Archives pour la catégorie “A la maison”

Poème illustré par un tableau de :
Brice Malézieux
www.malezieux.free.fr
Pas envie de bouger ni besoin de sortir !
Dehors le temps est gris et la pluie tambourine
Aux vitres embuées. On est d’humeur chagrine
Et il faut résister à l’envie de dormir
Tout recroquevillé dans le fond de son lit !
On n’a plus qu’un souhait : s’immerger sous sa couette.
Oublier cet hiver et se vider la tête
De l’idée qu’on n’en est qu’au début de l’ennui.
Car c’est bien évident : c’est l’ennui qu’il génère,
Ce satané hiver ! La fatale saison
Qui nous fait tous rentrer au creux de nos maisons
Comme un essaim frileux filant se mettre au vert !
Au vert ? Plutôt au gris, couleur tellement terne
Qu’on voudrait la bouter hors de notre Provence
Que décembre a lavé de sa luminescence.
Vois ce ciel morne et gris ! Le soleil est en berne
Et, tout éberlué de n’être plus le roi,
Il boude dans son coin. Alors restons chez nous ;
Vautrons-nous bien au creux de gros coussins bien mous…
Dehors il pleut toujours et, de plus, il fait froid.
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Poème illustré par un tableau de :
Gérard Calvet
www.gerardcalvet.fr
Dans le fond du jardin un arbre de Judée
Eclipse insolemment de ses rameaux violets
Le vert tendre et moelleux du tout nouveau printemps
Qui envahit les bois, revigore les champs.
Le mauve de ses fleurs, presque phosphorescent,
Eteint les autres tons, les voile en les fanant
Tant il est somptueux. On ne voit plus que lui,
Couleur presque agressive en ce matin qui luit
Sous le soleil levant encore un peu frisquet.
Il explose partout, et avril tout jeunet
S’en pare avidement depuis quelque huit jours
Pour faire de ce rose un merveilleux atour.
Cet arbre est si joli que tous les Provençaux
En veulent un chez eux. Car ce rose fluo,
Ce mauve délirant, ce violet insensé,
Dans le moindre jardin est du plus bel effet.
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Des ruisselets de pluie glissent en sinuant
Sur la vitre embrumée. Dehors la nuit avale
La cour et le jardin ; l’eau glacée qui dévale
Du ciel noir occulté tombe uniformément.
La maison est un hâvre investi par la pluie
Qui pourlèche sans fin et comme avidement
Les murs tachés de rouille. Un déluge, un torrent
Chuintant infiniment ! La maison est un nid
Bien tiède et bien fermé où l’on peut se lover
Comme au creux de sa mère, en cocoonant au chaud
Alors que l’eau tintinne en millions de grelots ;
Roulé en peloton, l’on entend l’eau tomber !
Car même si l’ondée fait un bruit de mitraille
Sur les tuiles cinglées par l’eau drue qui fouette,
Une impression de paix vient vous laver la tête
Et vous endort tout doux comme agneaux au bercail.
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Le soleil du mois d’août en pleine apothéose
Est à son apogée. Triomphant, il explose
Au-dessus du Midi en gerbes enflammées.
La chaleur aujourd’hui est comme exacerbée
Par un mistral furieux qui vient de se lever
Au-dessus de Lambesc. D’habitude, il est frais ;
Mais pas ce quatorze août où il grille les roses
Du jardin délaissé qui se métamorphose
Peu à peu en broussaille, en jungle abandonnée.
Pourvu que n’y éclose une fleur détestée
Par tous les Provençaux ! Une infime étincelle
Qui naît fougueuse, folle et infiniment belle ;
Une flammèche bleue dansante et colorée
Et qui pourrait soudain transformer en brasier
Ce jardin esseulé que nul n’arrose plus.
Ses plantes assoiffées, broussailleuses et nues
Sont sous le noir soleil des victimes offertes
Au feu et au mistral. Et leur pagaille verte
Est pour cet août trop sec comme un fruit défendu.
Puisse une énorme pluie enfin jaillir des nues !
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J’ai le coeur bien malade ; et s’il n’en paraît rien,
Ce n’en est que d’autant plus dangereux ! Et gare
Au jour où, par un fort malencontreux hasard,
Ne pouvant plus tenir, je céderai enfin !
Je soutiens le vieux mas… tout au moins en partie.
J’ai un ventre bien rond , et d’autant plus luisant
Que pour un bel effet on le cire souvent ;
D’allure bien costaude, et malgré l’anémie
Qui me mine en dedans, j’ai l’air bien baraquée ;
Mais avec mon aubier creusé de trous béants
Et mon coeur dévoré par d’énormes vers blancs,
Je cache bien mon jeu et je vais m’effondrer.
Je tiens par presque rien ! Peu à peu je fléchis…
Bien que les gens du mas ne l’envisagent pas,
Ils s’en vont d’ici peu entendre le fracas
De mon écroulement ! Puissent ces ahuris
Etre alors tous ailleurs qu’au creux de leur maison !
Mangée et taraudée par l’Immonde invisible,
Il me faut un courage incroyable, indicible
Pour pouvoir résister. Et je sens que mon….
CRAC !!!
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On va donc me couper ! Je gênais tout le monde :
Trop haut, trop déplumé, trop près de la maison
Et très enquiquinant, expédiant mes pignons,
Mes graines, mon pollen et mon ombre à la ronde :
Bien trop envahissant, sans aucun intérêt !
L’élagueur coûte cher, mais ils sont décidés,
Et d’ici quelques jours on va me tronçonner
En tous petits morceaux bons pour la cheminée.
Un arbre souffre-t-il ? Entendez-vous mon coeur
Qui bat de désespoir sous mon écorce grise ?
Je voudrais que le temps cruel s’immobilise,
Ma résine se fige à force de terreur !
Mais j’entends un moteur. Une portière claque.
Des pas dans le jardin. L’élagueur et ses gens
Avec leur tronçonneuse et tout leur bataclan…
N’auront-ils pas pitié de mon vieux tronc qui craque,
De ma tête chenue qu’ils vont faire tomber ?
Mais il faut m’y résoudre : il n’y a rien à faire
Qu’accepter mon futur de bûches pour l’hiver.
Un truc ronfle déjà pour me décapiter…
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Poème illustré par un tableau de :
Daniel Pollera
www.danielpollera.com
Posé sur la terrasse, un fauteuil à bascule
Est prêt à chavirer, balancé par le vent ;
De son souffle brutal, le mistral le bouscule,
Sans se soucier du tout du vieux meuble croulant
Qu’il faudrait manoeuvrer précautionneusement,
Son antique carcasse étant dans la famille
Depuis le tout début des années mil neuf cent !
Grinçant, bringuebalant, il oscille et vacille
Sous les à-coups puissants de ce maudit mistral.
Mais quand celui-ci meurt, le lent balancement
Du fauteuil se poursuit : mouvement anormal
D’un curieux va-et-vient sans le souffle du vent !
Soudain un rire frais cascade en grelottant :
Sur la toile rayée usée par tant d’usage,
Est assis invisible un fantôme d’enfant,
Revenu parmi nous d’un fort lointain voyage
Pour jouer comme antan, quand il était vivant,
Sur le fauteuil-berceau qui couine tant et plus.
L’ombre qui se balance – en arrière, en avant,
Se laisse brimbaler par le vieux tape-cul…
En arrière, en avant, toujours un peu plus vite,
Jusqu’à ce que le meuble, excédé par le jeu,
Expédie le petit aux confins du zénith
Pour recouvrer le calme, apanage des vieux.
L’antique rocking-chair, maintenant immobile,
Ne se balance plus sous la lune endormie ;
Et l’angelot déçu qui survole la ville
Cherche un autre copain pour jouer avec lui.
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Quelle belle journée ! Je viens de me lever
Et je ne compte pas bouger de la maison :
Je vais me reposer, presqu’avec déraison,
Profiter pleinement de ce jour de congé.
Mais petit-déjeunons ! Tiens, il n’y a plus de lait,
Ni de thé, ni de rien ! Juste du pain rassis
Que je me fais griller… Je suis à peine assis
Que quelque chose saute et me fait sursauter :
Ma tartine en folie a jailli du toaster !
Tout va mal ce matin ! Il n’y a plus de miel,
Et cette confiture, oh, bon sang ! Où est-elle ?
Je sens que je m’énerve : où est passé le beurre ?
En voici un morceau au fin-fond du frigo !
Mais il a un aspect à flanquer la nausée :
Rance et inconsommable ! Un petit-déjeuner
Dont on peut retenir qu’il est un vrai fiasco…
Le ventre à peu près vide, il m’est venu l’idée
D’aller me balader jusqu’au fond du jardin ;
Mais mon pied a ripé sur la balle du chien
Et j’ai fait un plongeon, le nez dans les rosiers
Où dormait un bourdon… Il ne m’a pas raté !
Tout va mal aujourd’hui ! Oh là là, j’en ai marre !
Je ne peux plus ainsi provoquer le hasard
Et, le nez tuméfié, je vais me recoucher…
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Poème illustré par un tableau de :
Annie Rivière
www.riviereannie.canalblog.com
J’ai cueilli ce matin un très joli bouquet,
Mais tellement fugace et tellement fragile
Que j’ai honte d’avoir tué ces fleurs graciles
Qui auraient survécu presqu’encor jusqu’en mai .
Non, je n’aurais pas dû ! D’autant que le jardin
Est fleuri tant et plus d’espèces plus costaudes.
Tous ces coquelicots qui n’ont plus l’air de rien
Et cette pâquerette un tantinet noiraude
Me font vraiment pitié ! Pourquoi avoir cueilli
Des fleurs ensauvagées, que pas même le vent
N’avait su déchirer ? Bientôt anéanties,
Il ne va en rester que des débris puants
Flanqués à la poubelle ! Il ne faut pas toucher
Aux frêles fleurs des champs : elles ne sont pas faites
Pour être apprivoisées ! J’aurais dû renoncer
A cueillir bêtement ces chétives pauvrettes…
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Poème illustré par une oeuvre de :
Cécile Mancion
www.cecilemancion.com
Je vais devoir enfin faire un énorme tri
Parmi pas mal de trucs et ranger mon armoire ;
Jeter de vieux habits, un tas de vieilleries…
Mais voyez donc, lové au fond de ce tiroir,
Ce vieux pull oublié depuis quelque cinq ans
Sans aucune raison et fort injustement…
Boudiou, qu’il est joli ! Quelle jolie couleur,
Ce rose un peu poudré pas du tout démodé…
Je vais le ressortir, car on n’est qu’en janvier,
Et lui redonner vie, bon usage et honneur !
Je l’avais acheté aux Soldes, à Salon,
Et l’avais follement payé la peau… du dos :
Une marque connue et un prix… à la con !
Mais bon sang, quelle classe ! Et, Seigneur, qu’il est beau :
Cachemire tissé de rayons de soleil
Et rose illuminé par des reflets vermeils…
Comment ai-je donc pu me séparer de vous ?
Peut-être trop porté ? Un temps pas assez froid ?
Trois jours de gel intense avaient guidé mon choix ;
Je n’avais pas songé qu’ici l’hiver est doux.
Mea culpa, mon beau ! Enfin réinséré,
Tu vas être l’objet de tout un tas d’égards :
Un bain tiède et mousseux ; un petit point discret
Sur cette maille, là, mais bien loin des regards…
Et nous allons tous deux faire enfin sensation !
Mes plus chères amies, c’est sûr, en baveront
De dépit et d’envie. Que tu es donc joli,
Pull-over oublié pendant un si long temps
Et que je vais porter jusqu’au proche printemps !
Please, pardonne-moi cet incroyable oubli…
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Poème illustré par un tableau de :
Albert Coste
www.atempera-gallery.com
Faites escaloper douze tranches de boeuf ;
Puis aplatissez-les, pour mieux les enrouler
Tout autour du hachis qui sera composé
De lardons, d’ail, d’oignons liés avec un oeuf.
Garnissez votre viande avec votre hachis,
Et roulez, façonnez, salez et ficelez.
Ensuite dans un tian, préparez un coulis
De tomates bien mûr(e)s et bien épépinées.
Prenez une cocotte et faites rissoler
Vos délicieux paquets dans de l’huile d’olive
De la vallée des Baux ; il faut y ajouter
Deux oignons émincés. Que la flamme soit vive
Pour que tout dore bien ! Ensuite du vin blanc,
Le coulis « fariné »… Et puis baissez le feu,
Laissez cuire deux heur(e)s. Mais pendant tout ce temps,
Rien ne vous interdit de vous détendre un peu
En buvant un pastis bien frais dans le salon…
C’est vrai qu’il va falloir éplucher les patates…
Mais peler, ça fatigue, et c’est vraiment très long…
Et si on les servait avec un plat de pâtes ?
*Li paquetoun de bioù, en Provençal
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Poème illustré par un tableau de :
Pascal Giroud
www.pgiroud.fr
Sous la lumière crue qui pleut du ciel marine,
Le mas des Béjazet a l’air d’être endormi.
Il fait tellement chaud que tous se sont tapis
Au fond de la maison. L’ombre y est cristalline
Même si tout est clos ; et l’été ravageur,
Comme immobilisé dans la cour accablée
Où le soleil-lion fond en torrent enflammé,
N’a pas pu pénétrer dans la vieille demeure
Où chacun fait la sieste. Il y fait bon et frais
Et tout est silencieux. La chienne et les deux chats
Dorment lovés en rond sur le dallage froid :
Dans l’enfer du mois d’août, la sieste, c’est sacré
Pour tout ce qui respire ! Autant pour les humains
Que pour les animaux ! On dirait qu’une fée
Ensorcelle les gens au plus fort de l’été ;
Et juste après midi, il serait vraiment vain
De tenter d’affronter un pareil assommoir.
Tout est calme et tout dort. Dans les vieux oliviers,
Même les grimpereaux ont cessé de pépier.
Plus rien n’ose bouger dans le grand étouffoir.
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En hiver quelquefois nous sortons les bougeoirs
Pour oublier un peu cette électricité
Trop brutale et trop crue. Et un monde enchanté
Vient s’installer chez nous dès que tombe le soir :
C’est tellement joli, ces spirales de feu
Qui frémissent en choeur dans la salle obscurcie.
Une lumière pâle à l’éclat adouci
Transforme chaque chose en objet mystérieux.
Il reste dans les coins de grandes zones d’ombre
Qui semblent palpiter au rythme des bougies.
Un mélange curieux de lumière et de nuit !
Les meubles familiers dissous dans la pénombre
Ont de nouveaux contours. Ils n’ont plus de couleur,
Et leur masse confuse est un peu inquiétante
Tant ils sont transformés par l’atmosphère ambiante.
On comprend que la nuit engendre tant de peur !
Peu à peu ça sent bon car les chandelles fondent :
Dans la pièce assombrie la chaude odeur de cire
S’enroule et se déroule en délicieuses spires.
Rêve et réalité peu à peu se confondent…
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La table est déjà mise ; il faut que tout soit prêt
Lorsque vont arriver les premiers invités :
Toute blanche et dorée, avec des rameaux verts
Et du rouge carmin ! De grands spots de lumière
Illuminent la nappe ; ils sont si lumineux
Qu’ils blêmissent le teint et font cligner des yeux.
C’est beaucoup trop clinquant : mieux vaudrait des bougies…
L’erreur est réparée, et leur doux clignotis
Fait luire le cristal et la vaisselle blanche
De fine porcelaine à sortir le dimanche ;
On aura de la dinde, et les treize desserts
Vont un peu adoucir la rigueur de l’hiver.
Mon Dieu, que ça sent bon ! D’ineffables odeurs
Se répandent partout… Par contre, tout à l’heure,
Quand on n’aura plus faim, ce sera détestable
De sentir le rôti et les relents de table !
Mais oublions cela ! Vivons l’instant présent…
La nuit est vraiment douce et un souffle de vent
Chante en tournicotant autour de la maison :
Le mistral obligeant s’est mis au diapason.
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Poème inspiré par le jardin de :
Marguerite Goetz-Plobsheim
www.phengels.fr
Cette année par malheur l’hiver est en avance,
Et il a délavé de toutes ses couleurs
Le jardin pâle et gris dépouillé de ses fleurs :
Un jardin défleuri, c’est bien triste en Provence !
L’allée est négligée car, entre les cailloux,
On a laissé pousser un fouillis d’herbes folles !
Mais par ce mauvais temps on a l’âme si molle
Qu’on ne fiche plus rien ! Et se mettre à genoux
Sur la terre si froide, il n’y faut pas penser…
On n’a pas ramassé les vieilles feuilles mortes
Presqu’en putréfaction, et pour ouvrir la porte,
Il faut tirer un peu tant le tas est épais.
Un bien triste jardin, tout sale et débraillé,
Que parfois cependant quelques bribes de glace
Viennent tôt le matin revêtir d’une grâce
Etrange et insolite : il semble alors briller
De mille et mille feux sous le ciel pâlichon ;
Mais ce n’est pas souvent, et, la plupart du temps,
Il est mélancolique, attendant le printemps.
L’hiver lui est vraiment une morne saison !
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