Le faune assassiné

 

On a assassiné le faune du jardin.
Il y régnait en paix depuis l’aube des âges,
S’appelait Korilos et vivait en vieux sage,
Méditant au printemps dans l’air bleu du matin.

Il ne bougeait jamais, paisible sous son orme.
Sa face facétieuse était ronde et vermeille,
Et les flèches aiguës jaillies du grand soleil
Accrochaient des rais d’or à ses petites cornes.

Un jour il s’endormit dans un trou de l’aubier :
Un peu moins vigilant, il s’était assoupi,
Heureux comme toujours, amoureux de sa vie,
Mais il aurait mieux fait de rester éveillé !

Car l’orme était chenu. Son écorce malade
Semblait déchiquetée par des siècles d’usure.
Un mal étrange et noir comme une pourriture
Avait dépenaillé son feuillage en cascade.

Alors un monstre gris, machine nécrophile,
S’en vint pour l’achever. Et le faune éperdu,
Ne sachant plus courir sur ses pattes fendues,
Fut réduit en poussière avec son domicile.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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