Un miracle ?

Tais-toi, ne bouge plus ! Il est là, sur ma main.
Première fleur de mai qui fleurit et qui vole,
Il s’est posé sans peur sur ce long doigt humain
Qui pourrait le blesser avant qu’il ne s’envole.

Je n’ose plus bouger, te suppliant des yeux
De ne plus remuer, de ne plus faire un geste
Et de ne plus parler. Oh, c’est si merveilleux
D’avoir au bout du doigt cette part si modeste

De la beauté du monde ! Car c’est un papillon,
Une fleur animale et sacrée qui palpite,
Se mêlant à ma vie, y creusant un sillon
Que je n’oublierai plus. La plus jolie pépite

Qui m’ait été prêtée ; et je fais le serment
De le rendre au jardin, son merveilleux domaine.
Ses ailes veloutées battent très lentement,
Et ce doux mouvement étrangement amène

Jusqu’au fond de mon cœur une énorme émotion.
Mais cela va finir car le mistral se lève,
Il serait inouï que cette étrange union
Se poursuive longtemps… Et voici que s’achève

L’incroyable rencontre : un soupir de la brise
Arrache de mon doigt mon léger compagnon.
Il virevolte un peu en une valse exquise,
Puis disparaît enfin comme un lent tourbillon

Qui a troublé mon âme : un insecte, un humain !
Sous le ciel du printemps deux vies si dissemblables
Unies pour un instant. Ne reste sur ma main
Que le doux souvenir d’un contact improbable.

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A propos Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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