Uno masco

Il y avait jadis au fond du vieux Lauzet
Une fort jolie fille aux immenses yeux noirs.
Un peu mystérieuse, et qui sortait le soir
Sans qu’on sache jamais où elle se rendait.

Elle était blanchisseuse, et travaillait si bien
Qu’elle ne se couchait que sa tâche accomplie ;
Mais elle désirait que nul ne la vît
Quand elle se rendait au lavoir le matin…

Si bien que Léon Viau, dont c’était l’amoureuse,
En perdit un beau jour tout bon sens et la tête :
Décidant brusquement d’en avoir le coeur net,
Il se leva très tôt et suivit la laveuse

Jusqu’au bord du ruisseau. Sans que nul ne le sache !
La belle blanchisseuse y plongea un grand drap
Qu’elle brossa, tordit, étrilla et lava
De ses solides mains qui frottaient sans relâche…

Quand elle les sortit du bassin plein d’eau grise,
Sèches comme le vent, luisantes de lumière,
Le garçon comprit tout : c’était une sorcière,
Sur laquelle aucune eau ne pouvait prendre prise !

Las !  Il n’eut pas le temps d’aller la dénoncer
Car l’autre l’avait vu et le changea presto
En un bloc  de savon ! Puis l’horrible masco*
Retourna au logis afin d’y repasser…

*En Provençal : une sorcière ( dont les mains ne se mouillaient jamais ! )

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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