Archive de l'auteur

Goyo-Dominguez
www.artnet.fr

Non loin de la Major vivent trois jeunes filles,
Trois soeurs telles des fleurs et qui sont si jolies
Que même le soleil en est fou amoureux.
L’on en dit à Marseille que sera bienheureux

Qui les épousera tant elles sont parfaites.
Rousses toutes les trois et la tête bien faite :
On dirait trois Printemps sages et raisonnables ;
En sus de leur beauté elles sont fort aimables

Et vous laissent pantois dès que vous les voyez.
Nul ne saurait donc dire quelle est sa préférée !
Mais c’est là que le bât blesse et leur fait du tort
Car comment donc choisir ? Il faudrait être fort

Pour ne pas hésiter devant tant de beauté,
De grâce et de douceur par trois multipliées !
Aussi les demoiselles sont-elles solitaires
Et malgré leurs vertus toujours célibataires !

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Tomek
http://pagesperso-orange.fr/tomek/peinturesOLD

Il fait très doux ce soir et la mer est tranquille.
Elle clapote doux et son flot immobile
Semble un grand lac d’argent sous le soleil qui fond
Et se noie peu à peu là-bas à l’horizon.

Le ciel est rouge vif et l’eau devient marine
Avec des plis foncés ourlés de cornaline :
Chromo exagéré que nul n’oserait peindre
Et que le soir tombant lentement va éteindre !

Maintenant le tableau vire au noir et au miel :
C’est la lune en croissant qui éclaire le ciel
De sa corne dorée. Des étoiles clignotent
Sur le velours obscur où leur reflet tremblote.

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Sophie Corre
www.sophiecorcorre.blogspot.com

Dans le fond du jardin du linge est suspendu
Sur un filin d’acier,  filin si bien tendu
Qu’il vibre quelquefois sous l’archet du mistral
Entraînant la lessive en un bal vespéral.

C’est joli comme tout, ces chemises qui dansent
Avec leurs bras flottants qui sont entrés en transes
Dès le tout premier souffle du vent déchaîné
Autour des vêtements : il tente d’arracher

Les petits bouts de bois s’opposant à sa force !
Les pinces tiennent bon, mais le vent fou s’efforce
De les tordre d’un coup et de les expédier
Dans les rosiers fleuris qui parfument l’été.

La lessive résiste : elle en a vu bien d’autres !
Draps, chaussettes, torchons, serviettes, culottes…
Tout virevolte et valse et palpite et tournoie,
Un ballet de tissu sous le ciel qui rougeoie !

C’est la danse insensée des formes, des couleurs ;
On croirait voir baller de gigantesques fleurs
Ou des ailes d’oiseaux attachées à un fil.
C’est la danse inouïe de morceaux de textile !

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Botticelli

Sur un joli visage une bouche tachée
Par le suc vermillon d’une cerise rouge :
Sur des mots cristallins, des quenottes de lait,
Deux lèvres de velours qui sourient et qui bougent.

La lèvre supérieure a un arc prononcé
Comme il l’est bien souvent sur les bouches d’enfants.
Les commissures rient, légèrement plissées
Par la joie, le printemps et  presque dix-huit ans.

Une bouche très jeune, une bouche parfaite
Où les rides des vieux n’ont pas encor brodé
Leurs petits plis rageurs creusés par les défaites,
Les fêtes, le chagrin, la mauvaise santé,

Et surtout par le Temps abîmant toute chose.
Une bouche entr’ouverte et doublée de vermeil !
Toute fraîche et gonflée, elle est telle une rose
Humide de rosée luisant sous le soleil.

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Claude Feuillet
http://www.claudefeuillet.com

A Aix, et à Marseille, et en bien d’autres villes,
Ils sont des milliers de jeunes angoissés
Qui viennent de subir ce qu’ils croient inutile :
Ce Bac si nécessaire et si dur à passer !

Faisant les fanfarons, ils n’en mènent pas large
Et manient l’ironie, se moquant en riant
Du premier passeport pour monter sur la barge
Qui va les amener sur la rive des Grands.

Ils attendent patients ou perturbés, selon
Leur nature profonde et leur confiance en eux.
Ont-ils bien su répondre ? Etaient-ils nuls ou bons ?
Ont-ils bien expliqué que 1+1 font deux ?

Ils sont là, bras ballants, ayant l’air de bader,
Mais leur coeur défaillant bat très fort la chamade.
Bientôt les résultats qu’il faudra regarder
Sans perdre contenance auprès des camarades !

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Un oiseau vif et enjoué
Enfermé au creux d’une cage :
Il peut chanter, ne peut voler,
Et ne doit plus qu’être très sage

Entre les barreaux qui l’enserrent.
Et le pire au fil des années,
C’est que cet étau se resserre :
Il va finir par le broyer.

Heureusement son chant est clair,
- C’est tout ce dont il est capable -
Son esprit vif comme naguère ;
Les jeunes le trouvent aimable

Et il ne doit pas trop se plaindre
De ses maux ni de ces outrages
Faits à son corps. Il pourrait craindre
Le sort d’autres vieux de son âge !

Même s’il se heurte aux barreaux,
Son intellect n’est pas touché.
Autour de lui de vieux oiseaux
Ne chantent plus et sont prostrés

Dans une infâme déchéance :
Plus d’âme, plus de corps, plus rien !
Lors il se dit qu’il a la chance
D’être encor quelqu’un de très bien !

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Philippe Calabro
www.calabro.canalblog.com

Son grand mas est perché en haut d’une colline
Au coeur de la garrigue où seuls quelques moutons
Donnent signe de vie. Et peu de gens devinent
Qu’il y a un Humain dans la vieille maison.

Il aurait bien aimé trouver une compagne :
Le sort n’a pas voulu, il est vraiment très seul
Dans sa ferme perdue au fond de la campagne.
La vie est rude ici. Il n’a pas une gueule

D’Adonis ni de star : il est même assez laid
Ou tout au moins quelconque, et vit petitement
Avec très peu d’argent. Il n’aime pas parler…
Quelle fille assez folle en ferait son amant ?

Le silence est pesant, surtout pendant l’hiver
Quand même le mistral s’est enfui pour ailleurs.
Il va mourir tout seul, seul comme un pauvre hère,
Quand seront dévidés ses mois, ses jours, ses heures…

Mais il poursuit sa tâche et sans répit travaille,
Sans savoir dans quel but, ni pour quoi, ni pour qui.
Il doit se lever tôt : c’est le temps des semailles !
Travailler dans les champs, ce n’est jamais fini…

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J.Tollet-Loeb
www.tollet-loeb.com

C’est le quatorze avril : nous allons déjeuner
Dehors dans le jardin pour la première fois !
L’air sent bon les lilas ; il fait tiède à souhait ;
Un tourtereau têtu roucoule son émoi :

Tout se conjugue enfin pour que nous soyons bien !
Un vent très délicat imprégné de senteurs
Palpite autour de nous légèrement, et rien
Ne saurait entacher tous nos petits bonheurs :

Les croissants craquillants sont tout frais ; le pain chaud
Croustille sous les dents ; ça sent bon le café,
Les tartines grillées, le thé, le cacao…
Le chant du tourtereau est empli de gaîté

Car il vient de trouver enfin sa tourterelle.
Le jardin est heureux, nous le sommes aussi,
Et c’est bon de goûter à cette vie si belle
En ce jour de printemps dénué de soucis.

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Pas bien loin du Jarret vit un très vieux bonhomme
Qu’on appelle Marius : il ressemble à Fresnay,
Un acteur d’autrefois – bien oublié en somme !
Il parle bien souvent du temps où le quartier

Etait une campagne avec une rivière
Claire comme le ciel qui venait s’y mirer.
Et il galège à peine ! Pétillant de lumière
Et longeant des prés verts roucoulait le Jarret

Qu’un jour on a couvert. Depuis il est aveugle
Et va en tâtonnant sous de grands boulevards
Où grouillent des vélos, des voitures qui beuglent,
Des taxis, des cinglés, des gens et des motards…

Mais bien que souterrain, enserré dans la pierre,
Le Jarret continue à couler droit devant
Jusqu’à la belle Huveaune, oubliant ses misères,
Roulant un peu plus fort pour rejoindre le vent.

Et Marius dit qu’un jour il se révoltera,
Qu’un orage insensé viendra le délivrer
De son corset de pierre et qu’il explosera
Pour retrouver l’air pur dont l’Homme l’a privé.

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Gilbert Thomas
www.gilbthomas.blogspot.com

Les rochers sont si clairs sous le grand soleil-lion
Qu’ils semblent enneigés. L’air brûlant est très pur ;
La falaise scintille ; il y a des millions
D’étoiles calcifiées qui  brillent sur son mur

Dressé sur l’horizon. Les yeux clignent, blessés
Par l’exagération de la lumière blanche
Exacerbant encor la folie de l’été.
La lumière est d’argent et le grand ciel qui penche

Est posé comme un voile au-dessus de Rousset.
Il est si clair, si bleu, tellement transparent
Qu’il paraît infini, infiniment léger,
Eraflé par le vol de vastes oiseaux blancs.

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Robert Esnay
www.robert-esnay.com

C’est un aigre matin du début de l’automne,
Premier accent aigu du futur mauvais temps !
Peu à peu le jardin asséché vire au jaune,
Balayé ci-et-là par des quintes de vent.

Les feuilles et les fleurs roussissent. Le soleil
Semble tout rétréci sur le ciel qui pâlit.
Le jour est comme usé, plus tout à fait pareil
A la lumière drue qui pleuvait à midi

Il y a seulement encor quelques semaines.
Aujourd’hui il fait frais ; j’ai même ressorti
Un tee-shirt bien douillet et un pull fin, en laine !
J’anticipe le pire, et je n’ai pas envie

Que reviennent ces nuits qui n’en finissent plus
Et ces jours courtichons où l’on n’ose sortir !
Ce matin il fait froid, on dirait qu’il a plu !
Septembre languissant est en train de mourir…

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Jean-Marc Janiaczyk
http://pagesperso-orange.fr/jean-marc.janiaczyk/

Sortirons-nous jamais de ce maudit hiver
Qui couvre le Midi d’une ombre interminable ?
Notre temps provençal devient aussi divers
Que ces mornes climats que nous trouvions minables !

Mais nous sommes punis de notre morgue hautaine :
Depuis des mois déjà nous passons constamment
De la pluie au grand froid : un temps croquemitaine
Qui nous est inconnu, fait de nous des enfants

Trop gâtés par le Ciel et ne supportant pas
Les tristes aléas d’une triste saison.
Nous guettons le printemps depuis des jours déjà,
Yeux tournés vers le ciel, et nous nous demandons

Ce que sera le temps dans quelques décennies.
Il gèle, il neige, il pleut ! Pourquoi pas du brouillard ?
Nous nous en souviendrons, de cet hiver pourri !
Pourvu que le printemps ne soit pas en retard…

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France Lord
www.quebecweb.com

C’est le mac de la basse-cour,
Tout gonflé d’orgueil et de plumes.
Gonflant son jabot de velours
Au dernier clin d’oeil de la lune,

Il s’égosille au grand matin
Afin que le soleil se lève ;
Puis il commence avec entrain
A courir les poules, sans trêve :

Car tel une infâme canaille,
Casanova du poulailler,
Et Don Juan de la volaille,
Une à une il va les… charmer,

Ne pensant qu’à la gaudriole !
On l’entend de Grans à Coudoux
Chantant sa joie et sa gloriole…
Mais demain on lui tord le cou

Pour en faire un bon coq au vin :
Et le piètre roi de la nique,
Le volatile vil et vain,
Finira comme un alcoolique !

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Faller

Ca sent les chichis, la poussière,
Et la grand’place est encombrée
De manèges qui vocifèrent :
Aujourd’hui, c’est en plein été

La fête foraine au village.
Les musiques qui s’entrechoquent
Semblent toutes hurler de rage,
Mais les gens qui badent se moquent

D’avoir les oreilles blessées
Par flons-flons et cacophonie.
C’est la fête, il faut s’amuser !
Partout la joie, des jeux, des cris !

La météo est optimiste :
Pas de mistral avant trois jours
Ni quoi que ce soit de trop triste !
Du beau temps ? Ce sont donc des tours

De manège – endroit et envers -
Toujours plus forts, toujours plus fous !
Merveilleuse fête à Vauvert
Qui illumine le mois d’août !

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Marion Warren
http://www.marion-warren.rmc.fr

Le soleil est entré dans la pièce et se tient
Derrière elle au moment où elle se maquille.
Son éclat est très vif et ne lui cache rien
Des atteintes du Temps : elle est partie en vrille,

Cette extrême beauté dont elle était si fière !
Les années ont brouillé l’ovale du visage ;
Sa peau est ravinée par l’excès de lumière
Accentuant ses traits. Et ces rudes ravages,

Stigmates du soleil, du temps et du tabac,
Sont cruels et lui font une piètre figure.
Une existence dure et d’énormes tracas :
C’est fou ce qu’un corps las peut subir et endure !

Mais pourquoi les journées passent-elles si vite ?
Pourquoi devient-on vieux avant d’avoir vécu ?
Pourquoi ne comprend-on quelles sont ses limites
Qu’à l’ultime moment ? Tous ces rêves perdus !

Elle est désabusée et reprend son ouvrage
- Du fond de teint par là et de la crème ici -
Pour tenter d’effacer les énormes outrages
Dont le Temps en passant a maculé sa vie.

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