Archives pour la catégorie “La Haute Provence”

Poème illustré par :
Pierre Roudier
C’est un torrent fougueux tout hérissé de glace
Dont on a oublié qu’un jour il fut de l’eau.
Raidi et pétrifié sous une carapace
Dure comme l’acier, il chute de là-haut,
Dégringolant à pic en mille pendeloques
Sur les rochers tordus où il court en été…
Puis un beau jour de mars apparaissent des cloques
Sur l’eau fossilisée complètement gelée ;
Il fait un peu moins froid. Peut-être le printemps,
Se réveillant enfin après des mois d’attente ?
Des gouttelettes sourdent du roc noir et blanc,
Et bientôt un filet d’eau claire et bondissante
Bondit furieusement de rocher en rocher.
C’est d’abord un glouglou, puis le rugissement
De l’eau débarrassée de sa gangue glacée.
Le torrent délivré fait entendre son chant.
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Un brave homme d’antan, Eloi le charretier,
Grommelait chaque fois qu’il devait emprunter
Un chemin caillouteux au-dessus de Vachères* :
Ca le faisait pester, tout comme ses confrères
Qui y devaient passer. Surtout ce coin maudit
En haut de la colline ! Ils ne le franchissaient
Qu’après cris et jurons : la maudite anicroche,
C’était l’affleurement d’une satanée roche !
Un jour les charretiers enfin se décidèrent
A la déraciner ! Aussitôt ils creusèrent,
S’échinant et soufflant comme taureaux en rût…
Puis ils restèrent cois, croyant avoir trop bu :
Voici qu’apparaissait une tête de pierre,
Puis un homme en entier, couché face à la terre !
De l’époque d’Auguste ! Un beau soldat romain
Tout armé, réaliste, auquel ne manquait rien
Qu’un minuscule bout de son nez vénérable !
Un bel homme, ma foi ! A l’air grave et aimable,
Un vrai Celto-Ligure, au collier bien gaulois,
Un peu échevelé ! Ainsi que notre Eloi,
Ebahi, bouche bée comme ses compagnons…
Et la statue s’en fut au musée d’Avignon !
*Poème dédié au village de Vachères
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Cinquante ans aujourd’hui ! L’énorme château d’eau
De toute la Provence est un long lac turquoise ;
Bien loin de la folie qui en fit un fléau,
Il a abandonné la colère sournoise
Des rus tumultueux dévalant des sommets
Et qui emportaient tout dès le premier orage.
C’est un grand réservoir de rivières calmées
S’écoulant lentement vers le mur du barrage.
Dès qu’elles fusionnaient, l’Ubaye et la Durance
Etaient toute-puissance et leur flot déchaîné
Devenait un torrent boursouflé de violence
Traînant derrière lui la mort dans la vallée.
C’est désormais un lac vraiment civilisé !
Le vent qui y éclôt et par monts et par vaux
Propulse des bateaux aux voiles dilatées,
En coulant des versants qui plongent dans les eaux.
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C’est après une pluie de curieux météores
Que l’orfèvre Vincent trouva de jolies pierres : (1)
Des étoiles de roche, une aubaine, un trésor !
Aux environs de Digne, épandus sur la terre,
C’étaient de vrais bijoux finement ciselés !
Puis il devint évêque… Un jour une donzelle
S’en vint le supplier : son jeune fiancé,
Emprisonné forclos par le sieur de Niozelles
Qui réclamait rançon, ne le pouvait payer :
Un tribut bien trop lourd pour les deux jeunes gens !
Assemblant ses étoil(es), Vincent fit un collier,
Qu’il s’empressa d’offrir à la femme de Jean
N’en croyant pas ses yeux : c’était une merveille !
Les étoiles serties dans l’or et dans l’argent
Faisaient de ce sautoir un bijou sans pareil !
Le seigneur l’accepta, on libéra l’amant…
(1) En réalité, c’étaient des pentacrines, c’est à dire des fossiles marins !
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Au début du mois d’août, on fête les vingt ans
Du départ de Hubble, happé par les étoiles.
Allons sur le Peynier au-dessus de Curbans
Pour être tout là-haut et pour mettre les voiles
Vers l’Univers offert à ses adorateurs.
Le temps est sans nuage et la nuit sera claire ;
La corne de la lune apparue tout à l’heure
S’est mise au diapason de cet anniversaire.
Allongeons-nous ici pour contempler le ciel,
Tentons de discerner une autre galaxie…
Oh ! voici Andromèd(e) ! Passe moi les jumelles
Pour que je la vois mieux, flottant dans l’infini…
Fais un voeu car j’ai vu une étoile filante
Que je veux partager avec toi cette nuit !
Notre Terre n’est rien et la vie n’est qu’attente ;
Viens au creux de mes bras : nous sommes si petits…
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La vallée de l’Ubaye est blanche,
Argentée sous son ciel qui penche
Au-dessus des toits ouatés ;
Elle est feutrée, immaculée,
Etrangement silencieuse.
Les branches biscornues des yeuses
Du jardin sont capitonnées
D’un capulet couleur de lait
Et, sur le chemin, des congères
Ont été sculptées par l’hiver,
Talus bien ronds et potelés
Qui commencent à s’effondrer.
On ne l’attendait pas encor,
Ce tapis blanc, couleur de mort !
On n’a pas vu passer l’été…
Les toits bien encapuchonnés
Font le dos rond sous l’édredon
Trop neuf qui s’affaisse et qui fond :
Pourtant le soleil est bien terne
Puisqu’il vient de se mettre en berne !
La vallée de l’Ubaye est blanche
Et son ciel grisailleux se penche
Sur le village somnolent.
Oh ! Il est bien loin, le printemps…
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Poème illustré par :
Peinture par Christian Guinet
www.peintre-couleur.com
Il a tellement plu cette dernière année
Que la montagne est verte. Et l’ardeur de l’été
N’en a pas desséché les pentes en déclive
D’où dévalent d’aplomb des cascades d’eau vive.
Les versants sont vert tendre et pâle. Y sont piqués
Des mélèzes tout droits émeraude foncé :
Le contraste est superbe; il est presqu’irréel
Sous le bleu éclatant et dru tombant du ciel.
Empli jusqu’à ras bord, le lac de Serr(e)-Ponçon
Est turquoise et limpide, enchâssé dans les monts
Vert tendre et vert foncé se mirant dans ses eaux.
Le décor est si beau qu’on dirait un chromo
Et seul un très grand peintre a osé les couleurs
Offertes cet été à la montagne en fleurs.
Car qui pourrait ainsi la peindre aussi clinquante ?
Vert tendre et vert foncé piquetés d’amarante…
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Agrippés à la pente on ne sait trop comment,
Des villages perchés sont suspendus au flanc
De la montagne abrupte et presque inaccessible.
Comment donc ont-ils fait ? Comment est-il possible
Que des Humains aient pu accrocher leur village
Sur ce versant pentu, si proche des nuages
Que son clocher aigu semble s’y arrimer,
Le coq rivé au ciel et la base au rocher ?
La vallée est riante et propice à la vie :
Pourquoi tous ces efforts ? Pourquoi avoir gravi
Ces pentes insensées pour ainsi s’y plaquer
En surplomb sur le vide ? Pourquoi tant endurer
Et s’installer ici, collés à la paroi
Au gris vertigineux ? D’où venait cet effroi
Qui les poussa alors vers un monde inhumain ?
Pour être à tout jamais au plus près du Divin ?
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Poème illustré par :
Colette Lamarque
www.encadreurdart.com/colette_lamarque.htm
Il a du soleil dans les doigts,
De la lumière qui ravaude,
Qui réchauffe et qui raccommode
Tous les perclus, les « de guingois ».
Réparateur des gens cassés,
Des ratés et des mal-aimés
Qui sont éclopés par la vie,
Il malaxe, il masse et pétrit
Les dos cassés, les coeurs tout gris,
Du petit matin à la nuit.
Un grand vieillard – ange peut-être ?
Et dispensateur de bien-être
Qui vit non loin de La Brillanne
Dans un coin perdu de montagne
Où galopent ses quelques chèvres.
Il soigne les maux et les fièvres
Avec des herbes frais cueillies
Tôt le matin au saut du lit.
Le soleil fait briller ses yeux
Chauds et pétillants, et si bleus
Qu’ils rafistolent corps et coeurs.
Un distributeur de bonheur,
Que ce vieillard tout rayonnant
Aux mains d’or et aux doigts d’argent !
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Poème illustré par :
Gilbert Thomas
www.gilbthomas.blogspot.com
Assis le coeur serein tout en haut de l’alpage,
Il contemple plus bas une mer de nuages
Aussi dense et bouclée que la mer écumeuse.
Il a enfin compris combien sa vie heureuse
Est toute plénitude. Il ne peut que prier
Devant un tel spectacle, face à tant de beauté !
Prier il ne sait qui, mais entr’ouvrir son coeur
A cette perfection qui donne un tel bonheur.
Peu à peu cependant le voile se déchire,
Crevé par les sommets. Et la lumière vire
Entre les pans brumeux qu’elle semble dissoudre.
Des lambeaux filandreux se dissolvant en poudre
De soleil et de gel brillent autour de lui.
C’est le début du jour et la fin de la nuit.
Au Levant disparaît une dernière étoile.
La vallée apparaît. La mariée se dévoile…
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Poème illustré par :
Martine Tron
www.mm-saudade.com
Si le vieux Guy Lestrousse est très fier de l’armoire
Trônant majestueuse au milieu du séjour,
Il déteste conter que c’est un jour sans gloire
Que sa famille l’acquit en de très anciens jours…
Au dessus de Mison se dresse un grand rocher
Circulaire et très haut, et qui surplombe à pic
Le Buëch et sa région ; un mur déchiqueté
Où l’on avait construit un château hiératique
Qui protégeait la ville au fond de la vallée :
Un énorme gardien soucieux de sa quiétude,
De sa sérénité, un bon millier d’années…
A la Révolution il fut brisé, broyé !
Avant de le livrer stupidement aux flammes,
On se départagea vaisselle et mobilier.
Rendus fous par la haine, enfants, hommes et femmes,
Se démenèrent tous pour le mieux disloquer,
Puis l’on jeta au Buëch les tous derniers morceaux !
Le vieux Guy n’est pas fier face à tant de sottise,
Celle de ses aïeux ! Mais le meuble est si beau
Qu’il ravale sa honte et oublie leur bêtise…
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Poème illustré par :
Wilga Lerat Guy
www.wilga.over-blog.com
L’air est doux, si léger qu’on ne pèse plus rien !
On est comme une bulle, on se sent aérien,
Il n’est nulle raison qui peut nous empêcher
De voltiger dans l’air comme fleurs de pêchers,
Comme des papillons ou comme les aigrettes
Des pissenlits costauds qui poussent sur la crête
De la Rente là-haut. Il fait bleu, il fait doux ;
Nous allons prendre appui sur le bord du baou
Et puis nous envoler au-dessus des sommets ;
Nous avons un peu peur mais il faut y aller…
Mille « hourrah ! » : nous flottons tout comme les flocons
De la neige en hiver. Miracle ! nous volons ;
Nous avons accompli notre rêve insensé,
Aidés par le Génie qui aide les cinglés !
Nous planons insouciants comme ce gai printemps,
Tels de grands oiseaux bleus emportés par le vent
Qui nous pousse en douceur du côté de Praloup.
L’air pur de la montagne est goûteux et très doux,
Nous menant sans problème ainsi que feuilles mortes
Au loin vers l’Italie : Eole nous y porte !
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Poème illustré par :
Martine Tron
www.mm-saudade.com
C’est en plein coeur de la montagne
Qu’elle vit, là-haut, au fronton
De grands rochers ; et Sisteron
N’est pas bien loin de sa campagne.
Au bout de ses doigts ? Des pinceaux !
De l’or en coule, et des couleurs
A vous faire battre le coeur
Tant en palpitent ses tableaux !
Vie et beauté, talent, amour !
Elle aime les gens, la nature
Qu’elle sillonne à l’aventure
Avec ses ânes de velours
Et ses chiens aux abois rieurs.
Elle recherche l’Absolu.
Et s’est enfin résolue
A le trouver, de tout son coeur !
Au fin-fond de Haute Provence,
Elle peint, et ses doigts de fée
Créent paysages et portraits
Avec une aptitude immense.
Mais pas seulement ! Car son âme
Profonde et si fraîche apparaît
Sur ses toiles où transparaît
Un peu d’ombre cernée de flammes…
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Autrefois à Riez au temps de Pentecôte
Avait lieu au village une fête guerrière :
Simulacre couru par la région entière
Vaguement au courant d’une histoire vieillotte
Presqu’oubliée de tous mais à commémorer.
Après avoir construit une sorte de Fort,
On formait donc deux camps : les Chrétiens et les Maures ;
Les bourgeois du pays jouaient les chevaliers ;
Quant aux faux Sarrazins portant une cocarde,
Ils y étaient parqués pour subir les assauts
Des autres villageois. Cachés par des rameaux,
Ils s’y tenaient terrés pour la grande Bravade.
La poudre tonnait donc à pleins barils entiers ;
Tous les belligérants y allaient de bon coeur,
Evitant cependant l’abominable erreur
De blesser ou tuer un autre… « pour de vrai » !
Quand le Fort était pris, on y mettait le feu ;
Puis les Maures vaincus étaient faits prisonniers
Et menés à grands cris harnachés et liés
Jusqu’au coeur de Riez, déconfits et honteux,
Et tout se terminait par un joyeux banquet …
On montait le lundi auprès de saint Maxime
Pour le remercier d’être aussi magnanime
Et d’avoir évité que quelqu’un fût blessé.
En lui couvrant le chef de son propre bonnet,
Le Commandant d’alors nommait son successeur ;
Si l’homme était d’accord, il tirait plein d’ardeur
Un grand coup de fusil qu’on appelait : « le pet » !
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Poème inspiré par :
Jean Rajaud
http://lepeintre71.e-monsite.com
Adossé à la pente, un chalet au toit gris
Est enfoui parmi de hautes herbes folles
Qui y ont accroché comme des girandoles.
C’est un endroit désert niché dans les taillis,
Où nul ne vient jamais et où l’on n’entend rien
Que la musique bleue de la brise d’été.
Une combe enchantée ! N’y vivent que les fées
Auxquelles croient encor quelques vieux de Peipin.
Seul un très vieux chemin raboteux, cahoteux,
Y amène parfois un berger du village.
C’est un homme chenu, cabossé et sans âge,
Et sans doute le seul qui n’est pas oublieux
De cet endroit magique non loin de la forêt.
Ce qu’il vient y chercher ? La paix et le silence,
Qu’il ne sait plus trouver en-bas et dont il pense
Que c’est ici qu’ils sont, au creux du vieux chalet.
Il s’asseoit sur le seuil et face aux grands monts bleus,
Il oublie lentement qu’il existe un ailleurs.
L’air qu’il boit goulûment sent le bois et les fleurs,
Et la sérénité l’envahit peu à peu.
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