Archives pour la catégorie “Automne”
Publié par Vette dans Automne

Poème illustré par un tableau de :
André Blavier
www.andreblavier.be
Il n’y a plus d’ailleurs. L’horizon est bouché
Par un grand pan de brume, et les arbres tronqués
Ne sont plus que des traits gris et fantomatiques.
Nous sommes enfermés par le mur chlorotique
D’un brouillard étouffant qui nous rend claustrophobes.
On est comme encerclés ; le monde se dérobe,
Mangé par un rideau d’air opaque et glacé.
Nous voici isolés et tout claquemurés,
Privés de vue, de ciel, de lumière… Oh ! ce gris
Uniforme et poisseux, et qui a affadi
Les couleurs tape-à-l’oeil et crues de la Provence
Soudain débarrassée de toutes ses outrances !
On est sous un couvercle et l’on respire mal.
Le soleil n’est plus là, et le monde est si pâle
Qu’on oublie qu’il put être un jour enluminé.
Un microcosme éteint, lugubre et confiné…
Si cela continue, on n’y verra plus rien !
Le brouillard couvre tout, et le fond du jardin
A même disparu, magiquement gommé.
L’empire de la brume est un monde de fées…
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Publié par Vette dans Automne

Le sous-bois est si roux qu’il a l’air d’être en feu
Comme quand il brûla lors d’un terrible été.
Mais ce sont les tons vifs des nouvelles ramées
Qui flamboient sous la voûte immense du ciel bleu ;
Car avant son retrait le soleil moribond
S’essaie comme toujours à incendier les bois.
Mais cependant plus cool que la dernière fois,
Il agit en artiste, usant de ses rayons
Pour peindre la Nature aux couleurs de l’automne.
Certains rameaux séchés et troués en dentelle
Sont piquetés de noir : négligeant le pastel,
Il les teinte de roux, de brun, d’ocre et de jaune,
Leur offrant la beauté avant leur mort prochaine.
Il y a de la brume, et un pan vaporeux
S’enroule comme un voile autour des troncs noueux
Des pins dégingandés. Là, un bouquet de chênes,
De ceux restant vêtus jusqu’au seuil du printemps,
Adoucit le décor de la triste feuillée
Marronnasse et aiguë de ses feuilles dentées.
Mais rien ne peut éteindre un tel embrasement…
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Publié par Vette dans Automne

Poème illustré par un tableau de :
Rodolphe Wytsman
(1869-1927)
L’automne aime la mort : elle est dans le convoi
Qui le suit pas à pas jusqu’au seuil de l’hiver ;
Age, usure et déclin, solitude et misère,
Qui ont l’air bien plus durs quand s’installe le froid,
Précèdent le cortège où des gouttes de pluie
Emperlent des couronnes de feuillage mort ;
Et la rendant plus rude un vent âpre distord
Cette marche maussade et qui semble infinie.
Quand verrons-nous le terme de la procession ?
Le défilé des jours chemine lentement
Sous les coups de boutoir du mistral triomphant
Qui entrave encor plus leur sombre progression ;
Cet automne est poussif ! Nous sommes obligés
De le suivre à son rythme ; aucune fantaisie
Dans sa morne avancée, dans son cours terne et gris
Qui va pendant trois mois tristement nous mener
A un hiver chagrin si dur à supporter.
La Provence se traîne, et un ciel brumasseux
L’incite à ressasser les lointains jours heureux.
Mais le temps nous entraîne et il faut avancer,
Assumant que l’automne n’en soit qu’au début
De sa lente ascension vers le mois de décembre.
De l’été d’autrefois ne restent que des cendres ;
Nos lointains souvenirs ne sont plus que rebut…
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Poème illustré par une aquarelle de :
Roger Gobron
(1899-1985)
Passer du gris au noir : il faut s’y résigner
Pour glisser lentement de l’automne à l’hiver.
Quelles tristes saisons ! Et qu’il est loin l’été,
Cet été à venir et cet été d’hier…
Les nuits sont infinies ; l’horizon est voilé
Et souvent le brouillard rend les lignes au loin
Indécises et floues. Tout est comme estompé.
Qu’il est morne ce temps où le ciel est conjoint
A la terre embrumée par une bande grise !
Virant de l’ocre au noir, les couleurs sont éteintes.
Tout est démesuré, le vent n’est plus que bise
Et les futurs beaux jours semblent être hors d’atteinte.
La Provence assoupie qui cherche son soleil
A perdu ses couleurs éclatantes et drues.
Un ciel opaque et gris est posé sur Marseille
Encor plus défraîchie quand le beau temps n’est plus.
Il lui faut de la vie, une intense lumière
Qui la pare et la baigne de vives couleurs.
Le printemps et l’été sont ses cache-misère.
Oh ! Revienne le temps qui rallonge les heures…
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Publié par Vette dans Automne

Mon Dieu, que d’eau, que d’eau… Eh ! là-haut, arrêtez !
Ca va faire huit jours ! Holà, n’en jetez plus,
Car nous trouvons vraiment qu’il a bien assez plu !
Les nues ne cessent plus d’aboyer, d’éructer
Sur la pauvre Provence ; et la terre trempée
Vomit à qui mieux mieux une boue dégoûtante.
On ne reconnaît plus, sous cette pluie battante,
Le Sud ensoleillé, soudain désemparé
Par ce flot incessant ! Les rues sont inondées,
Et quelques gens hagards y rôdent en bateau,
Espérant… mais quoi donc ? Mon dieu, que d’eau, que d’eau !
Puisse le ciel dément s’arrêter de tonner…
Mais le petit Argens est devenu torrent ;
Se prenant tout à coup pour un dragon furieux,
Il se rue vers la plaine et dévale des cieux,
Tout aussi indomptable que le Leviathan
Qui lançait à l’assaut ses vagues limoneuses,
Bouillonnant follement en larges tourbillons.
On ne sait plus que faire… Et, tous, nous regardons
Nos maisons se noyer sous les eaux goudronneuses.
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Poème illustré par un tableau de :
Jean-Jacques Henner
(1829-1905)
C’est le temps de l’Après. Ce temps triste et très doux
Où novembre commence ; où les arbres sont roux
Avec parfois des jours ressemblant au printemps.
C’est le temps de l’Après… Comment était-ce, avant,
Quand vous viviez encor, mes amis disparus ?
L’automne est languissant ; le temps d’antan n’est plus
Où nous étions heureux, et à vivre, et à rire…
Le printemps et l’été ne sont que des soupirs,
Et l’on comprend soudain que les jours ont passé.
C’est si court, une vie ! L’été s’en est allé
Sans qu’on sache comment ; le temps va bien plus vite
Quand on est tout au bout, et personne n’évite
Que sa fin délabrée passe si tristement.
L’automne va couler… Peut-être qu’un printemps
Refleurira encor une dernière fois ?
Mais c’est, hélas ! l’Ailleurs qui impose sa loi…
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Publié par Vette dans Automne, Contes

Poème illustré par :
Dominique Zintzmeyer
www.worldgallery.co.uk/
Un grain, et puis un autre, et puis un autre encore,
Des pourpres, des dorés, petites boules d’or
Si lisses sous la langue et croquant sous les dents
Avec ce jus qui gicle et ces pépins craquants !
Un grain, et puis un autre, et puis cinq, et puis dix,
Douces petites sphères rebondies et qui crissent,
Sucrées comme du miel, enserrées dans des vrilles
Enroulées en ressorts costauds qui se tortillent.
Un grain, et puis un autre, et puis dix et puis vingt,
Emplis jusqu’à ras bord d’hydromel et de vin,
Serrés l’un contre l’autre comme des petits frères
Attendant des vendanges inondées de lumière.
Un grain , et puis un autre, et puis cent, et puis mille …
Puis une énorme grappe rampant jusqu’à la ville
- Des millions de grains qui vont rouli-roulant -
Et la Terre envahie par un raisin géant.
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Poème illustré par un tableau de :
Le Caravage
(1573-1610)
Combien d’étés, dis-moi, as-tu donc vu s’éteindre ?
Une vie, c’est si court ! Et pourquoi toujours feindre
Que n’est pas important ce maudit temps qui passe ?
Les jours sont des éclairs, et peu à peu la trace
Des anciens jours heureux s’efface lentement.
Te souviens-tu encor du nom de tes amants?
Le soleil fond en pluie, et ta vie se délite ;
Les jours après les nuits vont de plus en plus vite ;
Et tu redoutes tant l’éclosion de l’hiver
Que tu voudrais t’enfuir aux pays toujours verts
Où l’on ignore tout de la male saison.
Mais ne te mens donc pas ! Là n’est pas la raison
De ce curieux mal-être qui ronge ton coeur.
C’est le fait d’être vieux qui forge ton malheur
Et l’automne qui vient l’accentue plus encore !
Ce qui te ronge ainsi, c’est l’idée de ta mort…
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Un gros soleil tout rond darde partout en France
Ses longs rayons d’argent. Ils sont un peu usés
Mais encor très ardents ; et même la Provence
N’en revient toujours pas de cet ultime été.
On est le six octobre : il fait trente degrés ;
Tout aussi chaud, vraiment, qu’en plein coeur du mois d’août !
Les gens en sont ravis, et les plages bondées
Comme lors des beaux jours ! Il ne fait aucun doute
Que ce n’est qu’un sursis ; alors profitons-en…
Même si les marchands d’habits font grise mine
Car ils n’ont pas prévu que ces maudites gens
Se croiraient en été. Ils râlent et fulminent
Devant bottes, bonnets, manteaux matelassés
Très inutilement présents à l’étalage.
Ils les vendront plus tard ! Et nous, les Marseillais,
Nous nous délectons tous, avec force, avec rage,
De la chance inouïe qu’est pour nous ce miracle :
L’été au mois d’octobre et la plage en automne !
Le Prophète assailli, le soleil au pinacle !
Il paraît qu’au Prado un platane bourgeonne…
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Publié par Vette dans Automne

Automne monotone ? Oh non ! Automne fou
Passant allègrement de la grisaille au roux,
De la brume maussade au soleil éclatant :
Un hybride parfait d’hiver et de printemps !
Aujourd’hui il fait beau ; en Provence on jubile,
Goûtant au joli temps sous le ciel qui rutile
De lumière aussi drue que celle de juillet.
Est-on bien en octobre ou au mitan de mai ?
Mais demain l’on annonce une vague de pluie ;
Il se pourrait alors que la pointe de gris
Qui teinte l’horizon en soit l’annonciatrice,
Et qu’en deux ou trois jours notre saison-caprice
Glisse d’un presqu’été à de mornes journées
Noyées dans un brouillard délétère et épais.
Soudain il fera froid, car ainsi va l’automne
Lunatique et changeant, virant du gris au jaune
En l’espace de rien – la durée d’un soupir -
Semblable à notre vie passant du drame au rire
Le temps du clignement d’un cil sur une joue.
Automne monotone ? Oh non ! Automne fou…
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C’est un petit garçon – presqu’encor un bébé -
Qui chemine gaiement à côté de sa mère.
Il sait bien où l’on va et il n’est pas peu fier
Qu’on le mène à l’écol(e) pour la première fois !
Il est très détendu… jusqu’à ce qu’il s’inquiète :
La main de sa maman est crispée sur la sienne !
Ca, c’est vraiment curieux pour le petit Etienne…
Il serre son doudou et le voici qui tète
Comme un fou sa tétine car soudain il a peur…
Pourquoi donc sa maman est-elle si bizarre
Depuis quelques instants ? Serait-on en retard ?
Ces ondes angoissées qui lui serrent le coeur,
Il les ressent très fort. Quel est donc le tourment
Qui vient la perturber? Serait-ce la Rentrée
De son petit garçon qui la rend si stressée ?
Puis Etienne soudain entend des hurlements ;
C’est un autre garçon qu’on traîne vers l’école
Et qui crie affolé qu’il veut rentrer chez lui.
Là, c’en est vraiment trop ! Il se sent tout petit
Et n’est plus du tout prêt. Son petit coeur s’affole,
Et plus du tout honteux de n’être qu’un bébé,
Etienne fier-à-bras se met à sangloter…
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Le Sauze dans les années 1930
Tout le monde est parti. La station solitaire
Est totalement vide ; une bribe de vent
S’essaye à hululer ; mais ce vent a beau faire,
Il ne peut dissiper le silence pesant.
Il va falloir attendre la fin de l’automne
Pour y entendre enfin et des voix et des cris ;
Car l’été est fini, il n’y a plus personne
A bader sur la Place. On n’entend aucun bruit,
Que le croassement des corbeaux noirs qui planent
Au-dessus des immeubles maintenant muets
Avec leurs volets clos ou fermés en chicane.
La station est muette et tout y est fermé.
Un village fantôme où la fin de l’été
S’est figée tout à coup sous un vaste ciel bleu !
Mais où est donc l’écho de ce bonheur parfait
Qu’affichaient tous ces gens qui avaient l’air heureux ?
Malgré le grand beau temps, un insondable poids
Ecrase sous sa gangue Le Sauze endormi.
Solitude absolue et impression de froid
Qui vous serrent le coeur. L’été est bien fini…
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Poème illustré par :
Louis Aston Knight
(1873-1948)
www.louisastonknight.com
Dans le jardin les fleurs se fanent peu à peu
Et, à les voir mourir, la mélancolie point
En vous serrant le coeur. Verra-t-on l’an prochain
Leurs délicats boutons déployer sous nos yeux
Leurs si jolis pétal(es) ? Le ciel d’un gris passé
Délave la couleur des roses près du puits.
Au loin Salon s’endort. Le soleil assoupi
Pose sur les toits roux un reflet mordoré.
Le plumbago n’est plus, ni les gueules de loup…
Les jarres dégoulinent de tiges jaunies.
Il faudra tout couper puisque tout est fini…
Et l’automne est si long qui va détruire tout !
Mais pourquoi nous sommes-nous donné tant de mal
A faire ainsi pousser des plantes qui se meurent ?
Si nous devions compter cette peine et ces heures,
Nous n’en finirions plus ! Le fond de l’air est sale.
C’est sûr : il va pleuvoir ! Mais à quoi va servir
Cette pluie dégouttant des cheneaux encombrés
Par les premières feuill(es) ? Le ciel gris est plombé…
L’été n’aura duré que le temps d’un soupir.
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Publié par Vette dans Automne

Poème illustré par un tableau de :
Henri Guey
www.henri.guey.free.fr
La Camargue qui rouille et craque sous le vent
Est nimbée de brouillard ; un grand cercle d’argent
Qui ressemble au soleil est plaqué sur le ciel
Où passent des oiseaux fuyant à tire-d’ailes.
Ils fuient le temps morose et l’hiver qui s’en vient
Maussade et gadouilleux sur la lagune grise.
Il fait encor très doux sur l’étang, et la brise
Chuinte au creux des roseaux sur l’eau couleur d’étain.
L’ombre de grands taureaux tremblote dans la brume :
Silhouettes en noir où le soleil allume
Des reflets argentés. Un cavalier au loin
Se dilue lentement dans le brouillard marin.
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Publié par Vette dans Automne

L’automne est morne et triste ainsi qu’une chanson
Que chantait Mouloudji au temps de ma jeunesse.
Une triste langueur, une morne tristesse,
Sourd du jardin fané par la grise saison.
Des feuilles lacérées tombent en oscillant
Sur les dalles verdies par de la moisissure,
Et des traces de boue posent leur salissure
Sur la terrasse froide où ne dort plus Fanfan,
Le chat de la maison qui hiberne en dormant.
L’automne égrène ainsi ses jours voilés de brume ;
Des pans effilochés courent devant la lune,
Hachurant l’astre bleu de longues stries d’argent.
L’automne est morne et triste ainsi qu’un air d’antan
Quand le temps trop pressé ne coulait pas si vite.
Mais tout passe, tout lasse, et la vie se délite…
Novembre vient de naître ; il est loin, le printemps !
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