Archives de catégorie : La Haute Provence

Triste chanson d’automne

Je viens de m’éveiller. Un morne petit jour*
Luit derrière le Brec. C’est bel et bien l’automne
Qui s’en est revenu. Au loin le glas qui sonne
Me rappelle que rien ne peut vivre toujours.

Je voudrais ne jamais sortir de ma maison !
Il fait froid, il fait gris, et la pluie tambourine
Aux vitres embrumées. Ce n’est pas la saison
De courir affronter cette eau qui dégouline

Du ciel depuis hier ! Tout est triste alentour,
J’ai le cœur en écharpe, et ce temps contribue
A mon grand désarroi. Le chagrin qui embue
Mon cœur enchifrené me semble sans retour

Car je ne t’ai pas vu depuis huit jours entiers.
La pluie s’est arrêtée. Maintenant c’est la brume
Qui frôle les carreaux. Il faudrait que j’allume…
Cet hiver sera-t-il comme l’hiver dernier

Pétri de solitude ? Où je ne te voyais
Qu’un jour par-ci par-là… Tiens, l’on frappe à la porte !
Un voisin, un ami ? Après tout, peu m’importe !
Qu’il gomme mes pensées car je m’apitoyais

Bêtement sur mon sort. C’est ce ciel gris et bas
Pesant sur la maison qui m’a désabusée
Sur notre relation. Il me faut refuser
Ce pessimisme idiot qui rend mon cœur si las…

* Attention, je vous rappelle que mes poèmes ne sont absolument pas autobiographiques ! Mon coeur va très bien, merci !

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Boursouflé de glace et de neige…

Le ciel ressemble à un gros sac
Boursouflé de glace et de neige ;
Se réfléchissant dans le lac,
Des hordes de nuages beiges

L’ont enténébré de leur ombre.
Novembre, un triste musicien,
Va jouer la chanson si sombre
De l’odieux hiver qui s’en vient.

Toutes les feuilles sont tombées.
Les arbres, longs squelettes noirs,
Ont leur cime grise nimbée
Par la lumière ocrée du soir,

Un tout premier givre s’accroche
A leur tronc sec et écailleux.
Des diamants brillent sur la roche
Surplombant le val des Maïeux

Où la vie semble s’être éteinte.
La montagne luit au lointain,
Vaste toile ternie et peinte
Par un soleil dont le déclin

Se fait sentir de jour en jour.
La lumière ploie sous l’attaque
Du morne hiver dont le retour
Si proche semble démoniaque

Après un été merveilleux.
L’hiver ? Un avatar odieux…

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Le temps des feuilles mortes

Voici donc revenu le temps des feuilles mortes.
Le soleil s’affaiblit ; l’hiver à notre porte
S’en va rallier bientôt ses sinistres consorts :
Le vent, le froid, la pluie… Sans plus aucun ressort,

Les feuilles anémiées se balancent tout doux,
Parées par les frimas de jolis reflets roux ;
Et puis se détachant des arbres avec grâce,
Elles quittent leur nid dès la première glace

Et tout en tournoyant – ballerines légères –
Elles vont en dansant se poser sur les pierres
Du chemin s’accrochant au flanc de la montagne.
Une valse alanguie qui souvent s’accompagne

D’un tout dernier sursaut au moment de toucher
Le sol gris raboteux. D’aériens ricochets,
Deux ou trois bonds encor, et elles rendent l’âme :
L’automne a étouffé la minuscule flamme

De leur petite vie fugace et végétale.
Il leur suffit d’un rien, d’une brise automnale
Pour en un seul instant s’envoler vers la mort.
Ne vivre que six mois ! Epouvantable sort…

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Un ruisseau de montagne

C’est un petit ruisseau qui coule tout là-haut,
Un tout petit ruisseau fait de trois gouttes d’eau ;
Un filet de cristal, une onde transparente
Sautillant hardiment en dévalant la pente

Et qui se prend vraiment, parfois, pour un torrent
Quant une grosse pluie renforce son courant.
Il est vraiment heureux dès qu’elle tambourine
Sur les prés verdoyants des pentes subalpines :

Elle le fortifie, c’est pour lui un nectar,
Elixir bienfaisant le boostant à l’instar
D’un vrai philtre magique. Il bouillonne et il mousse,
Gicle et crache à tous vents, accélère sa course

Pour rattraper en bas bien d’autres ruisselets,
Excités et cinglés comme lui même l’est,
Déboulant de concert de la Haute Provence
Pour retrouver enfin leur mère la Durance.

Mais dès juin, il est maigre et fait de gros efforts
Pour descendre la pente un peu plus loin encor,
Et encore et encor, car il est optimiste,
Attendant un gros grain pour se remettre en piste.

Pourtant le plus souvent c’est un tout petit ru
Qui joue en attendant une prochaine crue,
Minuscule rigole où flottent des brindilles,
Des brins d’herbe dansant sur son eau qui scintille.

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Le ventilateur assassiné

Depuis presque trois jours tout là-haut en Ubaye,
La canicule est là et nous allons craquer
Tant la chaleur nous tue ! Tout prêts à suffoquer !
Même le soir venu la chaleur nous assaille

Et nous n’en pouvons plus. La nuit va refroidir
La montagne qui cuit mais , hélas ! notre chambre
Est juste sous le toit et l’on y va souffrir,
Bien qu’on l’ait isolée dès le mois de septembre

Car elle semble un four sous les lauzes des combles.
Nous avons donc acquis un grand ventilateur,
Succédané de vent et buveur de sueur,
Pour rafraîchir nos peaux, nos corps de fond en comble…

Nous avons encor chaud mais c’est bon d’être nus
Blottis l’un contre l’autre. Un frisson, de l’ivresse…
Nous en remercierions l’été d’être venu
Redonner à nos corps un surcroît d’allégresse !

Bien douces sont tes mains, et j’en oublierais presque
Que dehors c’est l’enfer, que l’air est un brûlot*.
Tiens, tu as renversé le pauvre ventilo !
Oh, que c’est bon, l’amour… Sortir serait grotesque !

Peu importe après tout ces jours de canicule
Car nous brûlons sans elle ! Et le ventilateur
Ne saurait pas vraiment engourdir notre ardeur,
Nos épidermes joints, nos corps qui s’articulent

En un rythme parfait… Cette étuve estivale,
Excessive en montagne, est devenue désir.
Le ventilo mourant a poussé un soupir.
Canicule en Ubaye ? Canicule idéale…

* je sais que je n’emploie pas ce mot selon sa définition « officielle » ! Mais permettez-moi de lui donner un troisième sens ( brasier ) : ça lui va tellement bien ici ! Et la rime n’est-elle pas parfaite ?

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Là-haut sur la montagne…

« Là-haut sur la montagne il est un vieux chalet ».
Connais-tu la chanson ? On la chantait petits,
Bien avant que le temps n’ait tout anéanti
De ces burons anciens maintenant affalés

Comme des tas de pierre encombrant les alpages.
Pas seulement le temps ! Les Humains et l’oubli ;
L’oubli des traditions, d’un passé aboli
Par un progrès captieux et son mauvais usage…

Au printemps, les bergers venaient s’y réfugier
En compagnie d’un chien pour garder leurs brebis.
Ils restaient là des mois. Un long exil subi,
Mais telle était leur vie. Sans jamais sourciller.

En hiver, recouverts par un monceau de neige,
Ces burons sommeillaient, tout encapuchonnés ;
Et le gros édredon boursouflé leur donnait
L’aspect d’igloos d’ailleurs, là où le ciel est beige

Presque en toute saison. Mais l’été les pastours
Dormaient tout habillés sous le ciel étoilé,
La tête sur leur chien ; et le pâle reflet
De la lune éclairait les pâtis alentour.

C’étaient des temps anciens. Et la plupart du temps,
Les burons aujourd’hui ne sont plus que décombres
Fréquentés par le vent et les très vieilles ombres
Diaphanes et fanées des pastoureaux d’antan.

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La maison du plateau

Là-haut sur le Plateau, j’ai construit ma maison,
Pas bien loin de Gréoux. Près d’un champ de lavande
Qui l’embaume l’été quand le vent sarabande,
L’emmitouflant d’air chaud du sol jusqu’au pignon.

Un grand pin parasol incline sa ramure
Au-dessus de son toit, l’abritant du soleil
Dont l’embrasement d’or tout crépitant balaye
Ses façades ocrées. Et sa verte palmure

La garde du brasier sous sa large ombre fraîche,
Quand l’été pèse lourd sur les bois et les champs
Accablés de chaleur ; quand le chant roucoulant
Des colombes parcourt la garrigue trop sèche.

Une jolie maison, peut-être trop jolie !
Un nuage en passant l’a vue dans le vallon,
Blottie sous le soleil dont les longs rayons blonds
Parent d’or et de feu ses pierres bien polies.

Charmé par sa joliesse et par cette harmonie,
Le nuage surpris a alors décidé
De rester au-dessus pour mieux la contempler,
Semant vite chez nous pas mal d’acrimonie

Envers ce malotru qui nous faisait de l’ombre.
Bien trop à notre goût, car ici à Gréoux
L’on n’aime pas du tout, mais alors pas du tout,
Que le ciel en été vire au gris et au sombre !

Mais tout a bien changé quand on s’est rendu compte
Que les gens enchantés venaient à la maison
Pour nous y saluer bien plus que de raison :
Il y faisait si frais ! Et nous avons eu honte

De notre déplaisir et de notre colère
Envers ce gros nimbus tellement discourtois
Qui s’était installé juste à l’aplomb du toit,
Mais dont l’ombre portée faisait bien notre affaire…

Et il est resté là, joli, frais et aimable,
Tout au long de l’été, juste au-dessus de nous.
Mais un très gros orage a éclaté fin août
Et nous avons perdu… la star de cette fable !

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