Le choc

N’ayant sorti du trou que le bout de son nez,
Charlotte la marmotte est méfiante… Elle hume
L’air du printemps nouveau peut-être un peu frisquet.
C’est un joli matin, mais un matin à rhumes,

Un matin printanier qui ne ressemble pas
A ceux qu’elle a connus en sa prime jeunesse.
Le soleil effleurant à peine la Meyna
Est encor un peu mou. Selon son droit d’aînesse,

C’est à elle bien sûr de quitter la première
Le terrier familial, mais elle hésite un peu,
Pas rassurée du tout ! Cette aube printanière
Lui semble singulière, et ce qu’elle, elle veut,

C’est reconnaître tout avant d’oser sortir…
Soudain elle comprend : on a coupé des arbres !
Que faire à cet instant, si ce n’est amortir
Ce choc la transformant en un pavé de marbre.

Elle rentre au terrier malgré la faim énorme
Lui rongeant l’estomac  de ses crocs acérés.
Car après cet hiver passé, selon les normes,
A dormir dans le trou, le jeun a digéré

Et sa chair et sa graisse. Il faut donc ressortir…
Avant tout se calmer, puis réveiller le groupe.
Et enfin accepter : on ne va pas mourir
Ni se laisser aller pour une simple coupe…

Elle a fait son devoir en sifflant ses amies.
Le printemps était là et l’on allait renaître,
La longue hibernation étant enfin finie !
Elle a vite oublié le boqueteau de hêtres…

A propos Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
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