Archives de catégorie : Hiver

L’arrivée

Dodelinant tout doux, la Méditerranée
Ressemble à un grand lac sous le ciel indigo ;
Un grand lac sans reflets, comme ces marigots
Du fin fond de l’Afrique aux vastes eaux fanées.

Elle est terne aujourd’hui, sans ces vives couleurs
Que lui donne l’été. Un temps sans fantaisie
L’a repeinte de gris, calmant la frénésie
De ses eaux endeuillées où couve le malheur,

Le malheur de ces gens perdus et qui divaguent
Sur des coques de noix, bravant l’immensité.
Elle est calme aujourd’hui, car elle a su dompter
La folie meurtrière engendrée par ses vagues,

Mais demain ? C’est l’hiver. Un mistral fou furieux
Peut bientôt se lever et soulever la houle
En maelström géant ; et la barque qui roule
Tendre soudain sa quille inversée vers les cieux.

Pour le moment, ça va. La mer est bien tranquille
Et là-bas plus au Nord clignotent des lueurs.
Sur l’esquif maintenant l’on a beaucoup moins peur.
Serait-ce l’arrivée ? Peut-être est-ce une ville…

Les flots sous le bateau sont toujours endormis.
Dans le cœur des migrants une énorme espérance
Commence à s’éveiller. Est-ce donc la Provence
Qu’on entrevoit au loin, comme c’était promis ?

Tout est empreint de paix. La côte se rapproche
Et les gens rassurés se sont pris par la main.
Ils ne savent pas trop ce que sera demain
Mais l’espoir est bien là, il faut qu’ils s’y raccrochent.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Hiver, La Provence au coeur, Méditerranée, Questions ? | Un commentaire

Sale hiver…

Sale hiver, con d’hiver ! Je te déteste autant
Qu’un malade chronique honnit sa maladie,
D’autant que tu surgis après la mélodie
D’un automne très doux semblable à un printemps.

L’on t’avait oublié, mais c’était une ruse
Car tu t’étais tapi dans un repli du Temps
Pour en mieux rebondir en te catapultant
D’un océan glacé où poussent des méduses.

Tu as jeté sur nous tes tentacules froids
De pluie, de vent, de gel, de verglas et de neige,
Avec un soleil gris perdu dans un ciel beige
Que nous redécouvrons avec pas mal d’effroi.

La lumière est éteinte au-dessus de Marseille.
La mer que j’aime tant est grise, et le mistral
La creuse en la giflant, impérieux, magistral,
Comme il l’est quelquefois quand son souffle balaye

Les vagues déchaînées sans cesser de mugir.
Oui, l’Hiver, je te hais. Par bonheur j’ai la chance
De vivre en un pays merveilleux, la Provence,
Que tu n’apprécies pas. Mais où tu vas surgir

Car cela t’est dicté, tu dois suivre la règle
Faire subir à tous ton horrible carcan.
Non, non, jamais le temps ne se vend à l’encan :
Le code est imposé – même s’il se dérègle !

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Hiver, Marseille, Méditerranée | Laisser un commentaire

Là-haut sur la montagne…

« Là-haut sur la montagne il est un vieux chalet ».
Connais-tu la chanson ? On la chantait petits,
Bien avant que le temps n’ait tout anéanti
De ces burons anciens maintenant affalés

Comme des tas de pierre encombrant les alpages.
Pas seulement le temps ! Les Humains et l’oubli ;
L’oubli des traditions, d’un passé aboli
Par un progrès captieux et son mauvais usage…

Au printemps, les bergers venaient s’y réfugier
En compagnie d’un chien pour garder leurs brebis.
Ils restaient là des mois. Un long exil subi,
Mais telle était leur vie. Sans jamais sourciller.

En hiver, recouverts par un monceau de neige,
Ces burons sommeillaient, tout encapuchonnés ;
Et le gros édredon boursouflé leur donnait
L’aspect d’igloos d’ailleurs, là où le ciel est beige

Presque en toute saison. Mais l’été les pastours
Dormaient tout habillés sous le ciel étoilé,
La tête sur leur chien ; et le pâle reflet
De la lune éclairait les pâtis alentour.

C’étaient des temps anciens. Et la plupart du temps,
Les burons aujourd’hui ne sont plus que décombres
Fréquentés par le vent et les très vieilles ombres
Diaphanes et fanées des pastoureaux d’antan.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Hiver, La Haute Provence, Le soleil-lion, Printemps | Laisser un commentaire

La vie en berne

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

Quelle est cette saison où la vie est en berne,
Quand le jour obscurci est si semblable au soir ;
Quand les arbres sont nus, dressés vers le ciel noir ;
Quand, caché dans l’Ailleurs, notre soleil hiberne ?

Quelle est cette saison que n’aiment point les vieux
Parce qu’ils y ont froid et qu’ils se ratatinent ;
Quand les oiseaux frileux ne chantent plus mâtines,
Quand le jardin est gris sous son manteau pluvieux ?

Quelles sont ces saisons ? C’est l’hiver et l’automne,
Si tristes toutes deux qu’elles ne font plus qu’un
Dans la désolation. Un temps terne où chacun
Se désole tout bas de la clarté atone

Du soleil épuisé qui lentement se meurt.
Quelle est cette saison pour le moins mortifère
Où j’ai surtout envie… de ne surtout rien faire
Pour me bouger un peu, sortir de ma torpeur ?

Cela dure trois mois, un bon quart de l’année !
Un bon morceau d’automne et un grand bout d’hiver :
Pour nous dans le Midi, un avant-goût d’enfer !
Une période grise aux nuances fanées…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Automne, Chez nous, Hiver | Laisser un commentaire

Eh bien, oui, c’est l’hiver…

Poème illustré par un tableau de :
Yves Lallemand

Eh bien, oui, c’est l’hiver en ce jour de printemps !
La neige, le verglas et le froid s’y invitent
Bien qu’on soit le vingt mars ! Puisse le Temps très vite
Remettre un peu plus d’ordre dans ce dérèglement !

Les fleurs qui peaufinaient leur jolie collerette
Devraient se résigner, ou elle paieront cher
Leur manque de soupçons vis à vis de l’hiver
Qui, tapi dans un coin, n’a qu’une idée en tête :

Détruire toute vie qui a décidé d’être
Et de s’ouvrir au jour. Quant à vous, les bourgeons,
Bien recroquevillés et lovés tout au fond
De votre chaud cocon, mieux vaudrait ne point naître

Ou du moins, pas encor : la menace est énorme
Et le risque trop grand ; attendez un moment,
Le printemps reviendra ! Même si le Temps ment,
Il devra malgré tout se conformer aux normes…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Chez nous, Hiver, Printemps | Laisser un commentaire

La neige en pointillé…

Poème illustré par un tableau de :
Zvonko Sigetic

La neige en pointillé, qui voltige et qui danse,
Boursoufle les flancs gris du triste* et vieux Cimet.
Mais comment se peut-il qu’aussi léger duvet
Réussisse à gonfler avec tant de patience

Ces lignes ébréchées, tortueuses et noires,
Leur donnant un aspect un peu moins hérissé?
Des flocons si ténus, aptes à tapisser
Un paysage entier d’une moquette ivoire !

Ils ont tout recouvert, malgré l’insignifiance
De leur taille modeste, et ils ont arrondi
Tout le panorama d’ici jusqu’au Midi,
S’agglutinant entre eux. Modèles d’insouciance,

Ils semblent nonchalants, destinés à la danse.
Voletant dans l’air bleu, ils valsent lentement
Ballottés par le vent. Et insidieusement,
Il se muent en tapis sans qu’on en ait conscience.

Bientôt un édredon curviligne emmitoufle
Les vieux chalets épars au long des chemins creux,
Jusqu’à ce qu’amollis, les flocons moins nombreux
Freinent leur chute ailée pour mieux reprendre souffle.

La lumière fleurit. La montagne est si blanche
Qu’elle semble éclairer le ciel bleu outremer
Tellement calme et pur qu’on va aimer l’hiver !
Un choucas s’est posé sur un sapin qui penche…

* A cause de l’avion d’air France qui s’y crasha le 1 septembre 1953 : 42 morts !

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Hiver, La Haute Provence | Laisser un commentaire

Bleu-mistral

Ah ! S’il n’y avait pas cet assommant mistral,
Nous mènerions ici une vie idyllique !
Déferlant de là-haut jusques au littoral,
Il déboule chez nous en tyran colérique

Et nous excède tous avec sa véhémence !
Décrit par les Anciens – presque mis à l’index !
Comme un des trois fléaux ravageant la Provence :
Le mistral, la Durance et le Parlement d’Aix,

Il nous casse les pieds hier comme aujourd’hui !
Ses saisons préférées ? Le printemps et l’automne,
Et puis l’hiver, bien sûr… Et les beaux jours aussi !
Car sachez, bonnes gens, que ce fichu béjaune

Peut se manifester dès qu’il en a l’envie.
C’est un caractériel, il souffle quand il veut…
Il préfère pourtant, plus souvent, prendre vie
Quand il fait froid au Nord. Rarement quand il pleut :

Le bougre n’aime pas bosser les pieds mouillés,
Il aime son confort, une terre très sèche.
Mais félicitons-le quand le ciel barbouillé
Retrouve sous son souffle une nuance fraîche,

Un bleu tonitruant déclamant à tue-tête
Sa joie d’être en Provence. Il possède au moins ça :
Le pouvoir d’expulser à grands coups d’époussette
Tout nuage perdu qui vogue ci et là !

Car ce vent irritant est un grand inventeur
Qui nous a concocté un bleu incomparable :
Bleu-mistral presque sombre, incroyable couleur
Tellement absolue qu’elle est invraisemblable…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Automne, Chez nous, Hiver, La Provence au coeur, Printemps | Laisser un commentaire