Le tapis

Poème illustré par un tableau de :

Viktor Vasnetsov
(1848-1926)

Aux Puces de Belsunce, on trouve presque tout
Ce que peut rechercher un chineur enragé.
Marcelin en est un : il aime farfouiller
Parmi ce grand foutoir, y badant tout son saoul

Afin d’y dénicher des trucs pour son studio
Sis au fond d’une impasse au fin-fond du premier ;
Mais, comme il l’aime bien, il voudrait l’arranger,
Malgré ses murs en biais et son aspect crado !

Un meuble ancien par-là et un tableau par-ci ;
Ou un peu de vaisselle, un vase, des coussins…
Réparer des machins enchante Marcelin
Qui veut de sa maison faire un vrai paradis.

Jusqu’à ce qu’un beau jour son camarade Omar,
Brocanteur – comme il dit – depuis moultes années,
Lui offre gentiment un tapis oublié,
Jeté comme un rebut parmi tout son bazar…

Marcelin tout content le lavait dans sa cour
Avec force savon pour lui rendre l’éclat
De sa jeunesse enfuie, frottant à tour de bras,
Quand soudain le tapis se mit à chuchoter :

« Monte sur moi, mon grand, on va faire un voyage !
Vois, tu m’as rénové : on va en profiter !
Je me sens rajeuni et tout léger léger ;
Faisons un peu les fous car tu es bien trop sage. »

Plutôt interloqué, Marcelin hésita.
Puis découvrant soudain le monde des Merveilles
Dans un quartier lépreux du treizième à Marseille,
Oubliant la Raison, lors il sauta le pas

Et oubliant sa vie, il devint un oiseau.
Survolant le Midi assis sur son tapis,
Il se risqua enfin dans l’arrière-pays,
Allant jusqu’à Salon et même jusqu’aux Baux ;

Jusqu’aux Alpes aussi. Au loin, toujours plus loin…
Les limites ? Bannies ! Visiter la Provence…
Et le Sud jusqu’à Lyon… puis le Nord de la France…
On ne revit jamais le brave Marcelin !

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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