Les santons

Poème illustré par un tableau de :

Les frères Le Nain
(Début du XVII° siècle)

Efflanqué, fasciné, un vieux loup est assis
Sur son derrière osseux au seuil noir d’une étable.
Attiré par des chants, des hourrahs et des cris,
Il trouve tout à coup le monde fort aimable.

Il lève son museau vers une poutre en V :
Accrochés au bois noir par un pan de chemise,
Des angelots d’argent y jouent du flageolet.
Bouclés et potelés, en choeur ils improvisent

Une gaie farandole et une sérénade.
Eclairés par le feu discret d’une bougie,
Il y a dans l’étable un tas de gens qui badent,
Frottant leurs grosses mains que le gel a rougies.

Un bien joli minot est couché dans un nid
Et c’est lui, tout petit, que ces humains acclament :
Des bergers, le pasteur, toute une confrérie
De commerçants replets et de benoîtes femmes.

Une minote en bleu contemple le bébé
Ainsi qu’un grand barbu aux rudes mains calleuses.
Derrière eux, un boeuf blanc, un âne bien peigné.
Tout ce monde en liesse a la mine radieuse,

Et le gredin soupire en se sentant exclu,
Ses articulations sont bien raides ce soir.
Il a plus de quinze ans et il est tout perclus,
Il est seul, il fait froid et la nuit est très noire…

Alors un agneau blanc est venu le chercher
Et l’a conduit confus à côté de la crèche
Où riait aux étoiles le tout petit bébé.
Une larme a giclé dans son vieux coeur tout rêche.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
Ce contenu a été publié dans Hiver. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire