Archives pour la catégorie “Questions ?”

Poème illustré par un tableau de :

Vincent Honnoré
www.honnore-peintre.com

Quand souffle sur la ville un petit vent mauvais,
Un vent malodorant empreint de racontars,
De on-dit stupéfiants qui semblent canulars
Tant ils sont immoraux, on se sent écoeuré :

Comment pourra-t-on dire qu’on est Marseillais ?
Et c’est encore pis quand les cancans s’avèrent
Absolument réels ! Indignation sévère
Pour qui aime Marseille et ses nombreux attraits !

Le flux n’arrête pas : nouveaux scandales, grèves,
Chantages menaçants et combinaisons louches…
On peut vous en conter, des milliers, à la louche,
Qui éclaboussent tout, resurgissant sans trêve…

Impression de dégoût ! C’est sûr : on va partir…
Et puis le printemps vient ; le soleil peint en bleu
Les petits ports dorés par un ciel lumineux.
L’on est de nouveau pris… et l’on va réfléchir !

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Simple mot en balade au fond de mon cerveau,
Viens t’en donc par ici : j’ai fort besoin de toi
Car l’un de mes vers cloche, et mon coeur en émoi
Ne trouve pas le sens ni le rythme qu’il faut !

Trou de mémoire aussi car je t’ai sur la langue !
Peut-être es-tu vocable épelé en dix lettres ?
Oh ! Mon inspiration qui vacille et qui tangue,
Quel est ce mot français que je pourrais bien mettre

Dans ce vers tout boiteux auquel il manque un pied ?
Un terme du Midi ? Mais c’est vous qui ririez,
Mes amis provençaux, si j’osais m’en servir !

Voici un beau sonnet qui va prêter à rire
Avec sa piètre allure et ses rimes si gauches !
Et tout ça pour un mot ! Et peut-être un mot… moche !

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Dans une nurserie aux confins du ciel rond
Des milliers de berceaux ! Que dis-je ? Des millions !
Au creux de chacun d’eux repose un angelot,
Une âme toute neuve et prête pour le Saut

Mais dont le point de chute est vraiment un mystère.
C’est un grand ange blond qui les lance sur Terre,
Les expédiant en bas au hasard, comme ça !
Vas-y, le nouveau-né, et tombe(s) où tu pourras !

Ils chutent n’importe où ! Une question de chance…
Damien est accueilli par un couple en Provence
Qui va le poupougner. Pour la petite Aïcha,
Une énième place au coeur d’une smala…

Les bébés pleuvent dru ! Finie la nurserie
Où ils étaient égaux ! Petites fleurs jolies
Balancées au hasard, tout petits riens du tout
Ou chérubins aimés dont on va être fou ?

Certains n’ont pas de bol et d’autres sont veinards.
Des enfants tout pareils mais marqués au départ
Par un grand coup du sort. Où vont-ils donc tomber,
Ces pauvres tout-petits jetés dans la mêlée ?

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Poème illustré par un tableau de :

Sonia Fournier
www.soniafournier.fr

Je déteste ces jours qui passent
L’un après l’autre infiniment,
Infimes gouttes dans le Temps
Qui doucement laissent leur trace

Coulant perpétuellement.
Aujourd’hui mais déjà Demain…
Et l’on a beau serrer ses mains,
Ils ruissellent très lentement

Comme une poussière impalpable,
Sable impossible à retenir !
Passé sage ou sombre Avenir ?
Le savoir est très improbable…

On voit surtout ses vrais ravages
Sur ses autres frères humains !
Aujourd’hui et déjà Demain…
Passé sombre ou Avenir sage ?

Je ne sais plus trop qui je suis,
Ame jeune et corps dévasté !
Hier ? Demain ? Peut-être Après…
On n’est déjà plus Aujourd’hui

Car la vie défile implacable
Et tous les souvenirs s’effacent…
Douce et imperceptible casse !
Le Temps s’écoule inexorable…

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Poème illustré par un tableau de :

Edgar Degas
(1834-1917)

Mon Dieu, quelle douleur ! Qu’elle est dure la vie
De cette pauvre femme assise sur un banc
Du square Borély ; seuls quatre garnements
Y jouent malgré le froid en poussant de grands cris.

Son regard creux est vide et ses traits sont rongés
Par tous ces jours passés à errer dans les rues.
Elle est vieille, elle est seule ; elle n’est guère plus
Qu’un corps mou ballotté au gré de la pitié.

Marseille est fort morose en cet hiver précoce
Qui la rend toute grise et inhospitalière ;
Le mistral accentue le froid et ses misères.
La femme n’en peut plus de cette vie atroce !

Un peu plus loin la plage et la mer qui oscille…
Elle se lève enfin, avec autour du cou
Un vieux sac en faux cuir qu’elle traîne partout.
Elle est un peu courbée et son pas lourd vacille.

Elle est entrée dans l’eau qui clapotait. Touchée,
La Méditerranée l’a bercée un moment
Avant de l’emporter au loin vers le Couchant.
Sur la plage un soulier et un sac effrangé…

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Ressaisissez vous donc ! Ne soyez pas naïfs !
Ne croyez surtout pas que l’amour exclusif
Qu’on éprouve soudain s’en va durer toujours !
Il va se déliter au cours cruel des jours,

S’attiédir peu à peu et devenir tendresse…
Comment voudriez-vous que cette énorme ivresse
Puisse durer ainsi ? Vous en seriez brûlés !
La passion est poison ! Mieux vaut ne l’éprouver

Qu’un temps momentané, puis ensuite goûter
A l’infinie douceur d’un sentiment profond
Tout empreint d’amitié, exempt de déraison.

Car seul cet amour dure et va s’enraciner :
Un amour doux et chaud, et qui plonge aux tréfonds
D’un coeur enfin calmé … C’est le vrai verbe « Aimer » !

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Poème illustré par un tableau de :

Eliane Loeffle
www.eliane-loeffler.ch

Au milieu de la rue une énorme poubelle
Empêche les piétons marseillais de passer.
Oh ! mon Dieu, que Marseille pourrait être belle
Sans toutes ces sanies propres à la souiller !

Soulevez le couvercle en vous bouchant le nez :
Sous le tas d’immondices vous verrez que grouillent
La bouillie innommable d’affaires cachées,
Le magma répugnant de vastes carambouilles.

Au fond, couverts de bran, des gnômes truandins
Touillent dans les déchets et en font leur dîner ;
Ils ont de grands crochets au bout d’énormes mains
Pour saisir tous ces sous passant à leur portée.

Mais un Juge est venu, qui a osé shooter
Dans le conteneur vert. Dieu ! Quelle débandade…
Il s’était posté là avec un grand filet
Et y a pris pas mal de cette dégueulade.

O Marseille ma mie, ville de tant d’excès,
Va-t-on débarbouiller ta si jolie figure ?
Vas-tu vraiment enfin être débarrassée
De ces abcès puants et qui te défigurent ?

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Poème* illustré par une sculpture de :

Ron Mueck
www.urbaneus.com

La vieille dame est là, assise dans la cour,
Les mains sur les genoux et le regard flouté,
Patientant sagement ; elle y est tous les jours,
Ne bougeant presque pas dans le soleil d’été

Sans qu’on sache vraiment qui elle peut attendre.
Peut-être son mari parti depuis trente ans ?
Quelquefois on hésite à la laisser descendre
Car il ne fait pas beau. Mais quel que soit le temps,

Elle veut être en bas pour le voir revenir.
Elle a de beaux yeux bleus et de courts cheveux blancs ;
Son ancien grand amour est son seul souvenir :
Au fur et à mesure elle oublie le Présent…

Elle a eu trois garçons, ne les reconnaît plus ;
Accablés de chagrin ils la voient se dissoudre
Dans un monde brumeux qui leur est inconnu.
Ils nient encor les faits, ne peuvent s’y résoudre.

Mais où donc est son âme ? Dans le monde des morts
Ou celui des vivants ? Et pour ses trois enfants
Qui doivent l’accepter, elle n’est plus qu’un corps
Dont l’esprit peu à peu vogue vers l’inconscient…

*Poème offert à l’Association France Alzheimer

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Poème illustré par un tableau de :

Patricia Gilles
www.pgilles.blog4ever.com

Est-il un autre lieu pour survivre en douceur
Au tourment qui vous point parfois de longues heures
Quand on réfléchit trop, au mitan de la nuit ?
La Provence est très tendre à celui qui y vit,

Malgré l’âge qui passe hérissé de terreurs.
Le temps y est facile ; il n’est jamais trop rude,
Ou quand il l’est parfois, ce semble être une erreur
Tant il est par ici plein de mansuétude.

Seul l’été est brutal ! Mais que sont ces deux mois
Parfois presqu’étouffants, comparés au bonheur
D’oublier pour longtemps que l’hiver sera froid,
De se laisser griser par chaleur et torpeur

Sous un ciel toujours bleu ! Le chagrin est moins lourd ;
Le soleil adoucit l’angoisse du futur
Chaotique et rugueux au fil gris de ses jours ;
Et l’on supporte mieux le poids de l’âge mûr,

L’on n’envisage plus de vivre ailleurs qu’ici,
Petit grain d’existence au coeur de l’Infini !
Etre catapulté quelque part en Provence :
Peut-être est-ce cela qu’on appelle la chance ?

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Lorsque je partirai, loin – de l’autre côté -
Et si Dieu me demande où je m’en veux aller,
Je ferai allusion à l’Ailleurs sous la mer
Pour y flotter enfin, bulle bleue et légère

Comme un Esprit des eaux détaché de ce monde.
La Méditerranée de ses eaux bleues et blondes
M’intégrera en elle au pays des poissons
Et je n’y serai plus qu’un infime frisson.

Je m’en pourrai voguer au fin-fond des eaux noires
Dans de sombres canyons où des formes ivoire
Ne ressemblant à rien du monde d’au-dessus
Flottent au sombre coeur de continents perdus :

Au plus profond de tout, où aucune lueur
Ne s’en vient transpercer l’ultime profondeur
De lieux inexplorés et inconnus des Hommes !
Où d’étroites vallées sinuent, étranges comme

La Terre du début et sa désolation.
Puis je remonterai, et tout à ma passion,
Je m’assimilerai au monde sous-marin
Dont le ciel est fait d’eau. Toujours calme et serein,

Détaché d’un vieux corps si pesant à porter,
Je ne serai qu’un rien en ce monde indompté
Encor vierge, innocent. Loin de la terre grise
Et de l’Humanité que l’inutile grise…

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Poème illustré par un tableau de :

Octavio Ocampo
www.kakushin.unblog.fr

Oh ! Mon ami, mon bel amour,
Nous appartenons au passé
Et nos vieux corps sont tout usés
Qui n’ont pas pu dire : « Toujours ! »

Mes cheveux gris, tes cheveux blancs
Sont tout tressés de souvenirs.
On n’a presque plus d’avenir.
Où sont donc nos projets d’antan ?

Mais ta vieille main si ridée
Est toujours au creux de la mienne
Et il faut que l’on se souvienne
Qu’on n’a jamais été lassés

Par les fêlures de la vie,
Cette vie déroulée ensemble :
Une douce vie, il me semble,
A nous être beaucoup souri,

A pleurer et à nous aimer,
A nous supporter tendrement.
Oh ! Mon ami, mon vieil amant,
Nous ne nous quitterons jamais.

Lis cette lettre, mon très cher,
Juste avant de fermer tes yeux.
Attends-moi là-haut, dans nos cieux,
Tendre lueur dans la lumière…

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Au début du mois d’août, on fête les vingt ans
Du départ de Hubble, happé par les étoiles.
Allons sur le Peynier au-dessus de Curbans
Pour être tout là-haut et pour mettre les voiles

Vers l’Univers offert à ses adorateurs.
Le temps est sans nuage et la nuit sera claire ;
La corne de la lune apparue tout à l’heure
S’est mise au diapason de cet anniversaire.

Allongeons-nous ici pour contempler le ciel,
Tentons de discerner une autre galaxie…
Oh ! voici Andromèd(e) ! Passe moi les jumelles
Pour que je la vois mieux, flottant dans l’infini…

Fais un voeu car j’ai vu une étoile filante
Que je veux partager avec toi cette nuit !
Notre Terre n’est rien et la vie n’est qu’attente ;
Viens au creux de mes bras : nous sommes si petits…

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Tout comme une bougie qui fond au fil des jours,
Inexorablement son âme qui s’enfuit
S’éteint tout doucement. Et nos grands cris d’amour
Ne réussissent plus à le garder ici.

On dirait qu’il s’efface, et sa vie si ténue
S’estompe peu à peu au souffle de la mort.
Nous le supplions tous, mais nous n’en pouvons plus
De le persuader qu’il doit rester encore :

Il est si fatigué ! Il ne veut plus lutter
Ni rester en ce corps réduit à presque rien.
C’est lui qui a raison ; mais comment accepter
Qu’un être tant aimé soit au bout du chemin ?

Alors nous saisissons sa main si transparente
Où le sang bat encor – un infime ruisseau !
Vont bientôt commencer l’épouvantable attente
Et l’horrible souhait de voir finir ses maux…

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Agrippés à la pente on ne sait trop comment,
Des villages perchés sont suspendus au flanc
De la montagne abrupte et presque inaccessible.
Comment donc ont-ils fait ? Comment est-il possible

Que des Humains aient pu accrocher leur village
Sur ce versant pentu, si proche des nuages
Que son clocher aigu semble s’y arrimer,
Le coq rivé au ciel et la base au rocher ?

La vallée est riante et propice à la vie :
Pourquoi tous ces efforts ? Pourquoi avoir gravi
Ces pentes insensées pour ainsi s’y plaquer
En surplomb sur le vide ? Pourquoi tant endurer

Et s’installer ici, collés à la paroi
Au gris vertigineux ? D’où venait cet effroi
Qui les poussa alors vers un monde inhumain ?
Pour être à tout jamais au plus près du Divin ?

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Pourquoi ne peut-on pas manger,
Sans craindre d’aussitôt grossir,
Charcuterie, foie gras, potées?
Pourquoi ne font-ils pas mincir,

Ces gras et délectables mets
Qui nous rendent si grassouillets ?

Et pourquoi ne naît-on pas vieux,
Tout moche, ridé et sans grâce ?
On rajeunirait peu à peu
Sans se faire peur dans la glace,

Pour mourir serein, détaché
Puisqu’on ne serait qu’un bébé !

Pourquoi vivent si peu de temps
Nos chats et nos chiens tant aimés ?
Et qu’est-ce donc que ces quinze ans
Qui leur ont été octroyés

Par un Ciel bien trop avare
En leur donnant leur quote-part ?

Et pourquoi fait-il souvent beau
Sous le ciel de notre Provence,
Quand pluie, mauvais temps et chaos
Sévissent tout partout en France ?

Pourquoi, pourquoi… Que de questions !
C’est à en perdre la raison !

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