Archives de catégorie : Chez nous

L’intruse

Les rayons du soleil fort bas sur l’horizon
Entrent en biais chez nous ; et ils y font flotter
Des particules d’or, comme s’ils agitaient
De la poudre de riz au cœur de la maison.

C’est un joli ballet, même s’il faut reconnaître
Que tout n’est que poussière… et que c’est consternant !
Mais la lumière drue de l’astre déclinant,
Valsant sous le plafond, semble y faire renaître

Un printemps tout nouveau au seuil du triste automne.
Elle fait flamboyer le noyer du bahut
En lui donnant l’aspect d’un bois tout droit venu
D’un exotique Ailleurs brodé de plages jaunes.

Toujours plus intrusive, elle s’est faufilée
Jusqu’au fauteuil douillet où s’est lové le chat.
Lustrant le poil foncé de l’insolent pacha
Qui dort à qui mieux mieux, de sa langue effilée

Elle chauffe ses reins sans qu’il bouge de place.
Elle avance en rampant sur le sol bien ciré
Etincelant soudain sous le faisceau doré
Qui le fait rutiler tout comme de la glace.

Plus la journée décroît, plus elle se faufile,
Empruntant la fenêtre étroite du salon
Dont l’angle convient bien à son intrusion…
Et puis d’un coup s’éteint, alors que se profile

Dans le ciel assombri la lune de septembre :
Mais j’ai clos la fenêtre, et sa sombre clarté
Bute contre la vitre et ne peut point entrer !
Elle reste dehors et y fait antichambre…

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Le jardin de Caline

Le jardin de Caline est un vrai paradis
Où pousse à profusion tout ce que le Midi
Laisse germer et croître à force de lumière !
Où même une orchidée pousserait sur les pierres

A condition qu’elle ait tous les soirs un peu d’eau !
Le jardin de Caline ? Un merveilleux cadeau
Pour qui aime les fleurs en fouillis, la verdure…
Il souffre rarement de l’extrême froidure

Qui peut mordre le Sud juste avant le printemps,
Car une fée y vit depuis très très longtemps
Comme en un nirvana au cœur de la Provence ;
Et pour lui ce choix fut une incroyable chance

Puisqu’elle le soustrait aux caprices du temps…
Comme ces vieux jardins que les curés d’antan
Cultivaient patiemment près de leur presbytère,
Le jardin de Caline est comme un éventaire

De légumes, de fruits de toutes les couleurs,
Tout aussi parfumés que les milliers de fleurs
Y poussant à foison. Caline a la main verte
Tout comme son mari ; et toute découverte

D’un nouveau spécimen méritant d’être aimé
Les rend vraiment heureux. Pour le jardin charmé,
Ce petit plant tout neuf est comme une aventure,
Qu’il devra protéger sous ses vertes ramures

En l’ombrant sans excès. Ensuite le Destin
Prendra sa vie en main dans le petit matin
Que le ciel indigo à l’envi ensoleille.
Le jardin de Caline est une vraie merveille…

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Il fait déjà trop chaud…

Ce début de juillet s’annonce redoutable.
Il fait déjà trop chaud. L’on a clos la maison
Comme un vrai château-fort, volets clos. La saison
Estivale est précoce ; et bien peu acceptable

Le fait de se terrer comme des animaux.
Le mois de juin déjà presque caniculaire
Nous a anéantis. Prodige séculaire,
Nous ont dit les experts avec leurs jolis mots !

Dedans, il fait bien frais. Mais aussitôt qu’on ouvre,
Un déluge de feu s’engouffre à l’intérieur.
En sera-t-il ainsi en des temps ultérieurs ?
Quel est donc ce démon qui peu à peu entr’ouvre

Les portes de l’Enfer pour nous faire cramer
Avec force fournaise et autre canicule ?
Bien calfeutré chez soi, l’on se sent ridicule
De n’oser affronter le soleil affamé

Qui se tient aux aguets, là, derrière la porte,
Tout prêt à nous griller, pauvres petits humains !
Quel sera l’avenir, que sera donc demain ?
Quand on voit les dégâts que ce temps fou apporte

Et ses calamités, l’on ne peut que frémir…
Mais ne résistons plus à la molle torpeur
Nous isolant du monde. Oublions cette peur
Qui nous saisit le coeur. Il vaudrait mieux dormir…

Prenons un thé glacé. La maison est bien fraîche.
Les cigales dehors fêtent cette chaleur
Qui leur est idéale et qui nous est douleur…
La sueur distillée par ta peau un peu rêche

Me saoule et m’ensorcelle irrésistiblement.
L’on s’aime et l’on est bien. Un ventilateur tourne.
Que notre amour-passion pour un temps nous détourne
D’idées trop compliquées pour soucier deux amants !

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Terreur nocturne

Qui pianote tout doux à l’huis de la maison ?
Un léger battement, un soupir, une sorte
De frôlement furtif qui défie la raison.
Qui donc tapote ainsi au vantail de la porte

A onze heures du soir ? On a déjà ouvert
Rapidement – deux fois – mais l’on n’a vu personne !
Maintenant l’on a peur. Quel est donc ce pervers
Qui veut nous effrayer ? Voici qu’on déraisonne

En cherchant qui, dehors, veut nous pousser à bout.
Il est vrai qu’on est seuls au cœur de la garrigue,
Que lugubre est le cri de ce maudit hibou
Qui niche pas bien loin. Et qu’on paie les fatigues

Cumulées au travail tout au long de l’été.
L’on est venu passer quelques journées tranquilles
Dans la vieille maison, dont la tranquillité
Nous déstresse si bien à l’écart de la ville.

Et voici que ce bruit nous fait battre le cœur !
Il n’est pas régulier, bat par intermittences.
Un petit tapotis. Mais l’on sent la rancoeur
Nous gagner peu à peu, une colère intense

Envers cet inconnu qui veut nous faire peur.
On est terrorisés, d’autant que le bruit cesse
Quand on crie d’arrêter au maudit visiteur
Qui veut nous affoler, nous menace et nous stresse…

C’est moi qui ai tiré au travers de la porte.
Et puis l’on a ouvert. Il gisait sur le seuil.
Créature chétive, insignifiante et morte :
Notre assaillant nocturne était… un écureuil.

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Le four

Poème illustré par un tableau de :
Vincent Honnoré

L’on dirait qu’est ouverte la porte d’un four :
Dès qu’on sort, l’air ardent nous chope et nous assaille
En nous coupant le souffle. Et notre cœur tressaille
Sous cet assaut brûlant! Ça fait déjà trois jours

Qu’on n’ose plus flâner tellement il fait chaud.
Et sitôt qu’on le fait, sitôt on le regrette
Tant l’énorme étouffoir nous fait tourner la tête.
Marseille est maintenant un énorme réchaud,

Qui va, c’est évident, commencer à bouillir
Si le soleil poursuit ce maudit badinage
Où il se rit de nous, exerçant ses ravages
Sur notre pauvre corps tout prêt à défaillir.

En ville, il fait trop chaud ! Partons donc pour l’Ubaye,
Il fait bon tout là-haut : peut-être y fait-il frais ?
L’on pourrait se baigner dans le Lac, et errer
Sur ses rives fleuries. Oublions le travail

Et la ville oppressée qui se meurt peu à peu.
Lâchons tout et fuyons vers la Haute-Provence,
Ses versants verdoyants, la fraîche transparence
De son ciel lumineux et certainement bleu…

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La liseuse

Poème illustré par un tableau de :
Auguste Renoir
(1841-1919)

Une goutte est tombée sur son livre entr’ouvert.
Il fait tellement chaud que sur peau très blanche
Suinte de la sueur. Un bosquet encor vert
Malgré le manque d’eau protège de ses branches

Sa beauté délicate. Elle s’y est cachée
Pour tenter d’échapper à l’énorme chaleur
De ce terrible été. La pelouse asséchée
N’est plus qu’un paillasson sans aucune couleur.

Elle a choisi Rimbaud, pour oublier un peu
Cette énorme touffeur où le Sud est plongé
Depuis quelque deux mois. Mais personne ne peut
Vivre dans cet enfer sans en être enragé !

Pourtant, s’y essayant, elle voudrait bien lire
Selon son rituel dans ce coin du jardin
Que l’atroce chaleur l’a poussée à élire
Car il est plus ombreux ; un pied de lavandin

Y distille une odeur d’ineffable fraîcheur.
Mais c’est une illusion, la chaleur est atroce ;
Elle se sent gagnée par la molle torpeur
Distillée peu à peu par le soleil féroce

Qui voudrait l’écarter de son terrain de chasse :
Le jardin pantelant qui se meurt sous ses coups.
Elle, elle a l’impression que de grands coups de masse
Lui martèlent le front. Des perles sur son cou

Coulent tout doucement en mince ruisselet,
Comme sur ses sourcils, son ventre blanc, même entre
Les globes de ses seins aussi blancs que du lait.
Le soleil a gagné et il faut qu’elle rentre…

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Ce serait bien qu’il pleuve…

Poème illustré par un tableau de :
Daniel Sannier

Ce serait bien qu’il pleuve. Il y a dans le ciel
D’orageuses nuées traînant leur boursouflure
Au-dessus du Midi. Mais l’été démentiel
Enragé de lumière empêche leur rupture

Au-dessus de la ville accablée de chaleur.
L’on désirerait tant qu’une averse bruyante
Suivie d’un arc-en-ciel rutilant de couleurs
Crépite sur le toit en pluie pétaradante !

Oui, mais pas une goutte au-dessus du jardin
Haletant, desséché depuis moultes semaines !
Les nuages là-haut toisent avec dédain
Les plantes assoiffées, malgré toute la peine

Qu’on se donne à l’envi pour bien les abreuver.
Elles baissent la tête et la terre craquelle
Comme une peau ridée. L’on voudrait retrouver
Le bruit de l’eau qui bat, qui gargouille et ruisselle

Tout au long des allées fumant sous le torrent !
Le ciel couleur de suie où les nuages gonflent
Se tord en un ballet étrange et délirant.
Mais toujours pas de pluie, bien qu’un orage ronfle

A l’Ouest  au lointain, au-dessus de Salon…
Puis soudain le prodige, et les nuées s’éclairent ;
La pluie crépite dru en noyant le vallon !
La Nature est vraiment un énorme mystère…

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La prolifération

Sur le talus, quatre fleurettes,
Peut-être pressées par le temps,
Sont nées sans tambour ni trompettes,
Sans même l’avis du Printemps.

Elles se sont disséminées
Partout jusqu’au fond du jardin,
Et de quatre elles sont passées
En une nuit à cinq, dix, vingt…

Puis ce fut une débandade :
Couvrant la garrigue et les champs,
Elles chantaient partout l’aubade
Folle et exaltée du printemps.

Du pollen, partout, des corolles
Peintes de milliers de couleurs,
Des pistils et des formes folles,
Et partout l’ineffable odeur

Du doux printemps baratineur,
Du temps nouveau qui vocifère.
Ca sentait l’humus, et la Terre
Semblait délirer de bonheur.

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Un jeune homme est entré…

Le jeune homme est entré dans la vieille maison
Où des gens l’attendaient, le cœur plein d’espérance,
Et prêts à lui confier – avec foi ou défiance ?
Ses clés détériorées bien plus que de raison.

Un jeune homme tout neuf, mais une très vieille âme
Comme on le dit là-bas, aux pays du Bouddah.
Réfléchi, judicieux, raisonnable au-delà
De ce qu’on attendrait d’un jeune âge qu’on clame

Volontiers un peu neuf pour de telles fonctions.
On lui avait bien dit qu’il fallait du courage
Pour ainsi s’attaquer à cette belle ouvrage !
Mais il avait montré tant de résolution

Depuis quelques dix mois qu’on lui faisait confiance !
Les murs étaient croulants, le toit menaçait ruines,
Bien que quelques pantins sentencieux aient fait mine
De la rapetasser de toutes les façons

Depuis plus de trente ans. Mais il était confiant,
Il y arriverait ! Avec de l’énergie,
Du culot et du cœur, sans idéologie…
C’était un jeune lion, un jeune homme impatient

De retrousser ses manches et prendre une truelle
Pour tout moderniser dans la vieille maison ;
Pour nous embaucher tous, afin qu’à l’unisson
Nous nous décarcassions pour la rendre plus belle…

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Un honnête homme-2

C’était un gars très bien. On lui aurait donné,
Comme on le dit chez nous, l’bon Dieu sans confession.
Il ne mentait jamais, même par omission…
Un brave homme, vraiment, intègre, si ce n’est

Qu’il paraissait manquer de cran et d’assurance.
Mais il était honnête et semblait vraiment fait
Pour un destin public ; tous ses amis comptaient
Qu’il deviendrait bientôt… un bon maire en Provence*

L’homme avait des atouts. Il paraissait costaud,
Bien campé tous les jours au plus haut des sondages.
Admiré, adulé. L’on voyait son visage
Sur toutes les télés et dans tous les journaux…

Il prônait la vertu, était même un modèle
D’énergie, de courage et de ténacité.
L’on vantait sa morale et son honnêteté,
Tous les gens de son clan se juraient ses fidèles

Car il allait gagner, c’était sûr, c’était clair.
Il semblait maintenant avoir plus de hardiesse,
Entraînait avec lui moult coeurs tout en liesse…
Quand s’abattit sur lui un improbable éclair :

Un beau jour, patatras, ce fut la catastrophe !
Un journal dévoila qu’il n »était qu’un voleur,
Qu’il avait usurpé et morale et valeurs,
Que d’un honnête élu il n’avait pas l’étoffe.

Mais l’homme était pugnace. Il fit donc ressortir
Que ses malversations n’était point illicites
Et que l’Opposition jouirait par la suite
De sa répudiation. Mieux valait donc mentir !

On réfléchit… un peu ! Puis l’on conclut très vite
Que la moralité est un but essentiel
Pour la Démocratie ! Un tollé torrentiel
Renvoya donc chez lui le Roi des Hypocrites.

*Disons que j’ai « localisé » l’affaire !

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La maison du bonheur

On l’appelle à Lançon : «  La maison du bonheur ».
Surplombant le village, elle est ensoleillée
A longueur de journée, et, à peine éveillée,
Papillote au soleil. Pour tous les promeneurs,

C’est vraiment merveilleux de voir sur la colline
Cette jolie bastide aux volets grand ouverts
Comme de larges yeux sur un jardin tout vert,
Où des cyprès pointus doucement dodelinent

Dès que bruisse le vent quand il souffle plus fort.
Son crépi est ocré, comme on l’aime en Provence.
Une affable maison, sans excès ni outrance,
Où l’on aimerait vivre et encor et encor…

Sur un vieux rocking-chair, il y a le grand-père
Qui marmonne sans cesse en prenant le soleil.
Il a le teint rougeaud et un gros nez vermeil
Car c’est un vieil ivrogne. Et la famille espère

Qu’il s’en ira bientôt… pour laisser son magot
A son fils préféré, en lésant tous les autres !
La grand’mère confite en moultes patenôtres
Aime mieux son cadet, qui est un vrai nigaud !

La jolie maison bruit d’innombrables disputes.
Tout le monde se hait, même les deux vieux chiens…
Bagarres inouïes entre le vieux Lucien
Et sa bru dont il dit qu’elle est une vraie pute ;

Sans compter les enfants, trois horribles marmots…
La jolie maison ocre héberge un triste monde,
Mais cache son secret à des lieues à la ronde,
Soupirant sous son toit, ne disant jamais mot,

Car c’est vrai que les mas en Provence ont une âme !
La maison du bonheur ressent avec chagrin
La hideur et l’horreur de ce qu’elle contient ;
Et son ressentiment engendrera un drame

Quand un jour, excédée, elle s’écroulera
Sur ces maudits humains dont l’abjecte bassesse,
Les cris et les jurons la perturbent sans cesse.
Dans les infos du jour alors on parlera

D’un affreux accident dû à la vétusté…
La maison du bonheur n’est plus qu’un tas de ruines
Où poussent trèfle et thym, là-haut sur la colline.
Seuls les chiens survivants se sont carapatés…

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La maison-fée

Il est une maison au flanc de la colline,
Qui vacille et frémit dès que gémit le vent ;
Et comme près des Baux il souffle bien souvent,
L’on dirait qu’elle vibre et qu’elle dodeline

Au moindre frisson d’air un petit peu violent.
Y habitent, dit-on, de vieilles âmes mortes,
Des sylphes, des lutins ou des djinns, peu importe !
Mais qui ose y entrer y ressent un violent

Sentiment d’anxiété. Car la maison est fée :
Charmant ses visiteurs, elle les engloutit
Au sein d’un rêve fou, dans un monde interdit
Où la réalité se fait et se défait

Sous chacun de leurs pas. Errant de pièce en pièce
Au fil de longs couloirs, ils oublient ce qu’ils sont,
Semblent ensorcelés, attirés par le son
D’une étrange chanson qui pleure et qui les blesse,

Arrachant quelquefois du fin-fond de leur cœur
Des sentiments perdus et des réminiscences
De rêves enfouis. Sorte de jouissance
Qu’ils voudraient retenir même s’ils en ont peur !

Une belle maison. La colline gravie,
L’on y entre aussitôt, ne pouvant résister,
Et même si l’on sait qu’on va y aposter,
Chaque fois qu’on y va, un danger pour sa vie !

Attirante maison. Hypnotique. Toujours.
Vacillant dans le vent et semblant immortelle.
Ses murs sont en papier, mais elle est éternelle.
Nul ne pourrait l’abattre. On l’appelle : « l’Amour ».

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Un honnête homme

Poème illustré par un dessin de :
Honoré Daumier ( 1808-1879)

C’était un gars gentil. On lui aurait donné
Comme on le dit chez nous, l’bon Dieu sans confession.
Il ne mentait jamais, même par omission…
Un brave homme, vraiment, intègre, si ce n’est

Qu’il paraissait manquer de cran et d’assurance.
Mais il était honnête et semblait vraiment fait
Pour un destin public ; tous ses amis comptaient
Qu’il deviendrait bientôt… un bon maire en Provence.

L’homme avait des atouts. Il paraissait costaud,
Bien campé tous les jours au plus haut des sondages.
Admiré, adulé. L’on voyait son visage
Sur toutes les télés et dans tous les journaux…

Il prônait la vertu, était même un modèle
D’énergie, de courage et de ténacité.
L’on vantait sa morale et son honnêteté,
Tous les gens de son clan se juraient ses fidèles

Car il allait gagner, c’était sûr, c’était clair.
Il semblait maintenant avoir plus de hardiesse,
Entraînait avec lui moult coeurs tout en liesse…
Quand s’abattit sur lui un improbable éclair :

Un beau  jour, patatras, ce fut la catastrophe !
Un journal dévoila qu’il n’était qu’un voleur,
Qu’il avait usurpé et morale et valeurs,
Et que d’un honnête homme il n’avait pas l’étoffe.

Mais il était pugnace. Il fit donc ressortir
Que ses malversations n’était point illicites
Et que l’Opposition jouirait par la suite
De sa répudiation. Mieux valait donc mentir !

On réfléchit… un peu ! Puis l’on conclut très vite
Que la moralité n’était pas l’essentiel
Au plus haut de l’Etat ! Juste digne du Ciel…
C’est ainsi qu’on élut le Roi des Hypocrites.

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Le vent d’hiver est fou…

Le vent d’hiver est fou, qui hurle à perdre haleine,
Qui s’échine à briser les grands arbres penchés.
Le vent d’hiver est fou, qui depuis deux semaines
Fait suffoquer le Sud à souffle déployé.

Le vent d’hiver est fou, qui casse les antennes,
Qui arrache le linge étendu à sécher.
Le vent d’hiver est fou, qui rudoie et malmène
Les portes des maisons de ses coups de bélier.

Les faisant tressauter tout comme les mouettes
Dodelinant sur l’eau mousseuse qu’il fouette,
Il secoue les pointus* amarrés au Vieux Port,

Les ballant en cadence. Et les petits bateaux,
Qu’on dirait remontés sur de joyeux ressorts,
Dansent tels des canards se dandinant sur l’eau.

*Petit bateau caractéristique de Marseille

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Le nez dans le guidon

Poème illustré par un dessin de :
Honoré Daumier
(1808-1879)

Il existe chez nous des hommes politiques
Ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez !
Et ce n’est point du tout pour notre République
Qu’ils recherchent nos voix, mais pour nous amener

Là où ça les arrange, eux seuls, en tout premier !
Dans leur propre intérêt ! Dénués d’expérience,
La vie publique étant leur unique métier,
Ils savent malgré tout déjouer la méfiance

De leurs chers électeurs – ces benêts à berner –
Bien qu’ils soient maintes fois en parfait décalage
Avec nous, les Français, sots embobelinés
Jugés bien trop obtus pour voir les fricotages

Dont ils usent toujours fort astucieusement.
Ils n’ont vraiment en vue que le tout prochain vote,
La prochaine échéance, et malhonnêtement,
Nous font ingurgiter mille faux antidotes

Dont nous pensons à tort qu’ils pourraient nous guérir.
Si trop souvent, pour nous, leurs faits sont illicites,
Leurs abus, leurs excès ne sauraient les noircir
Puisqu’ils votent les lois ! Et ils se félicitent

De notre ingénuité : nous les réélisons !
Si nous sommes cocus, c’est vraiment notre faute !
Ces malfrats patentés ont tout à fait raison
De couillonner ainsi leurs chers compatriotes

Qui pourraient les virer s’ils le voulaient vraiment !
Sommes-nous des sujets quasiment invisibles
Pour ces individus? Bien sûr, évidemment !
Mais c’est notre confiance en eux qui est risible…

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