Archives de catégorie : Automne

Bleu-mistral

Ah ! S’il n’y avait pas cet assommant mistral,
Nous mènerions ici une vie idyllique !
Déferlant de là-haut jusques au littoral,
Il déboule chez nous en tyran colérique

Et nous excède tous avec sa véhémence !
Décrit par les Anciens – presque mis à l’index !
Comme un des trois fléaux ravageant la Provence :
Le mistral, la Durance et le Parlement d’Aix,

Il nous casse les pieds hier comme aujourd’hui !
Ses saisons préférées ? Le printemps et l’automne,
Et puis l’hiver, bien sûr… Et les beaux jours aussi !
Car sachez, bonnes gens, que ce fichu béjaune

Peut se manifester dès qu’il en a l’envie.
C’est un caractériel, il souffle quand il veut…
Il préfère pourtant, plus souvent, prendre vie
Quand il fait froid au Nord. Rarement quand il pleut :

Le bougre n’aime pas bosser les pieds mouillés,
Il aime son confort, une terre très sèche.
Mais félicitons-le quand le ciel barbouillé
Retrouve sous son souffle une nuance fraîche,

Un bleu tonitruant déclamant à tue-tête
Sa joie d’être en Provence. Il possède au moins ça :
Le pouvoir d’expulser à grands coups d’époussette
Tout nuage perdu qui vogue ci et là !

Car ce vent irritant est un grand inventeur
Qui nous a concocté un bleu incomparable :
Bleu-mistral presque sombre, incroyable couleur
Tellement absolue qu’elle est invraisemblable…

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L’on n’ose pas y croire…

Poème illustré par un tableau de :
Armand Feldmann

L’on n’ose pas y croire. Oh non, c’est impossible !
Et pourtant, cette brume au tout petit matin,
Ce petit vent frisquet, ces moirures châtain
Sur le micocoulier… Nous sommes bien la cible

De ce maudit automne qui s’en va revenir !
Il est là, pas bien loin, qui astique ses armes :
Un soleil inconstant, un ciel couleur de larmes,
Un mistral capricieux qu’on ne peut que honnir

Tant ses sautes d’humeur tournent à la démence.
Caprices d’un sadique… On s’habille comment ?
Des habits chauds d’hiver, de légers vêtements ?
Ce temps nous rend cinglés à coups d’extravagances !

Voyons ! C’est une erreur. C’est sûr, nous nous trompons !
L’automne, ici, déjà ? Il est venu trop vite…
Mais les faits sont patents, même si l’on évite
D’admettre qu’il est là, ce fichu vieux crampon !

Les jours ont raccourci, les soirées sont plus fraîches.
La lune est engourdie en plein milieu du ciel,
Peinte par un pinceau froid et immatériel ;
Et dans le petit jour, sur la terre trop sèche,

Il y a quelquefois des gouttelettes d’eau,
Translucides fragments d’une averse nocturne.
Les feuilles vont passer la jolie robe auburne
Choisie élégamment pour leur dernier rondeau.

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Une feuille morte sur l’eau

Une feuille morte sur l’eau,
Ephémère bribe de vie,
Descend  au fil bleu du ruisseau
Avec la surprenante envie
D’aller tout comme un vrai bateau,

Un joli bateau si fragile…
Encore un tout petit sursis ?
Elle tangue un peu, elle oscille
Depuis une heure sans soucis…
Le courant qui se veut facile

La berce juste un petit peu ;
Le tangage s’est adouci,
Balancement tout comme un jeu…
Oh non ! Ne pas mourir ainsi,
Ce n’est point le temps des adieux !

Mais telle une jolie nacelle
Voguant exempte d’ennemis,
Comme une frêle balancelle
Poussée par un mistral ami,
La feuille dorée étincelle

Dans le soleil roux qui décline.
Encor un tout petit répit
Pour le grêle esquif ? Il s’incline
Sous le vent qui s’est assoupi,
Et la feuille qui dodeline

Vogue toujours au fil de l’eau
Qui la ballotte ivre et ravie
De sa valse sur le ruisseau.
Elle en éprouverait l’envie
De devenir un vrai bateau !

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Réchauffement climatique ?

Des larmes de cristal dégouttent des rameaux,
Stalactites gelées tellement transparentes
Qu’on peut y voir le ciel. Sculptures effarantes
Car on n’est qu’en novembre. Il y a des grumeaux

Blancs et coagulés qui tanguent sur l’étang,
Minuscules glaçons à l’équilibre instable :
Signes avant-coureurs d’un hiver redoutable
Trop pressé de sévir, en avance d’un temps,

Ou effets destructeurs de cette obscurité
Qui éteint le soleil jusqu’à la mi-décembre ?
Les feuilles ont jauni, et le gel en démembre
Les tout derniers lambeaux de ses crocs acérés…

L’on nous parle partout du redoux du climat
Alors qu’on a très froid et qu’on n’est qu’en automne !
Le soleil n’y est plus qu’un terne fanal jaune
Se laissant grignoter tout doux par le frimas,

Et nous nous demandons si l’on se rit de nous !
Octobre fut glacé tout autant que novembre ;
L’on a fait un grand feu dans l’âtre de la chambre
Pour que s’y dévêtir soit juste un peu plus doux,

Et l’on voudrait qu’on croit au radoucissement
Du climat par chez nous, alors qu’on y grelotte
Dès l’automne venu ! La lumière est pâlotte
Comme au mois de janvier. Peut-être qu’on nous ment

En nous parlant ainsi du grand réchauffement ?
Mais les savants, c’est sûr, ont une grosse tête
Qui a pensé pour nous ! Et il serait fort bête
De ne point écouter leurs conseils… du moment !

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L’arbre aux rêves

Un nuage s’est pris aux branches d’un vieil hêtre,
Et ça tombait très bien car l’arbre était tout nu,
Sans le moindre rameau. L’automne étant venu,
Il souffrait fort du froid, confus de ne plus être

Qu’un truc dégingandé, encor bien moins accorte
Depuis qu’un grand éclair l’avait coupé en deux.
Au milieu de sa plaine, il se sentait hideux
Avec ses bras griffus balafrant la nue morte

Vide de tout oiseau ou de toute autre vie.
Le nuage lui a redonné un feuillage
Aérien et mousseux. Et l’austère visage
De l’arbre dénudé que les autres envient

Est lors aussi plaisant que quand l’été s’achève.
Il est le plus gracieux à des lieues alentour
Avec son ombre d’or épandue tout autour.
Et le printemps venu, il en pleut de doux rêves.

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Le soleil-lumignon

L’aube blanche a posé sur l’horizon éteint
La chétive lueur d’une lampe indécise
Et des ombres floutées peu à peu se précisent
Sur le ciel délavé couleur de vieil étain ;

Car le soleil levant est vraiment très très pâle ;
L’automne nostalgique anémie ses rayons
D’étoile amenuisée, de soleil-lumignon
Au tonus affaibli, et sa lumière opale

Luit misérablement dans le ciel défraîchi.
Un pauvre vieux soleil tout en déliquescence.
Où sont donc sa vigueur et sa toute-puissance ?
Ouaté par le brouillard, son disque réfléchi

Par la mer engourdie est semblable à la lune :
Une boule laiteuse, un gros cercle un peu gris
A la lumière molle ; un astre rabougri
Voilé par les vapeurs d’une brume importune.

Son image est bercée lentement par la mer
Ondulant en longs flots réguliers et tranquilles.
Marseille se ranime en douceur, et la ville
Sous son soleil pâlot a un réveil amer…

On n’a pas l’habitude et l’aurore est bien terne !
Où est donc la lumière aimée des Marseillais ?
Un vent venu d’ailleurs, nébuleux et mouillé,
Affaiblit le soleil en le mettant en berne…

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L’intruse

Les rayons du soleil fort bas sur l’horizon
Entrent en biais chez nous ; et ils y font flotter
Des particules d’or, comme s’ils agitaient
De la poudre de riz au cœur de la maison.

C’est un joli ballet, même s’il faut reconnaître
Que tout n’est que poussière… et que c’est consternant !
Mais la lumière drue de l’astre déclinant,
Valsant sous le plafond, semble y faire renaître

Un printemps tout nouveau au seuil du triste automne.
Elle fait flamboyer le noyer du bahut
En lui donnant l’aspect d’un bois tout droit venu
D’un exotique Ailleurs brodé de plages jaunes.

Toujours plus intrusive, elle s’est faufilée
Jusqu’au fauteuil douillet où s’est lové le chat.
Lustrant le poil foncé de l’insolent pacha
Qui dort à qui mieux mieux, de sa langue effilée

Elle chauffe ses reins sans qu’il bouge de place.
Elle avance en rampant sur le sol bien ciré
Etincelant soudain sous le faisceau doré
Qui le fait rutiler tout comme de la glace.

Plus la journée décroît, plus elle se faufile,
Empruntant la fenêtre étroite du salon
Dont l’angle convient bien à son intrusion…
Et puis d’un coup s’éteint, alors que se profile

Dans le ciel assombri la lune de septembre :
Mais j’ai clos la fenêtre, et sa sombre clarté
Bute contre la vitre et ne peut point entrer !
Elle reste dehors et y fait antichambre…

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