Archives de l’auteur : Vette de Fonclare

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.

Les complices

Poème illustré par un tableau de :

Michel Le Dret
mledret.free.fr/

Fouettée par le mistral, la Méditerranée
Monte à l’assaut du ciel dont le bleu indigo
Tout bigarré d’éclairs se mélange à ses eaux.
C ‘est le tohu-bohu de forces déchaînées

Agissant de concert pour convulser le monde ;
Trois monstres forcenés unis par l’ouragan,
En quête d’une proie, tout comme trois brigands
Chercheraient une prise apeurée à la ronde.

Du bout de l’horizon déchiré par les vagues
Arrive justement un tout petit bateau
Luttant contre les flots ; ça va faire bientôt
Trois heures qu’il bondit, cabriole et divague

Sur la mer ennemie qui voudrait le détruire.
Il a l’air d’un jouet, le bateau d’un minot
Jouant dans sa baignoire à être matelot.
Mais les trois éléments qui cherchent à lui nuire

Ne sont pas des enfants : ils veulent un désastre
Et la mort est en eux… Le petit bateau bleu
Est bien près de sa fin, il tangue, et d’ici peu
Il n’y aura plus rien sous la lueur des astres

Que les débris piteux d’une pauvre existence…
Le vent, le ciel et l’eau ont eu ce qu’ils voulaient :
Un dernier craquement, le bateau a coulé.
La mer va digérer sa bien maigre pitance.

 

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Un coup de vent d’automne…

Un coup de vent d’automne a emporté son cœur
Au-delà de la mer, au-delà de Marseille.
Coup de tabac dément, bourrasque sans pareille
Venue d’on ne sait où pour répandre la peur !

Il l’avait rencontrée depuis trois jours à peine
Quand ce mistral cinglé a soudain déboulé.
Elle s’est affolée : il fallait s’en aller
Pour fuir cette région à la louche dégaine,

Où le vent tempêtait tout comme un ouragan.
Elle y était venue en pleine confiance,
Avec des rêves fous de soleil en Provence ;
Et sans ce coup de vent vraiment extravagant,

Elle y serait restée, déjà presque amoureuse.
Marseille lui plaisait, et le jeune homme aussi.
Sans ce foutu mistral, il aurait réussi
A garder près de lui la jolie visiteuse !

Mais elle est repartie, emportée par le vent.
Il est resté tout seul, et le spleen de septembre
Rend encor bien plus dur le vide de sa chambre.
Depuis ce coup de chien, plus rien n’est comme avant…

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L’entre-deux

La station est déserte ; il n’y a plus de neige,
Hormis des glaçons gris qui s’agrippent aux toits.
Un chasse-neige usé et caduque nettoie
Une ultime gadoue sur le macadam beige

Car le dernier redoux a dépeuplé Praloup.
Le ciel est nuageux, la montagne grisouille.
Des gouttières usées et morveuses pendouillent
Des cristaux égouttant une eau salie. Un loup

S’est même aventuré au cœur de la station
Tant elle avait un air de ville abandonnée ;
Un décor pour un film où veut être donnée
Une impression d’angoisse et de désolation !

Est-il vrai que jeudi l’on jouait à glisser
Sur ces pentes ventrues, riant à perdre haleine ?
La station est fermée. Hier elle était pleine
De vie et de gaieté. Quelque chose est faussé,

Et semble inachevé, oublié, hors du temps…
Praloup n’est plus semblable à ses cartes postales
Et paraît maintenant vieux et moche et très sale.
Il se recroqueville, attendant le printemps…

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Agonie

Poème illustré par un tableau de :

Joos de Momper
(1564-1635)

L’Hiver a rassemblé ses oripeaux givrés
Sur son squelette blanc. Sa figure blafarde
Affiche depuis peu une expression pleurarde
Tant le temps se fait doux ; et il se sent sevré

De ne point pouvoir vivre au-delà de trois mois.
Il est à l’agonie car le ciel s’ensoleille
De plus en plus souvent. Entrevoir sur la treille
Des ombres de bourgeons le met tout en émoi

Car c’est un signe sûr que ce fichu printemps
Commence à s’affairer pour lui prendre sa place.
Serrant autour de lui sa défroque de glace,
Il essaie vainement de résister au Temps,

Aussi froid que la Mort dont il est le héraut.
Mais il va devoir fuir, peut-être même fondre,
Ou le jeune printemps va bientôt le confondre
Et le pousser dehors comme un bien piètre héros

Qui n’a plus rien à faire au monde des vivants.
L’hiver est moribond, chassé pour une année,
Peut-être anéanti par cette graminée
Que Mars a fait surgir dans le soleil levant…

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Les oiseaux de saison

Poème illustré par un tableau de :
Virginie Trabaud

C’est un oiseau d’hiver aux tristes plumes grises,
Un pauvre freluquet qu’ébouriffe la bise
Soufflant du Nord givré par le froid et le gel ;
Petit piaf étréci au corps immatériel

Et tout empli de faim, qui cherche sa pitance :
Juste un tout petit rien, un soupçon de bectance
Pour subsister encor, au moins jusqu’aux beaux jours,
Et s’adonner enfin aux plaisirs de l’amour…

Un oiseau de printemps volette dans le ciel,
En quête d’une amie, la gorge emplie de miel
Pour mieux vocaliser, la trouver au plus vite ;
Il est si guilleret qu’il plane et qu’il lévite

Au-dessus du jardin comme une libellule.
Il est bien, il est gai, les insectes pullulent !
Un tout petit oiseau, c’est fait pour le printemps,
C’est fait pour glorifier les broderies du Temps…

C’est un oiseau d’été volant dans le soleil,
Affriolé des baies et des gros fruits vermeils
Poussant dans les vergers tout partout en Provence ;
Un oiseau ébloui qui voltige et qui danse

Au-dessus des blés murs, des lavandins si bleus
Sous l’azur de juillet où le soleil en feu
Crépitant de chaleur dégueule sa lumière ;
Virevolter au ciel est sa fonction première…

Un oiseau en automne, un peu plus assagi
Et qui chante un peu moins dans le jardin rougi
Par le déclin du temps. Un oiseau moins agile,
Moins vif et moins piaillard, dont le vol moins habile

Semble un peu s’alourdir au fil des jours plus courts.
Un oiseau prévoyant picorant dans la cour
Des bribes, des fragments… En vue d’une disette ?
Un piaf se préparant à une vie d’ascète…

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Petit matin d’été à Marseille

De grands gabians braillards strient le ciel doré
De leur flottille grise, importunant Marseille
A force de longs cris. Le matin ensoleille
Leurs ailes éployées de chauds reflets cuivrés.

Le soleil se réveille, encor un peu pâlot,
Mais il blondit déjà l’immense Bonne Mère
Et son bébé divin… Un nuage éphémère
A fondu brusquement, juste au-dessus d’Allauch,

Et Marseille en a eu un tout petit écho
Qui n’a rien résolu. Une ondée passagère,
Une simili-pluie, même pas messagère
D’un bon coup de tabac ! Un ratage, un fiasco…

Mais c’est déjà fini : un orage d’été
Local et spontané, avec toute la grâce
Des faits presque imprévus, dont déjà toute trace
S’est effacée au sol aussitôt asséché.

Un matin marseillais, un matin de juillet !
Il va faire très chaud, mais la mer semble fraîche
Sous son friselis bleu. Un grand mistral dessèche
Les fleurs de Borély : le parc est assoiffé

Car ça fait trente jours qu’ici il n’a pas plu
Si ce n’est tout à l’heure, une ou deux ou trois gouttes !
Le grand jardin frémit. Un mimosa s’égoutte
Sur le sentier pierreux ne fumant déjà plus.

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Le havre

Poème illustré par un tableau de :

James Ensor
(1860-1949)

Au cœur de sa maison, chacun devrait avoir
Un petit coin à lui, un havre, une retraite
Pour pouvoir s’y nicher comme en un reposoir ;
Un refuge égoïste et presque une cachette

Où l’on désapprendrait le monde environnant.
S’y requinquer tout seul, y retrouver l’espoir
Quand on vient de subir moult gens empoisonnants
Qui vous ont assailli du matin jusqu’au soir.

Avoir un peu de temps, rien qu’à soi, pour souffler
Sans l’Autre et les enfants ! Juste avant de reprendre
Le ronron familial, ce train-train boursouflé
De tout petits soucis qui pourraient bien attendre.

Au cœur de sa maison, un tout petit recoin,
Un endroit bien à soi où l’on pourrait renaître,
Méditer, – juste un peu – oublier qu’on n’est point
Seulement un quidam, et qu’on ne voudrait… qu’Etre !

Pas juste le devoir, la tribu, le travail,
Mais un peu d’égoïsme, un peu de solitude !
Le droit de paresser et de sortir des rails,
Avant que le bonheur changé en habitude

Truffée de rituels ne paraisse pesant,
Que le chemin à deux ne devienne épuisant.

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Une feuille est tombée…

Une feuille est tombée, valsant éperdument
Avant de se poser sur l’eau de la fontaine.
Une feuille foldingue, une feuille à fredaines
Qui, bien que ce ne soit pas encor le moment,

S’est trop abandonnée aux caresses du vent.
Ce n’était plus l’été mais pas encor l’automne ;
Le ciel s’était ocré de pâles reflets jaunes,
La lumière ternie d’un été s’achevant.

La feuille s’est offerte aux vigoureux assauts
Du mistral qui dansait dans le ciel de septembre.
Une fort jolie feuille un peu tachetée d’ambre
Que le vent avait vue au cœur d’un arbrisseau.

La feuille a fait la folle et s’est vite complu
A faire des loopings dans le ciel bleu marine,
Jusqu’à ce que le vent l’abandonne et décline
Ce jeu qui désormais ne l’intéressait plus.

Il l’a donc déposée sur l’eau qui frémissait…
Dressant encor un peu son petit pédoncule,
Frêle et léger esquif, gondole ridicule,
La feuille y a fini son périple insensé,

Se laissant engloutir et noyer lentement
Pour s’en aller pourrir au fond de la fontaine.
Une feuille foldingue, une feuille à fredaines
Ayant pris son envol trop prématurément.

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Utopie

Tout est calme, c’est incroyable !
Aucune guerre, aucun conflit
Sur la Terre où tout est aimable ;
Pas un combat, nulle chienlit.

La Nature s’est assagie
Pour un sempiternel printemps,
Et nous goûtons à la magie
D’un impérissable beau temps

Où tout est bleu, où tout est tendre ;
Où les Hommes, les animaux,
-Printemps rêvé, joli chromo-
Semblent affairés à s’entendre.

Dans l’espace la Terre roule
Comme une bulle de bonheur ;
Le monde est pris dans une houle
D’amour, de beauté, de douceur.

Tout est calme, les Humains s’aiment.
Le Ciel serait-il descendu
Chez nous pour une paix extrême ?
L’Eden nous serait-il rendu?

L’harmonie règne sur le monde…
Mais il ne faut pas l’oublier
Et le proclamer à la ronde :
On est le trente février !

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J’aimerais, je voudrais…

J’aimerais, je voudrais m’envoler tout en haut
De la montagne bleue penchée sur la vallée ;
Et puis, niant ma peur, toute crainte avalée,
M’élancer du sommet comme une-femme oiseau.

Je voudrais, j’aimerais m’ébattre dans le ciel
Pour y glaner enfin des flocons de nuages,
Et voir la mer au loin tel un brumeux mirage
Où dansent des bateaux irisés d’arc-en ciel.

J’aimerais, je voudrais grappiller des étoiles
Pour les disséminer aux cimes des sapins
Et des mélèzes noirs, sur les monts subalpins
Que le gel hivernal drape d’un léger voile.

Je voudrais, j’aimerais incendier la lune
Pour qu’elle soit enfin l’égale du soleil
Et embrase les nues de son cercle vermeil
Qui enflamme la nuit, sa mélancolie brune.

J’aimerais, je voudrais musarder dans le ciel,
Valser au fil du vent au-dessus des vallées ;
Et puis planer tout doux après m’en être allée
Rejoindre l’horizon repeint d’or et de miel.

Je voudrais, j’aimerais rester toujours là-haut
Pour un dernier ballet. Un ultime voyage
Au pays où la mort n’existe plus, ni l’âge ;
Où des gens comme moi volent tels des oiseaux…

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Le nez dans le guidon

Poème illustré par un dessin de :
Honoré Daumier
(1808-1879)

Il existe chez nous des hommes politiques
Ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez !
Et ce n’est point du tout pour notre République
Qu’ils recherchent nos voix, mais pour nous amener

Là où ça les arrange, eux seuls, en tout premier !
Dans leur propre intérêt ! Dénués d’expérience,
La vie publique étant leur unique métier,
Ils savent malgré tout déjouer la méfiance

De leurs chers électeurs – ces benêts à berner –
Bien qu’ils soient maintes fois en parfait décalage
Avec nous, les Français, sots embobelinés
Jugés bien trop obtus pour voir les fricotages

Dont ils usent toujours fort astucieusement.
Ils n’ont vraiment en vue que le tout prochain vote,
La prochaine échéance, et malhonnêtement,
Nous font ingurgiter mille faux antidotes

Dont nous pensons à tort qu’ils pourraient nous guérir.
Si trop souvent, pour nous, leurs faits sont illicites,
Leurs abus, leurs excès ne sauraient les noircir
Puisqu’ils votent les lois ! Et ils se félicitent

De notre ingénuité : nous les réélisons !
Si nous sommes cocus, c’est vraiment notre faute !
Ces malfrats patentés ont tout à fait raison
De couillonner ainsi leurs chers compatriotes

Qui pourraient les virer s’ils le voulaient vraiment !
Sommes-nous des sujets quasiment invisibles
Pour ces individus? Bien sûr, évidemment !
Mais c’est notre confiance en eux qui est risible…

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Le mal-aimé

Poème illustré par une aquarelle de :
Denis Goy

Dans l’âtre du salon, un premier feu ronronne,
Avec de temps en temps une sourde explosion
D’étoiles et d’éclairs, comme lave en fusion.
L’on est bien, il fait chaud. Dehors le vent marmonne

Qu’il voudrait pénétrer au creux de la maison.
Mais ici l’on répugne au vent de la montagne
Qui annonce un grand froid et souvent s’accompagne
D’un gel insupportable, hors de toute raison !

Pour le moment, ça va ; il reste raisonnable
Et malgré son dépit, demeure fort courtois.
L’on a rentré du bois jusques en haut du toit,
Bien qu’octobre tout neuf soit encor très aimable,

Qui a peint la montagne avec des pigments roux ;
Roux comme les mélèze(s), aussi roux que les flammes
Qui rongent les rondins comme le font les lames
A l’assaut des rochers, là où le temps est doux.

Chez nous l’hiver est proche ; il sera très très rude
Car les oies sont passées depuis déjà longtemps.
Le vent désemparé s’incruste en tapotant
Les vitres du séjour : c’est son assuétude

Quand il souffle en octobre et que tombe la nuit !
Dehors le temps fraîchit, et la montagne rousse
Flamboie dans le Couchant. Le vent gémit et tousse,
Et puis désespéré s’en retourne chez lui.

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Quelques grammes de vie…

C’est un petit oiseau, un doux bouquet de plumes.
Quelques grammes, pas plus ! Un minuscule oiseau
Fait d’une once de chair et de tout petits os.
Quelques grammes de vie, de sang, mais qui s’allument

Dans le ciel du printemps en milliers d’étincelles
Quand il vole en dansant au-dessus du jardin.
Le soleil resplendit, la lumière ruisselle
Sur son tout petit corps et sur les lavandins

Embaumant le Midi. C’est une miniature,
Un petit rien du tout, une bulle de vent ;
Un joyau emplumé qu’un beau jour la Nature
A fait naître au jardin tout en l’enjolivant.

Dans le monde animal il est comme un sourire.
Insouciant et joyeux, il trille tout le jour.
Mais comme il est bruyant, il est le point de mire
Du vieux chat Mistigri rêvant depuis toujours

De sentir sous ses crocs l’adorable bestiole.
P’tit oiseau, sois sérieux, et fais bien attention :
Fais gaffe au monstre roux pendant tes cabrioles,
Ne te pose au jardin qu’avec circonspection…

Valse encor dans le ciel pur et inaccessible,
Partition myosotis et dont tu es l’archet ;
Le ciel clair du printemps dont il est impossible
Qu’un chat même malin puisse te décrocher.

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Tapisserie

Qu’est donc pour nous la vie le jour où nous naissons ?
La chaîne d’un tapis sur lequel nous devons
Passer et repasser une simple navette
Pour en tisser la tram(e) : très modeste carpette,

Ouvrage d’un grand prix ? En tout cas bien souvent
Ce que nous en faisons : parfois en en bavant,
Parfois facilement. Nous poussons la bobine,
Entrelaçant les fils afin que se combinent

Pour le mieux le hasard et les événements,
Essayant d’agencer ennuis et bons moments
Comme nous le pouvons. Mais dès que le fil casse,
Nous pourrions maintes fois, pour qu’au mieux tout se passe,

Essayer de recoudre avec art le tissu,
Même s’il est parfois tout sens dessous dessus.
Notre vie est souvent une tapisserie
Où peuvent alterner accrocs et broderies !

Alors que nous avons tout un choix de motifs,
Nous sommes fréquemment les uniques fautifs
De ces éraillements qui abîment la trame ;
Il nous serait aisé d’éviter bien des drames

Si nous nous souvenions de sa fragilité.
Notre vie est à nous, avec sa liberté.
Sa chaîne est bien tendue, mais son plus beau tissage
Dépend souvent de nous, qu’on soit fol ou très sage !

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La fin d’un monde

Sous le ciel où dansent trois nuages,
La mer bat comme un cœur cadencé.
Elle semble ainsi se balancer
De Marseille à l’incertain rivage

Du Couchant à l’azur enflammé.
La mer bat telle une grosse artère
Engorgée du sang roux de la Terre…
L’astre-roi est un lion affamé

Dont les crocs aiguisés dilacèrent
Le ciel bleu accablant de l’été.
Tout là-bas, l’horizon est flouté,
Avec des rais d’argent qui éclairent

La tour ronde imprécise d’un phare
Insensible aux gifles de la mer
Qui se mêle intimement à l’air
Pour lui faire larguer ses amarres.

La mer bat comme une grosse caisse
Pulsant fort sous les horions du vent,
Gigantesque et tout aussi vivant
Que les flots qui montent, qui s’abaissent.

Le ciel bleu peu à peu s’obscurcit ;
L’eau foncée maintenant semble épaisse
Comme la lave brune que laisse
Les volcans dans ces lointains pays

Où nues et mer semblent se confondre.
Le ciel fond, le vent crie, la mer bat.
Monstrueux ils mêlent leurs ébats
Au-dessus d’un monde qui s’effondre.

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