Archives de l’auteur : Vette de Fonclare

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.

Sale hiver…

Sale hiver, con d’hiver ! Je te déteste autant
Qu’un malade chronique honnit sa maladie,
D’autant que tu surgis après la mélodie
D’un automne très doux semblable à un printemps.

L’on t’avait oublié, mais c’était une ruse
Car tu t’étais tapi dans un repli du Temps
Pour en mieux rebondir en te catapultant
D’un océan glacé où poussent des méduses.

Tu as jeté sur nous tes tentacules froids
De pluie, de vent, de gel, de verglas et de neige,
Avec un soleil gris perdu dans un ciel beige
Que nous redécouvrons avec pas mal d’effroi.

La lumière est éteinte au-dessus de Marseille.
La mer que j’aime tant est grise, et le mistral
La creuse en la giflant, impérieux, magistral,
Comme il l’est quelquefois quand son souffle balaye

Les vagues déchaînées sans cesser de mugir.
Oui, l’Hiver, je te hais. Par bonheur j’ai la chance
De vivre en un pays merveilleux, la Provence,
Que tu n’apprécies pas. Mais où tu vas surgir

Car cela t’est dicté, tu dois suivre la règle
Faire subir à tous ton horrible carcan.
Non, non, jamais le temps ne se vend à l’encan :
Le code est imposé – même s’il se dérègle !

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Hiver, Marseille, Méditerranée | Laisser un commentaire

Le ventilateur assassiné

Depuis presque trois jours, tout là-haut en Ubaye,
La canicule est là et nous allons craquer
Tant la chaleur nous tue ! Tout prêts à suffoquer !
Même le soir venu, la chaleur nous assaille

Et nous n’en pouvons plus. La nuit va refroidir
La montagne qui cuit mais , hélas ! notre chambre
Est juste sous le toit et l’on y va souffrir,
Bien qu’on l’ait isolée dès le mois de septembre,

Car elle semble un four sous les lauzes des combles.
Nous avons donc acquis un grand ventilateur,
Succédané de vent et buveur de sueur,
Pour rafraîchir nos peaux, nos corps, de fond en comble…

Nous avons encor chaud, mais c’est bon d’être nus
Blottis l’un contre l’autre. Un frisson, de l’ivresse…
Nous en remercierions l’été d’être venu
Redonner à nos corps un surcroît d’allégresse !

Bien douces sont tes mains, et j’en oublierais presque
Que dehors c’est l’enfer, que l’air est un brûlot*.
Tiens, tu as renversé le pauvre ventilo !
Oh, que c’est bon, l’amour… Sortir serait grotesque !

Peut importe après tout ces jours de canicule :
Nous brûlerions sans elle ! Et le ventilateur
Ne saurait pas vraiment engourdir notre ardeur,
Nos épidermes joints, nos corps qui s’articulent

En un rythme parfait… Cette étuve estivale,
Excessive en montagne, est devenue désir.
Le ventilo mourant a poussé un soupir.
Canicule en Ubaye ? Canicule idéale…

* je sais que je n’emploie pas ce mot selon sa définition « officielle » ! Mais permettez-moi de lui donner un troisième sens ( brasier ) : ça lui va tellement bien ici ! Et la rime n’est-elle pas parfaite ?

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans A la maison, Amours, La Haute Provence, Le début de l'été, Le soleil-lion, Les gens | Laisser un commentaire

Trois oiseaux sont posés…

Trois oiseaux sont posés sur un fil électrique,
Trois tout petits oiseaux légers comme trois plumes ;
Des plumes colorées où le couchant allume
En pétillement d’or des flammes symétriques.

En voici cinq en plus qui viennent se percher
Sur le fil du dessous. Leur petit corps habile
Reste pour le moment tout aussi immobile
Que celui des premiers, fermement accrochés

A ce curieux perchoir, alignés bien en ordre
Sur les fils bien tendus. Puis de nombreux amis
Rallient leurs commensaux qu’on dirait endormis
Tant ils semblent passifs, ignorants du désordre

Qui secoue la grand’ville houleuse en contrebas.
Le long réseau des fils dessine une portée
Sur le ciel marseillais. La troupe déportée
Du fond de l’horizon qui rougeoie tout là-bas

Pépie à qui mieux mieux la chanson dessinée
En notes emplumées par tous les petits corps ;
Un chant revigorant faisant fi de la mort
A l’affût sur la voie qui leur est destinée

Pour rejoindre le Sud. De tout petits oiseaux
Obligés par l’automne à bientôt s’envoler :
Une partition vive et gaie pour survoler
Des terres redoutées et de lointaines eaux.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Automne, Chez nous, Marseille, Zooland | Laisser un commentaire

Massacre

Poème illustré par un tableau de :
Annie Rivière

Ces foutus Saints de glace ont flingué mon jardin !
S’éveillant en fanfare avec moult allégresse,
Mes roses ranimées tendaient avec ivresse
Leurs tout premiers bourgeons au soleil du matin

Quand soudain, patatras ! Leur feuillage pendouille,
Et mes autres semis n’ont plus très fière allure
Après ce coup de gel, tout comme la ramure
Du vieux micocoulier. Les trois vieilles fripouilles

N’ont pas raté leur coup en visant ma maison
Egayée par ces fleurs dont elle était si fière
Et qui gommait son air de vieille douairière !
A cause de ce froid qui n’est pas de saison,

Redevenue guindée, avec son air austère
De couvent buriné par la pluie et les ans,
Il a suffi du gel et d’un grand coup de vent
Pour ruiner tout ce qui la rendait moins sévère

Et moins assujettie à l’usure du temps.
Il va falloir trier, ou replanter des plantes
Pour tout recommencer. Qu’elle se ré-enchante
D’être ainsi rajeunie par l’éclat du printemps.

Mais c’est sûr que bientôt elle s’en va renaître ;
Sous la poutre du toit, le nid des hirondeaux
Est prêt à accueillir de tout nouveaux oiseaux.
Lundi, mardi, demain ? Ou bien jeudi, peut-être…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans A la maison, Chez nous, La Provence au coeur, Printemps, Zooland | Laisser un commentaire

Mamert, Pancrace et Servais

Aujourd’hui, tous les trois, nous sommes fous furieux :
Ecoutant la radio tout comme d’habitude
Nous avons entendu – et le coup était rude !
Que nous ne serions point ces trois Saints si odieux

Qu’ils grillent quelquefois les plantes toutes neuves
Par de grands coups de gel vraiment inattendus
Au retour du beau temps. L’on nous a confondus
Avec d’autres benêts ! « Il n’y a pas de preuves ! »

A dit le journaleux. Nous qui étions si fiers
De notre renommée – certes point honorable !
Nous avons décidé d’être bien moins affables,
Ne laissant après nous que souvenirs amers

Lors de chaque printemps ! Le onze, douze et treize
Du joli mois de mai ! Ainsi l’on pourra voir
Que, bien que saints tous trois, nous avons le pouvoir
D’enquiquiner les gens en en étant bien aise.

Tiens ! Ça leur apprendra de nier la nuisance
Qui peut nous animer quand on est mécontents.
Et ils auront beau dire, ils auront leur comptant
De froid, de pluie, de neige à notre convenance…

On grelotte partout, tout le monde est gelé !
La faute au journaleux qui n’a pas voulu croire
Que ce qu’on racontait n’était pas une histoire.
Bonnes gens, vous auriez dû tous le museler …

*Les Saints de glace !
« Les Saints Servais, Pancrace et Mamert : à eux trois, un petit hiver », dit le dicton

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans A la maison | 2 commentaires

L’ami-miniature

Un jour, j’ai ramassé dans le fond du jardin
Un minuscule oiseau. Il battait dans ma main
Comme un cœur délicat ; le petit cœur tout chaud
D’une vie bien fragile. Un tout petit moineau

Touchant comme un sanglot, qui n’était plus qu’un souffle.
Un destin sur sa fin, une vie qui s’essouffle
Et qui, sans un soupir, commençait à mourir.
Il fallait tout d’abord tenter de le nourrir !

J’ai mis à détremper du pain frais dans du lait,
Lui ai mis dans le bec : il a tout avalé !
Puis un léger frisson a hérissé ses plumes.
Un souffle qui renaît, la vie qui se rallume…

Je l’ai rentré au chaud, l’ai mis dans une boîte
Pas plus grosse qu’un doigt, jusqu’à ce qu’il s’ébatte
En tentant de tester ses deux esquisses d’ailes.
Je l’ai gardé un temps pour qu’il se remodèle

Un petit corps tout rond, juste un peu plus costaud.
Mais il lui fallait bien s’en retourner là-haut!
Alors je l’ai lâché d’un geste solennel
Pour qu’il rejoigne enfin les confins de son ciel.

Se souvient-il de moi ? S’il revient, je suis sûre
Que mon petit ami – mon ami-miniature !
Me flûtera sitôt une douce chanson ;
Et nous la sifflerons tous deux à l’unisson.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Amours, Zooland | Laisser un commentaire

Adèle sur la plage

Poème inspiré par un tableau de :
Nicolas Odinet

Marseille dort encor. Adèle est sur la plage
Pour la première fois depuis l’été dernier.
La mer en roucoulant vient lui lécher les pieds ;
La belle a un  sursaut tant le dur becquetage

Des vagues sur sa peau est mordant et glacé.
Mais c’est insignifiant : c’est le plaisir qui gagne
Sur le désagrément, même s’il s’accompagne
De picots turgescents sur son corps violacé.

Souple comme un ressort, la délicieuse Adèle
Qui bondit ça et là ressemble à un cabri
Venant juste de naître. Elle danse, elle rit,
Hurlant à pleine voix une gaie ritournelle

Des années quatre-vingt qui passe à la radio.
L’on y parle d’amour, du soleil de Provence,
D’un homme séduisant, – autant que l’est Maxence,
Son dernier compagnon. Mais en sautant dans l’eau,

Elle perturbe un peu la mer qu’elle courrouce :
Braillant à pleine voix et trillant bien trop haut,
Elle croit l’encenser… mais elle chante faux !
Lors, outrée, une vague énorme l’éclabousse…

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Publié dans Les gens, Marseille, Méditerranée | Un commentaire