Archives pour la catégorie “Automne”

Cette fois, j’ai senti son aile
Frôler ma joue tout en douceur ;
Ma joue et peut-être mon coeur
Qui a soudain perdu son zèle

A battre régulièrement…
Puis elle n’a plus eu envie,
Et a fauché une autre vie
En l’espace d’un court instant…

Lunatique et capricieuse,
Elle va et vient à son gré,
N’ayant cure de vos regrets
Puisqu’elle est toujours victorieuse !

Et le Temps a repris son cours,
Comme l’automne qui roussit
Les feuilles du parc Borély ;
Le Temps qu’elle vaincra toujours,

Mais qui enchaîne les saisons,
Impavide et imperturbable.
Eté, automne : il est probable
Que cet hiver va être long

Et que je verrai le printemps ?
Elle semble partie plus loin :
Un accident à Lourmarin…
Peut-être vivrai-je longtemps ?

 

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Poème illustré par une photo de :

Bruno Monginous
www.photo-paysage.com

Une odeur de fumée et de brume mêlée
A la douce langueur d’octobre finissant :
C’est l’automne qui vient, et soudain l’on se sent
Encore un peu plus vieux, encor plus concerné

Par la fuite du temps qui coule avec la pluie.
Encor un peu plus las, encore plus noué
Comme un vieil arbre usé de plus en plus penché,
On a le coeur rongé par la mélancolie

De ces jours gris qui fuient tout en étant si lents.
Les feuilles se détachent des branches striées
Pour s’en aller pourrir tout au fond d’un fossé.
La Nature a vieilli ; comme moi elle attend

Que la vie peu à peu s’effiloche en lambeaux
Au gré du temps qui passe au fil noir des saisons.
Pourquoi ces changements ? Quelle est donc la raison
De tous ces souvenirs qui s’en vont à vau l’eau,

De la probable fin, de tous ces : « au revoir » ?
Le ciel est nuageux, posé sur la Provence
Comme un couvercle épais. De la faible luisance
Du soleil presqu’éteint sourd un jour dérisoire.

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Automne roux et gris : gris du ciel, roux des feuilles
En totale harmonie au mitan de l’automne ;
Arbres dépenaillés que le mistral effeuille
De leurs haillons mités dès qu’ils virent au jaune.

Nuages embusqués là-bas à l’horizon,
Parfois soudain zébrés d’un grand flash de lumière ;
Un orage a grondé du côté de Salon :
Un sursaut estival qui viendrait de la mer ?

On se sent oppressé. Le ciel lourd et pâteux
N’est pas un ciel d’ici tant il est embrumé ;
Il est sombre, il est gris, il est si nuageux
Que le soleil n’est plus qu’un cercle délavé,

Un piteux lumignon éclairant faiblement
La Provence assoupie dans sa douce quiétude.
Il n’y a pas de pluie, il n’y a plus de vent ;
Le Midi léthargique est frappé d’hébétude.

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Oh ! ces derniers beaux jours dans la lueur argent
D’un soleil qui s’endort au creux d’un ciel pâli !
La Provence ronronne et paraît endormie
Sous un voile un peu gris. Seul un souffle de vent

Fait onduler l’étang où bougent des nacelles,
Feuilles déchiquetées par l’été et le temps.
Nous n’avons pas rangé les fauteuils, espérant
Y paresser encor. La lumière est si belle

Qu’on ne peut pas songer à l’hiver qui s’en vient !
On n’y veut pas penser ! Allongés mollement
Sur la rive asséchée, près d’un feu de sarments,
Nous nous réjouissons de ce beau temps serein

Pas encor automnal. Il fait juste un peu frais ;
Et bien pelotonnés dans un châle angora,
Nous sommes tels des chats et nous n’avons pas froid.
Mais où donc est le seing de l’automne annoncé ?

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Sonnet illustré par :

Trish Biddle
www.pussycatdreams.centerblog.net

En ce mois de novembre il fait encor très doux.
Le ciel est bleu layette et le jardin est roux
Sous les tout-derniers feux d’un soleil anémique ; .
Le Midi est frileux sous ses rayons obliques

Et l’aurore frisquette ; un léger voile brun
Adoucit les contours rudes de la Barben :
Le château semble étrange, aux contours estompés
Comme l’illustration d’un vieux conte de fées.

On est entre deux temps et entre deux saisons :
Il fait parfois si beau qu’on est outre raison,
Puis il pleut à torrents : une pluie si glacée

Qu’elle pique la peau de ses longs doigt pointus.
Presqu’hiver ? Presqu’automne ? On est désorienté,
Et le ciel malicieux joue à l’hurluberlu…

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C’est l’automne, ma mie, la saison morne et douce :
La saison mortifère où la garrigue est rousse,
Où les jardins brunis s’estompent dans la brume,
Où le soleil flétri blêmit comme la lune.

C’est le temps où le temps s’efface peu à peu,
Où tous les souvenirs heureux et malheureux
Deviennent gris et flous, si vieux et incertains
Qu’ils s’estompent au loin comme le vieux chemin

Sous le brouillard voilant l’horizon qui pâlit.
Ce sont des jours plus courts dévorés par la nuit
Et des matins frisquets secoués de frissons.
C’est l’amour qui n’est plus qu’une ombre de passion…

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Sonnet  illustré par une aquarelle de :

Renata Layton
www.renata.bloog.pl

La Provence est éteinte et le soleil en berne.
Le Luberon voilé par un épais brouillard
A de mornes couleurs car l’horizon est terne
Et le soir sans éclat. Le jour s’est levé tard

Sur Lauris endormi aux teintes délavées.
Les jardins sont fanés ; les fleurs s’y effilochent
Et les dernières feuilles se sont envolées,
Dénudant les troncs noirs où la brume s’accroche…

Des chrysanthèmes ronds parent le cimetière
De leur crinière rousse et tout ébouriffée
Sur les tombes usées. C’est la seule lumière

Qui illumine encor un Midi désolé.
Il y a dans l’air gris comme un relent d’hiver
Et le ciel défraîchi est tout décoloré.

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Poème illustré par un tableau de :

Caspar Friedrich
(1774-1840)

Tapie dans un fourré, la Mort en embuscade
Attend deux vieux chasseurs partis tôt ce matin
Leur fusil sous le bras. Une belle balade
Pour Martial Garoubet et Gabriel Martin

Dans les bois d’Enchastrayes ! L’automne est somptueux
Car la montagne est rousse au pied du col de Four.
Bien qu’il fasse frisquet, ils se sentent heureux
D’être ainsi tous les deux. Là-haut plane un vautour

Qui tournoie inlassable au-dessus de la plaine…
Cependant ils sont las d’ainsi marcher en rond
Depuis pas mal de temps ; ils ont froid, leur haleine
Forme un halo d’argent autour de leur menton.

Puis l’un fait un faux pas car son talon s’est pris
Dans une souche d’arbre. Un tir incontrôlé,
Et Gabriel s’écroule en poussant un grand cri
Que l’écho répercute au loin jusqu’au Lauzet…

L’homme ne bouge plus dans les fougères brunes.
Martial tout hébété s’est assis en pleurant.
Au bord du chemin creux ; le croissant de la lune
Accroche un peu d’argent dans ses beaux cheveux blancs.

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Poème illustré par un tableau de :

Vilhelm Hammershoi
(1864-1916)

Face à Jean une femme. Avec son voile noir,
Elle est calme et sévère et pourrait l’effrayer,
Qui pointe vers son coeur  un doigt blanc et glacé.
Une vision honnie et dont tous les miroirs

Méconnaissent l’image : elle est immatérielle !
Mais lui sait qui elle est ! D’ailleurs il l’attendait
Depuis des jours déjà ; il n’est plus angoissé
Et préfère d’ailleurs qu’elle soit bien réelle.

Elle s’est rapprochée et son doigt va l’atteindre.
Derrière elle une porte, et ce qu’elle en ignore,
C’est qu’elle est entr’ouverte et qu’un large rai d’or
Fuse par l’interstic(e) . Nul ne pourrait l’éteindre,

Pas même le soleil tout dévoré de flammes !
Quand Jean sera touché, il pourra pénétrer
Dans ce monde là-bas dont elle est rejetée,
Qui le rendra heureux en apaisant son âme.

La femme vient plus près. Peut-être sourit-elle ?
Son doigt s’est fait caresse et l’homme qui priait
S’affaisse doucement, enfin rasséréné.
Une vie effacée s’en va à tire d’ailes…

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Poème illustré par une aquarelle de :

Lina Bill
(1855-1939)

Le ciel en camaïeu de bleu, de gris, de blanc
Pèse sur les toits ocre éclaboussés de roux.
L’automne est déjà là ; le soleil clair est doux
Qui teinte d’orangé l’horizon au Levant.

Peu à peu le village a retrouvé son calme
Car les gens de l’été sont repartis chez eux.
Dans les jardins fanés s’allument quelques feux.
La brise se balance et agite les palmes

D’un palmier tout chétif. Bien calés sur leur banc,
Quelques vieux profitent du soleil ; il fait bon
Bien qu’on soit en octobre. Et des enfants qui vont
A l’école non loin sautillent en piaillant.

Leur accent est chantant et empreint de lumière
Comme le ciel teinté de blanc, de gris, de bleu.
Partout ailleurs on dit qu’il fait froid et qu’il pleut
Mais on veut oublier que d’ici peu l’hiver

Va venir se poser comme un grand oiseau noir
Sur le platane nu au milieu de la place.
Une statue moisie non dénuée de grâce
Danse éternellement tout près du vieux lavoir.

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Sonnet illustré par un tableau de :

Jerzy Pacia
www.pl.touchofart.eu

Jaune et roux, roux et brun, brun et ocre, ocre et noir :
Novembre frissonnant dans le souffle du soir
S’est paré de couleurs qui évoquent un deuil.
Tout est pastel et mou et la valse des feuilles

Trace sur le sol gris des ronds irréguliers.
La Provence endormie constamment embrumée
Semble mélancolique. Il pleuviote parfois,
Une sorte de bruine hachurant le ciel froid

Constamment triste et gris ; cette pluie émoliente,
Terne et molle est pour nous tellement irritante
Que nous nous sentons tous désorientés, trahis

Par la pâleur grisâtre et fade qui s’obstine,
Erodant peu à peu notre rude Midi
S’étiolant impuissant sous la pluie argentine.

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Poème illustré par une aquerelle de :

Josette Mercier
www.josettemercier.ch

Un mistral effréné qui fait danser les ombres
S’est levé ce matin dans le ciel infini ;
C’est la fin de l’été, parfois le ciel est sombre
Et la plupart des gens d’ailleurs sont repartis.

Les ombres sont plus longues, plus longue la nuit
Qui mange goulûment le soleil dès huit heures.
L’automne qui s’en vient affadit les couleurs
De mon jardin fané qui s’efface et jaunit.

Là-haut passent souvent d’immenses vols d’oiseaux
En route vers le Sud : escadrilles en V
Qui tracent sur l’azur des dessins bien réglés.
Le beau temps agonise, il ne fait plus très chaud

Et le vent devient frais. Il faudra bien s’y faire :
Recommencer encor, retrouver la froidure,
Voir octobre qui vient grignoter la verdure !
C’est vrai que dans deux mois nous serons en hiver…

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Eperdu de chagrin ! Et perdue à jamais
La possibilité d’oublier ces regrets
Qui sclérosent son coeur ! Pourquoi être parti
Et pourquoi n’être pas resté près de l’amie

Qui aurait vraiment pu éclairer ses vieux jours ?
Pourquoi donc avoir craint les chaînes de l’amour ?
Il est seul maintenant ; l’automne décolore
La campagne alentour semblable à un décor

Où s’éteint peu à peu un reste de lumière.
Les feuilles qui tournoient dessinent sur la terre
Des rondes desséchées par le ciel de novembre.
Le mistral qui gémit veut entrer dans sa chambre

En forçant ses volets refermés bien trop tôt.
Il préfère sa nuit. Il y est bien au chaud,
Replié sur lui-même ainsi qu’un vieil enfant.
L’automne au diapason du chagrin oppressant

Qui lui dévaste l’âme est triste cette année :
Pas de roux ni de feu, pas de feuilles dorées !
La garrigue est bien fade et les bois sont tout gris
Comme ces jours si lourds qui pèsent sur sa vie.

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Poème illustré par un tableau de :

Laurent Moulinat
www.dessin-sweetness.blogspot.com

Le ciel est vaporeux et posé en résille
Sur l’horizon brumeux aux contours incertains.
Un léger brouillard bleu en s’égouttant pointille
L’herbe morte qui plie sur le bord des chemins.

Il fait juste un peu frais mais l’été est fini.
Il n’y a plus au loin de lignes bien précises ;
Tout est informe et mou, insipide, un peu gris,
Même l’aube qui point semble fort indécise

A venir se poser sur la ville endormie.
Le ciel est brumasseux et si près des maisons
Qu’il pose sur les toits humides de Carry.
La mer semble étouffée par un voile en coton

Et fume étrangement, tels ces lointains marais
S’étendant aux confins inconnus de la Terre.
Un ciel vraiment bizarre à l’horizon brouillé
Etouffe le Midi frustré de sa lumière.

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J’aime l’odeur fleurie des jardins encor verts
Qui commencent pourtant à se teinter de roux ;
Les caprices du temps passant du sage au fou
En moins d’une heure à peine, avec cette lumière

Un peu plus douce enfin ; ces heures, ces moments
Tièdes comme il le faut sans jamais trop d’outrance ;
J’aime les vignes bleues mais encor en dormance
Que de vieux vignerons guignent impatiemment ;

J’aime cette pluie drue, sa soudaine violence
Qui stoppe net un feu du côté de Brignoles,
Suivie d’un grand ciel bleu arrondi en coupole
Sur la garrigue sèche et jaune de Provence.

J’aime que le Midi retrouve un peu la paix,
Qu’un grand calme s’installe après tant de remous ;
J’aime les soirs dorés, écourtés, un peu mous
Sous les rayons couchants d’un soleil apaisé.

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