Archives de catégorie : Automne

Trois oiseaux sont posés…

Trois oiseaux sont posés sur un fil électrique,
Trois tout petits oiseaux légers comme trois plumes ;
Des plumes colorées où le couchant allume
En pétillement d’or des flammes symétriques.

En voici cinq en plus qui viennent se percher
Sur le fil du dessous. Leur petit corps habile
Reste pour le moment tout aussi immobile
Que celui des premiers, fermement accrochés

A ce curieux perchoir, alignés bien en ordre
Sur les fils bien tendus. Puis de nombreux amis
Rallient leurs commensaux qu’on dirait endormis
Tant ils semblent passifs, ignorants du désordre

Qui secoue la grand’ville houleuse en contrebas.
Le long réseau des fils dessine une portée
Sur le ciel marseillais. La troupe déportée
Du fond de l’horizon qui rougeoie tout là-bas

Pépie à qui mieux mieux la chanson dessinée
En notes emplumées par tous les petits corps ;
Un chant revigorant faisant fi de la mort
A l’affût sur la voie qui leur est destinée

Pour rejoindre le Sud. De tout petits oiseaux
Obligés par l’automne à bientôt s’envoler :
Une partition vive et gaie pour survoler
Des terres redoutées et de lointaines eaux.

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Accords

Poème illustré par une aquarelle de :
Armand Feldmann

La nature est en feu et je n’ai pour la peindre
Que ces mots qu’il vous faut entendre avec les yeux !
Un spectacle inouï que je risque d’éteindre
En le dépeignant mal. Un monde merveilleux

Qu’il me faut vous décrire avec de simples noms
L’évoquant tout autant que si vous le voyiez !
Oreilles, yeux et nez… Ce sont tous les chaînons
D’un ressenti profond prêt à les apparier.

L’automne est bientôt là. Regardez tournoyer
Le souffle du mistral arrachant des rameaux
Aux arbres du jardin. Ecoutez le noyer
Qui gémit et se ploie, tout comme les ormeaux

Dont les troncs craquent trop sous les assauts du vent.
Humez bien le soleil qui va bientôt devoir
Subir le mauvais temps, bien plus qu’auparavant,
Quand le ciel clair et bleu ne virait point au noir.

L’automne peint les feuilles d’un roux mordoré ;
Je les entends chanter un bien triste arioso
Car elles vont mourir. Et leur parfum ocré
Se mêle à profusion aux soupirs des oiseaux.

Le poète l’a dit : les couleurs et les sons
Se répondent toujours ! Nos sens sont associés,
Plus féconds quand alliés ainsi à l’unisson,
Ils louent le Créateur pour mieux le remercier.

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La vie en berne

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

Quelle est cette saison où la vie est en berne,
Quand le jour obscurci est si semblable au soir ;
Quand les arbres sont nus, dressés vers le ciel noir ;
Quand, caché dans l’Ailleurs, notre soleil hiberne ?

Quelle est cette saison que n’aiment point les vieux
Parce qu’ils y ont froid et qu’ils se ratatinent ;
Quand les oiseaux frileux ne chantent plus mâtines,
Quand le jardin est gris sous son manteau pluvieux ?

Quelles sont ces saisons ? C’est l’hiver et l’automne,
Si tristes toutes deux qu’elles ne font plus qu’un
Dans la désolation. Un temps terne où chacun
Se désole tout bas de la clarté atone

Du soleil épuisé qui lentement se meurt.
Quelle est cette saison pour le moins mortifère
Où j’ai surtout envie… de ne surtout rien faire
Pour me bouger un peu, sortir de ma torpeur ?

Cela dure trois mois, un bon quart de l’année !
Un bon morceau d’automne et un grand bout d’hiver :
Pour nous dans le Midi, un avant-goût d’enfer !
Une période grise aux nuances fanées…

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Le ciel incertain

Dans le ciel pommelé flottent de gros grumeaux
Comme du lait caillé. Pitoyables nuages,
Orbes blancs que le vent, sans une once de rage,
Ballotte mollement. Je ne sais pas un mot

Pour dire notre ennui et notre lassitude !
Car ce ciel-là n’est point notre ciel provençal :
Imprécision brouillée d’un ennui colossal
Et formes amollies. On n’a pas l’habitude,

Le nôtre est bien plus pur, surtout quand le mistral
Tonitrue, flagellant la garrigue alentour.
Ces nuages sont mous, ils n’ont pas de contours ;
Mais l’on doit supporter leur aspect automnal :

Notre monde est ainsi, l’on ne peut rien y faire !
Il faut subir son joug et ses intempéries
Même s’il apparaît qu’il y a tromperie
Sur la saison en cours, et que notre atmosphère

Est vraiment détraquée. La Nature en péril
Se trompe tout le temps… Oui, véritable automne
Avec un vent tout mou, de la pluie, un ciel jaune !
Bel automne vraiment, mais l’on est… en avril !

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Début d’automne au Sauze*

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

Au fond de la vallée un voile de brouillard
Palpite sur l’Ubaye. L’air sent déjà l’automne.
La montagne a roussi, et presque chaque soir
Sur ses pentes herbues de longues vapeurs jaunes
S’effilochent au vent sous un soleil blafard

Qui semble avoir compris que c’en est bien fini
De son règne estival et de sa prépotence.
La lumière s’accroche aux mélèzes jaunis
Plantés tout de guingois, et leurs hautes potences
Se détachent en noir sur le ciel infini

Où passent en criant des oiseaux inconnus.
Il fait un peu frisquet. Il n’y a plus personne
Dans les bois encor verts aux sentiers biscornus
Errant de-ci de-là. Et le torrent d’eau jaune
Bondissant jusqu’au bas de tristes rochers nus

N’est plus qu’un ruisselet tant il est maigrelet.
Les chalets délaissés n’ont plus l’air bien joyeux :
Les gens en s’en allant ont fermé leurs volets,
Et l’on dirait vraiment qu’ils leur ont clos les yeux,
Surtout quand il fait nuit, sous le ciel étoilé.

N’ayant plus à charmer, le village se tait.
Seul un renard** trottine au milieu de la rue,
Hantant avec confiance un Sauze* déserté
Où toute vie paraît tout à coup incongrue.
Tout le monde est parti, c’est la fin de l’été.

* Le Sauze : jolie station des Alpes de Haute-Provence
** C’est la mascotte du Sauze, dont il adore les poubelles

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A Marseille, l’automne

Poème illustré par un tableau de :
Josette Esnard

L’automne déambule en repeignant les feuilles
A grands coups de pinceau dégoulinant de roux.
Lui emboîtant le pas avec force frous-frous,
Le mistral veut l’aider, mais balourd il effeuille

Les micocouliers gris ombrageant le Prado.
Incurvé en coupole au-dessus de Marseille,
L’air est si cristallin que tous s’en émerveillent !
L’on en a oublié qu’une pluie en rideau

Le flagellait hier avec tant de violence
Qu’on ne pouvait sortir. Aujourd’hui il fait beau,
Un temps limpide et doux, juste comme il le faut !
Un soleil tamisé, pas encore en dormance,

Réchauffe avec amour le Vieux Port et les quais.
La mer bat doucement, bien qu’elle se prépare
Aux grands coups de boutoir et au grand tintamarre
Des tempêtes d’hiver. Mais pourquoi paniquer

Puisqu’on n’est qu’en octobre et que la ville est belle
Sous la lumière ambrée des tout derniers beaux jours ?
Les rues se sont fardées. Un vent léger y court,
Qui fait danser les feuill(es) en folles ribambelles…

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Bleu-mistral

Ah ! S’il n’y avait pas cet assommant mistral,
Nous mènerions ici une vie idyllique !
Déferlant de là-haut jusques au littoral,
Il déboule chez nous en tyran colérique

Et nous excède tous avec sa véhémence !
Décrit par les Anciens – presque mis à l’index !
Comme un des trois fléaux ravageant la Provence :
Le mistral, la Durance et le Parlement d’Aix,

Il nous casse les pieds hier comme aujourd’hui !
Ses saisons préférées ? Le printemps et l’automne,
Et puis l’hiver, bien sûr… Et les beaux jours aussi !
Car sachez, bonnes gens, que ce fichu béjaune

Peut se manifester dès qu’il en a l’envie.
C’est un caractériel, il souffle quand il veut…
Il préfère pourtant, plus souvent, prendre vie
Quand il fait froid au Nord. Rarement quand il pleut :

Le bougre n’aime pas bosser les pieds mouillés,
Il aime son confort, une terre très sèche.
Mais félicitons-le quand le ciel barbouillé
Retrouve sous son souffle une nuance fraîche,

Un bleu tonitruant déclamant à tue-tête
Sa joie d’être en Provence. Il possède au moins ça :
Le pouvoir d’expulser à grands coups d’époussette
Tout nuage perdu qui vogue ci et là !

Car ce vent irritant est un grand inventeur
Qui nous a concocté un bleu incomparable :
Bleu-mistral presque sombre, incroyable couleur
Tellement absolue qu’elle est invraisemblable…

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