Archives de catégorie : La Provence au coeur

Le nuage aventurier

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Posé sur le Cimet, il était un nuage
Friselé et crépu comme un bon gros mouton,
Aussi léger et blanc que duvet de coton…
Laissé sur le sommet par le dernier orage,

Il paissait le ciel bleu, accroché à la pente,
Quand il sentit en lui sourdre un très grand désir :
Celui de vivre enfin, de descendre et de fuir
Ce piton trop tranquille à l’inertie crispante.

Lors, tout gonflé d’audace, il se mit à descendre
Vers la vallée plus bas et son monde inconnu,
Délaissant la montagne et ses espaces nus
Pour la douce verdeur d’un monde bien plus tendre.

Sous le passage bleu de sa fraîcheur mousseuse,
Tout à coup rénovée, l’herbe se redressait
En petits traits bien drus, fermes et hérissés
Par l’étreinte mouillée de l’onde nuageuse.

Lorsqu’elle fut en bas, l’audacieuse nuée,
Un peu trop excitée par l’odeur du printemps
Se résolut à prendre encor plus de bon temps.
Mais se sentant quand même un peu diminuée,

Il lui vint tout à coup l’idée d’une baignade
Pour se régénérer, regonfler sa vapeur.
Le propre d’un nuage est qu’il n’a jamais peur,
Que pour lui se baigner n’est qu’une guignolade !

L’Ubaye roulait par là. Aussitôt attiré,
Le nuage imprudent s’approcha de la rive,
Ignorant le tonus printanier de l’eau vive
Qui sans nulle pitié pouvait le digérer…

Mais il s’en fichait bien ! Il fut happé par l’eau
Et changé sur le champ en blanches vaguelettes ;
Puis sous l’aspect sympa de mille gouttelettes,
Entraîné vers la mer pour rejoindre les flots…

Bercé et cahoté, il devint une vague
Chauffée par le soleil qui le but peu à peu
Pour le ré-expédier vers l’immense ciel bleu
Où tout revigoré par l’air pur il divague.

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Les deux vieux

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Poème illustré par :

Daniel Sannier
http://www.danielsannier.com/

Il était une fois, planté dans la garrigue,
Un mas tout de guingois sous les assauts du vent.
Un vieux mas si chenu, là depuis si longtemps,
Que ses murs, tels des gens courbés par la fatigue,

S’étaient pas mal voûtés, semblant pleurer misère.
Y vivaient deux bons vieux, deux bonnes vieilles gens
Qui semblaient oubliés par la fuite du Temps
Et qui devaient tous deux être au moins centenaires.

Deux vieux aussi ténus qu’une fine dentelle,
Usés par les années, petits êtres menus
Qui ne pesaient plus rien et qu’on ne voyait plus…
Etaient-ils détenteurs d’une vie immortelle ?

Tout le monde y croyait. Mais un beau jour d’automne,
Le vent passant par là les vit dans le jardin,
Frêles et délicats! Comme il était taquin,
Il les fit s’envoler d’une aile polissonne

Pour leur fair(e) faire un tour au-dessus de la Terre !
Mais tout à l’opposé de ce qu’il aurait cru,
Ils en furent ravis, et ne voulurent plus
S’en retourner chez eux. Au fond fort débonnaire,

Le vent les porta donc au Royaume céleste.
Le vieux mas resta seul. Peu à peu le maquis
Envahit plus encor ses vieux murs décatis ;
Et longtemps à Alleins l’on se conta la geste

Des deux vieux arrachés à leur vie amoindrie.
Le vieux mas disparut sous la végétation
Jusqu’à ce que se pose une étrange question :
Pourquoi la lande ici était-elle fleurie ?

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L’artiste

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Un vent venu du Sud malmène les nuages,
Les chassant devant lui à grands coups de fouet ;
Et le ciel bleu foncé, secoué, bafoué,
Se pare peu à peu d’incroyables mirages.

Le vent s’est fait sculpteur et modèle les formes
Des nuées bousculées de son souffle effilé.
Il dépose à longs traits des filaments de lait
Sur le ciel indigo si souvent uniforme

Chez nous dans le Midi. Très vite il y dessine
Des plantes inconnues, des oiseaux et des fleurs
Se dissipant sitôt en longs traits de vapeur
Pour renaître plus loin sur la ligne argentine

De l’horizon marin.Le vent est un artiste ;
La mer sous son pinceau se farde de couleurs,
Comme le ciel là-haut, sous ses doigts cajoleurs
De peintre halluciné et de fin coloriste.

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Des larmes de cristal

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Des larmes de cristal, tels des sanglots de glace,
Ont coulé cette nuit sur le vieil olivier
Dont le feuillage gris s’est recroquevillé
Sous l’outrage du gel. Cet hiver outrepasse

Son droit d’être chez nous en ce mois de décembre !
On n’a pas l’habitude, il fait vraiment trop froid,
Et l’on redoute tous, avec pas mal d’effroi,
Que ces grands coups de gel ne tuent ou ne démembrent

Le vieil arbre si vieux sous sa vieille ramure.
Il fait vraiment très froid, et un voile de gel
Nimbe tout le jardin d’un halo irréel
Cristallin et bleuté. L’incroyable froidure

A sculpté sur l’étang des fleurs couleur de neige
Ciselées cette nuit par les crocs bleus du vent.
L’olivier a craqué ; son branchage bravant
L’air glacial a frémi. Oh, Dieu, que le protège

L’Esprit emprisonné dans sa sève immobile !
Et puisse le dégel desserrer cet étau
Qui l’étouffe et le tue ! Que renaisse bientôt
Le soleil pour baigner cet enclos si tranquille

Et l’olivier chenu, têtu, qui se bagarre,
Tentant de résister aux assauts de l’hiver.
Il reste ici et là quelques bribes de vert,
Mais l’arbre est affaibli par les charges barbares

Du grand rush hivernal. Le gel est bien trop vif
Pour qu’il tienne longtemps ! Pourvu que le soleil
S’en vienne à sa rescousse en sortant du sommeil !
Lui seul pourrait contrer ce froid si agressif…

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De partout, à Marseille…

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Poème illustré par un tableau de :
Liisa Corbière

www.carredartistes.com/

De partout, à Marseille, on voit la Bonne mère ;
Et de la basilique on aperçoit la mer
Multiforme, irisée, toujours recommencée.
La statue immuable et l’onde ressassée

Sont là, où qu’on se tourne. Et l’immense ciel bleu
Surplombant la cité les tient bien dans le creux
De son éther léger. D’où qu’on soit à Marseille,
On voit la Bonne Mère et la mer qu’ensoleille

Le grand ciel invariable où dansent des mouettes !
Parfois du gris d’ailleurs vient comme un trouble-fête
Embarbouiller le bleu intense de l’azur,
Et un brouillard épais se dresse comme un mur

Entre la terre et l’eau. Mais ce n’est pas souvent
Qu’on a du mauvais temps, et un souffle de vent
S’en vient vite chasser toute idée de nuages,
Qui ne sont par ici que rêves et mirages….

Bien sûr, me direz-vous, je suis bien peu critique !
Mais laissons, voulez-vous, toute autre polémique
Et venez avec moi, suivez-moi tout là-haut,
Là-haut sur la colline entre le ciel et l’eau…

Juste au-dessus de nous, il y a Notre Dame
Et l’enfant dans ses bras, auréolé des flammes
Du soleil en exergue. Et là-bas, sur la mer,
Le soleil s’enfonçant dans les flots outremer…

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Il y a bien longtemps…

46 - La Bastide

Il y a bien longtemps, je résidais ailleurs.
J’étais alors très jeune, et pour moi la Provence
Etait une région faite pour les vacances,
Peinte d’azur et d’or et de moultes couleurs.

Je ne me doutais pas que je vivrais ici
Les trois-quarts de ma vie. Que la belle province
Deviendrait mon pays, et qu’un Destin bon prince
M’ancrerait à jamais à ce havre béni.

Car j’aime ce pays, au point de renier
Sans aucun repentir ce qui fut mon enfance !
Y aurait-il en moi un gêne de Provence
Y activant ce feu que je ne peux nier ?

Ce qui est inouï, c’est surtout la lumière
Baignant a giorno un rude paysage,
Car ces délicieux mots que sont «tranquille » et sage »
Ne s’accordent point trop à cette rude terre

Dont j’aime l’âpreté, tout comme le mistral
Quand il s’en vient fraîchir une journée brûlante ;
Et puis, aux mois d’hiver, ces journées insolentes
Qui osent pétiller malgré le temps glacial !

Il peut y faire froid sous un grand ciel tout bleu,
Y faire bien trop chaud, y venter à outrance…
Oui, j’aime la Provence, et j’ai l’outrecuidance
De me dire d’ici… en galégeant si peu !

C’est pourquoi je voudrais l’encenser tous les jours,
Tout comme un troubadour qui louange sa belle ;
Lui laisser à jamais toute une ribambelle
De poèmes fervents incandescents d’amour.

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Les Baux en hiver

Michel Bec

Poème illustré par un tableau de :

Michel Bec

L’automne a passé le flambeau
A l’hiver. Un poisseux ciel gris
Que déjà la nuit assombrit
Pèse lourdement sur les Baux.

Le village est vide, et le vent
Y mène sa danse infernale :
Assourdissante bacchanale
Du mistral qui court droit devant

Comme un centaure sans raison
Tonitruant dans les venelles.
La débandade habituelle
D’une morne et triste saison !

Te rappelles-tu l’an dernier
Quand l’on y fit une balade,
Poussés dans notre promenade
Par ce vent fou qui ricanait ?

Il y faisait si froid alors
Que ton doux visage était pâle,
Pâle comme l’anneau d’opale
Auréolant le croissant d’or

De la lune accrochée au ciel.
Les vieilles maisons du village,
Bastides grises d’un autre âge,
Etaient éclaboussées du miel

De la ténébreuse lueur.
Le vent tordait ta chevelure
Qui dansait comme une voilure
Autour de ton visage en cœur…

Les Baux sont tristes en hiver.
Tu n’es plus là, tu t’es perdue
Dans une existence éperdue…
Dis, n’ai-je point assez souffert ?

Peut-être un jour reviendras-tu ?
Je t’attends rue de la Calade
Où l’infernale cavalcade
Du vent dévale à qui veux-tu….

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J’étais si bien là-haut…

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J’étais si bien là-haut, mais il me faut partir,
Accepter de quitter cette Haute-Provence
Où flotteront toujours des vestiges d’enfance
Et les ombres dorées de lointains souvenirs.

Il y faisait si bon quand en triomphateur
Le soleil déchaînait sa folie sur la plaine !
Nous nous en fichions tous, appréciant notre veine
De pouvoir nous soustraire à l’intense chaleur

Qui régnait tout en bas. L’on y était au frais,
A flâner lentement sur les bords de l’Ubaye
Ou à pique-niquer alors que les sonnailles
Des vaches qui broutaient tintinnaient dans le pré.

Et puis ces randonnées sous les mélèzes bleus,
Ces hivers cotonneux molletonnés de neige ?
Ces automnes si doux sur la montagne beige
Tavelée de couleurs par les arbres en feu ?

Et la piste tout près, à trois longueurs de ski,
La descente facile appelée Savonnette
Par tous les faux sportifs ? Et puis Barcelonnette,
Ses chalets « mexicains »* et leur style inouï !

Je n’irai plus là-haut qu’en simple visiteur,
Foulant en pérégrin notre belle montagne
Zigzaguant sur le ciel ; et la sinistre aragne
D’un regret lancinant me pincera le cœur…

* Voir l’histoire des « barcelonnettes » émigrés au Mexique

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Comme un coeur en octobre…

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Parfois mon coeur est triste : on dirait que l’automne
Y grave obstinément l’empreinte monotone
D’un sinistre refrain, tout aussi cafardeux
Que ce lourd ciel d’octobre épais et orageux

Pesamment affalé sur toute la Provence.
Il murmure tout doux sa plaintive romance
Toute en mélancolie. Sans trop savoir pourquoi,
Il craint de s’exposer à un je-ne-sais-quoi

Qui pourrait l’émouvoir, et la morne saison
L’émeut obscurément sans aucune raison.
Pourquoi ce désarroi, cette impression morbide
Qu’il faudrait quelquefois être un peu plus lucide ?

Ma vie est pourtant douce et je me sens aimée ;
Mais mon âme insatiable est parfois affamée,
Comme folle au logis, de trop grandes passions,
De folie et d’écarts, d’un désir d’évasion…

Cette triste chanson ressemble à un fado,
Lugubre mélopée pesant telle un fardeau
Sur celui qui vieillit et qui porte sa vie
Comme un faix bien trop lourd et sans plus trop d’envies.

C’est la triste chanson des étés qui se meurent.
Oh, je sais que le Temps bien après nous demeure,
Que nous ne sommes rien au long fil des saisons,
Que mon esprit parfois frôle la déraison

S’il pense voir un jour renaître sa jouvence.
Il pleut à petits flocs sur toute la Provence…

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Résistance

Petit matin glacé Eric

L’hiver doit s’en aller mais il résiste encore
Comme ces vieux pendards ne voulant pas mourir,
Cherchant votre pitié avec force soupirs
Et ne comprenant point combien on les abhorre.

Et pourtant tout le pousse à nous abandonner:
Le sol gris qui verdit, les bourgeons sur les branches,
Le soleil qui grossit au coeur des nuées blanches
Scintillant au matin de rayons irisés,

Ce petit quelque chose au coeur de l’atmosphère
Qui vous tourne la tête et vous pousse à aimer…
Mais il ne comprend pas, et cherche à nous charmer
Avec des souvenirs de fêtes somptuaires,

De week-ends enneigés, d’odeurs de feux de bois…
Matin après matin, il est toujours en place,
Mistral autour du cou, stalactites de glace
Et pans de brume bleue pendouillant à ses doigts.

Mais quand va-t-il enfin quitter notre Provence ?
Le saligaud résiste, il rigole, il fait front,
Et nous, nous ruminons tout en tournant en rond !
Aurions-nous donc perdu la proverbiale chance

Dont on parle partout, et qui a fait de nous
Les habitants heureux d’un petit paradis ?
L’Hiver se serait-il entiché du Midi ?
A cette horrible idée j’ai le cœur qui se noue…

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Abandon

Maison

La maison se sent vaine, elle a perdu son âme :
Les gens qui l’habitaient sont partis vivre au loin,
Des gens qu’elle aimait bien. Des gens sans grand tintouin,
Mais un chouïa cinglés. Des gens tout feu-tout flamme

Et qui déambulaient de la cave au grenier
A longueur de journée… Bruyantes cavalcades
Dévalant l’escalier ; fous-rires en cascades,
Pleurs enfantins, grands cris… Des toiles d’araignées

Pendouillaient sur ses murs ? C’était sans importance,
Et si son carrelage était un peu douteux,
La maison s’en fichait, comme des trucs boiteux
Servant de mobilier ! Mauvais goût et outrance

De la décoration qui ferait frissonner
Le moindre designer ? Elle n’en avait cure,
Préférant au bon goût cette joie que procure
L’insouciance de gens si peu disciplinés

Qu’ils laissaient leurs enfants, leurs chiens, leurs chats, leurs bêtes
Piétiner sans souci son ravissant jardin ;
Lui aussi tristounet, qui se demande bien
Qui viendra y jouer pour prolonger la fête…

Aujourd’hui le mistral agite les volets.
La maison s’en contente : un peu d’agitation
N’est pas pour lui déplaire, et sa rumination
Va s’en trouver distraite… Ils s’en sont tous allés

Pas bien loin du vieux Port, au centre de Marseille.
Il cherchait du travail et il en a trouvé…
La maison est bien vide et triste à en crever.
La garrigue alentour n’est plus du tout pareille…

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L’oiseau couleur de miel

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Une ombre lumineuse est passée dans le ciel :
Les ailes d’un oiseau, battement de lumière
Plongeant vers le sol nu où quelques taches claires
Annoncent le printemps. Un oiseau couleur miel…

Frou-frou silencieux, est-ce une tourterelle ?
Un vol illuminé par le soleil nouveau
Dans des nues enfin bleues. Un mouvement tout chaud
Et frémissant de vie. La lumière étincelle

Sur le plumage clair de l’oiseau scintillant :
Est-ce un morceau d’étoile arraché à sa mère,
Un fragment de soleil détaché de son père,
Ces ailes de lumière au cœur du grand ciel blanc ?

Ce flambeau du matin, c’est une tourterelle
Nimbée par le soleil d’un halo argenté.
Puisse ce rêve fou ne jamais s’arrêter,
Ni l’oiseau flamboyant s’enfuir à tire d’aile !

Je vais fermer les yeux pour le garder en moi,
Intact, sauvegardé par ma piètre mémoire
Qui va vite y cueillir cette fort simple histoire,
Poème sans façon pour conter mon émoi :

Une ombre lumineuse est passée dans le ciel :
Les ailes d’un oiseau, battement de lumière
Plongeant vers le sol nu où quelques taches claires
Annoncent le printemps. Un oiseau couleur miel…

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Des bribes de printemps…

Printemps précoce

Il y a dans le ciel comme un je ne sais quoi
Qui l’a décoloré ; un voile de brumasse
De teinte indéfinie. Il gèle et il fait froid,
Il neige même un brin, et du fuel en rosaces

Pollue l’eau du Vieux Port de cercles irisés…
Nous avons pourtant eu des bouffées printanières
Depuis quelque huit jours, où le ciel courtisait
Les boutons décatis de nos roses trémières,

S’imaginant peut-être en soutirer encor
Quelques bribes de vie. Les boutons de nos roses
Pourtant tout desséchés semblaient un peu moins morts.
Mais l’hiver revenu nous a rendus moroses ;

L’on s’était sûrement fait bien trop d’illusions
Pour Marseille tout gris sous les nues délavées ;
Et pour tout le Midi, jusqu’aux plus hauts bastions
De ses Alpes, là-haut. L’hiver inachevé

Ne pouvait vraiment pas capituler ainsi !
Mais voici que soudain un faisceau de lumière
Ensoleille le ciel d’un arc fort réussi
Illuminant de feu et la mer et la terre !

L’hiver redéguerpit avec son attirail
De gel, de pluie, de vent, de froidure et de givre…
Le soleil a posé un somptueux vitrail
Sur l’eau enturquoisée, et l’on se sent revivre…

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La douceur de l’automne

Automne (3)

Chez nous l’automne est doux, mais l’été qui se meurt
Refuse quelquefois de subir sa défaite :
Il n’accepte sa fin qu’en hurlant à tue-tête,
Avec de grands éclairs qui vous ballent le cœur.

Puis le beau temps revient, tout en délicatesse…
La Provence reprend sur un rythme enchanteur
Sa valse sage et tendre, et l’exquise lenteur
D’un tempo écorné par un rien de rudesse,

Lors de petits matins s’embrumant de vapeur.
L’automne n’en a cure, et il s’affaire à peindre
Les arbres de tons vifs, sans aucunement craindre
Un certain mauvais goût dans le choix des couleurs,

S’avérant malgré tout un incroyable artiste
Maniant étrangement ses sublimes pinceaux.
Quand l’orage est passé, il repart à l’assaut
De tout nouveaux rameaux qu’il ajoute à sa liste

De plantes colorées aux tons inattendus.
Douceur d’un temps très doux, puis sursauts de colère :
L’automne est par chez nous un peu atrabilaire
Comme le sont parfois d’aimables farfelus.

 

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La première neige

Chalet sous la neige

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni
http://www.bruni-gallery.com

La montagne est dodue et boursouflée de neige.
Un manteau rebondi et pas encor souillé
Pare les flancs du Brec, qui paraît si douillet
Qu’on dirait du coton. Mille flocons s’agrègent

Peu à peu sur la pente encor vierge de traces
Qui blanchit lentement. Les Sauzois angoissés,
Que de faux pronostics avaient pas mal stressés,
Sont soudain plus confiants : la dameuse qui passe

Pour aller préparer les pistes les apaise.
Un piquetis d’argent étoile le ciel bleu
De millions de points. L’on en est très heureux
Pour tous ces gens d’ailleurs qui vont skier à l’aise

En se riant du froid. Les flocons tourbillonnent,
Petits lutins flânant avant de se poser
Car ils vont prendre au sol l’aspect trop empesé
D’un bitume tout blanc. La dameuse sillonne

Les coteaux camouflés peu à peu, et la neige
Arrondit doucement l’abrupte pente noire,
Lui donnant la patine écrue d’un vieil ivoire.
Le jour qui naît à l’Est a peint le Sauze en beige

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