Le chant d’Aurélie

Dans le fond du jardin, la petite Aurélie
S’est assise dans l’herbe à l’ombre du figuier.
De sa bouche arrondie sourd une mélopée,
Un mélange de sons très doux, de gazouillis ;

Sorte d’hymne barbare issu du fond des âges.
Elle est toute menue et frêle : un elfe blond
Qui vient d’avoir trois ans. Elle a deux yeux tout ronds
Dont le bleu lumineux éclaire son visage,

Et surtout cet amour des bêtes et des plantes!
Le printemps incarné en un petit enfant,
Candide inconscient des vertus de son chant
Qui fait naître un miracle ; où le monde s’enchante

D’un prodige inouï dont les gens de Lançon
Effarés et ravis ne se remettront pas :
Toutes les fleurs du coin, et même le lilas,
Vrillant son tronc chenu en moultes contorsions,

Pivotent vers l’enfant au pouvoir féérique.
Puis ce sont les oiseaux, insectes, hérissons…
Qui comme hypnotisés viennent former un rond
Tout autour d’Aurélie. Son étrange musique,

Symbole fort et doux du tout nouveau printemps,
Les a tous réunis en un cercle charmé.
La si petite fille en a fait des alliés
Oubliant leurs conflits, tout au moins pour un temps…

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.
Ce contenu a été publié dans A la maison, Printemps. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire