Archives de catégorie : La Provence au coeur

Les filles de Marseille

A Marseille, au printemps, les filles sont jolies,
Qui vont le nez en l’air et tout en balançant
Leur ravissant derrière. Un soleil caressant
Profite tant et plus d’une heureuse embellie

Pour cuivrer leur teint mat de femmes du Midi
Et leur donner l’aplomb de qui se sent très belle.
Au printemps, elles vont, marchant en ribambelles
Dans les rues de la ville où le temps reverdit

Les murets tristounets et le dessous des pierres,
En en faisant jaillir les minuscules brins
D’une herbe fruste et drue, comme faite d’airain.
A Marseille, au printemps, l’incroyable lumière

Régénère la vie des plantes, des Humains ;
Et les filles qui vont en ondulant des hanches,
Parées pour le soleil comme pour un dimanche,
Ne veulent point savoir ce que sera demain.

Elle marchent, c’est tout ! Elles se sentent belles
Sous les rais d’un soleil enfin réanimé.
Avec souvent l’aplomb de qui se sait aimé,
Elles vont à grands pas ; leur petit air rebelle

Désempare pas mal les cacous désoeuvrés
Qui, le corps chaviré, les sifflent au passage…
Mais sans s’aventurer : ils sont devenus sages !
Ne point importuner, oh non ! juste admirer…

A Marseille, au printemps, elles vont triomphantes,
Connaissant leur pouvoir, sûres de leur beauté ;
Et ne supportant plus la moindre privauté,
Elles sont libérées, plus hardies, moins méfiantes

Envers ces malotrus qui, bouffis de désir,
Crachent leur frustration sous de gros mots obscènes.
Mais les filles qui rient n’éprouvent plus de gêne
Face à ces malappris, vaincus sans coup férir…

Elles vont par les rues, elles vont par la plage
Où le soleil ravi caresse doucement
De ses rayons ambrés leur corps encor tout blanc ;
S’en étant, sans scrupule, accordé l’apanage !

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Les tâches du Printemps

Poème illustré par un tableau de :
Franck Carron

De ses doigts le Printemps amignonne les fleurs
Pour qu’elles s’ouvrent mieux dans la lumière neuve ;
Puis il les colorie de la seule couleur
Qui sied à leur beauté, après la rude épreuve

De ce maudit Hiver qui les a épuisées.
Il a repeint le ciel à grands coups de pinceau
Dégoulinant de bleu. La campagne grisée
Se laisse caresser par ses tendres assauts,

Buvant avidement les rayons du soleil
Qui chauffe le sol noir de ses flammes fourchues.
L’eau du puits étincelle, et un halo vermeil
Couronne l’olivier aux ramures crochues.

Le chat dort sur le dos. Il n’a même pas vu
Le tout petit oiseau ramassant des brindilles
Pour son nid frais bâti, qui doit être pourvu
De mousse bien douillette et de fraîches ramilles !

Le Printemps affairé qui voudrait bien l’aider
N’en a pas trop le temps : il a bien trop à faire :
Décourager le vent qui s’est mis à rôder
Et dont le souffle froid peut refroidir la terre ;

Faire monter la sève au coeur des arbres nus,
Effleurer les bourgeons pour qu’ils s’ouvrent plus vite,
Installer pour longtemps le beau temps revenu,
Ne surtout point bâcler sa tâche à la va-vite…

C’est pas mal de boulot, mais ensuite il aura
Neuf longs mois délicieux pour vivre sa paresse.
Tout doit donc être au point. Il sait qu’il ne peut pas
Commettre comme un sot la moindre maladresse…

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Une pluie de printemps

Poème illustré par un tableau de :
Germaine Zurdo

La pluie tombe bien droit, et zinzinule comme
Un oiseau au printemps. Et d’ailleurs nous y sommes :
Le mois de mars est là, qui apporte avec lui
Une brise légère et cette aimable pluie

Dont avait tant besoin le sol tout asséché
Par un hiver glacial. Ses petits doigts tapotent
Les vitres balafrées, et des flaques clapotent
Au jardin, dans l’allée. Le soleil ébréché

Par un nuage noir cherche à réapparaître,
Bien qu’il soit affaibli par le dernier grand froid.
Il se sent bien plus fort, et sa lumière croît
Chaque jour un peu plus. Impression de mieux être,

Lente résurrection que féconde cette eau
Tombant en cliquetant sur les toits du village !
Des gouttes de cristal, une averse bien sage
Noyant l’horizon bleu d’un harmonieux rideau…

La pluie tombe tout droit et elle dégouline
Dans le cou du Printemps qui s’éveille impatient
De faire son boulot. Et c’est tout-chaud bouillant
De s’y mettre au plus tôt qu’il fustige et câline

Les graines et la sève enfouies sous la terre.
L’averse est bien jolie avec ces fils en verre
Qui strient le ciel gris d’un filet transparent !
Tout brille sous la pluie, et tout est différent…

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Le doux pays

Poème illustré par un tableau de :
Pierre Carron

Il est un doux pays que je ne quitterai
Jamais, au grand jamais. Pays qui m’accueillit
Quand j’en avais besoin ; qui tout doux adoucit
Un énorme chagrin… Pays où j’aimerais

Fermer un jour les yeux, d’où je ne peux partir :
Son âme était sans doute implantée dans mes gènes,
Essentielle à mon corps tout comme l’oxygène
L’est pour tout ce qui vit ! Et j’y voudrais mourir

Comme j’y ai vécu, car c’est vraiment ma terre,
Arpentée avec joie chaque jour que Dieu fait,
Même si je sais bien que je n’y suis point née.
Mais cet attachement est-il un grand mystère

Pour ceux qui ont vécu un jour dans ce Midi
Où le soleil est roi, où la lumière est reine ?
Il en faudrait beaucoup pour que je désapprenne
A quel point mon passé m’a attachée ici !

Le temps y est si bleu, la mer tellement proche
Avec ces flots dansants quasi civilisés !
Et ce soleil constant aux rayons aiguisés
Presque toute l’année ! Ce ciel pur qui s’accroche

Quatre cent jours par an aux toits roux des maisons…
Et puis les gens, surtout, et leur accent qui chante,
Et leur accueil plaisant dont la chaleur enchante
Ces estrangers gênants à en perdre raison.

Ce pays remarquable où chacun peut par chance
Vivre des jours heureux ? Ma si chère Provence…

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Le jardin de Caline

Le jardin de Caline est un vrai paradis
Où pousse à profusion tout ce que le Midi
Laisse germer et croître à force de lumière !
Où même une orchidée pousserait sur les pierres

A condition qu’elle ait tous les soirs un peu d’eau !
Le jardin de Caline ? Un merveilleux cadeau
Pour qui aime les fleurs en fouillis, la verdure…
Il souffre rarement de l’extrême froidure

Qui peut mordre le Sud juste avant le printemps,
Car une fée y vit depuis très très longtemps
Comme en un nirvana au cœur de la Provence ;
Et pour lui ce choix fut une incroyable chance

Puisqu’elle le soustrait aux caprices du temps…
Comme ces vieux jardins que les curés d’antan
Cultivaient patiemment près de leur presbytère,
Le jardin de Caline est comme un éventaire

De légumes, de fruits de toutes les couleurs,
Tout aussi parfumés que les milliers de fleurs
Y poussant à foison. Caline a la main verte
Tout comme son mari ; et toute découverte

D’un nouveau spécimen méritant d’être aimé
Les rend vraiment heureux. Pour le jardin charmé,
Ce petit plant tout neuf est comme une aventure,
Qu’il devra protéger sous ses vertes ramures

En l’ombrant sans excès. Ensuite le Destin
Prendra sa vie en main dans le petit matin
Que le ciel indigo à l’envi ensoleille.
Le jardin de Caline est une vraie merveille…

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La Fête

Il faudrait qu’un beau jour, à l’orée du printemps,
L’on fasse la fiesta pour oublier le temps
Du ciel bas sur la mer tristement cotonneuse.
Effacer tout souci de l’âme cafardeuse

Que nous donnent le froid et le gris de l’hiver !
L’on devrait tous s’unir pour repeindre la ville
De toutes les couleurs. Même les bidonvilles !
Nous masquerions leurs plaies en forçant sur le vert ;

Du jaune et puis du bleu sur les quartiers lépreux,
Et de l’or en pagaille au fond de tous les yeux.
Nous mettrions au ciel quelques nuages roses
Pour faire plus joli ; ferions pousser des roses

Et des milliers de fleurs dans le moindre recoin.
Plus chouette qu’à Rio, bien plus beau qu’à Venise !
Non, pas un Carnaval : une fête qui grise
Tous les gens de Marseille. Et qu’à brûle-pourpoint

Chacun cherche chez lui de quoi se déguiser
En grand n’importe quoi. Et qu’on danse, et qu’on chante ;
Qu’on soit surtout heureux, tous les sens aiguisés
Par le bonheur de vivre. Et que tous on s’enchante

De ce nouveau printemps s’ouvrant sur tant d’espoir.
Nous irions nous baigner. La Méditerranée
Se ferait toute douce ; et comme chaque année
Au mitan de l’été, du matin jusqu’au soir,

Nous en savourerions l’agréable tiédeur
Bien qu’on ne soit qu’en mars. Gigantesque trempette
De tous les Marseillais chantant avec ardeur
Sous le soleil ravi de se joindre à tue-tête

A l’énorme, homérique et incroyable fête !

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Sur le grand plateau roux…

Sur le grand plateau roux autour de Valensole
Le vent fait onduler les blés comme un dément.
Le soleil qui tournoie scintille éperdument
Sur le plumage noir des corbeaux qui s’envolent

Alors que gronde au loin la rumeur d’un orage.
Le ciel est étouffant, les nues sont indigo,
Se délestant parfois de rares gouttes d’eau.
Il y a vers Gréoux un monceau de nuages

Zébrés de temps en temps par des serpentins jaunes.
Sur le village gris, tout près, tinte le glas :
Un villageois est mort, une âme qui s’en va
Faire un dernier voyage ; et la cloche qui sonne

Sanglote en même temps que les nuages crèvent.
L’homme était peu aimé. Et pour l’accompagner
Des gens bien peu nombreux, tous en train de grogner
Contre l’agitation de l’été qui s’achève.

L’orage a éclaté ; dans le vieux cimetière
Où l’eau s’est abattue tout le monde s’enfuit.
Les oiseaux se sont tus. Tout à coup c’est la nuit
En plein après-midi. Un zeste de lumière

S’accroche encor un peu à la nouvelle tombe
Boueuse et délaissée dans l’énorme fracas
Des éclairs aveuglants. Puis il marque le pas…
Sur le trou mal comblé, lentement, la pluie tombe.

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