Archives pour la catégorie “La Provence au coeur”

Philippe Calabro
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Son grand mas est perché en haut d’une colline
Au coeur de la garrigue où seuls quelques moutons
Donnent signe de vie. Et peu de gens devinent
Qu’il y a un Humain dans la vieille maison.
Il aurait bien aimé trouver une compagne :
Le sort n’a pas voulu, il est vraiment très seul
Dans sa ferme perdue au fond de la campagne.
La vie est rude ici. Il n’a pas une gueule
D’Adonis ni de star : il est même assez laid
Ou tout au moins quelconque, et vit petitement
Avec très peu d’argent. Il n’aime pas parler…
Quelle fille assez folle en ferait son amant ?
Le silence est pesant, surtout pendant l’hiver
Quand même le mistral s’est enfui pour ailleurs.
Il va mourir tout seul, seul comme un pauvre hère,
Quand seront dévidés ses mois, ses jours, ses heures…
Mais il poursuit sa tâche et sans répit travaille,
Sans savoir dans quel but, ni pour quoi, ni pour qui.
Il doit se lever tôt : c’est le temps des semailles !
Travailler dans les champs, ce n’est jamais fini…
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Rodrigue Daigle
www.rodriguedaigle.com
Ils sont arrivés tout fourbus
Après dix heures de voiture !
Tout contents d’avoir retenu
Une chambre au gîte Lémure
A Ventabren, sans rien connaître
Du patelin. Au pifomètre !
Et ils sont restés subjugués
Par le charme du vieux mazet :
Des pierres rousses et chenues,
Un grand escalier tout tordu
Qui semblait monter vers le ciel,
Des fleurs partout, flot torrentiel
De couleurs ruisselant des jarres.
Il faisait frais, il était tard…
Ils étaient heureux d’être là,
Plus de route ni de tracas,
Enfin le but ! Ils ont sonné :
Sourire tendre et édenté,
Une vieille femme a paru,
Qui marchait tout trotte-menu.
Mais la dame était une fée
Ensorcelant les inconnus.
Elle les a laissés entrer :
On ne les a plus jamais vus…
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Jack Fournier
http://www.encadreurdart.com
Provence rude et blanche à la lumière immense,
Tu fais ciller les yeux à force de clarté !
Ton ciel est ciselé par un bleu si intense
Qu’il ne peut être ailleurs aussi démesuré.
Dès qu’un voile léger le trouble quelque peu,
Le mistral accouru souffle pour le chasser
Loin de ton horizon vers des confins brumeux.
Un mistral en furie, sec et immodéré !
Le soleil qui dévore ta terre assoiffée
Abrutit de lumière ta garrigue ambrée.
Ta lumière est si drue que le jour est pesant
Tant son omniprésence est parfois sulfureuse ;
Elle fait du Midi un univers violent
Où même l’ombre bleue peut être lumineuse.
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Daniel Sannier
www.danielsannier.com
Quand ailleurs il fait froid, quand notre ciel est bleu,
Seule tache d’azur sur la carte de France ;
Quand là-haut il fait sombre et que partout il pleut,
Nous sommes bien contents d’habiter en Provence !
Quand on apprend qu’ailleurs il y a du brouillard
Moletonnant les toits ; quand on nous dit l’outrance
De ces autres climats : la pluie, le gel, le froid,
Nous sommes bien contents d’habiter en Provence !
Et quand parfois il pleut, ce n’est pas un souci
Puisque nous savons bien que nous aurons la chance
De revoir le soleil dans quelque temps d’ici :
Nous sommes bien contents d’habiter en Provence !
Mais quand le temps est gris, nous ne le disons pas
Car comment avouer une telle impuissance ?
Le soleil n’est pas là ? On va le mettre au pas :
Il ne peut qu’être heureux d’habiter en Provence !
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Rodrigue Daigle
www.rodriguedaigle.com
En son centre un torrent assagi sous son pont
Aux arcades ocrées qui date des Romains ;
Des venelles usées et d’antiques maisons
Sentant bon l’encaustique aux effluves de pin ;
Des fleurs dégoulinant de jarres rebondies
Et le linge-étendard à jamais suspendu ;
Le lourd silence épais pesant l’après-midi
Comme une chape bleue au plus profond des rues ;
Des fenêtres fermées au grand soleil d’ici ;
Des volets entr’ouverts badigeonnés de bleu
Pour mieux en éloigner les insectes honnis ,
Les mouches vrombissant qui infestent les lieux ;
Des calades tordues pavées de pierres rousses
Dévalant la colline à marches que veux-tu ;
Les ruines d’un château tout mangé par la mousse
D’où le regard se perd jusqu’à perte de vue :
Voyez comme je vois ma cité provençale,
A peine enjolivée et presque réaliste
Dont certains me diront qu’elle est trop idéale.
Mais c’est ainsi qu’elle est au coeur de maints artistes.
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Il était vraiment très très tôt.
Nous sommes partis sac au dos
Pour baguenauder nez au vent
Sur les versants du Garlaban.
Le temps était bénin et doux :
Pas la furie du grand mois d’août
Qui vous dévore en quelques heures,
Mais la joliesse et la douceur
D’un encor printemps presqu’été.
Ca sentait bon, on avançait
En faisant craquer sur la pente
Des plantes sèches odorantes.
Ca montait et ça descendait,
L’on se sentait dans les mollets
Une bienheureuse fatigue.
Parfois l’on mangeait quelques figues
Ou une poignée de pruneaux.
On était bien, il faisait beau …
A midi l’on s’est arrêté
Sous un grand pin empanaché
D’ombre et d’épines déjà sèches.
Quelques bouchées de tomme fraîche,
Sur du pain encor tendre et frais
Et quelques fruits couleur d’été,
Puis la sieste au creux d’un sillon.
On était bien, il faisait bon …
Et c’est alors, grande merveille !
Qu’émoustillée par le soleil
Une cigale a entonné
Son tout premier chant de l’été.
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Un beau jour un Aixois croise une Toulonnaise :
Le mistral impérieux et la brise de mer,
L’ondoiement de l’eau bleue, la vigueur de la terre,
L’arbre prêt à brûler qui rencontre la braise ;
La cité des notables et celle des corsaires
Qui s’imbriquent soudain ; le charme de l’amour
Qui va vite rimer avec le mot « toujours » !
Le doux roulis de l’eau, la rudesse des pierres
De la Sainte-Victoire sur la lande brûlée
Irrésistiblement se sentent captivés,
Comme attirés soudain par un étrange aimant.
Pour une fois enfin ce sera la fusion
Entre la terre et l’eau. Et pour les deux amants
Peut-être le début d’une infinie passion.
Pour Ludovic et Vanessa
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En haut de la colline on peut voir un village
Tout démantibulé et que le fil des âges
Délite chaque jour un peu plus. Et le temps
Pour l’user plus encor s’est associé au vent.
Car il n’en reste plus que quelques pans de murs
Déchirés et béants : les dépouilles obscures
D’une église écroulée, les ruines d’un hameau,
Les douves asséchées d’un antique château.
Tout fut abandonné il y a bien cent ans
Quand un séisme fou chassa les habitants
Plus bas dans la vallée. Et depuis n’y subsistent
Que des ruines rongées envahies par les cistes.
Le tremblement de terre a tout anéanti.
Plus un souffle vivant, plus une seule vie
Si ce n’est le mistral qui fait vibrer parfois
Une pierre ébranlée et toute de guingois.
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Jean-Paul Courchia
http://courchia.com
Au centre du village elle bat comme un coeur,
Mais pas en ce moment ; ce n’est pas encor l’heure :
Il est un peu trop tôt ou bien un peu trop tard.
Il n’y a qu’un client qui lit devant le Bar
Son journal quotidien. Perclus de cent années,
Un énorme platane à la peau bigarrée
L’ombrage en clair-obscur. Il est un peu malade,
Mais on veut l’ignorer : il est indispensable !
La place est vide encor. On n’est qu’au mois de mai,
Les touristes sont loin ; tout est calme et bien quiet
Et l’on se sent ici très loin du vaste monde !
Est-on vraiment bien sûr que notre Terre est ronde,
Qu’un ailleurs y existe ? Sur la petite place,
On l’oublie volontiers et l’on ne trouve trace
Nulle part d’un quidam qu’on appelle « estranger » !
On est encor en paix et bien loin de l’été …
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Ce matin le ciel clair ressemble à une étole,
Une étole striée de hachures pastel
Bien disposées en raies à peu près parallèles.
Le ciel a paré Aix d’un joli cache-col :
Sur la campagne au loin des rayures rosées,
D’autres tachées de gris, certaines plus marine ;
Là, un mauve frangé d’un peu de mandarine,
Du violet piqué d’or, un miel bien plus foncé …
Et pour mieux sublimer cette infinie beauté
Qui ne peut que laver toutes vos idées noires,
La silhouette bleue de la Sainte Victoire
Sur l’étole est cousue telle un wigwam brodé.
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Lionel Spani
www.lionel-spani.com
Il est midi passé, les rues sont déjà vides,
Mais quelques étrangers qui flânent en traînant
Déambulent encor dans la chaleur torride,
Cherchant, qui un coin d’ombre et qui un restaurant.
Ils semblent ignorer qu’au coeur du plein été
L’heure du déjeuner est sacrée en Provence !
On ne s’agite plus, et c’est une évidence
Qu’il y fait bien trop chaud pour pouvoir se bouger.
Puis après le repas la sieste indispensable
Vous interdit encor de divaguer dehors.
Il faut se requinquer. Le villageois à table
Va bientôt se muer en villageois qui dort !
C’est étrange un village endormi au soleil,
Avec ces rues vidées où l’ombre et la lumière
Se disputent les lieux comme deux adversaires.
Mais il est presqu’une heure et seuls quelques chats veillent.
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Ne vous figurez pas que dans notre Midi
Le temps est sans accrocs, comme on le croit souvent
Au delà du Lyonnais ! Car quelquefois ici
Le ciel placide et clair peut gonfler sur le champ
Et accoucher alors d’un prodige effrayant.
Un mistral déchaîné, des murailles de pluie !
Notre Provence est douce, son climat avenant,
Mais il faut se méfier : il est comme la vie
Le plus souvent paisible et dénuée d’à-coups !
Le temps méridional est si bénin et doux
Qu’habituellement l’on n’est pas suspicieux :
Il peut faire un peu gris et parfois même il pleut !
Puis soudain sans prélude et sans aucun présage,
Tout est anéanti par un énorme orage.
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Philippe Flohic
www.philippe.flohic.free.fr
Au royaume des belles âmes
Point de messieurs et peu de dames,
Mais seulement des tout-petits
Frais éclos au creux de ce nid
Comme de frêles oisillons.
Petites fleurs en la maison (1)
Qui palpite de vies nouvelles,
Ils sont toute une ribambelle
A naître ainsi à Puyricard.
Bébés jolis, jolis moutards,
Soixante mille tout-petits
A avoir vu le jour ici
Au royaume des belles âmes !
Des souffles de bébés, des flammes
Venant juste de s’allumer
Au paradis des nouveaux-nés.
1- La Maternité « l’Etoile » près d’Aix
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Nous sommes réunis dans le fond du jardin
Pour enfin profiter du printemps revenu
Avec Avril si doux, délicat et serein.
Nous avons ressorti de légères tenues
Et goûtant au soleil presque ressuscité,
Nous nous en délectons ! Des nuages laiteux
Ponctuent le ciel azur de taches pommelées,
La brise est aérienne et nous sommes heureux.
Il pleut partout ailleurs, mais ici en Provence
Comme presque toujours le beau temps nous sourit.
Pour nous l’hiver est mort ; mais tout, partout en France,
Est nappé d’un brouillard aux lourds serpentins gris.
Les enfants jouent et rient et des fleurs sont écloses ;
L’herbe est vert émeraude ainsi qu’un beau tapis.
L’air fleure déjà bon.Voici même une rose :
Sûrement la première en notre beau Midi.
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Henri Guey
www.henri.guey.free.fr
Chez nous le ciel d’été est si violemment bleu
Que souvent il agresse en écorchant les yeux.
Ne croyez surtout pas ce pays caressant,
Il est parfois violent sous son aspect riant.
Il y pleut rarement, mais la pluie y bat fort :
Mur d’eau exaspéré qui lapide et qui mord
La garrigue trop sèche où le feu est tapi.
Orages insensés où le jour devient nuit,
Puis le soleil trop grand va dévorer en maître
Les plantes assoiffées qui essaient au moins d’être.
Mais en hiver aussi le temps est sans nuances
Quand soudain le mistral déferle comme en transe,
Se roulant en hurlant sur les flots déchaînés.
La Provence est violente et serait bien benêt
Celui qui la croit douce. Et parfois elle est triste,
Une réalité qu’ignorent les touristes.
Aujourd’hui il fait froid et le gel a tracé
Sur les vitres bleuies des fleurs entrelacées.
Il va neiger peut-être, et serait ébahi
Celui voulant goûter au beau temps du Midi !
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