Archives de catégorie : La Haute Provence

Brume d’automne

Poème illustré par un tableau de :

Caspar David Friedrich
(1774-1840)

Les sommets de l’Ubaye paraissent écrêtés
Tant la brume les noie d’un voile sécrété
Par l’aube rembrunie du début de l’automne.
Le ciel a dégueulé de tristes vapeurs jaunes

Qui flottent sur les toits d’Enchastrayes endormi.
Depuis quelque huit jours le ciel clair a blêmi,
Perdant tout doucement sa couleur provençale
Pour passer d’un bleu pur à un indigo pâle.

La montagne est floutée par des pans de brouillard
Amollissant ses pics plantés comme des dards
Dans le ciel de septembre. Et les cimes pointues
En semblent arrondies, sans ces lignes aiguës

Découpant l’horizon de leur contour brisé.
Malgré le temps bouché, des éclairs irisés
Jaillissent quelquefois du fin-fond des nuages,
Comme pour rappeler la lumineuse image

Des dernières journées de l’été moribond.
Des lambeaux de brouillard voguent en vagabonds
De sommet en sommet en haut de la montagne.
Un très pâle soleil parfois les accompagne

Presque en catimini de ses ternes rayons.
La brume qui se tord en rondes contorsions
Drape d’un tulle gris les branches des mélèzes.
De la montagne suinte un mystérieux malaise…

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L’oiseau-majuscule

Un oiseau s’est posé là-haut sur la Chalanche.
Il a fait tant d’efforts qu’il se sent tout recru
D’une énorme fatigue. Il n’aurait jamais cru
Y parvenir un jour ! Mais dans l’aurore blanche

Il se sent sublimé, comme le roi d’un monde ;
Un monde désolé, un univers de pierre
Mais d’où, auréolé d’un halo de lumière,
Il peut tout dominer à des lieues à la ronde.

En bas, tout est petit, incertain, minuscule
Comme lui ce matin, quand il n’était qu’un rien,
Rien qu’un souffle emplumé, un minus aérien.
Il se sent désormais un oiseau-majuscule

Perché sur un piton. Tout enflé de gloriole,
Il surplombe le monde en s’en croyant le roi…
Pauvre petit oiseau ! Quel serait son effroi
S’il savait qu’il n’est rien qu’une pauvre bestiole

Qu’un aigle vient de voir du côté de l’adret :
Une bouchée dodue ! Sauve-toi, tout-petit ;
Soustrais-toi sur le champ au sauvage appétit
De l’énorme rapace aux griffes acérées !

Regarde vers le ciel, lève un plus peu la tête.
Tu peux avoir le temps de vite t’envoler
Vers ce creux, là, tout près, pour y dégringoler ;
Ne point être avalé par la funeste bête…

Je n’en dirai pas plus : selon votre nature
– Un pessimisme noir, un optimisme né –
Vous pouvez le sauver ou bien le condamner !
Imaginez tout seul la fin de l’aventure…

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Fin d’été en montagne

Il y a sur l’Estrop un étonnant nuage
Tout tarabiscoté. Le ciel est tourmenté,
Livide et orageux. C’est la fin de l’été.
Sur le lac obscurci s’est posé un mirage

Frémissant doucement, voile fantomatique
Qui dissimule l’eau sous un tulle irisé.
La montagne a rugi, et son ciel est brisé
Par de longs éclairs bleus aux zigzags fantastiques.

C’est la fin de l’été, un petit peu l’automne.
On vit en ce moment une étrange saison
Où le temps se comporte hors de toute raison.
Le ciel est presque blond. De la montagne jaune

Coule un torrent bourbeux hérissé de lumière
Et de feuilles ocrées balancées par le vent
Qui vient de se lever. Elles vont droit devant,
Frêles petits vaisseaux ; et ce sont les premières

A s’être détachées des arbres qui s’endorment.
L’automne est là, tout prêt à prendre son essor,
A sortir ses atours ornés de cuivre et d’or.
La nuée sur l’Estrop peu à peu se transforme,

Ressemblant maintenant à une fleur immense.
C’est la fin de l’été, l’automne est presque là,
Et, dès le soir venu, l’on a même un peu froid.
Le vent a disloqué le nuage qui danse…

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Veux-tu venir, ami…

Veux-tu venir, ami ? Tu le vois, je t’invite
En un pays béni tout fleuri de cigales,
De soleil, de beau temps… Une terre idéale
Où il fait si bon vivre. Et que l’hiver évite

Car il s’y sent perdu, vraiment désemparé
Par la douceur ambiante et l’énorme lumière
Qui gicle de l’espace et prépare la terre
A couver en son sein un monde chamarré

Eclosant bien plus tôt qu’ailleurs partout en France.
Pays des doux printemps et fief des chauds étés :
Je t’y mène avec moi. Tu y seras fêté
Comme tous les amis qui viennent en Provence.

Tu sembles fatigué ? Viens, nous allons monter
Tout en suivant l’Ubaye jusqu’à Barcelonnette.
Nous sommes au printemps, la montagne est en fête,
Le Cimet s’est mué en un monde enchanté

Où glougloutent en cœur des cascades d’eau vive.
Respire : l’air est vif mais sent bon le soleil !
La montagne renaît après un long sommeil
Et bourdonne de vie, s’arrachant à ces rives

Froides et désolées qui enclosent l’hiver.
Un tichodrome* chante… Et la brise qui danse
Fait valser les nuées au creux du ciel immense.
Les mélèzes tout nus sont festonnés d’un vert

Qu’on aimerait goûter… C’est à pleines goulées
Qu’on boit le vent qui tourne et vire autour de nous.
L’on savoure, on est bien. Remercions à genoux
Cette marche du Temps toujours renouvelée…

* Charmant petit oiseau montagnard

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Jour d’orage

La montagne flamboie. Le temps est à l’orage,
Et sur les hauts sommets un voile de vapeur
Flotte tel un rideau. Serait-ce point la peur
Qui m’oppresse  si fort ? Il y a un mirage

Au-dessus de l’Ubaye, qui irise ses eaux
D’un halo de couleurs. Et cette onde si fraîche
Dévalant de là-haut dicte à ma bouche sèche
Un désir de sorbet… Plus aucun chant d’oiseaux :

L’orage est imminent, et c’est sûr qu’ils se cachent
Avant que ne fulgure un tout premier éclair.
Là-bas, vers Entrevaux, le ciel est encor clair,
Mais avec à l’Ouest une traînée qui tache

Son bleu couleur d’été d’un long dégueulis roux.
La montagne se tait et le ciel lourd suffoque ;
Tout semble pétrifié, quand les nues se disloquent
En fragments lumineux. Brusquement, d’un seul coup !

Le ciel déverse enfin un déluge de pluie,
Cette pluie le gonflant depuis début juillet.
L’on respire bien mieux, et de l’humus mouillé
Suinte une fade odeur. La chaleur s’est enfuie…

La montagne rutile et brille sous le soleil.
On la dirait repeinte à grands coups de pinceau
D’émeraude et d’or frais ruisselant à pleins seaux.
L’astre-roi redéploie son gros disque vermeil.

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Redoux

Entends-tu sous le toit la charpente qui craque ?
Le chalet comme un chat qui s’étire au réveil
Fait grincer sa carcasse au tout premier soleil,
Etirant ses cloisons de très vieille baraque,

Bâtie tout de guingois, dans la prime chaleur.
Du fond de la vallée une brume irisée
S’élève lentement, et la ligne brisée
De la montagne bleue se moire de couleurs.

Entends-tu ce roucou dans le fond du jardin ?
C’est la première fois qu’un chant de tourterelle
Annonce le printemps. Pour trouver une belle
Ou fêter le beau temps qui s’immisce soudain

Au cœur de la montagne après un rude hiver ?
La neige fond tout doux. De l’eau glacée ruisselle
Sur la façade en bois que de gaies étincelles
Eclaboussent de roux. Quelques touches de vert

Commencent à pointer au creux des jardinières,
Et des colchiques bleus pointillent les versants
Où le premier soleil s’éclate en déversant
A clarté que veux-tu de longs rais de lumière.

La montagne revit. Un oiseau cabriole
Tout en haut d’un mélèze encor un peu pouilleux
Sans son feuillage vert. Un zéphyr délicieux
Fait onduler l’Ubaye au souffle de sa viole.

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L’entre-deux

La station est déserte ; il n’y a plus de neige,
Hormis des glaçons gris qui s’agrippent aux toits.
Un chasse-neige usé et caduque nettoie
Une ultime gadoue sur le macadam beige

Car le dernier redoux a dépeuplé Praloup.
Le ciel est nuageux, la montagne grisouille.
Des gouttières usées et morveuses pendouillent
Des cristaux égouttant une eau salie. Un loup

S’est même aventuré au cœur de la station
Tant elle avait un air de ville abandonnée ;
Un décor pour un film où veut être donnée
Une impression d’angoisse et de désolation !

Est-il vrai que jeudi l’on jouait à glisser
Sur ces pentes ventrues, riant à perdre haleine ?
La station est fermée. Hier elle était pleine
De vie et de gaieté. Quelque chose est faussé,

Et semble inachevé, oublié, hors du temps…
Praloup n’est plus semblable à ses cartes postales
Et paraît maintenant vieux et moche et très sale.
Il se recroqueville, attendant le printemps…

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J’aimerais, je voudrais…

J’aimerais, je voudrais m’envoler tout en haut
De la montagne bleue penchée sur la vallée ;
Et puis, niant ma peur, toute crainte avalée,
M’élancer du sommet comme une-femme oiseau.

Je voudrais, j’aimerais m’ébattre dans le ciel
Pour y glaner enfin des flocons de nuages,
Et voir la mer au loin tel un brumeux mirage
Où dansent des bateaux irisés d’arc-en ciel.

J’aimerais, je voudrais grappiller des étoiles
Pour les disséminer aux cimes des sapins
Et des mélèzes noirs, sur les monts subalpins
Que le gel hivernal drape d’un léger voile.

Je voudrais, j’aimerais incendier la lune
Pour qu’elle soit enfin l’égale du soleil
Et embrase les nues de son cercle vermeil
Qui enflamme la nuit, sa mélancolie brune.

J’aimerais, je voudrais musarder dans le ciel,
Valser au fil du vent au-dessus des vallées ;
Et puis planer tout doux après m’en être allée
Rejoindre l’horizon repeint d’or et de miel.

Je voudrais, j’aimerais rester toujours là-haut
Pour un dernier ballet. Un ultime voyage
Au pays où la mort n’existe plus, ni l’âge ;
Où des gens comme moi volent tels des oiseaux…

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Le mal-aimé

Poème illustré par une aquarelle de :
Denis Goy

Dans l’âtre du salon, un premier feu ronronne,
Avec de temps en temps une sourde explosion
D’étoiles et d’éclairs, comme lave en fusion.
L’on est bien, il fait chaud. Dehors le vent marmonne

Qu’il voudrait pénétrer au creux de la maison.
Mais ici l’on répugne au vent de la montagne
Qui annonce un grand froid et souvent s’accompagne
D’un gel insupportable, hors de toute raison !

Pour le moment, ça va ; il reste raisonnable
Et malgré son dépit, demeure fort courtois.
L’on a rentré du bois jusques en haut du toit,
Bien qu’octobre tout neuf soit encor très aimable,

Qui a peint la montagne avec des pigments roux ;
Roux comme les mélèze(s), aussi roux que les flammes
Qui rongent les rondins comme le font les lames
A l’assaut des rochers, là où le temps est doux.

Chez nous l’hiver est proche ; il sera très très rude
Car les oies sont passées depuis déjà longtemps.
Le vent désemparé s’incruste en tapotant
Les vitres du séjour : c’est son assuétude

Quand il souffle en octobre et que tombe la nuit !
Dehors le temps fraîchit, et la montagne rousse
Flamboie dans le Couchant. Le vent gémit et tousse,
Et puis désespéré s’en retourne chez lui.

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Le nuage aventurier

nuage2

Posé sur le Cimet, il était un nuage
Friselé et crépu comme un bon gros mouton,
Aussi léger et blanc que duvet de coton…
Laissé sur le sommet par le dernier orage,

Il paissait le ciel bleu, accroché à la pente,
Quand il sentit en lui sourdre un très grand désir :
Celui de vivre enfin, de descendre et de fuir
Ce piton trop tranquille à l’inertie crispante.

Lors, tout gonflé d’audace, il se mit à descendre
Vers la vallée plus bas et son monde inconnu,
Délaissant la montagne et ses espaces nus
Pour la douce verdeur d’un monde bien plus tendre.

Sous le passage bleu de sa fraîcheur mousseuse,
Tout à coup rénovée, l’herbe se redressait
En petits traits bien drus, fermes et hérissés
Par l’étreinte mouillée de l’onde nuageuse.

Lorsqu’elle fut en bas, l’audacieuse nuée,
Un peu trop excitée par l’odeur du printemps
Se résolut à prendre encor plus de bon temps.
Mais se sentant quand même un peu diminuée,

Il lui vint tout à coup l’idée d’une baignade
Pour se régénérer, regonfler sa vapeur.
Le propre d’un nuage est qu’il n’a jamais peur,
Que pour lui se baigner n’est qu’une guignolade !

L’Ubaye roulait par là. Aussitôt attiré,
Le nuage imprudent s’approcha de la rive,
Ignorant le tonus printanier de l’eau vive
Qui sans nulle pitié pouvait le digérer…

Mais il s’en fichait bien ! Il fut happé par l’eau
Et changé sur le champ en blanches vaguelettes ;
Puis sous l’aspect sympa de mille gouttelettes,
Entraîné vers la mer pour rejoindre les flots…

Bercé et cahoté, il devint une vague
Chauffée par le soleil qui le but peu à peu
Pour le ré-expédier vers l’immense ciel bleu
Où tout revigoré par l’air pur il divague.

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Eveil

Chalet sous la neige

Sous son duvet gonflé au galbe immaculé,
Le chalet dort encor. Seul un léger filet
De fumée s’éparpille au-dessus du toit blanc
Où vient de se poser un énorme milan

Sombre comme la nuit qui obscurcit toujours
Les pentes du Cimet. Les plumes du vautour
Sont tout ensanglantées, mais le sang rouge est noir
Tant l’ombre l’obscurcit, et nul ne pourrait voir

Qu’il est l’incarnation d’un monde sans pitié.
Sous son toit rebondi, le chalet qui dormait
Commence à s’éveiller sous le prime soleil
Dont l’éclat adouci favorise l’éveil

Des gens de la maison. Alors l’oiseau s’enfuit,
Emportant dans son vol des lambeaux de la nuit.
Ne reste sur le toit qu’une traînée de sang,
Souillant pour quelques jours l’édredon innocent.

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Le soleil à midi

soleil-en-montagne

La montagne est pointue. Posé sur son sommet,
Le soleil vocifère, et des torrents de feu
Dévalent en grondant les pentes du Cimet.
Mais le ciel de l’été est sereinement bleu,

Calme et imperméable aux frasques de l’étoile
Gigantesque et furieuse incluse dans son sein ;
Car à midi passé elle mettra les voiles
Pour tenter d’embraser d’autres pitons lointains.

Pour l’instant la montagne est gorgée de lumière.
Elle est blanche, elle est bleue, et un feston ocré
Ourle son haut sommet dont la pointe de verre
Dessine sur l’azur un triangle doré.

Cependant le soleil se déchaîne et tempête,
Bombardant le roc noir d’étincelants rayons.
La lumière mugit, la lumière est en fête,
Qui danse et qui explose en milliards de protons…

Mais le Cimet blasé demeure indifférent
Au mitraillage fou de l’astre déchaîné
Qui doit l’abandonner ! Car poussé par le Temps
L’emportant en roulant, il va être entraîné

Vers l’horizon courbé, encor clair et si nu ;
Vers l’Ouest tout là-bas, un Midi inconnu…

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L’orage

 

maisonnette

Le ciel lourd est très noir, posé comme un couvercle
Sur le village gris où rien ne bouge plus.
Pas un souffle de vent sous le terrible cercle
Sombre comme la nuit, là-haut, juste au-dessus

Des vieux toits bien serrés les uns contre les autres.
Leurs pans tout biscornus sont secs depuis juillet
Et leurs tuiles roussies. Quelques matous s’y vautrent,
Les seuls à apprécier la touffeur de l’été.

La ligne d’horizon est curieusement claire,
Car autour du couvercle un cerne de ciel bleu
Emet étrangement un halo de lumière.
Mais la nuit vainc le jour, le gomme peu à peu,

Bien que des éclairs blancs lient le ciel à la terre.
Un réseau électrique au rythme grésillant
Strie les nues sans arrêt. Une pluie salutaire
Serait la bienvenue ! Tout le monde l’attend

Sous la coupole noire où stagne la tempête.
On a tous l’impression que l’éther est pesant,
Qu’un glaive est suspendu au-dessus de nos têtes,
Qu’il va bientôt tomber, nous anéantissant.

Le dôme du ciel lourd pèse comme un couvercle
Sur Jausiers accablé. Les oiseaux se sont tus.
L’orage qui grossit peu à peu nous encercle ;
Un éclair a frôlé le haut clocher pointu.

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Les larmes de l’hiver…

Gabriele Corno

Poème illustré par un tableau de :
Gabriele Corno

Les larmes de l’hiver qui commencent à fondre
Creusent des petits trous de leur léger flic-floc
Dans la neige amollie, et les tout-petits chocs
De ses pleurs de cristal vont bientôt se confondre

Avec le clapotis de milliers de ruisseaux…
Le printemps se déploie là-haut dans la montagne,
Tout comme dans le Sud partout dans la campagne…
D’ici quelque deux mois, le soleil à l’assaut

Aura tout dénudé sur la montagne chauve
Qui mordra le ciel pur de ses pics aiguisés
Par le vent et la pluie. Et ses contours brisés
Se découperont mieux sur le diorama fauve.

Sous la neige qui fond l’on peut même entrevoir
Les petits museaux bleus de ravissants colchiques ;
Peut-être aussi l’espoir d’une herbe rachitique
Se frayant peu à peu un chemin dans le noir ?

L’hiver peut bien pleurer à gros sanglots de glace
Il n’est personne ici qui en ait des regrets !
Le printemps se rapproche, et la vie qui renaît
Sème déjà partout ses minuscules traces.

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Crépuscule en Ubaye

Montagne2

L’automne est presque là, et la soirée est fraîche
Même si la journée fut comme un jour d’été.
La lumière décroît vers les Trois-Evêchés*,
Et ses derniers éclats pétillent en flammèches

Sur les mélèzes roux. Les pentes sont très belles,
Pommelées de vermeil par le soleil qui fond
Tout doux sur l’horizon : un gros soleil tout rond
Qui éteint lentement ses blondes étincelles

Dans le ciel griffuré par la lumière fauve ;
Un soleil découpé, hachuré par les dents
De la montagne au loin. Les pics noirs au Couchant
Disparaissent au creux de la pénombre mauve

En fondant peu à peu, avalés par la brume.
L’astre-roi n’est plus rien, plus qu’à demi-mangé
Par la montagne aiguë ; un mi-soleil rongé
Par la nuit qui s’en vient. Un grand croissant de lune

Vient juste d’apparaître en plein mitan du ciel.
Il ne subsiste plus qu’un halo de lumière
Sur l’écume mousseuse et bleue de la rivière
Que la lune effilée marbre de reflets miel.

*Sommet des Alpes de Haute-Provence

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