Archives de l’auteur : Vette de Fonclare

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.

Marseille fait la gueule…

Marseille fait la gueule, elle a mal à sa mer :
La Méditerranée, sa maîtresse, sa reine
Qui depuis deux mille ans la garde et la parraine…
La ville a depuis peu le sentiment amer

De ne plus l’estimer, en la déshonorant ;
Si au premier regard c’est vraiment impossible
De prédire pour elle un avenir horrible,
L’eau claire est polluée, et son léger courant

Transporte en clapotant tout un monde pourri :
Déchets désagrégés et ordures chimiques
Diluées en son sein ; détritus organiques
Qu’on ne voit même plus, non ! mais dont se nourrit

Sans s’en douter du tout le monde sous-marin.
Dégradant peu à peu et la faune et la flore,
Insidieusement le fléau détériore
La pureté de l’eau de ce monde serein

Qu’on croyait préservé pour une éternité.
La Méditerranée n’est plus impérissable
Et Marseille le sait. Ce monde inébranlable
Qui paraissait si sûr pourrait bien s’effriter

Et mourir lentement… Le va-et-vient des flots
Effleure doucement les plages de la ville.
Le mouvement de l’eau paraît doux et tranquille,
Mais le bruit du ressac ressemble à un sanglot.

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Boursouflé de glace et de neige…

Le ciel ressemble à un gros sac
Boursouflé de glace et de neige ;
Se réfléchissant dans le lac,
Des hordes de nuages beiges

L’ont enténébré de leur ombre.
Novembre, un triste musicien,
Va jouer la chanson si sombre
De l’odieux hiver qui s’en vient.

Toutes les feuilles sont tombées.
Les arbres, longs squelettes noirs,
Ont leur cime grise nimbée
Par la lumière ocrée du soir,

Un tout premier givre s’accroche
A leur tronc sec et écailleux.
Des diamants brillent sur la roche
Surplombant le val des Maïeux

Où la vie semble s’être éteinte.
La montagne luit au lointain,
Vaste toile ternie et peinte
Par un soleil dont le déclin

Se fait sentir de jour en jour.
La lumière ploie sous l’attaque
Du morne hiver dont le retour
Si proche semble démoniaque

Après un été merveilleux.
L’hiver ? Un avatar odieux…

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Triste saison

C’est la saison des jours plus courts,
Des fleurs fanées, des feuilles mortes ;
La saison du vent qui emporte
De pauvres et frêles amours…

C’est la saison des premiers feux
Dans la cheminée qui crépite !
Celle des cœurs las que dépitent
Les affres d’un ultime adieu.

C’est la saison des ciels brumeux,
Et de l’anesthésie bizarre
Qui endort un Midi qu’effare
Bien trop d’épisodes pluvieux.

Saison triste d’après l’été
Quand celle qu’on aime est partie !
Relative contrepartie ?
L’or et le cuivre émiettés

Sur les arbres étincelants,
Dont la beauté stable et si sûre
Nous rappelle que seules durent
Les saisons accrochées au temps.

L’été est passé en courant
Ne nous léguant que la tristesse
De l’abandon. Il ne nous laisse
Qu’un triste automne indifférent,

Indifférent à ces amours
Fanées avant d’être fleuries,
Issues d’espérances taries,
Nées lors d’un juillet bien trop court.

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Mais à quoi sert ce temps qui passe ?

Mais à quoi sert ce Temps qui passe,
Auquel on ne peut s’accrocher ?
Les souvenirs ? Des ricochets
Ne laissant que bien peu de traces

Sur la mémoire où tout s’efface ;
Rien ne sert même d’en parler…
Le Temps ressemble à un reflet
Ephémère dans une glace.

Il passe, il court, il nous entraîne…
Oh, le figer dans les moments
De pur bonheur ! Mais l’on se ment
A croire ces instants pérennes

Puisqu’on glisse sur une pente.
Pourquoi donc même regretter,
Et s’agripper pour résister
A cette implacable descente ?

Passé fini, présent fugace,
Avenir vraiment incertain :
Tout projet est un baratin,
La mort est toujours sur nos traces

Et toute fuite est impossible.
Est-ce utile de l’affronter,
De protester ou d’insister ?
Sa puissance est irrésistible.

Seule la mer semble immuable,
Toujours pareille et toujours là,
Insensible au grand pugilat.
Mais elle efface sur le sable

Toute empreinte de pas humains.
De quoi sera donc fait demain ?

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Referme bien la porte…

 

Poème illustre par un tableau de
Vincent Van Gogh
(1853-1890)

Referme bien la porte, il fait si chaud dehors !
Il y a bien trois jours que cette canicule
S’est abattue sur nous, du Sud jusques au Nord.
L’on est anéantis. Même ici l’on recule

Dès qu’il faut se résoudre à aller au village.
Il fait si bon dedans où le ventilateur
Ronronne tant et plus comme un gros chat bien sage !
Il y a au frigo un rosé tentateur

Où vont dans un instant cliqueter des glaçons :
Ce serait indécent de commencer à geindre…
Les cigales dehors crissent à l’unisson,
Seules petites vies à ne jamais se plaindre

Quand il fait vraiment chaud. Minuscules prêtresses
De l’été triomphant et du soleil radieux,
Elles font vibrer l’air en criquant d’allégresse
Pour fêter l’apogée de leur terrible dieu.

Oh, qu’on est bien dedans ! Le Bandol est parfait,
Qui nous oint le gosier de sa fraîcheur exquise ;
Si léger, gouleyant… Et nos corps assoiffés
Enfin désaltérés vont pouvoir lâcher prise.

Mais le jardin a soif et il est lamentable.
Il va falloir quand même un peu se secouer
Pour aller l’arroser ! Aspersion secourable
Car cet été brûlant le frappe de plein fouet.

L’on ira tout à l’heure… Oh, trente-huit degrés !
Et si l’on s’allongeait tout nus sur le dallage ?
Délicieuse impression avec un seul regret :
Y penser bien trop tard tant ce contact soulage 

Nos corps déshydratés et notre peau qui brûle.
Oh, qu’on est bien dedans ! Le jardin attendra
Qu’on daigne enfin sortir de notre chère bulle :
Notre maison fermée à cet août scélérat.

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Oh, mon Dieu, qu’il fait froid…

Oh, mon Dieu, qu’il fait froid ! Je me recroqueville
Comme un fœtus caché au sein de sa coquille
Dans un ventre moelleux où il est bien au chaud.
Habits superposés ! Mais vraiment peu me chaut

De ressembler ainsi à un épouvantail !
La neige s’est hissée jusqu’en haut du portail.
On n’a jamais vu ça : un temps épouvantable,
Qui rend cette saison encor plus détestable

En me bloquant chez moi. La ville est silencieuse,
Comme étouffée, noyée par cette pernicieuse
Vague de froid bizarre et qu’on n’attendait pas
Car on n’est qu’en novembre. Un mois pas très sympa !

Dans l’allée du jardin gît un petit oiseau,
Minuscule cadavre aux pattes en ciseaux
Tendues vers le ciel gris. Pathétique victime
D’un hiver assassin multipliant les crimes

Depuis quelque huit jours ! C’est inimaginable :
Il y a peu encor, tout était agréable
Et l’on en oubliait qu’on était en hiver.
Tout était peint de bleu, de lumière et de vert…

Oh, mon Dieu, qu’il fait froid ! De la glace craquille
Sous mes pas au jardin que l’hiver remaquille
De noir, de gris, de blanc, en chassant les couleurs.
Sur mes vitres le gel a dessiné des fleurs.

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Le temps des feuilles mortes

Voici donc revenu le temps des feuilles mortes.
Le soleil s’affaiblit ; l’hiver à notre porte
S’en va rallier bientôt ses sinistres consorts :
Le vent, le froid, la pluie… Sans plus aucun ressort,

Les feuilles anémiées se balancent tout doux,
Parées par les frimas de jolis reflets roux ;
Et puis se détachant des arbres avec grâce,
Elles quittent leur nid dès la première glace

Et tout en tournoyant – ballerines légères –
Elles vont en dansant se poser sur les pierres
Du chemin s’accrochant au flanc de la montagne.
Une valse alanguie qui souvent s’accompagne

D’un tout dernier sursaut au moment de toucher
Le sol gris raboteux. D’aériens ricochets,
Deux ou trois bonds encor, et elles rendent l’âme :
L’automne a étouffé la minuscule flamme

De leur petite vie fugace et végétale.
Il leur suffit d’un rien, d’une brise automnale
Pour en un seul instant s’envoler vers la mort.
Ne vivre que six mois ! Epouvantable sort…

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