Archives de l’auteur : Vette de Fonclare

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.

Le printemps en mer

Le mistral aujourd’hui a-t-il perdu son souffle ?
Il n’est plus qu’un zéphir sur les flots dodinant
Sous l’azur bleu cobalt. Mais là-bas le Ponant
Est encor un peu gris sous le ciel que boursouflent

Des nuages légers tout comme des ombrelles.
La Méditerranée froufroute doucement
Jusqu’à l’horizon bleu qui ondoie lentement,
Aussi calme qu’un lac aspergé par la grêle

Des rayons printaniers qui pleuvent sur ses vagues.
A l’Est, Marseille est roux et toujours endormi
Comme un gros animal qu’on a enfin soumis,
Bien qu’encor agité de rêves qui divaguent.

Au large du Frioul ont jailli des courbettes
Toutes synchronisées : les ricochets mouillés
D’un groupe de dauphins. Sont-ils émoustillés
Par l’appel du printemps comme les autres bêtes 

Ou vraiment étrangers aux phases saisonnières ?
Sous leurs corps fuselés, l’eau est violet foncé.
Ils stridulent encor, avant de s’enfoncer
Dans l’abîme béant où même la lumière

Ne peut plus pénétrer. Là-haut, à la surface,
La mer chauffe ses flots à grands coups de soleil.
Un tout jeune gabian péniblement s’essaye
A monter vers l’azur, exempt de cette grâce

Inhérente aux oiseaux et à ses congénères.
Tirant vers les nuées ses ailes de velours,
Volant toujours plus haut, il est désormais lourd
D’un défi insensé : atteindre la lumière 

Du soleil qui renaît pour la saison nouvelle
Et gicle du ciel pur en millions d’étincelles.

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Les amoureux de la pluie

Ils se sont rencontrés un joli soir d’automne
Dans la lumière bleue, sans pluie, sans vent, sans rien.
Tout de suite charmée par son bel habit jaune,
Elle était tout en rouge. Et lui, il aima bien

Cette soie cramoisie dont elle était couverte.
Comme il faisait beau temps, ils ne travaillaient pas
Et en étaient contents, car les nues entr’ouvertes
Trop souvent depuis peu faisaient qu’ils étaient las

D’être trop occupés par les pluies de septembre…
Accrochés à un bras, ils allaient doucement
Par une allée du parc couleur de rouille et d’ambre
Quand un énorme orage éclata brusquement.

Aussitôt déployés, ils s’entre-regardèrent
Et trouvèrent très beaux leurs dômes colorés.
Amoureux de ciel gris plutôt que de lumière,
Tous deux s’étaient souvent fortement éploré

De ne point rencontrer beaucoup de congénères
Dans ce Marseille sec, qui pourtant depuis peu
Etait souvent trempé par des pluies passagères.
Même s’ils bossaient plus, ils en étaient heureux

Car c’était leur boulot : préserver des averses,
Tombant dru quelquefois, les gens qu’ils protégeaient.
Ils avaient vraiment peur qu’un éclair les transperce
Tant l’orage hurlait fort, et le ciel orangé

Renforçait leur terreur avec ses coups de foudre
Quand leurs jeunes porteurs se mirent à l’abri,
Un porche un peu étroit – peu pressés d’en découdre
Avec ce ciel cinglé. Eh oui ! Ce fut ainsi

Que débuta pour eux un bel amour à quatre :
Un homme et une femme avec leurs parapluies,
Se rencontrant un jour grâce au temps acariâtre
Qui en fit sur le champ des amants de la pluie.

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Erosion

Avec délicatesse et en catimini,
La Méditerranée, lovée contre Marseille,
Le grignote tout doux. Marseille s’émerveille,
Mais il n’a pas compris qu’elle est un ennemi

Car c’est traîtreusement qu’elle l’use et l’érode :
Un petit bout par-là, un petit bout par-ci !
Paraissant ignorer qu’il en sera ainsi
Tout au long fil du temps, la ville s’accommode

De perdre à chaque instant des bribes de sa côte.
La mer en s’y glissant la lèche tendrement
De ses vagues salées ; et c’est tout doucement
Que l’autre s’affaiblit quand les vagues baisotent

Ses plages et ses rocs avec force patience.
La mer n’est pas pressée car elle a tout son temps :
Des milliers d’années, peut-être plus, d’autant
Que le nouveau climat accentue sa puissance.

Elle va, elle vient, elle frôle, caresse
Le sable, les rochers, de son flot alangui ;
Parfois un coup de chien, quand elle se languit
De voir le processus qui traîne et qui paresse…

Et puis elle reprend l’inlassable labeur
Que lui a destiné sa mère la Nature
Dont le but avéré est que nul ne perdure.
Marseille périra, car de tout tel est l’heur…

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Le caïeu

J’ai trouvé au jardin un étrange caïeu
Dont j’ignorais le nom et que j’ai mis en terre
Au début de l’automne. Un bulbe solitaire
Que je n’avais encor jamais vu sous nos cieux.

Je ne sais même plus où je l’ai ramassé :
Dans un coin du compost, caché sous une feuille ?
Sous le mur cabossé où la vigne s’effeuille
Rouge comme le sang, près du vieux puits cassé ?

Puis l’hiver a passé, je n’y ai plus songé…
Le printemps revenu, toute à ma fantaisie,
J’errais dans le jardin quand je restai saisie
D’y voir, fort incongru, un chimérique objet :

Une fleur inouïe là où j’avais planté
Ce caïeu ignoré de mes faibles lumières.
Une plante inconnue, si extraordinaire
Que je ne pensais pas qu’elle pût exister !

Un trésor féerique aux multiples couleurs,
Et dont les longs pétale(s ) étaient, telles des ailes,
Palpitants et vibrants. Une plante si belle
Qu’elle était sûrement reine parmi les fleurs !

Elle a vécu ainsi à peine quelques heures,
Sublime de beauté. Puis, sans que je comprenne,
A soudain disparu pour ma plus grande peine,
En laissant derrière elle une ineffable odeur…

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Bientôt…

Quand l’hiver posera sur la Haute-Provence,
Comme un dôme étouffant, son ciel gris et brumeux,
Il faudra s’efforcer de songer à la chance
D’avoir là, sous les yeux, ces nuages crémeux

Enjolivant le Brec dès le petit matin.
Flottera sur le Sauze une brume frisquette
Floutant les monts tout gris d’un voile inopportun ;
Et désormais inapte à hurler à tue-tête

Comme à la mitan d’août, le soleil rabougri
Se fera tout petit en prenant de la gîte,
Posé sur l’horizon tôt dans l’après-midi.
Ce temps n’est plus très loin ! Et les oiseaux s’agitent,

Comme s’ils projetaient le grand rassemblement
Qui va les regrouper pour la proche aventure.
Le feuillage moins vert pendouille tristement,
La chanson de l’été n’est plus qu’un doux murmure…

Dans à peine deux mois l’hiver sera donc là,
Nous poussant toujours plus de son souffle si froid
Vers la fin de la vie. Cette vie qui s’en va
Tout au long d’un chemin de plus en plus étroit…

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Les bulbes d’or

Le ciel lourd a posé une chape de plomb
Sur la steppe infinie où naquit l’âme slave.
Un bouleau, ci et là, profile son aplomb
Sur la plaine pelée qu’une pluie froide élave,

Tout comme ces isbas que le rabot du temps
Les ponçant patiemment va peu à peu détruire.
L’inaction engourdit les bourgades d’antan
Où l’Esprit souffle encor, toujours prêt à séduire

Les cœurs russes enclins à supporter ce spleen
Qui flotte sous le ciel où dansent des mirages.
La steppe est grise et nue sous son voile de bruine
Et le temps pèse lourd au cœur noir de l’orage…

Cependant, c’est partout un éblouissement :
Des coupoles dorées pointant vers les nuages ;
Partout des bulbes d’or, dont le bref flamboiement
Allume des éclairs au fin-fond des villages ;

Des bulbes, des clochers de toutes les couleurs,
Les tons exacerbés d ‘innombrables icônes,
Des fresques décorées d’animaux et de fleurs ;
Du vert, du bleu, de l’or, de l’orange et du jaune

Pour évoquer la vie des saintes et des saints,
Probes et sans défauts, en bandes dessinées ;
Vierges miniaturées, prophètes au front ceint
D’auréoles dorées, statues enluminées…

Ineffable explosion de foi, de dévotion,
Et mystique joyeuse au coeur d’un peuple triste ;
Incroyables yeux bleus embués d’émotion
Ayant excommunié l’impiété communiste…

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Le jardin de Caline

Le jardin de Caline est un vrai paradis
Où pousse à profusion tout ce que le Midi
Laisse germer et croître à force de lumière !
Où même une orchidée pousserait sur les pierres

A condition qu’elle ait tous les soirs un peu d’eau !
Le jardin de Caline ? Un merveilleux cadeau
Pour qui aime les fleurs en fouillis, la verdure…
Il souffre rarement de l’extrême froidure

Qui peut mordre le Sud juste avant le printemps,
Car une fée y vit depuis très très longtemps
Comme en un nirvana au cœur de la Provence ;
Et pour lui ce choix fut une incroyable chance

Puisqu’elle le soustrait aux caprices du temps…
Comme ces vieux jardins que les curés d’antan
Cultivaient patiemment près de leur presbytère,
Le jardin de Caline est comme un éventaire

De légumes, de fruits de toutes les couleurs,
Tout aussi parfumés que les milliers de fleurs
Y poussant à foison. Caline a la main verte
Tout comme son mari ; et toute découverte

D’un nouveau spécimen méritant d’être aimé
Les rend vraiment heureux. Pour le jardin charmé,
Ce petit plant tout neuf est comme une aventure,
Qu’il devra protéger sous ses vertes ramures

En l’ombrant sans excès. Ensuite le Destin
Prendra sa vie en main dans le petit matin
Que le ciel indigo à l’envi ensoleille.
Le jardin de Caline est une vraie merveille…

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L’automne est élégant…

Poème illustré par un tableau de :
Alfons Mucha

(1860-1939)

L’automne est raffiné, avec sa longue écharpe
De brouillard et d’odeurs, de feuilles et de vent ;
L’automne est musicien, qui effleure sa harpe
Pour mieux ensorceler ses dociles amants.

Car ils sont très nombreux, ces amoureux fidèles
N’attribuant qu’attraits à la douce saison
Qui fait virevolter en lèges* ribambelles
Les feuilles dentelées jusqu’au toit des maisons.

L’automne est un artiste, empourprant tant la vigne
Qu’elle prend la couleur écarlate du sang,
Quand de longues traînées blanchâtres égratignent
Un dernier ciel d’été d’un bleu ahurissant.

L’automne aquarelliste éclabousse les feuilles
De taches bariolées allant de l’or au roux.
C’est un peintre avéré, dont le pinceau effeuille
Le fouillis d’un décor le gênant peu ou prou

Tant il est encombré de détails inutiles,
Comme drageons trop verts ou rameaux trop feuillus.
L’automne est tolérant, mais il n’est pas hostile
Au fait de se lester de détails superflus.

L’automne est créateur, et sa sage élégance
Précède la rigueur de son frère l’Hiver.
Il colorie le Temps. Sa seule extravagance ?
Garder sur son chapeau quelques touches de vert…

* lège : léger en langage poétique.

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Il fait déjà trop chaud…

Ce début de juillet s’annonce redoutable.
Il fait déjà trop chaud. L’on a clos la maison
Comme un vrai château-fort, volets clos. La saison
Estivale est précoce ; et bien peu acceptable

Le fait de se terrer comme des animaux.
Le mois de juin déjà presque caniculaire
Nous a anéantis. Prodige séculaire,
Nous ont dit les experts avec leurs jolis mots !

Dedans, il fait bien frais. Mais aussitôt qu’on ouvre,
Un déluge de feu s’engouffre à l’intérieur.
En sera-t-il ainsi en des temps ultérieurs ?
Quel est donc ce démon qui peu à peu entr’ouvre

Les portes de l’Enfer pour nous faire cramer
Avec force fournaise et autre canicule ?
Bien calfeutré chez soi, l’on se sent ridicule
De n’oser affronter le soleil affamé

Qui se tient aux aguets, là, derrière la porte,
Tout prêt à nous griller, pauvres petits humains !
Quel sera l’avenir, que sera donc demain ?
Quand on voit les dégâts que ce temps fou apporte

Et ses calamités, l’on ne peut que frémir…
Mais ne résistons plus à la molle torpeur
Nous isolant du monde. Oublions cette peur
Qui nous saisit le coeur. Il vaudrait mieux dormir…

Prenons un thé glacé. La maison est bien fraîche.
Les cigales dehors fêtent cette chaleur
Qui leur est idéale et qui nous est douleur…
La sueur distillée par ta peau un peu rêche

Me saoule et m’ensorcelle irrésistiblement.
L’on s’aime et l’on est bien. Un ventilateur tourne.
Que notre amour-passion pour un temps nous détourne
D’idées trop compliquées pour soucier deux amants !

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La Fête

Il faudrait qu’un beau jour, à l’orée du printemps,
L’on fasse la fiesta pour oublier le temps
Du ciel bas sur la mer tristement cotonneuse.
Effacer tout souci de l’âme cafardeuse

Que nous donnent le froid et le gris de l’hiver !
L’on devrait tous s’unir pour repeindre la ville
De toutes les couleurs. Même les bidonvilles !
Nous masquerions leurs plaies en forçant sur le vert ;

Du jaune et puis du bleu sur les quartiers lépreux,
Et de l’or en pagaille au fond de tous les yeux.
Nous mettrions au ciel quelques nuages roses
Pour faire plus joli ; ferions pousser des roses

Et des milliers de fleurs dans le moindre recoin.
Plus chouette qu’à Rio, bien plus beau qu’à Venise !
Non, pas un Carnaval : une fête qui grise
Tous les gens de Marseille. Et qu’à brûle-pourpoint

Chacun cherche chez lui de quoi se déguiser
En grand n’importe quoi. Et qu’on danse, et qu’on chante ;
Qu’on soit surtout heureux, tous les sens aiguisés
Par le bonheur de vivre. Et que tous on s’enchante

De ce nouveau printemps s’ouvrant sur tant d’espoir.
Nous irions nous baigner. La Méditerranée
Se ferait toute douce ; et comme chaque année
Au mitan de l’été, du matin jusqu’au soir,

Nous en savourerions l’agréable tiédeur
Bien qu’on ne soit qu’en mars. Gigantesque trempette
De tous les Marseillais chantant avec ardeur
Sous le soleil ravi de se joindre à tue-tête

A l’énorme, homérique et incroyable fête !

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Sur le grand plateau roux…

Sur le grand plateau roux autour de Valensole
Le vent fait onduler les blés comme un dément.
Le soleil qui tournoie scintille éperdument
Sur le plumage noir des corbeaux qui s’envolent

Alors que gronde au loin la rumeur d’un orage.
Le ciel est étouffant, les nues sont indigo,
Se délestant parfois de rares gouttes d’eau.
Il y a vers Gréoux un monceau de nuages

Zébrés de temps en temps par des serpentins jaunes.
Sur le village gris, tout près, tinte le glas :
Un villageois est mort, une âme qui s’en va
Faire un dernier voyage ; et la cloche qui sonne

Sanglote en même temps que les nuages crèvent.
L’homme était peu aimé. Et pour l’accompagner
Des gens bien peu nombreux, tous en train de grogner
Contre l’agitation de l’été qui s’achève.

L’orage a éclaté ; dans le vieux cimetière
Où l’eau s’est abattue tout le monde s’enfuit.
Les oiseaux se sont tus. Tout à coup c’est la nuit
En plein après-midi. Un zeste de lumière

S’accroche encor un peu à la nouvelle tombe
Boueuse et délaissée dans l’énorme fracas
Des éclairs aveuglants. Puis il marque le pas…
Sur le trou mal comblé, lentement, la pluie tombe.

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Terreur nocturne

Qui pianote tout doux à l’huis de la maison ?
Un léger battement, un soupir, une sorte
De frôlement furtif qui défie la raison.
Qui donc tapote ainsi au vantail de la porte

A onze heures du soir ? On a déjà ouvert
Rapidement – deux fois – mais l’on n’a vu personne !
Maintenant l’on a peur. Quel est donc ce pervers
Qui veut nous effrayer ? Voici qu’on déraisonne

En cherchant qui, dehors, veut nous pousser à bout.
Il est vrai qu’on est seuls au cœur de la garrigue,
Que lugubre est le cri de ce maudit hibou
Qui niche pas bien loin. Et qu’on paie les fatigues

Cumulées au travail tout au long de l’été.
L’on est venu passer quelques journées tranquilles
Dans la vieille maison, dont la tranquillité
Nous déstresse si bien à l’écart de la ville.

Et voici que ce bruit nous fait battre le cœur !
Il n’est pas régulier, bat par intermittences.
Un petit tapotis. Mais l’on sent la rancoeur
Nous gagner peu à peu, une colère intense

Envers cet inconnu qui veut nous faire peur.
On est terrorisés, d’autant que le bruit cesse
Quand on crie d’arrêter au maudit visiteur
Qui veut nous affoler, nous menace et nous stresse…

C’est moi qui ai tiré au travers de la porte.
Et puis l’on a ouvert. Il gisait sur le seuil.
Créature chétive, insignifiante et morte :
Notre assaillant nocturne était… un écureuil.

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La vieille jeune fille

Dessinée sur sa peau, il y a maintenant
Une fine résille en toile d’araignée.
Elle est toujours coquette et toujours bien peignée,
Mais se trouve trop maigre ; et bien peu avenant

Est son regard  terni, délavé par le temps.
Elle marche tout doux, appuyée sur sa canne.
Lente, un peu nonchalante, on dirait qu’elle flâne,
Mais elle fait semblant, et c’est en prétextant

Une bonne santé qu’elle berne les gens.
Car elle veut cacher qu’elle est devenue vieille,
Que ses jambes, ses yeux, ses dents et ses oreilles
Laissent à désirer, amoindris par les ans.

Sur son visage pâle, il subsiste pourtant
Des zestes de beauté, comme sur une rose
En train de se flétrir. Une rose déclose,
Déjà un peu fanée par la mort qui l’attend…

Même si elle en rit, parfois elle se sent
Légère et résolue comme une jeune fille.
Elle est toujours la même, et son corps en guenilles
N’est en rien le miroir de ce qu’elle ressent,

Car l’âge n’y peut rien, qui l’use en omettant
D’effacer en son cœur son amour pour la vie.
Même si elle est vieille, elle a toujours envie,
Malgré tant d’avaries, d’aller tambour battant.

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Mystère de l’hiver

Mais que se passe-t-il quand l’hiver disparaît ?
Où emmène-t-il donc ses alliés redoutables :
Le brouillard, le verglas et ce froid effroyable ?
Où va-t-il se cacher ? Les a-t-il égarés ?

Est-ce un vieillard chenu avec une besace
Contenant ces seconds qu’il lâche à tous les vents
Dès que décembre est là ? Où est-il donc, avant ?
Puis ensuite où va-t-il quand le printemps l’efface

En le poussant tout doux vers on ne sait trop où.
Est-ce un Dieu qui renaît sans cesse chaque année,
Avant-goût terrifiant de notre destinée ?
Saison de la vieillesse avec la mort au bout,

L’hiver revient toujours, espoir ou désespoir.
Et puis il doit partir, car son jeune compère*
Le dégage dehors, tout comme les misères
Qu’il sème un peu partout… Cependant, le revoir

Ne signifie-t-il point qu’on est encor vivant ?
Et qu’après ses méfaits, la vie s’en va renaître,
Et partir, resurgir, pour enfin disparaître.
Car l’on n’est, après tout, qu’un tourbillon de vent…

*Le Printemps

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Le four

Poème illustré par un tableau de :
Vincent Honnoré

L’on dirait qu’est ouverte la porte d’un four :
Dès qu’on sort, l’air ardent nous chope et nous assaille
En nous coupant le souffle. Et notre cœur tressaille
Sous cet assaut brûlant! Ça fait déjà trois jours

Qu’on n’ose plus flâner tellement il fait chaud.
Et sitôt qu’on le fait, sitôt on le regrette
Tant l’énorme étouffoir nous fait tourner la tête.
Marseille est maintenant un énorme réchaud,

Qui va, c’est évident, commencer à bouillir
Si le soleil poursuit ce maudit badinage
Où il se rit de nous, exerçant ses ravages
Sur notre pauvre corps tout prêt à défaillir.

En ville, il fait trop chaud ! Partons donc pour l’Ubaye,
Il fait bon tout là-haut : peut-être y fait-il frais ?
L’on pourrait se baigner dans le Lac, et errer
Sur ses rives fleuries. Oublions le travail

Et la ville oppressée qui se meurt peu à peu.
Lâchons tout et fuyons vers la Haute-Provence,
Ses versants verdoyants, la fraîche transparence
De son ciel lumineux et certainement bleu…

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