Le guerrier de Vachères

Un brave homme d’antan, Eloi le charretier,
Grommelait chaque fois qu’il devait emprunter
Un chemin caillouteux au-dessus de Vachères* :
Ca le faisait pester, tout comme ses confrères

Qui y devaient passer. Surtout ce coin maudit
En haut de la colline ! Ils ne le franchissaient
Qu’après cris et jurons : la maudite anicroche,
C’était l’affleurement d’une satanée roche !

Un jour les charretiers enfin se décidèrent
A la déraciner ! Aussitôt ils creusèrent,
S’échinant et soufflant comme taureaux en rût…
Puis ils restèrent cois, croyant avoir trop bu :

Voici qu’apparaissait une tête de pierre,
Puis un homme en entier, couché face à la terre !
De l’époque d’Auguste ! Un beau soldat romain
Tout armé, réaliste, auquel ne manquait rien

Qu’un minuscule bout de son nez vénérable !
Un bel homme, ma foi ! A l’air grave et aimable,
Un vrai Celto-Ligure, au collier bien gaulois,
Un peu échevelé ! Ainsi que notre Eloi,

Ebahi, bouche bée comme ses compagnons…
Et la statue s’en fut au musée d’Avignon !

*Poème dédié au village de Vachères

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
Ce contenu a été publié dans La Haute Provence. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.