Archives de catégorie : A la maison

Le jardin de Caline

Le jardin de Caline est un vrai paradis
Où pousse à profusion tout ce que le Midi
Laisse germer et croître à force de lumière !
Où même une orchidée pousserait sur les pierres

A condition qu’elle ait tous les soirs un peu d’eau !
Le jardin de Caline ? Un merveilleux cadeau
Pour qui aime les fleurs en fouillis, la verdure…
Il souffre rarement de l’extrême froidure

Qui peut mordre le Sud juste avant le printemps,
Car une fée y vit depuis très très longtemps
Comme en un nirvana au cœur de la Provence ;
Et pour lui ce choix fut une incroyable chance

Puisqu’elle le soustrait aux caprices du temps…
Comme ces vieux jardins que les curés d’antan
Cultivaient patiemment près de leur presbytère,
Le jardin de Caline est comme un éventaire

De légumes, de fruits de toutes les couleurs,
Tout aussi parfumés que les milliers de fleurs
Y poussant à foison. Caline a la main verte
Tout comme son mari ; et toute découverte

D’un nouveau spécimen méritant d’être aimé
Les rend vraiment heureux. Pour le jardin charmé,
Ce petit plant tout neuf est comme une aventure,
Qu’il devra protéger sous ses vertes ramures

En l’ombrant sans excès. Ensuite le Destin
Prendra sa vie en main dans le petit matin
Que le ciel indigo à l’envi ensoleille.
Le jardin de Caline est une vraie merveille…

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Il fait déjà trop chaud…

Ce début de juillet s’annonce redoutable.
Il fait déjà trop chaud. L’on a clos la maison
Comme un vrai château-fort, volets clos. La saison
Estivale est précoce ; et bien peu acceptable

Le fait de se terrer comme des animaux.
Le mois de juin déjà presque caniculaire
Nous a anéantis. Prodige séculaire,
Nous ont dit les experts avec leurs jolis mots !

Dedans, il fait bien frais. Mais aussitôt qu’on ouvre,
Un déluge de feu s’engouffre à l’intérieur.
En sera-t-il ainsi en des temps ultérieurs ?
Quel est donc ce démon qui peu à peu entr’ouvre

Les portes de l’Enfer pour nous faire cramer
Avec force fournaise et autre canicule ?
Bien calfeutré chez soi, l’on se sent ridicule
De n’oser affronter le soleil affamé

Qui se tient aux aguets, là, derrière la porte,
Tout prêt à nous griller, pauvres petits humains !
Quel sera l’avenir, que sera donc demain ?
Quand on voit les dégâts que ce temps fou apporte

Et ses calamités, l’on ne peut que frémir…
Mais ne résistons plus à la molle torpeur
Nous isolant du monde. Oublions cette peur
Qui nous saisit le coeur. Il vaudrait mieux dormir…

Prenons un thé glacé. La maison est bien fraîche.
Les cigales dehors fêtent cette chaleur
Qui leur est idéale et qui nous est douleur…
La sueur distillée par ta peau un peu rêche

Me saoule et m’ensorcelle irrésistiblement.
L’on s’aime et l’on est bien. Un ventilateur tourne.
Que notre amour-passion pour un temps nous détourne
D’idées trop compliquées pour soucier deux amants !

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Terreur nocturne

Qui pianote tout doux à l’huis de la maison ?
Un léger battement, un soupir, une sorte
De frôlement furtif qui défie la raison.
Qui donc tapote ainsi au vantail de la porte

A onze heures du soir ? On a déjà ouvert
Rapidement – deux fois – mais l’on n’a vu personne !
Maintenant l’on a peur. Quel est donc ce pervers
Qui veut nous effrayer ? Voici qu’on déraisonne

En cherchant qui, dehors, veut nous pousser à bout.
Il est vrai qu’on est seuls au cœur de la garrigue,
Que lugubre est le cri de ce maudit hibou
Qui niche pas bien loin. Et qu’on paie les fatigues

Cumulées au travail tout au long de l’été.
L’on est venu passer quelques journées tranquilles
Dans la vieille maison, dont la tranquillité
Nous déstresse si bien à l’écart de la ville.

Et voici que ce bruit nous fait battre le cœur !
Il n’est pas régulier, bat par intermittences.
Un petit tapotis. Mais l’on sent la rancoeur
Nous gagner peu à peu, une colère intense

Envers cet inconnu qui veut nous faire peur.
On est terrorisés, d’autant que le bruit cesse
Quand on crie d’arrêter au maudit visiteur
Qui veut nous affoler, nous menace et nous stresse…

C’est moi qui ai tiré au travers de la porte.
Et puis l’on a ouvert. Il gisait sur le seuil.
Créature chétive, insignifiante et morte :
Notre assaillant nocturne était… un écureuil.

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L’automne de la vie-2

Effleurée par l’automne, elle a peur de l’hiver.
Ce n’est point tant la mort qu’elle craint, mais le Temps
Qui insidieusement va la projeter vers
Des jours toujours plus gris, des jours lui promettant

Une lente érosion du tout dernier éclat
De ces nombreux appâts dont elle eut l’apanage.
Lutter contre les ans est un vain pugilat
Même si sa beauté échappe encor à âge…

Dehors le ciel est terne. Et terne le jardin
Où les dernières fleurs perdent tous leurs pétales.
Seule une rose encor en son vertugadin
Semble mieux résister que les roses rivales

Que l’été fit fleurir comme elle sous les pins.
Mais comme toute fleur elle va disparaître,
Elle s’en va mourir, et, tel un turlupin,
Le Temps s’en va tuer celle qu’il a fait naître…

Les feuilles sont dorées, tout comme ses cheveux,
Mais elles sont jaunies par Dame la Nature !
Pour elle, il va falloir en accepter l’aveu :
L’argent strie peu à peu sa blonde chevelure

Et l’or les magnifiant n’est pas très naturel.
L’automne est vraiment là, l’automne de la vie…
Lutter pour l’oublier ? Tous ces soins corporels ?
Jeanne un peu fatiguée en a perdu l’envie !

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La liseuse

Poème illustré par un tableau de :
Auguste Renoir
(1841-1919)

Une goutte est tombée sur son livre entr’ouvert.
Il fait tellement chaud que sur peau très blanche
Suinte de la sueur. Un bosquet encor vert
Malgré le manque d’eau protège de ses branches

Sa beauté délicate. Elle s’y est cachée
Pour tenter d’échapper à l’énorme chaleur
De ce terrible été. La pelouse asséchée
N’est plus qu’un paillasson sans aucune couleur.

Elle a choisi Rimbaud, pour oublier un peu
Cette énorme touffeur où le Sud est plongé
Depuis quelque deux mois. Mais personne ne peut
Vivre dans cet enfer sans en être enragé !

Pourtant, s’y essayant, elle voudrait bien lire
Selon son rituel dans ce coin du jardin
Que l’atroce chaleur l’a poussée à élire
Car il est plus ombreux ; un pied de lavandin

Y distille une odeur d’ineffable fraîcheur.
Mais c’est une illusion, la chaleur est atroce ;
Elle se sent gagnée par la molle torpeur
Distillée peu à peu par le soleil féroce

Qui voudrait l’écarter de son terrain de chasse :
Le jardin pantelant qui se meurt sous ses coups.
Elle, elle a l’impression que de grands coups de masse
Lui martèlent le front. Des perles sur son cou

Coulent tout doucement en mince ruisselet,
Comme sur ses sourcils, son ventre blanc, même entre
Les globes de ses seins aussi blancs que du lait.
Le soleil a gagné et il faut qu’elle rentre…

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Ce serait bien qu’il pleuve…

Poème illustré par un tableau de :
Daniel Sannier

Ce serait bien qu’il pleuve. Il y a dans le ciel
D’orageuses nuées traînant leur boursouflure
Au-dessus du Midi. Mais l’été démentiel
Enragé de lumière empêche leur rupture

Au-dessus de la ville accablée de chaleur.
L’on désirerait tant qu’une averse bruyante
Suivie d’un arc-en-ciel rutilant de couleurs
Crépite sur le toit en pluie pétaradante !

Oui, mais pas une goutte au-dessus du jardin
Haletant, desséché depuis moultes semaines !
Les nuages là-haut toisent avec dédain
Les plantes assoiffées, malgré toute la peine

Qu’on se donne à l’envi pour bien les abreuver.
Elles baissent la tête et la terre craquelle
Comme une peau ridée. L’on voudrait retrouver
Le bruit de l’eau qui bat, qui gargouille et ruisselle

Tout au long des allées fumant sous le torrent !
Le ciel couleur de suie où les nuages gonflent
Se tord en un ballet étrange et délirant.
Mais toujours pas de pluie, bien qu’un orage ronfle

A l’Ouest  au lointain, au-dessus de Salon…
Puis soudain le prodige, et les nuées s’éclairent ;
La pluie crépite dru en noyant le vallon !
La Nature est vraiment un énorme mystère…

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Transition…

Poème illustré par un tableau de :
Eric Espigarres

C’est la fin du printemps, le début de l’été :
Ces jours miraculeux où le temps fort aimable,
Idéal en tous points, apporte sa clarté
Au jardin qui revit, dont les fleurs innombrables

Poussent dans tous les coins sans qu’on en prenne soin !
Le soleil ranimé est-il un peu blanchâtre ?
Nous l’aimons bien ainsi ! Et l’on n’a pas besoin
De fuir pour le moment les assauts du bellâtre

Adorant se gonfler d’un fulgurant éclat
Quand son temps est venu. Fignolant sa lumière
Pour un été glorieux, il a sonné le glas
Des jours gris et pluvieux ; son but prioritaire

Est bien d’exterminer tout fichu mauvais temps.
Juin est donc enfin là, modéré et affable,
Nous faisant souvenir qu’on va pour quelque temps
Profiter de ses jours toujours si agréables.

Ma maison a repeint ses volets pour fêter
Ces beaux jours revenus d’un joli bleu pervenche ;
Elle s’est pour l’été refait une beauté
Avec ces bouts de ciel sur sa façade blanche

Qu’on dirait parsemée de jolis regards bleus.
Elle est pimpante et gaie, et sous ses tuiles rousses
Bat un bonheur tranquille ; où même quand il pleut
Ou quand il fait plus gris, la vie s’écoule douce…

C’est la fin du printemps, le début de l’été :
Des jours miraculeux tellement délectables.
Un temps presque idéal, un Midi en beauté !
Le jardin qui revit n’en peut plus d’être aimable…

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J’aime bien…

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni

J’aime bien quand le vent sort sa palette rousse
Pour peindre le ciel bleu d’ambre, de cuivre et d’or ;
Quand la garrigue en feu se fait enfin plus douce,
Quand l’automne s’en vient, quand le soleil s’endort,

Oubliant peu à peu sa folie meurtrière
Après l’été brûlant, et quand enfin il pleut ;   ;
Quand les feuilles s’en vont au long de la rivière,
Frêles petits bateaux au fil du courant bleu ;

Et j’aime ouïr aussi le clapotis de l’eau ;
Quand on respire enfin, quand la brise est légère,
Quand un peu d’ocre blond couronne le bouleau
Qui végète au jardin en cherchant la lumière

Lui faisant oublier combien il est malade.
J’aime bien quand le temps se fait plus harmonieux,
Arrachant aux oiseaux une dernière aubade.
Et même si le jour est plus parcimonieux,

J’aime bien ces ultimes soirées au jardin.
Les derniers jours d’été, les premiers de l’automne
Où les roses fanées dans leur vertugadin,
Renonçant à la vie, peu à peu s’abandonnent…

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L’école de la patience

J’ai envie de botter le train
A mes roses pour qu’elles poussent ;
Et bien qu’elles me disent : « Pouce !
On ne dépend pas des Humains »,

J’apprécierais qu’elles se pressent
En mettant plus fort le turbot.
Mais ce ne sont pas des robots
Actionnés à toute vitesse !

Non ! Elles prennent tout leur temps,
Pour parachever l’excellence
De leur beauté, dans le silence,
Tout comme leurs aînées d’antan.

Elles se déploient avec grâce
En croissant à tout petits coups,
Sans qu’on le remarque beaucoup,
Sans se soucier du temps qui passe…

C’est moi qui ai tort, je le sais !
Oh, elles sont tellement belles
Quand elles me disent, rebelles
A mon avis d’Humain pressé,

Que je dois me montrer patiente !
Roses, fleurissez lentement
Pour nous qui sommes les amants
De votre harmonie stupéfiante.

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La maison du bonheur

On l’appelle à Lançon : «  La maison du bonheur ».
Surplombant le village, elle est ensoleillée
A longueur de journée, et, à peine éveillée,
Papillote au soleil. Pour tous les promeneurs,

C’est vraiment merveilleux de voir sur la colline
Cette jolie bastide aux volets grand ouverts
Comme de larges yeux sur un jardin tout vert,
Où des cyprès pointus doucement dodelinent

Dès que bruisse le vent quand il souffle plus fort.
Son crépi est ocré, comme on l’aime en Provence.
Une affable maison, sans excès ni outrance,
Où l’on aimerait vivre et encor et encor…

Sur un vieux rocking-chair, il y a le grand-père
Qui marmonne sans cesse en prenant le soleil.
Il a le teint rougeaud et un gros nez vermeil
Car c’est un vieil ivrogne. Et la famille espère

Qu’il s’en ira bientôt… pour laisser son magot
A son fils préféré, en lésant tous les autres !
La grand’mère confite en moultes patenôtres
Aime mieux son cadet, qui est un vrai nigaud !

La jolie maison bruit d’innombrables disputes.
Tout le monde se hait, même les deux vieux chiens…
Bagarres inouïes entre le vieux Lucien
Et sa bru dont il dit qu’elle est une vraie pute ;

Sans compter les enfants, trois horribles marmots…
La jolie maison ocre héberge un triste monde,
Mais cache son secret à des lieues à la ronde,
Soupirant sous son toit, ne disant jamais mot,

Car c’est vrai que les mas en Provence ont une âme !
La maison du bonheur ressent avec chagrin
La hideur et l’horreur de ce qu’elle contient ;
Et son ressentiment engendrera un drame

Quand un jour, excédée, elle s’écroulera
Sur ces maudits humains dont l’abjecte bassesse,
Les cris et les jurons la perturbent sans cesse.
Dans les infos du jour alors on parlera

D’un affreux accident dû à la vétusté…
La maison du bonheur n’est plus qu’un tas de ruines
Où poussent trèfle et thym, là-haut sur la colline.
Seuls les chiens survivants se sont carapatés…

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La maison-fée

Il est une maison au flanc de la colline,
Qui vacille et frémit dès que gémit le vent ;
Et comme près des Baux il souffle bien souvent,
L’on dirait qu’elle vibre et qu’elle dodeline

Au moindre frisson d’air un petit peu violent.
Y habitent, dit-on, de vieilles âmes mortes,
Des sylphes, des lutins ou des djinns, peu importe !
Mais qui ose y entrer y ressent un violent

Sentiment d’anxiété. Car la maison est fée :
Charmant ses visiteurs, elle les engloutit
Au sein d’un rêve fou, dans un monde interdit
Où la réalité se fait et se défait

Sous chacun de leurs pas. Errant de pièce en pièce
Au fil de longs couloirs, ils oublient ce qu’ils sont,
Semblent ensorcelés, attirés par le son
D’une étrange chanson qui pleure et qui les blesse,

Arrachant quelquefois du fin-fond de leur cœur
Des sentiments perdus et des réminiscences
De rêves enfouis. Sorte de jouissance
Qu’ils voudraient retenir même s’ils en ont peur !

Une belle maison. La colline gravie,
L’on y entre aussitôt, ne pouvant résister,
Et même si l’on sait qu’on va y aposter,
Chaque fois qu’on y va, un danger pour sa vie !

Attirante maison. Hypnotique. Toujours.
Vacillant dans le vent et semblant immortelle.
Ses murs sont en papier, mais elle est éternelle.
Nul ne pourrait l’abattre. On l’appelle : « l’Amour ».

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Langueur d’automne

Dodelinant tout doux, tout doux la balancelle
Tangue dans le jardin – jardin brun, jardin gris
Qu’une prime fraîcheur a brusquement surpris.
Un friselis de vent… Des feuilles s’amoncellent

Sur l’allée de gravier qu’on ne ratisse plus.
La balancelle va, s’en vient, revient encore,
Inlassablement mue par le vent. Et l’aurore
Nimbe d’un halo blanc le Cupidon joufflu

Qui s’ennuie dans un coin. Une feuille d’érable
S’est posée sur sa tête en lui cachant un œil :
Manque de courtoisie ! Plus loin, un écureuil
Se sachant à l’abri grignote sur la table

Les miettes moisies d’un très ancien repas.
L’été est terminé. Il n’y a plus personne.
Dans le jardin qui meurt, le silence résonne,
Et septembre en douceur transforme pas à pas

Sa quiétude tranquille en tristesse infinie.
La balancelle va, vient encor, et revient…
Posé sur la terrasse, un vase péruvien
Assourdit ses couleurs. La fête est bien finie…

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Redoux

Entends-tu sous le toit la charpente qui craque ?
Le chalet comme un chat qui s’étire au réveil
Fait grincer sa carcasse au tout premier soleil,
Etirant ses cloisons de très vieille baraque,

Bâtie tout de guingois, dans la prime chaleur.
Du fond de la vallée une brume irisée
S’élève lentement, et la ligne brisée
De la montagne bleue se moire de couleurs.

Entends-tu ce roucou dans le fond du jardin ?
C’est la première fois qu’un chant de tourterelle
Annonce le printemps. Pour trouver une belle
Ou fêter le beau temps qui s’immisce soudain

Au cœur de la montagne après un rude hiver ?
La neige fond tout doux. De l’eau glacée ruisselle
Sur la façade en bois que de gaies étincelles
Eclaboussent de roux. Quelques touches de vert

Commencent à pointer au creux des jardinières,
Et des colchiques bleus pointillent les versants
Où le premier soleil s’éclate en déversant
A clarté que veux-tu de longs rais de lumière.

La montagne revit. Un oiseau cabriole
Tout en haut d’un mélèze encor un peu pouilleux
Sans son feuillage vert. Un zéphyr délicieux
Fait onduler l’Ubaye au souffle de sa viole.

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Le havre

Poème illustré par un tableau de :

James Ensor
(1860-1949)

Au cœur de sa maison, chacun devrait avoir
Un petit coin à lui, un havre, une retraite
Pour pouvoir s’y nicher comme en un reposoir ;
Un refuge égoïste et presque une cachette

Où l’on désapprendrait le monde environnant.
S’y requinquer tout seul, y retrouver l’espoir
Quand on vient de subir moult gens empoisonnants
Qui vous ont assailli du matin jusqu’au soir.

Avoir un peu de temps, rien qu’à soi, pour souffler
Sans l’Autre et les enfants ! Juste avant de reprendre
Le ronron familial, ce train-train boursouflé
De tout petits soucis qui pourraient bien attendre.

Au cœur de sa maison, un tout petit recoin,
Un endroit bien à soi où l’on pourrait renaître,
Méditer, – juste un peu – oublier qu’on n’est point
Seulement un quidam, et qu’on ne voudrait… qu’Etre !

Pas juste le devoir, la tribu, le travail,
Mais un peu d’égoïsme, un peu de solitude !
Le droit de paresser et de sortir des rails,
Avant que le bonheur changé en habitude

Truffée de rituels ne paraisse pesant,
Que le chemin à deux ne devienne épuisant.

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Le mal-aimé

Poème illustré par une aquarelle de :
Denis Goy

Dans l’âtre du salon, un premier feu ronronne,
Avec de temps en temps une sourde explosion
D’étoiles et d’éclairs, comme lave en fusion.
L’on est bien, il fait chaud. Dehors le vent marmonne

Qu’il voudrait pénétrer au creux de la maison.
Mais ici l’on répugne au vent de la montagne
Qui annonce un grand froid et souvent s’accompagne
D’un gel insupportable, hors de toute raison !

Pour le moment, ça va ; il reste raisonnable
Et malgré son dépit, demeure fort courtois.
L’on a rentré du bois jusques en haut du toit,
Bien qu’octobre tout neuf soit encor très aimable,

Qui a peint la montagne avec des pigments roux ;
Roux comme les mélèze(s), aussi roux que les flammes
Qui rongent les rondins comme le font les lames
A l’assaut des rochers, là où le temps est doux.

Chez nous l’hiver est proche ; il sera très très rude
Car les oies sont passées depuis déjà longtemps.
Le vent désemparé s’incruste en tapotant
Les vitres du séjour : c’est son assuétude

Quand il souffle en octobre et que tombe la nuit !
Dehors le temps fraîchit, et la montagne rousse
Flamboie dans le Couchant. Le vent gémit et tousse,
Et puis désespéré s’en retourne chez lui.

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