Archives de catégorie : Automne

Un coup de vent d’automne…

Un coup de vent d’automne a emporté son cœur
Au-delà de la mer, au-delà de Marseille.
Coup de tabac dément, bourrasque sans pareille
Venue d’on ne sait où pour répandre la peur !

Il l’avait rencontrée depuis trois jours à peine
Quand ce mistral cinglé a soudain déboulé.
Elle s’est affolée : il fallait s’en aller
Pour fuir cette région à la louche dégaine,

Où le vent tempêtait tout comme un ouragan.
Elle y était venue en pleine confiance,
Avec des rêves fous de soleil en Provence ;
Et sans ce coup de vent vraiment extravagant,

Elle y serait restée, déjà presque amoureuse.
Marseille lui plaisait, et le jeune homme aussi.
Sans ce foutu mistral, il aurait réussi
A garder près de lui la jolie visiteuse !

Mais elle est repartie, emportée par le vent.
Il est resté tout seul, et le spleen de septembre
Rend encor bien plus dur le vide de sa chambre.
Depuis ce coup de chien, plus rien n’est comme avant…

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Une feuille est tombée…

Une feuille est tombée, valsant éperdument
Avant de se poser sur l’eau de la fontaine.
Une feuille foldingue, une feuille à fredaines
Qui, bien que ce ne soit pas encor le moment,

S’est trop abandonnée aux caresses du vent.
Ce n’était plus l’été mais pas encor l’automne ;
Le ciel s’était ocré de pâles reflets jaunes,
La lumière ternie d’un été s’achevant.

La feuille s’est offerte aux vigoureux assauts
Du mistral qui dansait dans le ciel de septembre.
Une fort jolie feuille un peu tachetée d’ambre
Que le vent avait vue au cœur d’un arbrisseau.

La feuille a fait la folle et s’est vite complu
A faire des loopings dans le ciel bleu marine,
Jusqu’à ce que le vent l’abandonne et décline
Ce jeu qui désormais ne l’intéressait plus.

Il l’a donc déposée sur l’eau qui frémissait…
Dressant encor un peu son petit pédoncule,
Frêle et léger esquif, gondole ridicule,
La feuille y a fini son périple insensé,

Se laissant engloutir et noyer lentement
Pour s’en aller pourrir au fond de la fontaine.
Une feuille foldingue, une feuille à fredaines
Ayant pris son envol trop prématurément.

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Le mal-aimé

Poème illustré par une aquarelle de :
Denis Goy

Dans l’âtre du salon, un premier feu ronronne,
Avec de temps en temps une sourde explosion
D’étoiles et d’éclairs, comme lave en fusion.
L’on est bien, il fait chaud. Dehors le vent marmonne

Qu’il voudrait pénétrer au creux de la maison.
Mais ici l’on répugne au vent de la montagne
Qui annonce un grand froid et souvent s’accompagne
D’un gel insupportable, hors de toute raison !

Pour le moment, ça va ; il reste raisonnable
Et malgré son dépit, demeure fort courtois.
L’on a rentré du bois jusques en haut du toit,
Bien qu’octobre tout neuf soit encor très aimable,

Qui a peint la montagne avec des pigments roux ;
Roux comme les mélèze(s), aussi roux que les flammes
Qui rongent les rondins comme le font les lames
A l’assaut des rochers, là où le temps est doux.

Chez nous l’hiver est proche ; il sera très très rude
Car les oies sont passées depuis déjà longtemps.
Le vent désemparé s’incruste en tapotant
Les vitres du séjour : c’est son assuétude

Quand il souffle en octobre et que tombe la nuit !
Dehors le temps fraîchit, et la montagne rousse
Flamboie dans le Couchant. Le vent gémit et tousse,
Et puis désespéré s’en retourne chez lui.

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L’aile du Temps qui passe…

Un elfe

L’aile du Temps qui passe en effleurant les choses
Les use peu à peu, corrodant leur surface,
Otant à chaque fois une bribe de grâce
A ce qu’il frôle trop. Rien ne s’y s’interpose,

Nul ne peut l’arrêter, pas même les Humains !
Malgré leur fatuité, leur énorme arrogance,
Il leur est supérieur. Ils n’ont aucune chance
Face au Temps d’aujourd’hui qui est déjà demain.

Il est souvent partial, fanant d’aucuns plus vite
Comme octobre flétrit les fleurs injustement,
Certaines mieux pourvues retardant le moment
Où leur frêle beauté se dégrade et s’effrite…

L’Homme est pourtant un sot, qui fête tous les ans
Le Destin acharné qui l’use et le dévore.
Il fait la fête, il danse, et ce Temps qu’il abhorre
Continue malgré tout à passer, soi-disant

Parce qu’être immortel serait insupportable…
Complice de la Mort, sans aucune impatience,
N’éprouvant ni remords ni même repentance,
Il lui fournit ses proies, complaisant et serviable.

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L’artiste

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Un vent venu du Sud malmène les nuages,
Les chassant devant lui à grands coups de fouet ;
Et le ciel bleu foncé, secoué, bafoué,
Se pare peu à peu d’incroyables mirages.

Le vent s’est fait sculpteur et modèle les formes
Des nuées bousculées de son souffle effilé.
Il dépose à longs traits des filaments de lait
Sur le ciel indigo si souvent uniforme

Chez nous dans le Midi. Très vite il y dessine
Des plantes inconnues, des oiseaux et des fleurs
Se dissipant sitôt en longs traits de vapeur
Pour renaître plus loin sur la ligne argentine

De l’horizon marin.Le vent est un artiste ;
La mer sous son pinceau se farde de couleurs,
Comme le ciel là-haut, sous ses doigts cajoleurs
De peintre halluciné et de fin coloriste.

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L’hiver en embuscade

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Il n’est pas encor là, mais on le sent déjà !
Ici l’on n’aime point l’importune présence
De la pluie et du froid, ni l’anormale absence
Du soleil triomphant dont on ne comprend pas

Qu’il soit parfois ailleurs, éloigné de chez nous.
Les jours diminués s’enfuient en débandade.
Caché dans le brouillard, l’hiver en embuscade
A fixé à Lambesc son prochain rendez-vous.

L’on sent un changement, l’on frissonne et l’on sait.
Il y a des signaux, oh ! presque insaisissables :
Une impression de froid ; un mal-être impalpable ;
L’arbre au fond du jardin qu’on retrouve pelé…

Sur l’étang embrumé flotte un léger bateau :
Un squelette de feuille en lambeaux, une esquisse
De ce qui fut la vie, un fantôme qui glisse
Sous un souffle de vent, ridant à peine l’eau.

La lumière faiblit, le soleil est ouaté.
Un brouillard aérien flotte sur le village,
Aussi flou dans le soir qu’un vaporeux mirage
Où pleureraient tout doux les soupirs de l’été.

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Le printemps des menteurs

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(Sonnet)

Il est une saison où les bonnes nouvelles
Eclosent… en automne, avant les élections :
Un printemps en avance et fleuri d’illusions
Bourgeonnant à foison…Serments en ribambelles,

Engagements formels… De belles ritournelles
Serinées moultes fois par mille faux jetons !
Ce ne sont que bobards que nous, pauvres couillons,
Avalons  en jobards sans beaucoup de cervelle :

« Oyez, oyez, les gens, vous allez tout avoir :
Des emplois tant et plus ; plus de lendemains noirs
Ni d’insécurité ! Fiez-vous à nos promesses,

A notre bonne foi !  Juré, main sur le coeur ! »
Bien piètres Pinocchios, et de la pire espèce,
Qu’on devrait tous flétrir du même mot :«Menteur» !

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Crépuscule en Ubaye

Montagne2

L’automne est presque là, et la soirée est fraîche
Même si la journée fut comme un jour d’été.
La lumière décroît vers les Trois-Evêchés*,
Et ses derniers éclats pétillent en flammèches

Sur les mélèzes roux. Les pentes sont très belles,
Pommelées de vermeil par le soleil qui fond
Tout doux sur l’horizon : un gros soleil tout rond
Qui éteint lentement ses blondes étincelles

Dans le ciel griffuré par la lumière fauve ;
Un soleil découpé, hachuré par les dents
De la montagne au loin. Les pics noirs au Couchant
Disparaissent au creux de la pénombre mauve

En fondant peu à peu, avalés par la brume.
L’astre-roi n’est plus rien, plus qu’à demi-mangé
Par la montagne aiguë ; un mi-soleil rongé
Par la nuit qui s’en vient. Un grand croissant de lune

Vient juste d’apparaître en plein mitan du ciel.
Il ne subsiste plus qu’un halo de lumière
Sur l’écume mousseuse et bleue de la rivière
Que la lune effilée marbre de reflets miel.

*Sommet des Alpes de Haute-Provence

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L’attente

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Bien que passe le temps, elle attend qu’il revienne
Et se languit de lui. Le feuillage a jauni
Sur le micocoulier depuis qu’il est parti ;
L’arbre semble anémié… La douloureuse antienne

D’une chanson d’amour lui taraude le cœur :
Celle qu’il lui chantait pour la faire sourire.
Il faudrait l’oublier, mais son âme soupire,
Même si par pudeur elle feint la froideur.

L’arbre est un peu penché, vrillé par la vieillesse.
Novembre le dévêt de son feuillage roux,
Le laissant désarmé face à l’âpre courroux
Du mistral qui s’en fout… Brisée par la détresse,

Elle attend que revienne avant un morne hiver
Celui qui est parti quand était encor belle
La campagne alentour, et dont la ritournelle
Fleurissait le jardin toujours jaspé de vert.

Parfois le vent faiblit, et il lui semble entendre
Le chant de son amant tout au bout du chemin.
Mais c’est une illusion. Pas un seul être humain
Qui songe encor à elle ! Elle ne sait qu’attendre

L’homme au rire sonnant et aux belles chansons
Qui savait oublier combien elle était vieille.
Comme l’arbre tordu, ou la vétuste treille
Fermement agrippée aux murs de sa maison…

Il ne reviendra plus. Il fait froid, c’est l’automne,
Et l’arbre est dépouillé de son feuillage noir.
Elle clôt ses volets pour ne plus l’entrevoir,
Comme le ciel souillé de mouchetures jaunes…

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Couleurs sépia

Automne

Il ne pleut plus, et le jardin
Que la pluie d’automne a repeint
De couleurs sépia d’un autre âge*
Arbore un tout nouveau visage.

Il a l’air d’un ancien cliché
Aux tons passés et délavés…
Ce jour s’est-il trompé d’époque?*
Le temps d’autrefois s’entrechoque

A l’harmonieux temps d’aujourd’hui.
Le ciel a de très humbles teintes
Et l’allée que septembre a peinte
De brume est ouatée de gris.

Est-on jadis, est-on demain ?
Le ciel est comme un parchemin
Où peut s’inscrire l’envolée
D’une migration bariolée

Vers le grand Sud, là-bas, au loin…
Mais pour l’instant, il n’y a point
D’irrévérencieux coloriage :
Pas de violence ni d’outrage

A cette ineffable douceur !
Ces tons passés dont la rousseur
Semble élavée par la vieillesse
Donnent au jardin la mollesse

D’une belle endormie d’antan.
Passent les jours, passe le temps…
Puisse cette douceur de vivre
Encor bien longtemps nous survivre !

**Merci à Denis qui m’a « offert » ces deux vers, autour desquels j’ai « bâti » ce poème !

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Les Baux en hiver

Michel Bec

Poème illustré par un tableau de :

Michel Bec

L’automne a passé le flambeau
A l’hiver. Un poisseux ciel gris
Que déjà la nuit assombrit
Pèse lourdement sur les Baux.

Le village est vide, et le vent
Y mène sa danse infernale :
Assourdissante bacchanale
Du mistral qui court droit devant

Comme un centaure sans raison
Tonitruant dans les venelles.
La débandade habituelle
D’une morne et triste saison !

Te rappelles-tu l’an dernier
Quand l’on y fit une balade,
Poussés dans notre promenade
Par ce vent fou qui ricanait ?

Il y faisait si froid alors
Que ton doux visage était pâle,
Pâle comme l’anneau d’opale
Auréolant le croissant d’or

De la lune accrochée au ciel.
Les vieilles maisons du village,
Bastides grises d’un autre âge,
Etaient éclaboussées du miel

De la ténébreuse lueur.
Le vent tordait ta chevelure
Qui dansait comme une voilure
Autour de ton visage en cœur…

Les Baux sont tristes en hiver.
Tu n’es plus là, tu t’es perdue
Dans une existence éperdue…
Dis, n’ai-je point assez souffert ?

Peut-être un jour reviendras-tu ?
Je t’attends rue de la Calade
Où l’infernale cavalcade
Du vent dévale à qui veux-tu….

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Obstination

Maisonnette

Les longs doigts de la pluie tambourinent le toit,
Jazzant à toute allure un joli tintamarre.
Tic et taquant gaiement un petit air bizarre,
La pluie bleue machicote et veut entrer chez moi.

Elle frappe et tapote à petits coups pointus
Les tuiles arrondies. Sa drôle de musique
Fait chanter follement l’antique toit qui clique
Sous son flot continu. Son gai tempo têtu

Ne s’est point arrêté depuis mercredi soir !
Elle désire tant que j’ouvre la fenêtre
Que je suis hors de moi, et que je l’envoie paître
Car son obstination devient vraiment… rasoir !

Mais elle continue à chanter et valser.
Tip et tap, tip et tap ! Ses milliers de papattes
De perverse dingo et de folle acrobate
Bondissent sur mon toit en le faisant danser.

L’eau commence à monter autour de la maison.
Rien ne peut endiguer la folle sérénade ;
Dans la campagne entour, c’est une débandade :
La pluie du mois d’avril a perdu la raison !

C’est le soleil tout neuf qui nous en a sauvés :
Attiré par nos cris, il a bouté la folle
Hors de notre Midi. Depuis, il caracole
Au-dessus de chez nous pour tout faire sécher.

La pluie s’en est retournée bien seule dans le Nord,
Tip et tap, tip et tap – avec sa chansonnette.
Son rythme martelant m’est resté dans la tête,
Comme son rire frais qui y cliquette encor…

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Comme un coeur en octobre…

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Parfois mon coeur est triste : on dirait que l’automne
Y grave obstinément l’empreinte monotone
D’un sinistre refrain, tout aussi cafardeux
Que ce lourd ciel d’octobre épais et orageux

Pesamment affalé sur toute la Provence.
Il murmure tout doux sa plaintive romance
Toute en mélancolie. Sans trop savoir pourquoi,
Il craint de s’exposer à un je-ne-sais-quoi

Qui pourrait l’émouvoir, et la morne saison
L’émeut obscurément sans aucune raison.
Pourquoi ce désarroi, cette impression morbide
Qu’il faudrait quelquefois être un peu plus lucide ?

Ma vie est pourtant douce et je me sens aimée ;
Mais mon âme insatiable est parfois affamée,
Comme folle au logis, de trop grandes passions,
De folie et d’écarts, d’un désir d’évasion…

Cette triste chanson ressemble à un fado,
Lugubre mélopée pesant telle un fardeau
Sur celui qui vieillit et qui porte sa vie
Comme un faix bien trop lourd et sans plus trop d’envies.

C’est la triste chanson des étés qui se meurent.
Oh, je sais que le Temps bien après nous demeure,
Que nous ne sommes rien au long fil des saisons,
Que mon esprit parfois frôle la déraison

S’il pense voir un jour renaître sa jouvence.
Il pleut à petits flocs sur toute la Provence…

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La couleur des mots

Automne (6)

J’ai trempé mon pinceau dans la couleur des mots
Pour mieux montrer novembre en sa polychromie.
La palette du temps est une alliée, l’amie
De qui peine à conter ces bijoux, ces émaux

Dont se pare en automne une nature folle :
Ocre roux de la terre, or cuivré du soleil
M’offrant à son Couchant des touches de vermeil ;
Campagne bigarrée d’une gaie farandole

De plantes empourprées ; rutilantes couleurs
Du feuillage éclatant dont se parent les arbres ;
Chatoiement mordoré d’un vaste ciel en marbre
Penché sur les jardins et leurs dernières fleurs :

La nature est en feu, et je n’ai pour la peindre
Que ces vers qu’il vous faut entendre avec vos yeux.
Elle m’offre des tons de roux en camaïeu,
Et je dois rechercher pour les pouvoir dépeindre

Les mots pour faire voir à vos fines oreilles
Les couleurs inouïes engendrées par ce temps
Qui précède l’hiver fâcheux qui vous attend.
Des mots hauts en couleur, afin qu’ils ensoleillent

L’automne s’en venant repeindre à la Gauguin
La nature tentant malgré tout d’encor vivre ;
Une nature lasse, expirant, qui s’enivre
De teintes lui donnant l’illusion d’un regain…

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La montagne est mouillée…

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Poème illustré par un tableau de :
Rémi Clarke

La montagne est mouillée et luit sous le ciel gris
Tout vernissé de pluie. La route zigzagante
Erre de-ci, de-là, et la chaussée fumante
Qui monte et redescend saute comme un cabri

En filant vers le val. L’orage s’adoucit,
Grondant un peu moins fort là-haut dans la montagne
Après un jour entier de hargne et de castagne.
Malgré ce petit vent qui se lève et forcit,

Nous pourrions jusqu’au soir faire un tour à vélo ?
Monter en ahanant des côtes verticales,
Sentir dans nos mollets des crampes colossales,
Avoir les pieds trempés par la bouillasse et l’eau

Qui gicle sous les roues, n’est-ce point merveilleux ?
La montagne est brodée d’une fine dentelle
De vapeur azurée. Mais peut-être va-t-elle
Se transformer en pluie tant est capricieux

Ce temps peinturluré de curieux coloris ?
La montagne sent bon, mais l’odeur aigrelette
Des mélèzes roussis nous tourne un peu la tête.
La montagne est mouillée et luit sous le ciel gris…

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