Les ombres du Cimet

 Lune

Quand la lune s’allume au-dessus du Cimet,
Elle éclaire les rocs déchiquetés où rôde
L’arachnéenne aura des ombres en maraude
Qui y virent jadis leur avion foudroyé*

Par la mort à l’affût : un gigantesque oiseau
Aveugle à tout danger, ignorant la montagne,
Jeté dans le filet d’une effrayante aragne,
Concassé, disloqué en millions de morceaux.

Tout d’abord un éclair qui déchire la nuit
Soudain démantelée par le fracas énorme
Des tôles fracassées. Et le magma informe
D’un appareil broyé. Puis un calme inouï…

Quand elle est ronde et pleine, il arrive parfois
Que la lune dispense de doux rayons blonds
A un spectre léger** jouant du violon,
Dont les notes ondoient dans l’air humide et froid.

Groupés autour de lui de curieux compagnons,
Battant une mesure étrange et silencieuse,
Accompagnent lento la ligne mélodieuse
D’un air désespéré et qui n’a pas de nom.

* Catastrophe aérienne du 1° septembre 1953
**Jacques Thibaud, célèbre violoniste français mort dans l’accident

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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