison, peut-être trop jolie !
Un nuage en passant l’a vue dans le vallon,
Blottie sous le soleil dont les longs rayons blonds
Parent d’or et de feu ses pierres bien polies.

Charmé par sa joliesse et par cette harmonie,
Le nuage surpris a alors décidé
De rester au-dessus pour mieux la contempler,
Semant vite chez nous pas mal d’acrimonie

Envers ce malotru qui nous faisait de l’ombre.
Bien trop à notre goût, car ici à Gréoux
L’on n’aime pas du tout, mais alors pas du tout,
Que le ciel en été vire au gris et au sombre !

Mais tout a bien changé quand on s’est rendu compte
Que les gens enchantés venaient à la maison
Pour nous y saluer bien plus que de raison :
Il y faisait si frais ! Et nous avons eu honte

De notre déplaisir et de notre colère
Envers ce gros nimbus tellement discourtois
Qui s’était installé juste à l’aplomb du toit,
Mais dont l’ombre portée faisait bien notre affaire…

Et il est resté là, joli, frais et aimable,
Tout au long de l’été, juste au-dessus de nous.
Mais un très gros orage a éclaté fin août
Et nous avons perdu… la star de cette fable !

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans A la maison, Contes, La Haute Provence, Le début de l'été, Le soleil-lion | Laisser un commentaire

Un mas nommé lumière

Le soleil de juillet éclabousse de blanc
Les murs de la maison. Tellement éclatant
Qu’il poignarde les yeux, et sa folle lumière
Tombant tout droit des nues fait ciller les paupières.

La maison resplendit sous ces traits lumineux
Déversés par le ciel ; effet vertigineux
Des rayons verticaux pilonnant la Provence
Que la chaleur outrée plonge dans la dormance,

Mais que le mas subit sans en être affecté.
Il y a si longtemps qu’être ainsi impacté
Par le soleil brûlant est dans ses habitudes !
Il subit la chaleur sans trop de lassitude,

Silencieux et serein, même un peu embelli
Par cet embrasement violent qui abolit
Les griffures du temps sur sa vieille carcasse.
Il étincelle tant qu’on n’y voit plus les traces

De l’eau dégoulinant du toit un peu branlant
Dès que s’en vient l’automne au temps brinquebalant .
Le soleil en folie bombarde la garrigue
Où le mas est ancré. Aucun écran n’endigue

Cette extrême fureur naissant aux mois d’été
Sur le plateau trop chaud qui rampe jusqu’au pied
De la montagne bleue où pousse la lavande,
Où de joyeux criquets dansent la sarabande.

Le mas dort au soleil du mitan de l’été
Où le temps étouffant semble s’être arrêté.
Ses vieux murs tout pelés et penchés étincellent
Comme ceux des palais arrogants qui ruissellent

D’or et de pierreries dans les contes d’antan.
Il sait contrecarrer la corrosion du temps,
Tenant tête au soleil insensé qui l’attaque !
Rien ne viendra à bout de l’antique baraque.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans A la maison, La Haute Provence, La Provence au coeur, Le début de l'été, Le soleil-lion | Laisser un commentaire

Début d’automne au Sauze*

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

Au fond de la vallée un voile de brouillard
Palpite sur l’Ubaye. L’air sent déjà l’automne.
La montagne a roussi, et presque chaque soir
Sur ses pentes herbues de longues vapeurs jaunes
S’effilochent au vent sous un soleil blafard

Qui semble avoir compris que c’en est bien fini
De son règne estival et de sa prépotence.
La lumière s’accroche aux mélèzes jaunis
Plantés tout de guingois, et leurs hautes potences
Se détachent en noir sur le ciel infini

Où passent en criant des oiseaux inconnus.
Il fait un peu frisquet. Il n’y a plus personne
Dans les bois encor verts aux sentiers biscornus
Errant de-ci de-là. Et le torrent d’eau jaune
Bondissant jusqu’au bas de tristes rochers nus

N’est plus qu’un ruisselet tant il est maigrelet.
Les chalets délaissés n’ont plus l’air bien joyeux :
Les gens en s’en allant ont fermé leurs volets,
Et l’on dirait vraiment qu’ils leur ont clos les yeux,
Surtout quand il fait nuit, sous le ciel étoilé.

N’ayant plus à charmer, le village se tait.
Seul un renard** trottine au milieu de la rue,
Hantant avec confiance un Sauze* déserté
Où toute vie paraît tout à coup incongrue.
Tout le monde est parti, c’est la fin de l’été.

* Le Sauze : jolie station des Alpes de Haute-Provence
** C’est la mascotte du Sauze, dont il adore les poubelles

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Automne, La Haute Provence, Zooland | Laisser un commentaire

Assis sur la montagne…

Assis sur la montagne il y a un nuage.
Un nuage tout rond, gigantesque ballon
Tout boursouflé de pluie. Un nuage marron
Retenant tant qu’il peut un formidable orage.

Il est très bien ainsi, il flotte et se repose
A l’aplomb d’un grand lac où nagent des canards.
Il s’y sent très à l’aise et somnole, peinard,
Même si tout en bas l’on voudrait qu’il explose

En longs éclairs zébrés purifiant l’atmosphère
Car le temps est si chaud qu’on en est étourdi.
L’on étouffe et l’on brûle ; il est presque midi
Et depuis ce matin l’on ne peut plus rien faire

Tant on est harassé par cette canicule.
Le nuage n’entend point du tout éclater
Ni se répandre en pluie ! Mais ses flancs dilatés
Sont tellement gonflés que l’eau s’y accumule

Et qu’il peut déflagrer en un orage énorme
D’une minute à l’autre. Il se dilate encor,
Fusant inconsciemment en longues flèches d’or
Dans le ciel obscurci où le vent le déforme,

L’étalant maintenant en une immense masse.
Il ne peut désormais plus du tout contenir
Cette eau qui le distend : n’y pouvant plus tenir,
Il éclate soudain, et des billes de glace

Comme un torrent furieux dégringolent la pente.
Là, c’est peut-être trop ! Mais l’air soudain plus frais
Et bien plus supportable nous fait vite oublier
Les excès d’un temps fou. L’atmosphère pesante

S’est enfin allégée. C’en est fait du nuage !
Il s’est changé en pluie qui, dévalant à fond,
Se mélange à l’Ubaye tout au creux du vallon.
Le nuage n’est plus, ce n’est plus qu’un mirage…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans La Haute Provence, Le soleil-lion | Laisser un commentaire