Archives de catégorie : La Provence au coeur

De partout, à Marseille…

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Poème illustré par un tableau de :
Liisa Corbière

www.carredartistes.com/

De partout, à Marseille, on voit la Bonne mère ;
Et de la basilique on aperçoit la mer
Multiforme, irisée, toujours recommencée.
La statue immuable et l’onde ressassée

Sont là, où qu’on se tourne. Et l’immense ciel bleu
Surplombant la cité les tient bien dans le creux
De son éther léger. D’où qu’on soit à Marseille,
On voit la Bonne Mère et la mer qu’ensoleille

Le grand ciel invariable où dansent des mouettes !
Parfois du gris d’ailleurs vient comme un trouble-fête
Embarbouiller le bleu intense de l’azur,
Et un brouillard épais se dresse comme un mur

Entre la terre et l’eau. Mais ce n’est pas souvent
Qu’on a du mauvais temps, et un souffle de vent
S’en vient vite chasser toute idée de nuages,
Qui ne sont par ici que rêves et mirages….

Bien sûr, me direz-vous, je suis bien peu critique !
Mais laissons, voulez-vous, toute autre polémique
Et venez avec moi, suivez-moi tout là-haut,
Là-haut sur la colline entre le ciel et l’eau…

Juste au-dessus de nous, il y a Notre Dame
Et l’enfant dans ses bras, auréolé des flammes
Du soleil en exergue. Et là-bas, sur la mer,
Le soleil s’enfonçant dans les flots outremer…

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Il y a bien longtemps…

46 - La Bastide

Il y a bien longtemps, je résidais ailleurs.
J’étais alors très jeune, et pour moi la Provence
Etait une région faite pour les vacances,
Peinte d’azur et d’or et de moultes couleurs.

Je ne me doutais pas que je vivrais ici
Les trois-quarts de ma vie. Que la belle province
Deviendrait mon pays, et qu’un Destin bon prince
M’ancrerait à jamais à ce havre béni.

Car j’aime ce pays, au point de renier
Sans aucun repentir ce qui fut mon enfance !
Y aurait-il en moi un gêne de Provence
Y activant ce feu que je ne peux nier ?

Ce qui est inouï, c’est surtout la lumière
Baignant a giorno un rude paysage,
Car ces délicieux mots que sont «tranquille » et sage »
Ne s’accordent point trop à cette rude terre

Dont j’aime l’âpreté, tout comme le mistral
Quand il s’en vient fraîchir une journée brûlante ;
Et puis, aux mois d’hiver, ces journées insolentes
Qui osent pétiller malgré le temps glacial !

Il peut y faire froid sous un grand ciel tout bleu,
Y faire bien trop chaud, y venter à outrance…
Oui, j’aime la Provence, et j’ai l’outrecuidance
De me dire d’ici… en galégeant si peu !

C’est pourquoi je voudrais l’encenser tous les jours,
Tout comme un troubadour qui louange sa belle ;
Lui laisser à jamais toute une ribambelle
De poèmes fervents incandescents d’amour.

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Les Baux en hiver

Michel Bec

Poème illustré par un tableau de :

Michel Bec

L’automne a passé le flambeau
A l’hiver. Un poisseux ciel gris
Que déjà la nuit assombrit
Pèse lourdement sur les Baux.

Le village est vide, et le vent
Y mène sa danse infernale :
Assourdissante bacchanale
Du mistral qui court droit devant

Comme un centaure sans raison
Tonitruant dans les venelles.
La débandade habituelle
D’une morne et triste saison !

Te rappelles-tu l’an dernier
Quand l’on y fit une balade,
Poussés dans notre promenade
Par ce vent fou qui ricanait ?

Il y faisait si froid alors
Que ton doux visage était pâle,
Pâle comme l’anneau d’opale
Auréolant le croissant d’or

De la lune accrochée au ciel.
Les vieilles maisons du village,
Bastides grises d’un autre âge,
Etaient éclaboussées du miel

De la ténébreuse lueur.
Le vent tordait ta chevelure
Qui dansait comme une voilure
Autour de ton visage en cœur…

Les Baux sont tristes en hiver.
Tu n’es plus là, tu t’es perdue
Dans une existence éperdue…
Dis, n’ai-je point assez souffert ?

Peut-être un jour reviendras-tu ?
Je t’attends rue de la Calade
Où l’infernale cavalcade
Du vent dévale à qui veux-tu….

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J’étais si bien là-haut…

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J’étais si bien là-haut, mais il me faut partir,
Accepter de quitter cette Haute-Provence
Où flotteront toujours des vestiges d’enfance
Et les ombres dorées de lointains souvenirs.

Il y faisait si bon quand en triomphateur
Le soleil déchaînait sa folie sur la plaine !
Nous nous en fichions tous, appréciant notre veine
De pouvoir nous soustraire à l’intense chaleur

Qui régnait tout en bas. L’on y était au frais,
A flâner lentement sur les bords de l’Ubaye
Ou à pique-niquer alors que les sonnailles
Des vaches qui broutaient tintinnaient dans le pré.

Et puis ces randonnées sous les mélèzes bleus,
Ces hivers cotonneux molletonnés de neige ?
Ces automnes si doux sur la montagne beige
Tavelée de couleurs par les arbres en feu ?

Et la piste tout près, à trois longueurs de ski,
La descente facile appelée Savonnette
Par tous les faux sportifs ? Et puis Barcelonnette,
Ses chalets « mexicains »* et leur style inouï !

Je n’irai plus là-haut qu’en simple visiteur,
Foulant en pérégrin notre belle montagne
Zigzaguant sur le ciel ; et la sinistre aragne
D’un regret lancinant me pincera le cœur…

* Voir l’histoire des « barcelonnettes » émigrés au Mexique

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Comme un coeur en octobre…

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Parfois mon coeur est triste : on dirait que l’automne
Y grave obstinément l’empreinte monotone
D’un sinistre refrain, tout aussi cafardeux
Que ce lourd ciel d’octobre épais et orageux

Pesamment affalé sur toute la Provence.
Il murmure tout doux sa plaintive romance
Toute en mélancolie. Sans trop savoir pourquoi,
Il craint de s’exposer à un je-ne-sais-quoi

Qui pourrait l’émouvoir, et la morne saison
L’émeut obscurément sans aucune raison.
Pourquoi ce désarroi, cette impression morbide
Qu’il faudrait quelquefois être un peu plus lucide ?

Ma vie est pourtant douce et je me sens aimée ;
Mais mon âme insatiable est parfois affamée,
Comme folle au logis, de trop grandes passions,
De folie et d’écarts, d’un désir d’évasion…

Cette triste chanson ressemble à un fado,
Lugubre mélopée pesant telle un fardeau
Sur celui qui vieillit et qui porte sa vie
Comme un faix bien trop lourd et sans plus trop d’envies.

C’est la triste chanson des étés qui se meurent.
Oh, je sais que le Temps bien après nous demeure,
Que nous ne sommes rien au long fil des saisons,
Que mon esprit parfois frôle la déraison

S’il pense voir un jour renaître sa jouvence.
Il pleut à petits flocs sur toute la Provence…

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Résistance

Petit matin glacé Eric

L’hiver doit s’en aller mais il résiste encore
Comme ces vieux pendards ne voulant pas mourir,
Cherchant votre pitié avec force soupirs
Et ne comprenant point combien on les abhorre.

Et pourtant tout le pousse à nous abandonner:
Le sol gris qui verdit, les bourgeons sur les branches,
Le soleil qui grossit au coeur des nuées blanches
Scintillant au matin de rayons irisés,

Ce petit quelque chose au coeur de l’atmosphère
Qui vous tourne la tête et vous pousse à aimer…
Mais il ne comprend pas, et cherche à nous charmer
Avec des souvenirs de fêtes somptuaires,

De week-ends enneigés, d’odeurs de feux de bois…
Matin après matin, il est toujours en place,
Mistral autour du cou, stalactites de glace
Et pans de brume bleue pendouillant à ses doigts.

Mais quand va-t-il enfin quitter notre Provence ?
Le saligaud résiste, il rigole, il fait front,
Et nous, nous ruminons tout en tournant en rond !
Aurions-nous donc perdu la proverbiale chance

Dont on parle partout, et qui a fait de nous
Les habitants heureux d’un petit paradis ?
L’Hiver se serait-il entiché du Midi ?
A cette horrible idée j’ai le cœur qui se noue…

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Abandon

Maison

La maison se sent vaine, elle a perdu son âme :
Les gens qui l’habitaient sont partis vivre au loin,
Des gens qu’elle aimait bien. Des gens sans grand tintouin,
Mais un chouïa cinglés. Des gens tout feu-tout flamme

Et qui déambulaient de la cave au grenier
A longueur de journée… Bruyantes cavalcades
Dévalant l’escalier ; fous-rires en cascades,
Pleurs enfantins, grands cris… Des toiles d’araignées

Pendouillaient sur ses murs ? C’était sans importance,
Et si son carrelage était un peu douteux,
La maison s’en fichait, comme des trucs boiteux
Servant de mobilier ! Mauvais goût et outrance

De la décoration qui ferait frissonner
Le moindre designer ? Elle n’en avait cure,
Préférant au bon goût cette joie que procure
L’insouciance de gens si peu disciplinés

Qu’ils laissaient leurs enfants, leurs chiens, leurs chats, leurs bêtes
Piétiner sans souci son ravissant jardin ;
Lui aussi tristounet, qui se demande bien
Qui viendra y jouer pour prolonger la fête…

Aujourd’hui le mistral agite les volets.
La maison s’en contente : un peu d’agitation
N’est pas pour lui déplaire, et sa rumination
Va s’en trouver distraite… Ils s’en sont tous allés

Pas bien loin du vieux Port, au centre de Marseille.
Il cherchait du travail et il en a trouvé…
La maison est bien vide et triste à en crever.
La garrigue alentour n’est plus du tout pareille…

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L’oiseau couleur de miel

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Une ombre lumineuse est passée dans le ciel :
Les ailes d’un oiseau, battement de lumière
Plongeant vers le sol nu où quelques taches claires
Annoncent le printemps. Un oiseau couleur miel…

Frou-frou silencieux, est-ce une tourterelle ?
Un vol illuminé par le soleil nouveau
Dans des nues enfin bleues. Un mouvement tout chaud
Et frémissant de vie. La lumière étincelle

Sur le plumage clair de l’oiseau scintillant :
Est-ce un morceau d’étoile arraché à sa mère,
Un fragment de soleil détaché de son père,
Ces ailes de lumière au cœur du grand ciel blanc ?

Ce flambeau du matin, c’est une tourterelle
Nimbée par le soleil d’un halo argenté.
Puisse ce rêve fou ne jamais s’arrêter,
Ni l’oiseau flamboyant s’enfuir à tire d’aile !

Je vais fermer les yeux pour le garder en moi,
Intact, sauvegardé par ma piètre mémoire
Qui va vite y cueillir cette fort simple histoire,
Poème sans façon pour conter mon émoi :

Une ombre lumineuse est passée dans le ciel :
Les ailes d’un oiseau, battement de lumière
Plongeant vers le sol nu où quelques taches claires
Annoncent le printemps. Un oiseau couleur miel…

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Des bribes de printemps…

Printemps précoce

Il y a dans le ciel comme un je ne sais quoi
Qui l’a décoloré ; un voile de brumasse
De teinte indéfinie. Il gèle et il fait froid,
Il neige même un brin, et du fuel en rosaces

Pollue l’eau du Vieux Port de cercles irisés…
Nous avons pourtant eu des bouffées printanières
Depuis quelque huit jours, où le ciel courtisait
Les boutons décatis de nos roses trémières,

S’imaginant peut-être en soutirer encor
Quelques bribes de vie. Les boutons de nos roses
Pourtant tout desséchés semblaient un peu moins morts.
Mais l’hiver revenu nous a rendus moroses ;

L’on s’était sûrement fait bien trop d’illusions
Pour Marseille tout gris sous les nues délavées ;
Et pour tout le Midi, jusqu’aux plus hauts bastions
De ses Alpes, là-haut. L’hiver inachevé

Ne pouvait vraiment pas capituler ainsi !
Mais voici que soudain un faisceau de lumière
Ensoleille le ciel d’un arc fort réussi
Illuminant de feu et la mer et la terre !

L’hiver redéguerpit avec son attirail
De gel, de pluie, de vent, de froidure et de givre…
Le soleil a posé un somptueux vitrail
Sur l’eau enturquoisée, et l’on se sent revivre…

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La douceur de l’automne

Automne (3)

Chez nous l’automne est doux, mais l’été qui se meurt
Refuse quelquefois de subir sa défaite :
Il n’accepte sa fin qu’en hurlant à tue-tête,
Avec de grands éclairs qui vous ballent le cœur.

Puis le beau temps revient, tout en délicatesse…
La Provence reprend sur un rythme enchanteur
Sa valse sage et tendre, et l’exquise lenteur
D’un tempo écorné par un rien de rudesse,

Lors de petits matins s’embrumant de vapeur.
L’automne n’en a cure, et il s’affaire à peindre
Les arbres de tons vifs, sans aucunement craindre
Un certain mauvais goût dans le choix des couleurs,

S’avérant malgré tout un incroyable artiste
Maniant étrangement ses sublimes pinceaux.
Quand l’orage est passé, il repart à l’assaut
De tout nouveaux rameaux qu’il ajoute à sa liste

De plantes colorées aux tons inattendus.
Douceur d’un temps très doux, puis sursauts de colère :
L’automne est par chez nous un peu atrabilaire
Comme le sont parfois d’aimables farfelus.

 

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La première neige

Chalet sous la neige

Poème illustré par un tableau de :

Eric Bruni
http://www.bruni-gallery.com

La montagne est dodue et boursouflée de neige.
Un manteau rebondi et pas encor souillé
Pare les flancs du Brec, qui paraît si douillet
Qu’on dirait du coton. Mille flocons s’agrègent

Peu à peu sur la pente encor vierge de traces
Qui blanchit lentement. Les Sauzois angoissés,
Que de faux pronostics avaient pas mal stressés,
Sont soudain plus confiants : la dameuse qui passe

Pour aller préparer les pistes les apaise.
Un piquetis d’argent étoile le ciel bleu
De millions de points. L’on en est très heureux
Pour tous ces gens d’ailleurs qui vont skier à l’aise

En se riant du froid. Les flocons tourbillonnent,
Petits lutins flânant avant de se poser
Car ils vont prendre au sol l’aspect trop empesé
D’un bitume tout blanc. La dameuse sillonne

Les coteaux camouflés peu à peu, et la neige
Arrondit doucement l’abrupte pente noire,
Lui donnant la patine écrue d’un vieil ivoire.
Le jour qui naît à l’Est a peint le Sauze en beige

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Remords

Poème illustré par un tableau de :

Gustave Courbet
(1819-1877)

Le vent hurle dehors. L’homme a froid jusqu’au cœur
Bien qu’un feu pétillant brasille d’étincelles
Dans l’âtre du salon. La lumière ruisselle
Du grand lustre allumé pour éloigner sa peur

Car il a l’impression qu’aux alentours une ombre
Rôde indéfiniment, issue d’un passé noir
Et de noirs souvenirs. Peu à peu la pénombre
Encercle la maison dans les vapeurs du soir,

L’enfermant sous le dôme étrange de la nuit.
Le vieux mas isolé vibre dans la tourmente
Et il lui semble entendre une voix qui gémit,
La voix d’un spectre blond qui erre et qui le hante

Depuis qu’il a… Bon Dieu ! Toute la maison tremble
Comme prête à crouler sous les assauts du vent.
Pourquoi l’avoir trompé ? Ils étaient bien ensemble…
Depuis vingt et trois jours, plus rien n’est comme avant…

La porte bouge un peu. Il lui semble qu’on rit
Pour mieux le provoquer pas bien loin sur la lande…
Il est tellement seul. Lui-même s’est proscrit
Du monde des humains et de leur sarabande

En se faisant justice et en… Il faut qu’il dorme,
Qu’il essaie tout au moins, pour fuir ce cauchemar
Qui tourmente ses nuits, cette terreur énorme
Qui le fait se coucher toujours un peu plus tard…

Il n’en peut vraiment plus. Il va devenir fou.
Puisse le vent rayer sa maison et sa vie
D’une folle bourrasque, effaçant d’un seul coup
Ce qui le ronge tant ! Il a tué Sylvie…

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Le vieux mas et le vent

Mas dans la garrigue

Il est comme un fortin ancré dans la garrigue,
Un vieux mas chavirant au souffle du mistral
Qui tournoie follement en entamant sa gigue,
Donnant au ciel cobalt l’éclat pur du cristal.

Les murs tout de guingois ont des teintes d’automne,
Et la lumière y pose un doux chatoiement roux
Alors que le soleil, tel un grand dahlia jaune,
Se fane à l’horizon du côté de Coudoux

Où s’éteignent les feux de la vie quotidienne.
Le mas est isolé ; on le dirait perdu
Dans la lande pelée aux teintes d’obsidienne ;
De son toit quelquefois un grand vol éperdu

De tout petits oiseaux jaillit comme une trombe
Sans qu’on sache pourquoi ni comment ils sont là :
Eclos au creux des murs ? Le mas, tel une tombe,
Semble pourtant sans vie. Le vent a cappella

Soudain pris de folie hurle son chant de mort
Et heurte à l’huis moisi comme s’il désirait
Entrer à l’intérieur de la maison qui dort.
S’élevant dans le soir comme un temple doré,

Le mas résiste à tout… Le mistral tourbillonne
Tout autour du bastion. Il beugle et il gémit
Bien inutilement : il n’y a plus personne
Dans la vieille bastide avalée par la nuit.

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Marseille ennuagé

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Poème illustré par un poème de :

Albert Marquet
(1875-1947)

Au-dessus de Marseille, un ciel lourd de nuages
Et ça ne lui va pas, mais alors pas du tout !
On ne les peut compter : il y en a partout !
Ce gris donne à la ville une bien triste image,
Une apparence austère, un air glauque, et surtout

Un aspect trop banal, trop peu méridional.
Bien sales sont les rues ! La ville est grisounette,
Sans ce soleil radieux, rieur et qui trompette
Presque à longueur d’année qu’ici, il est banal !
Oh, puissions-nous l’entendre entonner à tue-tête

Le chant bleu du beau temps, la chanson printanière
Tout emplie de gaieté qu’il gouale dès avril !
Mais voici que soudain une ondée de grésil
Crachouille du ciel bas, soulignant la misère
De certains murs lépreux du centre de la ville.

Marseille a l’air minable : il lui faut son soleil
Car la pluie amplifie toutes ses déficiences ;
L’astre-roi est vraiment sa plus grande opulence
Et sans son flamboiement, non, plus rien n’est pareil.
Mais n’est-ce point ainsi par toute la Provence ?

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La belle cantinière

diner-en-terrasse frédéric baqué

Poème illustré par un tableau de :

Frédéric Baqué
www.fredericbaque.com

Te souviens-tu du soir où nous avons dîné
Dans ce petit resto sur la route d’Aureille ?
C’était au mois de juin. Bistro moche et bondé,
Impropre à conforter un amour qui s’éveille,

Empli de gens braillards qui nous cassaient la tête !
Et cette viande dure à nous briser les dents ?
Tu trouvas même un poil au cœur de ta paupiette…
Mais nous étions si bien : bonheur outrecuidant !

Ce qui nous arriva, nul ne peut l’inventer :
Un teckel turbulent lâché sur la terrasse
S’en vint pisser gaîment sur l’un de mes souliers…
Mais tu n’étais, Julie, que joliesse et grâce,

Tellement éloignée de cette clientèle
Bruyante et affamée… Le serveur énervé
Renversa du coulis sur ta gorge, si belle
Qu’elle l’avait sans doute un peu trop excité ;

Mais nous nous en fichions ! Et cet affreux troquet,
Nous l’aurions sur le champ doté de Trois Etoiles
Tant nous étions heureux en ce premier été
Semblable à un voilier, qui déployait ses voiles

Pour nous mener tous deux vers le pays des rêves…
C’était une gargote au frichti filandreux,
Dont l’addition salée s’abattit comme un glaive
Sur mon maigre budget de jeune homme amoureux,

Mais où je me perdis dans le bleu de tes yeux…
Tes cheveux scintillaient et captaient la lumière
Qui tombait du ciel noir. Quel endroit merveilleux !
Il s’appelait, mais oui ! « La belle cantinière »…

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