Passion

Au royaume marin où flottent les méduses
Vit un très vieil Ondin oublié de ses pairs ;
Un antique Génie hébergé par la mer,
La Méditerranée qui tourmente et qui use

Au gré de ses flots bleus son vieux corps délabré
Aux écailles flétries. Esprit noir des abysses,
Il hante le trois-mâts qu’il fit sombrer jadis,
Le guidant par son chant charmeur jusqu’aux rochers.

Mi-homme, mi-poisson, il n’est plus bon à rien
Qu’à y vivre en reclus depuis qu’il fit naufrage.
Il est le capitaine, et pour tout équipage,
N’a plus que les squelettes blanchis des marins

Erodés par le sel. Il ne peut plus quitter
L’épave disloquée aux tréfonds des eaux noires
Tant il s’est attaché aux ossements ivoire
D’une belle noyée qui l’a ensorcelé.

Il la tient dans ses bras depuis le jour fatal
Où le vaisseau sombra. Il la berce et il chante,
Fou et désespéré… Et depuis lors il hante
Le vieux bâteau maudit, en sinistre féal

D’une carcasse morte. Il s’en va rester là
Jusqu’au jour fort lointain où il n’aura plus rien
Qu’un peu de boue blanchâtre éparse entre les mains…
La cloche du trois-mâts vibre en sonnant le glas

Pour mieux accompagner sa funèbre tristesse.
Le sombre carillon vole au-dessus des flots,
Portant lugubrement au loin jusqu’au Pharo
Le chant noir du malheur, d’une infinie détresse.

 

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
Ce contenu a été publié dans Contes, Marseille, Méditerranée. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire