Archives de catégorie : Contes

Noyade

Le soleil s’est noyé au large de Marseille.
Comme il avait trop chaud, il voulait rafraîchir
Ses rayons hérissés et sa face vermeille
Dans l’eau que l’aube argent commençait à blanchir.

La Méditerranée tellement attirante
Lui a ouvert ses flots ; le soleil a plongé,
Car comment résister à la fraîcheur tentante
De ce fluide indigo pouvant le soulager

De ce feu consumant sa divine matière
Et dont il était las ? Il a sauté du ciel.
Son plongeon  rugissant comme un coup de tonnerre
A fait bouillir les vague(s) ; un geyser torrentiel

A balayé la mer, escaladant les nues,
Et l’eau a bouillonné au loin jusqu’à Niollon.
Mais il s’en est voulu de l’idée saugrenue
Qui l’avait fait plonger, pesant comme du plomb,

Car la mer l’a étreint de ses noirs tentacules
Et, ne pouvant flotter, le soleil a coulé…
Depuis nous souffrons tous de ce saut ridicule
Et nous crevons de froid. En plein mois de juillet

Nous vivons un enfer. Il fait noir, tout est sombre ;
La glace envahit tout, mais la mer bout toujours !
Le grand ciel de l’été est dévoré par l’ombre.
Notre bon vieux soleil renaîtra-t-il un jour ?

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Un conte

Je vais vous raconter une fort belle histoire.
Où l’on parle d’amour et d’un très vieux château
Perché sur le Ventoux ; d’un joli damoiseau
Amoureux d’une dame à la beauté notoire ;

D’un orage effroyable au cœur d’une forêt ;
D’une biche aux doux yeux ; de la course éperdue,
Presque désespérée, d’une fille perdue
En plein milieu des bois ; d’un vieillard éploré ;

D’un gros gâteau aux noix où se cache une bague ;
D’un mauvais cuisinier et d’un vilain chasseur ;
D’un enfant de deux ans enlevé par sa sœur ;
D’un tout petit bateau et d’une énorme vague

Le posant doucement dans la cour du château ;
De dragons bienveillants ; de trois petites chattes ;
D’un coffre rempli d’or ; d’un canard à trois pattes
Et d’un brigand armé d’un énorme couteau…

Plein de péripéties et moult événements
A vous faire frémir, délicieusement !
N’est-ce pas, cher lecteur, que c’est vraiment facile ?
Qu’écrire un fabliau n’est pas bien difficile ?

Allez, faites-moi donc de tout ceci un conte
Puisque vous en avez tous les constituants !
Un tout petit boulot, vraiment pas très tuant !
Allez-y, mes amis ! Seul le suspense compte..

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Les voyageuses…

Sur la Touloubre en crue trois feuilles dodelinent,
Trois bateaux si légers qu’il paraît inouï
Que les eaux agitées n’aient point anéanti
Leur gracile châssis. L’une d’elles est violine,

La seconde orangée, la troisième incarnat :
Un fort joli trio qui descend la rivière
Dont les flots agités brimbalent la lumière
D’un été qui s’éteint. Non loin de Saint-Cannat,

Le ruisseau fait un coude et le flot ralentit.
En profitant alors, trois hôtes intrépides
Abordent les esquifs. Insectes trop stupides
Pour prévoir l’accident qui leur est garanti

Si le courant s’accroît ? Ce sont trois coccinelles
Du début de l’automne, et leur probable fin
Ne leur a point ôté cette éternelle faim
D’un Ailleurs inconnu. Leurs obscures ocelles

Bougent fort joliment au rythme fou de l’eau.
Vont-elles s’envoler de leur barque fragile,
S’estimant tout à coup beaucoup trop malhabiles
Pour rester accrochées à ce frêle rafiot ?

A l’entour de la mort, les feuilles ont senti
Qu’elles portaient la vie. Elles gagnent la rive,
Y déposent leur faix, puis filent sur l’eau vive,
Voguant vers le destin  leur étant imparti.

Posées sur un roseau, les jolies coccinelles
Se sont figées un temps juste au-dessus de l’eau
A contempler les feuilles voguant sur les flots
Qu’un ultime soleil émaille d’étincelles.

Puis, prenant leur envol, elles ont regagné
Ce monde merveilleux qui leur est assigné.

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L’escalier buissonnier

Dans la maison de Jean, un très vieil escalier
S’échine vaillamment à monter et descendre
Depuis cent cinquante ans. Fait d’un pin un peu tendre,
Il a été foulé par des milliers de pieds

Et en garde la marque incrustée dans son bois.
Un escalier tournant, dit « en colimaçon »,
Qui tournicote ainsi dans la vieille maison
Sans jamais s’arrêter, jusqu’en dessous du toit.

Vous allez m’avancer ( je vous entends déjà !)
Que, non, ce n’est pas lui qui se fatigue ainsi,
Que c’est Jean et les siens ! N’oubliez pas ceci :
Dans les vieilles maisons comme ce très vieux mas,

L’on entend tout craquer : meubles, sol et plancher ;
Tout comme l’escalier qu’on oblige à subir
Ces millions de pas ; qui souffre, sans mentir,
Tout comme s’il montait, descendait, remontait…

Car tout a bien une âme, et Jean s’en aperçut
Un soir du mois de juin. L’air était si cuisant
Sous le vieux toit bancal qu’il ouvrit largement,
Pour pouvoir respirer, la lucarne au-dessus

De l’escalier ravi, qui lors en profita
Pour se carapater et filer vers le ciel,
Y rejoignant enfin un très bel arc-en-ciel
L’attendant patiemment depuis plus de deux mois.

Bien que remis de tout, Jean se mit à crier.
Il fallut le treuiller, puisqu’il était en haut,
Jusqu’au rez-de-chaussée. Il en resta idiot
Sans pouvoir dire un mot pendant des jours entiers.

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Le vieux chien sur la plage

La Méditerranée musarde sur la plage,
Sereine et bleu marine, aussi calme qu’un lac.
Mousseux et argenté, c’est tout un entrelacs
De légers cheveux d’ange, un lacis de nuages

Qui flotte dans le ciel : on dirait un tableau !
Il est vraiment très tôt et il n’y a personne,
Sauf un gros chien pelé dont les abois résonnent
Dans le petit matin, presque jusqu’au Prado.

Il se traîne, épuisé, sur la plage déserte.
Qui a abandonné ce malheureux clébard
Sur la grève à Marseille ? Il faut être un connard
Pour l’y avoir laissé ! Tous les sens en alerte,

Il aboie, mais en vain. Il a soif, il a faim…
Toute cette eau à boire… et pourtant imbuvable !
Son sort est si cruel, tellement pitoyable,
Qu’il vous ferait douter de tout le genre humain !

Il ne sait où aller, mais il vaut mieux peut-être
Qu’il erre sur la plage : il n’y redoute rien
Du trafic matinal, de tout ce va-et-vient
Des gens et des autos. Peut-être que son maître

Se morfond lui aussi, seul et désespéré
D’avoir perdu son chien ? Qui dit qu’une bêtise
Ne l’a pas fait sortir sans qu’on l’y autorise ?
On ne l’a pas laissé ! Ce ne peut être vrai !

Haletant et à bout, le vieux corniaud s’allonge
Près de l’eau bleue qui bat, diffusant sa fraîcheur
Au sable humide et dur. Avec moulte douceur,
La Méditerranée qui le lèche le plonge

Dans un profond sommeil enfin réparateur.
Et bercé par l’eau bleue qui clapote et balance,
Le pauvre chien perdu sent sa vie en souffrance
S’envoler doucement vers un monde meilleur.

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La maison du plateau

Là-haut sur le Plateau, j’ai construit ma maison,
Pas bien loin de Gréoux. Près d’un champ de lavande
Qui l’embaume l’été quand le vent sarabande,
L’emmitouflant d’air chaud du sol jusqu’au pignon.

Un grand pin parasol incline sa ramure
Au-dessus de son toit, l’abritant du soleil
Dont l’embrasement d’or tout crépitant balaye
Ses façades ocrées. Et sa verte palmure

La garde du brasier sous sa large ombre fraîche,
Quand l’été pèse lourd sur les bois et les champs
Accablés de chaleur ; quand le chant roucoulant
Des colombes parcourt la garrigue trop sèche.

Une jolie maison, peut-être trop jolie !
Un nuage en passant l’a vue dans le vallon,
Blottie sous le soleil dont les longs rayons blonds
Parent d’or et de feu ses pierres bien polies.

Charmé par sa joliesse et par cette harmonie,
Le nuage surpris a alors décidé
De rester au-dessus pour mieux la contempler,
Semant vite chez nous pas mal d’acrimonie

Envers ce malotru qui nous faisait de l’ombre.
Bien trop à notre goût, car ici à Gréoux
L’on n’aime pas du tout, mais alors pas du tout,
Que le ciel en été vire au gris et au sombre !

Mais tout a bien changé quand on s’est rendu compte
Que les gens enchantés venaient à la maison
Pour nous y saluer bien plus que de raison :
Il y faisait si frais ! Et nous avons eu honte

De notre déplaisir et de notre colère
Envers ce gros nimbus tellement discourtois
Qui s’était installé juste à l’aplomb du toit,
Mais dont l’ombre portée faisait bien notre affaire…

Et il est resté là, joli, frais et aimable,
Tout au long de l’été, juste au-dessus de nous.
Mais un très gros orage a éclaté fin août
Et nous avons perdu… la star de cette fable !

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La seconde fois

Il n’a pas bien compris  pourquoi il était là,
Mais peu lui importait : la vie semblait si belle.
Quel destin merveilleux ! Cette aurore nouvelle
Lui étant accordée une seconde fois,

Il ne savait comment il avait eu la chance
Qu’on la lui ait donnée ! Pour humer à nouveau
L’air pur de sa Provence, en éternel dévot,
Y chanter son amour et sa reconnaissance ?

Il a pourtant bientôt tristement déchanté
Quand il a retrouvé un Marseille angoissant :
Ce n’était plus la ville à l’ineffable  accent
Qui, quand il y vivait, l’avait tant enchanté,

Mais un monde sévère aux rues inexpressives,
Des femmes empêtrées dans de très longs manteaux,
Suivies par des barbus arriérés et brutaux.
Calme presque anormal, discrétion excessive…

Sur la ville pesait un ciel couleur de poix
L’enveloppant du gris d’un voile de tristesse.
Marseille avait perdu cette aura d’allégresse
Qu’il avait tant aimée quand il était en bas.

Un monde sans couleurs et une ville morne
Qui ne savait plus rire, hurler ou s’engueuler.
Un Marseille trop sage, abruti, esseulé,
Semblant s’abandonner à un malheur sans bornes.

Il ne savait plus trop si c’était le Midi,
Sa Provence d’antan inondée de lumière.
Tout y semblait figé, son ciel était de pierre
Et le bonheur humain semblait s’en être enfui.

Alors l’Homme a eu peur. Il s’est mis à genoux
« Mon Dieu, a-t-il prié, ramène-moi chez Nous ! »

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