Archives de catégorie : Contes

Contre-attaque

Poème illustré par un tableau de :

Yves Lallemand

L’on était tout content car c’en était fini
Des gelées, de la pluie, de toute cette crasse ;
J’avais même sorti mes pots sur la terrasse.
Une douce euphorie nous donnait le tournis…

Quand voilà, patatras ! Ce vieux crétin d’Hiver,
Contraint de déguerpir par Dame la Nature,
A fait front, résisté et tenté l’aventure :
Malgré le renouveau, les jardins déjà verts,

Il a fondu sur nous, et encore très costaud
Bien qu’il soit très âgé – quasiment un trimestre –
Il a contre-attaqué. Véritable homme-orchestre
Il a mobilisé tous ses seconds couteaux :

Le vent, le gel, la pluie, la neige et le brouillard,
Pour nous pourrir la vie… Mes fleurs ont triste mine
Et depuis quelques jours, elle se ratatinent
Pour échapper au froid. Un grand mistral braillard

Hurle sur la garrigue avec des cris de loup…
L’on était accablés, quand maîtresse  Nature
A soudain décidé que la grande imposture
Devait enfin cesser. Et que le vieux filou

Devait laisser la place au tout jeune Printemps.
Là, c’est définitif : il gît dans sa tanière,
Vaincu par le soleil et sa chaude lumière.
Car ainsi doit aller l’alternance du Temps…

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La maison du bonheur

On l’appelle à Lançon : «  La maison du bonheur ».
Surplombant le village, elle est ensoleillée
A longueur de journée, et, à peine éveillée,
Papillote au soleil. Pour tous les promeneurs,

C’est vraiment merveilleux de voir sur la colline
Cette jolie bastide aux volets grand ouverts
Comme de larges yeux sur un jardin tout vert,
Où des cyprès pointus doucement dodelinent

Dès que bruisse le vent quand il souffle plus fort.
Son crépi est ocré, comme on l’aime en Provence.
Une affable maison, sans excès ni outrance,
Où l’on aimerait vivre et encor et encor…

Sur un vieux rocking-chair, il y a le grand-père
Qui marmonne sans cesse en prenant le soleil.
Il a le teint rougeaud et un gros nez vermeil
Car c’est un vieil ivrogne.Et la famille espère

Qu’il s’en ira bientôt… sans laisser son magot
A son fils préféré en lésant tous les autres !
La grand’mère confite en moultes patenôtres
Aime mieux son cadet, qui est un vrai nigaud !

La jolie maison bruit d’innombrables disputes.
Tout le monde se hait, même les deux vieux chiens…
Bagarres inouïes entre le vieux Lucien
Et sa bru dont il dit qu’elle est une vraie pute ;

Sans compter les enfants, trois horribles marmots…
La jolie maison ocre héberge un triste monde,
Mais cache son secret à des lieues à la ronde,
Soupirant sous son toit, ne disant jamais mot,

Car c’est vrai que les mas en Provence ont une âme !
La maison du bonheur ressent avec chagrin
La hideur et l’horreur de ce qu’elle contient ;
Et son ressentiment engendrera un drame

Quand un jour, excédée, elle s’écroulera
Sur ces piètres humains dont l’abjecte bassesse,
Les cris et les jurons la perturbent sans cesse.
Dans les infos du jour alors on parlera

D’un affreux accident dû à la vétusté…
La maison du bonheur n’est plus qu’un tas de ruines
Où poussent trèfle et thym, là-haut sur la colline.
Seuls les chiens survivants se sont carapatés…

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La maison-fée

Il est une maison au flanc de la colline,
Qui vacille et frémit dès que gémit le vent ;
Et comme près des Baux il souffle bien souvent,
L’on dirait qu’elle vibre et qu’elle dodeline

Au moindre frisson d’air un petit peu violent.
Y habitent, dit-on, de vieilles âmes mortes,
Des sylphes, des lutins ou des djinns, peu importe !
Mais qui ose y entrer y ressent un violent

Sentiment d’anxiété. Car la maison est fée :
Charmant ses visiteurs, elle les engloutit
Au sein d’un rêve fou, dans un monde interdit
Où la réalité se fait et se défait

Sous chacun de leurs pas. Errant de pièce en pièce
Au fil de longs couloirs, ils oublient ce qu’ils sont,
Semblent ensorcelés, attirés par le son
D’une étrange chanson qui pleure et qui les blesse,

Arrachant quelquefois du fin-fond de leur cœur
Des sentiments perdus et des réminiscences
De rêves enfouis. Sorte de jouissance
Qu’ils voudraient retenir même s’ils en ont peur !

Une belle maison. La colline gravie,
L’on y entre aussitôt, ne pouvant résister,
Et même si l’on sait qu’on va y aposter,
Chaque fois qu’on y va, un danger pour sa vie !

Attirante maison. Hypnotique. Toujours.
Vacillant dans le vent et semblant immortelle.
Ses murs sont en papier, mais elle est éternelle.
Nul ne pourrait l’abattre. On l’appelle : « l’Amour ».

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Complainte

Je m’en vais vous conter un bien triste destin,
Mais je vous en préviens  : ma tragique complainte
Est un vrai requiem, tout sanglots, toutes plaintes,
A vous faire pleurer dès le petit matin…

C’était l’été dernier ; je m’en souviens fort bien.
Le ciel était très bleu – de bien mauvais augure ?
Mais après tout un tas de sombres aventures
Dues à des coups de vent, vécues non loin d’Amiens,

J’étais fort satisfait de venir en Provence.
Pas un nuage au ciel, un azur vraiment bleu !
Oubliées les nuées se suivant queue leu leu
Que j’avais supportées dans le nord de la France !

J’étais un compagnon pour ma propriétaire
Dont je sauvegardais les beaux cheveux bouclés
Et les fards parfaisant un joli teint de lait.
Je la suivais partout, témoin prioritaire

De la moindre sortie, de toute promenade.
Toujours en exercice. Un bosseur, je vous dis !
Je l’aidais tous les jours, mais pas le mercredi :
Elle était professeur. Un jour pour moi maussade…

Et puis on est venus s’établir à Marseille.
Au début, c’était cool : il n’y pleuvait jamais !
Je restais dans ma housse. Enfin de vrais congés,
Des vacances super. Délices et merveilles…

A Marseille, Elodie se passait bien de moi
Et j’étais enchanté de n’avoir rien à faire !
Je ne détectais point l’ambiance mortifère
Qui pourtant aurait dû provoquer mon émoi

Quand un jour je compris que je n’existais plus…
Ma toile chiffonnée n’était plus dépliée,
Mes ressorts étaient mous, mes baleines rouillées.
Depuis notre arrivée, il n’avait jamais plu !

Je croyais que le sort m’avait vraiment souri
Et je ne rêve plus que d’un climat pourri !

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Un coup de vent d’automne…

Un coup de vent d’automne a emporté son cœur
Au-delà de la mer, au-delà de Marseille.
Coup de tabac dément, bourrasque sans pareille
Venue d’on ne sait où pour répandre la peur !

Il l’avait rencontrée depuis trois jours à peine
Quand ce mistral cinglé a soudain déboulé.
Elle s’est affolée : il fallait s’en aller
Pour fuir cette région à la louche dégaine,

Où le vent tempêtait tout comme un ouragan.
Elle y était venue en pleine confiance,
Avec des rêves fous de soleil en Provence ;
Et sans ce coup de vent vraiment extravagant,

Elle y serait restée, déjà presque amoureuse.
Marseille lui plaisait, et le jeune homme aussi.
Sans ce foutu mistral, il aurait réussi
A garder près de lui la jolie visiteuse !

Mais elle est repartie, emportée par le vent.
Il est resté tout seul, et le spleen de septembre
Rend encor bien plus dur le vide de sa chambre.
Depuis ce coup de chien, plus rien n’est comme avant…

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Une feuille est tombée…

Une feuille est tombée, valsant éperdument
Avant de se poser sur l’eau de la fontaine.
Une feuille foldingue, une feuille à fredaines
Qui, bien que ce ne soit pas encor le moment,

S’est trop abandonnée aux caresses du vent.
Ce n’était plus l’été mais pas encor l’automne ;
Le ciel s’était ocré de pâles reflets jaunes,
La lumière ternie d’un été s’achevant.

La feuille s’est offerte aux vigoureux assauts
Du mistral qui dansait dans le ciel de septembre.
Une fort jolie feuille un peu tachetée d’ambre
Que le vent avait vue au cœur d’un arbrisseau.

La feuille a fait la folle et s’est vite complu
A faire des loopings dans le ciel bleu marine,
Jusqu’à ce que le vent l’abandonne et décline
Ce jeu qui désormais ne l’intéressait plus.

Il l’a donc déposée sur l’eau qui frémissait…
Dressant encor un peu son petit pédoncule,
Frêle et léger esquif, gondole ridicule,
La feuille y a fini son périple insensé,

Se laissant engloutir et noyer lentement
Pour s’en aller pourrir au fond de la fontaine.
Une feuille foldingue, une feuille à fredaines
Ayant pris son envol trop prématurément.

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J’aimerais, je voudrais…

J’aimerais, je voudrais m’envoler tout en haut
De la montagne bleue penchée sur la vallée ;
Et puis, niant ma peur, toute crainte avalée,
M’élancer du sommet comme une-femme oiseau.

Je voudrais, j’aimerais m’ébattre dans le ciel
Pour y glaner enfin des flocons de nuages,
Et voir la mer au loin tel un brumeux mirage
Où dansent des bateaux irisés d’arc-en ciel.

J’aimerais, je voudrais grappiller des étoiles
Pour les disséminer aux cimes des sapins
Et des mélèzes noirs, sur les monts subalpins
Que le gel hivernal drape d’un léger voile.

Je voudrais, j’aimerais incendier la lune
Pour qu’elle soit enfin l’égale du soleil
Et embrase les nues de son cercle vermeil
Qui enflamme la nuit, sa mélancolie brune.

J’aimerais, je voudrais musarder dans le ciel,
Valser au fil du vent au-dessus des vallées ;
Et puis planer tout doux après m’en être allée
Rejoindre l’horizon repeint d’or et de miel.

Je voudrais, j’aimerais rester toujours là-haut
Pour un dernier ballet. Un ultime voyage
Au pays où la mort n’existe plus, ni l’âge ;
Où des gens comme moi volent tels des oiseaux…

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Le nuage aventurier

nuage2

Posé sur le Cimet, il était un nuage
Friselé et crépu comme un bon gros mouton,
Aussi léger et blanc que duvet de coton…
Laissé sur le sommet par le dernier orage,

Il paissait le ciel bleu, accroché à la pente,
Quand il sentit en lui sourdre un très grand désir :
Celui de vivre enfin, de descendre et de fuir
Ce piton trop tranquille à l’inertie crispante.

Lors, tout gonflé d’audace, il se mit à descendre
Vers la vallée plus bas et son monde inconnu,
Délaissant la montagne et ses espaces nus
Pour la douce verdeur d’un monde bien plus tendre.

Sous le passage bleu de sa fraîcheur mousseuse,
Tout à coup rénovée, l’herbe se redressait
En petits traits bien drus, fermes et hérissés
Par l’étreinte mouillée de l’onde nuageuse.

Lorsqu’elle fut en bas, l’audacieuse nuée,
Un peu trop excitée par l’odeur du printemps
Se résolut à prendre encor plus de bon temps.
Mais se sentant quand même un peu diminuée,

Il lui vint tout à coup l’idée d’une baignade
Pour se régénérer, regonfler sa vapeur.
Le propre d’un nuage est qu’il n’a jamais peur,
Que pour lui se baigner n’est qu’une guignolade !

L’Ubaye roulait par là. Aussitôt attiré,
Le nuage imprudent s’approcha de la rive,
Ignorant le tonus printanier de l’eau vive
Qui sans nulle pitié pouvait le digérer…

Mais il s’en fichait bien ! Il fut happé par l’eau
Et changé sur le champ en blanches vaguelettes ;
Puis sous l’aspect sympa de mille gouttelettes,
Entraîné vers la mer pour rejoindre les flots…

Bercé et cahoté, il devint une vague
Chauffée par le soleil qui le but peu à peu
Pour le ré-expédier vers l’immense ciel bleu
Où tout revigoré par l’air pur il divague.

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Eveil

Chalet sous la neige

Sous son duvet gonflé au galbe immaculé,
Le chalet dort encor. Seul un léger filet
De fumée s’éparpille au-dessus du toit blanc
Où vient de se poser un énorme milan

Sombre comme la nuit qui obscurcit toujours
Les pentes du Cimet. Les plumes du vautour
Sont tout ensanglantées, mais le sang rouge est noir
Tant l’ombre l’obscurcit, et nul ne pourrait voir

Qu’il est l’incarnation d’un monde sans pitié.
Sous son toit rebondi, le chalet qui dormait
Commence à s’éveiller sous le prime soleil
Dont l’éclat adouci favorise l’éveil

Des gens de la maison. Alors l’oiseau s’enfuit,
Emportant dans son vol des lambeaux de la nuit.
Ne reste sur le toit qu’une traînée de sang,
Souillant pour quelques jours l’édredon innocent.

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Les deux vieux

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Poème illustré par :

Daniel Sannier
http://www.danielsannier.com/

Il était une fois, planté dans la garrigue,
Un mas tout de guingois sous les assauts du vent.
Un vieux mas si chenu, là depuis si longtemps,
Que ses murs, tels des gens courbés par la fatigue,

S’étaient pas mal voûtés, semblant pleurer misère.
Y vivaient deux bons vieux, deux bonnes vieilles gens
Qui semblaient oubliés par la fuite du Temps
Et qui devaient tous deux être au moins centenaires.

Deux vieux aussi ténus qu’une fine dentelle,
Usés par les années, petits êtres menus
Qui ne pesaient plus rien et qu’on ne voyait plus…
Etaient-ils détenteurs d’une vie immortelle ?

Tout le monde y croyait. Mais un beau jour d’automne,
Le vent passant par là les vit dans le jardin,
Frêles et délicats! Comme il était taquin,
Il les fit s’envoler d’une aile polissonne

Pour leur fair(e) faire un tour au-dessus de la Terre !
Mais tout à l’opposé de ce qu’il aurait cru,
Ils en furent ravis, et ne voulurent plus
S’en retourner chez eux. Au fond fort débonnaire,

Le vent les porta donc au Royaume céleste.
Le vieux mas resta seul. Peu à peu le maquis
Envahit plus encor ses vieux murs décatis ;
Et longtemps à Alleins l’on se conta la geste

Des deux vieux arrachés à leur vie amoindrie.
Le vieux mas disparut sous la végétation
Jusqu’à ce que se pose une étrange question :
Pourquoi la lande ici était-elle fleurie ?

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La sorcière

femme

Si parfaite est sa peau qu’une pêche au jardin
S’en est plainte au soleil tant elle est veloutée.
Son charme est une drogue, aimée et redoutée
Des nombreux prétendants à l’esprit libertin

Qui rôdent autour d’elle. Ambrée comme un verger
Fleurant bon les fruits mûrs, sa beauté ensoleille
Ses draps frais repassés, et chacun s’émerveille
De ces yeux indigo sachant si bien piéger

L’amoureux décidé à boire ses baisers.
Son charme est dangereux, mais la fille si aimable
Qu’elle sait à jamais se rendre inoubliable.
Comme un vin dangereux, elle peut vous griser

Et vous rendre cinglé ! Peau exquise à goûter,
Moelleuse comme un fruit dont la fraîche saveur
Fond tout doux sous la langue… Incroyable ferveur
Des hommes prêts à tout pour pouvoir affronter

La belle redoutée, dont la beauté altière
Donne à tous ses amants l’impression de tomber
Dans un piège mortel, qu’ils feignent d’ignorer
En croyant la dompter. Mais c’est une sorcière

Dont le cœur est glacé, et nul n’a eu encor
Le pouvoir de régner sur son âme rebelle.
Elle sourit toujours, somptueusement belle,
Et son nom est étrange : on l’appelle la Mort.

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La porte bleue

La porte bleue

Poème illustré par un tableau de :

Yves Lallemand
lallemandyvespeintre.free.fr

Dans le fond du jardin, il y a une porte
Peinte d’un bleu si bleu que le ciel est jaloux
De n’avoir jamais pu créer un ton si doux,
Même au fin-fond du Sud, là-bas, sur la Mer Morte !

Nul n’a jamais trop su sur quoi elle s’ouvrait.
L’on ne peut pas savoir, car la clé s’est perdue…
L’on ne veut pas savoir, et sa quête éperdue
A cessé quand quelqu’un s’est dit qu’elle pourrait

Donner sur un mystère ou un tout autre monde.
On aime mieux rêver. L’on imagine tout.
Ce bleu ciel sous-entend les songes les plus fous.
Sur quoi s’ouvre la porte ? Les présomptions abondent :

L’un y voit une issue vers une île au trésor
Regorgeant de bijoux et de pierres précieuses
Où chacun serait riche. « Théorie fallacieuse »
Lui disent ses amis « Y aurait-il encor

D’éventuels désirs si l’on était tous riches ? »
Un autre y imagine un jardin, Paradis
S’étant coupé un jour d’un quartier enlaidi
Par l’excès de béton et préférant la friche ;

Un autre enfin la fin d’un univers fini,
Un Rien où l’on pourrait jour après jour tomber
Si l’on trouvait la clé. Et même être absorbé
Par un néant glacial et un vide infini…

C’est vrai qu’il suffirait d’aller chercher l’échelle
Pour voir ce qu’il en est, regarder par-dessus…
Mais nul ne veut savoir ; l’on ne rêverait plus !
Empreinte de folie, la vie est moins cruelle…

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Par un jour accablant…

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A Marseille, aujourd’hui, il fait tellement chaud
Que la ville apeurée paraît entrée en transe.
La mer voudrait l’aider, mais le calme tempo
Des longues vagues bleues qui ondoient et qui dansent

Ne peut pas juguler l’effroyable chaleur
Qui va la consumer. Le soleil implacable
Darde au long de ses rues des rais impitoyables
Et tellement ardents que la ville prend peur,

Confrontée à ce feu semblant né de l’enfer.
La lumière outrancière est vraiment anormale
Pour la ville qui n’a jamais encor souffert
D’occuper dans le Sud sa latitude australe !

La mer essaye en vain de la lécher tout doux
Pour revivifier ses quais poisseux et tièdes,
Mais aucun clapotis : ses vagues sont trop raides !
L’été halluciné paraît devenu fou

Sans les lois bien réglées de tout mois de juillet…
Tout semble donc perdu, mais Marseille en a marre
De devoir supporter cet effarant brasier ;
Il se décide alors à larguer les amarres

Pour aller s’installer loin de l’été dément
Au centre de la mer en Méditerranée,
Là où il fait plus frais. La ville malmenée
Par l’étrange fournaise sort de l’abattement

Où elle se mourait, en retrouvant le goût
De son sourire inné, de sa vie un peu dingue.
C’est désormais une île, et, se moquant de tout,
Pour une ultime fois Marseille se distingue…

Tout au Sud de la France il y a un grand trou,
Et la vie alentour peu à peu se déglingue…

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La lune élimée

moonlight

Point d’étoiles ce soir. Le ciel
N’est éclairé que par la Lune
Dont les rayons comme du miel
Ruissellent au long des rues brunes.

Toute nimbée d’un orbe d’or,
Mais point intégralement ronde,
Elle est élimée sur un bord !
Inclinant sa figure blonde

Sur Marseille tout alangui,
Elle luit anémiée et terne,
Et ses rais lapis-lazuli
Baignent la ville qui hiberne.

La nuit est ponctuée de chats
Posés sur les toits roux qui penchent,
Et leur silhouette incarnat
Rompt le flot de lumière blanche

Qui coule de l’astre amputé.
La Lune usée est bien moins belle
Qu’en sa rondeur! Sa vénusté
Ne tient donc qu’à une lamelle ?

Toujours est-il que tristement
Elle s’est penché sur Marseille
D’où la contemplent deux amants
Que l’heure tardive ensommeille,

Mais qui s’émerveillent, radieux :
N’est-elle point cette planète
Qui encense du haut des cieux
Leur si délicieuse fleurette ?

En les voyant main dans la main,
Doigts enlacés, levant la tête,
La Lune se dit que demain,
Sa symétrie sera parfaite

Et qu’elle leur plaira vraiment.
Mais peu leur chaut ! Entichés d’elle,
Ils n’entendent point son tourment,
En amis fervents et fidèles ;

Car la Lune est belle pour eux ;
Elle est le témoin de leur flamme,
De leurs doux ébats amoureux,
Et elle enlumine leur âme…

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Sonnet interdit aux messieurs…

Jeune fille

Savez-vous, mes chères amies,
Que quand nous mourrons, vous et moi,
Nous trouverons dans l’autre vie
Mille puceaux de bon aloi ?

L’on ne vous a donc jamais dit
Qu’au Paradis nul mec n’est roi ?
Point d’hégémonie pour le vit :
Seules les femmes font la loi !

Quand vous arriverez là-haut,
Haut perchées sur vos Stilettos,
Tous seront à votre merci,

Quel que soit votre air et votre âge ;
Et vous pourrez sans nul souci
Nous venger d’ancestraux outrages…

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