Archives de catégorie : Automne

L’arbre aux rêves

Un nuage s’est pris aux branches d’un vieil hêtre,
Et ça tombait très bien car l’arbre était tout nu,
Sans le moindre rameau. L’automne étant venu,
Il souffrait fort du froid, confus de ne plus être

Qu’un truc dégingandé, encor bien moins accorte
Depuis qu’un grand éclair l’avait coupé en deux.
Au milieu de sa plaine, il se sentait hideux
Avec ses bras griffus balafrant la nue morte

Vide de tout oiseau ou de toute autre vie.
Le nuage lui a redonné un feuillage
Aérien et mousseux. Et l’austère visage
De l’arbre dénudé que les autres envient

Est lors aussi plaisant que quand l’été s’achève.
Il est le plus gracieux à des lieues alentour
Avec son ombre d’or épandue tout autour.
Et le printemps venu, il en pleut de doux rêves.

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Le soleil-lumignon

L’aube blanche a posé sur l’horizon éteint
La chétive lueur d’une lampe indécise
Et des ombres floutées peu à peu se précisent
Sur le ciel délavé couleur de vieil étain ;

Car le soleil levant est vraiment très très pâle ;
L’automne nostalgique anémie ses rayons
D’étoile amenuisée, de soleil-lumignon
Au tonus affaibli, et sa lumière opale

Luit misérablement dans le ciel défraîchi.
Un pauvre vieux soleil tout en déliquescence.
Où sont donc sa vigueur et sa toute-puissance ?
Ouaté par le brouillard, son disque réfléchi

Par la mer engourdie est semblable à la lune :
Une boule laiteuse, un gros cercle un peu gris
A la lumière molle ; un astre rabougri
Voilé par les vapeurs d’une brume importune.

Son image est bercée lentement par la mer
Ondulant en longs flots réguliers et tranquilles.
Marseille se ranime en douceur, et la ville
Sous son soleil pâlot a un réveil amer…

On n’a pas l’habitude et l’aurore est bien terne !
Où est donc la lumière aimée des Marseillais ?
Un vent venu d’ailleurs, nébuleux et mouillé,
Affaiblit le soleil en le mettant en berne…

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L’intruse

Les rayons du soleil fort bas sur l’horizon
Entrent en biais chez nous ; et ils y font flotter
Des particules d’or, comme s’ils agitaient
De la poudre de riz au cœur de la maison.

C’est un joli ballet, même s’il faut reconnaître
Que tout n’est que poussière… et que c’est consternant !
Mais la lumière drue de l’astre déclinant,
Valsant sous le plafond, semble y faire renaître

Un printemps tout nouveau au seuil du triste automne.
Elle fait flamboyer le noyer du bahut
En lui donnant l’aspect d’un bois tout droit venu
D’un exotique Ailleurs brodé de plages jaunes.

Toujours plus intrusive, elle s’est faufilée
Jusqu’au fauteuil douillet où s’est lové le chat.
Lustrant le poil foncé de l’insolent pacha
Qui dort à qui mieux mieux, de sa langue effilée

Elle chauffe ses reins sans qu’il bouge de place.
Elle avance en rampant sur le sol bien ciré
Etincelant soudain sous le faisceau doré
Qui le fait rutiler tout comme de la glace.

Plus la journée décroît, plus elle se faufile,
Empruntant la fenêtre étroite du salon
Dont l’angle convient bien à son intrusion…
Et puis d’un coup s’éteint, alors que se profile

Dans le ciel assombri la lune de septembre :
Mais j’ai clos la fenêtre, et sa sombre clarté
Bute contre la vitre et ne peut point entrer !
Elle reste dehors et y fait antichambre…

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Les amoureux de la pluie

Ils se sont rencontrés un joli soir d’automne
Dans la lumière bleue, sans pluie, sans vent, sans rien.
Tout de suite charmée par son bel habit jaune,
Elle était tout en rouge. Et lui, il aima bien

Cette soie cramoisie dont elle était couverte.
Comme il faisait beau temps, ils ne travaillaient pas
Et en étaient contents, car les nues entr’ouvertes
Trop souvent depuis peu faisaient qu’ils étaient las

D’être trop occupés par les pluies de septembre…
Accrochés à un bras, ils allaient doucement
Par une allée du parc couleur de rouille et d’ambre
Quand un énorme orage éclata brusquement.

Aussitôt déployés, ils s’entre-regardèrent
Et trouvèrent très beaux leurs dômes colorés.
Amoureux de ciel gris plutôt que de lumière,
Tous deux s’étaient souvent fortement éploré

De ne point rencontrer beaucoup de congénères
Dans ce Marseille sec, qui pourtant depuis peu
Etait souvent trempé par des pluies passagères.
Même s’ils bossaient plus, ils en étaient heureux

Car c’était leur boulot : préserver des averses,
Tombant dru quelquefois, les gens qu’ils protégeaient.
Ils avaient vraiment peur qu’un éclair les transperce
Tant l’orage hurlait fort, et le ciel orangé

Renforçait leur terreur avec ses coups de foudre
Quand leurs jeunes porteurs se mirent à l’abri,
Un porche un peu étroit – peu pressés d’en découdre
Avec ce ciel cinglé. Eh oui ! Ce fut ainsi

Que débuta pour eux un bel amour à quatre :
Un homme et une femme avec leurs parapluies,
Se rencontrant un jour grâce au temps acariâtre
Qui en fit sur le champ des amants de la pluie.

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L’automne est élégant…

Poème illustré par un tableau de :
Alfons Mucha

(1860-1939)

L’automne est raffiné, avec sa longue écharpe
De brouillard et d’odeurs, de feuilles et de vent ;
L’automne est musicien, qui effleure sa harpe
Pour mieux ensorceler ses dociles amants.

Car ils sont très nombreux, ces amoureux fidèles
N’attribuant qu’attraits à la douce saison
Qui fait virevolter en lèges* ribambelles
Les feuilles dentelées jusqu’au toit des maisons.

L’automne est un artiste, empourprant tant la vigne
Qu’elle prend la couleur écarlate du sang,
Quand de longues traînées blanchâtres égratignent
Un dernier ciel d’été d’un bleu ahurissant.

L’automne aquarelliste éclabousse les feuilles
De taches bariolées allant de l’or au roux.
C’est un peintre avéré, dont le pinceau effeuille
Le fouillis d’un décor le gênant peu ou prou

Tant il est encombré de détails inutiles,
Comme drageons trop verts ou rameaux trop feuillus.
L’automne est tolérant, mais il n’est pas hostile
Au fait de se lester de détails superflus.

L’automne est créateur, et sa sage élégance
Précède la rigueur de son frère l’Hiver.
Il colorie le Temps. Sa seule extravagance ?
Garder sur son chapeau quelques touches de vert…

* lège : léger en langage poétique.

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Terreur nocturne

Qui pianote tout doux à l’huis de la maison ?
Un léger battement, un soupir, une sorte
De frôlement furtif qui défie la raison.
Qui donc tapote ainsi au vantail de la porte

A onze heures du soir ? On a déjà ouvert
Rapidement – deux fois – mais l’on n’a vu personne !
Maintenant l’on a peur. Quel est donc ce pervers
Qui veut nous effrayer ? Voici qu’on déraisonne

En cherchant qui, dehors, veut nous pousser à bout.
Il est vrai qu’on est seuls au cœur de la garrigue,
Que lugubre est le cri de ce maudit hibou
Qui niche pas bien loin. Et qu’on paie les fatigues

Cumulées au travail tout au long de l’été.
L’on est venu passer quelques journées tranquilles
Dans la vieille maison, dont la tranquillité
Nous déstresse si bien à l’écart de la ville.

Et voici que ce bruit nous fait battre le cœur !
Il n’est pas régulier, bat par intermittences.
Un petit tapotis. Mais l’on sent la rancoeur
Nous gagner peu à peu, une colère intense

Envers cet inconnu qui veut nous faire peur.
On est terrorisés, d’autant que le bruit cesse
Quand on crie d’arrêter au maudit visiteur
Qui veut nous affoler, nous menace et nous stresse…

C’est moi qui ai tiré au travers de la porte.
Et puis l’on a ouvert. Il gisait sur le seuil.
Créature chétive, insignifiante et morte :
Notre assaillant nocturne était… un écureuil.

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Apaisement

Il y a dans le ciel des coulures laiteuses
Qui en souillent le bleu aussi pur que tes yeux.
Et là-bas plus au Sud, des nuages crayeux
Posant sur l’horizon des macules douteuses.

Car c’est fini, ma belle ! Il faut bien t’y résoudre :
Rien ne sert de pleurer les beaux jours disparus !
Le temps s’est déglingué. Mais l’automne encouru
Prépare ses pinceaux et commence à dissoudre

Ses plus riches pigments pour en peindre les arbres.
Ne pense qu’à son Art ! Aux sublimes couleurs
Qu’il va élaborer pour en teinter ces fleurs
Qu’on ne voit qu’en novembre,  et qui ornent le marbre

Des mausolées gisant au fond des cimetières.
Il s’essaiera aussi, plus tard, à l’aquarelle
Et repeindra la mer de coloris pastel
Pour gommer les excès de sa beauté altière.

Enfin ! S’il a le droit, car la belle est violente…
Mais c’est un créateur qui n’hésitera pas
A poser sur les flots des tons plus délicats
Qu’au temps tonitruant où la chaleur pesante

Peignait l’onde bleu-nuit de couleurs trop criardes.
L’automne sait user du charme mesuré
De son pinceau qu’il sait freiner et modérer…
N’aie plus de préjugés, ma belle, et ne regarde

Que ses jolis aspects, sa douceur raisonnable,
Ses dons de créateur aux talents étonnants.
Plus d’été bigarré au charme détonant,
Mais simplement l’automne, en paix et si aimable !

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