Archives pour la catégorie “Hiver”
Publié par Vette dans Automne, Hiver

Poème illustré par un tableau de :
André Blavier
www.andreblavier.be
Il n’y a plus d’ailleurs. L’horizon est bouché
Par un grand pan de brume, et les arbres tronqués
Ne sont plus que des traits gris et fantomatiques ;
Nous sommes enfermés par le mur chlorotique
D’un brouillard étouffant qui nous rend claustrophobes.
On est comme encerclés ; le monde se dérobe,
Mangé par un rideau d’air opaque et glacé.
Nous voici isolés et tout claquemurés,
Privés de vue, de ciel, de lumière… Oh ! ce gris
Uniforme et poisseux, et qui a affadi
Les couleurs tape-à-l’oeil et crues de la Provence
Soudain débarrassée de toutes ses outrances !
On est sous un couvercle et l’on respire mal.
Le soleil n’est plus là, et le monde est si pâle
Qu’on oublie qu’il put être un jour enluminé.
Un microcosme éteint, lugubre et confiné…
Si cela continue, on n’y verra plus rien !
Le brouillard couvre tout, et le fond du jardin
A même disparu, magiquement gommé.
L’empire de la brume est le monde des fées…
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Poème inspiré par un tableau de :
Michel Trapezaroff
www.trapezaroff.com
On est bien embêtés : il y a tant de neige
Qu’on ne peut plus ouvrir la porte du chalet ;
Car elle est si épaisse, il en est tant tombé
Qu’on se dit que janvier cette fois-ci galège !
Les vitres embuées à moitié obstruées
Ne laissent plus passer qu’une grise lumière !
Quelle étrange impression ! Et le monde au travers
N’est plus qu’un infini de blanc immaculé.
Il en est bien tombé un mètre dans la nuit !
Il va falloir creuser, nous frayer un chemin
Qui nous ramènera au monde des Humains.
Nous nous sentons bien seuls : nous ne sommes ici
Que deux petits points noirs dans une immensité.
Le silence est si fort qu’on entend nos coeurs battre ;
Mais il ne faut surtout pas qu’on se laisse abattre
Par la peur peu plausible d’être abandonnés !
Creusons, creusons encor pour nous désembourber
Et atteindre la route un peu plus accessible.
Toute drapée de blanc, la montagne est paisible
Sous son manteau laiteux… tellement désiré !
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La Provence est gelée, il fait vraiment très froid.
On en est sidérés, n’ayant jamais vu ça
Depuis des décennies. Tout recroquevillés,
On est paralysés, presque terrorisés
Car ce n’est pas normal. On nous a pourtant dit
Que c’est dû à l’air froid venu de Sibérie.
Peut-être ! Mais vraiment l’on n’en a rien à faire ;
La Russie peut garder son effroyable hiver !
On chauffait tant et plus jusqu’à ce qu’EDF,
Alléguant que ce temps ne saurait qu’être bref,
Exhortât ses clients à plus d’économie.
N’usant plus du courant qu’avec parcimonie -
Si nous ne voulions pas nous voir soudain plongés
Dans un monde infernal sans électricité -
Nous obéîmes donc : une lampe à la fois ;
17° partout bien qu’on pelât de froid ;
Pas de trop gros moteurs, surtout pas de machines ;
Les chambres dans le noir ; beaucoup de discipline !
Patience, les amis : nous étions vulnérables
Mais, malgré ces tracas, vraiment presqu’admirables !
On marchait sur un fil quand la mère Antoinette
Eprouva le besoin de se rendre aux toilettes.
Une pression ténue sur un interrupteur…
Qui fit tout disjoncter ; et lors ce fut l’horreur
Car ce tout petit clic fut une extravagance !
De Marseille au Vaucluse, à la Haute-Provence,
De Nice à la Camargue, on plongea dans la nuit :
Un tintouin inouï juste pour un pipi…
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Publié par Vette dans Hiver

On n’a pas eu d’hiver… et voici le printemps !
La Nature affolée ne sait où elle en est
Car ce n’est pas normal. Nous, nous sommes contents
D’avoir ainsi coupé aux maux et aux méfaits
De décembre et janvier… On est mi-février
Et le Midi se chauffe aux tout premiers rayons
D’un soleil fort gaillard qui s’est revigoré,
Sans le gel et le froid de la male saison.
C’est le printemps, youpee ! Et l’on commence à faire
Moult et moult projets concernant le beau temps :
Balades et picnics… Foin des habits d’hiver !
On se prépare tous à fêter le printemps…
Mais on était naïfs et il nous a bien eus,
Ce fichu ciel farceur qui nous a mystifiés !
Depuis tôt ce matin une brumasse englue
La Provence endormie sous un linceul épais ;
Ecloses bien trop tôt, les fleurs du cerisier
Pendouillent tristement ; même le forsythia
Trop vite épanoui souffre de la gelée :
Le froid a dépecé ses bourgeons délicats.
On glisse tant et plus dans la neige fondue
Tombée pendant la nuit. On patine, on frissonne,
On grelotte, on gémit : l’on n’en peut vraiment plus !
Et sur nos faux espoirs un triste glas résonne…
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Nous sommes en janvier. Où est passé l’hiver ?
Il fait tellement beau qu’il se peut que la terre
Ignore cette année qu’existent les gelées,
La neige, le verglas : toutes joyeusetés
Que la rude saison aime nous concocter !
Mais il semblerait bien qu’on nous ait oubliés…
La Nature divague d’erreur en erreur,
Tellement perturbée qu’il n’y a pas deux heures
Un oiseau farfelu et un brin insouciant
S’est mis à entonner une trille de printemps !
Un mirage emplumé, un joli mésangeau
Qui s’essayait au chant, perché sur un rameau
Pointillé de bourgeons tout aussi optimistes ;
Car je pourrais ici amorcer une liste
De signes printaniers, tous bien trop en avance.
Petit écervelé, tu n’as pas une chance !
Retourne te cacher, nous sommes en hiver !
Même si le Midi semble se mettre au vert,
Il peut soudain geler et tu prends de grands risques !
Il reste trois longs mois ! Regarde donc le disque
Du soleil hivernal, si net, si gros, si rouge :
C’est le signe absolu qu’il faut que tu te bouges
Pour aller te cacher dans un trou bien douillet.
L’hiver est encor là, le froid est aux aguets…
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Publié par Vette dans Hiver

Poème illustré par un tableau de :
William Turner
(1775-1851)
Depuis des jours, depuis des nuits,
Le vent mugit à la folie !
Ses rafales montent, descendent,
En se succédant sur la lande
Comme des hordes en furie.
Tout ce chahut et tout ce bruit,
Depuis des nuits, depuis des jours…
Va-t-il gueuler ainsi toujours ?
Car même au creux de nos maisons,
Tous volets clos, nous entendons
Ses bataillons qui se déchaînent,
Vocifèrant à perdre haleine
Sous l’immense ciel bleu foncé.
La terre tremble, épouvantée ;
Pas un temps mort, pas une pause
De ces tourbillons qui explosent
Sur la Provence médusée
Qui n’en peut plus de s’étonner :
Elle connaît bien son mistral
Mais cette fois, c’est anormal
Qu’il dure ainsi aussi longtemps.
Elle n’est plus que vent, que vent
Qui brutalise et qui secoue
Le Midi, à le rendre fou.
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C’est un arbre très vieux au fond du cimetière,
Qu’on planta vers l’an mil ; sa silhouette sombre
Ombrage depuis lors le royaume des ombres
Où son tronc torturé dressé vers la lumière
Lance vers le ciel bleu son feuillage éternel.
C’est l’arbre de la mort. A la mort du soleil,
Il est pourtant couvert des arilles vermeilles
Qui en ont fait l’aïeul des arbres de Noël,
Le parant de rubis pour accueillir l’hiver.
Mais lui-même est poison – sauf au coeur de ses fruits -
Toxique et vénéneux, qui cependant détruit
Les horribles rejets de l’immonde cancer !
Car s’il est venimeux, il est aussi sauveur :
Un remède-poison… Fait de mort et de vie,
C’est un arbre très vieux poussant non loin du Muy,
Et qui semble oublier que même les ifs meurent…
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Poème illustré par :
Malepère
www.galerie-peintures.com
Oui ! S’il n’en reste qu’un, il* sera celui-là :
Le dernier à l’attendre et à la désirer,
Cette garce de neige, ardemment espérée
Par ces skieurs accros complètement fanas
Et dont le coeur palpite au tout premier flocon !
Quand la couche escomptée sera assez épaisse,
Ils vont tous déferler vers leurs chers tire-fesses
Du fin-fond de Marseille et autres lieux abscons !
Ils vont tout lui salir, l’embêter sans arrêt !
« Oh ! monsieur le Concierge, il y a une fuite !
L’ascenseur est en panne ! Pourriez-vous tout de suite
Me montrer dans l’appart où sont les robinets ? »
Enchastrayes est en paix depuis la mi-septembre !
Et l’hiver est si beau qu’il serait épatant
Sans ces foutus raseurs que sont tous ces clients…
Mais ce sera l’horreur dès le mois de décembre
Quand ils vont envahir son immeuble nickel !
Ces saletés partout, ce manque de respect,
Ces folles cavalcades dans les escaliers !
Oh là là ! S’il pouvait s’enfuir à tire-d’aile
Vers ces pays lointains où c’est toujours l’été…
Oublier les skieurs, ce tintouin, le ménage,
Ces gens désobligeants et ce remue-ménage !
Broyant pas mal de noir, il s’est mis à rêver…
*Pour Gérard M.
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Dans une grotte du Chiran
Vit une belle dame blanche,
Au noir pays des avalanches,
De la brume grise et du vent…
Elle est mélancolique et pâle ;
Une grande et mince sylphide,
Avec de longues mains livides
- Couleur de mort, couleur d’opale -
Qu’elle secoue de temps en temps
Au-dessus de la vallée morte :
Des plumes que la bise emporte
Volettent alors en valsant,
Puis se posent sur le sol gris.
Mais la dame est fort capricieuse,
Et lorsqu’elle est d’humeur boudeuse,
D’un coeur trop léger elle oublie
Que, si l’hiver lui prête vie,
C’est pour créer ce sortilège.
Dame du froid, reine des neiges,
Il te faut donc et à tout prix,
En te faisant aider du froid,
Couvrir de ta manne sacrée
Le sol ingrat de la vallée
Dont l’hiver doit être le roi.
Nous attendons le vol ailé
De tes flocons qui, en dansant,
Piquettent l’air de points d’argent.
Tu ne peux nous abandonner…
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Poème illustré par une aquarelle de :
Roger Gobron
(1899-1985)
www.rogergobron.com
Est-ce la Guadeloupe ou bien Barcelonnette ?
Bien qu’on soit fin-novembre, il n’y a pas de neige ;
Et les gens de l’Ubaye font une triste tête
Car leur petit magot, lourd d’or bien blanc, s’allège
Dès que l’hiver hésite à s’installer chez eux !
Contrairement à nous, ils aiment ces ciels gris
Tout gonflés par la neige. Et ils ne sont heureux
Que lorsqu’on ne peut plus que circuler à skis !
Le Sauze est tristounet, mouronneux à souhait ;
C’est pareil à Praloup ! Ô sainte Météo,
Ne pourrais-tu vraiment pas nous expédier
Un mètre de poudreuse, en suppliant là-haut ?
Même s’il neige enfin, on se fait du souci
Car on a l’impression que s’allonge la liste :
Stocker et compacter, damer toutes les nuits…
Va-t-on avoir le temps de préparer les pistes ?
Mais le temps est radieux, le ciel bien trop parfait
Immuablement bleu ! Nuages, s’il vous plaît,
Venez sur la vallée, la bedaine gonflée
D’une neige si drue qu’on sera submergés !
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Publié par Vette dans Hiver

Mon Dieu, quelle heure est-il ? Est-il déjà si tard ?
Comment est-ce possible ? Il est cinq heur(e)s un quart
Et les toits imprécis sont gommés par la nuit !
Le ciel gris s’est éteint, où le soleil pâli
N’est plus qu’un lumignon au ras de l’horizon.
Nous sommes fin novembre, une morne saison
Qui détruit chaque jour un peu plus la lumière :
Le temps noir de la mort, un temps qui désespère
En donnant l’impression de se ratatiner.
Le matin, c’est pareil ; c’est dur de se lever
Quand la nuit entêtée qui s’accroche et s’étire
S’obstine impudemment et ne veut plus partir.
Et pendant plus d’un mois le jour va décliner…
La lumière ternie et comme effilochée
Va être encor rongée par l’hiver trop vorace.
Mais l’on ne peut qu’attendre que lentement passe
Le mois le plus lugubre de toute l’année.
Ses jours sont bien trop courts ! Longues sont ces soirées
Où l’on ne songe plus qu’à rester bien au chaud.
La Provence frileuse a mis son paletot…
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Publié par Vette dans Hiver

Poème illustré par un tableau de :
Rinat Animaev
www.animaev.net
Les beaux jours sont finis. Le ciel est tristounet,
Triste dôme grisâtre au-dessus de la plaine ;
Car le soleil a mis une petite laine,
Pâle tel un zombie et comme édulcoré.
Le matin il fait froid ; là encor, c’est sa faute
Car il se lève tard, prisonnier de la nuit
Et de l’hiver tout neuf et costaud qui rugit.
La Provence glacée qui souffre sous leur botte
L’implore haut et fort de venir réchauffer
Ses antiques cités et ses rudes garrigues.
Mais c’est un grand sans-coeur. Prétextant sa fatigue,
Il reste bien planqué derrière ses nuées,
Presqu’éteint, avachi. Ses rayons sont en berne ;
Il attend le printemps pour se revigorer
Et retrouver enfin son joli teint doré.
L’astre-roi en hiver est minable et bien terne.
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Poème illustré par un tableau de :
Dany Wattier
www.danywatt.com
Hélas ! C’était trop beau pour durer plus longtemps :
Novembre est presque là. L’on en était encor
A vaquer les bras nus et à flâner dehors
Comme au mois de septembre ! Et voici que le vent
S’est soudain souvenu qu’on était en hiver :
Comme il fait froid au Nord, il vient de s’éveiller
Et déferle chez nous, ne cessant de hurler
Et de s’époumonner ! Mon Dieu, quelle misère…
Huit degrés, nous dit-on ? Mais non, il fait plus froid !
C’est du moins l’impression que donne le mistral
Quand il nous dépossède à grands coups de rafales
De tièdes calories ! Dès qu’il vibre et tournoie
Autour de nous, dément comme un grand vautour noir,
Nous sentons tous nos os se recroqueviller
Tant soudain il fait froid, tant son souffle est glacé !
Le mistral en hiver a tout d’un repoussoir !
Mais demain il mourra, vaincu et amoindri
Par ses propres excès, pour nous laisser goûter
Au doux temps de Provence et même au presqu’été !
La Provence sans vent serait un paradis…
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Une étrange lumière, une lumière bleue
Sourd de la neige épaisse et fraîchement tombée
Sur Jausiers assoupi. C’est bizarre, on dirait
Qu’elle est née du sol même ! Un halo fabuleux
Cerne les toits tout blancs aux contours arrondis,
Faisant du vieux village une carte postale :
Un décor de Noël, une image hivernale
Qu’on n’oserait décrire en la peignant ainsi !
On dirait que la neige absorbe tous les bruits ;
Le silence est total : le silence absolu
D’une nuit de novembre ; et dans le grand ciel nu
Une étoile clignote en grignotant la nuit.
L’épais tapis crayeux encor inaltéré
Est vierge de tout pas et de toute souillure.
Le sol blanc est intact. Pas une flétrissure
N’a encor maculé le village enneigé.
La nuit est calme et froide. Jausiers dort sous la lune,
Comme encapuchonné sous un lourd bonnet blanc.
Derrière les monts noirs le jour nouveau attend.
Dans le ciel bleu foncé voltigent quelques plumes.
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Publié par Vette dans Hiver

Il paraît que certains aiment vraiment l’hiver :
Le froid, le vent, la pluie et les jours brumasseux ?
Mais comment peut-on donc apprécier cet enfer
Quand on vit à Lambesc ? Ne pas être amoureux
De son ciel sans nuage, immuablement bleu…
Ou qu’on voudrait ainsi ! Il faut être pervers
Pour ne pas en jouir, et s’avouer chanceux
De pouvoir savourer une telle lumière.
Oh ! Ces jours bien trop courts où l’on bâille d’ennui
Et ces tristes matins submergés par la nuit !
Cette brume mollasse ombrant le paysage !
Comment donc supporter d’être ainsi engoncés,
Gratouillés dans le cou par d’informes lainages !
Comment peut-on aimer ce temps emmitouflé ?
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