Le miracle des roses

Poème illustré par un tableau de :

John William Waterhouse
(1849-1917)

Arnaud de Villeneuve était un vrai radin,
Qu’irritait vivement la générosité
De sa fille Roseline ne barguignant jamais
A assister les gens tourmentés par la faim.

Un jour qu’elle sortait en douce du cellier,
S’étant approprié de pauvres rogatons,
Elle se fit pincer par Arnaud furibond :
« Que portez-vous, ma fille, en votre tablier ?

Montrez-moi vos larcins ou vous serez punie ! »
La pauvrette rougit, mais fut bien obligée
De montrer au seigneur les restes dérobés ;
Déployant le tissu, elle resta saisie

Car dans son tablier il y avait… des roses !
Une gerbe superbe et qui sentait fort bon,
Bien que l’hiver n’en fût pas vraiment la saison !
Quant à son père obtus, il en fut fort morose !

Après un tel exploit, que pouvait-elle faire,
Si ce n’est être « sainte » ? Elle mena sa vie
Fort religieusement, comme il était prédit,
Ignorant à jamais les attraits de l’Enfer…

Elle repose aux Arcs*, au coeur d’une chapelle
A l’écart du village ; et depuis sept cents ans,
Elle y est allongée, dormant sereinement,
Indifférente au temps qui fuit à tire-d’aile…

*Les Arcs sur Argens, dans le Var

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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