L’ogresse

Elle était ce jour-là d’une humeur effroyable.
Le mistral l’y aidait car, en la flagellant,
Il la déchiquetait en spumeux lambeaux blancs.
Elle avait ce jour-là l’appétit insatiable

D’une ogresse gloutonne et capable de tout.
Sautant jusqu’au zénith pour broyer les nuages,
Se jetant sur la côte où des Humains peu sages
L’admiraient de trop près, elle était telle un loup

Tout prêt à avaler les proies à sa portée.
Extravagante mer ! Charmés par sa fureur
Et sa folle violence, oubliant leur terreur,
Ils se sont rapprochés de la belle indomptée

Qui lors a généré du fin-fond de son sein
Un rouleau monstrueux, énorme et bondissant…
Il les a tous happés sur le rocher glissant
Pour les lui apporter, comme un vil assassin

Procure son butin à son commanditaire.
Et comme d’habitude, elle a gardé leurs corps
Au fond d’un grand trou noir, parmi les autres morts
Arrachés tout comme eux à leur mère, la Terre…

Puis elle a retrouvé son aspect séduisant
Et presque inoffensif. Méditerranée douce
Au tendre clapotis, dont l’eau claire éclabousse
Sur les plages dorées de tout petits enfants…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits « classiques », pratiquement tous voués à la Provence.

Ce contenu a été publié dans Méditerranée. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire