Archives pour la catégorie “La Haute Provence”

Poème illustré par un tableau de :
Aero Järnefelt
(1863-1937)
Dans les Alpes du Sud, au fin-fond des montagnes,
On souffrait autrefois d’une grande misère :
Terre infertile et nue, travail pire qu’au bagne,
Les gens n’en pouvaient plus de leur vie plus qu’austère.
Quand ils désespéraient, ils choisissaient l’exil :
Pour trouver du travail, ils partaient par milliers
Vers Marseille, Avignon, ou toute autre grand’ville,
Même s’ils s’y sentaient simplement tolérés.
Pour ces gens enivrés d’espace et de grand air,
C’était un choix très dur. Et comme ils acceptaient
Comme un vrai don du ciel de tout petits salaires,
Les autres ouvriers souvent les haïssaient,
En les considérant comme des concurrents.
Détestant leur patois, leur soif de réussir,
Leur détresse et leur foi, leurs pauvres vêtements,
Ils leur enviaient aussi le fait de savoir… lire !
Les gavots s’en moquaient et ils travaillaient dur,
Car pour eux tout était mieux que leur vie d’antan.
Même si l’avenir leur paraissait peu sûr,
Ils s’acharnaient toujours, infatigablement.
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Poème illustré par un tableau de :
Camille Pissaro
(1830-1904)
C’était un beau pichet qui avait bien cent ans :
Un pichet de Moustiers* fait d’antique faïence
Et presqu’une oeuvre d’art, comme on faisait antan.
Magali le tenait de sa grand’mère Hermance
Qui avait autrefois une faïencerie
Au centre de la ville. Elle en était très fière,
S’en servant aux beaux jours lorsque quelques amis
Ou ses frères et soeurs s’en venaient prendre un verre.
Las ! Un jour malheureux la pauvrette ébrécha
D’un geste maladroit la bordure du pot.
Pas grand’chose, vraiment : un tout petit éclat,
L’événement pourtant lui laissa le coeur gros,
Mais ceci n’était rien : le pichet le prit mal !
Désormais imparfait, il se crut outragé
Car il avait de lui une image idéale
Un brin démesurée ; il allait se venger !
Or donc à chaque fois que Magali voulut
Se servir de son pot, il se mit à baver
En inondant la nappe. Un jour elle reçut
Un jet en plein visage ! Elle en avait assez !
Mais le pire de tout ce fut quand le gredin,
Perdant toute mesure, crachota sur les pieds
Du maire du village, invité en voisin :
Il fit mine de rien mais partit ulcéré !
Magali réfléchit, puis ce fut décidé :
Pour qu’il ne puisse plus bouleverser les fêtes,
Et bien qu’il dût souffrir de sa sévérité,
Le pichet facétieux fut mis à la retraite !
Depuis il fait le beau derrière une vitrine.
Un exemple parfait pour l’art des faïenciers !
Et pour qu’il ait vraiment parfaite bonne mine,
On l’a fait pivoter pour cacher son secret :
Le fleuron de Moustiers est un peu esquinté !
*Les faïences de Moustiers (Alpes de Haute-Provence) sont renommées depuis le XVII° siècle
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Poème illustré par :
Malepère
www.galerie-peintures.com
Oui ! S’il n’en reste qu’un, il* sera celui-là :
Le dernier à l’attendre et à la désirer,
Cette garce de neige, ardemment espérée
Par ces skieurs accros complètement fanas
Et dont le coeur palpite au tout premier flocon !
Quand la couche escomptée sera assez épaisse,
Ils vont tous déferler vers leurs chers tire-fesses
Du fin-fond de Marseille et autres lieux abscons !
Ils vont tout lui salir, l’embêter sans arrêt !
« Oh ! monsieur le Concierge, il y a une fuite !
L’ascenseur est en panne ! Pourriez-vous tout de suite
Me montrer dans l’appart où sont les robinets ? »
Enchastrayes est en paix depuis la mi-septembre !
Et l’hiver est si beau qu’il serait épatant
Sans ces foutus raseurs que sont tous ces clients…
Mais ce sera l’horreur dès le mois de décembre
Quand ils vont envahir son immeuble nickel !
Ces saletés partout, ce manque de respect,
Ces folles cavalcades dans les escaliers !
Oh là là ! S’il pouvait s’enfuir à tire-d’aile
Vers ces pays lointains où c’est toujours l’été…
Oublier les skieurs, ce tintouin, le ménage,
Ces gens désobligeants et ce remue-ménage !
Broyant pas mal de noir, il s’est mis à rêver…
*Pour Gérard M.
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Dans une grotte du Chiran
Vit une belle dame blanche,
Au noir pays des avalanches,
De la brume grise et du vent…
Elle est mélancolique et pâle ;
Une grande et mince sylphide,
Avec de longues mains livides
- Couleur de mort, couleur d’opale -
Qu’elle secoue de temps en temps
Au-dessus de la vallée morte :
Des plumes que la bise emporte
Volettent alors en valsant,
Puis se posent sur le sol gris.
Mais la dame est fort capricieuse,
Et lorsqu’elle est d’humeur boudeuse,
D’un coeur trop léger elle oublie
Que, si l’hiver lui prête vie,
C’est pour créer ce sortilège.
Dame du froid, reine des neiges,
Il te faut donc et à tout prix,
En te faisant aider du froid,
Couvrir de ta manne sacrée
Le sol ingrat de la vallée
Dont l’hiver doit être le roi.
Nous attendons le vol ailé
De tes flocons qui, en dansant,
Piquettent l’air de points d’argent.
Tu ne peux nous abandonner…
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Poème illustré par une aquarelle de :
Roger Gobron
(1899-1985)
www.rogergobron.com
Est-ce la Guadeloupe ou bien Barcelonnette ?
Bien qu’on soit fin-novembre, il n’y a pas de neige ;
Et les gens de l’Ubaye font une triste tête
Car leur petit magot, lourd d’or bien blanc, s’allège
Dès que l’hiver hésite à s’installer chez eux !
Contrairement à nous, ils aiment ces ciels gris
Tout gonflés par la neige. Et ils ne sont heureux
Que lorsqu’on ne peut plus que circuler à skis !
Le Sauze est tristounet, mouronneux à souhait ;
C’est pareil à Praloup ! Ô sainte Météo,
Ne pourrais-tu vraiment pas nous expédier
Un mètre de poudreuse, en suppliant là-haut ?
Même s’il neige enfin, on se fait du souci
Car on a l’impression que s’allonge la liste :
Stocker et compacter, damer toutes les nuits…
Va-t-on avoir le temps de préparer les pistes ?
Mais le temps est radieux, le ciel bien trop parfait
Immuablement bleu ! Nuages, s’il vous plaît,
Venez sur la vallée, la bedaine gonflée
D’une neige si drue qu’on sera submergés !
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Des fontaines qui coulent en toutes saisons !
Le pays est à sec, mais pas notre Provence
Malgré son sol ingrat. Qui y a souvenance
D’un temps de pénurie où l’eau lui fit faux bond ?
C’est grâce à la montagne, à ses neiges d’hiver
Qui fondent au printemps, et s’en viennent gonfler
Les sources, tout là-haut, dont les eaux boursouflées
Irriguent la Provence où lors tout devient vert.
Sur les pentes à pic, ce ne sont que cascades
Se déversant en pluie dans des torrents grondants
Coulant avec fracas vers le Sud, y portant
La force du printemps. Sorte de cavalcade
D’eau noire et d’alluvions qui le gorgent de vie
Et dévale à grand bruit, nous portant l’onde claire
Qui glougloute et jaillit des tréfonds de la terre ;
Un nectar ruisselant qui vient du Haut-Pays,
Abreuvant les fontaines partout sur les places,
Décorant joliment nos villes du Midi,
Que nul n’a jamais vues asséchées ou taries.
Remercions en les Alp(e)s par mille et mille grâces…
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Sur un adret pentu de la Haute-Provence
Se dresse une maison fière de ses cent ans :
Le mas d’une famille qu’on dirait en dormance
Tant elle est peu loquace, et qui vit comme un clan.
Sous le vieux toit de tôle, une chambre en soupente
Etroite et oppressante, avec un lit de fer
Au matelas moisi. Le plafond gris en pente
L’enclôt bien tristement, quoiqu’un rai de lumière
Fuse du vasistas. C’est l’unique ouverture
Découpée sur le ciel griffé par la montagne ;
Le temps y a posé une fine guipure
De crasse indélébile et de toiles d’aragnes.
Pour qui vivrait ici, la vie serait très dure…
C’était pourtant le trou d’un vieil homme, oublié
Dans le lit trop étroit appuyé sur le mur
Humide et salpêtré. A la fin il n’était
Plus qu’un très vieux papet usé et inutile,
Malade et solitaire, affaibli, mal nourri
De quelques bols de soupe arrosée d’un peu d’huile
Et de quignons de pain. Un pauvre homme vieilli
Ne servant plus à rien – qu’à lasser ses enfants !
Il est donc mort tout seul… Mais, depuis, impossible
D’entrer dans le grenier, tant ce qu’on y ressent
Et qui vous point le coeur confine à l’indicible !
L’ambiance y est glacée, les murs suintent la peur ;
L’on sent autour de soi rôder l’ombre angoissante
D’un vieillard pathétique abandonné à l’heure
Où il avait besoin d’une main rassurante.
L’atmosphère est si lourde, empeste tant la mort,
Qu’on n’ose plus monter dans la soupente hantée.
Et l’on dit que ces gens, rongés par le remords,
Vont vendre leur vieux mas pour loger au Lauzet.
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Une étrange lumière, une lumière bleue
Sourd de la neige épaisse et fraîchement tombée
Sur Jausiers assoupi. C’est bizarre, on dirait
Qu’elle est née du sol même ! Un halo fabuleux
Cerne les toits tout blancs aux contours arrondis,
Faisant du vieux village une carte postale :
Un décor de Noël, une image hivernale
Qu’on n’oserait décrire en la peignant ainsi !
On dirait que la neige absorbe tous les bruits ;
Le silence est total : le silence absolu
D’une nuit de novembre ; et dans le grand ciel nu
Une étoile clignote en grignotant la nuit.
L’épais tapis crayeux encor inaltéré
Est vierge de tout pas et de toute souillure.
Le sol blanc est intact. Pas une flétrissure
N’a encor maculé le village enneigé.
La nuit est calme et froide. Jausiers dort sous la lune,
Comme encapuchonné sous un lourd bonnet blanc.
Derrière les monts noirs le jour nouveau attend.
Dans le ciel bleu foncé voltigent quelques plumes.
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Au-dessus de l’Ubaye vole un aigle royal
Aux contours acérés sur l’horizon tout bleu
Haché par les pics noirs des Alpes provençales.
L’oiseau géant qui plane égratigne les cieux ;
Ses ailes déployées propulsées par la mort
En font un grand planeur que les ailes du vent
Soutiennent par-dessous, au moment où l’aurore
Pose sur les sommets un entrelacs d’argent.
En bas dans la vallée, c’est la vie qui s’éveille :
Un matin de printemps oublieux du danger,
Renaissant lentement sous le premier soleil…
Un lapin étourdi va se faire piéger
Quand un gros marmotton, voyant l’ombre cruelle,
S’évertue à siffler : c’est une débandade !
Pour les oiseaux aussi, qui fuient à tire-d’aile
Oubliant pour un temps leur amoureuse aubade…
L’aigle qui a plongé remonte au haut du ciel,
Mécanique inlassable et faite pour tuer.
Son immense ombre noire est comme une parcelle
De l’implacable loi régissant la vallée…
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Poème illutré par un tableau à la manière de :
Klimt
(1862-1918)
La Madelon des Mées avait un beau bébé,
Un pitchoun si parfait que toutes les commères
En étaient entichées. Et elle en était fière,
Riant avec humour de leur partialité !
Non loin de là vivait une affreuse mégère.
Rongée par le dépit et par la jalousie,
Elle trouvait l’enfant honteusement joli.
Las pour la Madelon ! C’était une sorcière :
Enlevant le petit au début du printemps,
Elle alla le cacher dans la grotte des Loups ;
Puis obtura l’entrée par un tas de cailloux
Qu’elle put empiler en les ensorcelant.
Mais un choucas la vit. Outré par ce forfait,
S’en fut à tire d’aile(s) mettre au courant la mère
Qui héla ses amies ; et toutes se ruèrent
Vers la grotte damnée pour sauver le bébé.
On se pela les doigts, on s’arracha la peau,
On faillit maintes fois être blaqueboulées
Par les pierres roulant sur le sol cabossé…
Jusqu’au moment béni où l’on vit le minot :
Il était sain et sauf, et, sans aucun émoi,
Se suçotait le poing avec délectation.
On le tira de là avec tant d’émotion
Que certaines faillirent en mourir de joie.
Puis, quand on fut calmé, l’on courut au village
Pour attraper la vieille. On la mit dans le trou
Qu’on reboucha bien vite avec tous les cailloux.
Elle y est depuis lors et y clame sa rage…
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Le Sauze dans les années 1930
Tout le monde est parti. La station solitaire
Est totalement vide ; une bribe de vent
S’essaye à hululer ; mais ce vent a beau faire,
Il ne peut dissiper le silence pesant.
Il va falloir attendre la fin de l’automne
Pour y entendre enfin et des voix et des cris ;
Car l’été est fini, il n’y a plus personne
A bader sur la Place. On n’entend aucun bruit,
Que le croassement des corbeaux noirs qui planent
Au-dessus des immeubles maintenant muets
Avec leurs volets clos ou fermés en chicane.
La station est muette et tout y est fermé.
Un village fantôme où la fin de l’été
S’est figée tout à coup sous un vaste ciel bleu !
Mais où est donc l’écho de ce bonheur parfait
Qu’affichaient tous ces gens qui avaient l’air heureux ?
Malgré le grand beau temps, un insondable poids
Ecrase sous sa gangue Le Sauze endormi.
Solitude absolue et impression de froid
Qui vous serrent le coeur. L’été est bien fini…
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Chez nous, depuis huit jours, c’est la révolution
Car on y tourne un film ! Une incroyable histoire
Qui se passe au Château. Scénario plutôt noir
De crime et de folie : un film à sensations !
Chacun se dévisage avec curiosité : acteurs et indigènes.
Pour eux, on est des ploucs ; pour nous, ils sont cinglés !
Et quel remue-ménage ! On n’est pas habitué
Et l’on déteste ça ; ce n’est pas dans nos gènes
D’être ainsi tourmentés ! Ce bruit, ces hurlements
Et cette agitation ! Ces grossières erreurs…
Et puis ce faux accent que prennent les acteurs…
Le village excédé attend impatiemment
Que tout soit terminé ! « Pensez donc à l’argent,
A expliqué le maire. On devrait encaisser
Près d’un million d’euros. On pourra commencer
Tout un tas de travaux ! Soyez donc plus patients ! »
Bah ! Le temps passe vite… Et puis, l’on est si bien
Tout près de la montagne hachurant le ciel bleu
Où volent des planeurs… C’est grâce à ça qu’on peut
Supporter sans râler ces fous et leur tintouin !
Par moments le grand roux semble même être en transes,
Et il tance sa troupe en hurlant tant et plus.
Tous des fous, on vous dit, et des olibrius…
Pourquoi ont-ils choisi notre Haute-Provence ?
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Poème illustré par un tableau de :
Maurice Morin
Sur la montagne bleue, le grand mois d’août flamboie.
Sous les luges foulant la piste encor ouverte,
L’herbe drue fleure bon ; elle chuinte et verdoie.
Nous suçons un sorbet face à la Savonnette*,
Totalement béats de pouvoir contempler
La sculpture des pics sur l’infini ciel bleu !
Tout a été lavé par les pluies de juillet,
Roulant en rus d’eau claire au fond de chaque creux !
C’est le Sauze estival ! Le simple et grand bonheur
D’aspirer goulûment un air presqu’un peu frais !
Des gens pas trop bronzés s’y lèvent de bonne heure
Pour s’en aller grimper hors des sentiers pavés.
D’autres sont seulement là où ils aiment être :
Un joli coin perdu en haut de la Provence !
Un village sans faste où ils aiment renaître,
Loin du bruit, des fumées, de tant d’autres nuisances…
Nous sommes affalés sur nos grands fauteuils blancs
Tels des lézards repus abreuvés de lumière.
La montagne scintille d’étoiles d’argent
Accrochées joliment en haut des conifères.
*La Savonnette est la piste des débutants au Sauze
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Comment aurait-il pu, un jour, imaginer
Un tel événement ? Assis sur un rocher,
André est hébété et pleure doucement
Les soixante brebis gisant ensanglantées
Sur l’estive fleurie où hier elles paissaient.
Car elle est revenue, la Bête que craignaient
Ses ancêtres lointains, les bergers d’autres temps !
Ce loup couard et faux qui subrepticement
S’en vient à la curée dès que tombe la nuit.
Mais Andre s’est levé pour chercher son fusil.
Il va prendre l’affût, devenant hors-la-loi
En tuant le tueur terré au fond des bois…
Il a passé deux jours à creuser un grand trou,
A rester aux aguets pour attendre les loups
Rampant dans les taillis. Il a tiré dessus
Et les a enterrés. Tout ça, bouche cousue !
Personne ne saura, pas même sa compagne !
Car il veut retrouver la paisible montagne
Où paissent ses moutons non loin de Barcelo.
André le doux berger est un desperado
Qui recommencera pour garder son troupeau !
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Sur les pentes du Suy un paillasson grisâtre
Séché par février commence à reverdir ;
Et les colchiques blancs sont comme des sourires
Sur les dernières plaques de neige jaunâtre.
Et puis tout va très vite, et la montagne grise
Se couvre d’un tapis d’herbe grasse à souhait,
D’un vert tellement tendre que l’on en mangerait !
Bienheureux les moutons qui s’en gav(ent) et que grise
La brise de printemps coulant vers les vallons !
Mais piquetées de gel les nuits sont encor fraîches,
Transformant les brins verts en pointes toutes rêches
Empesées par la glace fragile et qui fond
Dès les premiers rayons du soleil triomphant.
C’en est presque fini de la neige et du froid
Qui ne résistent plus qu’au plus profond des bois.
Il flotte au fond de l’air une odeur de printemps.
Dicton provençal :
Mes de mars poussous
Fa lou pastre orgueious.
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