Archives de catégorie : Automne

L’automne de la vie-2

Effleurée par l’automne, elle a peur de l’hiver.
Ce n’est point tant la mort qu’elle craint, mais le Temps
Qui insidieusement va la projeter vers
Des jours toujours plus gris, des jours lui promettant

Une lente érosion du tout dernier éclat
De ces nombreux appâts dont elle eut l’apanage.
Lutter contre les ans est un vain pugilat
Même si sa beauté échappe encor à âge…

Dehors le ciel est terne. Et terne le jardin
Où les dernières fleurs perdent tous leurs pétales.
Seule une rose encor en son vertugadin
Semble mieux résister que les roses rivales

Que l’été fit fleurir comme elle sous les pins.
Mais comme toute fleur elle va disparaître,
Elle s’en va mourir, et, tel un turlupin,
Le Temps s’en va tuer celle qu’il a fait naître…

Les feuilles sont dorées, tout comme ses cheveux,
Mais elles sont jaunies par Dame la Nature !
Pour elle, il va falloir en accepter l’aveu :
L’argent strie peu à peu sa blonde chevelure

Et l’or les magnifiant n’est pas très naturel.
L’automne est vraiment là, l’automne de la vie…
Lutter pour l’oublier ? Tous ces soins corporels ?
Jeanne un peu fatiguée en a perdu l’envie !

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Des ronds dans l’eau

Une feuille tombée au fil de la rivière
A coulé doucement. Elle y a fait des ronds,
Des cercles frissonnants qui ont troublé l’eau claire,
L’eau claire et azurée que des ondes marron

Ont fait frémir tout doux sous le ciel de l’automne ;
L’automne qui peignait à grands coups de pinceau
La Nature alanguie de roux, d’ocre et de jaune,
Elavant ses couleurs dans le joli ruisseau.

La brise a fait danser les rides concentriques
Qui semaient le désordre au cœur calme de l’eau ;
Puis les a diluées tout au fond d’une crique
Coiffée par la ramée d’un antique bouleau.

Plus de trouble, plus rien. Le fil de la rivière
A retrouvé sa paix et son cours régulier
Couleur du temps qui passe et couleur de la terre,
Avec au fond de l’eau une feuille noyée.

Y eut-il dans ma vie quelques mésaventures
Qui troublèrent son cours comme des ronds dans l’eau ?
Existence posée sans aucune aventure,
Insipides années sans rires ni grelots…

Parfois des incidents ont ridé sa surface,
Et puis doucettement tout est redevenu
Monotone, ennuyeux, et sans aucune trace
Qui mette des frissons dans un destin bien nu.

Existence sensée comme cette rivière
Qu’on a rarement vue infléchir son courant…
Mais qu’est donc une vie dénuée de mystère,
Que jamais rien n’émeut, sans rêves aberrants ?

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Marseille dans la brume

Marseille est ouaté d’une brume maussade.
Octobre l’éteignoir crie à la cantonade
Que c’en est bien fini des excès de l’été
Et de ces jours si doux dont le temps arrêté

Nous offrait ces plaisirs qui font aimer la vie !
Dans nos cœurs attristés monte déjà l’envie
De revoir le printemps, de bien vite oublier
Ces moments rabat-joie où l’on vit replié

Sur sa petite vie et ses petits soucis…
La brume estompe tout de son voile, adoucit
La raideur des murs gris et râpés de la ville.
Il y règne à présent une torpeur tranquille

Seulement perturbée par les cris des gabians
Point trop désarçonnés par ce brouillard ambiant
Semblable à un rideau de mousseline grise.
Il n’y a pas de vent. Non ! Pas même une brise

Qui ferait vivre un peu l’eau morte et sans replis.
Aucune ondulation, pas même un friselis…
La mer décolorée génère de la brume
Où des étoiles bleues de temps en temps s’allument

Comme ces feux follets qu’on voit au cimetière.
Un voile suffocant couvre la ville entière
Etonnée de subir ce temps extravagant
Qui s’avère à Marseille un prodige intrigant

Suscitant le cafard et un brin d’inquiétude…
Notre azur est si pur qu’on n’a pas l’habitude
De le voir engoncé dans un manteau brumeux !
Marseille est silencieux sous son ciel cotonneux.

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Brume d’automne

Poème illustré par un tableau de :

Caspar David Friedrich
(1774-1840)

Les sommets de l’Ubaye paraissent écrêtés
Tant la brume les noie d’un voile sécrété
Par l’aube rembrunie du début de l’automne.
Le ciel a dégueulé de tristes vapeurs jaunes

Qui flottent sur les toits d’Enchastrayes endormi.
Depuis quelque huit jours le ciel clair a blêmi,
Perdant tout doucement sa couleur provençale
Pour passer d’un bleu pur à un indigo pâle.

La montagne est floutée par des pans de brouillard
Amollissant ses pics plantés comme des dards
Dans le ciel de septembre. Et les cimes pointues
En semblent arrondies, sans ces lignes aiguës

Découpant l’horizon de leur contour brisé.
Malgré le temps bouché, des éclairs irisés
Jaillissent quelquefois du fin-fond des nuages,
Comme pour rappeler la lumineuse image

Des dernières journées de l’été moribond.
Des lambeaux de brouillard voguent en vagabonds
De sommet en sommet en haut de la montagne.
Un très pâle soleil parfois les accompagne

Presque en catimini de ses ternes rayons.
La brume qui se tord en rondes contorsions
Drape d’un tulle gris les branches des mélèzes.
De la montagne suinte un mystérieux malaise…

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J’aime bien…

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni

J’aime bien quand le vent sort sa palette rousse
Pour peindre le ciel bleu d’ambre, de cuivre et d’or ;
Quand la garrigue en feu se fait enfin plus douce,
Quand l’automne s’en vient, quand le soleil s’endort,

Oubliant peu à peu sa folie meurtrière
Après l’été brûlant, et quand enfin il pleut ;   ;
Quand les feuilles s’en vont au long de la rivière,
Frêles petits bateaux au fil du courant bleu ;

Et j’aime ouïr aussi le clapotis de l’eau ;
Quand on respire enfin, quand la brise est légère,
Quand un peu d’ocre blond couronne le bouleau
Qui végète au jardin en cherchant la lumière

Lui faisant oublier combien il est malade.
J’aime bien quand le temps se fait plus harmonieux,
Arrachant aux oiseaux une dernière aubade.
Et même si le jour est plus parcimonieux,

J’aime bien ces ultimes soirées au jardin.
Les derniers jours d’été, les premiers de l’automne
Où les roses fanées dans leur vertugadin,
Renonçant à la vie, peu à peu s’abandonnent…

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Fin d’été en montagne

Il y a sur l’Estrop un étonnant nuage
Tout tarabiscoté. Le ciel est tourmenté,
Livide et orageux. C’est la fin de l’été.
Sur le lac obscurci s’est posé un mirage

Frémissant doucement, voile fantomatique
Qui dissimule l’eau sous un tulle irisé.
La montagne a rugi, et son ciel est brisé
Par de longs éclairs bleus aux zigzags fantastiques.

C’est la fin de l’été, un petit peu l’automne.
On vit en ce moment une étrange saison
Où le temps se comporte hors de toute raison.
Le ciel est presque blond. De la montagne jaune

Coule un torrent bourbeux hérissé de lumière
Et de feuilles ocrées balancées par le vent
Qui vient de se lever. Elles vont droit devant,
Frêles petits vaisseaux ; et ce sont les premières

A s’être détachées des arbres qui s’endorment.
L’automne est là, tout prêt à prendre son essor,
A sortir ses atours ornés de cuivre et d’or.
La nuée sur l’Estrop peu à peu se transforme,

Ressemblant maintenant à une fleur immense.
C’est la fin de l’été, l’automne est presque là,
Et, dès le soir venu, l’on a même un peu froid.
Le vent a disloqué le nuage qui danse…

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Un jardin en automne

L’automne qui s’en vient détricote l’été,
Eliminant tout doux cet excès de lumière
Dont on a abusé jusqu’à la satiété.
Une odeur d’herbe sèche émane de la terre…

Auréolé de roux sous le ciel bleu marine,
C’est un petit jardin, l’air un peu fatigué.
L’étang s’y est paré de reflets tourmaline
Ondoyant sous le vent, et parfois zigzagués

Par des rais lumineux arrachés au soleil
Qui semble à chaque instant toujours un peu plus terne.
Les vieux rosiers fanés plongent dans le sommeil,
Ce long sommeil d’hiver qui va les mettre en berne,

Et leur tige épineuse a la sinistre teinte
Du bois quand il est mort. Il ne fait pas bien chaud.
Le jardinet ressemble à une toile peinte
Par un homme encagé tout au fond d’un cachot

Tant il est moche et gris, sans aucun chatoiement.
Des rameaux desséchés s’inclinent vers la terre
Où des fleurs avachies pendouillent tristement.
Le mois d’août en partant a éteint la lumière…

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Langueur d’automne

Dodelinant tout doux, tout doux la balancelle
Tangue dans le jardin – jardin brun, jardin gris
Qu’une prime fraîcheur a brusquement surpris.
Un friselis de vent… Des feuilles s’amoncellent

Sur l’allée de gravier qu’on ne ratisse plus.
La balancelle va, s’en vient, revient encore,
Inlassablement mue par le vent. Et l’aurore
Nimbe d’un halo blanc le Cupidon joufflu

Qui s’ennuie dans un coin. Une feuille d’érable
S’est posée sur sa tête en lui cachant un œil :
Manque de courtoisie ! Plus loin, un écureuil
Se sachant à l’abri grignote sur la table

Les miettes moisies d’un très ancien repas.
L’été est terminé. Il n’y a plus personne.
Dans le jardin qui meurt, le silence résonne,
Et septembre en douceur transforme pas à pas

Sa quiétude tranquille en tristesse infinie.
La balancelle va, vient encor, et revient…
Posé sur la terrasse, un vase péruvien
Assourdit ses couleurs. La fête est bien finie…

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Le vent d’hiver est fou…

Le vent d’hiver est fou, qui hurle à perdre haleine,
Qui s’échine à briser les grands arbres penchés.
Le vent d’hiver est fou, qui depuis deux semaines
Fait suffoquer le Sud à souffle déployé.

Le vent d’hiver est fou, qui casse les antennes,
Qui arrache le linge étendu à sécher.
Le vent d’hiver est fou, qui rudoie et malmène
Les portes des maisons de ses coups de bélier.

Les faisant tressauter tout comme les mouettes
Dodelinant sur l’eau mousseuse qu’il fouette,
Il secoue les pointus* amarrés au Vieux Port,

Les ballant en cadence. Et les petits bateaux,
Qu’on dirait remontés sur de joyeux ressorts,
Dansent tels des canards se dandinant sur l’eau.

*Petit bateau caractéristique de Marseille

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Un coup de vent d’automne…

Un coup de vent d’automne a emporté son cœur
Au-delà de la mer, au-delà de Marseille.
Coup de tabac dément, bourrasque sans pareille
Venue d’on ne sait où pour répandre la peur !

Il l’avait rencontrée depuis trois jours à peine
Quand ce mistral cinglé a soudain déboulé.
Elle s’est affolée : il fallait s’en aller
Pour fuir cette région à la louche dégaine,

Où le vent tempêtait tout comme un ouragan.
Elle y était venue en pleine confiance,
Avec des rêves fous de soleil en Provence ;
Et sans ce coup de vent vraiment extravagant,

Elle y serait restée, déjà presque amoureuse.
Marseille lui plaisait, et le jeune homme aussi.
Sans ce foutu mistral, il aurait réussi
A garder près de lui la jolie visiteuse !

Mais elle est repartie, emportée par le vent.
Il est resté tout seul, et le spleen de septembre
Rend encor bien plus dur le vide de sa chambre.
Depuis ce coup de chien, plus rien n’est comme avant…

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Une feuille est tombée…

Une feuille est tombée, valsant éperdument
Avant de se poser sur l’eau de la fontaine.
Une feuille foldingue, une feuille à fredaines
Qui, bien que ce ne soit pas encor le moment,

S’est trop abandonnée aux caresses du vent.
Ce n’était plus l’été mais pas encor l’automne ;
Le ciel s’était ocré de pâles reflets jaunes,
La lumière ternie d’un été s’achevant.

La feuille s’est offerte aux vigoureux assauts
Du mistral qui dansait dans le ciel de septembre.
Une fort jolie feuille un peu tachetée d’ambre
Que le vent avait vue au cœur d’un arbrisseau.

La feuille a fait la folle et s’est vite complu
A faire des loopings dans le ciel bleu marine,
Jusqu’à ce que le vent l’abandonne et décline
Ce jeu qui désormais ne l’intéressait plus.

Il l’a donc déposée sur l’eau qui frémissait…
Dressant encor un peu son petit pédoncule,
Frêle et léger esquif, gondole ridicule,
La feuille y a fini son périple insensé,

Se laissant engloutir et noyer lentement
Pour s’en aller pourrir au fond de la fontaine.
Une feuille foldingue, une feuille à fredaines
Ayant pris son envol trop prématurément.

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Le mal-aimé

Poème illustré par une aquarelle de :
Denis Goy

Dans l’âtre du salon, un premier feu ronronne,
Avec de temps en temps une sourde explosion
D’étoiles et d’éclairs, comme lave en fusion.
L’on est bien, il fait chaud. Dehors le vent marmonne

Qu’il voudrait pénétrer au creux de la maison.
Mais ici l’on répugne au vent de la montagne
Qui annonce un grand froid et souvent s’accompagne
D’un gel insupportable, hors de toute raison !

Pour le moment, ça va ; il reste raisonnable
Et malgré son dépit, demeure fort courtois.
L’on a rentré du bois jusques en haut du toit,
Bien qu’octobre tout neuf soit encor très aimable,

Qui a peint la montagne avec des pigments roux ;
Roux comme les mélèze(s), aussi roux que les flammes
Qui rongent les rondins comme le font les lames
A l’assaut des rochers, là où le temps est doux.

Chez nous l’hiver est proche ; il sera très très rude
Car les oies sont passées depuis déjà longtemps.
Le vent désemparé s’incruste en tapotant
Les vitres du séjour : c’est son assuétude

Quand il souffle en octobre et que tombe la nuit !
Dehors le temps fraîchit, et la montagne rousse
Flamboie dans le Couchant. Le vent gémit et tousse,
Et puis désespéré s’en retourne chez lui.

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L’aile du Temps qui passe…

Un elfe

L’aile du Temps qui passe en effleurant les choses
Les use peu à peu, corrodant leur surface,
Otant à chaque fois une bribe de grâce
A ce qu’il frôle trop. Rien ne s’y s’interpose,

Nul ne peut l’arrêter, pas même les Humains !
Malgré leur fatuité, leur énorme arrogance,
Il leur est supérieur. Ils n’ont aucune chance
Face au Temps d’aujourd’hui qui est déjà demain.

Il est souvent partial, fanant d’aucuns plus vite
Comme octobre flétrit les fleurs injustement,
Certaines mieux pourvues retardant le moment
Où leur frêle beauté se dégrade et s’effrite…

L’Homme est pourtant un sot, qui fête tous les ans
Le Destin acharné qui l’use et le dévore.
Il fait la fête, il danse, et ce Temps qu’il abhorre
Continue malgré tout à passer, soi-disant

Parce qu’être immortel serait insupportable…
Complice de la Mort, sans aucune impatience,
N’éprouvant ni remords ni même repentance,
Il lui fournit ses proies, complaisant et serviable.

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L’artiste

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Un vent venu du Sud malmène les nuages,
Les chassant devant lui à grands coups de fouet ;
Et le ciel bleu foncé, secoué, bafoué,
Se pare peu à peu d’incroyables mirages.

Le vent s’est fait sculpteur et modèle les formes
Des nuées bousculées de son souffle effilé.
Il dépose à longs traits des filaments de lait
Sur le ciel indigo si souvent uniforme

Chez nous dans le Midi. Très vite il y dessine
Des plantes inconnues, des oiseaux et des fleurs
Se dissipant sitôt en longs traits de vapeur
Pour renaître plus loin sur la ligne argentine

De l’horizon marin.Le vent est un artiste ;
La mer sous son pinceau se farde de couleurs,
Comme le ciel là-haut, sous ses doigts cajoleurs
De peintre halluciné et de fin coloriste.

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L’hiver en embuscade

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Il n’est pas encor là, mais on le sent déjà !
Ici l’on n’aime point l’importune présence
De la pluie et du froid, ni l’anormale absence
Du soleil triomphant dont on ne comprend pas

Qu’il soit parfois ailleurs, éloigné de chez nous.
Les jours diminués s’enfuient en débandade.
Caché dans le brouillard, l’hiver en embuscade
A fixé à Lambesc son prochain rendez-vous.

L’on sent un changement, l’on frissonne et l’on sait.
Il y a des signaux, oh ! presque insaisissables :
Une impression de froid ; un mal-être impalpable ;
L’arbre au fond du jardin qu’on retrouve pelé…

Sur l’étang embrumé flotte un léger bateau :
Un squelette de feuille en lambeaux, une esquisse
De ce qui fut la vie, un fantôme qui glisse
Sous un souffle de vent, ridant à peine l’eau.

La lumière faiblit, le soleil est ouaté.
Un brouillard aérien flotte sur le village,
Aussi flou dans le soir qu’un vaporeux mirage
Où pleureraient tout doux les soupirs de l’été.

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