Archives de catégorie : Hiver

Oui, c’en est bien fini…

Oui, c’en est bien fini : il est là, l’on grelotte,
Il nous a rattrapés, ce fichu mauvais temps,
Il nous va donc falloir attendre le printemps –
Un printemps prisonnier et qu’emberlificote

Les filins de l’hiver jusqu’à fin février !
Oh, revoir un soleil vigoureux et allègre !
Pour le moment, hélas ! sa lumière est bien maigre :
Quelques rayons chétifs sur des rameaux grillés

Par un premier grand froid dont le terrible souffle,
Anéantissant tout au cœur de mon jardin,
A massacré mes fleurs dont les vertugadins
Pendouillent défraîchis dans le vent qui s’essouffle.

Pétrifié lui aussi par cet horrible gel !
L’hiver s’est offusqué de notre indifférence ;
Il nous la fait payer, et avec tant d’outrance
Qu’on se croirait déjà aux entours de Noël.

Tout est luisant de givre ! A vous geler sur place…
Des stalactites blancs sont suspendus au toit
Tels de longs doigts osseux engourdis par le froid.
Où s’est enfui ce temps où nous sucions des glaces, 

Comment pouvions-nous donc nous délecter ainsi
De ce plaisir glacé et de ces friandises,
Sans doute détachées d’une froide banquise ?
Oui, l’hiver est bien là, et nous sommes transis…

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Un hiver mollasson

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

La montagne qui dort est couverte de neige.
Sous son édredon blanc, elle a un peu perdu
Son aspect hérissé, ses angles suraigus.
Le ciel est boursouflé d’une lumière beige

Qui distille partout un lancinant ennui.
Le soleil s’est enfui vers d’autres latitudes,
Et les Hauts-Provençaux voient avec lassitude
L’interminable hiver emmitouflé de nuit

S’emparer pour des mois de toute leur montagne.
Il va encor neiger, et le ciel est gonflé
De milliards de flocons tout prêts à dévaler
Des nues vers la vallée, un val étroit où stagne

Depuis quelque huit jours un temps tout mollasson.
Le ciel terni déverse une lumière grise
Sur les toits des chalets, d’où pendouillent des frises
De cristaux effrangés comme des paillassons

S’égouttant lentement. Le brouillard édulcore
Les lignes escarpées, pointues des hauts sommets,
Brouillant d’un voile blanc les à-pics déplumés
Où des mélèzes gris essaient de vivre encore

Malgré le manque d’eau de ce dernier été.
La montagne se tait. Un curieux sortilège
L’aurait-il envoûtée ? Le ciel gonflé de neige
Comme un ballon géant vient juste d’éclater…

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Le crocus et l’oiseau

Un crocus a jailli de l’édredon de neige
Où il dormait encor pour goûter au soleil ;
Le versant escarpé où les flocons s’agrègent
Brille de mille feux sous son disque vermeil.

La fleur est la première à fêter le printemps
Tout prêt à rénover la vie dans la montagne.
Mais un petit oiseau s’ébouriffe en chantant,
Tout gonflé de bonheur. Son gazouillis témoigne

Qu’il sait bien lui aussi que le temps est venu !
Le temps du renouveau, de l’herbe qui repousse
Pour couvrir prestement la froideur du sol nu
Des petits brins serrés de ses millions de pousses.

L’oiseau et le crocus prient à leur façon
La Nature engourdie qui tout juste s’éveille :
La fleur par sa beauté, l’oiseau par sa chanson.
Ils explosent de joie, et tous deux s’émerveillent

Que le soleil enfin reprenne le flambeau.
En hiver, comme un traître, il leur est infidèle
Et s’en va dans le Sud, où par monts et par vaux
Il oublie le Midi pour des pays plus chauds.

Mais il est revenu, bourrelé de remords,
Amenant avec lui un Printemps juvénile
Tout prêt à terrasser la froidure et la mort,
En boutant de l’Ubaye l’hiver quasi sénile

Désormais impuissant face à tant de jeunesse.
Le crocus et l’oiseau frémissent d’allégresse…

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Ascension

Montons tous deux, Amour, au-delà des étoiles !
Ne laissons surtout pas la mort nous dévorer,
Toutes griffes dehors, de ses crocs acérés.
Il faut nous entraider pour mieux mettre les voiles
Et partir vers l’Ailleurs sans nul regret, d’autant
Qu’au delà des nuées la montagne est si belle
Qu’on ne peut faire mieux. Elle est intemporelle
Et nous y trouverons les limites du Temps.
Allons main dans la main, sans aucune inquiétude.
Rien ne peut être pis que ce que vivons !
Vois la vie qui se perd, noyée à l’horizon,
Artisane avérée de tant de solitudes…
Nous sommes deux, Amour, et nous allons marcher
Jusqu’à ce que la mort nous rattrape là-haut.
Tu ne peux partir seule, et surtout il ne faut
Pas avoir peur pour nous ; et ne pas décrocher,
Saisie par la terreur, tes doigts d’entre mes doigts.
Montons, mon cher Amour. Cet hiver doux nous aide :
Il ne fait pas trop froid ! Mais la pente est bien raide
Et tu souffles très fort. N’oublie pas que tu dois
Rester tout contre moi : il faut partir ensemble !
Vois comme tout est beau dans le soleil couchant
Qui peint d’or et de roux la Durance et les champs.
Courage, mon Amour. Sous nos pieds le sol tremble…
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La magicienne

La pluie qui flique et floque est froide sur le Brec,
Un Brec sinistre et noir avec ses flancs pelés,
Dévorés par le feu au mitan de juillet.
L’eau dévale en chuintant du ciel beaucoup trop sec

Depuis des mois entiers, obscurcissant encor
Les prairies calcinées par ce fléau si rare
Dans les monts de l’Ubaye, et dont le jeu barbare
A rasé la montagne. On dirait que la mort

A posé sur la pente un grand suaire noir.
Même le doux automne aux doigts multicolores
N’a pas su redonner à la faune et la flore
Un semblant de couleur ou même un peu d’espoir.

La prairie est grillée des vallons au sommet
Car l’herbe s’est muée en des milliers de mèches
Qui ont bouté le feu à la montagne sèche
Comme de l’amadou. Et tout s’est consumé…

La pluie qui flique et floque est un déluge froid
Persistant et glacé… Mais voici que tout change,
Que se produit enfin un imprévu étrange !
Il est bien terminé, ce grain vraiment pervers

Qui mettait en relief les ravages du feu !
La pluie s’est transformée en millions de houppettes
Virevoltant partout en moultes galipettes :
Des flocons-papillons effaçant peu à peu

D’un voile immaculé les stigmates obscurs
Du cataclysme noir. Soudain illuminée
Par ce tapis tout blanc, la montagne renaît
Sous le ciel ranimé où ressurgit l’azur.

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Bientôt…

Quand l’hiver posera sur la Haute-Provence,
Comme un dôme étouffant, son ciel gris et brumeux,
Il faudra s’efforcer de songer à la chance
D’avoir là, sous les yeux, ces nuages crémeux

Enjolivant le Brec dès le petit matin.
Flottera sur le Sauze une brume frisquette
Floutant les monts tout gris d’un voile inopportun ;
Et désormais inapte à hurler à tue-tête

Comme à la mitan d’août, le soleil rabougri
Se fera tout petit en prenant de la gîte,
Posé sur l’horizon tôt dans l’après-midi.
Ce temps n’est plus très loin ! Et les oiseaux s’agitent,

Comme s’ils projetaient le grand rassemblement
Qui va les regrouper pour la proche aventure.
Le feuillage moins vert pendouille tristement,
La chanson de l’été n’est plus qu’un doux murmure…

Dans à peine deux mois l’hiver sera donc là,
Nous poussant toujours plus de son souffle si froid
Vers la fin de la vie. Cette vie qui s’en va
Tout au long d’un chemin de plus en plus étroit…

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La vieille jeune fille

Dessinée sur sa peau, il y a maintenant
Une fine résille en toile d’araignée.
Elle est toujours coquette et toujours bien peignée,
Mais se trouve trop maigre ; et bien peu avenant

Est son regard  terni, délavé par le temps.
Elle marche tout doux, appuyée sur sa canne.
Lente, un peu nonchalante, on dirait qu’elle flâne,
Mais elle fait semblant, et c’est en prétextant

Une bonne santé qu’elle berne les gens.
Car elle veut cacher qu’elle est devenue vieille,
Que ses jambes, ses yeux, ses dents et ses oreilles
Laissent à désirer, amoindris par les ans.

Sur son visage pâle, il subsiste pourtant
Des zestes de beauté, comme sur une rose
En train de se flétrir. Une rose déclose,
Déjà un peu fanée par la mort qui l’attend…

Même si elle en rit, parfois elle se sent
Légère et résolue comme une jeune fille.
Elle est toujours la même, et son corps en guenilles
N’est en rien le miroir de ce qu’elle ressent,

Car l’âge n’y peut rien, qui l’use en omettant
D’effacer en son cœur son amour pour la vie.
Même si elle est vieille, elle a toujours envie,
Malgré tant d’avaries, d’aller tambour battant.

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Mystère de l’hiver

Mais que se passe-t-il quand l’hiver disparaît ?
Où emmène-t-il donc ses alliés redoutables :
Le brouillard, le verglas et ce froid effroyable ?
Où va-t-il se cacher ? Les a-t-il égarés ?

Est-ce un vieillard chenu avec une besace
Contenant ces seconds qu’il lâche à tous les vents
Dès que décembre est là ? Où est-il donc, avant ?
Puis ensuite où va-t-il quand le printemps l’efface

En le poussant tout doux vers on ne sait trop où.
Est-ce un Dieu qui renaît sans cesse chaque année,
Avant-goût terrifiant de notre destinée ?
Saison de la vieillesse avec la mort au bout,

L’hiver revient toujours, espoir ou désespoir.
Et puis il doit partir, car son jeune compère*
Le dégage dehors, tout comme les misères
Qu’il sème un peu partout… Cependant, le revoir

Ne signifie-t-il point qu’on est encor vivant ?
Et qu’après ses méfaits, la vie s’en va renaître,
Et partir, resurgir, pour enfin disparaître.
Car l’on n’est, après tout, qu’un tourbillon de vent…

*Le Printemps

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Pluie printanière

Il pleut depuis trois jours, et cette pluie enchante
Le jardin assoiffé par trop de sécheresse.
Une pluie de printemps, c’est comme une caresse
Rappelant à la vie, ça promet et ça chante…

Si l’on patauge un peu, ça ne fait point de mal !
Les fleurs en leurs boutons sentent monter la sève
Tout au long de leur tige : une sorte de trêve
En cet hiver si dur que c’était anormal,

Anormal en Provence ! Et l’on en souffrait tant
Qu’on n’osait plus sortir ! Il était si coriace
Que nous nous réfugions sous une carapace
D’habits lourds et épais ! Vraiment drôle de temps…

Peut-être est-ce fini ? Pour le moment il pleut
Une eau tiède et chantante et drue qui éclabousse
La terre d’où jaillit une gerbe de mousse.
Tout un clan d’escargots glisse à la queue leu leu

Sur le chemin gluant tout encombré de feuilles.
Le printemps est bien là… Si ce n’est pas un tour
Qu’il nous joue de nouveau ! Mais souffle aux alentours
Un petit vent joyeux qui sent le chèvrefeuille…

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Allégorie de l’Hiver

Si l’on voulait le peindre, il faudrait le brosser
A longs traits suraigus. Croquer sa silhouette
Avec des angles noirs. Dessiner les arêtes
De ses os épineux d’un trait ferme et glacé,

Sans aucune émotion : il n’en procure aucune !
C’est l’Hiver, ce maudit, la fatale saison
Redoutée et haïe, que nul n’a de raison
D’attendre un tant soit peu. Quelle odieuse infortune

Que le voir débouler aux premiers hurlements
De la bise honnie dès la fin de novembre !
Il conquiert le pays, l’investit et démembre
Mes fleurs encor bien drues en leurs derniers moments.

Entraînant avec lui ses sbires redoutables :
Le mistral et le gel, le brouillard et le froid,
Il soumet le Midi, suivi de son arroi
Prêt à tous les méfaits, tout aussi détestable

Que leur chef absolu. On le croirait vainqueur…
Mais il doit reculer devant son jeune frère
Dès la fin février : la saison débonnaire,
Le séduisant printemps qui vient ravir nos cœurs

Et qui, mine de rien, le force à la retraite.
Le vieil hiver chenu repart avec son clan
Tout au fond de son trou, jusqu’au prochain élan
Le propulsant chez nous pour une reconquête…

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Triste hiver

Il est terne, il est dur, il est tellement long !
Oh, ces tristes journées, ces nuits interminables…
Nous le détestons tous, ne songeant qu’à sa mort !
Et de cette aversion, personne ne démord

Si ce n’est quelques fous ! Il est tellement triste
Avec ses jours si courts dénués de soleil,
Sauf parfois dans le ciel de doux reflets vermeils :
La lumière en sanglots d’un divin coloriste !

On ne peut l’esquisser qu’avec des lignes raides,
Des traits noirs et aigus ! Dieu vienne donc en aide
A tous ces gens du Nord ne connaissant que lui !
Du fond de mon Midi, je l’ai toujours haï…

Pour le rendre plus gai, l’on a tenté un jour,
En l’honneur d’un Enfant, d’y inclure l’Amour :
Un enfant honoré lors d’une grande Fête,
Qui devrait repousser le Mal. Une défaite

Si l’on voit la bassesse et l’état de ce monde,
Ses malheurs, sa misère et ses drames immondes…
L’hiver y est toujours aussi gris, aussi long.
Hiver démesuré sous des nuées de plomb…

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Insatisfaction

L’on est en plein brasier : la chaleur infernale
Du soleil provençal au mitan de l’été !
Sensation d’étouffer, malaise exacerbé
Par un temps aussi chaud qu’en terre tropicale…

L’on se plaint, l’on gémit, l’on n’en peut vraiment plus
Et l’on songe à novembre, à sa fraîcheur hiémale.
L’on rêve de glaçons, de gelées maximales
Et de ce jour béni où par chance il a plu

Une grêle glacée qui brouillait l’atmosphère.
Puis on pense à la neige, à sa fraîche saveur,
A ces flocons piquants cueillis avec ferveur
Par le bout de la langue, et où l’hiver s’affaire

A saupoudrer d’argent les pistes de Praloup…
Mais cette chaleur d’août est tellement pénible
Qu’il faut faire un effort pour que semblent crédibles
Le froid gris de l’hiver, les contours un peu flous

Des monts sur l’horizon saupoudré de cristal.
Puis le gel pétrifiant, la brume enveloppante
Et l’étrange impression que l’air sibérien tente
D’envahir nos poumons de son souffle glacial

Nous fait vite aspirer à l’enfer de l’été…
Les Provençaux parfois sont des gens insatiables ;
Ils possèdent l’endroit ? L’envers leur semble aimable !
Toujours insatisfaits, tels des enfants gâtés…

« I can’t get no satisfaction, hey, hey, hey, hey… »

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Le chemin de l’hiver

Le chemin de l’hiver s’en va vers l’Inconnu
Sur ce pont incertain qu’est la grande vieillesse.
Passerelle tanguant en une ultime ivresse,
Il avance aux abords de ce qui est connu.

Il se perd quelquefois dans un vague brouillard
Floutant perfidement les contours d’une vie
Devenue froide et nue. Où s’égare l’envie
De faire des projets ou d’aller au hasard…

Le chemin de l’hiver est maussade et glacé.
S’enfonçant lentement dans une épaisse brume,
Il est vide, assombri, mais parfois s’y allument
Des étoiles surgies du fin-fond du Passé,

Les légères lueurs d’une mémoire enfuie.
C’est un pont ébranlé qui chavire et qui tangue,
Passant péniblement au-dessus d’une gangue
Interdisant l’essor d’annales enfouies.

Y cheminent des vies peu à peu emportées
Vers un Ailleurs secret, derrière ce nuage
Diluant dans le flou la merveilleuse image
De rives éclairées par un durable été…

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Contre-attaque

Poème illustré par un tableau de :

Yves Lallemand

L’on était tout content car c’en était fini
Des gelées, de la pluie, de toute cette crasse ;
J’avais même sorti mes pots sur la terrasse.
Une douce euphorie nous donnait le tournis…

Quand voilà, patatras ! Ce vieux crétin d’Hiver,
Contraint de déguerpir par Dame la Nature,
A fait front, résisté et tenté l’aventure :
Malgré le renouveau, les jardins déjà verts,

Il a fondu sur nous, et encore très costaud
Bien qu’il soit très âgé – quasiment un trimestre –
Il a contre-attaqué. Véritable homme-orchestre
Il a mobilisé tous ses seconds couteaux :

Le vent, le gel, la pluie, la neige et le brouillard,
Pour nous pourrir la vie… Mes fleurs ont triste mine
Et depuis quelques jours, elle se ratatinent
Pour échapper au froid. Un grand mistral braillard

Hurle sur la garrigue avec des cris de loup…
L’on était accablés, quand maîtresse  Nature
A soudain décidé que la grande imposture
Devait enfin cesser. Et que le vieux filou

Devait laisser la place au tout jeune Printemps.
Là, c’est définitif : il gît dans sa tanière,
Vaincu par le soleil et sa chaude lumière.
Car ainsi doit aller l’alternance du Temps…

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L’hiver s’en est allé…

Poème illustré par un tableau de :
Yves Lallemand

L’hiver s’en est allé, emportant ses guenilles
De froidure et de vent dans l’hémisphère sud.
Mais il y a encor, là-haut sur les paluds,
Une couche de glace argentée qui craquille

Dès qu’on y met le pied… L’on va souffler un peu,
Ne plus craindre au matin cette maudite bise
Qui vous tombe dessus et qui vous brutalise
A gifles que veux-tu ! Un grand sauve-qui-peut

Fait déguerpir le gel et la neige et la glace
En un monde inconnu. Et le nouveau printemps,
Fraîchement émoulu de l’Ecole du Temps,
S’en vient à petits pas, mais avec tant de grâce

Qu’il pousse les oiseaux à sortir de leur nid.
L’hiver s’en est allé, emportant ses caprices
Tellement déplaisants : n’est-il donc que malice ?
Nous respirons enfin et c’en est bien fini

De ce grelottement des pieds jusqu’à la tête,
De ce recul tremblant, peureux, si nous passons
Le nez à l’extérieur ; et de ces grands frissons
Dès que nous regardons de près le thermomètre…

Le temps est guilleret et l’air doux à souhait,
Juste comme il le faut. L’euphorie printanière
Aiguillonne les gens, chacun à sa manière !
Moi, je t’aime encor plus, comme tu le voulais…

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