Archives de catégorie : La Provence au coeur

Eclosion

Poème illustré par un tableau de :
Daniel Sannier

Les cigales sont presque mûres
Au pied des pins, dont la ramure
Va bientôt crisser de leur chant.
Elles s’en vont surgir des champs

Et des sous-bois, de cette terre
Tout emplie du vaste mystère
De la vie qui renaît toujours
Dès que reviennent les beaux jours.

Juste encor un peu de lumière
Fusant même au travers des pierres
Et du roc d’un âpre Midi
Pour qu’elles sortent de leur nid !

Elles vont déplisser leurs ailes
Toutes fripées, mais en rebelles
Ne s’en serviront pas beaucoup,
Juste pour un petit coucou

A l’Autre qui attend là-bas
Pour de trop rapides ébats.
Mais elles ont encore à faire
Au fin-fond de leur noir repaire :

Se gonfler d’un chant lumineux
Pour en emplir notre ciel bleu !
Car sans elles notre Provence
Serait privé de la jouvence

Et des agréments de l’été
Qui avec elles va, forte*,
Vibrer de cette âpre chaleur
Qui en est l’essence et le cœur.

*Prononcer : Forté !

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La prolifération

Sur le talus, quatre fleurettes,
Peut-être pressées par le temps,
Sont nées sans tambour ni trompettes,
Sans même l’avis du Printemps.

Elles se sont disséminées
Partout jusqu’au fond du jardin,
Et de quatre elles sont passées
En une nuit à cinq, dix, vingt…

Puis ce fut une débandade :
Couvrant la garrigue et les champs,
Elles chantaient partout l’aubade
Folle et exaltée du printemps.

Du pollen, partout, des corolles
Peintes de milliers de couleurs,
Des pistils et des formes folles,
Et partout l’ineffable odeur

Du doux printemps baratineur,
Du temps nouveau qui vocifère.
Ca sentait l’humus, et la Terre
Semblait délirer de bonheur.

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Veux-tu venir, ami…

Veux-tu venir, ami ? Tu le vois, je t’invite
En un pays béni tout fleuri de cigales,
De soleil, de beau temps… Une terre idéale
Où il fait si bon vivre. Et que l’hiver évite

Car il s’y sent perdu, vraiment désemparé
Par la douceur ambiante et l’énorme lumière
Qui gicle de l’espace et prépare la terre
A couver en son sein un monde chamarré

Eclosant bien plus tôt qu’ailleurs partout en France.
Pays des doux printemps et fief des chauds étés :
Je t’y mène avec moi. Tu y seras fêté
Comme tous les amis qui viennent en Provence.

Tu sembles fatigué ? Viens, nous allons monter
Tout en suivant l’Ubaye jusqu’à Barcelonnette.
Nous sommes au printemps, la montagne est en fête,
Le Cimet s’est mué en un monde enchanté

Où glougloutent en cœur des cascades d’eau vive.
Respire : l’air est vif mais sent bon le soleil !
La montagne renaît après un long sommeil
Et bourdonne de vie, s’arrachant à ces rives

Froides et désolées qui enclosent l’hiver.
Un tichodrome* chante… Et la brise qui danse
Fait valser les nuées au creux du ciel immense.
Les mélèzes tout nus sont festonnés d’un vert

Qu’on aimerait goûter… C’est à pleines goulées
Qu’on boit le vent qui tourne et vire autour de nous.
L’on savoure, on est bien. Remercions à genoux
Cette marche du Temps toujours renouvelée…

* Charmant petit oiseau montagnard

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Un jardin en automne

L’automne qui s’en vient détricote l’été,
Eliminant tout doux cet excès de lumière
Dont on a abusé jusqu’à la satiété.
Une odeur d’herbe sèche émane de la terre…

Auréolé de roux sous le ciel bleu marine,
C’est un petit jardin, l’air un peu fatigué.
L’étang s’y est paré de reflets tourmaline
Ondoyant sous le vent, et parfois zigzagués

Par des rais lumineux arrachés au soleil
Qui semble à chaque instant toujours un peu plus terne.
Les vieux rosiers fanés plongent dans le sommeil,
Ce long sommeil d’hiver qui va les mettre en berne,

Et leur tige épineuse a la sinistre teinte
Du bois quand il est mort. Il ne fait pas bien chaud.
Le jardinet ressemble à une toile peinte
Par un homme encagé tout au fond d’un cachot

Tant il est moche et gris, sans aucun chatoiement.
Des rameaux desséchés s’inclinent vers la terre
Où des fleurs avachies pendouillent tristement.
Le mois d’août en partant a éteint la lumière…

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Pourrais-je vivre ailleurs…

Pourrais-je vivre ailleurs ? Je ne le pense pas !
Il y a si longtemps que je vis en Provence :
La douceur de son ciel, le mistral, son outrance…
En ce futur fragile où ma vie pas à pas

S’en va se rabougrir, je resterai ici.
L’air y est délicieux ; nulle part la lumière
N’y est aussi dorée, ni si bleue, ni si claire.
Ce pays du soleil est ores mon pays…

Et pourtant j’ai passé mes premières années
En Lorraine où vivaient mes parents, les amis
De ma prime jeunesse. Un passé endormi
Depuis la nuit des temps… Mais je suis en apnée

Dès que je ne peux plus respirer cet air bleu,
Même s’il prête vie à l’énorme violence
Du mistral déchaîné quand il mène sa danse
Au-dessus du Midi. Qui en serait heureux ?

Mais ce n’est point assez pour lors en décamper !
Plus que les Provençaux, je suis dithyrambique…
Oyez donc, mes amis, oyez la vieille bique
Chantant de tout son coeur, avec un grand respect,

Son amour passionné et inconditionnel
Pour cette terre d’or, de lumière et de miel…

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Le vent d’hiver est fou…

Le vent d’hiver est fou, qui hurle à perdre haleine,
Qui s’échine à briser les grands arbres penchés.
Le vent d’hiver est fou, qui depuis deux semaines
Fait suffoquer le Sud à souffle déployé.

Le vent d’hiver est fou, qui casse les antennes,
Qui arrache le linge étendu à sécher.
Le vent d’hiver est fou, qui rudoie et malmène
Les portes des maisons de ses coups de bélier.

Les faisant tressauter tout comme les mouettes
Dodelinant sur l’eau mousseuse qu’il fouette,
Il secoue les pointus* amarrés au Vieux Port,

Les ballant en cadence. Et les petits bateaux,
Qu’on dirait remontés sur de joyeux ressorts,
Dansent tels des canards se dandinant sur l’eau.

*Petit bateau caractéristique de Marseille

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L’appel du Sud

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

La voix de certains de mes amis, là-haut …

Quatre ou cinq mois encore, et l’on va redescendre
Comme tous les étés, en quête d’un soleil
Bien trop rare chez nous. Tous les ans, c’est pareil !
Et tout émoustillés, n’en pouvant plus d’attendre

L’époque des congés, l’on projette déjà
De faire les lézards allongés sur le sable,
De barboter tout doux dans une mer aimable
Sans aucune marée. Quand on sera là-bas,

L’on oubliera le froid, et le gris, et la pluie…
La lumière aimant mieux le Sud et la Provence
Revitalisera nos corps tout en souffrance.
Car qui préférerait un ciel couleur de suie

Comme celui qu’on voit trop souvent par chez nous ?
Soit béni chaque année ce Midi de la France
Nous accueillant chez lui ! Et malgré cette outrance
Du soleil et du vent bien souvent au mois d’août,

Nous revenons toujours y passer nos vacances.
Les cigales sont là, dans les pins embaumés
Par la résine chaude, et qui n’oublient jamais
De louer sans arrêt et avec éloquence

Le bleu constant du ciel, la chaleur, la lumière
Du pays de Mistral, de Pagnol, de Giono.
Où le soleil brasille et ruisselle a giorno
Presque à longueur de temps et en avant-première.

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Petit matin d’été à Marseille

De grands gabians braillards strient le ciel doré
De leur flottille grise, importunant Marseille
A force de longs cris. Le matin ensoleille
Leurs ailes éployées de chauds reflets cuivrés.

Le soleil se réveille, encor un peu pâlot,
Mais il blondit déjà l’immense Bonne Mère
Et son bébé divin… Un nuage éphémère
A fondu brusquement, juste au-dessus d’Allauch,

Et Marseille en a eu un tout petit écho
Qui n’a rien résolu. Une ondée passagère,
Une simili-pluie, même pas messagère
D’un bon coup de tabac ! Un ratage, un fiasco…

Mais c’est déjà fini : un orage d’été
Local et spontané, avec toute la grâce
Des faits presque imprévus, dont déjà toute trace
S’est effacée au sol aussitôt asséché.

Un matin marseillais, un matin de juillet !
Il va faire très chaud, mais la mer semble fraîche
Sous son friselis bleu. Un grand mistral dessèche
Les fleurs de Borély : le parc est assoiffé

Car ça fait trente jours qu’ici il n’a pas plu
Si ce n’est tout à l’heure, une ou deux ou trois gouttes !
Le grand jardin frémit. Un mimosa s’égoutte
Sur le sentier pierreux ne fumant déjà plus.

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Le nuage aventurier

nuage2

Posé sur le Cimet, il était un nuage
Friselé et crépu comme un bon gros mouton,
Aussi léger et blanc que duvet de coton…
Laissé sur le sommet par le dernier orage,

Il paissait le ciel bleu, accroché à la pente,
Quand il sentit en lui sourdre un très grand désir :
Celui de vivre enfin, de descendre et de fuir
Ce piton trop tranquille à l’inertie crispante.

Lors, tout gonflé d’audace, il se mit à descendre
Vers la vallée plus bas et son monde inconnu,
Délaissant la montagne et ses espaces nus
Pour la douce verdeur d’un monde bien plus tendre.

Sous le passage bleu de sa fraîcheur mousseuse,
Tout à coup rénovée, l’herbe se redressait
En petits traits bien drus, fermes et hérissés
Par l’étreinte mouillée de l’onde nuageuse.

Lorsqu’elle fut en bas, l’audacieuse nuée,
Un peu trop excitée par l’odeur du printemps
Se résolut à prendre encor plus de bon temps.
Mais se sentant quand même un peu diminuée,

Il lui vint tout à coup l’idée d’une baignade
Pour se régénérer, regonfler sa vapeur.
Le propre d’un nuage est qu’il n’a jamais peur,
Que pour lui se baigner n’est qu’une guignolade !

L’Ubaye roulait par là. Aussitôt attiré,
Le nuage imprudent s’approcha de la rive,
Ignorant le tonus printanier de l’eau vive
Qui sans nulle pitié pouvait le digérer…

Mais il s’en fichait bien ! Il fut happé par l’eau
Et changé sur le champ en blanches vaguelettes ;
Puis sous l’aspect sympa de mille gouttelettes,
Entraîné vers la mer pour rejoindre les flots…

Bercé et cahoté, il devint une vague
Chauffée par le soleil qui le but peu à peu
Pour le ré-expédier vers l’immense ciel bleu
Où tout revigoré par l’air pur il divague.

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Les deux vieux

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Poème illustré par :

Daniel Sannier
http://www.danielsannier.com/

Il était une fois, planté dans la garrigue,
Un mas tout de guingois sous les assauts du vent.
Un vieux mas si chenu, là depuis si longtemps,
Que ses murs, tels des gens courbés par la fatigue,

S’étaient pas mal voûtés, semblant pleurer misère.
Y vivaient deux bons vieux, deux bonnes vieilles gens
Qui semblaient oubliés par la fuite du Temps
Et qui devaient tous deux être au moins centenaires.

Deux vieux aussi ténus qu’une fine dentelle,
Usés par les années, petits êtres menus
Qui ne pesaient plus rien et qu’on ne voyait plus…
Etaient-ils détenteurs d’une vie immortelle ?

Tout le monde y croyait. Mais un beau jour d’automne,
Le vent passant par là les vit dans le jardin,
Frêles et délicats! Comme il était taquin,
Il les fit s’envoler d’une aile polissonne

Pour leur fair(e) faire un tour au-dessus de la Terre !
Mais tout à l’opposé de ce qu’il aurait cru,
Ils en furent ravis, et ne voulurent plus
S’en retourner chez eux. Au fond fort débonnaire,

Le vent les porta donc au Royaume céleste.
Le vieux mas resta seul. Peu à peu le maquis
Envahit plus encor ses vieux murs décatis ;
Et longtemps à Alleins l’on se conta la geste

Des deux vieux arrachés à leur vie amoindrie.
Le vieux mas disparut sous la végétation
Jusqu’à ce que se pose une étrange question :
Pourquoi la lande ici était-elle fleurie ?

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L’artiste

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Un vent venu du Sud malmène les nuages,
Les chassant devant lui à grands coups de fouet ;
Et le ciel bleu foncé, secoué, bafoué,
Se pare peu à peu d’incroyables mirages.

Le vent s’est fait sculpteur et modèle les formes
Des nuées bousculées de son souffle effilé.
Il dépose à longs traits des filaments de lait
Sur le ciel indigo si souvent uniforme

Chez nous dans le Midi. Très vite il y dessine
Des plantes inconnues, des oiseaux et des fleurs
Se dissipant sitôt en longs traits de vapeur
Pour renaître plus loin sur la ligne argentine

De l’horizon marin.Le vent est un artiste ;
La mer sous son pinceau se farde de couleurs,
Comme le ciel là-haut, sous ses doigts cajoleurs
De peintre halluciné et de fin coloriste.

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Des larmes de cristal

olivier-en-hiver

Des larmes de cristal, tels des sanglots de glace,
Ont coulé cette nuit sur le vieil olivier
Dont le feuillage gris s’est recroquevillé
Sous l’outrage du gel. Cet hiver outrepasse

Son droit d’être chez nous en ce mois de décembre !
On n’a pas l’habitude, il fait vraiment trop froid,
Et l’on redoute tous, avec pas mal d’effroi,
Que ces grands coups de gel ne tuent ou ne démembrent

Le vieil arbre si vieux sous sa vieille ramure.
Il fait vraiment très froid, et un voile de gel
Nimbe tout le jardin d’un halo irréel
Cristallin et bleuté. L’incroyable froidure

A sculpté sur l’étang des fleurs couleur de neige
Ciselées cette nuit par les crocs bleus du vent.
L’olivier a craqué ; son branchage bravant
L’air glacial a frémi. Oh, Dieu, que le protège

L’Esprit emprisonné dans sa sève immobile !
Et puisse le dégel desserrer cet étau
Qui l’étouffe et le tue ! Que renaisse bientôt
Le soleil pour baigner cet enclos si tranquille

Et l’olivier chenu, têtu, qui se bagarre,
Tentant de résister aux assauts de l’hiver.
Il reste ici et là quelques bribes de vert,
Mais l’arbre est affaibli par les charges barbares

Du grand rush hivernal. Le gel est bien trop vif
Pour qu’il tienne longtemps ! Pourvu que le soleil
S’en vienne à sa rescousse en sortant du sommeil !
Lui seul pourrait contrer ce froid si agressif…

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De partout, à Marseille…

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Poème illustré par un tableau de :
Liisa Corbière

www.carredartistes.com/

De partout, à Marseille, on voit la Bonne mère ;
Et de la basilique on aperçoit la mer
Multiforme, irisée, toujours recommencée.
La statue immuable et l’onde ressassée

Sont là, où qu’on se tourne. Et l’immense ciel bleu
Surplombant la cité les tient bien dans le creux
De son éther léger. D’où qu’on soit à Marseille,
On voit la Bonne Mère et la mer qu’ensoleille

Le grand ciel invariable où dansent des mouettes !
Parfois du gris d’ailleurs vient comme un trouble-fête
Embarbouiller le bleu intense de l’azur,
Et un brouillard épais se dresse comme un mur

Entre la terre et l’eau. Mais ce n’est pas souvent
Qu’on a du mauvais temps, et un souffle de vent
S’en vient vite chasser toute idée de nuages,
Qui ne sont par ici que rêves et mirages….

Bien sûr, me direz-vous, je suis bien peu critique !
Mais laissons, voulez-vous, toute autre polémique
Et venez avec moi, suivez-moi tout là-haut,
Là-haut sur la colline entre le ciel et l’eau…

Juste au-dessus de nous, il y a Notre Dame
Et l’enfant dans ses bras, auréolé des flammes
Du soleil en exergue. Et là-bas, sur la mer,
Le soleil s’enfonçant dans les flots outremer…

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Il y a bien longtemps…

46 - La Bastide

Il y a bien longtemps, je résidais ailleurs.
J’étais alors très jeune, et pour moi la Provence
Etait une région faite pour les vacances,
Peinte d’azur et d’or et de moultes couleurs.

Je ne me doutais pas que je vivrais ici
Les trois-quarts de ma vie. Que la belle province
Deviendrait mon pays, et qu’un Destin bon prince
M’ancrerait à jamais à ce havre béni.

Car j’aime ce pays, au point de renier
Sans aucun repentir ce qui fut mon enfance !
Y aurait-il en moi un gêne de Provence
Y activant ce feu que je ne peux nier ?

Ce qui est inouï, c’est surtout la lumière
Baignant a giorno un rude paysage,
Car ces délicieux mots que sont «tranquille » et sage »
Ne s’accordent point trop à cette rude terre

Dont j’aime l’âpreté, tout comme le mistral
Quand il s’en vient fraîchir une journée brûlante ;
Et puis, aux mois d’hiver, ces journées insolentes
Qui osent pétiller malgré le temps glacial !

Il peut y faire froid sous un grand ciel tout bleu,
Y faire bien trop chaud, y venter à outrance…
Oui, j’aime la Provence, et j’ai l’outrecuidance
De me dire d’ici… en galégeant si peu !

C’est pourquoi je voudrais l’encenser tous les jours,
Tout comme un troubadour qui louange sa belle ;
Lui laisser à jamais toute une ribambelle
De poèmes fervents incandescents d’amour.

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Les Baux en hiver

Michel Bec

Poème illustré par un tableau de :

Michel Bec

L’automne a passé le flambeau
A l’hiver. Un poisseux ciel gris
Que déjà la nuit assombrit
Pèse lourdement sur les Baux.

Le village est vide, et le vent
Y mène sa danse infernale :
Assourdissante bacchanale
Du mistral qui court droit devant

Comme un centaure sans raison
Tonitruant dans les venelles.
La débandade habituelle
D’une morne et triste saison !

Te rappelles-tu l’an dernier
Quand l’on y fit une balade,
Poussés dans notre promenade
Par ce vent fou qui ricanait ?

Il y faisait si froid alors
Que ton doux visage était pâle,
Pâle comme l’anneau d’opale
Auréolant le croissant d’or

De la lune accrochée au ciel.
Les vieilles maisons du village,
Bastides grises d’un autre âge,
Etaient éclaboussées du miel

De la ténébreuse lueur.
Le vent tordait ta chevelure
Qui dansait comme une voilure
Autour de ton visage en cœur…

Les Baux sont tristes en hiver.
Tu n’es plus là, tu t’es perdue
Dans une existence éperdue…
Dis, n’ai-je point assez souffert ?

Peut-être un jour reviendras-tu ?
Je t’attends rue de la Calade
Où l’infernale cavalcade
Du vent dévale à qui veux-tu….

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