Archives de catégorie : Chez nous

Les voyageuses…

Sur la Touloubre en crue trois feuilles dodelinent,
Trois bateaux si légers qu’il paraît inouï
Que les eaux agitées n’ai point anéanti
Leur gracile châssis. L’une d’elles est violine,

La seconde orangée, la troisième incarnat :
Un fort joli trio qui descend la rivière
Dont les flots agités brimbalent la lumière
D’un été qui s’éteint. Non loin de Saint-Cannat,

Le ruisseau fait un coude et le flot ralentit.
En profitant alors, trois hôtes intrépides
Abordent les esquifs. Insectes trop stupides
Pour prévoir l’accident qui leur est garanti

Si le courant s’accroît ? Ce sont trois coccinelles
Du début de l’automne, et leur probable fin
Ne leur a point ôté cette éternelle faim
D’un Ailleurs inconnu. Leurs obscures ocelles

Bougent fort joliment au rythme fou de l’eau.
Vont-elles s’envoler de leur barque fragile,
S’estimant tout à coup beaucoup trop malhabiles
Pour rester accrochées à ce frêle rafiot ?

A l’entour de la mort, les feuilles ont senti
Qu’elles portaient des vies. Elles gagnent la rive,
Y déposent leur faix, puis filent sur l’eau vive,
Voguant vers le destin  leur étant imparti.

Posées sur un roseau, les jolies coccinelles
Se sont figées un temps juste au-dessus de l’eau
A contempler les feuilles voguant sur les flots
Qu’un ultime soleil émaille d’étincelles.

Puis, prenant leur envol, elles ont regagné
Ce monde merveilleux qui leur est assigné.

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Publié dans Automne, Chez nous, Cités provençales, Contes, Zooland | Laisser un commentaire

Trois oiseaux sont posés…

Trois oiseaux sont posés sur un fil électrique,
Trois tout petits oiseaux légers comme trois plumes ;
Des plumes colorées où le couchant allume
En pétillement d’or des flammes symétriques.

Et puis en voici d’autres venant se percher
Sur le fil du dessous. Leur petit corps habile
Reste pour le moment tout aussi immobile
Que celui des premiers, fermement accrochés

A ce curieux perchoir, alignés bien en ordre
Sur les fils bien tendus. D’innombrables  amis
Ralliant leurs commensaux qu’on dirait endormis
Tant ils semblent passifs, ignorants du désordre

Qui secoue la grand’ville houleuse en contrebas.
Le long réseau des fils dessine une portée
Sur le ciel marseillais. La troupe déportée
Du fond de l’horizon qui rougeoie tout là-bas

Pépie à qui mieux mieux la chanson dessinée
En notes emplumées par tous les petits corps ;
Un chant revigorant faisant fi de la mort
A l’affût sur la voie qui leur est destinée

Pour rejoindre le Sud. De tout petits oiseaux
Obligés par l’automne à bientôt s’envoler :
Une partition vive et gaie pour survoler
Des terres redoutées et de lointaines eaux.

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Massacre

Poème illustré par un tableau de :
Annie Rivière

Ces foutus Saints de glace ont flingué mon jardin !
S’éveillant en fanfare avec moult allégresse,
Mes roses ranimées tendaient avec ivresse
Leurs tout premiers bourgeons au soleil du matin

Quand soudain, patatras ! Leur feuillage pendouille,
Et mes autres semis n’ont plus très fière allure
Après ce coup de gel, tout comme la ramure
Du vieux micocoulier. Les trois vieilles fripouilles

N’ont pas raté leur coup en visant ma maison
Egayée par ces fleurs dont elle était si fière
Et qui gommait son air de vieille douairière !
A cause de ce froid qui n’est pas de saison,

Redevenue guindée, avec son air austère
De couvent buriné par la pluie et les ans,
Il a suffi du gel et d’un grand coup de vent
Pour ruiner tout ce qui la rendait moins sévère

Et moins assujettie à l’usure du temps.
Il va falloir trier, ou replanter des plantes
Pour tout recommencer. Qu’elle se ré-enchante
D’être ainsi rajeunie par l’éclat du printemps.

Mais c’est sûr que bientôt elle s’en va renaître ;
Sous la poutre du toit, le nid des hirondeaux
Est prêt à accueillir de tout nouveaux oiseaux.
Lundi, mardi, demain ? Ou bien jeudi, peut-être…

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Accords

Poème illustré par une aquarelle de :
Armand Feldmann

La nature est en feu et je n’ai pour la peindre
Que ces mots qu’il vous faut entendre avec les yeux !
Un spectacle inouï que je risque d’éteindre
En le dépeignant mal. Un monde merveilleux

Qu’il me faut vous décrire avec de simples noms
L’évoquant tout autant que si vous le voyiez !
Oreilles, yeux et nez… Ce sont tous les chaînons
D’un ressenti profond prêt à les apparier.

L’automne est bientôt là. Regardez tournoyer
Le souffle du mistral arrachant des rameaux
Aux arbres du jardin. Ecoutez le noyer
Qui gémit et se ploie, tout comme les ormeaux

Dont les troncs craquent trop sous les assauts du vent.
Humez bien le soleil qui va bientôt devoir
Subir le mauvais temps, bien plus qu’auparavant,
Quand le ciel clair et bleu ne virait point au noir.

L’automne peint les feuilles d’un roux mordoré ;
Je les entends chanter un bien triste arioso
Car elles vont mourir. Et leur parfum ocré
Se mêle à profusion aux soupirs des oiseaux.

Le poète l’a dit : les couleurs et les sons
Se répondent toujours ! Nos sens sont associés,
Plus féconds quand alliés ainsi à l’unisson,
Ils louent le Créateur pour mieux le remercier.

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La vie en berne

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

Quelle est cette saison où la vie est en berne,
Quand le jour obscurci est si semblable au soir ;
Quand les arbres sont nus, dressés vers le ciel noir ;
Quand, caché dans l’Ailleurs, notre soleil hiberne ?

Quelle est cette saison que n’aiment point les vieux
Parce qu’ils y ont froid et qu’ils se ratatinent ;
Quand les oiseaux frileux ne chantent plus mâtines,
Quand le jardin est gris sous son manteau pluvieux ?

Quelles sont ces saisons ? C’est l’hiver et l’automne,
Si tristes toutes deux qu’elles ne font plus qu’un
Dans la désolation. Un temps terne où chacun
Se désole tout bas de la clarté atone

Du soleil épuisé qui lentement se meurt.
Quelle est cette saison pour le moins mortifère
Où j’ai surtout envie… de ne surtout rien faire
Pour me bouger un peu, sortir de ma torpeur ?

Cela dure trois mois, un bon quart de l’année !
Un bon morceau d’automne et un grand bout d’hiver :
Pour nous dans le Midi, un avant-goût d’enfer !
Une période grise aux nuances fanées…

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Eh bien, oui, c’est l’hiver…

Poème illustré par un tableau de :
Yves Lallemand

Eh bien, oui, c’est l’hiver en ce jour de printemps !
La neige, le verglas et le froid s’y invitent
Bien qu’on soit le vingt mars ! Puisse le Temps très vite
Remettre un peu plus d’ordre dans ce dérèglement !

Les fleurs qui peaufinaient leur jolie collerette
Devraient se résigner, ou elle paieront cher
Leur manque de soupçons vis à vis de l’hiver
Qui, tapi dans un coin, n’a qu’une idée en tête :

Détruire toute vie qui a décidé d’être
Et de s’ouvrir au jour. Quant à vous, les bourgeons,
Bien recroquevillés et lovés tout au fond
De votre chaud cocon, mieux vaudrait ne point naître

Ou du moins, pas encor : la menace est énorme
Et le risque trop grand ; attendez un moment,
Le printemps reviendra ! Même si le Temps ment,
Il devra malgré tout se conformer aux normes…

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Bleu-mistral

Ah ! S’il n’y avait pas cet assommant mistral,
Nous mènerions ici une vie idyllique !
Déferlant de là-haut jusques au littoral,
Il déboule chez nous en tyran colérique

Et nous excède tous avec sa véhémence !
Décrit par les Anciens – presque mis à l’index !
Comme un des trois fléaux ravageant la Provence :
Le mistral, la Durance et le Parlement d’Aix,

Il nous casse les pieds hier comme aujourd’hui !
Ses saisons préférées ? Le printemps et l’automne,
Et puis l’hiver, bien sûr… Et les beaux jours aussi !
Car sachez, bonnes gens, que ce fichu béjaune

Peut se manifester dès qu’il en a l’envie.
C’est un caractériel, il souffle quand il veut…
Il préfère pourtant, plus souvent, prendre vie
Quand il fait froid au Nord. Rarement quand il pleut :

Le bougre n’aime pas bosser les pieds mouillés,
Il aime son confort, une terre très sèche.
Mais félicitons-le quand le ciel barbouillé
Retrouve sous son souffle une nuance fraîche,

Un bleu tonitruant déclamant à tue-tête
Sa joie d’être en Provence. Il possède au moins ça :
Le pouvoir d’expulser à grands coups d’époussette
Tout nuage perdu qui vogue ci et là !

Car ce vent irritant est un grand inventeur
Qui nous a concocté un bleu incomparable :
Bleu-mistral presque sombre, incroyable couleur
Tellement absolue qu’elle est invraisemblable…

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