Archive de l'auteur

Ralph Blakelock
Corcoran Gallery

Autour de la lampe allumée
Sur la terrasse, hypnotisés
Par la lumière ensorcelante,
Les papillons de nuit qui hantent

La nuit bleue du nouvel été
Valsent silencieusement.
C’est un bal fantôme et léger
Qui flotte et danse au gré du vent

Dans le soir tiède. Et la lumière
Allumée dès le crépuscule
Est tachetée par l’ombre claire
De ces brèves vies minuscules :

De tout petits lépidoptères
Voltigeant d’un vol éphémère
Et saccadé dans le halo
Illuminant l ’air sombre et chaud.

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Thierry Marchal
www.ateliermarchal.fr

On en est ébahi, nul n’en est revenu :
Avoir connu ici un froid presque polaire
Avec neige, vent, gel à longs flux continus !
L’Occitan sait enfin ce que veut dire : « hiver » .

Ce temps était chez nous une chose ignorée !
Bien sûr par-ci par-là des périodes pénibles
Entrecoupant des jours frais mais ensoleillés !
Mais pas aussi longtemps ni jamais si terrible !

Nous sommes le dix mars et il gèle souvent.
Quand il ne fait pas froid, il pleut à grands bouillons,
Et quand il ne pleut pas, c’est la brume ou le vent :l
C’est sûr que Jupiter nous prend pour des… couillons !

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Josette Mercier
www.catherinemercier.ch

Tout est silencieux, sauf quand craque parfois
L’âcre croassement des choucas noirs qui planent.
La neige est toute neuve. Un sapin de guingois
Est penché sur la piste glacée qu’enrubannent

Des branchages brodés d’un cristal argenté.
La bouche ennuagée d’une épaisse vapeur,
Nous avançons tout doux car c’est dur de monter
Encor un peu plus haut pour arriver à l’heure

Au chalet en rondins blotti dans les congères.
La trace de nos skis souille la poudre blanche
Encor immaculée. Le souffle de l’hiver
Risque de déclencher une énorme avalanche

Et nous sommes pressés de quitter la forêt.
Le chalet n’est plus loin. En bas Barcelonnette
Etincelle et clignote au fond de la vallée.
L’Ubaye semble y charrier des milliards de paillettes.

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Didier Léveillé
www.didier-leveille.zevillage.org

Le coq a disparu, la volaille respire ;
On va goûter au calme, à la sieste, au repos,
Sans être importuné par ce maudit lourdaud
Dont l’absence ne vaut même pas un soupir !

Parti tôt ce matin pour le marché d’Allauch,
Antonin va le vendre : il était trop pénible
A toujours pourchasser les poulettes paisibles
Avec son arrogance et ses cocoricos !

Comme tout est tranquille ! Et il fait presque frais
Dans le mas endormi au soleil de midi.
La campagne ronronne et le chat assoupi
Surveille en tapinois l’entrée du poulailler.

Quand soudain : la cata ! Le coq est revenu !
L’Antonin au grand coeur n’a pas pu supporter
L’abominable idée qu’il puisse être mangé !
Et le fier volatile a repris son chahut…

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Goyo-Dominguez
www.artnet.fr

Non loin de la Major vivent trois jeunes filles,
Trois soeurs telles des fleurs et qui sont si jolies
Que même le soleil en est fou amoureux.
L’on en dit à Marseille que sera bienheureux

Qui les épousera tant elles sont parfaites.
Rousses toutes les trois et la tête bien faite :
On dirait trois Printemps sages et raisonnables ;
En sus de leur beauté elles sont fort aimables

Et vous laissent pantois dès que vous les voyez.
Nul ne saurait donc dire quelle est sa préférée !
Mais c’est là que le bât blesse et leur fait du tort
Car comment donc choisir ? Il faudrait être fort

Pour ne pas hésiter devant tant de beauté,
De grâce et de douceur par trois multipliées !
Aussi les demoiselles sont-elles solitaires
Et malgré leurs vertus toujours célibataires !

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Tomek
http://pagesperso-orange.fr/tomek/peinturesOLD

Il fait très doux ce soir et la mer est tranquille.
Elle clapote doux et son flot immobile
Semble un grand lac d’argent sous le soleil qui fond
Et se noie peu à peu là-bas à l’horizon.

Le ciel est rouge vif et l’eau devient marine
Avec des plis foncés ourlés de cornaline :
Chromo exagéré que nul n’oserait peindre
Et que le soir tombant lentement va éteindre !

Maintenant le tableau vire au noir et au miel :
C’est la lune en croissant qui éclaire le ciel
De sa corne dorée. Des étoiles clignotent
Sur le velours obscur où leur reflet tremblote.

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Sophie Corre
www.sophiecorcorre.blogspot.com

Dans le fond du jardin du linge est suspendu
Sur un filin d’acier,  filin si bien tendu
Qu’il vibre quelquefois sous l’archet du mistral
Entraînant la lessive en un bal vespéral.

C’est joli comme tout, ces chemises qui dansent
Avec leurs bras flottants qui sont entrés en transes
Dès le tout premier souffle du vent déchaîné
Autour des vêtements : il tente d’arracher

Les petits bouts de bois s’opposant à sa force !
Les pinces tiennent bon, mais le vent fou s’efforce
De les tordre d’un coup et de les expédier
Dans les rosiers fleuris qui parfument l’été.

La lessive résiste : elle en a vu bien d’autres !
Draps, chaussettes, torchons, serviettes, culottes…
Tout virevolte et valse et palpite et tournoie,
Un ballet de tissu sous le ciel qui rougeoie !

C’est la danse insensée des formes, des couleurs ;
On croirait voir baller de gigantesques fleurs
Ou des ailes d’oiseaux attachées à un fil.
C’est la danse inouïe de morceaux de textile !

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Botticelli

Sur un joli visage une bouche tachée
Par le suc vermillon d’une cerise rouge :
Sur des mots cristallins, des quenottes de lait,
Deux lèvres de velours qui sourient et qui bougent.

La lèvre supérieure a un arc prononcé
Comme il l’est bien souvent sur les bouches d’enfants.
Les commissures rient, légèrement plissées
Par la joie, le printemps et  presque dix-huit ans.

Une bouche très jeune, une bouche parfaite
Où les rides des vieux n’ont pas encor brodé
Leurs petits plis rageurs creusés par les défaites,
Les fêtes, le chagrin, la mauvaise santé,

Et surtout par le Temps abîmant toute chose.
Une bouche entr’ouverte et doublée de vermeil !
Toute fraîche et gonflée, elle est telle une rose
Humide de rosée luisant sous le soleil.

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Claude Feuillet
http://www.claudefeuillet.com

A Aix, et à Marseille, et en bien d’autres villes,
Ils sont des milliers de jeunes angoissés
Qui viennent de subir ce qu’ils croient inutile :
Ce Bac si nécessaire et si dur à passer !

Faisant les fanfarons, ils n’en mènent pas large
Et manient l’ironie, se moquant en riant
Du premier passeport pour monter sur la barge
Qui va les amener sur la rive des Grands.

Ils attendent patients ou perturbés, selon
Leur nature profonde et leur confiance en eux.
Ont-ils bien su répondre ? Etaient-ils nuls ou bons ?
Ont-ils bien expliqué que 1+1 font deux ?

Ils sont là, bras ballants, ayant l’air de bader,
Mais leur coeur défaillant bat très fort la chamade.
Bientôt les résultats qu’il faudra regarder
Sans perdre contenance auprès des camarades !

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Un oiseau vif et enjoué
Enfermé au creux d’une cage :
Il peut chanter, ne peut voler,
Et ne doit plus qu’être très sage

Entre les barreaux qui l’enserrent.
Et le pire au fil des années,
C’est que cet étau se resserre :
Il va finir par le broyer.

Heureusement son chant est clair,
- C’est tout ce dont il est capable -
Son esprit vif comme naguère ;
Les jeunes le trouvent aimable

Et il ne doit pas trop se plaindre
De ses maux ni de ces outrages
Faits à son corps. Il pourrait craindre
Le sort d’autres vieux de son âge !

Même s’il se heurte aux barreaux,
Son intellect n’est pas touché.
Autour de lui de vieux oiseaux
Ne chantent plus et sont prostrés

Dans une infâme déchéance :
Plus d’âme, plus de corps, plus rien !
Lors il se dit qu’il a la chance
D’être encor quelqu’un de très bien !

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Philippe Calabro
www.calabro.canalblog.com

Son grand mas est perché en haut d’une colline
Au coeur de la garrigue où seuls quelques moutons
Donnent signe de vie. Et peu de gens devinent
Qu’il y a un Humain dans la vieille maison.

Il aurait bien aimé trouver une compagne :
Le sort n’a pas voulu, il est vraiment très seul
Dans sa ferme perdue au fond de la campagne.
La vie est rude ici. Il n’a pas une gueule

D’Adonis ni de star : il est même assez laid
Ou tout au moins quelconque, et vit petitement
Avec très peu d’argent. Il n’aime pas parler…
Quelle fille assez folle en ferait son amant ?

Le silence est pesant, surtout pendant l’hiver
Quand même le mistral s’est enfui pour ailleurs.
Il va mourir tout seul, seul comme un pauvre hère,
Quand seront dévidés ses mois, ses jours, ses heures…

Mais il poursuit sa tâche et sans répit travaille,
Sans savoir dans quel but, ni pour quoi, ni pour qui.
Il doit se lever tôt : c’est le temps des semailles !
Travailler dans les champs, ce n’est jamais fini…

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J.Tollet-Loeb
www.tollet-loeb.com

C’est le quatorze avril : nous allons déjeuner
Dehors dans le jardin pour la première fois !
L’air sent bon les lilas ; il fait tiède à souhait ;
Un tourtereau têtu roucoule son émoi :

Tout se conjugue enfin pour que nous soyons bien !
Un vent très délicat imprégné de senteurs
Palpite autour de nous légèrement, et rien
Ne saurait entacher tous nos petits bonheurs :

Les croissants craquillants sont tout frais ; le pain chaud
Croustille sous les dents ; ça sent bon le café,
Les tartines grillées, le thé, le cacao…
Le chant du tourtereau est empli de gaîté

Car il vient de trouver enfin sa tourterelle.
Le jardin est heureux, nous le sommes aussi,
Et c’est bon de goûter à cette vie si belle
En ce jour de printemps dénué de soucis.

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Pas bien loin du Jarret vit un très vieux bonhomme
Qu’on appelle Marius : il ressemble à Fresnay,
Un acteur d’autrefois – bien oublié en somme !
Il parle bien souvent du temps où le quartier

Etait une campagne avec une rivière
Claire comme le ciel qui venait s’y mirer.
Et il galège à peine ! Pétillant de lumière
Et longeant des prés verts roucoulait le Jarret

Qu’un jour on a couvert. Depuis il est aveugle
Et va en tâtonnant sous de grands boulevards
Où grouillent des vélos, des voitures qui beuglent,
Des taxis, des cinglés, des gens et des motards…

Mais bien que souterrain, enserré dans la pierre,
Le Jarret continue à couler droit devant
Jusqu’à la belle Huveaune, oubliant ses misères,
Roulant un peu plus fort pour rejoindre le vent.

Et Marius dit qu’un jour il se révoltera,
Qu’un orage insensé viendra le délivrer
De son corset de pierre et qu’il explosera
Pour retrouver l’air pur dont l’Homme l’a privé.

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Gilbert Thomas
www.gilbthomas.blogspot.com

Les rochers sont si clairs sous le grand soleil-lion
Qu’ils semblent enneigés. L’air brûlant est très pur ;
La falaise scintille ; il y a des millions
D’étoiles calcifiées qui  brillent sur son mur

Dressé sur l’horizon. Les yeux clignent, blessés
Par l’exagération de la lumière blanche
Exacerbant encor la folie de l’été.
La lumière est d’argent et le grand ciel qui penche

Est posé comme un voile au-dessus de Rousset.
Il est si clair, si bleu, tellement transparent
Qu’il paraît infini, infiniment léger,
Eraflé par le vol de vastes oiseaux blancs.

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Robert Esnay
www.robert-esnay.com

C’est un aigre matin du début de l’automne,
Premier accent aigu du futur mauvais temps !
Peu à peu le jardin asséché vire au jaune,
Balayé ci-et-là par des quintes de vent.

Les feuilles et les fleurs roussissent. Le soleil
Semble tout rétréci sur le ciel qui pâlit.
Le jour est comme usé, plus tout à fait pareil
A la lumière drue qui pleuvait à midi

Il y a seulement encor quelques semaines.
Aujourd’hui il fait frais ; j’ai même ressorti
Un tee-shirt bien douillet et un pull fin, en laine !
J’anticipe le pire, et je n’ai pas envie

Que reviennent ces nuits qui n’en finissent plus
Et ces jours courtichons où l’on n’ose sortir !
Ce matin il fait froid, on dirait qu’il a plu !
Septembre languissant est en train de mourir…

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