Archives pour la catégorie “Contes”

Poème illustré par un tableau de :

Camille Pissaro
(1830-1904)

C’était un beau pichet qui avait bien cent ans :
Un pichet de Moustiers* fait d’antique faïence
Et presqu’une oeuvre d’art, comme on faisait antan.
Magali le tenait de sa grand’mère Hermance

Qui avait autrefois une faïencerie
Au centre de la ville. Elle en était très fière,
S’en servant aux beaux jours lorsque quelques amis
Ou ses frères et soeurs s’en venaient prendre un verre.

Las ! Un jour malheureux la pauvrette ébrécha
D’un geste maladroit la bordure du pot.
Pas grand’chose, vraiment : un tout petit éclat,
L’événement pourtant lui laissa le coeur gros,

Mais ceci n’était rien : le pichet le prit mal !
Désormais imparfait, il se crut outragé
Car il avait de lui une image idéale
Un brin démesurée ; il allait se venger !

Or donc à chaque fois que Magali voulut
Se servir de son pot, il se mit à baver
En inondant la nappe. Un jour elle reçut
Un jet en plein visage ! Elle en avait assez !

Mais le pire de tout ce fut quand le gredin,
Perdant toute mesure, crachota sur les pieds
Du maire du village, invité en voisin :
Il fit mine de rien mais partit ulcéré !

Magali réfléchit, puis ce fut décidé :
Pour qu’il ne puisse plus bouleverser les fêtes,
Et bien qu’il dût souffrir de sa sévérité,
Le pichet facétieux fut mis à la retraite !

Depuis il fait le beau derrière une vitrine.
Un exemple parfait pour l’art des faïenciers !
Et pour qu’il ait vraiment parfaite bonne mine,
On l’a fait pivoter pour cacher son secret :

Le fleuron de Moustiers est un peu esquinté !

 *Les faïences de Moustiers (Alpes de Haute-Provence) sont renommées depuis le XVII° siècle

 

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Dans une grotte du Chiran
Vit une belle dame blanche,
Au noir pays des avalanches,
De la brume grise et du vent…

Elle est mélancolique et pâle ;
Une grande et mince sylphide,
Avec de longues mains livides
- Couleur de mort, couleur d’opale -

Qu’elle secoue de temps en temps
Au-dessus de la vallée morte :
Des plumes que la bise emporte
Volettent alors en valsant,

Puis se posent sur le sol gris.
Mais la dame est fort capricieuse,
Et lorsqu’elle est d’humeur boudeuse,
D’un coeur trop léger elle oublie

Que, si l’hiver lui prête vie,
C’est pour créer ce sortilège.
Dame du froid, reine des neiges,
Il te faut donc et à tout prix,

En te faisant aider du froid,
Couvrir de ta manne sacrée
Le sol ingrat de la vallée
Dont l’hiver doit être le roi.

Nous attendons le vol ailé
De tes flocons qui, en dansant,
Piquettent l’air de points d’argent.
Tu ne peux nous abandonner…

 

 

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C’est en soixante-huit que l’empereur Néron
Apprit incidemment qu’un de ses intendants
Etait un bon chrétien. Torpès* était son nom.
Le monstre, n’écoutant que son fond malfaisant,

Le fit décapiter ; puis fit placer son corps
Dans le fond d’une barque, avec pour seuls compères
Un vieux coq et un chien, afin qu’ils le dévorent !
Mais ils n’en firent rien… Cahotant sur la mer

Douce comme une amie, poussée par le courant,
La barque s’échoua avec son pieux fardeau.
C’était le dix-sept mai, un beau jour de printemps ;
Et pour les gens du cru, ce fut un beau cadeau

Car ils étaient chrétiens. En hommage à Torpès,
Ils bâtirent sitôt une jolie chapelle.
Le chien nommé Grimaud, le coeur tout en liesse,
Fut bien vite adopté par une jouvencelle.

Mais le coq se méfiait : d’un esprit plus chagrin,
Se croyant en danger et craignant pour sa vie
Il vola tout pataud jusqu’à un champ de lin !
Avez-vous bien compris ? Le « coq au lin », pardi !

C’est du moins ce que content les Cogolinois…
Une très belle histoire et un fort beau pays !
Et si les historiens n’y ajoutent point foi,
Peu nous importe, au fond ! Le conte est si joli…

* d’où le nom actuel de Saint-Tropez

 

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Poème illustré par une gravure de :

Gustave Doré
(1832-1883)

C’est en l’an 400 – d’après ce qu’on en dit -
Que lors d’une tempête, en crue, la Nartuby
Déborda de son lit ; puis laissa derrière elle
Un horrible fléau, une offrande cruelle

Pour les gens du pays : un immonde dragon
Aimant la chair humaine, et surtout les tendrons
Se risquant à sortir trop loin de leur village.
On se résolut donc, comme le veut l’usage,

A déléguer au Drac deux pauvres malheureux…
Avalés sur le champ. Ce n’était pas sérieux,
Car il n’était pas monstre à entendre raison !
Tous de se rencogner alors dans leur maison

Et de prier le Ciel… C’est ainsi qu’Hermentaire,
Passant non loin des lieux, entendit leur prière ;
Il brandit donc sa croix pour immobiliser
Ce suppôt des Enfers qui en fut statufié,

Collé tout ridicule à l’énorme rocher
Qui était son repaire ! Et pendant des années,
On le vit dépérir jusqu’à ce qu’il n’en reste
Que de grands os blanchis. Un sort vraiment funeste,

Mais parfaitement juste ! Et tous les paysans,
Acclamant leur prélat, nommèrent « Draguignan »
Leur village sauvé pour eux, les Dracénois !
C’est du moins ce que conte un récit d’autrefois…

 

 

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Janvier avait été terrifiant en Provence ;
Il avait tout détruit, et le mistral en transes
Venu à la rescousse l’y avait bien aidé.
Les plantes de l’été saccagées, dévastées !

Dans une plate-bande un bâton biscornu ;
Un tortoir maigrichon piqué dans le sol nu
Desséché par l’hiver de mon pauvre jardin ;
Le gel étant passé, il n’y restait plus rien

Que ce machin tout sec. Un bout de bois minable,
Un piquet disgracieux tout à fait méprisable.
Qui l’avait planté là ? Je ne m’en souviens plus !
Un bâton inutile et sans plus de vertu

Qu’une pierre stérile. Et j’allais l’extirper
De méchante façon quand j’en fus empêchée :
Sur l’écorce verdâtre, un léger renflement !
Je n’y touchai donc plus car j’avais bien le temps…

Deux ou trois jours après naissait un gros bouton !
Je n’osai pas penser que c’était un bourgeon !
Comment aurait-il pu…? Mais si ! C’était bien vrai
Car il poussa, poussa, sous mes yeux effarés…

A la fin-février, c’était un arbrisseau
Fleuri à la folie, et où tous les oiseaux
Du canton gazouillaient avec force babil !
Le printemps triomphant né d’un bâton stérile !

Depuis c’est un gros arbre où fourmille la vie
Et qui n’a pas de nom, mais qu’on appelle : « Ami » !

 

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Poème illustré par un tableau de :

Man Ray
(1890-1976)

Honoré le pêcheur vivait au Lavandou.
Honoré ? Il l’était ! Car notre pescadou
Etait le géniteur de quatre jolies filles :
Madelon, Magali, Marguerite et Camille.

Camille était bizarre : elle adorait nager
En ces temps où la mer suggérait le danger !
Sujette émerveillée d’une étrange passion,
Elle aimait plus que tout l’univers des poissons.

Mais ce qu’on ignorait, c’était que la donzelle
Cachait farouchement un don exceptionnel :
Quand elle était sous l’eau, elle y pouvait rester
Tout comme les tritons, sans devoir respirer !

Pratiqué chaque jour et quel que soit le temps,
Ce rite paraissait tout de même inquiétant…
Et quand cette manie tourna à l’obsession,
Honoré le pêcheur, se posant des questions,

Ordonna à ses soeurs de la mieux surveiller :
Il leur fallut deux jours pour trouver son secret…
Et à lui un instant pour enjoindre à sa fille
D’en faire profiter sa nombreuse famille :

Camille irait nager aux tréfonds des grands fonds
Pour rabattre vers lui ces énormes poissons
Nombreux comme, dit-on, grains de sable à l’Anglade :
La fortune assurée contre une promenade !

Sous les yeux sidérés de toute la tribu,
Elle se rebiffa, outrée et fort émue :
« Père, je suis marrie de vous désobéir ;
Mais jamais, mes amis, ne pourrai les occire ! »

Et puis elle plongea définitivement
Au sein de cette mer aimée passionnément :
La Méditerranée devenue son royaume
Qui lui fit oublier l’indignité des Hommes.

Elle y vit désormais comme une vraie poissonne,
Ne devant rendre compte à rien ni à personne.

 

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Poème illustré par :

Dominique Zintzmeyer
www.worldgallery.co.uk/

Un grain, et puis un autre, et puis un autre encore,
Des pourpres, des dorés, petites boules d’or
Si lisses sous la langue et croquant sous les dents
Avec ce jus qui gicle et ces pépins craquants !

Un grain, et puis un autre, et puis cinq, et puis dix,
Douces petites sphères rebondies et qui crissent,
Sucrées comme du miel, enserrées dans des vrilles
Enroulées en ressorts costauds qui se tortillent.

Un grain, et puis un autre, et puis dix et puis vingt,
Emplis jusqu’à ras bord d’hydromel et de vin,
Serrés l’un contre l’autre comme des petits frères
Attendant des vendanges inondées de lumière.

Un grain , et puis un autre, et puis cent, et puis mille …
Puis une énorme grappe rampant jusqu’à la ville
- Des millions de grains qui vont rouli-roulant -
Et la Terre envahie par un raisin géant.

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Tout au fond des tréfonds des bas-fonds de Marseille
Vivaient deux frères rats. L’un était gros et gras,
Bedonnant et aimable avec des joues vermeilles.
L’autre était bien plus maigre et se faufilait là

Où personne jamais ne pouvait se glisser,
Dans des caves bien closes et au coeur d’entrepôts
Pourtant cadenassés. Il avait amassé
Un trésor fabuleux qu’il se gardait au chaud.

L’autre rat, qui régnait sur le monde d’en-bas,
Préférait ignorer les méfaits de son frère
Tout en en profitant ; mais un jour le malfrat
Se trouva bêtement pris dans une ratière.

Il poussa de hauts cris. L’autre ferma les yeux.
Reculant pour n’avoir point à le secourir,
Il s’emmêla les pieds dans une corde à noeuds
Qui traînait sur le sol. Ce n’était pas le pire :

Le peuple des bas-fonds aussitôt accouru
Prévint le chat des docks lui servant de police.
Le félin prit les rats, les avala tout crus :
Un moyen comme un autr(e) de rendre la justice !

 

 

 

 

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Poème illutré par un tableau à la manière de :

Klimt
(1862-1918)

La Madelon des Mées avait un beau bébé,
Un pitchoun si parfait que toutes les commères
En étaient entichées. Et elle en était fière,
Riant avec humour de leur partialité !

Non loin de là vivait une affreuse mégère.
Rongée par le dépit et par la jalousie,
Elle trouvait l’enfant honteusement joli.
Las pour la Madelon ! C’était une sorcière :

Enlevant le petit au début du printemps,
Elle alla le cacher dans la grotte des Loups ;
Puis obtura l’entrée par un tas de cailloux
Qu’elle put empiler en les ensorcelant.

Mais un choucas la vit. Outré par ce forfait,
S’en fut à tire d’aile(s) mettre au courant la mère
Qui héla ses amies ; et toutes se ruèrent
Vers la grotte damnée pour sauver le bébé.

On se pela les doigts, on s’arracha la peau,
On faillit maintes fois être blaqueboulées
Par les pierres roulant sur le sol cabossé…
Jusqu’au moment béni où l’on vit le minot :

Il était sain et sauf, et, sans aucun émoi,
Se suçotait le poing avec délectation.
On le tira de là avec tant d’émotion
Que certaines faillirent en mourir de joie.

Puis, quand on fut calmé, l’on courut au village
Pour attraper la vieille. On la mit dans le trou
Qu’on reboucha bien vite avec tous les cailloux.
Elle y est depuis lors et y clame sa rage…

 

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Poème illustré par un tableau de :

Théo Azambre
www.galerie-creation.com

Il y a bien longtemps, un Etre de lumière
Descendit de son monde afin de s’informer
De la planète bleue qui s’appelait la Terre.
Il se posa près d’Aix au début de l’été

Dans un très grand jardin et s’y trouva fort bien ;
D’autant qu’il y trouva des êtres immobiles
De toutes les couleurs. De bien curieux Terriens,
Mais parfaitement beaux – qui semblaient très fragiles

Dans leurs ailes de soie frémissant dans le vent.
L’Etre venu d’ailleurs, hébété de stupeur,
Se dit que ces Terriens vivaient étrangement…
D’autant que dans son monde, il n’y a pas de fleurs !

Puis un autre Terrien, marchant à quatre pattes
Et levant sans vergogne un pied sur un rosier,
Arrosa sans pudeur les fleurs si délicates.
Un tel manque d’égards… L’Etre fut horrifié !

Mais ce ne fut pas tout : un autre, vertical,
Arrivait en courant, tout écumant de rage,
Et criant au forfait, au crime et à l’outrage,
Hurlait comme un dément tout en gesticulant ;

Puis il roua de coups le pauvre quadrupède
Qui rampait à ses pieds… Lors l’Etre de lumière,
Ecoeuré par les moeurs de l’horrible bipède,
Se dit que les Terriens et leur maudite Terre

Ne justifiaient pas qu’on s’y attarde plus !
Il préférait Orion, où nul ne commettait
D’acte délictueux. Que ces olibrius
S’entretuent donc entre eux ! Les seuls qui méritaient

Qu’on s’intéresse à eux ne pouvaient pas bouger !
Parfums ensorcelants et robes de couleur ?
Mais aucun mouvement : ils étaient imparfaits !
L’Etre repartit donc vers son monde d’Ailleurs…

 

 

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Tout en haut d’une tour, un vieillard émacié
Hurlait de tout son saoul : il était enchaîné
Depuis quelque six mois, se plaignant à hauts cris
De sa captivité. Hâve et le teint tout gris,

Il était décharné et l’on comptait ses os.
N’y aurait-il donc point l’un de tous ses féaux
Pour le tirer de là où on l’avait laissé ?
Ses frères, les maudits, l’avaient si bien lié

Qu’il ne pouvait sortir sans aucune assistance…
Le Mistral qui flânait non loin d’Aix en Provence
L’entendit se complaindre et vint le délivrer
A l’insu du Printemps, de l’Automne et l’Eté.

Qué pastis, mes amis ! Quelle grosse cagade !
On était en juillet : ce fut la débandade
Car l’Hiver détaché furieux se déchaîna
Aidé de ses amis : la Pluie, le Vent, le Froid !

Il fallut ressortir les pulls et les k-ways
Et déserter la plag(e) car on y grelottait !
On maudissait l’Hiver, on priait le Soleil
De le vaincre à grands coups de ses rayons vermeils.

Il n’y eut que le Temps pour le remettre en cage
Encor pendant trois mois, comme c’était l’usage.
Le Mistral tout confus se fit lors tout petit,
Se muant en Zéphir léger et déconfit…

 

 

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Poème inspiré par un tableau de :

Marc Chagall
(1887-1985)

C’est le temps des vacances ; il fait trop chaud chez nous :
Ce féroce mois d’août est fait pour les touristes.
Nous allons donc partir vers un hâvre plus doux…
Mais rien que d’y songer, nous sommes soudain tristes

De devoir délaisser notre charmant village.
Dilemme terrifiant… quand une idée nous vient :
Et si nous allions là-haut nicher dans un nuage ?
Pour qu’il demeure ici, nous l’amarrerions bien

Au-dessus de Lambesc ! Sitôt dit, sitôt fait :
Oubliant pour un temps notre esprit prosaïque,
Nous nous somm(es) envolés tendrement enlacés
Au-dessus des humains en leur faisant la nique !

Le nuage est moelleux et l’on y est au doux.
Tout en bas le Midi grille sous le soleil.
Un seul nuage au ciel qui n’est là que pour nous :
Un songe calme et frais au pays des merveilles…

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Au début de l’été, je dus faire un voyage
Me tenant éloignée un mois de la maison.
Avant que je ne parte, un ami du village
M’avait offert un pot dont j’ignorais le nom :

Une plante banale aux feuilles vernissées
Et aux boutons pointus. Alors un peu honteuse,
Je la mis dans un coin et dus l’abandonner
Sur la terrasse au Sud, à l’ombre d’une yeuse…

Quand je rentrai fin juin, je crus perdre la tête
De surprise et d’émoi… Balustrades et murs,
Tout était recouvert de fort jolies trompettes
Roses comme l’aurore ; et la moindre encoignure

En était tapissée. Des vrilles impatientes
S’étaient entortillées et s’étaient enroulées
Absolument partout ! Des fleurs exubérantes
Courant sur la terrass(e) l’avaient colonisée !

Vous ne saviez donc pas que les dipladenias
Avec leurs longues tige(s) emberlificotées,
Jaillissant par ici et s’élançant par là,
Agiles et actifs, sont les doigts d’une fée ?

Peut-être que ceci n’est qu’une galègeade
Ou un conte d’été ? C’est vrai : mea culpa !
Mais peut-on faire moins pour ces fleurs à torsades
Appelées par certains aussi mandevillas ?

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Poème illustré par un tableau de :

John William Waterhouse
(1849-1917)

Au large de Cassis, dans le creux d’un rocher,
Vivait une sirène appelée Danaë
Par les gens de la mer. Les rayons de la lune
Faisaient étinceler sa peau couleur d’écume

Et ses longs cheveux blancs délavés par les flots.
Une fille magnifique, une nymphe de l’eau
Qui chantait chaque soir, attirant les pêcheurs
Par sa voix maléfique. Hélas, pour leur malheur !

Car quand ils revenaient vivre auprès de leurs frères
Rien ne parvenait plus, plus jamais ! à leur faire
Oublier leur séjour au Royaume des Eaux.
Ils y retournaient tous, et peu après leurs os

S’en venaient s’échouer non loin sur le rivage.
Dans toute la région l’on voyait avec rage
Disparaître un à un tous ces jeunes garçons
Devenus fous d’amour, dévorés de passion…

Mais un soir de juillet, le beau Tristan Ogier
Fut charmé lui aussi. Personne ne l’aimait :
Il avait le coeur dur. Détaché et hautain,
C’était un fort bel homme, mais froid et peu humain.

Il ne dit rien aux autr(es) et il reprit sa vie,
Insensible à la fée qui hurlait à grands cris
Son incompréhension d’être ainsi méprisée.
Il haussait les épaul(es), sifflotait, ricanait…

Danaë incrédule eut le coeur ravagé
Par un curieux chagrin. La Méditerranée
Lui paraissait soudain bien inhospitalière !
Elle replongea donc tout au fond de la mer

Et nul ne la revit. A jamais submergée,
Elle s’en retourna au monde des damnés.
Quant à Tristan Ogier, s’obstinant à se taire
Sur sa grande aventure, il garda son mystère…

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Tout au bord de l’abyss(e), sur des collines bleues,
Sont posés des palais de marbre et de porphyre
Qui semblent onduler dans les remous saphir.
La Méditerranée délite peu à peu

Les arcades blanchies par le temps de la mer,
Ce long temps immuable érodant et creusant
Les façades rongées tels des squelettes blancs.
C’est un monde blafard, où même la lumière

N’est plus qu’une pénombre où flottent des poissons
Rassemblés en essaims comme vols d’étourneaux.
Des statues écroulées gisent dans les coraux,
Et leurs énormes yeux ouverts sur les grands fonds

Sont emplis de varech, de boue, de tentacules
Qui les font palpiter comme s’ils regardaient
Un abîme inconnu aux gouffres insondés,
Un vide terrifiant grouillant d’animalcules .

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