Les naufragés de La Lune

Au coeur noir de la mer, au large de Port-Cros,
Gît depuis bien longtemps un antique vaisseau
Tout démantibulé : cadavre de « La lune »
Brisé, abandonné dans son tombeau nocturne.

C’était un grand bateau revenant de la guerre,
Vraiment mal radoubé. Devant les îles d’Hyères,
Il se cassa en deux : tragique destinée
Pour ce très vieux rafiot bien las, mais renvoyé

De Toulon la maudite*. On n’aurait jamais dû
Le chasser de la sorte : il était si perclus,
Prenant l’eau de partout tout comme une passoire !
Pour son pauvre équipage une bien triste histoire…

Ils y étaient huit cents et sept cents y moururent.
Cent autres, réfugiés à Port Cros comme ils purent,
Y périrent de faim ! Quelle triste ballade
Je viens vous conter là ! Une terrible aubade

Pour ces marins dormant là-dessous : trois cents pieds !
La Méditerranée est bien lourde à porter
Pour ces corps disloqués tout rongés par le temps.
Mais c’était autrefois, il y a si longtemps…

* En 1664, « La lune », revenant d’une expédition à Djillelli en Algérie, ne put aborder à Toulon à cause de la peste !

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À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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