Le lion rapé

Un vieux lion tout rapé qui baille indolemment
S’embête sur son roc planté au coeur du zoo.
Il est tout poussiéreux, il lui manque dix dents ;
Il a bien vingt-cinq ans et n’est plus très costaud.

Existence rythmée par l’heure des repas,
Visites impromptues des enfants des écoles,
Immuable ciel bleu, énorme brouhaha
Des touristes en car dont les rires s’envolent

Au-dessus de sa tête et vers la liberté,
La liberté d’aller et le droit de courir…
Liberté ? Qu’est-ce à dire ? Il ne sait ce que c’est !
Il voudrait seulement pouvoir aller, venir…

Mais il est né ici au Zoo de la Barben
D’une mère enlevée quand elle était lionceau
Au coeur noir de l’Afrique. Et son père alsacien
Vient d’un cirque installé en hiver à Fuveaux !

Il n’a jamais chassé, sait à peine rugir,
Et ses vieux crocs jaunis n’ont jamais déchiré
Que de la viande morte qu’on est allé choisir
Spécialement pour lui chez un lointain boucher.

Le vieux bougre soupire, ignorant que demain
On va le rappeler dans l’immense savane
Du Paradis des lions : il rejoindra enfin
Un monde bien plus beau que ce rocher insane !

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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