Archives pour la catégorie “La Provence au coeur”

Le jeune Bénezet était un pastoureau
Qui gardait ses moutons fort loin de la Provence ;
Un minot de Burzet, tout pétri d’innocence
Qui aimait bien sa vie. Pour lui rien de plus beau…
Jusqu’à ce qu’il entende une très sainte voix :
« Va-t-en donc sur le Rhône et construis-moi un pont ! »
Le petit rechigna. Oui… Mais résiste-t-on
Aux ordres du Seigneur – même un ordre à la noix ?
Bénezet partit donc avec un pèlerin :
Un ange déguisé, qui lors l’accompagna
Tout au long du chemin pour l’emmener là-bas…
Quel horrible voyage et que c’était donc loin !
Petit Benoît rendu s’en alla voir l’évêque
Juste en train de prêcher. L’homme fort étonné
Lui montra une pierr(e) « Tu vas la soulever !
Ensuite nous verrons ! » Le minot aussi sec
S’en fut porter le bloc sur la rive du fleuve,
Bien que trente ouvriers n’aient pu le déplacer !
Le prévôt sidéré donna l’ordre d’aider
Le gentil pastoureau à poursuivre son oeuvre.
Il mourut bien avant qu’il ne fût terminé…
Mais pour mieux l’honorer on lui donna son nom :
C’est le pont d’Avignon où l’on dansait en rond,
Qu’on nomme encor parfois le pont Saint-Bénezet.
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Poème illustré par un tableau de :
Maryse Coiscault
www.picasaweb.google.com
Provençalement vôtre – on dit même « groupie » !
Avec le zèle fou des nouveaux convertis,
J’adore la Provence et n’en bougerai plus !
« Depuis combien de jours n’y a t-il donc pas plu ? »
Allez-vous m’objecter ! L’on vous rétorquera
Que tout n’y est pas sec ; que l’eau n’y manque pas
Car les Alpes au Nord pourvoient incessamment
A fort bien l’irriguer ; que son soleil brûlant
N’est pas friand du vert de ses pentes herbues
Tant qu’on est au printemps, quand juin n’est pas venu
Y mettre son ardeur. Après, c’est autre chose !
Il faut alors garder ses fenêtres bien closes,
Attendre patiemment que l’été soit passé,
Ce fol été qui grille et les gens et les prés ;
La saison des touriste(s) et des gens de là-haut.
Je préfère l’automne et ses arbres ponceau…
Amoureusement vôtre et fou de la Provence,
La Provence dorée sous le ciel bleu qui danse
Au rythme du mistral qui déboule du Nord ;
La Provence éternelle où m’a mené le Sort…
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Poème illustré par un tableau de :
Jean-Baptiste Greuze
(1725-1805)
Ma belle Magali, apprécie donc la chance
De vivre dans le Sud, d’habiter en Provence
Et d’y goûter ainsi trois cents jours de soleil
Qui piquètent de roux ton joli teint vermeil.
Trois cents jours de soleil tout au long de l’année,
Depuis ce jour de mai fleuri où tu es née
Dans un mas odorant qui sent bon la lavande,
Planté dans la garrigue au milieu de la lande !
Mais tu t’y sens trop loin des plaisirs de la ville.
Des larmes de dépit perlent de tes longs cils
Quand tu songes parfois que là-haut, à Paris,
Tu pourrais savourer une tout autre vie.
Jolie écervelée, tu n’es pas raisonnable !
Comment peut-on rêver d’un pays plus aimable
Que celui où tu vis ? Regarde autour de toi !
Et sais-tu qu’aujourd’hui dans le Nord il fait froid
Bien qu’on soit au printemps ? Tu y dépérirais
Comme une fleur des champs négligemment jetée
Sur le bitume gris. Reviens à la raison,
Magali du soleil, et reste à Cavaillon !
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Poème illustré par un tableau de :
Christian Bligny
www.christian-bligny.overblog.com
Tout était bien trop sec car il n’avait pas plu
Depuis des jours, des mois… Même pas un orage !
Puis le vent s’est levé. Ce n’était guère plus
Qu’un bon coup de mistral ! Mais le feu a fait rage…
Une odeur âcre et forte est toujours en suspens
Au-dessus de la mer. Un voile de fumée
Ternit le ciel trop bleu ; des rafales de vent
Secouent encor les pins aux formes torturées.
Pas bien loin la forêt morte n’est plus qu’espars :
Les ombres des géants dénudés par les flammes.
Le feu est passé vite en laissant les fûts noirs
Dressés et dépouillés, ravagés jusqu’à l’âme.
Le mistral meurtrier ondoie, et il enroule
Une brume puante autour des troncs noircis.
La forêt des Cabros n’est plus. Tout près la houle
Fait cascader la mer sur les grands rochers gris.
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Sonnet illustré par une aquarelle de :
Renata Layton
www.renata.bloog.pl
La Provence est éteinte et le soleil en berne.
Le Luberon voilé par un épais brouillard
A de mornes couleurs car l’horizon est terne
Et le soir sans éclat. Le jour s’est levé tard
Sur Lauris endormi aux teintes délavées.
Les jardins sont fanés ; les fleurs s’y effilochent
Et les dernières feuilles se sont envolées,
Dénudant les troncs noirs où la brume s’accroche…
Des chrysanthèmes ronds parent le cimetière
De leur crinière rousse et tout ébouriffée
Sur les tombes usées. C’est la seule lumière
Qui illumine encor un Midi désolé.
Il y a dans l’air gris comme un relent d’hiver
Et le ciel défraîchi est tout décoloré.
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Poème illustré par un tableau de :
Daniel Sannier
www.danielsannier.com
Hirsutes buissons gris, cailloutis et rocaille,
Chaos de galets blancs et rochers dénudés
Sous le grand soleil fou qui cure et qui fouaille
De ses rayons d’acier les plantes assoiffées :
C’est un monde très sec où la pierre étincelle,
Cinglé par le mistral, ravagé de lumière ;
Un monde à la beauté primitive et austère,
Engourdi sous la voûte marine du ciel.
Monde aride et brûlant mais jamais silencieux,
Car inlassablement les cigales y criquent.
Univers gris et blanc sous un ciel toujours bleu ;
Un monde sans douceur aux accents archaïques
Du tout-début des temps. Les fleurs y sentent bon,
Comme si leur parfum pouvait les protéger
Contre l’excès en tout. Et leur exhalaison
Flotte dans l’air limpide en effluves légers.
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Tout autour du grand pré où paissent les taureaux,
Les gardians se rassemblent dans le bouvao.
Ce sont huit cavaliers formant l’abrivado,
Un triangle vivant poussant les animaux
Vers l’arène, là-bas, par les rues du village…
De jeunes Camarguais jouent à les ralentir
Et à les effrayer : un jeu à leur image
Où tout est toléré. Véritable délire
Avec jets de pétards, de feu et de farine !
On sort de nulle part pour exciter les bêtes
Et si quelqu’un trébuch(e), les bêtes le piétinent.
Mais l’on s’en soucie peu car c’est là qu’est la fête.
L’abrivado résiste et tient bon malgré tout ;
Les chevaux sont costauds, les cavaliers agiles,
Et malgré les folies des jeunes casse-cous,
On mène le troupeau jusqu’au coeur de la ville.
*En Camargue, aux Saintes Maries de la Mer
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Mon Dieu ! Qu’il fait donc chaud ! Quand arriverons-nous ?
Pourquoi n’avons-nous pu démarrer de bonne heure,
Nous arracher du lit à l’aube dès six heures ?
Promesse non tenue tous les ans au mois d’août !
Capot presque collé au pot d’échappement
D’un tacot crachotant suivi depuis Paris,
Nous sommes abrutis par le chahut, le bruit
Que font derrière nous le chien et les enfants.
On ruisselle, on a soif, et la voiture avance
A quelques dix à l’heure. On n’en peut vraiment plus
De subir chaque année l’incroyable cohue
De ces foutus départs ! Pourquoi donc la Provence
N’est-elle pas plus près du reste de la France ?
Et pourquoi son soleil, son ciel bleu et sa mer
Sont-il aussi lointains ? Quel est donc ce mystère
Qui nous pousse à ainsi y passer nos vacances ?
Tous les ans c’est pareil : on n’y échappe pas !
Il y a un aimant qui là-bas nous attire.
Provence séductrice à l’éternel sourire,
Nous succombons toujours à tes maudits appas…
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Illustration du poème trouvée dans ;
www.garibondy.over-blog.com
Les « Jeannettes » étaient des filles du village
Qui allaient se louer le jour de la Saint-Jean :
Elles offraient leurs bras pour les travaux des champs
Tout au long de l’été. Et le premier usage
Des quelques sous gagnés était l’achat heureux
D’une jolie croix d’or, d’argent ou de vermeil
Qu’on appela… « jeannette » ! Une part de soleil
Dans leur petite vie rude sous leur ciel bleu.
Et puis plus luxueuse, avec quelques variantes,
La simplissime croix mais fort bien ouvragée
Envahit peu à peu la bonne société.
Mais la mode en mourut sous la vague hurlante
De la Révolution. Elle ressuscita
Pendant le Directoire : de nouveau le succès !
Elle était trop jolie pour être remisée
Parmi des vieilleries au triste anonymat !
Je t’offre celle-ci qui vient de ma grand’mère ;
Elle est aussi jolie que celles d’autrefois !
Son coeur est losangé et, regarde, on y voit
Un simple mot gravé ; on peut y lire « Hier »…
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Poème illustré par un tableau de :
Antoine Le Nain
(1588-1648)
En Provence autrefois l’on en semait partout,
Même au pied de la vigne. Ils se plaisaient surtout
Sur une terre aride : il était donc aisé
D’en trouver par chez nous ! Facile à cultiver,
Ce légume un peu moche – une bénédiction !
Se plantait comme un rien et poussait à foison
Dans la moindre rigole, un sillon asséché…
Deux trois grains dans un trou, peu d’eau et peu d’engrais,
Facile à conserver, vous aviez pour l’hiver
Un aliment costaud qui faisait bien l’affaire
Et vous tenait au corps lors de la malvenue
De la froide saison. Fabacée biscornue,
En salade, en purée avec un peu de viande,
Ce petit machin-là était bien la prébende
Des paysans fauchés du fin-fond du Midi :
A Nice la socca, panisse par ici…
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Poème illustré par un tableau de :
Lisa Corbière
www.open-art-galerie.com
Non loin de Forcalquier une route perdue
Bordée d’une garrigue maigre et desséchée ;
Un morne ruban gris d’asphalte délavée
Tournant dans la montagne aux formes biscornues.
Lieu triste à en pleurer, sombre lieu jalonné
Par une litanie d’accidents de voiture !
Ca se passe parfois quand la nuit est tombée
Sur la région noyée au fond du clair-obscur.
Les gens y vont trop vite ; et le vendredi soir
Ce sont surtout des jeunes rentrant d’une fête
Où ils ont bien trop bu… Il est tard, il fait noir :
La vitesse et un sort maudit les déchiquètent
Dans cet affreux tournant de sombre renommée.
On l’appelle « la Route des Quatre Destins ».
Un nom tragique et noir, du nombre des tués
Pour qui ne se leva plus jamais le matin.
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Poème illustré par un tableau de :
Dominique Garnier-Delaunay
www.artisho.com
L’aube est encor grisâtre, il est vraiment très tôt.
Châteaurenard s’éveille, il va faire très beau…
Les maraîchers du cru en sont plutôt heureux
Car mieux vaut travailler sous un ciel clair et bleu !
C’est un grand brouhaha de cris et de jurons ;
Un caravansérail de pick-up, de camions,
De tracteurs, de remorques… Légumes et fruits
Tout gonflés de lumière et les flancs rebondis
Rutilent au soleil. Atmosphère de fête !
Tomates et poivrons, aubergines, courgettes,
Pommes, mâche, radis… et que dirais-je encor ?
Emplissent des cageots ventrus jusqu’à ras bords.
Ils sont moult acheteurs derrière les barrières.
Marché de gré à gré imprégné de mystère,
Petits gestes précis, mimiques et regards
Scellent certains accords semblant un peu bizarres :
Contrats vite conclus sur parole donnée !
Et puis c’en est fini… Lors reprend le ballet
De tous les véhicule(s). Une énorme pagaille :
Comme on dit par ici, c’est vraiment un grand ouaille !
* MIN : Marché d’Intérêt National
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C’est Médor qui a déterré
Ce gros caillou tout bosselé
Dans la garrigue, sous un chêne.
Sa chair sombre striée de veines
Est un diamant noir parfumé.
C’est peut-être une mélano ?
Nous en serions tous enchantés
Mais ne soyons pas paranos…
Elle n’a pas bien fière allure,
Est toute tarabiscotée !
Mais cette odeur, cette texture…
On se met tous à saliver,
Aux anges de l’avoir trouvée…
Son parfum subtil, incopiable
Parfume le fond du panier !
Son prix n’étant pas très aimable,
On a en main un tel trésor
Qu’on se sent les maîtres du monde,
Les plus malins et les plus forts !
Pour une truffe à peine ronde…
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J’aime l’odeur fleurie des jardins encor verts
Qui commencent pourtant à se teinter de roux ;
Les caprices du temps passant du sage au fou
En moins d’une heure à peine, avec cette lumière
Un peu plus douce enfin ; ces heures, ces moments
Tièdes comme il le faut sans jamais trop d’outrance ;
J’aime les vignes bleues mais encor en dormance
Que de vieux vignerons guignent impatiemment ;
J’aime cette pluie drue, sa soudaine violence
Qui stoppe net un feu du côté de Brignoles,
Suivie d’un grand ciel bleu arrondi en coupole
Sur la garrigue sèche et jaune de Provence.
J’aime que le Midi retrouve un peu la paix,
Qu’un grand calme s’installe après tant de remous ;
J’aime les soirs dorés, écourtés, un peu mous
Sous les rayons couchants d’un soleil apaisé.
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Poème illustré par un tableau de :
Dominique Guilloineau
www.dominique-guilloineau.fr
Implacable et laiteux le soleil est penché
Au-dessus des marais accablés de chaleur.
Cet été est si chaud, son éclat si outré
Que tout semble endormi ! Une morne torpeur
Engloutit la région dans des flots de silence…
La Camargue suffoque, et l’astre triomphant
L’inonde de lumière. Le grand ciel est pesant,
Insupportable ici comme ailleurs en Provence,
Car cet été torride a pris dans ses filets
Tout le Sud épuisé par un feu harassant
Qui l’éreinte et le mine inexorablement.
La Camargue elle-même est muette et se tait.
Mais où sont ses oiseaux aux ailes colorées
De rose et d’orangé ? Et les grands taureaux noirs
Paissant les roseaux bleus dans la brise du soir ?
La Camargue a trop chaud et semble inhabitée.
Le mistral s’est éteint, soufflé par la tornade
De l’ouragan de feu d’un mois d’août démentiel.
En se vaporisant l’eau s’amalgame au ciel….
Vers Aimargues au lointain se traîne une manade.
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