Archives de catégorie : Automne

Triste saison

C’est la saison des jours plus courts,
Des fleurs fanées, des feuilles mortes ;
La saison du vent qui emporte
De pauvres et frêles amours…

C’est la saison des premiers feux
Dans la cheminée qui crépite !
Celle des cœurs las que dépitent
Les affres d’un ultime adieu.

C’est la saison des ciels brumeux,
Et de l’anesthésie bizarre
Qui endort un Midi qu’effare
Bien trop d’épisodes pluvieux.

Saison triste d’après l’été
Quand celle qu’on aime est partie !
Relative contrepartie ?
L’or et le cuivre émiettés

Sur les arbres étincelants,
Dont la beauté stable et si sûre
Nous rappelle que seules durent
Les saisons accrochées au temps.

L’été est passé en courant
Ne nous léguant que la tristesse
De l’abandon. Il ne nous laisse
Qu’un triste automne indifférent,

Indifférent à ces amours
Fanées avant d’être fleuries,
Issues d’espérances taries,
Nées lors d’un juillet bien trop court.

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Le temps des feuilles mortes

Voici donc revenu le temps des feuilles mortes.
Le soleil s’affaiblit ; l’hiver à notre porte
S’en va rallier bientôt ses sinistres consorts :
Le vent, le froid, la pluie… Sans plus aucun ressort,

Les feuilles anémiées se balancent tout doux,
Parées par les frimas de jolis reflets roux ;
Et puis se détachant des arbres avec grâce,
Elles quittent leur nid dès la première glace

Et tout en tournoyant – ballerines légères –
Elles vont en dansant se poser sur les pierres
Du chemin s’accrochant au flanc de la montagne.
Une valse alanguie qui souvent s’accompagne

D’un tout dernier sursaut au moment de toucher
Le sol gris raboteux. D’aériens ricochets,
Deux ou trois bonds encor, et elles rendent l’âme :
L’automne a étouffé la minuscule flamme

De leur petite vie fugace et végétale.
Il leur suffit d’un rien, d’une brise automnale
Pour en un seul instant s’envoler vers la mort.
Ne vivre que six mois ! Epouvantable sort…

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Les voyageuses…

Sur la Touloubre en crue trois feuilles dodelinent,
Trois bateaux si légers qu’il paraît inouï
Que les eaux agitées n’aient point anéanti
Leur gracile châssis. L’une d’elles est violine,

La seconde orangée, la troisième incarnat :
Un fort joli trio qui descend la rivière
Dont les flots agités brimbalent la lumière
D’un été qui s’éteint. Non loin de Saint-Cannat,

Le ruisseau fait un coude et le flot ralentit.
En profitant alors, trois hôtes intrépides
Abordent les esquifs. Insectes trop stupides
Pour prévoir l’accident qui leur est garanti

Si le courant s’accroît ? Ce sont trois coccinelles
Du début de l’automne, et leur probable fin
Ne leur a point ôté cette éternelle faim
D’un Ailleurs inconnu. Leurs obscures ocelles

Bougent fort joliment au rythme fou de l’eau.
Vont-elles s’envoler de leur barque fragile,
S’estimant tout à coup beaucoup trop malhabiles
Pour rester accrochées à ce frêle rafiot ?

A l’entour de la mort, les feuilles ont senti
Qu’elles portaient la vie. Elles gagnent la rive,
Y déposent leur faix, puis filent sur l’eau vive,
Voguant vers le destin  leur étant imparti.

Posées sur un roseau, les jolies coccinelles
Se sont figées un temps juste au-dessus de l’eau
A contempler les feuilles voguant sur les flots
Qu’un ultime soleil émaille d’étincelles.

Puis, prenant leur envol, elles ont regagné
Ce monde merveilleux qui leur est assigné.

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Trois oiseaux sont posés…

Trois oiseaux sont posés sur un fil électrique,
Trois tout petits oiseaux légers comme trois plumes ;
Des plumes colorées où le couchant allume
En pétillement d’or des flammes symétriques.

Et puis en voici d’autres venant se percher
Sur le fil du dessous. Leur petit corps habile
Reste pour le moment tout aussi immobile
Que celui des premiers, fermement accrochés

A ce curieux perchoir, alignés bien en ordre
Sur les fils bien tendus. D’innombrables  amis
Ralliant leurs commensaux qu’on dirait endormis
Tant ils semblent passifs, ignorants du désordre

Qui secoue la grand’ville houleuse en contrebas.
Le long réseau des fils dessine une portée
Sur le ciel marseillais. La troupe déportée
Du fond de l’horizon qui rougeoie tout là-bas

Pépie à qui mieux mieux la chanson dessinée
En notes emplumées par tous les petits corps ;
Un chant revigorant faisant fi de la mort
A l’affût sur la voie qui leur est destinée

Pour rejoindre le Sud. De tout petits oiseaux
Obligés par l’automne à bientôt s’envoler :
Une partition vive et gaie pour survoler
Une mer redoutée aux dangereuses eaux.

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Accords

Poème illustré par une aquarelle de :
Armand Feldmann

La nature est en feu et je n’ai pour la peindre
Que ces mots qu’il vous faut entendre avec les yeux !
Un spectacle inouï que je risque d’éteindre
En le dépeignant mal. Un monde merveilleux

Qu’il me faut vous décrire avec de simples noms
L’évoquant tout autant que si vous le voyiez !
Oreilles, yeux et nez… Ce sont tous les chaînons
D’un ressenti profond prêt à les apparier.

L’automne est bientôt là. Regardez tournoyer
Le souffle du mistral arrachant des rameaux
Aux arbres du jardin. Ecoutez le noyer
Qui gémit et se ploie, tout comme les ormeaux

Dont les troncs craquent trop sous les assauts du vent.
Humez bien le soleil qui va bientôt devoir
Subir le mauvais temps, bien plus qu’auparavant,
Quand le ciel clair et bleu ne virait point au noir.

L’automne peint les feuilles d’un roux mordoré ;
Je les entends chanter un bien triste arioso
Car elles vont mourir. Et leur parfum ocré
Se mêle à profusion aux soupirs des oiseaux.

Le poète l’a dit : les couleurs et les sons
Se répondent toujours ! Nos sens sont associés,
Plus féconds quand alliés ainsi à l’unisson,
Ils louent le Créateur pour mieux le remercier.

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La vie en berne

Poème illustré par un tableau de :
Eric Bruni

Quelle est cette saison où la vie est en berne,
Quand le jour obscurci est si semblable au soir ;
Quand les arbres sont nus, dressés vers le ciel noir ;
Quand, caché dans l’Ailleurs, notre soleil hiberne ?

Quelle est cette saison que n’aiment point les vieux
Parce qu’ils y ont froid et qu’ils se ratatinent ;
Quand les oiseaux frileux ne chantent plus mâtines,
Quand le jardin est gris sous son manteau pluvieux ?

Quelles sont ces saisons ? C’est l’hiver et l’automne,
Si tristes toutes deux qu’elles ne font plus qu’un
Dans la désolation. Un temps terne où chacun
Se désole tout bas de la clarté atone

Du soleil épuisé qui lentement se meurt.
Quelle est cette saison pour le moins mortifère
Où j’ai surtout envie… de ne surtout rien faire
Pour me bouger un peu, sortir de ma torpeur ?

Cela dure trois mois, un bon quart de l’année !
Un bon morceau d’automne et un grand bout d’hiver :
Pour nous dans le Midi, un avant-goût d’enfer !
Une période grise aux nuances fanées…

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Le ciel incertain

Dans le ciel pommelé flottent de gros grumeaux
Comme du lait caillé. Pitoyables nuages,
Orbes blancs que le vent, sans une once de rage,
Ballotte mollement. Je ne sais pas un mot

Pour dire notre ennui et notre lassitude !
Car ce ciel-là n’est point notre ciel provençal :
Imprécision brouillée d’un ennui colossal
Et formes amollies. On n’a pas l’habitude,

Le nôtre est bien plus pur, surtout quand le mistral
Tonitrue, flagellant la garrigue alentour.
Ces nuages sont mous, ils n’ont pas de contours ;
Mais l’on doit supporter leur aspect automnal :

Notre monde est ainsi, l’on ne peut rien y faire !
Il faut subir son joug et ses intempéries
Même s’il apparaît qu’il y a tromperie
Sur la saison en cours, et que notre atmosphère

Est vraiment détraquée. La Nature en péril
Se trompe tout le temps… Oui, véritable automne
Avec un vent tout mou, de la pluie, un ciel jaune !
Bel automne vraiment, mais l’on est… en avril !

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