Sacrifice

sans-titre

Il était une fois non loin de Forcalquier
Et tout près du Lauzon* une ferme perdue :
Peinture délavée, toiture distordue
Et murs tout de guingois. Y vivait une fée

Qui devait supporter le funeste destin
D’un maléfice affreux confinant à l’infâme :
Une sorcellerie qui lui dévastait l’âme,
La métamorphosant lors d’horribles matins

En grande louve grise, esclave de pulsions
La poussant à tuer incontinent tout être
Passant à sa portée, pour sitôt s’en repaître
Et éviter ainsi sa propre destruction.

Un sort lancé jadis par un troll malfaisant
Dont elle avait osé repousser les avances
Avec obstination ! Aussi son existence
Etait-elle vouée à éloigner les gens…

Las ! Un jour se perdit au fond de la vallée
Un fort charmant jeune homme dont la belle s’éprit ;
Et nul n’en fut du tout indigné ni surpris
Tant était séduisant(e) la belle ensorcelée !

Ils firent donc l’amour, et si passionnément
Que la fée oublia quel était son destin…
Mais un jour de janvier, ses deux petites mains
Se crispèrent soudain comme de vieux sarments

En se couvrant de poils. Elle poussa un cri !
Comprenant à quel point sa vie était stupide,
Elle courut tout droit se jeter dans le vide,
Pour sauver de ses crocs son tout nouvel ami.

Elle chut sur un roc planté dans le torrent,
Puis son corps malmené rebondit vers la terre
Avant de fulminer en longs rais de lumière.
Quant à son compagnon, il entra au couvent.

* Torrent des Alpes de Haute Provence

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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