Archives pour la catégorie “Chez nous”

Sonnet illustré par un tableau de :
Jean-Claude Quinette
www.jc-quinette.com
Demain j’irai porter un bouquet sur ta tombe.
Novembre est vraiment doux, et les dahlias abondent
Tout au fond du jardin tels des petits soleils.
Dans le vieux cimetière endormi, tu sommeilles.
Le ciel est embrumé, la lumière fanée
Par un voile laiteux. Le marbre se défait
Sous le temps qui s’écoule et la pluie de l’automne,
Mais il va chatoyer sous les corolles jaunes
Que je vais y poser comme un signe d’amour.
Sur la cime d’un if un pigeon s’est perché,
Roucoulant doucement, trop dodu et trop lourd
Pour la pointe effilée joliment incurvée.
C’est ainsi que la vie doit sourire, toujours ;
Et malgré le chagrin, l’on doit continuer…
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L’âme du vieux moulin va se remettre à battre
Et dames les souris vont de nouveau s’ébattre
Au pied des sacs de grain prêt à être moulu !
On va tout rénover : le toit si vermoulu
Qu’il était tout en biais ; et les murs effrités,
Les ailes disparues, le mécanisme usé…
Le moulin de Lambesc va être comme avant
Quand on aura glané suffisamment d’argent !
Mais il faut s’arrêter car on n’a plus de sous,
Et notre Association est sens dessus-dessous
A l’idée de devoir tout ralentir encore !
Quelqu’un n’aurait-il pas une poule aux oeufs d’or
A nous prêter six mois ? Le temps de terminer !
Faites donc un effort : on a presque gagné !
Deux trois billets par-là, quelques euros par-ci !
Il s’en faut de très peu pour qu’on ait tout fini…
Et d’ici quelque temps, là-haut sur la colline,
Tout le pays viendra juger la belle mine
Du moulin rénové à force de vouloir…
Et qu’on appellera le moulin de Bertoire ?
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Poème illustré par un tableau de :
Vincent Van Gogh
(1853-1890)
Par chez nous, le printemps, c’est le temps de la pluie :
Une pluie forte et drue aux flèches acérées
Ricochant sur le sol, et zébrant de ses traits
Le ciel rageur roulant de gros nuages gris.
C’est le temps de la grêle et le temps des tempêtes
Où soudain le mistral semble devenu fou.
Un temps capricieux passant du tout au tout,
D’un macabre sinistre à une immense fête.
Et c’est aussi le temps du soleil idéal,
Juste chaud comme il faut pour éveiller les fleurs
Encore corsetées par la froide torpeur
De l’hiver qui languit. C’est l’ancien germinal
Qui emplit les greniers de l’antique Provence ;
Ce sont des jours plus longs entrecoupés d’orages,
Pleuvant en ruisselant sur les toits du village ;
Une lumière neuve et qui cligne et qui danse…
Le printemps, par chez nous ? Du bonheur crescendo
Qui met un arc-en-ciel dans l’âme des oiseaux.
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Chez nous, quand le vent souffle et secoue le Midi,
Il bleuit tant le ciel que c’en est incroyable.
Mais il peut par moments être si redoutable
Qu’on en est effrayés : on se sent tout petits
Quand ses coups de boutoir ébranlent la Provence
En pliant les cyprès, les courbant jusqu’au sol ;
Puis il se calme un peu, met un soudain bémol…
Et repart de plus belle en folie et en transes.
Même dans la maison on en est étourdi
Tant le bruit est énorme. Il gronde, il gueule, il pleure
En secouant les murs ; se rue à l’intérieur
Dès qu’on entr’ouvre un peu un volet ou un huis.
C’est un dément furieux, et nulle part ailleurs
Il n’est de vent plus fou que ce maudit mistral
Qui ne sait que hurler tout en menant le bal
Car il est le plus fort ; c’est en dévastateur
Qu’il se rue par chez nous quand il fait froid là-haut.
Tout bouge sous sa poigne implacable et glacée,
Plus rien n’est immobile, et les grands pins ployés
Se penchent vers le sol comme des arbrisseaux. .
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Poème illustré par un tableau de :
Michel Trapezaroff
www.trapezaroff.com
Jacassant à tue-tête, une pie obstinée
S’égosille au jardin. Il est encor très tôt
Et un matin bleuté grésille sur Allauch,
Souffrant depuis huit jours d’un été débridé.
On dirait cependant qu’il va faire plus frais !
Il y a même au ciel un unique nuage
Penchant impudemment au dessus du village
Son gros ventre dodu pour nous faire espérer…
Espérer de la pluie ? Pas au mois de juillet !
Peut-être un peu de vent s’il fait froid plus au Nord ?
Mais le soleil déjà fourbit ses flèches d’or
Pour nous les décocher méchamment, sans pitié.
On va vite arroser bien avant qu’il n’assèche
Les perles de rosée sur les fleurs du jardin
Où flotte très subtil le parfum du jasmin.
L’odeur de l’herbe humide est acide et bien fraîche
Car tout juste tondue hier soir vers huit heures.
Et ces effluves verts de thym, de romarin…
Oh ! quel moment exquis que ce petit matin
Encor frais, parfumé de zestes de bonheur !
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Poème illustré par un tableau de :
Annie Rivière
www.atelierrivière.canalblog.com
Le vieux mas est bien frais au creux du vallon gris,
Gris de poussière fine et de végétation
Brûlée par le soleil. On est même surpris,
En entrant dans le hall sombre et bas de plafond,
D’y ressentir sitôt une onde de fraîcheur.
On y a même froid, car tout à coup l’on passe
D’un excès de lumière à la presque noirceur
De la nuit, à midi, non loin de Miramas.
Guy n’ouvre ses volets que le matin très tôt,
Et puis il les referme, afin que le soleil
Ne puisse entrer chez lui : le vieux mas est bien clos
Jusqu’à ce que s’éteigne le soleil vermeil
Là-bas à l’horizon. Les murs sont si épais
Qu’ils gardent la fraîcheur tout comme une glacière.
Une antique maison construite tout exprès
Pour des étés brûlants et de rudes hivers.
Au Nord des fenestrons pour contrer le mistral ;
Côté Sud des volets et des portes fermées :
Guy ne supporte bien cet été provençal
Qu’en suivant les conseils qui lui furent légués.
Il est alors si bien sous la voûte chaulée !
Dehors l’été grésille au tempo provençal
De la chaleur cuivrée, du chant ensoleillé,
Criquetant et rythmé de ses chères cigales.
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C’est un arbre très vieux au fond du cimetière,
Qu’on planta vers l’an mil ; sa silhouette sombre
Ombrage depuis lors le royaume des ombres
Où son tronc torturé dressé vers la lumière
Lance vers le ciel bleu son feuillage éternel.
C’est l’arbre de la mort. A la mort du soleil,
Il est pourtant couvert des arilles vermeilles
Qui en ont fait l’aïeul des arbres de Noël,
Le parant de rubis pour accueillir l’hiver.
Mais lui-même est poison – sauf au coeur de ses fruits -
Toxique et vénéneux, qui cependant détruit
Les horribles rejets de l’immonde cancer !
Car s’il est venimeux, il est aussi sauveur :
Un remède-poison… Fait de mort et de vie,
C’est un arbre très vieux poussant non loin du Muy,
Et qui semble oublier que même les ifs meurent…
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www.leonor.unblog.fr
Viens ! Entre à la maison car elle est grande ouverte
A tous les coeurs en berne et tous les éclopés,
A tous ces chiens perdus qui errent sans collier,
Que leur maître a jetés par la porte entr’ouverte
D’une auto en maraude, et qui s’est éclipsé.
Viens ! Entre donc chez nous : il y a une place
Qui t’attend au logis. Ce n’est pas un palace
Mais on se serrera ! On saura bien t’aimer
Et te faire oublier le malheur qui t’accable.
Allons dans le jardin : le pot de l’amitié
Nous attend sous le pin. Tu vois, tout y est prêt
Car tu dois le savoir : le coeur est innombrable !
Nous parlerons de toi et de tous tes problèmes !
Le soleil revenu te fera chaud au coeur
Et nous pourrons parler d’espoir et de bonheur!
Mais il faut avant tout que tu saches qu’on t’aime.
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Huit avions dans le ciel qui piquent en diamant
- Ainsi qu’il faut le dire en Aéronautique !
Une flèche hurlante, un V acrobatique
Labourant les nuées d’un long sillon d’argent.
Salon* est fière d’eux, elle qui est le nid
De ces vastes oiseaux à la fine envergure.
Ils esquissent là-haut de sublimes figures
Dessinant sur le ciel des schémas inouïs.
Mais comment font-ils donc pour ne pas se toucher ?
Et cet affreux boucan… Comme un coup de tonnerre
Eclatant tout à coup dans l’azur pur et clair !
On a le coeur qui bat rien qu’en voyant filer
Ces pilotes parfaits parfaitement rodés !
De grands oiseaux de proie, effilés, dont les ailes
Laissent un long sillage imprimé sur le ciel :
Surhommes survolant le pays Salonnais…
* La PAF est à Salon depuis 1937
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Poème illustré par un tableau de :
Jacques Testa
www.tableaux-testa.net
J’ai besoin de soleil et j’ai soif de lumière !
Où pourrais-je en trouver autant que par ici
Quand s’annonce l’été ? Et quand enfin la mer
Transforme sa clameur en un doux clapotis.
Et ce bleu infini du ciel interminable
Quand les jours sont si longs ? En est-il de plus pur ?
Cette tiédeur de l’eau, cette chaleur du sable
Qui font monter en vous comme un goût de luxure,
En quelle autre région pourrait-on les trouver ?
Le soleil et la mer, la lumière et le ciel
Incroyablement bleu si souvent dans l’année !
Ce pays est béni et vous donne des ailes
Car l’âme est plus légère au cours de ces longs jours
Immuablement clairs. Pas trop chaud, pas trop frais :
Ce temps presque parfait devrait durer toujours !
Provence-paradis dès le début de mai !
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Des fontaines qui coulent en toutes saisons !
Le pays est à sec, mais pas notre Provence
Malgré son sol ingrat. Qui y a souvenance
D’un temps de pénurie où l’eau lui fit faux bond ?
C’est grâce à la montagne, à ses neiges d’hiver
Qui fondent au printemps, et s’en viennent gonfler
Les sources, tout là-haut, dont les eaux boursouflées
Irriguent la Provence où lors tout devient vert.
Sur les pentes à pic, ce ne sont que cascades
Se déversant en pluie dans des torrents grondants
Coulant avec fracas vers le Sud, y portant
La force du printemps. Sorte de cavalcade
D’eau noire et d’alluvions qui le gorgent de vie
Et dévale à grand bruit, nous portant l’onde claire
Qui glougloute et jaillit des tréfonds de la terre ;
Un nectar ruisselant qui vient du Haut-Pays,
Abreuvant les fontaines partout sur les places,
Décorant joliment nos villes du Midi,
Que nul n’a jamais vues asséchées ou taries.
Remercions en les Alp(e)s par mille et mille grâces…
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Il aime sa maison sur les hauts de Marseille,
Dans cette rue étroite où même le soleil
A du mal à passer. Mais il y fait bien frais
Quand l’été forcené commence à tout griller.
Elle est vraiment modeste avec ses deux étages
Et son architecture pensée par un sage :
Façade aux tons fanés léchée par la lumière,
Petite cour devant et jardin à l’arrière ;
Un jardinet, plutôt, mais qui lui suffit bien
Pour y faire pousser un pied de romarin,
Tomates et poivrons, thym, fleurs, courgette(s) oblongues…
Il y peut mettre aussi sa chère chaise longue
Où il médite en sage aux tourments de la vie ;
Il médite souvent ! tourné vers l’infini
D’un ciel moultes fois bleu… Il remercie sa ville
De cacher en son coeur des coins aussi tranquilles
Qu’ici, à Saint Julien. Il aime ce quartier
Où les gens n’ont pas l’air d’être trop angoissés,
Et leur voix rocailleuse épicée de soleil.
Antonin aime vivre au coeur de son Marseille.
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Poème illustré par un tableau de :
Dany Wattier
www.danywatt.com
Hélas ! C’était trop beau pour durer plus longtemps :
Novembre est presque là. L’on en était encor
A vaquer les bras nus et à flâner dehors
Comme au mois de septembre ! Et voici que le vent
S’est soudain souvenu qu’on était en hiver :
Comme il fait froid au Nord, il vient de s’éveiller
Et déferle chez nous, ne cessant de hurler
Et de s’époumonner ! Mon Dieu, quelle misère…
Huit degrés, nous dit-on ? Mais non, il fait plus froid !
C’est du moins l’impression que donne le mistral
Quand il nous dépossède à grands coups de rafales
De tièdes calories ! Dès qu’il vibre et tournoie
Autour de nous, dément comme un grand vautour noir,
Nous sentons tous nos os se recroqueviller
Tant soudain il fait froid, tant son souffle est glacé !
Le mistral en hiver a tout d’un repoussoir !
Mais demain il mourra, vaincu et amoindri
Par ses propres excès, pour nous laisser goûter
Au doux temps de Provence et même au presqu’été !
La Provence sans vent serait un paradis…
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Poème illustré par une oeuvre de :
Guillermo Forchino
www.forchino.com
Panne ? Accident ou grève ? Ou manifestation ?
Dans la rue Paradis, un grand embouteillage
Paralyse Marseille.Un énorme bouchon
Fait subir à la ville l’un de ces outrages
Dont elle est coutumière. Un ouaille pas possible !
Les gens sont fous furieux, ça commence à chauffer…
Panique incontrôlée, pagaille incoercible,
Casse-tête homérique impossible à régler
Car la rue est barrée et tout y est bloqué ;
On apprend qu’un chauffard a grillé un feu rouge
Et qu’il a enfoncé l’avant d’un gros camion !
On a beau s’agiter, klaxonner, rien ne bouge ;
Comment un dépanneur pourrait-il se glisser
Au milieu de ce cirque ? Il lui faudrait des ailes !
Les gens agglutinés ne font que s’insulter
En se traitant de tout. Peut-être qu’à Noël
Y seront-ils encor car c’est inextricable !
Un bordel incroyable, un vrai ouaille dément !
Et deux flics accourus, prenant un air aimable,
Se mettent à prier silencieusement…
* Soyons francs ! A Marseille , le ouaille, c’est… le bordel !
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Poème illustré par un tableau de :
Martine Schnoering
www.martineschnoering.com
Cette petite rue ? Eh bien, c’est la Rue Grande !
Notre grand’rue à nous, le centre du village
Où la vie se concentre, où c’est le bon usage
De passer chaque jour. Une rue qu’enguirlandent
De nombreux calicots changeant chaque semaine :
L’un pour la Foire au Vin, l’autre pour la Brocante
Ou bien la Saint Eldrad… Ainsi chaque week-end,
Car il faut que la vie soit aussi trépidante
Ici que par chez vous ! Une rue en Provence,
Vivante et agitée, surtout quand vient le soir,
Quand la foule des gens libérés entre en danse,
Courant les magasins, ignorant les trottoirs
Qui sont vraiment étroits, il faut le reconnaître !
Il y a deux cafés, un resto, des boutiques
Se voulant à la mode. Oui ! mais le temps de naître
Et les voici fermées : histoire épisodique
Correspondant, hélas ! au monde d’aujourd’hui…
Et pourtant que de monde affairé à Lambesc
Et dans notre Rue Grande enivrée par le bruit !
Est-ce ce grand tintouin qu’on nomme « pittoresque »,
Attirant le touriste alléché par l’idée
Que c’est ainsi qu’on vit au coeur de la Provence ?
De ces rues animées, il en est tant en France,
Surtout le samedi où l’on aime bader !
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