Lucidité

Un bourgeois

Poème illustré par un dessin de :

Honoré Daumier
(1808-1879)

Après l’avoir aimé, je l’avais oublié,
Bien qu’un probable amour nous ait un jour liés ;
Mais quelle déception dès que je l’ai revu :
Cette grosse bedaine et cet énorme cul

Bridés par des habits à la dégaine informe ;
Ce teint couperosé, le débit uniforme
D’une voix de pédant qui n’avait rien à dire !
Je n’aurais jamais pu me représenter pire…

Comment imaginer que ce pauvre pantin
Ait pu me laisser croire en un autre destin ?
Pourquoi donc autrefois m’être mise à penser
Qu’on pourrait ébaucher des projets insensés

Et même aventureux avec ce mec minable,
Tellement sûr de lui, se croyant désirable
Malgré le peu d’attraits qu’il représenterait ?
Concentré en un homme, oui, tout ce que je hais…

Cela m’a bien fait rire ! Comment avais-je pu
Voir un Prince Charmant en ce type repu
Empli de fatuité ? J’ai remercié le Ciel
De m’avoir ramenée vers un monde réel

Et de m’avoir montré son exacte nature.
Pour bien vite oublier cette déconfiture,
J’ai vite fui très loin, me moquant de moi-même :
Il faut faire attention si l’on vous dit :  » Je t’aime » !

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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