Archives pour la catégorie “Hiver”

La Provence est gelée, il fait vraiment très froid.
On en est sidérés, n’ayant jamais vu ça
Depuis des décennies. Tout recroquevillés,
On est paralysés, presque terrorisés

Car ce n’est pas normal. On nous a pourtant dit
Que c’est dû à l’air froid venu de Sibérie.
Peut-être ! Mais vraiment l’on n’en a rien à faire ;
La Russie peut garder son effroyable hiver !

On chauffait tant et plus jusqu’à ce qu’EDF,
Alléguant que ce temps ne saurait qu’être bref,
Exhortât ses clients à plus d’économie.
N’usant plus du courant qu’avec parcimonie -

Si nous ne voulions pas nous voir soudain plongés
Dans un monde infernal sans électricité -
Nous obéîmes donc : une lampe à la fois ;
17° partout bien qu’on pelât de froid ;

Pas de trop gros moteurs, surtout pas de machines ;
Les chambres dans le noir ; beaucoup de discipline !
Patience, les amis : nous étions vulnérables
Mais, malgré ces tracas, vraiment presqu’admirables !

On marchait sur un fil quand la mère Antoinette
Eprouva le besoin de se rendre aux toilettes.
Une pression ténue sur un interrupteur…
Qui fit tout disjoncter ; et lors ce fut l’horreur

Car ce tout petit clic fut une extravagance !
De Marseille au Vaucluse, à la Haute-Provence,
De Nice à la Camargue, on plongea dans la nuit :
Un tintouin inouï juste pour un pipi…

 

 

 

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On n’a pas eu d’hiver… et voici le printemps !
La Nature affolée ne sait où elle en est
Car ce n’est pas normal. Nous, nous sommes contents
D’avoir ainsi coupé aux maux et aux méfaits

De décembre et janvier… On est mi-février
Et le Midi se chauffe aux tout premiers rayons
D’un soleil fort gaillard qui s’est revigoré,
Sans le gel et le froid de la male saison.

C’est le printemps, youpee ! Et l’on commence à faire
Moult et moult projets concernant le beau temps :
Balades et picnics… Foin des habits d’hiver !
On se prépare tous à fêter le printemps…

Mais on était naïfs et il nous a bien eus,
Ce fichu ciel farceur qui nous a mystifiés !
Depuis tôt ce matin une brumasse englue
La Provence endormie sous un linceul épais ;

Ecloses bien trop tôt, les fleurs du cerisier
Pendouillent tristement ; même le forsythia
Trop vite épanoui souffre de la gelée :
Le froid a dépecé ses bourgeons délicats.

On glisse tant et plus dans la neige fondue
Tombée pendant la nuit. On patine, on frissonne,
On grelotte, on gémit : l’on n’en peut vraiment plus !
Et sur nos faux espoirs un triste glas résonne…

 

 

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

William Turner
(1775-1851)

Depuis des jours, depuis des nuits,
Le vent mugit à la folie !
Ses rafales montent, descendent,
En se succédant sur la lande

Comme des hordes en furie.
Tout ce chahut et tout ce bruit,
Depuis des nuits, depuis des jours…
Va-t-il gueuler ainsi toujours ?

Car même au creux de nos maisons,
Tous volets clos, nous entendons
Ses bataillons qui se déchaînent,
Vocifèrant à perdre haleine

Sous l’immense ciel bleu foncé.
La terre tremble, épouvantée ;
Pas un temps mort, pas une pause
De ces tourbillons qui explosent

Sur la Provence médusée
Qui n’en peut plus de s’étonner :
Elle connaît bien son mistral
Mais cette fois, c’est anormal

Qu’il dure ainsi aussi longtemps.
Elle n’est plus que vent, que vent
Qui brutalise et qui secoue
Le Midi, à le rendre fou.

 

 

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Poème illustré par :

Malepère
www.galerie-peintures.com

Oui ! S’il n’en reste qu’un, il* sera celui-là :
Le dernier à l’attendre et à la désirer,
Cette garce de neige, ardemment espérée
Par ces skieurs accros complètement fanas

Et dont le coeur palpite au tout premier flocon !
Quand la couche escomptée sera assez épaisse,
Ils vont tous déferler vers leurs chers tire-fesses
Du fin-fond de Marseille et autres lieux abscons !

Ils vont tout lui salir, l’embêter sans arrêt !
« Oh ! monsieur le Concierge, il y a une fuite !
L’ascenseur est en panne ! Pourriez-vous tout de suite
Me montrer dans l’appart où sont les robinets ? »

Enchastrayes est en paix depuis la mi-septembre !
Et l’hiver est si beau qu’il serait épatant
Sans ces foutus raseurs que sont tous ces clients…
Mais ce sera l’horreur dès le mois de décembre

Quand ils vont envahir son immeuble nickel !
Ces saletés partout, ce manque de respect,
Ces folles cavalcades dans les escaliers !
Oh là là ! S’il pouvait s’enfuir à tire-d’aile

Vers ces pays lointains où c’est toujours l’été…
Oublier les skieurs, ce tintouin, le ménage,
Ces gens désobligeants et ce remue-ménage !
Broyant pas mal de noir, il s’est mis à rêver…

*Pour Gérard M.

 

 

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Dans une grotte du Chiran
Vit une belle dame blanche,
Au noir pays des avalanches,
De la brume grise et du vent…

Elle est mélancolique et pâle ;
Une grande et mince sylphide,
Avec de longues mains livides
- Couleur de mort, couleur d’opale -

Qu’elle secoue de temps en temps
Au-dessus de la vallée morte :
Des plumes que la bise emporte
Volettent alors en valsant,

Puis se posent sur le sol gris.
Mais la dame est fort capricieuse,
Et lorsqu’elle est d’humeur boudeuse,
D’un coeur trop léger elle oublie

Que, si l’hiver lui prête vie,
C’est pour créer ce sortilège.
Dame du froid, reine des neiges,
Il te faut donc et à tout prix,

En te faisant aider du froid,
Couvrir de ta manne sacrée
Le sol ingrat de la vallée
Dont l’hiver doit être le roi.

Nous attendons le vol ailé
De tes flocons qui, en dansant,
Piquettent l’air de points d’argent.
Tu ne peux nous abandonner…

 

 

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Poème illustré par une aquarelle de :

Roger Gobron
(1899-1985)
www.rogergobron.com

Est-ce la Guadeloupe ou bien Barcelonnette ?
Bien qu’on soit fin-novembre, il n’y a pas de neige ;
Et les gens de l’Ubaye font une triste tête
Car leur petit magot, lourd d’or bien blanc, s’allège

Dès que l’hiver hésite à s’installer chez eux !
Contrairement à nous, ils aiment ces ciels gris
Tout gonflés par la neige. Et ils ne sont heureux
Que lorsqu’on ne peut plus que circuler à skis !

Le Sauze est tristounet, mouronneux à souhait ;
C’est pareil à Praloup ! Ô sainte Météo,
Ne pourrais-tu vraiment pas nous expédier
Un mètre de poudreuse, en suppliant là-haut ?

Même s’il neige enfin, on se fait du souci
Car on a l’impression que s’allonge la liste :
Stocker et compacter, damer toutes les nuits…
Va-t-on avoir le temps de préparer les pistes ?

Mais le temps est radieux, le ciel bien trop parfait
Immuablement bleu ! Nuages, s’il vous plaît,
Venez sur la vallée, la bedaine gonflée
D’une neige si drue qu’on sera submergés !

 

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Mon Dieu, quelle heure est-il ? Est-il déjà si tard ?
Comment est-ce possible ? Il est cinq heur(e)s un quart
Et les toits imprécis sont gommés par la nuit !
Le ciel gris s’est éteint, où le soleil pâli

N’est plus qu’un lumignon au ras de l’horizon.
Nous sommes fin novembre, une morne saison
Qui détruit chaque jour un peu plus la lumière :
Le temps noir de la mort, un temps qui désespère

En donnant l’impression de se ratatiner.
Le matin, c’est pareil ; c’est dur de se lever
Quand la nuit entêtée qui s’accroche et s’étire
S’obstine impudemment et ne veut plus partir.

Et pendant plus d’un mois le jour va décliner…
La lumière ternie et comme effilochée
Va être encor rongée par l’hiver trop vorace.
Mais l’on ne peut qu’attendre que lentement passe

Le mois le plus lugubre de toute l’année.
Ses jours sont bien trop courts ! Longues sont ces soirées
Où l’on ne songe plus qu’à rester bien au chaud.
La Provence frileuse a mis son paletot…

 

 

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Poème illustré par un tableau de :

Rinat Animaev
www.animaev.net

Les beaux jours sont finis. Le ciel est tristounet,
Triste dôme grisâtre au-dessus de la plaine ;
Car le soleil a mis une petite laine,
Pâle tel un zombie et comme édulcoré.

Le matin il fait froid ; là encor, c’est sa faute
Car il se lève tard, prisonnier de la nuit
Et de l’hiver tout neuf et costaud qui rugit.
La Provence glacée qui souffre sous leur botte

L’implore haut et fort de venir réchauffer
Ses antiques cités et ses rudes garrigues.
Mais c’est un grand sans-coeur. Prétextant sa fatigue,
Il reste bien planqué derrière ses nuées,

Presqu’éteint, avachi. Ses rayons sont en berne ;
Il attend le printemps pour se revigorer
Et retrouver enfin son joli teint doré.
L’astre-roi en hiver est minable et bien terne.

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Poème illustré par un tableau de :

Dany Wattier
www.danywatt.com

Hélas ! C’était trop beau pour durer plus longtemps :
Novembre est presque là. L’on en était encor
A vaquer les bras nus et à flâner dehors
Comme au mois de septembre ! Et voici que le vent

S’est soudain souvenu qu’on était en hiver :
Comme il fait froid au Nord, il vient de s’éveiller
Et déferle chez nous, ne cessant de hurler
Et de s’époumonner ! Mon Dieu, quelle misère…

Huit degrés, nous dit-on ? Mais non, il fait plus froid !
C’est du moins l’impression que donne le mistral
Quand il nous dépossède à grands coups de rafales
De tièdes calories ! Dès qu’il vibre et tournoie

Autour de nous, dément comme un grand vautour noir,
Nous sentons tous nos os se recroqueviller
Tant soudain il fait froid, tant son souffle est glacé !
Le mistral en hiver a tout d’un repoussoir !

Mais demain il mourra, vaincu et amoindri
Par ses propres excès, pour nous laisser goûter
Au doux temps de Provence et même au presqu’été !
La Provence sans vent serait un paradis…

 

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Une étrange lumière, une lumière bleue
Sourd de la neige épaisse et fraîchement tombée
Sur Jausiers assoupi. C’est bizarre, on dirait
Qu’elle est née du sol même ! Un halo fabuleux

Cerne les toits tout blancs aux contours arrondis,
Faisant du vieux village une carte postale :
Un décor de Noël, une image hivernale
Qu’on n’oserait décrire en la peignant ainsi !

On dirait que la neige absorbe tous les bruits ;
Le silence est total : le silence absolu
D’une nuit de novembre ; et dans le grand ciel nu
Une étoile clignote en grignotant la nuit.

L’épais tapis crayeux encor inaltéré
Est vierge de tout pas et de toute souillure.
Le sol blanc est intact. Pas une flétrissure
N’a encor maculé le village enneigé.

La nuit est calme et froide. Jausiers dort sous la lune,
Comme encapuchonné sous un lourd bonnet  blanc.
Derrière les monts noirs le jour nouveau attend.
Dans le ciel bleu foncé voltigent quelques plumes.

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Il paraît que certains aiment vraiment l’hiver :
Le froid, le vent, la pluie et les jours brumasseux ?
Mais comment peut-on donc apprécier cet enfer
Quand on vit à Lambesc ? Ne pas être amoureux

De son ciel sans nuage, immuablement bleu…
Ou qu’on voudrait ainsi ! Il faut être pervers
Pour ne pas en jouir, et s’avouer chanceux
De pouvoir savourer une telle lumière.

Oh ! Ces jours bien trop courts où l’on bâille d’ennui
Et ces tristes matins submergés par la nuit !
Cette brume mollasse ombrant le paysage !

Comment donc supporter d’être ainsi engoncés,
Gratouillés dans le cou par d’informes lainages !
Comment peut-on aimer ce temps emmitouflé ?

 

 

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Les hurlements du vent qui secoue l’olivier
Dans le fond du jardin ravivent ma mémoire
Car il beuglait ainsi quand, par un triste soir,
Notre vieux chien Pollux est mort dans son panier.

Il fait tout aussi froid, et depuis quelques jours
Le mistral déchaîné échevèle la mer.
C’était le même temps, un rude temps d’hiver
Pétrifiant la Provence… Il était presque sourd

Et vieux, tellement vieux… Le canal est gelé
Et l’eau comme un miroir reflète le ciel gris…
Lui, ses yeux étaient bleus ; c’était un vieil husky
Peu fait pour vivre à Aix. A la fin, tout pelé,

Il avait l’air minable, usé d’un vieux tapis.
Il avait souvent froid et se pelotonnait
Comme un chaton frileux près de la cheminée.
On n’a pas oublié… Quand il s’est endormi,

Le mistral fou furieux qui hurlait en dément
Secouait la maison avec un bruit d’enfer.
Alors sa très vieille âme épuisée par l’hiver
S’est laissé emporter par les ailes du vent…

 

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Poème illustré par un tableau de :

Josie M.B Lefèvre

www.josie-mblefevre.com

Le jardin est luisant, l’herbe toute pelée :
Mon merveilleux gazon que j’avais eu tant de mal
A faire enfin pousser en terre provençale…
D’après la météo, il va encor geler

Cette nuit, au village, et partout en Provence !
Serait-ce du verglas qui vernit le chemin ?
Mes fleurs ont triste mine et mon joli jasmin
Pendouille tristement. Mais j’ai eu de la chance :

On dirait que l’aster a bien tenu le coup !
Le bec de la fontaine est en partie bouché
Par les filaments gris de l’eau qui a gelé
Malgré tous les efforts d’un soleil bien trop doux ;

Le bec de cuivre éructe, éternue des sanglots
Et des hoquets poussifs. Il nous faut arrêter
Ce glouglou qui n’est fait que pour chanter l’été !
Car l’hiver brise tout, même le fil de l’eau…

 

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Poème illustré par un tableau de :

Catherine Thivrier-Forestier
www.livegalerie.com

Je hais le vent d’hiver et ces longs beuglements
Qu’il pousse à la folie quand il est déchaîné ;
Quand il se rue du Nord vers le Midi pelé
Par le gel de décembre. Il est le vent dément

Qu’on appelle mistral au pays de Provence.
Il est le vent d’hiver, dont les hululements
D’animal pris au piège et né du Léviathan
Font trembler les maisons et leurs toits en souffrance

Sous ses coups de boutoir. Il est un monstre froid
Ne sachant que souffler haine et grand’démesure ;
Torturant les bateaux, déchirant les voilures,
Il n’aime qu’engendrer la tourmente et l’effroi.

Il ne craint que la pluie : c’est elle qui le vainc
De ses longs doigts glacés et qui le paralysent.
Il se calme soudain et la mer devient grise
Sous le doux clapotis. Le mistral fou qui geint

S’effondre sur lui-même en devenant soupir ;
Et puis il disparaît, soufflé comme la flamme
D’une simple bougie dont on a éteint l’âme.
La Méditerranée peut enfin s’assoupir…

 

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Le soleil est levé depuis à peine une heure
Et Lambesc est tranquille au pied du Jacquemart.
L’aube est fraîche et laiteuse, et un léger brouillard
Flotte sur les toits… blancs : le Temps faisant erreur

A pris notre cité pour un lointain Lauzet !
Un tapis nivéen a recouvert les rues
D’au moins vingt centimètres de neige argentée.
Bastien le lève-tôt croit avoir la berlue :

C’est un instant bizarre et il se sent ailleurs,
Dans un monde inconnu au silence feutré.
Un sol immaculé, sauf les traces en fleurs
D’un matou assez fou pour oser s’y risquer !

Les trottoirs sont cachés ; plus un seul caniveau
Tant la couche est épaiss(e). Bastien en est sonné
Et rentre sur le champ en n’insistant pas trop
Car la neige lui monte au milieu des mollets !

Sa femme l’a cru fou quand il lui a conté
Que le village avait l’allure de Praloup.
Tant de neige à Lambesc ! Ils en sont sidérés !
Peut-être qu’un beau jour il y aura des loups ?

 

 

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