Archives pour la catégorie “La Provence au coeur”

Poème illustré par un tableau de :
Annie Rivière
www.atelierrivière.canalblog.com
Le vieux mas est bien frais au creux du vallon gris,
Gris de poussière fine et de végétation
Brûlée par le soleil. On est même surpris,
En entrant dans le hall sombre et bas de plafond,
D’y ressentir sitôt une onde de fraîcheur.
On y a même froid, car tout à coup l’on passe
D’un excès de lumière à la presque noirceur
De la nuit, à midi, non loin de Miramas.
Guy n’ouvre ses volets que le matin très tôt,
Et puis il les referme, afin que le soleil
Ne puisse entrer chez lui : le vieux mas est bien clos
Jusqu’à ce que s’éteigne le soleil vermeil
Là-bas à l’horizon. Les murs sont si épais
Qu’ils gardent la fraîcheur tout comme une glacière.
Une antique maison construite tout exprès
Pour des étés brûlants et de rudes hivers.
Au Nord des fenestrons pour contrer le mistral ;
Côté Sud des volets et des portes fermées :
Guy ne supporte bien cet été provençal
Qu’en suivant les conseils qui lui furent légués.
Il est alors si bien sous la voûte chaulée !
Dehors l’été grésille au tempo provençal
De la chaleur cuivrée, du chant ensoleillé,
Criquetant et rythmé de ses chères cigales.
Pas de commentaire »

C’est un arbre très vieux au fond du cimetière,
Qu’on planta vers l’an mil ; sa silhouette sombre
Ombrage depuis lors le royaume des ombres
Où son tronc torturé dressé vers la lumière
Lance vers le ciel bleu son feuillage éternel.
C’est l’arbre de la mort. A la mort du soleil,
Il est pourtant couvert des arilles vermeilles
Qui en ont fait l’aïeul des arbres de Noël,
Le parant de rubis pour accueillir l’hiver.
Mais lui-même est poison – sauf au coeur de ses fruits -
Toxique et vénéneux, qui cependant détruit
Les horribles rejets de l’immonde cancer !
Car s’il est venimeux, il est aussi sauveur :
Un remède-poison… Fait de mort et de vie,
C’est un arbre très vieux poussant non loin du Muy,
Et qui semble oublier que même les ifs meurent…
Pas de commentaire »

Huit avions dans le ciel qui piquent en diamant
- Ainsi qu’il faut le dire en Aéronautique !
Une flèche hurlante, un V acrobatique
Labourant les nuées d’un long sillon d’argent.
Salon* est fière d’eux, elle qui est le nid
De ces vastes oiseaux à la fine envergure.
Ils esquissent là-haut de sublimes figures
Dessinant sur le ciel des schémas inouïs.
Mais comment font-ils donc pour ne pas se toucher ?
Et cet affreux boucan… Comme un coup de tonnerre
Eclatant tout à coup dans l’azur pur et clair !
On a le coeur qui bat rien qu’en voyant filer
Ces pilotes parfaits parfaitement rodés !
De grands oiseaux de proie, effilés, dont les ailes
Laissent un long sillage imprimé sur le ciel :
Surhommes survolant le pays Salonnais…
* La PAF est à Salon depuis 1937
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Jacques Testa
www.tableaux-testa.net
J’ai besoin de soleil et j’ai soif de lumière !
Où pourrais-je en trouver autant que par ici
Quand s’annonce l’été ? Et quand enfin la mer
Transforme sa clameur en un doux clapotis.
Et ce bleu infini du ciel interminable
Quand les jours sont si longs ? En est-il de plus pur ?
Cette tiédeur de l’eau, cette chaleur du sable
Qui font monter en vous comme un goût de luxure,
En quelle autre région pourrait-on les trouver ?
Le soleil et la mer, la lumière et le ciel
Incroyablement bleu si souvent dans l’année !
Ce pays est béni et vous donne des ailes
Car l’âme est plus légère au cours de ces longs jours
Immuablement clairs. Pas trop chaud, pas trop frais :
Ce temps presque parfait devrait durer toujours !
Provence-paradis dès le début de mai !
Pas de commentaire »

Combien de fois, dis-moi ! l’ai-je donc parcourue
Cette rue de Marseille ? Une rue si pentue
Qu’elle est un escalier ! Nous, nous n’en souffrons plus,
Bien qu’avec ces années qui nous laissent perclus,
Elle soit parfois rude à monter et descendre.
Est-elle donc plus raide qu’en notre âge tendre
Où nous la gravissions vent debout, en courant ?
Mon Dieu, quelle grimpette ! On dirait que le temps
L’a rendue vertical(e) ! Si dure qu’elle essouffle
Les touristes flapis et presqu’à bout de souffle
Qui gravissent la pente en agrippant la rampe.
Certains s’asseoient en haut, et, tout noués de crampes,
Ils se promettent bien de n’y plus revenir.
Cette rue trop pentue, c’est la rue des soupirs !
Une rue de Provence, une rue de Marseille
Aux maisons balafrées par des rais de soleil…
Pas de commentaire »

On dirait l’Italie, non loin de Barbentane :
Un tertre rebondi comme ceux de Toscane,
Effleuré par le vent pliant ses trois cyprès
Qui courbent vers le sol leur pointe fuselée.
Une colline bleue où l’herbe effilochée
Oscille en ondoyant sous le souffle léger
D’un mistral encor doux ; un coteau où il danse
Après s’être baigné aux eaux de la Durance.
On dirait l’Italie enivrée de senteurs
Car la ronde colline est émaillée de fleurs
Comme un champ de Giotto ou de Botticelli.
Une Provence gaie, un joli monde en rond,
Où le vent n’est encor qu’un joli friselis
Qui trace sur les blés de larges cercles blonds.
*Sonnet offert à Patricia Martin, de France-Inter
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Dany Wattier
www.danywatt.com
Hélas ! C’était trop beau pour durer plus longtemps :
Novembre est presque là. L’on en était encor
A vaquer les bras nus et à flâner dehors
Comme au mois de septembre ! Et voici que le vent
S’est soudain souvenu qu’on était en hiver :
Comme il fait froid au Nord, il vient de s’éveiller
Et déferle chez nous, ne cessant de hurler
Et de s’époumonner ! Mon Dieu, quelle misère…
Huit degrés, nous dit-on ? Mais non, il fait plus froid !
C’est du moins l’impression que donne le mistral
Quand il nous dépossède à grands coups de rafales
De tièdes calories ! Dès qu’il vibre et tournoie
Autour de nous, dément comme un grand vautour noir,
Nous sentons tous nos os se recroqueviller
Tant soudain il fait froid, tant son souffle est glacé !
Le mistral en hiver a tout d’un repoussoir !
Mais demain il mourra, vaincu et amoindri
Par ses propres excès, pour nous laisser goûter
Au doux temps de Provence et même au presqu’été !
La Provence sans vent serait un paradis…
Pas de commentaire »

Le vieux mas assoupi dort sous la lune bleue,
Planté comme un bloc roux au milieu de la lande.
Un vieux mas ignoré où la vie peu à peu
S’étiole et se délite. Il faudrait qu’André vende :
Il ne peut s’y résoudre ! Il y vit isolé,
Ermite d’aujourd’hui qui ne parle souvent
Qu’à son chien ou son chat au long d’une journée ;
Et dans la plaine sèche où hulule le vent,
Il est le seul humain à des lieues à la ronde.
Il est tellement seul que pour la nuit il laisse
Une lampe allumée ; et sa lumière blonde
Paradoxalement accentue la tristesse
De la maison perdue au fin-fond d’un pays
Appelé Nulle Part. Est-on bien en Provence,
Dans cette lande grise accablée par la nuit ?
Le silence est pesant, et l’on dirait qu’y dansent
Les âmes disparues des ancêtres d’André,
Surtout les soirs d’hiver quand souffle le mistral.
Il ne partira plus, il est seul à jamais.
Son vieux mas décrépi vibre sous les rafales…
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Martine Schnoering
www.martineschnoering.com
Cette petite rue ? Eh bien, c’est la Rue Grande !
Notre grand’rue à nous, le centre du village
Où la vie se concentre, où c’est le bon usage
De passer chaque jour. Une rue qu’enguirlandent
De nombreux calicots changeant chaque semaine :
L’un pour la Foire au Vin, l’autre pour la Brocante
Ou bien la Saint Eldrad… Ainsi chaque week-end,
Car il faut que la vie soit aussi trépidante
Ici que par chez vous ! Une rue en Provence,
Vivante et agitée, surtout quand vient le soir,
Quand la foule des gens libérés entre en danse,
Courant les magasins, ignorant les trottoirs
Qui sont vraiment étroits, il faut le reconnaître !
Il y a deux cafés, un resto, des boutiques
Se voulant à la mode. Oui ! mais le temps de naître
Et les voici fermées : histoire épisodique
Correspondant, hélas ! au monde d’aujourd’hui…
Et pourtant que de monde affairé à Lambesc
Et dans notre Rue Grande enivrée par le bruit !
Est-ce ce grand tintouin qu’on nomme « pittoresque »,
Attirant le touriste alléché par l’idée
Que c’est ainsi qu’on vit au coeur de la Provence ?
De ces rues animées, il en est tant en France,
Surtout le samedi où l’on aime bader !
Pas de commentaire »

Si je devais partir, que pourrais-je emporter
De ma chère Provence ? Un morceau du soleil,
Tout bien empaqueté dans ses rayons vermeils ?
Et puis une cigale habile à criquetter
Et encore et encore, enchantant mon bagage ;
Peut-être bien mon mas… le vieux banc du jardin…
La fontaine moussue, le pied de romarin ?
Deux ou trois vieux chenus, les piliers du village,
Assis matin et soir sur la Place, à bader ?
Et pourquoi pas Lambesc avec son Jacquemart ?
Ce cyprès dans un champ, pas bien loin de La Fare ?
Plus, en tassant le tout, le très vieil olivier
Qui ombrage ma cour ? Et tous ces souvenirs
Si bien ancrés ici ? Puis je songe aux amis
Qui depuis si longtemps m’ont si bien accueillie,
Et me dis que jamais je ne pourrai partir
Sans tout en emporter ! Je reste donc ici,
Au coeur de la Provence, en mon cher vieux pays…
Pas de commentaire »

De gros pépères-fleurs ! Enormes et joufflus
Sur leur très haute tige ; avec leur coeur ventru
Joliment couronné de gros pétales jaunes,
Ce sont des fleurs d’été mais aux couleurs d’automne.
Des fleurs en bataillons et enrégimentées,
Suivant au long du jour le soleil de l’été
En se tournant de l’Est vers le Couchant du soir…
Comment supportent-ils leur pesant ostensoir ?
Parce qu’ils sont costauds ! Et parce que leur pied
Bien rivé dans le sol s’échine à rechercher
Un peu d’eau, très profond aux tréfonds de la terre.
Très peu d’humidité et beaucoup de lumière :
Nos ersatz de soleil ne sont pas bien gourmands !
Tous plantés en piquets, tournant incessamment,
Ce sont de grosses fleurs gorgées d’huile bien grasse.
Des consoeurs du colza, mais dénuées de grâce,
De gros soleils captifs, trop raides, sans nuances,
Illuminant pourtant nos champs gris de Provence,
* Appelés plus communément : tournesols !
Pas de commentaire »

Poème illustré par une photo de :
Serge Pertuis
Il aime la Provence et n’en veut pas partir ;
Ferait n’importe quoi, aimerait mieux mourir
Plutôt que de laisser sa terre bien-aimée !
Ses racines sont là, et c’est là qu’il est né
Il y a vingt-cinq ans dans la grand’rue de Murs.
Ces nappes de soleil inondant les vieux murs
Et ces pavés luisant sous l’intense lumière
De l’été triomphant… Il ne peut pas se faire
A l’idée de quitter son si joli village
Et se sent tout gonflé d’impuissance et de rage…
Et comment pourrait-on faire entendre raison
A un vrai Provençal face à sa mutation ?
Sur la route de Sault, de chez lui, il peut voir
Au loin le Luberon, tout cuivré par le soir
Eteignant sa lumière en extrême douceur.
Oh ! Ces soleils couchants qui étreignent son coeur
A force de beauté ! La falaise de Lioux,
La combe vers Venasque et les grands rochers roux…
Ses longues promenades, le chant des cigales
Dans le concert strident de l’été provençal…
On dit que son ancêtre était le bon Crillon,
Un allié d’Henri IV et son gai compagnon.
Légende exagérée ? Il ne sait, mais il sent
Que c’est ici que bout et sa vie, et son sang…
Il sait que ce serait renier son enfance
Que d’ainsi déserter bien loin de sa Provence.
Il ne partira pas ! Et il s’en va opter
Pour ce que certains nomment la médiocrité…
Pas de commentaire »

Au bord de la falaise, un cyprès de Florence
Découpe sur la nue sa flamme torsadée.
Sa haute torche noire hiératique est tracée
Comme un trait vertical sur le ciel de Provence.
Il est planté là-haut tout près d’un cimetière
Où les tombes verdies d’un très ancien village
Pourrissent lentement. Brodé de fleurs sauvages,
Seulement ombragé par la sombre torchère,
L’enclos est triste et nu au coeur gris du maquis.
Le cyprès est énorme et semble indestructible :
Un géant fuselé qui paraît insensible
Aux assauts du mistral secouant à l’envi
La pointe fine et drue qui surmonte sa cime.
Monument végétal resserré sur lui-même,
Un vieil arbre immuable, un imposant totem
Posé sur le roc noir au dessus de l’abîme.
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Armand Feldmann
www.armandfeldmann.com
Les persiennes fermées sont comme les paupières
Innombrables et bleues du village endormi.
Il est vraiment très tôt ; le jour est encor gris
Et des lambeaux de nuit tamisent la lumière.
Les voitures couvertes d’un voile argenté
De brume et de rosée sont garées sagement
Tout au long du trottoir. Une bribe de vent
Présage un grand mistral pour toute la journée ;
Pour le moment ça va ; ce n’est qu’une caresse
Qui ne perturbe pas le silence pesant
D’une aube provençale. Un chaton triomphant
Déambule tout seul ; sa longue queue se dresse
En point d’exclamation. Il va par la grand’rue
Dont les pavés disjoints luisent sous le ciel bleu ;
Il est tout seul au monde, inconscient et gracieux,
Et trottine gaiement, fragile hurluberlu.
C’est vrai qu’il est très tôt, et le premier soleil
Dont les rayons s’agripp(ent) aux pentes du Baou
Rend ses contours rugueux et raides un peu flous.
Car il n’est que six heure(s) et Saint-Jeannet sommeille…
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Jan Brueghel le Jeune
(1601-1678)
C’était un beau jardin du tout début des âges ;
Le temps y était doux : ni typhons ni orages
Pour en ternir l’éclat. Un endroit enchanté
Où l’été fleurissait sans être exagéré :
Pays des oliviers et terre d’abondance
Abreuvée d’un soleil qui pleuvait sans outrance
En paillettes d’argent. L’eau y courait partout
En ruisseaux cascadant au creux de vallons roux.
Vêtus de leurs cheveux, une femme et un homme
Vivaient dans ce jardin, Ils en étaient en somme
Les deux seuls souverains, ce royaume parfait
Offrant à profusion tout ce qu’ils désiraient…
Des fruits délicieux, du repos, la lumière,
Et pas bien loin de là la beauté de la mer
Qui chuintait doucement sur des plages de sable ;
Cocagne merveilleux, parfait, inoubliable…
Vous connaissez l’histoire ! Ils en furent chassés
Ignominieusement pour avoir comploté…
Mais ce que tous ignorent, c’est que notre Midi
Pendant cet âge d’or était leur Paradis.
Pas de commentaire »
|