Les pensées

 

On est début décembre, et la guerre est ouverte :
L’hiver et le mistral, deux infâmes gredins,
Massacrent ce qui vit encor dans le jardin …
Mais ils ne peuvent rien contre ces touffes vertes

Qui ont osé fleurir, et par cent, et par mille :
Petits pétales ronds aux multiples couleurs,
Avec un masque noir leur tachetant le coeur,
De tout petits bouquets paraissant bien fragiles,

Si frêles et légers dans le vent déchaîné
Tentant de les occire à grands coups de butoir !
Mais nul givre, ni gel, ni aucun assommoir
Ne peut exterminer les robustes pensées.

S’il tombe un peu de neige, elles font le gros dos
Et rentrent leur pistil sous le poids des flocons.
Mais quand c’est terminé, n’ont-elles pas le front
De redresser leur tige en narguant ces lourdauds ?

Avec leur cinq pétales, quatre en haut, l’un en bas,
Elles sont richement vêtues pour la froidure.
Et même si la brume et les frimas perdurent,
Il ne sonneront pas pour elles comme un glas.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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