Les trois flocons

 

Pas un souffle de vent. L’atmosphère est très lourde,
L’automne est immobile et comme suspendu.
Chacun est attentif, et une angoisse sourde
Point de chaque ruelle et du fin-fond des rues.

C’est un temps insolite, et lorsque trois flocons
Délicats et ténus comme de fins duvets
Se posent en douceur sur le pont d’Avignon,
On ne veut pas le croire, on est tout effaré

Car on n’est qu’en novembre. Ce n’est pas ordinaire
De voir la neige ici. Et surtout pas si tôt.
Sur le Rhône d’étain une triste lumière
Flotte comme un brouillard au fil sombre de l’eau.

On dirait qu’il est fait d’anthracite fondu.
Quant aux essaims d’argent qui volent en dansant,
Ils se changent soudain en cataracte drue
Qui tel un froid suaire affole tous les gens.

Depuis une heure il neige, et une couche épaisse
Recouvre d’un manteau le vieux pont embrumé.
Il rôde au long des rues une étrange tristesse.
Sous son capuchon blanc tout Avignon se taît.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits « classiques », pratiquement tous voués à la Provence.

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