Archives pour la catégorie “La Provence au coeur”

Poème illustré par un tableau de :
Florine
www.florine2007.rmc.fr
C’est un plateau brûlant de la Haute-Provence
Fleurant bon la lavande et le blé moissonné.
Le vent y est hurlant, et son souffle est immense
Qui courbe les épis et les fait onduler
En vagues d’or ocré jusqu’au temps des moissons.
C’est un pays ardent et qui vrombit d’odeurs
Autour de Valensole ; et tout y sent si bon
Qu’on en oublie bien vite l’atroce chaleur
Du grand mois d’août qui bout au-dessus des champs bleus.
La fragrance azurée affole les abeilles
Zonzonnant à l’envi ; et le soleil qui pleut
Inonde le pays de ses vagues vermeilles.
Valensole en balcon en est tout alangui,
Un peu saoul, enivré d’odeurs délicieuses ;
L’air est si parfumé qu’il en est étourdi
Et s’abandonne enfin à une sieste ombreuse.
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Poème illustré par un tableau de :
Hélène Gastin-Mozo
www.galerie-com.com
Nous avons ressorti du fin-fond des placards
Les shorts, les débardeurs, les vêtements légers.
Même si, d’ici peu, l’on va tant transpirer
Qu’on va pas mal râler, on grognera plus tard !
Pour l’instant jouissons de l’été revenu
Et ne prenons plaisir qu’à tous ses avantages.
Hâtons-nous d’oublier les terribles orages
D’un printemps désastreux où il a bien trop plu.
C’est vrai que le temps change et qu’on ne sait plus trop
A quels saints se vouer ! Un hiver printanier,
Un printemps gadouilleux… Seul notre bel été,
Invariablement, reste sec et bien chaud
Sauf quand juillet parfois joue à l’inconséquent,
Faisant râler les gens bien que notre Provence
Soit toujours plus gâtée qu’ailleurs partout en France :
Son ciel est lumineux, même taché d’argent ;
Ce cher bon vieux soleil ne pourrait délaisser
Ses terres du Midi ! L’été est par chez nous
Sans cesse épanoui. Parfois trop même au goût
De certains ronchonneurs toujours prêts à pester !
Alors, soyons heureux et prenons le meilleur !
Profitons de l’instant, des beaux jours qui renaissent,
Des jardins qui chatoient. Tout sent bon l’allégresse
Et l’été fait sonner sa fanfare en nos coeurs.
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Chez nous, quand le vent souffle et secoue le Midi,
Il bleuit tant le ciel que c’en est incroyable.
Mais il peut par moments être si redoutable
Qu’on en est effrayés : on se sent tout petits
Quand ses coups de boutoir ébranlent la Provence
En pliant les cyprès, les courbant jusqu’au sol ;
Puis il se calme un peu, met un soudain bémol…
Et repart de plus belle en folie et en transes.
Même dans la maison on en est étourdi
Tant le bruit est énorme. Il gronde, il gueule, il pleure
En secouant les murs ; se rue à l’intérieur
Dès qu’on entr’ouvre un peu un volet ou un huis.
C’est un dément furieux, et nulle part ailleurs
Il n’est de vent plus fou que ce maudit mistral
Qui ne sait que hurler tout en menant le bal
Car il est le plus fort ; c’est en dévastateur
Qu’il se rue par chez nous quand il fait froid là-haut.
Tout bouge sous sa poigne implacable et glacée,
Plus rien n’est immobile, et les grands pins ployés
Se penchent vers le sol comme des arbrisseaux. .
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Poème illustré par un tableau de :
Charles-Ferdinand Caramano
(1829-1909)
Il était une fois au pied du mont Ventoux
Un tout petit mazet où vint vivre une fée
Qui dit être bergèr(e) ; personne ne savait
D’où venait la donzelle ; on en ignorait tout
Et c’était bien ainsi : mieux vaut ne pas savoir
Que son voisin parfois est quelqu’un de bizarre !
On attribua donc à un fâcheux hasard
Le fait que nul jamais ne s’en vienne la voir !
Semblant être vraiment tombée du haut des nues,
Elle était fort gentille, agréable et jolie ;
L’on ne lui reprochait qu’une seule folie :
Ne pouvant supporter que ses bêtes soient nues,
La pastro entêtée ne les tondait jamais !
Ce qu’on ne savait pas, c’est que cette manie
N’était pas anodine ! En cas de tragédie,
Les moutons de la fée devaient être bouclés…
Puis s’en vint un été torride et désastreux,
Tel que même les vieux n’en avaient jamais vu !
Un brasier gigantesque dévorant les nues
S’abattit sur la lande et y bouta le feu.
Tous pensaient donc mourir sous ce soleil abscons
Qui grillait, desséchait la nature et les hommes
Quand la fée réagit ; et elle était si bonne
Qu’elle n’hésita plus à dévoiler ses dons.
Elle changea alors ses moutons en nuages
D’un seul coup de baguette, pour y puiser la pluie :
Marmonnant quelques mots comme une litanie,
Elle les fit monter au-dessus du village
Où ils se déversèrent soudain en orage :
Des nuages-moutons tout à coup liquéfiés !
On acclama la fée. Mais elle se méfiait…
Et nul ne la vit plus jamais dans le village
Où jadis ses consoeurs n’avaient pas fait long feu.
On la pleura beaucoup ; on fut même vexé
Du manque de confiance et d’amour de la fée.
Et puis son souvenir s’effaça peu à peu.
Seuls quelques troubadours la célèbrent encore,
Mais ne dit-on pas d’eux que leur parole est d’or…
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Heureux celui qui a un cafoutche* chez lui
Car il peut se targuer d’avoir beaucoup de chance !
C’est ce que, dans le Nord, on nomme cagibi,
Ou réduit… ou placard… Partout ailleurs en France
On pourrait s’en passer. Oui ! mais pas à Marseille
Où l’on y range tout ce qui pourrait traîner.
Tenez : j’y garde même un morceau du soleil
Perdu par l’astre-roi au mitan de juillet !
Mais ne le dites pas ! Je le ressortirai
Quand l’hiver reviendra investir notre ville !
Pour l’instant il y dort avec un tas d’objets
Tout de bric et de broc… Bric à brac qui s’empile
Dans ce désordre fou qu’on appelle un foutoir :
Vivres, malles, outils, meubles dépareillés,
Bouteilles de bon vin… Un énorme bazar
Dont on dit chaque jour qu’il faudrait le ranger !
C’est un cafoutche, quoi ! la pièce préférée
De moults Marseillais. Un vrai capharnaüm
Pour y mettre au rencart ce qu’on ne peut caser !
Savez-vous que le mien sent le cuir et les pommes ?
*Ce mot est passé dans le vocabulaire courant partout en Provence
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Poème illustré par un tableau de :
Annie Rivière
www.atelierrivière.canalblog.com
Le vieux mas est bien frais au creux du vallon gris,
Gris de poussière fine et de végétation
Brûlée par le soleil. On est même surpris,
En entrant dans le hall sombre et bas de plafond,
D’y ressentir sitôt une onde de fraîcheur.
On y a même froid, car tout à coup l’on passe
D’un excès de lumière à la presque noirceur
De la nuit, à midi, non loin de Miramas.
Guy n’ouvre ses volets que le matin très tôt,
Et puis il les referme, afin que le soleil
Ne puisse entrer chez lui : le vieux mas est bien clos
Jusqu’à ce que s’éteigne le soleil vermeil
Là-bas à l’horizon. Les murs sont si épais
Qu’ils gardent la fraîcheur tout comme une glacière.
Une antique maison construite tout exprès
Pour des étés brûlants et de rudes hivers.
Au Nord des fenestrons pour contrer le mistral ;
Côté Sud des volets et des portes fermées :
Guy ne supporte bien cet été provençal
Qu’en suivant les conseils qui lui furent légués.
Il est alors si bien sous la voûte chaulée !
Dehors l’été grésille au tempo provençal
De la chaleur cuivrée, du chant ensoleillé,
Criquetant et rythmé de ses chères cigales.
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C’est un arbre très vieux au fond du cimetière,
Qu’on planta vers l’an mil ; sa silhouette sombre
Ombrage depuis lors le royaume des ombres
Où son tronc torturé dressé vers la lumière
Lance vers le ciel bleu son feuillage éternel.
C’est l’arbre de la mort. A la mort du soleil,
Il est pourtant couvert des arilles vermeilles
Qui en ont fait l’aïeul des arbres de Noël,
Le parant de rubis pour accueillir l’hiver.
Mais lui-même est poison – sauf au coeur de ses fruits -
Toxique et vénéneux, qui cependant détruit
Les horribles rejets de l’immonde cancer !
Car s’il est venimeux, il est aussi sauveur :
Un remède-poison… Fait de mort et de vie,
C’est un arbre très vieux poussant non loin du Muy,
Et qui semble oublier que même les ifs meurent…
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Huit avions dans le ciel qui piquent en diamant
- Ainsi qu’il faut le dire en Aéronautique !
Une flèche hurlante, un V acrobatique
Labourant les nuées d’un long sillon d’argent.
Salon* est fière d’eux, elle qui est le nid
De ces vastes oiseaux à la fine envergure.
Ils esquissent là-haut de sublimes figures
Dessinant sur le ciel des schémas inouïs.
Mais comment font-ils donc pour ne pas se toucher ?
Et cet affreux boucan… Comme un coup de tonnerre
Eclatant tout à coup dans l’azur pur et clair !
On a le coeur qui bat rien qu’en voyant filer
Ces pilotes parfaits parfaitement rodés !
De grands oiseaux de proie, effilés, dont les ailes
Laissent un long sillage imprimé sur le ciel :
Surhommes survolant le pays Salonnais…
* La PAF est à Salon depuis 1937
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Poème illustré par un tableau de :
Jacques Testa
www.tableaux-testa.net
J’ai besoin de soleil et j’ai soif de lumière !
Où pourrais-je en trouver autant que par ici
Quand s’annonce l’été ? Et quand enfin la mer
Transforme sa clameur en un doux clapotis.
Et ce bleu infini du ciel interminable
Quand les jours sont si longs ? En est-il de plus pur ?
Cette tiédeur de l’eau, cette chaleur du sable
Qui font monter en vous comme un goût de luxure,
En quelle autre région pourrait-on les trouver ?
Le soleil et la mer, la lumière et le ciel
Incroyablement bleu si souvent dans l’année !
Ce pays est béni et vous donne des ailes
Car l’âme est plus légère au cours de ces longs jours
Immuablement clairs. Pas trop chaud, pas trop frais :
Ce temps presque parfait devrait durer toujours !
Provence-paradis dès le début de mai !
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Combien de fois, dis-moi ! l’ai-je donc parcourue
Cette rue de Marseille ? Une rue si pentue
Qu’elle est un escalier ! Nous, nous n’en souffrons plus,
Bien qu’avec ces années qui nous laissent perclus,
Elle soit parfois rude à monter et descendre.
Est-elle donc plus raide qu’en notre âge tendre
Où nous la gravissions vent debout, en courant ?
Mon Dieu, quelle grimpette ! On dirait que le temps
L’a rendue vertical(e) ! Si dure qu’elle essouffle
Les touristes flapis et presqu’à bout de souffle
Qui gravissent la pente en agrippant la rampe.
Certains s’asseoient en haut, et, tout noués de crampes,
Ils se promettent bien de n’y plus revenir.
Cette rue trop pentue, c’est la rue des soupirs !
Une rue de Provence, une rue de Marseille
Aux maisons balafrées par des rais de soleil…
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On dirait l’Italie, non loin de Barbentane :
Un tertre rebondi comme ceux de Toscane,
Effleuré par le vent pliant ses trois cyprès
Qui courbent vers le sol leur pointe fuselée.
Une colline bleue où l’herbe effilochée
Oscille en ondoyant sous le souffle léger
D’un mistral encor doux ; un coteau où il danse
Après s’être baigné aux eaux de la Durance.
On dirait l’Italie enivrée de senteurs
Car la ronde colline est émaillée de fleurs
Comme un champ de Giotto ou de Botticelli.
Une Provence gaie, un joli monde en rond,
Où le vent n’est encor qu’un joli friselis
Qui trace sur les blés de larges cercles blonds.
*Sonnet offert à Patricia Martin, de France-Inter
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Poème illustré par un tableau de :
Dany Wattier
www.danywatt.com
Hélas ! C’était trop beau pour durer plus longtemps :
Novembre est presque là. L’on en était encor
A vaquer les bras nus et à flâner dehors
Comme au mois de septembre ! Et voici que le vent
S’est soudain souvenu qu’on était en hiver :
Comme il fait froid au Nord, il vient de s’éveiller
Et déferle chez nous, ne cessant de hurler
Et de s’époumonner ! Mon Dieu, quelle misère…
Huit degrés, nous dit-on ? Mais non, il fait plus froid !
C’est du moins l’impression que donne le mistral
Quand il nous dépossède à grands coups de rafales
De tièdes calories ! Dès qu’il vibre et tournoie
Autour de nous, dément comme un grand vautour noir,
Nous sentons tous nos os se recroqueviller
Tant soudain il fait froid, tant son souffle est glacé !
Le mistral en hiver a tout d’un repoussoir !
Mais demain il mourra, vaincu et amoindri
Par ses propres excès, pour nous laisser goûter
Au doux temps de Provence et même au presqu’été !
La Provence sans vent serait un paradis…
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Le vieux mas assoupi dort sous la lune bleue,
Planté comme un bloc roux au milieu de la lande.
Un vieux mas ignoré où la vie peu à peu
S’étiole et se délite. Il faudrait qu’André vende :
Il ne peut s’y résoudre ! Il y vit isolé,
Ermite d’aujourd’hui qui ne parle souvent
Qu’à son chien ou son chat au long d’une journée ;
Et dans la plaine sèche où hulule le vent,
Il est le seul humain à des lieues à la ronde.
Il est tellement seul que pour la nuit il laisse
Une lampe allumée ; et sa lumière blonde
Paradoxalement accentue la tristesse
De la maison perdue au fin-fond d’un pays
Appelé Nulle Part. Est-on bien en Provence,
Dans cette lande grise accablée par la nuit ?
Le silence est pesant, et l’on dirait qu’y dansent
Les âmes disparues des ancêtres d’André,
Surtout les soirs d’hiver quand souffle le mistral.
Il ne partira plus, il est seul à jamais.
Son vieux mas décrépi vibre sous les rafales…
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Poème illustré par un tableau de :
Martine Schnoering
www.martineschnoering.com
Cette petite rue ? Eh bien, c’est la Rue Grande !
Notre grand’rue à nous, le centre du village
Où la vie se concentre, où c’est le bon usage
De passer chaque jour. Une rue qu’enguirlandent
De nombreux calicots changeant chaque semaine :
L’un pour la Foire au Vin, l’autre pour la Brocante
Ou bien la Saint Eldrad… Ainsi chaque week-end,
Car il faut que la vie soit aussi trépidante
Ici que par chez vous ! Une rue en Provence,
Vivante et agitée, surtout quand vient le soir,
Quand la foule des gens libérés entre en danse,
Courant les magasins, ignorant les trottoirs
Qui sont vraiment étroits, il faut le reconnaître !
Il y a deux cafés, un resto, des boutiques
Se voulant à la mode. Oui ! mais le temps de naître
Et les voici fermées : histoire épisodique
Correspondant, hélas ! au monde d’aujourd’hui…
Et pourtant que de monde affairé à Lambesc
Et dans notre Rue Grande enivrée par le bruit !
Est-ce ce grand tintouin qu’on nomme « pittoresque »,
Attirant le touriste alléché par l’idée
Que c’est ainsi qu’on vit au coeur de la Provence ?
De ces rues animées, il en est tant en France,
Surtout le samedi où l’on aime bader !
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Si je devais partir, que pourrais-je emporter
De ma chère Provence ? Un morceau du soleil,
Tout bien empaqueté dans ses rayons vermeils ?
Et puis une cigale habile à criquetter
Et encore et encore, enchantant mon bagage ;
Peut-être bien mon mas… le vieux banc du jardin…
La fontaine moussue, le pied de romarin ?
Deux ou trois vieux chenus, les piliers du village,
Assis matin et soir sur la Place, à bader ?
Et pourquoi pas Lambesc avec son Jacquemart ?
Ce cyprès dans un champ, pas bien loin de La Fare ?
Plus, en tassant le tout, le très vieil olivier
Qui ombrage ma cour ? Et tous ces souvenirs
Si bien ancrés ici ? Puis je songe aux amis
Qui depuis si longtemps m’ont si bien accueillie,
Et me dis que jamais je ne pourrai partir
Sans tout en emporter ! Je reste donc ici,
Au coeur de la Provence, en mon cher vieux pays…
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